mercredi 29 février 2012

Hommage à Horacio Salgán au Teatro Colón [à l'affiche]

Au moment où Barrio de Tango va pouvoir sortir de sa très longue hibernation puisque j'ai pu tenir mes délais, presque au jour près, en mettant en ce moment même la dernière main à deux manuscrits sur les trois livres que j'ai mis en chantier cet automne (parution prochaine aux Editions du Jasmin) et à l'heure de la rentrée pour tout le monde en Argentine, voilà que m'arrive l'information d'une soirée d'hommage au Maestro Horacio Salgán au Teatro Colón, l'Opéra de Buenos Aires.

La soirée commencera à 20h30 ce samedi 3 mars 2012 et la liste de participants a de quoi laisser rêveur comme toujours dans ce genre d'événement exceptionnel, organisé pour l'occasion par le Ministère de la Culture de la Ville Autonome de Buenos Aires, dirigé par l'indéboulonable Hernán Lombardi, et le directeur du Festival de Tango, le Maestro Gustavo Mozzi. Excellente initiative !

L'orchestre fondé par Horacio Salgán sera dirigé par son fils, César, pianiste lui aussi (et qui ressemble à son père comme deux gouttes d'eau), et rassemblera ses bandonéonistes historiques, les Maestros Leopoldo Federico, Ernesto Baffa, Julio Pane, Juan José Mosalini (qui aura quitté Paris pour l'occasion) et Néstor Marconi. Se joindront à la fête un certain nombre de musiciens plus jeunes comme Carlos Corrales, Esteban Falabella, Juan Pablo Navarro, Lautaro Greco ou Nicolás Enrich. Il est peu probable que Horacio Salgán lui-même se mette au piano, il est en fait retiré depuis plusieurs années et ne fait plus que des apparitions rares sur scène mais on ne sait jamais. A 95 ans, le grand Maître en étonne encore plus d'un.

Au programme du concert, on annonce tout un répertoire de -ou arrangé par- Horacio Salgán, dont bien entendu l'inévitable A fuego lento, son morceau le plus célèbre, Recuerdo, Canaro en París, Gallo ciego, Ojos negros, Responso et une version qu'il n'a jamais enregistrée de La pulpería de Santa Lucía...

Le concert sera retransmis intégralement et en direct par la 2x4. Vous avez la possibilité de l'écouter par le streaming disponible sur le site Internet de la station, voir en Colonne de droite, la rubrique Ecouter, et faites attention au décalage horaire : Buenos Aires a 4 heures de moins que l'Europe atlantique. En revanche, si vous vivez au Canada, c'est peut-être plus confortable pour vous. Buenos Aires est dans le même créneau horaire que la côte est.

Sur place, à Buenos Aires, les places sont en vente au guichet du théâtre et sur son site Internet et leurs prix s'étalent de 10 à 60 $, ce qui est vraiment bon marché, comparé aux tarifs pratiqués par des salles plus petites et moins prestigieuses comme Clásica y Moderna ou le CC Torcuato Tasso pour des artistes de même pointure...

Pour aller plus loin :

jeudi 23 février 2012

L'Argentine en deuil [Actu]

Hier soir, un grave accident de chemin de fer a endeuillé le quartier de Balvanera, où se trouve la gare Once, la ville de Buenos Aires et toute l'Argentine. Un deuil de deux jours a été décrété pour rendre hommage aux morts et soutenir les très nombreux blessés et les familles des victimes.


Bien entendu, Barrio de Tango s'associe de tout coeur à cet hommage et à ce deuil.

vendredi 17 février 2012

Le retour du Retour du Tango qui revient au Faro [à l'affiche]


Les lecteurs fidèles de Barrio de Tango connaissent bien ce cycle de concerts de tango organisés par le chanteur Cucuza Castiello et le guitariste Moscato Luna, qu'ils avaient tous deux fondé en 2008 dans un café-pizzeria de Constituyentes y La Pampa, à la limite entre les quartiers Villa Pueyrredón, Villa Urquiza et Chas, le Bar el Faro. Le cycle s'appelle El Tango vuelve al Barrio (ETvaB), ce qui veut dire "Le tango revient dans le quartier", à la fois parce qu'il revenait dans cette zone périphérique de Buenos Aires et parce qu'il recommençait à envahir l'espace public de la vie quotidienne des Portègnes après la longue traversée du désert qui a duré de la chute de Perón en septembre 1955 jusqu'au début de la reprise économique à partir de 2004.

Or il y a deux ans, quelques semaines après avoir été inscrit sur la liste des Bares Notables (cafés d'intérêt culturel), El Faro a perdu son agrément pour organiser des concerts, pour des motifs qui n'ont jamais été éclaircis, à une époque où a été mis au jour un gros trafic de malversations dans le service d'attribution de ces agréments dans l'administration municipale.

C'est donc un retour du retour qui aura lieu ce soir, vendredi 17 février, à 21h30, puisque Cucuza et Moscato reviennent à El Faro, avec pour invité de luxe l'excellent harmoniciste de tango qu'est Franco Luciani, lequel sera bientôt sous nos cieux d'Europe.

Droit au spectacle : 30$ (une très forte hausse depuis l'année dernière, mais moins importante que celle du ticket de métro !). Comptez la pizza ou les empenadas et le vin ou la bière ou tout ce que vous voudrez boire pour les accompagner en plus...

jeudi 16 février 2012

Quand The Artist fait l'actu dans les salles et dans Página/12 [à l'affiche]


Le film muet français The Artist, qui est en train de faire un carton dans les remises de prix annuels de différents pays, sort aujourd'hui en Argentine, pays natale de l'actrice principale, Bérénice Bejo, et fait la une des pages culturelles du quotidien Página/12.

Rappelons pour l'anecdote que le premier film que tourna Carlos Gardel fut un film muet (en 1917, l'année même où il fit son premier enregistrement d'un tango, mais non pas son premier disque) et que le premier film parlant argentin fut un film sur le tango.

Pour en savoir plus sur cette sortie à Buenos Aires et ailleurs en Argentine :

L'article est accompagné d'une interview, passablement développée, de Michel Hazanavicius, le réalisateur, par Michel Broca (le tout a été traduit en espagnol, of course, ce pourquoi vous disposez dans la Colonne de droite d'un accès au traducteur en ligne Reverso).

mardi 14 février 2012

Le FMI en période de crise vu par la gauche argentine... à la Saint-Valentin [Actu]

Ce matin, ce n'est pas l'oligarchie argentine qui en prend plein les quenottes, c'est Christine Lagarde et ça déménage. Le FMI est la bête noire de toutes les gauches dans tous les pays émergents, en voie de développement et encore sous-développés... Femme ou homme à sa tête, peu importe.

