mercredi 29 mai 2013

Une nouvelle tesselle alpostienne : la cuisine italienne [Jactance & Pinta]


C'est le nouveau texte que Luis Alposta a mis en ligne jeudi dernier dans son blog, Mosaicos Porteños, où il publie régulièrement des petites vignettes littéraires, comme autant de tesselles pour sa vaste mosaïque sur les singularités portègnes (j'en ai traduits deux, publiées à Buenos Aires sous forme d'un recueil aux Editions Marcelo Olivieri, dans Deux cents ans après, le Bicentenaire de l'Argentine à travers le patrimoine littéraire du tango, Tarabuste Editions, comme numéro spécial de la revue Triages, en janvier 2011).

Il y a quelques jours, Luis Alposta nous régalait d'un bon morceau sur le trasvestissement des mots espagnols intégrés, dans un autre sens, dans le lunfardo portègne. Ici, ce médecin gourmet et poète s'attaque aux expressions issues de la gastronomie italienne et qui ont changé de sens en s'installant sur les bords du Río de la Plata.

ACERCA DE ITALIANISMOS Y COMIDAS

No son pocas las palabras de origen italiano que se han ido incorporando a la parla nuestra de cada día, y que están relacionadas con la comida. Palabras que la cocina italiana ha exportado, no sólo a nuestro país sino a todo el mundo. Términos gastronómicos que terminaron imponiéndose, sin dar lugar a la creación de nuevos vocablos para reemplazarlos. Una excepción la encontramos en el pan dulce navideño, versión argentina del panettone. Pero lo común es lo contrario. La mayoría de estas palabras conservan sus significados sin dejar por eso de enriquecerse con nuevas acepciones. Tal los casos de los mentados "papelitos" o ravioles; el tirarse a muerto o a mortadela; el darle el pesto a alguien o recibirlo; el quedarse callado o musarela; el tener los dedos o los grisines hinchados; el tener vigor, potencia o polenta; el ser un chupóptero, a quien preferimos seguir llamando ñoqui, aunque cada vez sean menos los que cobran el día 29.
Y por último, ser una persona torpe, boba, atontada, de pocas luces o, simplemente un salame.
En este punto, creo oportuno traer a cuento que la palabra salame es una voz italiana con la que se designa al embutido hecho con carne vacuna y carne y grasa de cerdo, picadas y curadas, que se come crudo y que fue inventado por los egipcios aunque usted no lo crea.
Luis Alposta, Mosaicos Porteños

Des italianismes et de la nourriture

Ils ne sont pas rares, les mots d'origine italienne qui se sont incorporés au fil du temps à notre parler de chaque jour, et qui sont reliés à la nourriture. Mots que la cuisine italienne a exportés, non seulement dans notre pays mais dans le monde entier. Termes gastronomiques qui ont fini par s'imposer, sans donner lieu à la création de nouveaux vocables pour les remplacer. Nous trouvons bien une exception dans le pan dulce de Noël (1), version argentine du panettone. Mais la règle, c'est l'inverse. La majorité de ces mots conservent leur signification tout en continuant de s'enrichir de nouvelles acceptions. Tel est le cas des célèbres barrettes (2) ou raviolis, se la couler douce (3) ou mortadelle, donner un pesto (une leçon) à quelqu'un ou en recevoir un (4), en rester bouche-bée ou mozzarella, avoir les doigts ou les gressins enflés, avoir de la vigueur, de la force ou de la polenta, être un profiteur (5), que nous préférons continuer d'appeler un gnocchi, bien qu'ils soient de moins en moins nombreux à toucher leur dû le 29 du mois (6).
Et pour finir, être une personne pas très futée, idiote, un crétin, quelqu'un qui ne brille pas par son intelligence ou, plus simplement, un salami.
Sur ce point, je crois opportun de raconter que le mot salami est une terme italien (7) qui désigne la charcuterie faite de viande bovine et de viande et gras de porc, hachée et mise à sécher, qui se mange crue et fut inventée par les Egyptiens même si vous me me croyez pas.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Je vous ai mis en gras les termes que le français a repris directement dans leur forme italienne tandis que les Argentins les ont hispanisés.

Plus de Mosaicos Porteños sur le blog de Luis Alposta. Parution tous les jeudis.


(1) Voir mes articles sur cette spécialité de la table de fin d'année.
(2) barrette de drogue, bien sûr.
(3) En français, on aura tendance à parler de dolce vita ou de "farniente" pour à peu près la même chose.
(4) En l'occurrence, donner une leçon dans le sens d'en remontrer à qqn, d'être plus fort que qqn. C'est très employé en sport pour désigner la supériorité d'un joueur ou d'un athlète sur les autres.
(5) Chupóptero : celui qui touche une ou plusieurs rémunérations sans effectuer le travail correspondant.
(6) Allusion à une coutume qui consiste à servir des gnocchis tous les 29 du mois. Parce qu'en fin de mois, c'est tout ce qu'on peut s'offrir. La coutume semble venir d'un village italien sans qu'on puisse remonter l'histoire précise. La coutume est assez respectée des familles d'ascendance italienne, je me suis aperçue qu'elle est inconnue chez d'autres Portègnes pour lesquels l'ancêtre italien, quand il existe, ne compte pas beaucoup.
(7) Ce qui existe en Europe sous le nom de salami n'existe pas en Argentine.