jeudi 27 mai 2010

Quand Rudy célèbre le Bicentenaire en paraphrasant Litto Nebbia [Actu]

Litto Nebbia a écrit un jour une chanson qui a connu un grand succès et dont vous trouverez plusieurs clips sur You Tube (avec Litto ou avec d’autres interprêtes) : El rey lloró (le roi pleura). En voici le texte d’une grande simplicité, comme souvent chez cet auteur-compositeur-interprète, où la musique vient comme contrebalancer la simplicité du texte pour vous le faire lire au second degré...

Recuerdo una vez,
en un viejo país
un rey a un hombre campesino le habló.
Le dijo te ofrezco lujos y placeres
si tú me enseñas a vivir feliz.
Litto Nebbia

Je me souviens d'une fois
dans un pays ancien
un roi à un homme des champs parla.
Il lui dit : Je t'offre luxes et plaisirs
si tu m'apprends à vivre heureux.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

El humilde hombre
le dijo no puedo,
no puedo enseñarte yo a vivir felíz.
Tú con tu dinero, lujos y placeres
jamás podrás ya vivir feliz.
Litto Nebbia

Le pauvre homme
lui dit : je ne peux pas
je ne peux pas, moi, t'apprendre à vivre heureux.
Toi, avec ton argent, ton luxe et tes plaisirs,
jamais tu ne pourras vivre heureux.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

El rey lloró,
y le contó su dolor.
Litto Nebbia

Et le roi pleura
et lui raconta son malheur.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Dans la culture hispanique, l’image du roi qui pleure est très chargée en ce qui concerne l'histoire, car il y a bien dans l’histoire espagnole un roi qui a pleuré : il s’agit du dernier roi maure qui rendit Grenade le 2 janvier 1492 à Isabelle et Ferdinand, vaincu par les armées jointes de Castille et d’Aragon. Ce dernier roi maure s’appelait Boabdil. Il quitta Grenade, qui l’avait vu naître, en direction de Motril, sur la côte, pour traverser la mer et se réfugier à Fez, et en passant le dernier col d’où l’on peut encore voir la belle cité andalouse, il se mit à pleurer. Et sa mère, la terrible Aicha, l’insulta : "Llora como mujer lo que no supiste defender como hombre" (Pleurs comme une femme ce que tu n’as pas su défendre comme un homme). Ce col depuis s’appelle El suspiro del Moro (le soupir du Maure) et la vue qu’on y a sur Grenade est une splendeur...

Dans son billet de cette semaine de bicentenaire, après avoir pris son titre à Litto (el virrey, c'est le Vice Roi en espagnol), l'humoriste et chroniqueur Rudy fait parler l’Argentine :

¿Qué tal, lector? ¿Cómo es eso de cumplir 200 años? Si usted cumpliera 200 años, lo diría públicamente, o trataría de que la gente creyera que en realidad usted tiene 100... a lo sumo 150.
¿Ocultaría usted su edad? ¿Se imagina a la Argentina diciendo: “Bueno, en realidad nací en 1816, porque fue cuando me anotaron como independiente en el Congreso de Tucumán”. O: “Mi verdadero nacimiento fue en 1853, cuando empecé a tener Constitución, porque todos saben que un país no es un país si no tiene Constitución”. O: “Bueno, de verdad nací en 1880, cuando tuve Capital Federal, porque un país sin capital no es un país”. O: “Recién desde 1912, con la Ley Sáenz Peña, se puede decir que soy un país, porque antes, si no se podía votar, no era un verdadero país”. O: “En realidad, desde 1951 soy un país, ya que desde ese año votan hombres y mujeres, antes era medio país, sólo votaban los varones”.
Rudy

Comment ça va, lecteur ? Alors, comment c’est d’avoir 200 ans ? Si c’était vous qui fêtiez vos 200 ans, vous le diriez haut et fort ou vous essayeriez de faire que les gens croient qu’en réalité vous avez 100 ans... 150 tout au plus.
Vous cacheriez votre âge? Vous imaginez l’Argentine en train de dire : "Ouais, en fait, je suis née en 1816, parce que c’est à ce moment-là qu’on m’a déclarée indépendante au Congrès de Tucumán" (1). Ou "Ma vraie naissance, c’est en 1853, quand j’ai eu me première Constitution, parce que tout le monde sait qu’un pays n’en est pas un s’il n’a pas de Constitution". Ou "Ouais, en fait, je suis née en 1880, quand j’ai eu une capitale fédérale, parce qu’un pays sans capitale n’est pas un pays". Ou "C’est seulement en 1912, avec la loi Sáenz Peña, qu’on peut dire que je suis un pays, parce qu’avant, puisqu’on ne pouvait pas voter, je n’étais pas un vrai pays" (2). Ou "En fait, je suis un pays depuis 1951, puisque depuis cette année-là, et les hommes et les femmes votent. Avant, j’étais un demi-pays. Il n’y avait que les hommes qui votaient".
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Pour lire la suite, allez directement sur l’article de Sátira/12. Il vaut le détour.
Faites-vous aider, le cas échéant, par Reverso, un outil de traduction en ligne dont vous trouverez le lien en bas de la Colonne de droite, dans la rubrique Cambalache (casi ordenado).
Et pour mieux comprendre les raccourcis historiques auxquels l’humoriste en chef de Página/12 se livre avec autant d’allant et de talent, reportez-vous à mon Vademecun historique, dont vous trouverez le raccourci dans la rubrique Petites chronologies, dans la partie médiane de la Colonne de droite. La rubrique s'est aujourd'hui enrichie d'un nouveau raccourci qui renvoie vers ma série d'articles sur La Semana de Mayo (la semaine révolutionnaire de mai 1810).

(1) Le 9 juillet 1816. D’où la deuxième fête nationale. L’Argentine, c’est plein de doublons...
(2) La loi Sáenz Peña a institué le droit et l’obligation de vote pour tous les citoyens nés argentins (les naturalisés étaient exclus du droit de vote mais n’étaient pas pour autant dispensés du service militaire). Le vote était bien sûr réservé aux hommes (il ne faut tout de même pas exagérer... Mais l’année suivant, l’Uruguay donnait lui le droit de vote aux femmes. Cherchez l’erreur !). La loi Sáenz Peña établissait aussi le vote secret. Jusqu’alors le vote était cantado (chanté): on votait à haute voix. Ce qui facilitait sans doute l’alternance au pouvoir, comme on l’imagine bien... Comme par hasard, à la première élection présidentielle qui suivit l'adoption de la nouvelle loi sur le suffrage dit universel, c’est la gauche (l’UCR) qui l’emporta. On se demande bien pourquoi !