dimanche 31 janvier 2010

Quand Página/12 nous sert une autre petite citation tanguera ! [Actu]

Le Gouverneur du Banco Central, Martín Redrado, a fini par démissionner hier. Après avoir été entendu pendant deux jours par la Commission bicamérale du Congrès. C'est le schéma qu'avaient imaginé plusieurs observateurs de la vie publique argentine à la veille de son audition par les parlementaires. Sans doute a-t-il voulu s'épargner l'humiliation d'une nouvelle révocation, qu'il n'aurait pas pu faire annuler par un tribunal. Il est donc parti en menaçant une nouvelle fois de faire des déclarations compromettantes (qu'il n'a jamais faites jusqu'à présent). Toujours est-il que le Gouvernement s'est empressé de refuser cette démission, sans doute parce que le contentieux est tel désormais que la Présidente veut à tout prix faire mordre la poussière à ce homme jeune, ambitieux et quelque peu arrogant.

Je vous renvoie donc à mes articles précédents sur cette péripétie de la vie politico-économique argentine qui vient de nourrir la presse pendant une bonne partie de ce mois de janvier où tout le monde étouffe sous la chaleur estivale... Il vous suffit pour les lire de cliquer sur le nom de Redrado que j'ai placé parmi les mots-clés du bloc Pour chercher, para buscar, to search.

Ce que j'ai envie de partager avec vous ce soir, c'est ce nouveau clin d'oeil tanguero que nous fait le gros titre du quotidien portègne : solo, fané y descangayado... C'est une citation. De qui, de quoi ? Comme d'habitude, la réponse directe est dans la note (1).

Mais si vous avez envie d'en savoir plus sur le tango qui se cache sous le gros titre, suivez-moi...
Dans un article publié il y a quelques jours, je venais de vous dresser la liste des citations déjà exposées dans Barrio de Tango et trouvées dans les pages des journaux (lire cet article).

Tout d'abord ce vers, qui dans notre tango mystère est écrit au féminin ("sola, fané y descangayada").
Solo (seul). Jusque-là, rien que de très facile.
Fané : c'est l'adjectif-participe passé français fané (la traduction littérale en espagnole, c'est marchito, marchita). En Argentine, il est plus dur encore, il signifie preque décrépit(e).
Descangayado : c'est le participe passé de descangayar, qui veut dire démolir, esquinter, bousiller.

Vous voyez si, comme la photo caricaturale qui a été choisie, c'est aimable pour Martín Redrado... Rien de surprenant, aucun article de Página/12 n'a été très aimable avec Redrado depuis qu'il a résisté à la décision de la Présidente de le démettre de ses responsabilités il y a une quinzaine jours.
Ce tango qui commence donc par ce vers, que tous les Portègnes connaissent par coeur, "Sola, fane, descangayada", raconte, à la première personne, l'histoire d'un homme qu'on imagine plus volontiers au zinc d'un bar que chez lui. Il boit. Beaucoup trop. Il parle, peut-être à un autre client, peut-être tout seul, tout dépend du choix du chanteur qui l'interprète. Après de nombreuses années, il vient de croiser une femme qu'il a profondément aimée du temps qu'elle était très belle. C'était alors une cocotte de haut vol. Vieillie, malade, indigente, dépenaillée, sans doute affamée, il l'a revue dans la rue : elle s'efforçait de racoler des clients sur le trottoir.

Il se souvient que pour l'entretenir, il a abandonné sa mère à la misère, il a trahi ses amis, qu'il a même volé et qu'il s'est retrouvé à genoux, comme un mendiant, lorsqu'elle l'a quitté. La description de la vieille prostituée est impitoyable : il l'a compare à un coq qu'on aurait déjà déplumé et qui montre sa peau toute piquée par l'arrachage des plumes...


Ce tango, Carlos Gardel l'a mis à son répertoire.

C'est le troisième tango de ce poète et compositeur, qui était aussi un acteur de théâtre très populaire.

Ce tango, c'est son premier succès.

C'est aussi ce tango qui lui permit de rencontrer l'amour de toute sa vie, la chanteuse espagnole Tania qui l'interprétait cette année-là au teatro Maipu, sur la rue Corrientes, sans bien comprendre le lunfardo dont il est truffé.

Ce tango s'appelle Esta noche me emborracho (cette nuit, je me soûle). Il a été écrit et composé par Enrique Santos Discépolo. Et grâce à Todo Tango, on peut l'écouter chanté ici par Carlos Gardel dès sa création, en 1928...

Et si les péripéties du Banco Central vous passionnent, lisez donc l'article de Página/12 et le cas échéant des autres journaux (vous avez leur liste avec des liens dans la partie basse de la Colonne de droite, dans la rubrique Actu).



(1) Esta noche me emborracho, de Enrique Santos Discépolo

samedi 30 janvier 2010

Le début du Carnaval de Montevideo, retour sur images offert par Pablo Vignali [Coutumes]

Encore un correspondant de luxe pour Barrio de Tango : le grand photographe montevidéen Pablo Vignali, dont vous trouvez les clichés dans la presse uruguayenne, a eu la gentillesse cette nuit de me faire parvenir ces quatre superbes photos du défilé d'ouverture du Carnaval de Montevideo, sur la Avenida 18 de Julio (1) qui a eu lieu dans la soirée du jeudi 28 janvier 2010.

L'année dernière déjà, j'avais publié quelques photos de Pablo Vignali, pour l'ouverture du Carnaval 2009 (voir mon article du 7 février 2009).


A écouter et à voir au cours de ce Carnaval :

pendant tout le carnaval, les murgas et le candombe (un genre musical et chorégraphique qui a été déclaré récemment patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'UNESCO en même temps que le tango, voir mon article du 30 septembre 2009)
le Desfile de Llamadas, ces spectacles époustouflants d'immenses drapeaux accompagnés par les tambours assourdissants, qui aura lieu les 4 et 5 février dans les quartiers Sur et Palermo (les billets étaient en vente hier)
les défilés auxquels participeront les trois reines du Carnaval de cette année, Luciana Pernas, Angie Gares et Andrea Acosta
le concours de spectacles au Théâtre d'Eté Ramón Collazo (2)
et l'exposition 2010 du Musée du Carnaval (Rambla 25 de Agosto, sur le port de Montevideo)
Plus d'infos sur la page du Carnaval du site de Montevideo (sponsorisé par la grande marque de yerba mate uruguayenne, Canarias) (3)


Le défilé avait commencé à 20h30, alors qu'il faisait encore grand jour. Et c'est à la lumière du jour que Pablo a pris cette photo que vous allez vite reconnaître d'un participant du groupe de carnaval venu d'Udine, en Italie (4).








Pour en savoir plus :
voir l'ensemble des articles publiés sur le thème du carnaval, en cliquant sur le raccourci approprié dans la rubrique Grands rendez-vous, dans la partie supérieure de la Colonne de droite.
Visiter le blog de Pablo Vignali, dont vous trouverez le lien dans la rubrique Cambalache (casi ordenado), dans la partie inférieure de la Colonne de droite, réservée aux liens vers des sites externes.


¡Muchisimas gracias, Pablo, por mandar estas fotos!

(1) A ne pas confondre avec la 9 de Julio. La 18 de Julio est la grande avenue patriotique de Montevideo. La date est celle de la promulgation de la constitution. La 9 de Julio est la plus grande des deux avenues patriotiques de Buenos Aires (Buenos Aires a toujours tout en double : deux dates de fondation, deux fondateurs, deux déclarations d'indépendance et par conséquent deux avenues, celle de Mayo et celle du 9 de Julio qui se croisent d'ailleurs).
(2) Ramón Collazo (1901-1981) est un grand créateur de tango, un pianiste et un compositeur. Il appartenait à ce groupe uruguayen d'illustre mémoire qui est passé à l'histoire sous le nom de Troupe de los Atenienses, du nom du club athlétique Athéna de l'Université de Montevideo, auxquels tous les membres de la troupe appartenaient. On leur doit Araca París (qui est de lui), Garufa (qui est de son frère) et d'autres tangos humoristiques comme ceux que font revivre Las Minas del Tango reo (Lucrecia Merico et Valeria Shapira) ou Silvana Gregori, dont je vous parlais avant hier (lire
mon article du 28 janvier à ce propos). Les Atenienses étaient eux mêmes un groupe de carnaval. Ils ont surtout laissé le souvenir de leurs prestations pendant le carnaval d'hiver, celui qui accompagne les festivités du 18 juillet, pendant la trêve universitaire d'hiver. On lui doit aussi Agua florida, dont j'ai traduit la letra sur le site de Rodrigo Rufino et Gisela Passi et qui est encore en ligne pour quelques jours (les tangos doivent être changés dans les premiers jours de février).
(3) Les Uruguayens sont encore plus fous de mate que les Argentins. C'est dire !
(4) Outre le fait que le déguisement sent son Italie de très loin, de toute façon, c'est la seule photo prise de jour. C'est une devinette truquée, du genre "Quelle était la couleur du cheval blanc d'Henri IV ?"

Rendez-vous culturel avec l'Argentine à Saint Tropez [ici]

Affiche officielle

Ce Rendez-vous culturel avec l'Argentine, organisée par la Mairie de Saint-Tropez, sur la Côte d'Azur, fait partie des célébrations en France du Bicentenaire de la Revolución de Mayo, par laquelle en mai 1810, le Vice-Royaume du Rio de la Plata a entamé le long processus d'indépendance et de séparation de la métropole espagnole.

