mercredi 31 mai 2017

Le Sénat enquête sur l'INCAA [Actu]


L'affaire de l'INCAA remonte à quelques mois lorsque le ministre de la Culture a limogé, du jour au lendemain, le directeur de cet institut du cinéma et des arts audiovisuels, en invoquant le refus du dirigeant de participer à la lutte anti-corruption dans la maison (voir mon article du 18 avril 2017).

Cette révocation avait scandalisé le secteur qui s'était mobilisé contre la mesure ministérielle, qui avait aussitôt été interprétée comme le signe avant-coureur d'une diminution draconienne des budgets d'aide à la création cinématographique et télévisuelle.

Hier, le ministre, Pablo Avelluto, a été auditionné par la commission culturelle du Sénat. Deux journaux rapportent le fait ce matin, Página/12 qui met l'accent sur les mensonges et autres travestissements de la vérité dont les déclarations du ministre seraient constitutives et La Nación, qui relate les accusations portées par les sénateurs de l'opposition dans un entrefilet beaucoup plus succincts. Ces accusations portaient surtout sur les retards de versement des subventions aux projets retenus, ce qui met certains de ces projets en danger.

Le nouveau directeur de l'INCAA a reconnu que l'organisme rencontre en effet des retards, dus non pas à une intention politique ou à des agissements frauduleux mais à une bureaucratie hypertrophiée qu'il s'attache à moderniser et à rendre plus efficace. Ce qui ne doit pas être facile, eu égard aux traditions très anciennes (l'Etat argentin, à tous les niveaux de décision, est très bureaucratique) et aux résistances de toute sorte, y compris syndicales.

Pour aller plus loin :
Pour connaître l'INCAA
consulter sa page Facebook

Ajout du 3 juin 2017 :
lire cet article de Página/12 sur un regroupement professionnel du secteur qui ne lâche rien dans sa lutte contre le ministre...

mardi 30 mai 2017

L'Ambassadeur argentin en France devient ministre des Affaires Etrangères [Actu]

Avec une toute petite photo du nouveau ministre !
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Grosse surprise dans la journée d'hier lorsque le Président Mauricio Macri a annoncé le départ de Susana Malcorra du Ministère des Affaires Etrangères argentin ! On se serait attendu à une démission après l'échec de sa candidature au Secrétariat-Général de l'ONU, il y a plusieurs mois, mais nullement en ce début d'hiver, quelques jours à peine après la fête nationale du 25 mai et avant les élections de mi-mandat, qui auront lieu en octobre prochain.

Un gros titre jeu de mot comme d'habitude ("Courtmal, qu'elle s'en aille en courant")
et très vachard, ce qui n'est pas aussi fréquent

Susana Malcorra avance des motifs familiaux, que son prochain départ pour Madrid, où les siens sont installés depuis des années, rend plus que vraisemblables. A La Nación hier soir, elle a expliqué que son mari venait de traverser une sérieuse épreuve de santé sans qu'elle puisse être près de lui et qu'à Pâques, elle avait décidé qu'à soixante-deux ans, elle se devait de retourner vivre sous le même toit que lui.

Avec la hargne qui caractérise désormais ce quotidien, Página/12 campe sur d'autres positions et ne veut voir dans cette démission que la signature d'un échec général de l'action de Malcorra à la tête du ministère. La rédaction fait à nouveau preuve de la hargne qu'elle déploie contre le gouvernement en place. C'est clairement l'inverse qui s'est produit : même si elle a un fort caractère qui lui a valu plusieurs inimitiés parmi ses collègues ministres et qu'elle a connu à côté de grandes réussites quelques échecs indéniables, Susana Malcorra a rendu, on pourrait même dire qu'elle a donné, à la diplomatie argentine une crédibilité qu'elle avait très largement perdue, tant dans l'opinion publique argentine que dans les chancelleries du monde démocratique, une crédibilité dont elle avait pourtant joui partout dans le monde jusqu'au premier coup d'Etat militaire en 1930. Et c'est bien ce que le Président aura voulu dire hier, lorsqu'il a fait l'annonce officielle : dans ses paroles et ses gestes, il a laissé transparaître une empathie et des regrets qui semblent sincères envers la ministre démissionnaire, dont il a annoncé que depuis Madrid elle continuerait à servir le pays. Elle devrait en effet monter et diriger une commission d'experts qui aura pour rôle de conseiller le Président sur la manière de faire entrer le pays dans le 21e siècle. A la fin des prises de paroles des uns et des autres, puisque le Premier ministre était présent, Macri a étreint Susana Malcorra, à la mode argentine, avec une émotion et un élan dont les journalistes étrangers ne doutent pas (même si leurs homologues argentins sont plus circonspects).