Or donc, après les événements catastrophiques de ce week-end à Athènes, dont nombre de grandes institutions, notamment culturelles, ne sont plus que cendres en centre-ville, alors que l'Espagne, l'Italie, la France, la Grande-Bretagne et même l'Allemagne, sans rien dire du Portugal, s'enfoncent dans des politiques qui détruisent les dispositifs sociaux, font éclater toutes les solidarités, entre les générations, les secteurs professionnels, les classes sociales, attaquent l'instruction, la santé et tous les services publics, la Saint-Valentin a donné une idée, méchante et drôle à la fois, à notre duo de vignettistes de la une de Página/12, Rudy, pour le texte, Daniel Paz pour le dessin, dont je vous ai rarement parlé aussi souvent dans un même mois. Il faut avouer que cet été, ils ont la forme !

Et ça donne ce qui suit.


Christine Lagarde : La politique de rigueur (1) est inévitable mais elle ne doit pas être brusque.
Le journaliste (visiblement un peu surpris) : Et comment faudrait-il faire alors ?
Christine Lagarde : d'abord, des mots tendres, des fleurs, un dîner romantique... Et après on voit.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

(1) Le terme employé en Argentine est le même qu'on utilise dans l'expression règlement de comptes au sens criminel du terme (ajuste de cuentas)

lundi 13 février 2012

Nouvelle édition (augmentée) de la correspondance de Julio Cortázar [Disques & Livres]


A quelques semaines de l'ouverture de la Feria del Libro de Buenos Aires, le grand rendez-vous de l'édition argentine et internationale du mois d'avril, l'édition d'une correspondance de près de 2 000 lettres, dont plus de 1 000 sont encore inédites, en cinq volumes et 3 000 pages en tout, sous la conduite d'un émiment philologue espagnol (qui a choisi de se faire connaître sous son nom catalan !), Carles Alvarez Garriga, et la surveillance de Aurora Bernádez, l'ex-femme de Cortázar qu'il avait chargée de veiller sur son oeuvre après sa mort, fait figure d'événement. L'écrivain est désormais considéré comme l'un des pères fondateurs de la littérature argentine, un pays dans lequel il a fort peu vécu, puisqu'il a passé une grande partie de sa vie adulte en exil, notamment à Paris où il est décédé en 1983, l'année où la dictature militaire prenait fin dans son pays.

La nouvelle édition, qui ne constitue pas une intégrale de sa correspondance, sort chez Alfaguara et comprend un ensemble de lettres adressées à des artistes, dont beaucoup d'écrivains argentins comme Victoria Ocampo et Leopoldo Marechal, des membres de sa famille et de nombreux amis, depuis 1937 quand il travaillait dans l'enseignement public dans la Province de Buenos Aires jusqu'aux quelques jours qui ont précédé sa mort, à Paris.

Le rapport de Cortázar au tango est pour le moins lâche même si on lui doit quelques letras magnifiques, comme on en doit aussi à l'autre géant que fut José Luis Borges, mais pour autant cette parution n'en avait pas moins sa place dans ce blog, tant l'oeuvre et l'influence littéraire et artistique de cet écrivain est importante dans la vie culturelle de l'Argentine démocratique d'aujourd'hui.

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12, en une de son supplément culturel aujourd'hui.

jeudi 9 février 2012

La musique argentine en deuil : Luis Alberto Spinetta vient de mourir [Actu]


Luis Alberto Spinetta (ci-dessus dans un concert récent) était un porteño de ley (un vrai Portègne), né le 23 janvier 1950 dans le nord de la capitale argentine, dans le quartier de Belgrano. Il est décédé hier, d'un cancer du poumon diagnostiqué en juillet dernier, à un stade déjà avancé, chez lui, à Villa Urquiza, au milieu de ses enfants, qui ont souhaité que la veillée, depuis hier soir, vers 22h, et l'incinération, qui aura lieu dans l'après-midi, aujourd'hui, se déroulent dans la plus stricte intimité familiale, avec quelques amis personnels. La presse n'a pas été conviée. Ce qui n'empêche évidemment pas les vautours habituels d'être aux aguets devant l'entrée de la chapelle ardente comme on peut le voir sur le site de Clarín et très probablement, en direct et en permanence, sur TN, la chaîne tout info de ce puissant groupe de presse.

Le 23 décembre dernier, Luis Alberto Spinetta avait brièvement commenté son état de santé à travers un communiqué de presse sobre, pour répondre à des rumeurs qui se répandaient sur la Toile, en particulier à travers de faux comptes Twitter où des usurpateurs signaient de son nom. Avec une grande dignité, il avait demandé à ses fans de ne pas se faire de souci pour lui. Il disait que les médecins avaient bon espoir que le protocole thérapeutique qu'il s'apprêtait à suivre lui permette de s'en sortir et qu'en sa qualité de membre d'une association de sécurité routière, il recommandait à tous d'être responsables et de ne pas boire avant de prendre le volant pendant les fêtes (un mal endémique en Argentine). C'est aussi avec des messages sur le réseau que son fils Dante et ses autres enfants derrière lui ont annoncé, hier en fin de journée, la mort du grand auteur-compositeur-interpréte qui compte parmi les quatre pères fondateurs du rock argentin, avec Litto Nebbia, Charly García et Fito Páez.

Une gueule de rockeur anglais, des cheveux indisciplinés, des traits que la maladie avait singulièrement creusés ces dernières années, des textes qui l'ont assimilé au poète du rock et l'élévent à un classique de la chanson populaire tous genres confondus, une voix plutôt dans les aigus et une présence sur scène électrisée et électrisante. Une discographie plus qu'abondante et qui va bientôt être épuisées chez les disquaires de Buenos Aires.

(Photo AFP prise avant ses ennuis de santé)

Les hommages fusent dans la presse, d'abord en Argentine où les grands quotidiens nationaux lui consacrent de véritables cahiers, mis à part La Prensa, qui préfère faire sa une sur un fait divers sanglant intervenu hier Plaza San Martín, histoire de discréditer une nouvelle fois le Gouvernement. A la guerre comme à la guerre. Les quotidiens uruguayens mettent eux aussi en bonne place la nécrologie de l'artiste et en Espagne, El País se joint à ce concert élogieux, avec un article qui reprend les grandes lignes de la carrière de l'artiste disparu.

Comme d'habitude, du point de vue culturel, c'est encore Página/12 qui publie les notices les plus fouillées sur le plan musical et artistique.

Une une dessinée par Daniel Paz, en allusion au répertoire de l'artiste

Pour aller plus loin :
lire l'article de El País (Uruguay)
lire l'article de LR 21 (Uruguay)
lire l'article de El País (Espagne)

Un certain nombre de ces sites de presse mettent en ligne des documents vidéos et audios, notamment les deux El País, Clarín dont c'est le fond de commerce (grand groupe média et audio-visuel) et La Nación.
Les portails de partage Youtube et Dailymotion proposent également une ample collection de vidéos qui vous montrera que Luis Alberto Spinetta était bien un artiste marquant et remarquable du paysage musical argentin et latino-américain, même s'il reste totalement inconnu de l'hémisphère nord non hispanophone.
Les radios généralistes argentines et uruguayennes, dont je vous donne les liens dans la Colonne de droite de ce blog, lui rendent hommage aujourd'hui (9 février 2012) au gré de leurs grilles de programmation respectives.

mercredi 8 février 2012

Como te quiero hermano samedi au CAFF [à l'affiche]


Ce samedi 11 février 2012, à 22h, reprise du tour de chant à deux voix et deux guitares, de Chino Laborde et Dipi Kvitko, d'un côté, et Cucuza Castiello et Moscato Luna, de l'autre, au CAFF, Sánchez de Bustamante 764, dans le quartier de l'Abasto.