La manifestation, qui se déroulera du 12 au 21 février avec l'appui de l'Ambassade d'Argentine en France, s'enracine dans un fait historique : un Tropézien (1), né André Paul Bouchard dans ce petit port de pêche provençal, le 15 janvier 1780, a participé, comme officier supérieur de la Marine argentine, à la guerre d'indépendance de ce pays, où il était arrivé en 1809, à l'issue de plusieurs campagnes post-révolutionnaires de la marine française en Egypte puis à Haïti. André Paul Bouchard, qui, pour une raison inconnue, a pris, à un certain moment de sa vie, le prénom usuel d'Hippolyte, est décédé au Pérou, près de Nazca, le 4 janvier 1837, assassiné par l'un de ses esclaves, excédé des mauvais traitements qu'il leur faisait subir.
Ce grand navigateur, dont le profil est celui d'un corsaire sans scrupule et non celui d'un officier aristocratique comme San Martín, Pueyrredón ou Güemes, a parcouru le Pacifique, après la guerre d'indépendance de l'Argentine, à travers des expéditions dignes d'un film d'action aux Philippines, à Hawaï, en Californie, au San Salvador et autres escales jusqu'à ce qu'il s'installe dans une grande hacienda qui lui fut attribuée par le gouvernement péruvien et où il monta une grande exploitation sucrière. Pendant longtemps on ne sut pas le lieu de sa sépulture et ses restes furent finalement identifiés en 1962, sous une petite église de la région de Nazca.

Hipólito Bouchard, comme l'appellent donc les Argentins, repose maintenant dans le caveau de la Marine argentine au cimetière de la Chacarita à Buenos Aires.
Dans Buenos Aires, près du port, une rue porte son nom. C'est une rue connue car elle longe le Luna Park (situé esquina Corrientes y Bouchard comme vous avez pu le lire dans mon article sur le concert que Nelly Omar a donné dans cette immense salle le 3 mai dernier). Son histoire a été racontée par Bartolomeo Mitre, qui fut historien, journaliste, officier, Président de la République et qui a fondé le quotidien La Nación, qui fêtait tout récemment son 140ème anniversaire (lire mon article sur l'anniversaire de La Nación).

Au programme de ce rendez-vous tropézien : des expositions (dont une est montée en collaboration avec le Centre Pompidou, de Paris), des conférences et des concerts dans la salle Jean Despas, tous les jours, de 10h à 12h30 et de 15h à 18h.
Entrée libre.

A ne pas manquer entre autres propositions que je vous invite à aller regarder sur le site de la Ville de Saint Tropez : la conférence de Solange Bazely sur l'histoire du tango, Si le tango m'était conté, le 13 février à 18h, et le concert de Juan José Mosalini, le 14 février à 18h.
Entrée gratuite partout dans la limite des places disponibles.

Pour en savoir plus (ou essayer en tout cas) :
visiter le site de Saint Tropez (malheureusement, le document pdf qui présente le détail du programme est très difficile à trouver sur le site de la ville, je suis personnellement aller le chercher directement sur Google... Bizarre, bizarre !)

Pour mieux connaître l'histoire de l'Argentine, cliquez sur le mot-clé histoire dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search (sous le titre de l'article) ou sur le lien Vade mecum historique dans la rubrique Petites chronologies, dans la partie médiane de la Colonne de droite.
A noter que Solange Bazely donnera une autre conférence le 17 mars, cette fois-ci, à Paris, à la Maison de l'Amérique Latine.

Et pour les gourmands et les gourmets, découvrez la spécialité locale : la Tarte tropézienne. Il s'agit d'une invention toute récente (1955, année du tournage du film Et Dieu créa la femme) : on la doit à un pâtissier qui venait de s'installer dans ce coin encore tranquille (mais plus pour longtemps) de la Côte d'Azur, Alexandre Micka, qui s'est inspiré d'une recette traditionnelle de sa Pologne natale pour fourrer une brioche d'une crème vanillée d'une légèreté idéale.
Attention, dans les villes avoisinantes, à ne pas vous faire avoir par de trop nombreux artisans qui vous vendent sous ce nom générique de tarte tropézienne un étouffe-chrétien écoeurant et indigeste (sans parler des cochonneries industrielles vendues en supermarché). La Tarte Tropézienne doit être élaborée dans les règles de l'art. Assurez-vous qu'elle porte la garantie du créateur avant d'acheter. Le seul détenteur de la recette originale est le successeur d'Alexandre Micka, le pâtissier Albert Dufrêne.

(1) Certains en Argentine prétendent néanmoins qu'il serait né à Bormes les Mimosas. Ce n'est pas très loin, mais enfin, Bormes, c'est Bormes, et Saint Trop, c'est Saint Trop !

vendredi 29 janvier 2010

Porque Quiero en el Tasso : retour en vidéos [Disques & Livres]

Capture d'écran de la vidéo sur You tube


Porque Quiero (parce que je le veux, ou parce que j’aime ça) est le titre du plus récent et quatrième disque de la chanteuse Jacqueline Sigaut. J’ai eu en août le plaisir et la chance d’assister à la première présentation de ce disque au Centro Cultural Torcuato Tasso, la salle emblématique du quartier de San Telmo au sud du centre de Buenos Aires.

Je vous en avais parlé en son temps (lire mon article du 14 août 2009).

J’ai eu la chance d’assister à ce concert. J’étais installée au premier rang sur la gauche de la scène et en excellente compagnie (jugez du peu : le poète Raimundo Rosales, le compositeur et guitariste Marcelo Sarraceni, l’auteur-compositeur-interprète et pianiste Claudia Levy, la productrice radiophonique de la 2 x 4 Paula Cherkof et d’autres encore que je dois oublier, qu’ils me pardonnent). La table à notre droite était celle de Amelita Baltar, qui s’est levée à un moment donné pour monter sur scène et chanter avec Jacqueline la version francophone de Oblivión (Astor Piazzolla).

De cette présentation et de ce disque plein de nouveautés, donc des morceaux signés de Raimundo et Marcelo, et d’autres artistes contemporains, Jacqueline a tiré trois vidéos, sur trois morceaux différents, et elle vient de les mettre en ligne sur You Tube.

La prise de vue est obscure et lointaine mais elle est stable (c’est une salle de spectacle plongée dans le noir). Le son est bon sans être excellent (1). La voix de Jacqueline est superbe et celle de Amelita Baltar (2) se passe décidément de commentaire....
A visionner et à écouter toute affaire cessante !

Visionner la vidéo de Sin lagrimas (sans larme)
Visionner la vidéo de Cualquiera de estas noches (Quelqu’une de ces nuits)
Visionner la vidéo de Jacqueline Sigaut chantant Oblivión avec Amelita Baltar et en français (à couper le souffle et c’était encore plus impressionnant sur place, avec la présence scénique des deux chanteuses, bien sûr).

Pour en savoir plus :
Retrouvez le site de Jacqueline Sigaut dans la rubrique Grillons, zorzales et autres cigales, dans la partie basse de la Colonne de droite.
Pour lire les autres articles concernant Jacqueline dans ce blog, cliquez sur son nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search (en haut de cet article) ou dans la rubrique Vecinos del Barrio, dans la partie haute de la Colonne de droite (vous y trouverez aussi des raccourcis sur une centaine d’artistes auxquels j’ai déjà consacré au moins 3 articles dans Barrio de Tango).
En cliquant sur le mot-clé Retour images dans le bloc Pour chercher, vous accéderez à tous les reportages photos sur différents concerts, tant chez nous en Europe (Litto Nebbia, Mariel Martínez et Alejandro Picciano, Néstor Tomassini, Hernán Reinaudo et Ananta Roosens...) que là-bas, à Buenos Aires (Festival de tango, Horacio Ferrer, Cucuza et aussi Alorsa...)



(1) Si vous voulez entendre les artistes comme si vous les aviez à un ou deux mètres de vous, visitez donc la rubrique Les Commerçants del Barrio de Tango (Colonne de droite, partie basse, avec les liens externes). Vous pouvez acquérir le disque en ligne, sans aucun risque si vous prenez les précautions d’usage (avec protection anti-virus de votre PC et tutti quanti). Chez Zivals, vous vous faites livrer par la Poste Argentine (Correo Argentino) et le paquet met environ trois semaines à vous arriver. D’ici là, vous resterez connecté à ce blog et vous découvrirez les artistes à travers mes articles en français et les différents et nombreux liens à leurs sites et à leurs pages Myspace que j’ai parsemés dans toute la rubrique A l’affiche et toute la rubrique Disques & Livres...
(2) Amelita Baltar remonte jeudi prochain (4 février 2010) sur scène, à Clásica et Moderna, pour une nouvelle série de 12 représentations de Tres mujeres para el show. Elle sera accompagnée bien sûr par Susana Rinaldi et Marikena Monti, les deux autres vedettes de ce spectacle qui constitue la reprise d’un immense succès des années 70. Cela aussi, c’est à voir absolument mais uniquement si vous vous trouvez à Buenos Aires bien entendu.
Lire mon article de janvier 2010 à ce sujet.

jeudi 28 janvier 2010

Le monde virtuel d’Internet vu à travers des parodies de tango à Clásica y Moderna [à l’affiche]

Vous connaissez bien désormais cette petite salle très importante de la vraie Buenos Aires, la Buenos Aires de ses habitants et non pas celle des touristes. Tout à la fois une salle de concert, un café et une librairie située avenue Callao, au numéro 892, dans le sud du quartier de la Recoleta. D’ici quelques jours, le 4 février, trois immenses chanteuses, Amelita Baltar, Marikena Monti et Susana Rinaldi, vont y reprendre leur spectacle des années 70 : Tres mujeres para el show (lire mon article au sujet de cette reprise prochaine).