Clarín a préféré une photo
où la bonne entente entre le président et la ministre est évidente
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C'est l'Ambassadeur argentin en France, Jorge Faurie, qui la remplace. Le diplomate, qui a affirmé à Luisa Corradini, correspondante permanente à Paris de La Nación qu'il n'a appris sa prochaine nomination que dimanche dans la matinée (1) et qui a pris hier soir l'avion pour Buenos Aires, prêtera serment le 12 juin prochain (2). D'ici là, Malcorra continuera à diriger le ministère. Elle fera même un voyage aux Etats-Unis, la semaine prochaine, pour aller représenter l'Argentine dans une réunion de l'OCDE, où Faurie a fait entrer l'Argentine (comme il l'a fait entrer dans l'organisation internationale de la Francophonie).

En Uruguay, El País met l'info à la une, dans la manchette de droite
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Jorge Faurie est ainsi le quatrième ambassadeur argentin à devenir chef de la diplomatie nationale et le premier depuis le retour à la démocratie en décembre 1983. Entre temps, il aura représenté son pays dans de nombreux postes, dont celui de premier secrétaire d'Ambassade à Santiago du Chili (3), ambassadeur du Portugal pendant onze ans de 2002 à 2013 (soit presque toute l'époque des Kirchner) et en France, où il ne sera resté qu'un an environ (4). Il y a trente ans, entre 1989 et 1999, il a été chef du protocole de la Chancellerie argentine. En 2002, il a exercé les fonctions de vice-chancelier, ce qui en a fait le second du ministère, juste derrière le ministre lui-même, d'où il est parti au Portugal, à peu près au moment où Néstor Kirchner arrivait à la Casa Rosada. Avant sa nomination à Paris (considérée comme l'une des plus prestigieuses ambassades, un poste-clé au ministère des Affaires Etrangères), c'est lui qui tint à l'arrachée le rôle de chef de protocole pour l'équipe Macri en décembre 2015, lorsque l'ex-présidente faisait tous ses efforts pour saboter la prise de fonction de son successeur, au terme d'un conflit judiciarisé entre les deux élus. C'est Jorge Faurie qui dut organiser les cérémonies, alors que le président du Sénat exercerait temporairement les fonctions de chef de l'Etat pendant les douze heures qui séparaient la fin officielle du mandat de Cristina Kirchner, fixée par la justice à minuit le 9 décembre, de la prestation de serment de Macri, le lendemain en début d'après-midi.