Entrée : 50 $, à l'entrée le jour même, ou 40$, avec achat à l'avance au Musetta Café, esquina Tucumán et Billinghurst, comme d'habitude.

Si vous connaissez bien ce blog, vous connaissez aussi ces artistes dont je vous parle assez souvent au cours de l'année, hors des longues vacances d'été dans lesquelles nous sommes encore jusqu'à la fin du mois... Pour vous en assurer, cliquez sur leur nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus.

Le début de saison 2012 au CCC [à l'affiche]


La Ciudad del Tango, le département spécialisé au Centro Cultural de la Cooperación Floreal Gorini, de Corrientes 1543, reprend sa série des concerts du Tango de Miércoles dès ce mois de février 2012, si lié à la saison carnavalesque.

Et ça commence ce soir, à 20h30, avec le groupe La Santa Milonga, dans la Sala Osvaldo Pugliese, au fond du rez-de-chaussée.

Rudy et Paz tirent à vue [Actu]

Il est rare que je publie ainsi coup sur coup autant de dessins de presse de ce duo plein d'humour. Je ne sais pas si c'est le calme de l'été ou le retour de la combativité de la gauche, galvanisée par les annonces de la Présidente, mais depuis quelques jours, l'oligarchie ultra-libérale et ruraliste argentine en prend pour son grade dans la vignette de une de Página/12, quotidien de gauche qui n'a pas vraiment vocation de la ménager.

Et ce dimanche, c'est un dessin à double détente et qui est donc particulièrement intéressant pour qui veut approcher un peu les soubassements de la culture et de l'histoire politique de l'Argentine.

C'est parti pour le voyage dans le temps avec nos deux mêmes personnages, le naïf de service à la banane rockeuse et le leader rural aussi bas de plafond que ses sourcils sont broussailleux.



Le naïf (les bras croisés, donc plus si naïf que ça !) : Cristina (1) dit que construire des écoles, ce n'est pas une dépense, c'est un investissement.
Le ruraliste : Et vas-y donc avec la mode des années 70 !
Le naïf : Celle de 1970 ? (2)
Le ruraliste : Non, celle de 1870... Sarmiento et toutes ces bêtises de l'instruction publique !
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Là, ils font vraiment fort, tous les deux... Il n'y a pas représentant plus emblématique de l'oligarchie argentine de la seconde moitié du 19ème siècle, avec toutes ses dimensions les plus caricaturales (à part la corruption, donc il est exempt), dans l'ordre du libéralisme, de la théorie du libre-échange sans aucune limitation qui fut si néfaste aux classes laborieuses dans tout le pays, de l'imitation tous azimuts de l'Europe et du racisme contre les restes de régime colonial qu'ont longtemps été, aux yeux des possédants (blancs), les Indiens et les noirs dans le pays. Or il se trouve que Domingo Sarmiento, authentique intellectuel, authentique homme de culture, et grande plume de la langue espagnole devant l'Eternel, est aussi l'homme qui a milité, avec force et constance, pour la création d'une école publique, gratuite, obligatoire (entre 6 et 14 ans) et donc laïque (comme en France, et parce qu'il était athée et très hostile à l'église catholique, dont il voulait restreindre le rôle à la répression morale) dans l'espoir de faire monter le niveau d'instruction générale, c'est-à-dire l'européanisation culturelle à marche forcée de l'ensemble du pays. Ce qui entraînait ipso facto une croissance des compétences disponibles et mobilisables dans le pays, comme dans tous les pays qui ont instauré à cette même époque un système d'éducation obligatoire pour tous, et donc de ses capacités à innover et à se développer sur le modèle de la révolution industrielle.

Et en plus, Sarmiento a voulu étendre son programme d'instruction aux petites filles, comme le montrait très bien en août-septembre une exposition temporaire présentée dans le musée qui lui est consacré dans le quartier de Belgrano, où il habitait, au milieu de la verdure, à l'époque. Ce programme n'a été une réalité qu'au bout de très nombreuses années parce qu'il a fallu construire les écoles et former les maîtres puis les affecter jusqu'aux coins les plus reculés du pays, ce qui ne fut pas une mince affaire. A noter que le Gouvernement, ultra-libéral, de la Ville Autonome de Buenos Aires fait tout ce qui est en son pouvoir pour faire échouer l'école publique, qui est budgétairement et socialement délaissée, au profit des écoles privées, qui ne bénéficient déjà qu'aux plus privilégiés. Le dessin n'est donc pas juste un bon mot. Il dénonce la profonde mauvaise foi du raisonnement actuel d'une droite de plus en plus à court d'arguments politiques pour décrédibiliser un gouvernement qu'elle hait mais qui fait du bon boulot dans cette Argentine, qui se relève d'une faillite vieille de 10 ans seulement.

(1) La présidente Cristina Fernández de Kirchner, bien entendu.
(2) Les années 1970 correspondent au début des années de plomb, avec la période qui précéda la dictature militaire puis cette même dictature, de 1976 à 1983.

samedi 4 février 2012

Pour Liliana Herrero, la quête de l'identité passe par la musique [Disques & Livres]


L'auteur-compositeur-interprète et chanteuse de folclore Liliana Herrero, qui, en plus de sa carrière musicale personnelle, assure aussi la direction du centre culturel ECuNHi, fondé par l'ONG Madres de Plaza de Mayo, va sortir prochainement une nouvelle édition de son disque Este Tiempo (Le temps présent), accompagné cette fois-ci d'un DVD enregistré en août de l'année dernière dans les locaux d'une entreprise récupérée par ses salariés (en SCOP, équivalent argentin).

Elle présentera l'ensemble lors d'un concert programmé le samedi 21 février, à la Ciudad Cultural Konex, dans le quartier de l'Abasto.

Le quotidien Página/12 en a profité pour interviewer l'artiste.

Extraits.