Photo extraite du site de Silvana Gregori

Ce soir à 21h30, c’est la chanteuse Silvana Gregori et l’humoriste (et ex-psychanalyste) Rudy (qui dialogue les vignettes de Daniel Paz à la une de Página/12 tous les matins) qui (se) donnent (en) spectacle au cours d’une soirée consacrée à notre manière virtualisée de nouer des relations grâce à la soi disante communication instaurée par Internet et à des citations du répertoire du tango argentin, citations ultra-célèbres et que Rudy peut donc détourner et pasticher pour notre plus grand bonheur pour autant que le public les connaisse suffisamment dans la version originale. A travers cet article, je vais m'efforcer de vous donner quelques pistes. Cela ne devrait pas me demander un travail insurmontable puisque de nombreux vers cités par Rudy appartiennent à des letras que j'ai moi-même déjà traduites dans un recueil bilingue et commenté (à paraître aux Editions du Jasmin après Pâques en France).

Silvana Gregori est une chanteuse de tango sérieuse qui a commencé en interprétant le répertoire pour en faire rejaillir les ressorts comiques mis en place dans les années 20, dans le tango de sainete, un style de tango qui avait toute sa place dans ce théâtre populaire offrant au public le spectacle de sa propre vie quotidienne. Dans l’interview qu’elle donne avec Rudy à Página/12 aujourd’hui, elle raconte que les gens croyaient alors qu’elle chantait des tangos contemporains, ils ne reconnaissaient pas les vieilles oeuvres originales des années 20 et 30, tant on avait réussi à fourrer dans la tête des gens cette idée stéréotypée que le tango est forcément triste. Ce qui est historiquement tout à fait faux. Le tango couvre tout le champ des émotions humaines et s’il fait pleurer, il a toujours su faire rire aussi. Mais le public l’a oublié dans les années de la grande rupture artistique et culturelle que furent les années 70 et 80 (1).

Rudy (Marcelo Daniel Rudaeff, dit Rudy) est lui un humoriste, un journaliste, un dialoguiste, un écrivain. Dans une autre vie, il a même été psychanalyste (2). Il répond avec Silvana Gregori à María Daniela Yaccar qui les interviewe dans les colonnes de Página/12 dont il est, comme vous le savez, l’un des collaborateurs réguliers...

Le spectacle s’intitule Arrobaleros. C’est une contrepètrie qui mêle Arrabaleros (les habitants de el Arrabal, le faubourg) et arroba (@). Rien que le titre, moi, ça me fait déjà mourir de rire et mourir d’envie d’y aller (dommage qu’il y ait, à quelques centaines de mètres près, 11 000 km entre chez l’avenida Callao et chez moi !). Le spectacle, qui s'est déjà joué samedi dernier au Café Monserrat, y sera repris les deux premiers samedis de mars et d’avril (entrée : 25 $). Café Monserrat, San José 524, dans le centre de Buenos Aires (Recoleta fait partie du Norte).

Verbatim :

El espectáculo comienza con un monólogo de Rudy, en el que aborda, principalmente, “las dificultades”, uno de sus temas como humorista. “Es la base de mi trabajo. Creo de verdad que uno de los problemas que tiene la gente es el lograr ser escuchada. Hay quienes pagan para ser escuchados, al psicoanalista por ejemplo, y quienes cobran, como nosotros cuando estamos ahí parados”, analiza en la charla con Página/12. En ese momento, su coequiper lo interrumpe cómicamente.
Silvana Gregori: –Mi madre está celosa. Dice que incluyas en tus monólogos a las madres italianas porque son mejores que las idishe mames.
Rudy: –¿Pero en qué sentido son mejores?
S. G.: –Y... se preocupan más por sus hijos.
R.: –No sé si las mejores madres son las que más se preocupan (risas). Podríamos decir que son las que se ocupan sin preocuparse. A mí me caen bien las italianas y las idishe mames. Cocinan muy rico. Igual, no hablo de la idishe mame, sino de mi mamá. Todo mi humor responde a la observación: exagerar lo que se ve. Por ejemplo, en estos tiempos, ves los vínculos que se arman vía Internet y escuchás historias de gente que tiene una pareja que no conoce, y yo diría que quizá no existe. Por ahí, andá a saber, manda una foto de cuarenta años atrás o de Brad Pitt.
(Página/12)

Le spectacle commence sur un monologue de Rudy dans lequel il aborde principalement "les difficultés", un de ses thèmes d’humoriste. "C’est la base de mon travail. Je crois vraiment que les problèmes des gens, c’est d’arriver à être écoutés. Il y a ceux qui payent pour être écoutés, qui payent le psychanalyste par exemple, et ceux qui touchent de l’argent comme nous, quand on se tient là devant vous" analyse-t-il dans la conversation avec Página/12. A ce moment-là, sa coéquipière l’interrompt d’une manière comique.
Silvana Gregori : Ma mère est jalouse. Elle dit que tu intègres dans tes monologues les mères italiennes qui sont meilleures que les mames yiddishes
(3)
Rudy : En quoi sont-elles meilleures ?
S.G : Elles se font plus de soucis pour leurs enfants.
R : Je ne sais pas si les meilleures mères sont celles qui se font plus de soucis (rires). On pourrait dire que ce sont celles qui s’occupent
[de leurs enfants] sans se faire de soucis [pour eux] (4). Moi, elles me vont bien, les mamas italiennes et les mames yiddishes. Elles font très bien la cuisine. De toute manière, je ne parle pas des mames yiddishes, je parle de ma mère à moi. Tout mon humour correspond à mon observation : exagérer ce qu’on voit. Par exemple : par les temps qui courent, tu vois les liens qui se forgent à travers Internet et tu entends des histoires de gens qui ont un partenaire [amoureux] qu’ils ne connaissent pas et je dirais même qui peut-être n’existe même pas. Pardi ! Va savoir, toi ! Il a envoyé une photo d’il y a quarante ans ou une de Brad Pitt. (5)
(traduction Denise Anne Clavilier)

Rudy, ¿por qué le interesó trabajar con el tango?
R.: –Más bien, los tangos fueron llegando. Cuando era chico, en mi casa se escuchaba mucho a Julio Sosa. No sé quién dice eso de que la patria de cada uno es la infancia. Y siempre hay frases que en todas las familias se empiezan a usar.
S. G.: –A mí me pasó eso siempre, con mi papá. Lo escuchaba decir “se me ha arrugao la cara de tanto sonreír”. ¡Y creía que era una frase de él! Pero esto me pasó con un montón de tangos.
R.: –Claro, el tango se me fue metiendo así. Y más allá del tango, después apareció el psicoanálisis en mi vida, como paciente, como analista retirado. Me gusta muchísimo hacer humor sobre psicoanálisis.
(Página/12)

- Rudy, pour quelle raison cela vous a-t-il intéressé de travailler sur le tango ?
R. Eh bien, en fait, ce sont les tangos qui se sont pointés. Quand j’étais petit, chez moi, on écoutait beaucoup Julio Sosa
(6). Je ne sais plus qui a dit ça, que la patrie de chacun, c’est son enfance. Il y a toujours, dans toutes les familles, des phrases qu’on commence à employer [à la maison].
S.G. : moi aussi, la même chose m'est arrivé avec mon père (7). Je l'entendais dire "à force de tant sourire mon visage s'est ridé" (8). Et je croyais que c'était une phrase à lui ! Mais la même chose m'est arrivée avec un tas de tangos.
R. Tu parles ! Le tango m'est venu comme ça. Et au-delà du tango, plus tard, est apparue la psychanalyse dans ma vie, comme patient, comme ex-analyste. J'aime énormément faire de l'humour au sujet de la psychanalyse
.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–Ahí hay otra relación de la que mucho se ha hablado: tango y psicoanálisis.
R.: –Creo que todos observamos lo que observamos desde nuestro punto de vista, y en este caso hemos metido al psicoanálisis y hay un interpretango, diría (Astor) Piazzolla, una mezcla de tango y psicoanálisis, una especie de inconsciente porteño.
S. G.: –Lo interesante del tango es que refleja no sólo una cosa costumbrista, sino que tiene una capacidad para describir al barrio, personajes, situaciones, dolor.
R.: –Además hay frases, como “angustia de sentirme abandonado”. ¡Guau! Esa frase es de Freud... No sé si (Homero) Manzi pensó en el psicoanálisis cuando escribió “ya nunca me verás como me vieras”.
S. G.: –O la cosa ambivalente de un tango como “Fuimos”, que dice “vete, no comprendes que te estoy llamando”. Justamente, se puede hacer una parodia con algo que tiene mucha fuerza literaria y que nos representa.
(Página/12)

