samedi 6 septembre 2014

Centenaire de la Grande Guerre : El Marne de Arolas [Troesmas]

Il y a cent ans, sur les bords de la Marne, à l'est et au nord de Paris, l'armée française, qui a déjà dû battre en retraite devant l'avancée impériale et que vient soutenir l'allié britannique, arrivé avec un corps expéditionnaire qui laissera beaucoup de morts dans la terre de France, défendait la capitale avec l'énergie du désespoir pour lui éviter le funeste sort que venait de subir Bruxelles, occupée, malgré la vaillance de sa minuscule armée de pays neutre, par des forces allemandes qui ne respectaient rien ni personne et se comportaient, c'est le cas de le dire, en pays conquis, faisant régresser, malgré l'institution de la Croix-Rouge, les pratiques militaires en temps de guerre à ce qu'elles avaient cessé d'être depuis le milieu du XVIIIe siècle. En Belgique, l'armée impériale allemande faisait preuve d'un comportement que, tout juste un siècle plus tôt, après les deux défaites successives de Napoléon, même les troupes d'occupation alliées n'avaient jamais montré dans la France reprise par les Bourbons.

Au premier jour de ce nouvel affrontement, un lieutenant de réserve, qui était dans le civil un immense poète, Charles Péguy, meurt au champ d'honneur, le 5 septembre, dans une opération d'avant-garde, sur le canal de l'Ourcq, pour barrer la route à l'une des armées allemandes.

Cette longue bataille du 5 au 12 septembre 1914, rendue célèbre chez nous et ailleurs par la réquisition des taxis parisiens pour emmener au front des troupes aux uniformes encore atrocement voyants et chatoyants, avait profondément ému les Argentins et surtout les Portègnes, aux premières loges des nouvelles.

Eduardo Arolas, surnommé el Tigre du Bandoneón (1), l'un des tout premiers musiciens professionnels de cet instrument, en fit un tango. Un magnifique tango. El Marne.

A écouter sur Todo Tango, enregistré par Osvaldo Fresedo et son orchestre le 27 juin 1980. Et vous pouvez le voir aussi en vidéo intégrée. Et lire la partition (et même la télécharger en résolution non imprimable). Et consulter la liste des enregistrements répertoriés et vue l'exhaustivité de ce site encyclopédique, il est peu probable qu'une piste leur ait échappé...

Eduardo Arolas, natif du quartier de Barracas à Buenos Aires, est mort à Paris, à l'hôpital Bichat, d'un mélange d'alcoolisme et de tuberculose, dix ans plus tard, le 29 septembre 1924. Il avait trente-deux ans. Ses cendres ont été rapatriées beaucoup plus tard. Il repose désormais dans sa cité natale.

Un taxi parisien de 1914 exposé au Musée national des Invalides à Paris



(1) ce qu'il faut comprendre comme La bête du bandonéon, le fortiche, l'as du bandonéon. Sur tous ces détails, je renvoie l'internaute à mon livre paru en mai 2010, Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, Editions du Jasmin.