A Santiago, Jorge Faurie a droit à sa photo, en haut de la colonne de droite
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L'homme, qui a aujourd'hui soixante-cinq ans, a donc suivi toutes les étapes du cursus diplomatique argentin, depuis ses études supérieures faites à l'école des relations internationales, dont sortent la plupart des diplomates argentins. Auparavant, il avait fait sa scolarité dans un collège jésuite où il avait été l'élève d'un certain père Jorge Bergoglio, aujourd'hui plus connu sous son prénom pontifical de François. Hier, au cours de sa prise de parole, Mauricio Macri a laissé tomber qu'il espérait que cette nomination, dont les journaux pensent qu'elle a été suggérée par la ministre sortante, allait donner aux diplomates des perspectives et des ambitions dès lors que l'un des leurs pouvait arriver aux responsabilités gouvernementales (5).
Jorge Faurie, qui ne semble guère avoir d'atome crochu avec le kirchnerisme bien qu'il passe pour idéologiquement proche du péronisme, se sent visiblement en harmonie avec la politique d'ouverture libérale et de dialogue pacifié (ou au moins de tentative de pacification) portée par Cambiemos. Dans ses discours, il ne manque pas non plus de déclarer son attachement à la démocratie et aux droits de l'homme. Le Gouvernement attendrait de lui qu'il poursuive dans la voie ouverte par Susana Malcorra, pour laquelle il aurait respect et amitié (elle a été adjointe de Ban Ki-Moon à l'ONU mais ils ne se seraient connus qu'en décembre 2015 au cours de cette passation de pouvoir bousculée) (6). Quoi qu'il en soit, c'est ce qu'il a su réaliser à l'ambassade parisienne, dont il a ouvert grand les portes, avec un sens de l'écoute, de la disponibilité, de l'humour (mais, dit-on aussi, un caractère impossible pour ses subordonnés) à quoi il faut ajouter un excellent français, ce qui n'était pas un luxe après plusieurs chefs de délégation qui ne parlaient pas notre langue. Son passage éphémère aura fait du bien à la communauté argentine et aux Français qui fréquentent la maison. Espérons qu'il nommera un ou une remplaçante (7) qui saura tenir le cap à Paris. Le défi est de taille : on dit de lui qu'il est un bourreau de travail et c'est sans doute ce qu'il faut dans cette ville. Il lui reviendra aussi de choisir le successeur de Martín Lousteau (8) à Washington. En quittant ses fonctions hier, Malcorra a répété qu'elle estimait indispensable d'envoyer aux Etats-Unis un diplomate de carrière. Face à Donald Trump, c'est peut-être plus prudent, en effet !

A l'extérieur, notamment en Uruguay, on regrette le départ de Susana Malcorra, au point d'être presque désobligeant pour son successeur déjà connu. Mais c'est aussi la preuve qu'elle laisse l'image d'une personnalité compétente et appréciée.

Pour en savoir plus :
dans la presse argentine
lire l'article de Página/12 sur Malcorra et celui sur Faurie (les deux sont aussi aigres l'un que l'autre)
lire l'article de La Prensa sur la démission et la nomination
lire dans La Prensa les premières déclaration de Jorge Faurie à son retour précipité à Buenos Aires (il venait tout juste de terminer d'emménager à Paris)
lire l'article de La Nación sur l'interview que lui a accordée la ministre sortante (mise en ligne en intégralité dans cet autre article)
lire l'article de La Nación où Luisa Corradini fait le portrait du futur ministre et déjà ex-ambassadeur
lire l'article de Clarín sur Jorge Faurie
lire l'article de Clarín sur le bilan qu'il trouve contrasté de la ministre sortante
dans la presse urugayenne
lire l'article de El País (qui travaille en synthétisant des dépêches de l'agence espagnole EFE et les articles de La Nación)
dans la presse chilienne (que je mentionne à titre exceptionnel, eu égard au sujet qui le mérite)

L'article de El Mercurio, principal quotidien national chilien
dont les articles ne sont en ligne que sous la forme de facsimilé

Ajouts du 31 mai 2017 :
lire cet éditorial paru ce matin dans La Nación sur ce changement de tête au Ministère des Affaires Etrangères
lire cette nouvelle interview de la ministre sortante, toujours dans La Nación
lire cette interview de Susana Malcorra à Clarín, où elle reconnaît avoir eu plusieurs désaccords politiques avec le Premier ministre. Le calendrier du Gouvernement pour informer Jorge Faurie de sa nomination y est différent de ce que disait la presse hier, en rapportant les confidences de l'heureux élu (on varie entre dimanche matin et lundi matin).

Ajout du 4 juin 2017 :
la députée Elisa Carrió, difficile alliée de Mauricio Macri venue de l'UCR et présidente de la Commission des Affaires étrangères de la Chambre des Députés, élève l'une de ces contestations habituelles, cette fois-ci contre Jorge Faurie, parce qu'elle n'a pas été consultée sur cette nomination. Et pourquoi aurait-elle été consultée si elle croit à la séparation des pouvoirs ? Lire à ce propos l'article de La Nación, dont la journaliste marque son exaspération à l'égard de cette députée franc-tireuse.