- Il y a une autre relation sur laquelle on a beaucoup parlé : le tango et la psychanalyse.
R. Je crois que nous observons tous ce que nous observons depuis notre point de vue, et dans ce cas on s'est fourré dans la psychanalyse et il y a un interprétango
(9), comme dirait (Astor) Piazzolla, un mélange de tango et de psychanalyse, une espèce d'inconscient portègne (10).
S.G. Ce qui est intéressant dans le tango, c'est qu'il ne reflète pas seulement quelque chose de coutumier mais qu'il a une capacité à décrire le quartier, les personnages, les situations, la douleur.
R. En plus il y a des frases comme "Angoisse de me sentir abandonné"
(11). Waouh ! Cette phrase, c'est du Freud... Je ne sais pas si (Homero) Manzi pensait à la psychanalyse quand il a écrit "Plus jamais tu ne me verras comme tu me voyais" (12)
S.G. Ou le truc ambivalent d'un tango comme Fuimos, qui dit "Va t'en, tu ne comprends pas que je suis en train de t'appeller" (13). Justement, on peut faire une parodie avec quelque chose qui a une grande force littéraire et qui nous représente.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

La fin est un feu d’artifice qui personnellement me réjouit (14). Je pense que cette interview me servira à l'heure de donner telle ou telle conférence lorsque je présenterai mon futur bouquin. Il faudra bien rire un peu dans une soirée sur le tango. J'essaye donc d'ores et déjà de vous en faire passer quelque chose dans notre langue en espérant vous en faire apprécier au maximum la saveur, la subtilité et l’humour :

–¿Y por qué hacer humor con el psicoanálisis?
R.: –Tiene muchos clichés. Así como el tango tiene al macho que le pega a la mina y después llora porque ella lo abandona, el psicoanálisis tiene esta cosa de tomarse en serio que el paciente no tiene que saber nada de lo que a uno le pasa, de casi ni hablar para que no nos conozca la voz. No es que sea cierto. La exageración nos lo permite. Creo que fue el psicoanálisis el que me acercó más al tango, desde ese lugar común, la melancolía, esa angustia de sentirse abandonado... ¿Cuántos tangos podrían ser cosas que alguien podría decir en el diván? El mundo fue y será una porquería (señala para atrás, para indicar la presencia de un terapeuta), ya lo sé.
S. G.: –La vida es una herida absurda.
R.: –¡Estás desorientado y no sabés qué trole hay que tomar para seguir!
(Página/12)

- Et ça sert à quoi de faire de l'humour avec la psychanalyse ?
R. [La psychanalyse] ça regorge de clichés. Comme dans le tango où il y a le mec viril qui colle à la fille et après pleure parce qu'elle l'a abandonné, la psychanalyse a ce truc de se prendre au sérieux, ce truc que le patient n'a pas à savoir quoi que ce soit sur ce qui arrive [à l'analyste], ce truc de pratiquement ne pas dire un mot pour que [le patient] ne connaisse même pas le son de notre voix. Bien sûr, c'est pas vraiment ça. C'est l'exagération qui nous autorise [à parler comme ça]. Je crois que c'est la psychanalyse qui m'a conduit au tango, depuis ce lieu commun, la mélancolie, cette angoisse de se sentir abandonné... Combien de tangos pourraient être des choses que quelqu'un pourrait dire sur le divan ? (15) Le monde a été et sera une saloperie (il fait un signe derrière lui, pour indiquer la présence d'un thérapeute), je le sais bien. (16)
S.G. La vie est une plaie absurde (17)
R. Tu es désorienté et tu ne sais plus à quel saint te vouer pour continuer ! (18)
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Si mon petit exercice de jonglerie entre nos deux langues et cette large révision du répertoire que les deux artistes nous font faire vous ont donné envie d’en découvrir plus, allez donc lire directement l’article de Página/12. Régalez-vous !

Et pour découvrir la chanteuse Silvana Gregori, connectez-vous à son site.

(1) Lucrecia Merico et Valeria Shapira, dont je vous parle souvent, ont elles aussi repris ce répertoire dans ce même esprit avec leur spectacle Las minas del tango reo, qu’elles jouent un peu partout à Buenos Aires, généralement accompagnées par leur guitariste préféré Daniel Pérez. Lucrecia, Valeria et Daniel ont leur raccourci dans la rubrique Vecinos del Barrio en Colonne de droite. Claudia Levy, elle aussi, a repris cette tradition du tango drôle dans le répertoire qu'elle compose, écrit et chante elle-même en s'accompagnant au piano. Dans la même ligne mais d'une manière différente, les frères Butaca, los Hermanos Butaca, qui chantent et créent leur propre répertoire à l'humour triste, comme ils le disent eux-mêmes (ils seront en Europe en juillet).
(2) Un jour quand vous aurez le temps et une bonne aisance pour lire l’Argentin portègne, vous vous régalerez avec le texte que Horacio Ferrer a mitonné dans María de Buenos Aires (son premier opéra tango, avec Astor Piazzolla, en 1968) et qui s’appelle Aria des Psychanalystes (Aria de los Analistas). Buenos Aires est après New York la ville où il y a la plus grande densité de psychanalystes au mètre carré.... Sans doute parce que pas mal de praticiens européens d’avant-guerre (la plupart était juifs) se sont réfugiés en Argentine avant ou pendant le conflit pour fuir la persécution nazie. Et même si vous ne disposez pas encore de la palette lexicale qui vous mettra de plein pied avec la langue maniée par Horacio Ferrer mais que la psychanalyse vous intéresse, vous pouvez lire le petit essai dialogué qu’ont écrit Luis Alposta (côté tango) et José Retik (côté psychanalyse lacanienne) et qu'ils ont publié chez Acervo, à Buenos Aires : ¡Araca Lacan! (diálogos), une étude sur les rapports entre les items de Lacan et les thèmes du répertoire du tango.
(3) Mame : maman en yiddish. La grande majorité des juifs présents en Argentine sont issus de l’immigration des azkhenazes de Pologne, de Russie, des pays baltes, de Biélorussie et d’Ukraine qui tous parlaient yiddish et ont introduit des mots de leur langue dans le lunfardo portègne. Si vous en avez l’occasion, n’hésitez pas à vous procurer ces deux disques magnifiques de tangos yiddish ou en yiddish : Yiddish Tango chez RGS Music et Tangos en Yiddish Decíme bandoneón, par la chanteuse Zoila (auto-édité par Zoila).
D'ailleurs, ce n'est pas un hasard si une bonne dose d’humour juif entre dans la composition de l’humour portègne. Les deux sont des armes de peuples désarmés et soumis à des forces qui les oppriment, les chrétiens dans le cas des juifs et les patrons, le plus souvent étrangers, dans le cas de la population ouvrière dans la Buenos Aires des années 1880-1940 (et même encore au-delà).
(4) Et un jeu de mot ! Un !
(5) L'Argentin emploie volontiers le présent là où le Francophone va utiliser le passé composé. D'où manda traduit par "a envoyé".
Verónica Bellini, pianiste, compositrice et parolière principale du groupe féminin China Cruel, a écrit un tango, qui s’intitule Tu luz verde et qui raconte une histoire d’amour dans la grande tradition de l’amour mal aimé du tango mais tout se passe à travers un réseau social de chat en ligne. Je compte bien l’introduire dans un futur ouvrage qui paraîtra cette année, plusieurs mois après Barrio de Tango, et s’adressera à un public vraiment amoureux des littératures et des cultures du bout du monde.
(6) Julio Sosa, el Varón del Tango (1926-1964), chanteur uruguayen très en vogue à la fin des années 50 et au début des années 60, au moment où la télévision a fait reconnaître le chanteur soliste, dégagé de l’orchestre et accompagné par quelques musiciens eux-mêmes plutôt anonymes. Rudy est né en 1956 dans le quartier de Caballito (à Buenos Aires).
(7) Remarquez cette facilité qu’ont les Argentins à toujours employer le diminutif pour parler en public de leurs parents : mi papá, mi mamá. Nous autres francophones n'employons ces expressions que dans un cercle beaucoup plus restreint. D’où mes traductions : mon père, ma mère, qui correspondent davantage au registre de langage employé ici.
(8) Un vers du premier couplet de Pa' lo que te va a durar (pour ce que ça va durer !) de Celedonio Flores (musique de Guillermo Barbieri) : le vers original est construit à la 2ème personne du singulier et non la première.
(9) et de deux ! Encore un jeu de mot. Et comme de bien entendu, c'est intraduisible.
(10) Astor Piazzolla ou Horacio Ferrer. Cela se discute... Voir la note n° 2.
(11) Vers tiré de Nostalgias, de Enrique Cadícamo (musique de Juan Carlos Cobián).
(12) Vers tiré de Sur, de Homero Manzi (musique de Aníbal Troilo).
(13) Fuimos, de Homero Manzi (musique de José Dames)
(14) Et c’est pour vous faire partager ces fondations culturelles sans lesquelles on ne peut pas rire en lisant Página/12 (or il faut rire en lisant ce journal, c'est obligatoire), sans lesquelles il est difficile, pour ne pas dire impossible, de goûter l’humour portègne, c’est pour vous faire partager ma passion pour tout ça que je mets en ce moment avec mon éditeur, Saad Bouri, le patron des
Editions du Jasmin (leur site sous le lien), la dernière main à cette anthologie de 231 tangos sur laquelle je travaille depuis 5 ans. Un ouvrage un peu particulier sans doute, puisqu’en plus des tangos avec leur traduction, il comporte aussi des photos, des notes et des récits au contenu sérieux (il faut ce qu'il faut) mais au ton aussi peu conventionnel que possible. Un ouvrage qui s’intitule Barrio de Tango, comme ce blog. Ce titre qui n’est d’ailleurs pas de moi. C'est celui d’un grand tango, un classique de Homero Manzi et Aníbal Troilo. Barrio de Tango, cela veut dire Quartier de Tango, une idée poétique originale qu’on leur doit à tous les deux.
(15) Vous comprenez pourquoi de toutes ces citations de tango que j'ai détectées depuis juillet 2008 dans les éditions de Página/12, autant se retrouvent dans les dessins signés Daniel Paz et Rudy ? Voir à ce sujet
mon autre article de ce jour, qui présente la liste des citations déjà traitées dans Barrio de Tango à ce jour. Vous pouvez d'ailleurs les retrouver en cliquant sur le mot-clé Pagina/12 ou humour dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, sous le titre de l'article.
(16) Que el mundo fue y será una porquería, ya lo sé : premier vers de Cambalache, paroles et musique de Enrique Santos Discépolo.
(17) Vers tiré de La última curda, de Cátulo Castillo (musique de Aníbal Troilo).
(18) Premier vers de Desencuentro, de Cátulo Castillo (musique de Aníbal Troilo). Littéralement trolé, c'est le trolleybus. "Tu ne sais pas quel trolley tu dois prendre pour continuer [ton chemin]".

