lundi 21 septembre 2015

Danse et handicap : une première rencontre à Buenos Aires en forme de festival [à l'affiche]


A partir d'aujourd'hui et jusqu'à samedi, au CC Kirchner, à Palermo et à Barracas, se tient un festival de danse très particulier : les danseurs y sont handicapés moteur.

Ateliers, conférences, tables-rondes, documentaires, happenings et spectacles sont ouverts à tout le public et les activités sont gratuites.

Qui plus est, la manifestation revêt un caractère international grâce à la participation de compagnies spécialisées venues des Etats-Unis, de la Colombie, du Venezuela et de l'Uruguay et plusieurs compagnies nationales de ballet qui souhaitent pouvoir partager leurs expériences avec ces danseurs hors du commun.

La manifestation dispose d'une page Facebook qu'en ma qualité de membre du Conseil International de la Danse à l'UNESCO, je vous invite instamment à aller visiter.

Página/12, toujours très sensible au thème de l'intégration des handicapés au reste de la société, apporte son soutien en faisant de l'interview de la directrice de cette Rencontre, Mariana Chilutti, la une de ses pages culturelles du jour. Pour une fois et eu égard au caractère exceptionnel de cette manifestation, je prends l'initiative de la traduire intégralement, ce qui ne vous empêche nullement d'aller directement sur le site du journal pour la lire in extenso dans la langue originale.


¿Cuál es el estado de situación de la danza que busca la integración en Argentina?
En danza que contempla las personas con discapacidad por suerte hay varios proyectos. En la Universidad Nacional de las Artes, por ejemplo, hay un proyecto de danza integradora que tiene una antigüedad de más de 12 años, muy interesante. Hay en Neuquén. Está viniendo gente de San Juan, de Bariloche. Hay como cuatro o cinco compañías que vienen al Encuentro. Creo que estamos en una situación en que se está empezando a construir y plantar bandera. Todos tienen raíces como para brotar y florecer.
Página/12

- Quelle est la situation de la danse qui recherche l'intégration en Argentine ?
- En matière de danse qui envisage les personnes en situation de handicap, heureusement, il y a plusieurs chantiers. A l'Université Nationale des Arts, par exemple, il y a un très intéressant chantier de danse ouvert aux handicapés ouverte depuis déjà plus de 12 ans. Il y en a aussi à Neuquén. Il y a des gens qui viennent de San Juan, de Bariloche. Il y a quatre ou cinq compagnies qui viennent à la Rencontre. Je crois que nous sommes dans la situation où l'on commence à construire et à planter le drapeau. Tous les chantiers sont assez enracinés pour bourgeonner et fleurir.
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

¿Tienen conflictos y obstáculos comunes?
Los obstáculos aparecen más cuando uno empieza a articular hacia el afuera, porque el que se acerca ya tiene parte del camino recorrido. Ya el solo hecho de acercarte, te da la posibilidad de haber dicho “esto existe, esto sucede”. Los obstáculos son a trabajar: inaccesibilidad de todos los espacios culturales. Pensar un espacio para personas con discapacidad casi no existe. Los hay, pero no son la mayoría. Los traslados, los tiempos, los costos que manejamos. Es mucho.
Página/12

- Rencontrent-ils des tensions et des obstacles en commun ?
- C'est quand on commence à projeter les choses vers l'extérieur que les obstacles apparaissent parce que celui qui vient y voir a déjà parcouru une partie du chemin. Le seul fait d'aller voir te donne la possibilité de dire Cela existe. Les obstacles sont à travailler : inaccessibilité de tous les espaces culturels. Penser un espace pour les personnes atteintes de handicap, ça n'existe presque pas. Il y en a mais ce ne sont pas la majorité. Les transferts, les heures passées, les coûts que nous gérons, ce n'est pas rien !
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

¿Cómo trabajan las compañías la puesta de estas obras?
Supongo que igual que cualquier otra experiencia artística. En la compañía Danza sin Fronteras, trabajamos desde lo sensorial, desde la necesidad de cada persona y el encuentro con el otro. Con técnicas de autoconocimiento, con improvisación. Me parece que el hecho artístico surge desde lo humano. Está muy naturalizado en nosotros este hacer.
Página/12

- Comment les compagnies travaillent-elles la réalisation de ces œuvres ?
- Comme n'importe quelle autre expérience artistique, je suppose. Dans la compagnie Danza sin Fronteras, nous travaillons à partir des sens, du besoin de chaque personne et la rencontre avec l'autre. Avec des techniques de connaissance de soir, avec l'improvisation. Il me semble que le fait artistique surgit de l'humain. Cette façon de faire est maintenant devenu très naturel chez nous.
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

Antes hablaba de obstáculos de infraestructura, ¿los hay también desde lo artístico?
Para los bailarines que no tienen ninguna discapacidad, el primer obstáculo es el ¿qué hago? Al comienzo se plantean que van a ayudar a otro con una discapacidad, pero todos devuelven que fueron más contenidos, más ayudados por las personas con discapacidad que ellos hacia los otros.
Página/12

- Vous avez parlé d'obstacles d'infrastructure. Y en a-t-il aussi dans le domaine artistique ?
- Pour les danseurs qui n'ont aucun handicap, le premier obstacle, c'est Qu'est-ce que je fais ? Au début, ils se disent qu'ils vont aider l'autre qui est en situation de handicap mais tous révèlent qu'ils ont été plus soutenus, plus assistés par les personnes en situation de handicap que eux n'ont aidé les autres.
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