(1) C'est probablement la vérité. Jeudi 25 mai, de toute évidence, il n'en avait aucune idée. Je l'ai vu au premier chef projeter des rendez-vous de travail sur Paris dans les semaines qui suivaient. En revanche, il a reconnu qu'il savait, comme sans doute tous les ambassadeurs en poste dans le monde, que Malcorra était sur le départ ou envisageait de démissionner. La question était dans l'air depuis deux mois environ.
(2) Voir mon article du 22 décembre 2016 sur sa nomination à Paris (mais il n'a pris ses fonctions qu'au printemps, à la rentrée australe)
(3) A ce poste, il a eu à faire face à un scandale dans lequel l'Ambassadeur lui-même a été compromis au premier chef. Il se servait de ses fonctions pour des activités fort peu compatibles avec sa mission. Le Gouvernement de Carlos Menem l'a révoqué mais en 2006, sous Néstor Kirchner, qui cherchait alors à se démarquer de Menem, la Cour Suprême l'a rétabli dans ses grades et dignités, au grand scandale des Chiliens qui semblent n'avoir toujours pas digéré l'incident.
(4) Décidément, la France n'a pas beaucoup de chances ces dernières années avec les Ambassadeurs argentins. Le défunt Aldo Ferrer n'est resté qu'un peu plus d'un an et il était meilleur économiste que diplomate. Il a été remplacé par une femme qui a brillé par sa capacité à fermer la représentation argentine à double ou triple tour et à aiguiser les clivages politiques dans la communauté argentine en France. Et quand les choses semblent repartir du bon pied, voilà qu'on nous rappelle une nouvelle fois le chef de délégation !
Et n'oublions pas qu'il y avait eu un autre brillant antécédent : le retour à Buenos Aires de l'ambassadeur à Paris Marcelo de Alvear en 1922 : il venait d'être élu à la présidence de la Nation, pour succéder à Yrigoyen !
(5) Les diplomates argentins manqueraient-ils de motivation ?
(6) Tous deux sont originaires de la province de Santa Fe, au nord de Buenos Aires.
(7) Clarín croit savoir que ce pourrait être Susana Malcorra elle-même. A condition que la famille vienne s'installer à Paris ?
(8) Ce socialiste, opposant politique à Mauricio Macri, avait été nommé à Washington pour avoir montré sa bonne volonté dans la phase de transition de cette difficile alternance. Il a démissionné très brutalement quelques jours après la prise de fonction de Trump, en abandonnant même l'Ambassade avant la visite officielle récente au cours de laquelle Mauricio Macri a pu rencontré Donald Trump et obtenir que celui-ci rouvre les frontières des Etats-Unis aux agrumes argentins auxquels il les avait fermées aussitôt installé à la Maison Blanche. Aujourd'hui, Lousteau, qui n'a jamais caché qu'il souhaitait se porter candidat au poste de Chef de Gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires devance le calendrier électoral et se présente aux élections législatives de mi-mandat, en octobre, pour un siège à la Legislatura porteña.

Ce vendredi, le CETBA propose sa milonga de la Uni [à l'affiche]


Comme tous les premiers vendredis du mois, vous pouvez aller danser dans une vraie milonga très authentique, avec cette fois-ci deux pistes, dont l'une sera réservée aux danseurs traditionnels.

A 20h30, Gabriel Soria, président de la Academia Nacional del Tango, y fera une causerie sur les grands danseurs de tango au cinéma et à la télévision.

Deux cours ouverts se tiendront de 21h à 23h pour débutants et intermédiaires (le niveau avancé n'existe pas).

L'entrée est libre et gratuite mais les organisateurs proposent que les danseurs participent librement. Ils suggèrent un montant de 30 $ ARG. Ce n'est pas bien cher !