Il ne manque pas un bouton de guêtre à la nouvelle Police portègne [Actu]

Si vous lisez assidûment ce blog, vous vous souvenez que la création d’une police dépendant du Gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires a été décidée en novembre 2008 par la Legislatura Porteña (la Chambre des députés propre à la ville). Le Gouvernement national venait de refuser de transmettre au Gouvernement portègne (qui appartient à l’opposition au niveau national) les compétences juridiques et le budget de la Police Fédérale. Or en tant qu’entité autonome, Buenos Aires, comme n’importe quelle province du pays, a droit d’avoir une force de sécurité propre. Elle se l’est donc créée.
Entre temps, de nombreux scandales ont éclaté : celui de la nomination à la tête de l’Ecole de Police d’un avocat peu acquis aux principes des droits de l’homme, Daniel Pastor, qui a dû démissionner sans avoir pu remplir ses fonctions (lire mon article du 3 juin 2009 sur la nomination de Pastor, celui du 30 septembre sur sa démission et celui du 3 octobre sur le nouveau scandale qui s'est sur-ajouté à cette première polémique), celui des écoutes illégales qui vient d’envoyer en prison préventive le Directeur de la Police Jorge Fino Palacios et dans lequel le Ministre de la sécurité portègne, Guillermo Montenegro, est impliqué tout en restant pour le moment en poste (j’ai eu l’occasion de vous en toucher deux mots lorsque Mauricio Macri, le Chef du Gouvernement portègne, a choisi un partisan de la Dictature militaire comme éphémère Ministre de l’Education, lire mon article du 11 décembre 2009 sur la nomination du Ministre et celui du 24 décembre sur sa démission).
Mais au bout du chemin, voici venir l’entrée en fonction de la fameuse Police, avec un effectif opérationnel de 450 à 500 hommes, qui patrouilleront, dans leur bel uniforme d’été tout neuf, dans les rues de toute la capitale à partir du 5 février prochain. Ils surveilleront particulièrement les abords des écoles (et des cantines scolaires, qui continuent de fonctionner pendant toutes les vacances scolaires pour accueillir les enfants des familles défavorisées), les gares, les centres commerciaux et les espaces verts. Leur premier lieu de déploiement devrait être la Comuna 12, un secteur administratif qui regroupe les quartiers ouest de Saavedra (1), de Villa Urquiza (2), de Goghlan et Villa Pueyrredón (2). Ce quartier enregistre en effet des statistiques de délinquances dans la moyenne mais abrite cinq gares, trois zones commerciales importantes, sept accès à la voie rapide General Paz, large axe routier qui sépare Buenos Aires de la Province de Buenos Aires, et un bidonville.
Cependant c’est dans la Comuna 15 que sera établi le Commissariat central de la Policia Metropolitana comme elle s’appellera. Ce sera le Commissariat 15 (les centres de police sont désignés par un numéro à Buenos Aires, jamais par une indication géographique). Il se trouvera dans le quartier de la Chacarita (3).
Sur les dimensions politiques et budgétaires de cette mise en place de la nouvelle police portègne, lire les articles de ce jour.

Lire l’article de Clarín sur les modalités de déploiement de la police
Lire l’article de La Nación sur l’implantation du Commissariat central de la Police métropolitaine.

(1) Saavedra, c’est le quartier de Roberto Goyeneche, le chanteur. C’est le quartier où il est né et celui où il a toujours vécu.
(2) Villa Urquiza et Villa Pueyrredón, je vous en parle souvent dans mes articles sur le chanteur Cucuza Castiello et son partenaire, le guitariste Moscato Luna. C’est à la frontière de ces deux quartiers que se trouve le Bar El Faro, où ils reprennent tous les deux leur cycle El Tango vuelve al Barrio ce vendredi, avec des invités comme d’habitude (
lire mon article sur cette reprise du cycle). Villa Urquiza a aussi son poète par excellence, Luis Alposta (dont je vous parle assez souvent aussi, voyez ces articles en cliquant sur son nom dans la section Poètes de la rubrique Vecinos del Barrio dans la Colonne de droite). Villa Urquiza a aussi eu son grand maître fileteador, le Maestro Carlos Carboni, sur lequel Luis Alposta a écrit quelques articles dans le journal de leur quartier et dont un portrait de Carlos Gardel, tiré de sa collection personnelle, illustrera une des pages de mon livre Barrio de Tango (à paraître fin mars-début avril aux Editions du Jasmin, voir mes articles à ce propos).
(3) La Comuna 15 comprend les quartiers de La Chacarita (celui qui abrite le grand cimetière de l’ouest, où sont enterrés tous les grands artistes du tango, Carlos Gardel, Celedonio Esteban Flores, Juan D’Arienzo, Osvaldo Pugliese, Homero Manzi, Enrique Santos Discépolo, Carlos Di Sarli, Rosita Melo, les frères De Caro, Aníbal Troilo et j’en oublie nécessairement....), Parque Chas (tout récent, il a été séparé de son voisin en 2007), Agronomía, Paternal (le quartier de Osvaldo Fresedo, celui à qui Di Sarli rend hommage avec son Milonguero Viejo, "El pibe de la Paternal", le Môme de la Paternal), Villa Crespo (où sont nés Osvaldo Pugliese et le poète Celedonio Esteban Flores) et Villa Ortúzar. Sur le cimetière de la Chacarita, se reporter à
mon article d’août 2008 sur le dimanche à Buenos Aires, dans mes Chroniques de Buenos Aires.

Encore une citation de tango dans un titre de Página/12 [Actu]

Depuis l’ouverture de ce blog, Barrio de Tango, consacré à présenter en français le tango tel qu’il se vit et se développe aujourd’hui en Argentine et en Uruguay dans le contexte particulier de ces deux pays, un contexte très différent de ce que nous vivons, nous, en Europe francophone (et en Europe tout court tout autant), je vous ai déjà parlé à plusieurs reprises de ce rôle de repère culturel que joue le tango et essentiellement les textes de tango pour le grand public argentin et uruguayen. C’est le rôle que jouent chez nous les Fables de La Fontaine, les grandes répliques de Molière, Corneille, Racine, Victor Hugo, ou certaines phrases historiques ou littéraires depuis "Madame Bovary, c’est moi" jusqu’à "Longtemps je me suis couché de bonne heure" en passant par "Après moi, le déluge" ou "S’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche" (1), c’est-à-dire le rôle d’une grille de lecture du réel, celui d’un outil d’interprétation et de compréhension du monde qui nous entoure et singulièrement de l’actualité politique et sociale dont notre vie quotidienne dépend à tout moment.

C’est ainsi que je vous ai déjà commenté une citation de Como dos extraños de José María Contursi (musique de Aníbal Troilo) le 31 juillet 2008 à l’occasion des retrouvailles assez frisquettes de la Présidente et du Vice Président après la manifestation publique de leur désaccord politique, de ¿Te acordas hermano? (intitulé aussi Tiempos Viejos) de Manuel Romero (musique de Francisco Canaro) et Tristezas de la calle Corrientes de Homero Expósito (musique de Domingo Federico) le 24 février 2009 grâce au feuilleton pédagogique de l’été 2009 du dessinateur Miguel Rep, de Al mundo le falta un tornillo de Enrique Cadícamo (musique de José María Aguilar) le 15 juillet 2009 grâce à une vignette plus ancienne encore de Daniel Paz et Rudy sur le voyage du Pape Benoît XVI en Afrique au printemps, de La casita de mis viejos, toujours de Enrique Cadícamo (musique de Juan Carlos Cobián) le 22 septembre 2009 à cause du trafic de médicaments dont il va être à nouveau question aujourd’hui et enfin, le 8 octobre dernier, une citation de Fumando espero de Félix Garzo et Juan Viladomat (musique de Juan Masanas) à propos des comptes et décomptes de voix pour le vote d’une loi empêchant les monopoles de fait dans les médias en Argentine.
Ces citations sont les unes directes et exactes, les autres déformées par des jeux de mots ou des contrepètries (Fumando espero devenant par exemple Sumando espero). Toutes, y compris celle d’aujourd’hui, viennent du même quotidien, le quotidien de gauche par excellence, expert en jeux de mots et en références dans la culture populaire : Página/12 (2).