“Veo con preocupación que no haya una mirada con relación a la multiplicidad extraordinaria y a la enorme cantidad de compositores y poetas que existen en el país” [...] “Este es un tiempo promisorio. Entonces, acompañemos esa promesa, profundicemos esa promesa”
Liliana Herrero, citée par Página/12

Je constate avec inquiétude qu'on ne porte pas les yeux sur l'extraordinaire variété et l'énorme quantité de compositeurs et de poètes qui existent dans ce pays. [...] Le temps présent est un temps prometteur. Accompagnons donc cette promesse, approfondissons cette promesse.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–¿Por qué buscó un anclaje presente y contemporáneo?
–Quería señalar la singularidad de este tiempo, los acontecimientos promisorios que tiene este tiempo político, cultural y musical. En este sentido, quería mostrar una vez más –y sin ponerlos a todos– un panorama de los compositores que a mí me interesan mucho en estos momentos, que están produciendo música hace tanto tiempo y con tanta belleza. Siempre me he puesto a trabajar fundamentalmente sobre músicos que ya no están, y esta vez quise señalar la peculiaridad de este tiempo en la Argentina y en el Cono Sur; en este caso, en Uruguay. Quería destacar las formas magníficas que tiene la composición de la música popular en esta región. Pero aclaro que no están todos los compositores que a mí me gustan. [...] Me dispongo a dialogar con esas composiciones para saber qué me dicen. Me sentí muy contenta de hacer el disco porque es un signo de estos tiempos, un señalamiento de la música como un modo bello de mirar el mundo. Es un tiempo complejo y la música lo es. Nadie nos dijo que la música era fácil; en todo caso, lo dicen ciertos medios, pero cualquiera que se ponga a estudiar la historia de la música en un sentido universal o de esta región percibe rápidamente que no hay simplicidad, al contrario. Lo cual no quiere decir que haga una apología de la complejidad, pero sí que uno debe trabajar alegre y responsablemente en relación a la música.
Liliana Herrero, citée par Página/12

- Pourquoi avez-vous cherché un ancrage présent et contemporain ?
- Je voulais montrer la singularité du temps présent, les événements prometteurs que comporte cette période politique, culturelle et musicale. Dans ce sens, je voulais montrer une fois encore -et sans les y mettre tous- un panorama des compositeurs qui m'intéressent beaucoup moi en ce moment, qui font de la musique depuis si longtemps et de manière si belle. Toujours je me suis mise au travail fondamentalement sur des musiciens qui ne sont plus de ce monde, et cette fois-ci, j'ai voulu montrer la particularité de notre époque en Argentine et dans la Cône Sud (1), en l'espèce en Uruguay. Je voulais mettre en valeur les manières magnifiques de composer de la musique populaire dans ce coin-là. Mais je précise qu'il n'y a pas tous les compositeurs que j'aime. [...] Je me dispose à dialoguer avec ces compositions pour savoir ce qu'elles ont à me dire. J'ai été ravie de faire ce disque parce que c'est un signe de ce temps, une mise en lumière de la musique comme une belle manière de regarder le monde. Notre époque est complexe et la musique est complexe elle aussi. Personne n'a dit que la musique, c'était facile. En tout cas, certains médias le disent mais quiconque se met à étudier l'histoire de la musique dans un sens universel ou celle de ce coin de la planète perçoit rapidement qu'il n'y a aucune simplicité, tout au contraire. Ce qui ne veut pas dire que je fasse une apologie de la complexité. En revanche, tout le monde doit travailler avec plaisir et responsabilité quand il s'agit de musique.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–¿Qué implica esa responsabilidad?
–Cuando digo responsable me refiero a no conceder tan alegremente y no ser cómplice de un empeño furioso que tiene el mercado, los medios y a veces también los festivales para ubicarse con relación a la música. A mí me gusta más otro modo de ubicarme con respecto a la música. Hay una historia de la música más que interesante para pensar, porque hay grandes compositores y cantores en América latina, en el mundo y en la Argentina que nos señalan claramente un camino por el cual ellos ya han transitado. Y me interesan aquellos músicos que han introducido novedades y riesgos artísticos. Después, no logro escuchar con interés las formas más convencionales de la música, más estandarizadas, más banalizadas o simplificadas. Hay que saber que hay una hegemonía cultural que está marcada a fuego por una estandarización del oído y que no resuelve el gran problema, que es la interrogación misma sobre la música. [...] A veces los gobiernos tampoco saben cómo resolver eso y terminan cediendo fácilmente a conceptos que no me resultan estimulantes para pensar los espectáculos. Se concentran en recursos ya comprobados.
Liliana Herrero, citée par Página/12

- Qu'implique cette responsabilité ?
- Quand je dis responsable, je pense à ne pas faire de concession d'un coeur léger et de ne pas être complice d'un gage fou qu'exige le marché, les médias et parfois aussi les festivals pour se positionner dans la musique. Moi, j'aime mieux d'autres manières de me positionner dans la musique. Il y a une histoire de la musique à quoi il est plus qu'intéressant de réfléchir parce qu'il y a des grands compositeurs et de grands chanteurs en Amérique Latine, dans le monde et en Argentine qui nous indique clairement le chemin par lequel eux-mêmes sont déjà passés. Et ces musiciens qui ont introduit des nouveautés et des risques artistiques m'intéressent. Pour le reste, je n'arrive pas à écouter avec intérêt les formes plus conventionnelles de musique, plus standardisées, plus banalisées ou simplifiées. Il faut savoir qu'il y a une hégémonie culturelle qui est marquée au fer rouge par une standardisation de l'oreille et qui ne résoud pas le grand problème qui est l'interrogation même sur la musique. [...] Parfois, les gouvernements ne savent pas non plus comment résoudre ça et finissent par céder par facilité à des concepts qui ne sont pas stimulants pour moi pour imaginer des spectacles. Ils se concentrent sur des ressources déjà éprouvées.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–¿Qué políticas culturales deberían implementarse?
–No estamos pensando bien cultural y artísticamente al país. ¿Qué se necesita para que podamos poner en el escenario personas valiosísimas y que son desconocidas por la propia Argentina? Tomar ese riesgo, nada más. Tomar el riesgo de diseminar en todo el país conciertos simultáneos para festejar cualquier cosa. En cambio, se repiten los mismos artistas. Y no porque los que tocan sean malos músicos, sino porque no se amplía la cosa. Hay que apostar a que los públicos puedan escuchar algo absolutamente diferente de lo que ya saben. Son muchas lenguas las que están dando vueltas alrededor de los grandes temas de la música. Y tenemos que poder escuchar todas esas formas y modos musicales. Si no, hegemonizamos amparados bajo conceptos que no alcanzan para explicar lo que pasa culturalmente en el país. [...] Un gobierno tiene la responsabilidad de mostrar aquello que existe en el país. No podemos perder a músicos como Horacio Castillo, gran guitarrista y compositor misionero, sin saber que lo tuvimos.
Liliana Herrero, citée par Página/12

- Quelles politiques culturelles faudrait-il mettre en place ?
- Nous pensons mal le pays sur le plan culturel et artistique. De quoi avons-nous besoin pour que puissent monter sur scène des personnes de talent et qui sont inconnues en Argentine même ? Prendre ce risque, rien de plus. Prendre le risque de disséminier dans tout le pays des concerts simultanés pour fêter tout et rien. Au contraire, c'est toujours les mêmes que l'on voit. Non pas que ceux qui se produisent soient de mauvais musiciens, mais c'est qu'on n'ouvre pas le champ. Il faut faire le pari que les publics peuvent entendre des choses absolument différentes de ce qu'ils connaissent déjà. On parle beaucoup de langues différentes dans les grandes problématiques de la musique. Et nous devons pouvoir entendre toutes ces formes et ces modes musicaux. Sinon, nous pratiquont une hégémonie, abrités derrière des concepts qui ne permettent pas d'expliquer ce qui se passe culturellement dans le pays [...]. Un gouvernement a la responsabilité de montrer ce qui existe dans le pays. Nous ne pouvoons pas rater des musiciens comme Horacio Castillo, un grand guitariste et grand compositeur des Missions (2) parce que nous ne connaissions pas son existence.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–Entonces, usted toma la responsabilidad de dar a conocer a esos artistas.
–Siempre que puedo, lo hago. Pero de algún modo estoy afuera de ciertos aparatos culturales. No me incomoda eso. [...] Recorro mucho el país. Me place mucho ir a todas las regiones de la Argentina porque me encuentro con personas preciosas y con formas musicales que son muy estimulantes para pensar mi propia música. Si no podemos escuchar lo que se está haciendo, estamos imposibilitados de pensar nuestra propia identidad. No podemos olvidar eso porque estamos en problemas y no podemos pensarnos a nosotros mismos. [...] Hay que prestar atención a eso, hay que estar alerta a ese mundo. Ellos tienen mucho para decir. El músico que viaja, como yo, tiene la ventaja de tener en su corazón y en su cabeza un mapa musical argentino que es extraordinario.
Liliana Herrero, citée par Página/12