Milena Plebs vient donner des cours à Paris [ici]


La danseuse portègne Milena Plebs, dont le visuel, qui ne doute de rien, dit qu'elle est "mythique" (n'importe quoi !), vient animer des cours à Paris à la mi-juin, chez Luis Bruni, à la Tanguedia, à Paris, près de la Place de la Nation.

C'est une expérience qui vaut le coup car il s'agit d'une des danseuses les plus en vue à cette heure à Buenos Aires.

Mais attention : l'amour du tango ne doit pas nous éloigner de nos devoirs civiques. Le dimanche 18 juin est aussi le second tour des élections législatives. Aux urnes, citoyens !

samedi 27 mai 2017

Le San Martín rouvre ses portes sur Corrientes [à l'affiche]


Ce soir, en ce long week-end de fête nationale (25 de Mayo, Día de la Patria), Buenos Aires va retrouver l'un de ses plus emblématiques théâtres municipaux, le Teatro San Martín, situé sur Avenida Corrientes, dans la section la plus théâtreuse de cette belle et longue avenue, traditionnellement dédiée à la culture. Ce théâtre fonctionne, sous ce nom, depuis 1961, ce qui correspond déjà à un bel âge en Argentine, même si des établissements beaucoup plus anciens existent tout le long de cette grande artère ultra-urbaine.

Intérieur rénové du théâtre
avec encore quelques bâches en plastique et deux photographes du service Communication de la Ville au travail
Photo Santiago Filipuzzi (La Nación)

Cela faisait un an et demi que la salle était complètement fermée (1) pour des travaux qui semblaient ne jamais devoir finir et qui étaient pourtant tout à fait nécessaires. Même les toilettes ne fonctionnaient plus ! Bien entendu, Página/12 conteste ce point et critique le budget considérable qui a été mobilisé pour cette remise en état : 400 millions de pesos, une somme considérable mais compréhensible au regard du délabrement des installations dont tous les artistes se plaignaient.
Les travaux ont permis aussi de mettre le théâtre à jour sur le plan technique, de réaménager la scène, la machinerie et les éclairages. On a rajeuni les loges, plus agréables et luxueuses qu'auparavant.

La grande salle vue de la scène
Photo Santiago Filipuzzi (La Nación)

Malgré le froid de l'hiver qui vient, cette réouverture tant attendue va donc être fêtée ce soir par un spectacle de rue, devant la façade tout en verre, avec environ trois cents artistes pour raconter l'histoire de cette belle et prestigieuse institution.

Pour aller plus loin :



(1) Le théâtre fonctionnait par intermittence et uniquement dans les salles secondaires, celles auxquelles on accède par la rue Sarmiento, avec des effectifs réduits (ballet, compagnie de marionnettes et orchestre résidents, comédiens et techniciens). Au dernier étage de ce vaste complexe culturel, se trouve les studios et les bureaux des deux stations de radio municipales, la 2x4, consacrée au tango, et la 11.10, la radio généraliste de la Ville Autonome de Buenos Aires.

Niveau scolaire préoccupant [Actu]

Le Gouvernement argentin veut jouer la transparence. Dans ce but, il a mis en ligne, à disposition du public sans aucune restriction, le résultat de l'enquête nationale, effectuée dans des écoles publiques et privées, sur le niveau exact des élèves de l'enseignement primaire et secondaire.

Les résultats provoquent quelque préoccupation. L'Argentine s'est longtemps reposée sur la croyance, largement partagée dans l'opinion publique et répétée à l'envie par les politiciens aux affaires, que son système scolaire était efficace et l'un des meilleurs, pour ne pas dire le meilleur, de la région. On entendait toutefois des voix dire que le niveau baissait et qu'il était même catastrophique et que tout le système était bel et bien sclérosé et vicié par la politisation à outrance des syndicats enseignants (1). Au cours de la campagne électorale, Mauricio Macri avait promis de redonner un élan à l'ensemble du système pour faire remonter le niveau, qu'il déclarait catastrophique. Beaucoup avaient pris cette constatation pour un argument électoraliste, une preuve de sa mauvaise foi et de son hostilité envers la majorité sortante. Il y avait peut-être un peu de cela mais visiblement le diagnostic était solide.