Cette fois-ci, cependant, pas de dessin, ni de Daniel Paz ni de Miguel Rep, les deux vedettes du crayon de la rédaction (3) mais seulement un gros titre et encore, même pas vraiment à la Une : si vous regardez la reproduction de la première page du journal, vous le voyez sur la colonne de gauche, à la page 8 : Arréstala, sargento, y póngale cadenas...
Il s’agit de mandat d’arrestation qui a été émis par un procureur contre une des inculpées dans l’affaire du trafic de médicaments, une sombre affaire dans laquelle il s’avère que des gens très haut placés dans le monde de la finance, de la santé et de l’industrie pharmaceutique ont, par pur esprit de lucre, mis sur le marché des produits contrefaits et/ou périmés (et dans ce cas reconditionnés). La dame que la police est allée chercher chez elle pour la reconduire en prison préventive, dont elle avait été extraite il y a quelques jours par un tour de passe-passe rocambolesque, n’est autre que la directrice d’une importante clinique privée et l’épouse légitime d’un autre inculpé, qui occupe les fonctions de secrétaire général du principal syndicat des employés de banque (Asociación bancaria).

Bref, que nous dit cette citation que les Argentins savent situer au premier instant où ils l’entendent et nous un peu moins ?

Textuellement : Arrêtez-la, sergent, et mettez-lui des chaînes.

De deux choses l’une : ou vous aimez les devinettes ou vous détestez ça. Ceux qui détestent vont tout de suite lire la note n° 4 (4) où je leur livre la réponse toute cuite. Et ceux qui aiment bien chercher, qui s’intéressent, qui ont envie d’en découvrir un peu plus en suivant des indices restent avec moi.
Cette citation, adaptée (le vers original est rédigé à la première personne du singulier), se trouve dans un tango qu’a chanté (et enregistré) Carlos Gardel. Qui date donc d’avant le 24 juin 1935, date de la mort de l’artiste à ?...

Medellín, en Colombie. C’est cela, bravo !

Un tango où s’exprime un dénommé Alberto Arenas.

Qui est Alberto Arenas ? Un pauvre gaucho exilé à Buenos Aires, dans le quartier de Nueva Pompeya et même pour être plus précis (ce tango est très précis), il habite le coin dit du Rosario, du nom de l’église de Notre Dame du Rosaire qui a été construite là, dans un style pseudo-gothique, à la toute fin du 19ème siècle, par des Franciscains très pieux mais pas très éclairés en matière architecturale. N’empêche que cette église fait la fierté du quartier et sert de repère un peu partout grâce à la hauteur de ses tours.
Et pourquoi demande-t-il à se faire arrêter, l’ami Alberto ? Parce que...
Señor Comisario... yo soy criminal

Monsieur le Commisaire, je suis un meurtrier

En fait, il vient de trucider sa dulcinée en la découvrant (et encore, ce n'est même pas si sûr, vu l'obscurité dans lequel tout ça s'est passé) dans les bras de son meilleur ami. Et il apporte dans sa valise les preuves de son crime. Et là, le tango tourne au gore carabiné : dans sa valise il y a le coeur du type et les cheveux de la fille. Il a réalisé la découpe avec son facón, le grand couteau dont sont dotés les gauchos pour les rudes travaux de la campagne et avec lequel ils savaient tuer les bovins pour prélever le cuir, du temps de la cavalerie, quand le cuir était une matière première très précieuse puisque tous les transports en dépendaient, puisque tout se faisait grâce au cheval.

Arrésteme sargento y póngame cadenas
Si soy un delicuente que me perdone Dios (5)

Cela s’appelle A la luz del candíl, c’est un tango qui date de 1927 et qui est signé de Julio Navarrine et Carlos V.G. Flores.
On se l’écoute chanté ici, sur Todo Tango, par Carlos Gardel, qui l’interprète d’une manière splendide non pas seulement par la voix mais aussi par l’art dramatique qu’il déploie... (6)

Pour en savoir plus, notamment sur cette histoire crapuleuse de contrebande pharmaceutique, lire l’article de Página/12.

(1) "Madame Bovary, c’est moi" : réponse de Gustave Flaubert à diverses tentatives de certains critiques de transformer son roman, Madame Bovary, en un roman à clé, parlant de personnes réelles.
"Longtemps, je me suis couché de bonne heure" : première phrase du très long roman en plusieurs volumes de Marcel Proust, A la recherche du temps perdu, volume 1 intitulé Du côté de chez Swann.
"Après moi, le déluge", une phrase attribuée au roi Louis XV par des anti-royalistes et par laquelle le roi manifeste qu’il se moque de l’avenir du pays au-delà de sa mort.
"S’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche" : phrase attribuée à la reine Marie-Antoinette par des propagandistes révolutionnaires et selon laquelle la reine aurait traité par le mépris les réclamations du peuple de Paris affamé à l’orée de la Révolution Française. Ces deux dernières phrases sont totalement invraisemblables dans leur contexte historique, elles ne peuvent pas avoir été prononcées mais elles servent encore aujourd’hui aux journalistes et aux politologues à caractériser certaines situations d’actualité.
(2) Tout ça est rattrapé dans un autre article d’aujourd’hui, 28 janvier 2010, où je parle de Rudy, le dialoguiste qui co-signe toutes les vignettes de Daniel Paz, et qui donne ce soir un spectacle parodique avec la chanteuse Silvana Gregori à Clásica y Moderna (à la Recoleta).
(3) Ce n’est pas un hasard si Página/12 est le journal qui utilise le plus les références du tango : le tango est l’une des expressions les plus abouties de la recherche actuelle de l’identité culturelle nationale. Il est donc normal qu’un quotidien de gauche, très attaché à faire émerger cette identité de la gangue de tous les néo-colonialismes qui ont suivi la guerre d’indépendance, de 1810 à nos jours, s’appuie sur ce trésor littéraire et artistique pour dire et redire l’irréductible singularité de ce pays.
(4) A la luz del candíl, de Julio Navarrine pour les paroles et Carlos V. G. Flores pour la musique. 1927.
(5) Vous avez besoin d’une traduction ? Non !!!! C’est tout comme en français : Arrêtez-moi sergent et mettez-moi les menottes. Si j’ai fait enfreint la loi, que Dieu me pardonne ! Donc vous voyez ce qui est suggéré par l’article de Página/12 à propos de cette dame, de ses motivations et du type de défense qu’elle pourrait développer face à l’accusation d’avoir écoulé des marchandises illégales qui ont pu entraîner la mort d’un certain nombre de personnes qui ont acheté ces médicaments en toute bonne foi.
(6) Sur les 7 tangos cités dans cet article, cinq figurent dans le recueil bilingue Barrio de Tango, dont je vous donnerai la table des matières dès que les épreuves du bouquin seront tout à fait au point. Avant, cela n’a pas de sens parce que la mise en page évolue et qu’on ne peut scanner que ce qui revêt son aspect définitif. Si donc ce que raconte le tango vous passionne comme moi et que vous vouliez en savoir plus sur ce livre que j’ai mis trois ans à composer et à écrire, vous pouvez vous reporter à d’autres articles que vous trouverez sous ce lien. Quant aux deux autres tangos cités ci-dessus et qui ne figurent pas dans Barrio de Tango (le livre), je compte en publier un jour une traduction sur le site de mes professeurs de tango, Gisela Passi et Rodrigo Rufino, dont vous pouvez trouver le lien dans la rubrique Eh bien dansez maintenant !, dans la Colonne de droite. Nous démarrons ensemble un partenariat pour lever un coin du voile de la culture tanguera à l’intention de leurs élèves, les élèves réguliers à Paris ou ceux des week-ends en régions et dans les pays voisins. Voir
mon article d’hier sur les tangos en version bilingue actuellement en ligne sur leur site et leur toute nouvelle vidéo, montée con mucho amor par Gisela herself.

mercredi 27 janvier 2010

Derniers jours pour lire les tangos de janvier (en français) sur rufinopassi.com [ici]

Quelle aventure que ces traductions inédites de tangos du répertoire que je réalise pour le site (et donc les élèves) de Gisela Passi et Rodrigo Rufino, deux professeurs de tango argentins (au pluriel parce qu’ils sont trois à avoir la même nationalité : le tango, Gisela et Rodrigo. Logique !), deux Portègnes qui exercent leurs talents en semaine à Paris et le week-end à peu près partout en France et dans les pays voisins. Ils étaient récemment à Strasbourg et à Nantes, par exemple. En général, ils sont invités dans des coins sympas...
Rodrigo et Gisela ont connu un mois de janvier bien agité, avec tant de choses à faire que les règles de mise en ligne, élaborées entre eux et moi à la fin du mois de décembre, ont été un petit peu bousculées par rapport au projet initial... La vida es así (c’est la vie !) comme on dit dans un tube de Juan D’Arienzo (Paciencia).

Du coup, vous avez encore jusqu’aux derniers jours de janvier (ultime prolongation) pour aller faire connaissance sur leur site, sur la page Ecouter, avec deux titres que l’on entend souvent dans les milongas et dans les cours : Tú, el cielo y tú (toi, le ciel et toi) et Agua florida (Eau de senteur). Sur cette page, vous trouverez plein de tangos à écouter et sous cette longue liste, ces deux tangos à lire, dans le texte original avec ma traduction en français en vis-à-vis (comme ça, vous pouvez lire le vrai texte, le comprendre dans notre langue et vous familiariser ainsi, en douceur, avec ce que le disque vous permet d’entendre. Comprendre aide à danser d’une manière plus authentique et moins mécanique).