- Alors, vous, vous prenez la responsabilité de faire connaître ses artistes.
- A chaque fois que je le peux, oui. Mais d'une certaine façon, je suis en dehors de certains circuits culturels. Cela ne ne dérange pas. [...] Je parcours le pays de long en large. Cela me plaît bien d'aller dans toutes les régions d'Argentine parce que je rencontre des gens formidables et des formes musicales qui sont très stimulantes pour concevoir ma propre musique. Si nous ne pouvons pas écouter ce qui se fait, nous sommes dans l'impossibilité de penser notre propre identité. Nous ne pouvons pas oublier ça parce que nous avons des problèmes et que nous ne pouvons pas penser à nous-mêmes. [...] Il faut prêter attention à ça, il faut être en alerte sur ce monde. [Les artistes] ont beaucoup à nous dire. Le musicien qui se déplace, comme moi, a l'avantage d'avoir dans son coeur et dans sa tête une carte musicale de l'Argentine qui est extraordinaire.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Dans son édition de ce jour, Página/12 annonce que Liliana Parodi a décidé d'accueillir à ECuNHi, le centre culturel qu'elle dirige dans le quartier de Palermo, une nouvelle édition du Festival des Musiques des Provinces, dont la dernière a eu lieu en 2007 et que Mauricio Macri a supprimé dans le cadre de sa politique culturelle, qui vise à Buenos Aires un nivellement par le bas, qui permette "de donner du temps de cerveau disponible à Coca Cola" comme l'a dit en son temps un affreux patron de télévision privée en France.

Pour aller plus loin :
lire l'interview intégrale sur Página/12

(1) Le Cône Sud : Chili, Argentine, Uruguay. Le Cône Bleu : Argentine.
(2) Province des Missions au nord de l'Argentine, coincé entre l'Uruguay et le Paraguay.

L'opposition portègne rentre de vacances [Actu]

L'ensemble des groupes de l'opposition portègne, représentés à la Legislatura, ont commencé à dénoncer, soutenus par le Vice-Président Amado Boudou, la pluie de vetos que Mauricio Macri a opposés à toute sorte de lois votés par la Chambre législative de la Ville, ce qui a obligé la vice-chef du Gouvernement, María Eugenia Vidal à sortir de son silence pour justifier la politique de son supérieur.

Mais comme l'a signalé le journaliste (d'opposition) de Página/12, "Para Macri, fue como escuchar llover", ça a fait autant d'effet que l'eau sur les plumes d'un canard...

Dans un été post-électoral plutôt calme sur le plan politique, on sent que la nouvelle session de la Legislatura se prépare et que l'opposition n'a pas l'intention de se laisser mener par le bout du nez. Susana Rinaldi, en sa qualité de députée socialiste récemment élue, avait déjà pris la parole dans les colonnes de ce même quotidien, pour dénoncer cette même inflation de refus de l'expression démocratique des législateurs. Allez savoir maintenant si cette opposition aura retenu la leçon de l'élection de juillet et saura désormais faire alliance pour que Macri ne fasse pas n'importe quoi, n'importe quand et n'importe comment avec l'intérêt général...

Pour aller plus loin :

Coup d'accélérateur sur le minimum vieillesse [Actu]


Le 1er février, la Présidente argentine a annoncé la nouvelle indexation du minimum vieillesse national qui sera augmenté de 17,62% pour ce premier semestre (à valoir en mars prochain), comme tous les ans depuis qu'a été adopté le principe de cette indexation en 2009. C'est la plus forte croissance pour cette prestation sociale.

L'annonce a été faite depuis un salon de la Casa Rosada et retransmit en direct par la chaîne de télévision publique. Cette augmentation spectaculaire est dûe à l'amélioration des recettes de l'ANSES (la sécurité sociale argentine), sans doute liée aux campagnes du gouvernement pour faire diminuer le travail au noir et intégrer dans l'économie régulière plus de travailleurs salariés. A cette fin, les services d'inspection se sont équipés et se sont réorganisés il y a quelques temps, ce qui semble donc porter ses fruits.

Par ailleurs, les salaires des actifs sont aussi en forte augmentation. Sur l'ensemble de l'année dernière, ils auraient monté de 29,4%, dont 2,4% pour le mois de décembre. Dans un pays qui subit toujours une inflation aux alentours de 20 ou 25% l'an (l'indice des prix à la consommation n'atteindrait cependant pas 10% selon l'Indec, l'organisme de statistiques et de recensement officiel), c'est plus qu'un rattrapage. L'augmentation salariale n'est pas homogène dans tous les secteurs. Dans le secteur public, la courbe est beaucoup moins prononcée (9,6%). Dans le secteur privé, les travailleurs déclarés, jouissant de tous leurs droits sociaux, ont bénéficié d'une croissance salariale moyenne de 35,8%, ce qui est tout à fait exceptionnel, même en Argentine. Dans cette partie du secteur privé qui continue de ne pas déclarer ses salariés, qui sont donc hors du système de protection et de prévoyance par répartition promu par le Gouvernement (soit peut-être un peu moins de 40% de l'économie nationale au jour d'aujourd'hui), l'augmentation a été de 32,7%.

Le duo formé par le dessinateur Daniel Paz et l'humoriste Rudy, qui signent la vignette de la une quotidienne, en ont profité jeudi dernier pour se payer une nouvelle fois la tête des classes supérieures avec ce dessin, qui fait allusion à la réforme du tarif subventionné du gaz (l'Etat paye un subside sur les consommations des abonnés au gaz et l'année dernière, le Gouvernement a estimé qu'il serait juste de supprimer ce subside pour les abonnés résidant dans des quartiers chers et ayant donc un niveau de vie leur permettant de se passer de cette aide. Dans un premier temps, il a été proposé aux abonnés de renoncer volontairement au bénéfice du subside et la Présidente et ses Ministres ont été parmi les premiers à y renoncer. Dans un second temps, le subside a été supprimé notamment à Puerto Madero, le quartier le plus cher de Buenos Aires, et dans les quartiers privés des villes de la banlieue nord, que l'on appelle des countries). Ce qui nous donne un dessin qui m'a bien fait rire :


Le naïf de service : On a supprimé le subside aux habitants de Puerto Madero, Barrio Parque et des countries.
Le représentant du lobby rural (l'oligarchie) : Toujours en enlevant à ceux qui ont le plus besoin.
Le naïf : Pourquoi vous dites ça ?
Le ruraliste : C'est évident. Nous, nous avons besoin de beaucoup plus qu'un pauvre pour boucler nos fins de mois.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Et on est à peine dans la caricature !