En octobre dernier, à deux mois et demi de la fin de la première année scolaire du présent mandat présidentiel, il a été procédé à une vaste évaluation dans tout le pays et ce sont ces résultats qui viennent d'être mis en ligne sur la plate-forme aprenderdatos, qui dépend d'un sous-secrétariat d'Etat au sein du Ministère de l'Education.

Les enfants d'une école privée de Mendoza se prépare pour l'Acto del 17 de Agosto, ce 17 août 2016
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et pour reconnaître Remedios, dans sa belle robe bleue de princesse républicaine et locale,
les soldats royalistes en vareuse rouge et pantalon blanc,
et les fiers grenadiers à cheval de San Martín dans leur bel uniforme bleu marine mais sans monture !

Ces chiffres ne sont pas bons et ils justifient que le Gouvernement s'attelle au plus tôt à une profonde réforme des programmes et de l'organisation de l'enseignement. Moderniser la pédagogie au lieu de se contenter de moderniser le matériel (mettre à disposition des ordinateurs et du Wifi, par exemple) ne serait pas un luxe non plus... En discutant moi-même avec des classes de tous âges, dans la banlieue de Buenos Aires, à Mendoza et dans la province de San Luis, ces deux dernières années, j'ai été assez surprise du peu d'autonomie d'apprentissage des adolescents en fin de scolarité, de leur passivité indocile et indisciplinée et du discours très simpliste, patriotard et moralisateur que leur tenaient certains enseignants et directeurs d'établissement (on ne s'étonnera pas dans ces conditions qu'ils n'en retiennent rien, à l'heure d'Internet, de Youtube et des réseaux sociaux).
Chez les plus petits, ce qui m'a le plus frappée l'année dernière, c'était qu'ils ne comprenaient strictement rien à ce que leurs instituteurs leur avaient fait apprendre, d'autant que je les rencontrais dans un cadre particulier : la célébration, très festive au demeurant de la Fête de San Martín, autour du 17 août. Il était manifeste qu'ils ne comprenaient aucune des paroles de la Marcha de San Lorenzo qu'ils chantaient toutefois avec un entrain de bon aloi et qu'ils ne comprenaient rien non plus aux dialogues appris par cœur dans la saynète, quelque peu simplette, où ils étaient censés représenter les événements historiques de la guerre d'indépendance. Ils débitaient leur texte comme des perroquets, sans s'amuser le moins du monde, avec des regards affolés vers l'institutrice en cas de trou de mémoire et ne se déridaient vraiment que lorsqu'il fallait dégainer un sabre en carton pour faire semblant de se bagarrer (2). C'était d'autant plus poignant que j'ai plutôt visité des établissements de très bon niveau où j'ai surpris bien des enseignants (et des élèves) par mes interventions interactives, en dialogue avec la classe, alors qu'ils attendaient tous et de toute évidence une conférence magistrale super-rasoir, comme c'est la coutume de la plupart des conférences dans tout le pays.

C'est la première fois depuis la mise en place de l'école obligatoire que l'Etat prend ainsi le taureau par les cornes et qu'il met sur la table la réalité de la situation. Il faut espérer que le choc de ces données sera salutaire et aidera l'opinion publique à soutenir le vaste chantier que le gouvernement veut mettre en place (3) et que les syndicats d'enseignants, très conservateurs même s'ils votent à gauche, pourraient bien vouloir entraver.

Pour aller plus loin :
consulter la page Facebook du Secrétariat d'Etat à l'évaluation scolaire.

A noter : Página/12 ne semble pas s'intéresser au sujet ! Pas un mot sur son site Internet aujourd'hui.