Au début février, donc d’ici quelques jours maintenant, Rodrigo et Gisela doivent (je touche du bois) mettre en ligne d’autres tangos pour varier les plaisirs (et quand je dis tangos, j’englobe bien entendu sous la même dénomination les trois rythmes que nous dansons, à savoir la valse, la milonga et le tango lui-même à proprement parler).

Entre temps, dans ce mois de janvier surchargé, Gisela et Rodrigo ont mis en ligne une nouvelle vidéo sur You Tube, que je n’ai qu’à peine eu le temps de regarder (en ces dernières semaines avant l’envoi à l’imprimerie de mon livre, j’ai beaucoup de pain sur la planche (1) : ce sont des semaines charrette (2) pour l’auteur comme pour l’éditeur). Le nouveau clip posté sur le réseau social de Google est un montage vidéo sur les 5 cours réguliers que Rodrigo et Gisela donnent à Paris, le mardi (martes), le mercredi (miércoles) et le jeudi (jueves), avec quelques images de la milonga traditionnelle de la fin d’année (fin juin) et un bon bout de démonstration réalisée par les profs sur la valse Vida mía. Joli petit film, monté "con mucho amor" par Gisela elle-même (3) et qui rend très fidèlement l’ambiance conviviale des cours, donne une juste idée des lieux, de la pédagogie déployée et du nombre (impressionnant) d’élèves que les deux danseurs attirent régulièrement toutes les semaines, dans une ville où ce ne sont pourtant pas les cours de tango qui manquent. Et rassurez-vous, même si je fais partie de leurs élèves, je ne figure pas sur le clip (en tout cas, je ne me suis pas vue, c’est l’essentiel...)

A vous maintenant de jouer de la souris pour découvrir tout ça...

Pour en profiter :
Lire les tangos en version bilingue sur le site de Rodrigo et Gisela (en cliquant sur le lien)
Visionner la nouvelle vidéo (en cliquant sur le lien).
Pour accéder à mes autres articles sur Gisela Passi et Rodrigo Rufino, cliquez sur leurs deux prénoms dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search (en haut, sous le titre d’article). Leur site et celui de quelques autres professeurs en France, en Suisse et en Belgique se trouvent parmi les liens externes, classés dans la rubrique Eh bien dansez maintenant ! de la partie basse de la Colonne de droite.
Pour accéder à l’ensemble des articles de Barrio de Tango consacrés à la danse, cliquez sur le mot-clé danse dans le bloc Pour chercher ou sur le raccourci situé dans la Colonne de droite (partie haute).
Pour en savoir plus sur mon livre, cliquez sur le premier article de présentation ou sur l’ensemble des articles qui lui sont consacrés.
Le mot-clé ici (le raccourci, à droite, aussi) vous permet de faire remonter en page active tous les articles consacrés dans ce blog aux activités tango qui ont retenu mon attention en France, en Belgique et en Suisse essentiellement. Comme le blog comprend maintenant, en cette fin janvier 2010, un peu plus de 1125 articles (depuis le début, en juillet 2008), les raccourcis de la Colonne de droite ne sont pas de trop pour naviguer au milieu de tout ça.

(1) Avoir du pain sur la planche (francés popular) : tener mucho trabajo
(2) être charrette : desde la juerga de los arquitectos, esta expresión pasó en el habla popular de todos con el significado de tener mucho trabajo urgente (cuando hay que repartir un pedido de la noche a la mañana).
(3) Et après on s’étonnera de la surcharge de travail du mois de janvier ! Cette blague !

Week-end de la Saint Valentin en tango et à Paris [ici]

Logo de la Casa del Tango (Paris)

On dit qu’il n’y a rien de plus romantique que de passer la Saint-Valentin sur fond de Tour Eiffel ou de Basilique du Sacré-Coeur. C’est sans doute pour cela que Frédérique Bréhar vous propose un week-end tango pour une Saint Valentin à Paris, profitant de ce que cette année, le 14 tombe un dimanche. Votre programme est donc tout tracé : le week-end qui vient (30 et 31 janvier), vous êtes à Sion en Suisse pour l’apéro-concert Solidaridad Tango, organisé samedi par le quintette Tango Sensations (de remarquables interprètes de Piazzolla dirigés par un bandonéoniste suisse) et l’association des Trottoirs de Buenos Sierre (lire mon article), et 15 jours après, vous voilà à Paris, entre la Casa del Tango et le Cabaret Sauvage. A chacun son tour et ça fait voir du pays (1).

La proposition de Frédérique Béhar est très complète et concerne autant les débutants que les danseurs confirmés et déjà habitués à la piste :

Cours d’initiation au tango argentin de 5 heures répartis sur deux jours (ça aide à intégrer ce qu’on apprend), le samedi 13 février de 14h à 17h à la Casa del Tango, 11 allée Darius Milhaud, Paris (19ème arrondissement) et le dimanche 14 février, de 12h à 14h, au Cabaret Sauvage ;

puis le bal tango de la Saint Valentin, de 15h à 22h, au Cabaret Sauvage, situé dans le Parc de la Villette (entrée par le 59 boulevard Mac Mahon), à Paris (19ème arrondissement).

Comme toujours lorsque la Casa del Tango se déporte au Cabaret Sauvage (c’est la troisième fois qu’elle le fait), vous pouvez acheter votre entrée pour le bal du dimanche directement à la Casa del Tango (qui organise des milongas tous les après-midis du lundi au samedi) au prix préférentiel de 12 €. Vous pouvez aussi vous la procurer dans les réseaux FNAC, Virgin et Digitick.
Le jour même, vous pourrez entrer mais ce sera plus cher : 15 € à la caisse du Cabaret Sauvage.

Le stage quant à lui revient à 66 € par personne (pour 5 heures) et l’inscription préalable est obligatoire auprès de la Casa del Tango.

(1) Autres destinations à ne pas manquer dans les mois qui viennent : Grenade, dans le sud de l’Espagne, pour le Festival internacional de Tango de Granada en mars et Bruxelles, au coeur de la Belgique, pour le Brussels Tango Festival au début avril. Plus tard, il y aura la deuxième édition du festival Tangopostale à Toulouse mais on n’y est pas encore (ce sera début juillet).

mardi 26 janvier 2010

Les chiffres nous mentiraient-ils ? [Actu]

Comme le savent déjà les lecteurs assidus de Barrio de Tango (ce blog) et comme vont le découvrir les autres, les chiffres de l’INDEC, institut de statistiques argentin, font régulièrement l’objet de toutes les contestations possibles et imaginables. On les soupçonne toujours d’être manipulés en fonction des besoins électoraux et électoralistes des gouvernements successifs. De fait, ils présentent de nombreuses approximations dont la cause objective principale est que les acteurs de la vie économique ne transmettent pas systématiquement leurs données à l’institut comme la loi leur en fait théoriquement obligation. Le respect de la loi et les acteurs économiques, ça fait largement plus que deux en Argentine... L’INDEC travaille donc avec des relevés qu’il établit par ses propres moyens (qui sont comptés) et par les données transmises par les acteurs économiques de bonne volonté (notamment les données sociales des entreprises... dans un pays où 40% de l’emploi relève du travail au noir). A ceci, s’ajoute le soupçon généralisé des Argentins sur tout ce qui est officiel, soupçon forgé au long de nombreuses décennies de fraudes en tout genre depuis la Generación del 80 (1880) pour ne pas remonter plus haut dans l’histoire (1).

Or voilà que comme par hasard, une enquête de la Direction des Statistiques et du Recensement (INDEC) de la ville de Buenos Aires, entité qui dépend du gouvernement local, que préside l’opposant ultra-libéral Mauricio Macri, contredit les taux officiels d’inflation publiés par l’INDEC national, dépendant du gouvernement fédéral (majorité péroniste).
D’après l’INDEC portègne, le panier de la ménagère (canasta), qui ne se compose que de produits alimentaires dits de première nécessité, aurait augmenté de 70% entre 2005 et novembre 2008. Sur la même période, l’augmentation relevée par l'institut national ne serait que de 23%.

D’autres INDEC provinciaux, dans les provinces de San Luis ou de Santa Fe notamment, publient eux aussi des chiffres en contradiction flagrante avec ceux de l’institution nationale. Ces différends s’accompagnent de contestation des indicateurs socio-économiques retenus par l’organisme national pour mesurer l’inflation, la pauvreté et l’indigence, trois domaines sur lesquels l’INDEC au niveau national ne cesse de publier des résultats qui témoignent d’une amélioration progressive et constante de la situation (2).

Le contenu du panier est lui aussi contesté : on pense en effet que depuis 20 ans qu’il a été établi, la réalité de la consommation alimentaire a beaucoup changé dans le pays alors que la composition du panier n’a pas bougé.

Il est bien évidemment fort difficile de faire la part entre la réalité économique objective et la manipulation intentionnelle ou involontaire des chiffres, celle-ci étant tout aussi vraisemblable d’un côté que de l’autre de l’échiquier politique étant donné la fragilité du système institutionnel. En revanche, faire soi-même ses courses à Buenos Aires, surtout quand on n’y est qu’une fois par an, est un indicateur relativement fiable. Or d’août 2007 à août 2008, à Buenos Aires même, dans un quartier de classe moyenne, j’avais personnellement constaté, de visu, une augmentation considérable des prix alimentaires. Mais entre août 2008 et août 2009, la variabilité de ces mêmes prix, relevés chez les mêmes commerçants, était presque insensible. Vous pouvez à cet égard vous reporter à mes deux articles sur les prix que j’ai personnellement relevés dans la capitale argentine, celui publié le 10 septembre 2008 et celui publié un an plus tard, le 17 octobre 2009, rassemblés dans mes Chroniques de Buenos Aires. En l’occurrence, je suis comme saint Thomas : je ne crois que ce que je vois et, avec mes chiffres, j’ai bien surpris mes amis portègnes, tous persuadés que l’augmentation de la vie avait été beaucoup plus brutale dans l’année (3).