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 sur l'annonce concernant le minimum vieillesse
lire l'article de Página/12 sur les chiffres concernant les salaires.

L'été, l'hiver et la mauvaise foi de l'extrême-droite argentine... vus par la gauche (argentine) [Humour]

Comme le savent tous les géographes, en ce moment, c'est l'été en Argentine. Il fait chaud, voire très chaud et mêmee très, très, très chaud à peu près partout, sauf à la pointe sud de la Patagonie, et encore, c'est une appréciation qui se discute. Nous sommes dans les températures élevées à Ushuaia aussi !

Or l'oligarchie argentine nourrit un sérieux complexe d'infériorité nationale (et ce sentiment est parfois partagé beaucoup plus bas dans la société) par rapport aux pays sur-développés de l'hémisphère nord, taxés de pays sérieux, auxquels ils aimeraient bien que ressemble l'Argentine, considérée comme un pays ridicule (on se demande par la faute de qui d'ailleurs. Qui donc voudrait faire de l'Argentine un pays aussi européen que l'Angleterre, là-bas, tout au bout de son sous-continent américain depuis 1810 et même avant ?).

Or l'oligarchie, que la vignette du jour de Página/12 symbolise toujours par la même trogne bougonneuse à pilosité excessive de leader supposé du secteur agricole, passe son temps à critiquer tout ce que fait le Gouvernement actuel (à gauche). Et on sait bien que quand le gouvernement est mauvais, il est même responsable du temps qu'il fait. Aussi la vague actuelle de froid que nous apporte depuis une semaine une petite brise piquante de Sibérie offre-t-elle à Rudy et Paz une nouvelle occasion de se payer leur tête de Turc préférée. Ce qui donne le dialogue suivant entre le leader agraire et le naïf de service, coiffé à la Elvis Presley du temps de sa splendeur...


Le naïf de service : C'est le chaos en Europe et aux US à cause de la neige et des basses températures.
Le leader rural : Tu vois bien ! Dans les pays sérieux, il fait froid !
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Cette mauvaise foi des deux humoristes, parfaitement assumée pour ne pas dire revendiquée, est un des traits de l'esprit populaire portègne et à chaque fois, cela me fait rire lorsque j'ouvre le site de Página/12. Si ça vous amuse aussi, tant mieux.

Duo Oceano à l'Espace Tango Negro [ici]


Le jeudi 16 février 2012 à 20h, le Duo Oceano, composé de la flûtiste Silvana Turco et du guitariste et chanteur Sebastián Perez, donneront un concert avec compositions personnelles et arrangements originaux de morceaux du répertoire. Leur programme comprend du tango, du folclore argentin et de la musique latino-américaine. Ce sera leur passage à Paris au cours de leur actuellle tournée en Europe.

Participation aux frais : 10 €.
Accueil du public à partir de 19h30.
Réservation et renseignements au 06 29 63 65 76
71 rue Rochechouart, Paris 9ème, M° Anvers ou Barbés-Rochechouart.

Ciné Tango n° 6 au Cinéma Lux de Caen [ici]


Pour la 6ème année consécutive, l'association TempoTango organise en partenariat avec le cinéma Lux de Caen une soirée ciné-expo-milonga le vendredi 9 mars 2012 à 19h30.

Au programme, deux films, un documentaire datant de 1975 et qu'on n'est projeté qu'en festival, Le premier Tango à Toulouse, de Claude Dagues, autour des artistes des années 70 et du mythe de Carlos Gardel, né à Toulouse le 11 décembre 1890 (sauf pour les Uruguayens, qui veulent croire qu'il est né à Tacuarembó, dans leur pays, à une date qui varie selon les auteurs) et un long métrage de fiction, réalisé et écrit par Fernando Pino Solanas (1), El exilio de Gardel (l'exil de Gardel), une co-production franco-argentine pour un film tourné en 1985 et sorti sur les écrans l'année suivante. On y retrouve un certain nombre de grandes vedettes françaises comme la chanteuse Marie Laforêt, les acteurs Marina Vlady et Philippe Léotard et le grand acteur et comédien qu'était Georges Wilson. Y participe aussi le futur compositeur-interpréte Philippe Cohen-Solal, le Français du trio fondateur de Gotan Project. Parmi les trois compositeurs de la musique de cette comédie musicale tanguera, Astor Piazzolla, ni plus ni moins ! Un film que l'on n'a pas revu en France depuis une quinzaine d'années....

La soirée se terminera à la cafétéria du cinéma sur une milonga soutenue par les empanadas de l'empanadiste local, Martin Suaya.

Pour aller plus loin, consulter la fiche technique de ce film sur le site cinéphilique argentin Cine Nacional.

(1) Le même qui est devenu un homme politique à Buenos Aires où il a beaucoup déçu même ses partisans pendant les dernières élections en juillet puis en août 2011. Voir mes articles sur ces sujets grâce aux archives du blog (Colonne de droite).

mercredi 1 février 2012

Ariel Prat en pré-carnaval au Torcuato Tasso [à l'affiche]

L'auteur-compositeur-intreprète Ariel Prat (photo ci-contre, par Sandra Cartasso), l'un des grands créateurs de la murga argentine actuels, se présentera ce mois-ci, tous les mercredis à 21h30, au Centro Cultural Torcuato Tasso, Defensa 1975, dans le quartier de San Telmo, avec un peu d'avance sur les dates officielles du carnaval portègne (18 au 21 février 2012). Le cycle de spectacles s'intitule Carnapratasso, un mot-valise qui insère son nom entre Carnaval (mais aussi l'adjectif carnal, charnel, sensuel) et celui du poète italien qui a été donné à ce grand lieu de la culture populaire qu'est le Tasso. Souvenez-vous, je vous y ai emmenés plusieurs fois à travers quelques Retours sur Images de mes Chroniques de Buenos Aires.

L'ouverture de la série de concerts ce soir est l'occasion pour Carlos Bevilacqua d'interviewer l'artiste, qui se partage entre Huesca, en Espagne, et Buenos Aires et qui propose un répertoire personnel où se mêlent la murga, cette "soeur bâtarde du tango" comme il me l'a définie il y a peu (j'ai trouvé la métaphore très ajustée) et certains éléments de la chanson urbaine, avec cette juste dose de prise de position politique qui est le propre de toute tradition carnavalesque.

Chaque mercredi du mois, Ariel Prat partagera la scène avec une murga invitée des quartiers de Saavedra, Colegiales, Villa del Parque, Santa Rita et Parque Patricios. Sans oublier un illusioniste à qui il a demandé quelques tours à sa façon, le bien nommé Carlos Magia.