¿Por qué pasa eso?
Porque uno se cree que es un ser completo. Por toda una concepción de la modernidad, que si tenés brazos, piernas, respondés a la norma perfectamente, sos un ser completo. Y no te das cuenta de la gran o pequeña discapacidad que quizás tenés en otras áreas, que tenemos todos como desafíos. Hay discapacidades emocionales, sociales. Entonces vos, que te ves como un ser completo, te encontrás con una persona en silla de ruedas y pensás “¿cómo lo ayudo?”. ¿Pero por qué no es que podemos ayudarnos mutuamente?
Página/12

- Pourquoi cela se passe-t-il ainsi ?
- Parce qu'on croit être quelqu'un de complet. A cause de toute une conception de la modernité, que si tu as des bras, des jambes, tu réponds parfaitement à la norme, tu es quelqu'un de complet. ET tu ne te rends pas compte du handicap, petit ou grand, que tu as peut-être dans d'autres domaines, qui sont des défis pour nous tous. Il y a des handicaps émotionnels, sociaux. Alors toi, qui te vois comme quelqu'un de complet, tu te trouves face à une personne en chaise roulante et tu penses : comme l'aider ? Mais pourquoi ne pourrions-nous pas nous aider mutuellement ?
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

El programa del Encuentro está recorrido por la idea de sanación, no física sino emocional.
Sí, claro. Es una sanación que tiene que ver con reconocernos humanos y acercarnos a cada acción desde la amorosidad. Por ahí pasa. Un abrazo o una mirada a los ojos de otra persona te ayudan tanto, dan tanta fortaleza. Y uno no se detiene en la mirada del otro.
Página/12

- Le programme de la Rencontre est parcouru par l'idée de guérison, non pas physique mais émotionnelle ?
- Oui, c'est sûr ! C'est une guérison qui a quelque chose à voir avec le fait de nous reconnaître humains et aller vers chaque action depuis l'amour. Cela passe par là. Une étreinte ou un regard dazns les yeux de l'autre personne, cela t'aide tellement, cela te donne une telle force. Et on se s'arrête pas dans le regard de l'autre.
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

¿Qué aspiran a generar en el público?
Queremos transmitir la naturalización con que vivimos cada situación. Sabemos que la gente cuando ve un espectáculo pasa por una situación humana, pero no natural. Es mucha emoción, se desborda. No todos, pero la gran mayoría sale totalmente conmovido. Te sorprende cuando es algo sumamente natural. Entonces poder naturalizar estas prácticas en lo cotidiano sería maravilloso.
Página/12

- Qu'est-ce que vous souhaitez provoquer chez le public ?
- Nous voulons transmettre le naturel avec lequel nous vivons chaque situation. Nous savons que les gens, quand ils voient un spectacle, passent par une situation humaine mais qui n'est pas naturelle. C'est beaucoup d'émotion, ça nous déborde. Pas tous, mais la grande majorité s'en trouve émue de la tête aux pieds. Cela te surprend quand c'est quelque chose d'éminemment naturel. Alors pourvoir rendre naturelles ces pratiques dans la vie quotidienne, ce serait merveilleux.
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

El Encuentro es latinoamericano, ¿cómo está el sector en el resto del continente?
Por lo que pude ver, hay muchos países con mucha ayuda a nivel gubernamental. De hecho creo que todos consiguieron los pasajes por esa vía. No sé si se pueden solventar con funciones, me parece que no. Pero forma parte de la complejidad latinoamericana, de las dificultades, pero también del resurgimiento, del decir “sí, puedo”. Uno repasa y vienen venezolanos, colombianos, uruguayos, norteamericanos. Mirá todo lo que hay. En el arte se mira mucho el Viejo Continente, ¿no? Pero nosotros somos, estamos siendo, hemos sido mutilados, pero no dejamos nunca de ser quienes somos, con nuestras raíces. Poder reflotar eso, ver el potencial que hay en Latinoamérica, es buenísimo. Igual creo que es algo que te voy a poder responder mejor el 27 de septiembre, después de que termine el Encuentro.
Página/12

- Cette rencontre est une rencontre latino-américaine. Comment se trouve le secteur dans le reste du continent ?
- Pour que ce que j'ai pu en voir, il y a beaucoup de pays où il y a beaucoup d'aide au niveau de l'Etat. De fait, je crois que tout le monde a obtenu son billet d'avion par ce moyen. Je ne sais pas s'ils peuvent se rendre solvables avec les spectacles, il me semble que non. Mais ça fait partie de la complexité latino-américaine, des difficultés mais aussi de la renaissance, de pouvoir dire Oui, je peux. On prend le temps de regarder tout ça et les Vénézuéliens, les Colombiens, les Uruguayens et les Nord-Américains se pointent. Regarde un peu tout ce qu'il y a. En art, on regarde beaucoup vers le Vieux Continent, non ? Mais nous sommes nous-mêmes, nous sommes en train d'être nous-mêmes, nous avons été mutilés mais nous ne cessons jamais d'être ceux que nous sommes, avec nos racines. Pouvoir remettre le navire à flot, voir le potentiel qu'il y a en Amérique latine, c'est très très bien. Et je crois aussi que c'est quelque chose à quoi je pourrais te répondre mieux le 27 septembre, après la fin de la Rencontre.
(Traduction ©Denise Anne Clavilier)

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