Quant au marché immobilier à Buenos Aires, il a continué à chuter en nombre de mutations : 2009 aura été la plus mauvaise année en la matière depuis la grande crise de 2001. Dès le début de l’année, on avait observé l’influence de la crise financière internationale sur le marché immobilier de la capitale argentine : l’activité notariale mettait en évidence le très net ralentissement des affaires dans ce domaine (lire mon article du 8 mai 2009 sur le sujet). Or d’après une étude menée par un cabinet privé spécialisé, le nombre de mutations en 2009 a été de 21,8% inférieur à celui qu’il avait été en 2008. En décembre cependant, la courbe semble avoir amorcé une légère remontée. La baisse est encore plus forte dans la Province de Buenos Aires (- 24,91% sur l’ensemble de l’année par rapport à l’année 2008). Or le tiers de la population du pays habite à Buenos Aires et dans le Province du même nom. Un quart de la population du pays vit dans le Gran Buenos Aires (Buenos Aires et un rayon d’environ 70 km au nord, à l’ouest et au sud).

Pour aller plus loin :
Lire l’article de Clarín daté d’avant-hier (24 janvier 2010) sur l’inflation mesurée sur le panier de la ménagère.
Lire l’article de La Nación d’hier sur l’état du marché immobilier.
Dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, vous pouvez accéder à d’autres articles selon les thèmes qui vous intéressent. Les mots-clés GCBA fait référence au Gobierno de la Ciudad de Buenos Aires (c’est en fait son sigle officiel), gob argentin au Gouvernement fédéral. Vous trouverez les autres thèmes répertoriés dans le bloc Pour chercher dans la Colonne de droite, dans les rubriques de la partie supérieure, qui présentent aussi d’autres thématiques abordées par ce blog.

(1) Sur les grands repères chronologiques de l’histoire argentine, reportez-vous à mon article dont vous trouverez le raccourci dans la partie médiane de la Colonne de droite, rubrique Petites chronologies. Sur le soupçon généralisé, vous pouvez lire aussi mon article d’avant-hier au sujet de l’interview qu’a donnée l’animateur radio Alejandro Dolina à Página/12, c’est très instructif sur l’état de la question aujourd’hui dans le pays.
(2) Les Argentins, eux, ont l’impression visuelle que c’est tout le contraire : plus de pauvreté, plus de mendiants, plus de sans abris. Et il n’y a pas que les Argentins : l’étrangère un peu observatrice que je suis a été suffoquée en août dernier (2009) du nombre de mendiants et de vendeurs à la sauvette de gadgets, de bonbons et de petits gâteaux, croisés dans le métro à tout bout de champ et à toute heure de la journée. Des adultes mais aussi beaucoup, beaucoup d’enfants vraiment très jeunes (6-7 ans) et qui auraient dû se trouver à l’école (l’école est obligatoire jusqu’à 14 ans et l’Etat dispose d’un réseau d’écoles gratuites et laïques pour que l’enseignement soit accessible à tous. Lire à ce propos
mes articles sur l’école en Argentine).
(3) "ah bon ? alors toi, tu donnes raison à l’Indec !"

dimanche 24 janvier 2010

La rentrée de Alejandro Molina et La Venganza será terrible [Actu]

La une du supplément culturel de Página/12 d'aujourd'hui

La Venganza será terrible (la vengeance sera terrible) est l'un des plus célèbres talk-shows culturels de la radio argentine. Elle est animé par le journaliste Alejandro Molina, qui a été reçu, au mois de mai dernier, à la Academia Nacional del Tango pour son apport à la culture populaire de Buenos Aires (lire mon article à ce sujet).

Son émission passe à minuit comme l'année dernière. Comme Radio 10 l'a remercié, malgré son succès, l'émission a emménagé lundi dernier sur les ondes de Radio Nacional. C'est très commun en Argentine : les animateurs sont propriétaires de leur émission et la trimballent avec eux au gré de la bonne volonté des directeurs d'antenne, passant du public au privé et du privé au public, tant en radio qu'en télévision. En revanche, pour des questions financières, cette année, Alejandro Molina retrouve son public non plus du lundi au vendredi mais du lundi au jeudi seulement, le vendredi lui étant accordé pour des activités plus rémunératrices (lui et toute son équipe perdent de l'argent en changeant de station).

La venganza será terrible est enregistrée en public et en direct, souvent dans l'auditorium de l'Hôtel Bauen, esquina Corrientes y Callao, un haut-lieu de la contestation du capitalisme argentin (l'hôtel Bauen, fermé par ses propriétaires, a été repris de force par une poignée d'employés qui y ont remonté un établissement qui marche bien sous forme de coopérative), au Complejo La Plaza (Corrientes 1660)... Une émission qui nomadise quelque peu à travers Buenos Aires et part parfois en tournée. Du 25 au 29 janvier prochain, toute l'équipe sera à Montevideo, l'émission sera enregistrée dans la Salle Zitarrosa, l'une des plus prestigieuses de la capitale uruguayenne...
La venganza será terrible est diffusée depuis 25 ans.

Espero que la vigencia de La venganza... se deba a que la gente encuentra en el ciclo alguna clase de inteligencia.
(Alejandro Molina, cité par Página/12)

J'espère que la longévité de La venganza... est due au fait que les gens trouvent dans l'émission une sorte d'intelligence.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

L'article de Página/12 est un interview de l'intervieweur. Alejandro Dolina y explique comment fonctionne la radio, les motifs pour lesquels il a été remercié par Radio 10 (parce que son émission coûte très cher, que les spots publicitaires ne peuvent pas couvrir les coûts de production à cette heure de la nuit et non pas parce qu'il a tenu des propos favorables à la politique du très contesté président venezuelien Hugo Chavez). Il s'explique aussi sur son cachet sur Radio Nacional (deux fois moins élevé que sur Radio 10). Il se défend aussi d'arriver sur l'antenne de Radio Nacional pour des raisons politiques : des bruits mal intentionnés l'accusent d'arriver là parce qu'il serait aux ordres du gouvernement argentin, lui qui a toujours montré une grande liberté de pensée et de propos. Il se murmure aussi qu'il fait cela pour l'argent (il semblerait bien que ce soit faux).

Voici la fin de l'article :

- Después de este reportaje no va a faltar quien diga que es kirchnerista.
- No soy kirchnerista. No digo que sea un desatino estar en contra del Gobierno. El desatino es estar en contra del Gobierno por eso y no por otras cosas. Yo también encuentro en la gestión ciertos perfiles muy criticables. Probablemente el Gobierno no hizo todo lo que podía hacer respecto de la inseguridad, pero no ha sido peor de lo que han hecho otros gobiernos. Tampoco creo que la inseguridad actual sea peor o significativamente mayor a la que hubo históricamente. La inseguridad no es un tema a partir del cual se pueda describir una situación política.
Página/12

- Après ce reportage il y aura bien quelqu'un pour dire que vous êtes kirchneriste (1).
- Je ne suis pas kirchneriste. Je ne dis pas que ce soit nul d'être contre le Gouvernement. Ce qui est nul, c'est d'être contre le Gouvernement par principe et sans aucune autre raison. Moi aussi, je trouve dans ce qu'ils font certaines choses très criticables. Selon toute probabilité, le Gouvernement n'a pas fait tout ce qu'il pouvait faire à propos de l'insécurité mais ça n'a pas été pire que ce qu'ont fait d'autres gouvernements. Je ne crois pas non plus que l'insécurité actuelle soit pire ou significativement plus importante que celle qu'on a toujours eue. L'insécurité, ce n'est pas un thème à partir duquel il soit possible de décrire une situation politique.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

La lecture de cette interview est donc très intéressante pour qui veut prendre le pouls de la société argentine. Vous y découvrirez, en creux, à travers les réponses que fait Dolina, combien les Argentins sont soupçonneux dès que se produit quelque chose de nouveau ou d'inattendu. Il est vrai qu'ils ont une longue et douloureuse expérience de la corruption et de la concussion à tous les niveaux... Le ton de l'entretien est donc assez combatif. A lire pour découvrir un grand monsieur de l'univers culturel de ce pays.

Alejandro Molina est aussi auteur de nombreux livres. En août, je me suis offert Crónicas del Ángel gris, publié en poche chez Booket, trouvé dans une librairie de chaîne dans la rue Florida et dont je tâcherai de vous parler dès que j'aurai le temps de l'ouvrir. Peut-être avant que le nouveau roman de l'auteur, en cours d'écriture, ne paraisse mais je ne vous promets rien...

En attendant, allez donc sur Página/12 lire cette interview. Vous trouverez dans la rubrique Ecouter (partie basse de la Colonne de droite) le lien vers El Espectador, une radio de Montevideo qui diffuse des extraits de l'émission quelques heures après le direct. Sur le site de Alejandro Molina, vous pouvez écouter l'émission en direct, attention au décalage horaire ! (Pour le moment, le site n'est pas complètement à jour et ne tient pas encore compte sur toutes ses pages du changement de station).

(1) Partisan des Kirchner, la Présidente et son mari, le président précédent.