“Mi intención es ser un vehículo entre la calle y el escenario. Quiero demostrar que la murga porteña tiene valor artístico, más allá de lo que se conoce por el colorido del desfile, el baile y el volumen del audio. Hablo de matices que muchas veces no se pueden apreciar en un corso”
Ariel Prat, cité par Página/12

Mon intention, c'est d'être un vecteur entre la rue et la scène. Je veux démontrer que la murga portègne a une valeur artistique, au delà de ce que l'on connaît par les couleurs du défilé, la danse et le volume sonore. Je parle de nuances qui bien souvent ne peuvent pas être appréciées dans un corso.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

“Estamos en una época de recuperación de derechos. Para nosotros, como ciudadanos, militantes y artistas barriales, era muy importante recuperar una fiesta de tradición nacional. Es algo muy bueno no sólo para los murgueros sino también para toda la población. Hay que recordar que mucha gente no tiene vacaciones. Los corsos representan la posibilidad de salir, de disfrutar, gratis, de varias noches de espectáculos artísticos. Ahora tenemos el desafío de cuidar el Carnaval, embellecerlo y difundirlo”
Ariel Prat, cité par Página/12

Nous sommes à une époque de récupération des droits. Pour nous, comme citoyens, militants et artistes faubouriens, c'était très important de retrouver une fête de tradition nationale (1). C'est très bien non seulement pour les murgueros mais aussi pour toute la population. Il faut rappeler que beaucoup de gens ne prennent pas de vacances (2). Les corsos représentent la possibilité de sortir, de se faire plaisir, gratuitement, d'avoir plusieurs nuits de spectacles artistiques. Maintenant c'est notre défi à nous de veiller sur le Carnaval, de l'embellir et de le faire grandir.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 (en bas de la Colonne de droite, vous disposez d'un lien vers le traducteur en ligne Reverso dont vous pouvez vous servir pour soutenir votre lecture des articles de presse en VO vers lesquels je vous dirige à la fin de nombreuses entrées de ce blog).

(1) Il parle ici du retour au caractère férié des lundis et mardis gras, depuis l'année dernière, sur décision de la Présidente (voir mon article du 15 septembre 2010 à ce sujet), après que la Dictature l'avait supprimé pour tenter d'éradiquer la tradition carnavalesque, qui a toujours paru très subversive à l'oligarchie argentine, et en particulier à celle de Buenos Aires. Mes recherches actuelles m'ont fait passer sous les yeux, il y a quelques jours, des documents incroyables datant de la période révolutionnaire et où le gouvernement, pourtant libéral, de Buenos Aires cherche déjà, avec une moue dédaigneuse qui se livre jusque dans le style le plus officiel, à domestiquer la fougue plébéienne dont le carnaval a toujours été le grand déballage, parce que ce n'était pas assez classieux pour une capitale aussi prestigieuse que Buenos Aires.
(2) On est en plein été dans l'hémisphère sud. Tous ceux qui en ont les moyens sont à la plage ou à la montagne, pas dans la chaleur suffocante de la capitale.

Le carnaval commence à Montevideo [à l'affiche]

Ce soir, commence le carnaval de Montevideo. Il durera jusqu'à la fin du mois de février. Il faut compter 15 jours de défilés (sur les 29 que compte ce mois d'année bissextile) dans 15 de la vingtaine d'arrondissements qui constituent la capitale uruguayenne. Et ne pas oublier les deux tours du concours de groupes carnavalesques, dans les différents genres (murga, parodie, revue, lubolo...), qui auront lieu au Théâtre d'Eté Ramón Collazo (du nom d'un fameux auteur uruguayen, membre de la mémorable Troupe Los Atenienses, à qui l'on doit A media luz (1) et Niño bien pour ne citer que deux titres sur la floppée qu'ils ont produite, créée, jouée en faisant tordre de rire leur public de part et d'autre du Río de la Plata).

Pourvu que le ciel soit avec les murgas et les comparsas parce que tout ça se fait à l'air libre et la pluie sur les beaux costumes, ça gâche la fête !

A Buenos Aires, il va falloir attendre jusqu'au samedi gras (qui tombe cette année le 18 février) pour sortir faire les fous dans la rue. Depuis que l'année dernière le caractère férié du lundi et du mardi gras a été rétabli au niveau national (après avoir été supprimé par la Dictature qui voulait faire la peau aux traditions populaires un peu trop remuantes), le carnaval a retrouvé ses dates traditionnelles et toute sa densité. Quatre jours de pure folie, de couleurs et de bruit à s'en faire exploser les tympans ! (2)

(1) A media luz figure dans le corpus des tangos et autres valses et milongas que j'ai traduits dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, éditions du Jasmin, mai 2010 (p. 100). Des frères Collazo, y figurent aussi Garufa (p 81) et Araca París (p 261).
(2) Comme mes deux prochains livres occupent aujourd'hui la presque totalité du temps que je consacre d'ordinaire à la tenue (normalement quotidienne) de Barrio de Tango, je serai un peu moins sur la brèche que les années précédentes sur ces deux rendez-vous culturels que sont les carnavals du Río de la Plata mais en cliquant sur le mot-clé Carnaval, dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus, vous pourrez accéder à l'ensemble des articles correspondant à ce thème déjà publiés depuis trois ans et demi dans tout le blog. Pour trouver des informations à jour sur les deux fêtes et leur programme offiicel 2012, tant à Montevideo qu'à Buenos Aires (attention, il y a aussi un carnaval off qui peuvent avoir échappé aux édiles municipaux), rendez-vous sur les sites Internet des deux villes, dont vous trouverez le lien dans la rubrique Quelques villes, quartiers et lieux, dans la partie inférieure de la Colonne de droite.

L'Administration Reagan savait pour les bébés volés sous la Dictature [Actu]


Le 26 janvier dernier, un ancien sous-secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme de l'Administration de Ronald Reagan a témoigné, par visioconférence, en direct de Washington, au procès argentin sur le plan systèmatique d'enlèvement à leurs familles des enfants des opposants à la Dictature militaire de 1976-1983, ces 300 à 500 enfants, aujourd'hui largement trentenaires, que cherche à identifier l'ONG Abuelas de Plaza de Mayo.

L'homme, né aux Etats-Unis en 1948, a reconnu qu'il avait compris au cours d'une conversation avec l'Ambassadeur argentin que la Junte, alors présidée par Reynaldo Bignone, mettait en oeuvre un plan systématique de modification de la filiation des enfants et qu'il ne s'agissait pas d'initiatives isolées et individuelles.

Cette complicité des Etats-Unis au plus haut niveau n'est pas vraiment une découverte. Cela fait longtemps qu'on sait qu'ils ont tout laissé faire en parfaite ou presque parfaite connaissance de cause. Le quotidien Página/12 avait déjà découvert et publié des documents très compromettants pour le gouvernement américain, trouvés dans les papiers déclassifiés par les Etats-Unis en 2002 (sous le mandat de George W. Bush !). Mais c'est la première fois qu'un ancien ministre fédéral des Etats-Unis fait un aveu public et qui plus est judiciaire.

“Estábamos (el gobierno de los Estados Unidos) al tanto de que algunos niños habían sido sustraídos estando los padres en prisión o fallecidos y pensábamos que no se refería sólo a uno o dos niños o uno o dos oficiales que hubiesen sustraído a los niños, sabíamos que era un plan porque había mucha gente que encarcelaban o asesinaban y nos parecía que el gobierno militar había decidido que algunos niños se entregasen a otras familias”.
(Déposition sous serment d'Elliot Abrams, reprise par Página/12 le 27 janvier 2012)

Nous (le Gouvernement des Etats-Unis) étions au courant que quelques enfants avaient été soustraits alors que leurs parents étaient incarcérés ou morts et nous pensions qu'il ne se référait pas qu'à un ou deux enfants ou un ou deux officiers qui auraient soustrait les enfants, nous savions que c'était un plan parce qu'il y avait beaucoup de gens qu'on mettait en prison ou qu'on assassinait et il nous semblait que le gouvernement militaire avait décidé que quelques enfants seraient remis à d'autres familles.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

L'aveu est encore alambiqué avec bien des euphémismes mais il dit ce qu'il dit.

L'entretien entre le sous-secrétaire aux Droits de l'Homme et l'Ambassadeur a eu lieu le 3 décembre 1982, un an avant le retour de la démocratie en Argentine (la prestation de serment de Raúl Alfonsín a eu lieu le 10 décembre 1983) au salon de thé de l'hôtel Ritz-Carlton de Washington. Le ministre nord-américain voulait aborder avec le diplomate deux thèmes, celui de la certification de l'Argentine (un label remis par les Etats-Unis aux pays qui respectent les Droits de l'homme, censé éclairer l'opinion publique et les hommes d'affaires américains qui travaillent hors des frontières fédérales) et celui des disparus, dont on parlait depuis 1977, depuis que les fondatrices de Madres de Plaza de Mayo avaient porté l'affaire aux Nations Unies à New-York en dénonçant le non-respect par la Junte Militaire des engagements de l'Argentine lors de la fondation des Nations Unies et la ratification de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme.

Le sous-secrétaire d'Etat fit ensuite son rapport à ses supérieurs, au Secrétariat d'Etat.

“Toqué con el embajador el tema de los niños, como los chicos nacidos en prisión o los chicos sacados a sus familias durante la guerra sucia. Mientras los desaparecidos estaban muertos, estos niños estaban vivos y esto era, en un sentido, el más grave problema humanitario. El embajador coincidió completamente y ya había hablado esto con su ministro de Relaciones Exteriores y su presidente. Ellos no rechazaron su visión pero señalaron el problema de, por ejemplo, sacar los chicos de sus padres adoptivos. Yo sugerí que ese problema debería ser manejado por la Iglesia o por una comisión que incluya la Iglesia, a doctores, etc. Las acciones respecto a estos chicos podrían tener un enorme contenido humanitario y político. Nuevamente el embajador dijo que estaba completamente de acuerdo y que tocaría este punto una vez más con su capital”.
(Déposition sous serment d'Elliot Abrams, reprise par Página/12 le 27 janvier 2012)

J'ai touché un mot à l'Ambassadeur au sujet des enfants, comme les gamins nés en prison ou les gamins retirés à leurs familles pendant la guerre sale (1). Tandis que les disparus étaient morts (2), ces enfants étaient vivants et ça, c'était, en un sens, le problème humanitaire le plus grave. L'Ambassadeur a été complètement d'accord et il en avait déjà parlé avec son Ministre des Relations Etrangères et son Président. Eux n'ont pas repoussé cette vision des choses mais ont soulevé le problème par exemple d'enlever les gamins à leurs parents adoptifs (3). J'ai suggéré que ce problème puisse être géré par l'Eglise ou par une commission incluant l'Eglise, des médecins, etc. Les actions envers ces gamins auraient pu avoir un énorme contenu humanitaire et politique. De nouveau, l'Ambassadeur répondit qu'il était complètement d'accord et qu'il en toucherait un mot encore une fois avec sa capitale. (4)
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Dans son édition de vendredi dernier, Página/12 reproduit une partie de l'interrogatoire du témoin à la barre virtuelle de la visioconférence par les avocats de Abuelas et la Présidente du Tribunal à partir de la traduction simultanée en espagnol, Elliott Abrams s'exprimant en anglais (sans doute pour maîtriser parfaitement ses propos), mais il montrait sa parfaite compréhension du débat argentin. Ayant travaillé au consulat argentin à Washington, il répondait aux questions directement, sans attendre de traduction. Soyons-lui reconnaissant cependant d'avoir eu le courage de reconnaître toute cette lamentable lâcheté d'Etat 30 ans plus tard.

Un peu plus loin dans l'article, le journaliste s'insurge contre la version qui avait été servie à l'opinion publique argentine par les démocrates qui ont géré la fin de la dictature et qui ont mis le rapt des enfants au rang des excès du régime, refusant de lui reconnaître le caractère systématique que le présent procès met en lumière et qui l'apparente à un crime contre l'humanité, quelque soit le nombre d'individus concernés (environ 1000 familles, ce qui peut paraître peu mais qui représente tout de même bon an mal au moins 10 000 personnes, qui se recoupent bien entendu avec la parenté des 30 000 disparus, puis les familles des enfants ont été blessées au moins deux fois dans leur chair, par la disparition de l'enfant et celle de l'un ou de ses deux parents).

Les militants des droits de l'homme en Argentine infèrent du témoignage d'Abrams qu'à travers les relations diplomatiques entre les Etats-Unis et l'Argentine, qui ne faisait pas grand effort pour cacher la réalité de la situation devant les représentants nord-américains (ce qui montre bien qu'ils ne craignaient pas grand-chose de la vertu de l'Oncle Sam), la CIA et le FBI pourraient être en possession d'informations essentielles pour l'identification des enfants volés (aujourd'hui des adultes, souvent mariés et eux-mêmes parents, mais sous une identité fausse) et des couples, complices de la Dictature pour la plupart d'entre eux, qui les ont adoptés suivant des procédures frauduleuses.

Pour en savoir plus :
lire l'article complet, avec ses pièces déclassifiées, dans la version en ligne de Página/12

(1) Euphémisme pour désigner la répression sanglante de la dictature, conçue comme une guerre contre la subversion (de l'idéologie des droits de l'homme). Au moment où a lieu cette conversation dans le cadre somptueux de ce bar de luxe, l'ONG Abuelas de Plaza de Mayo existe et cherche déjà des tout-petits, dont la plupart n'ont pas encore 5 ans.
(2) Tout ce vocabulaire est vraiment très étonnant. On parlait alors de disparus justement pour ne pas parler de morts, les familles parce qu'elles espéraient les retrouver vivants et les militaires parce qu'ils tentaient de les faire passer pour des lâches, voire des traîtres qui avaient fui le pays (de préférence pour un pays du bloc communiste) ou des fugueurs de droit commun.
(3) Quelle sensibilité chez tous ces braves gens ! Des coeurs en or dans des corps de tortionnaire...
(4) Comment ne pas fondre d'attendrissement devant tant de bonne volonté de part et d'autre !