(1) Ils en ont fait à nouveau la démonstration cette année avec une grève interminable au détriment des enfants alors qu'ils pourraient envisager des méthodes plus efficaces de lutte salariale, laquelle est parfaitement légitime au demeurant.
(2) Quant aux petites filles, elles ne s'amusaient qu'au moment de défiler, quelques secondes à peine, sur la scène dans leurs belles robes d'époque avec une petite mantille blanche que portait fièrement une première de la classe à laquelle revenait l'honneur d'interpréter Remedios de Escalada de San Martín, l'épouse du héros !
(3) La France est dans une situation similaire et doit elle aussi réformer au plus vite son système scolaire, devenu une véritable usine à générer de l'inégalité, de l'échec social et du traumatisme culturel, à l'inverse des généreuses valeurs politiques et intellectuelles sur lesquelles il est fondé et desquels il croit être toujours nourri, figé qu'il est dans l'image qu'il s'est fait de lui-même à travers les discours de Jules Ferry, il y a un siècle et demi !

vendredi 26 mai 2017

Un 25 de Mayo qui grince [Actu]

La vice-présidente (en fauteuil) avait revêtu un poncho du plus bel effet !
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La crise économique continue à attrister le paysage argentin et affecte cette année la célébration du 25 Mai, fête nationale argentine. La consommation reste en deuil et continue de baisser de mois en mois, creusant un peu plus les écarts sociaux.

Les homélies des Te Deum en ont été marquées à la cathédrale de Buenos Aires, où officiait le cardinal Poli, primat d'Argentine, devant le couple présidentiel, le gouvernement au grand complet et l'équipe municipale (tous de la même couleur politique depuis dix-huit mois) comme à la cathédrale de Santa Fe où la messe était célébrée par le président de la Conférence épiscopale. Dans un commentaire centré sur la lecture évangélique du jour, Mario Poli a glissé quelques rappels sur la paupérisation des couches sociales les plus vulnérables et évoqué tous ceux qui, dans le pays, manquent de travail, de ressources et d'accès aux biens matériels et culturels nécessaires à une vie plus digne d'un beau pays comme l'Argentine.
Monseigneur Arancedo, quant à lui, évoquant la vertu d'espérance, il en est venu à parler de la crise de confiance qui traverse le pays et à appeler lui aussi au dialogue, à la rencontre respectueuse par-delà les différences idéologiques...
Le Premier ministre s'est déclaré en plein accord avec les prélats puisque le Gouvernement serait en train de travailler nuit et jour à la réduction de la pauvreté, même s'il s'écoule beaucoup de temps entre les promesses d'investissement (1) et l'amélioration sensible de la situation économique.
Là-dessus, l'archevêque de La Plata, Héctor Aguer, qui a le chic de faire des déclarations provocatrices contre la gauche, y est allé de sa petite fantaisie en faisant des commentaires, hors de propos, sur l'actualité judiciaire récente, en critiquant le Gouvernement qui s'est empressé de rectifier la loi sur les remises de peine en réaction à un arrêt de la Cour Suprême (cf. mon article du 11 mai 2017) et a condamné une loi votée par la Chambre provinciale qui fixe à 30 000 le nombre des victimes de la dernière dictature dont il ne veut pas qu'on la qualifie de civico-militaire... Il y a quelques années, j'ai vu cet homme de près. Il ne respire pas la chaleur humaine... Un peu ennuyeux pour un ministre du Dieu d'amour. Et puis, balancer de tels propos dans ces circonstances, c'est mettre le feu aux poudres...

Très étonnant dans ce journal :
la photo de une est consacrée à Cristina et non pas au président Macri
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Et la Tupac Amaru a achevé le tableau en publiant (on n'en attendait pas moins d'eux) la lettre manuscrite que le Pape François a envoyée à Milagro Sala dans sa prison à Jujuy. Le Saint Père ne fait que répondre à une lettre de la détenue qui se plaignait à lui de mauvais traitements qu'elle subit derrière les barreaux. Comme d'habitude, peu soucieux de l'emploi partisan que pourront en faire des organismes comme Tupac Amaru ou Madres de Plaza de Mayo, il a écrit comme il écrit à une personne emprisonnée. Et bien entendu, la chose est interprétée comme une prise de position en faveur de la députée et hostile au Gouvernement à part.

On a connu des 25 de Mayo plus consensuels...

Pour en savoir plus :
sur les homélies :
lire l'article de Página/12 sur le discours de Monseigneur Poli
lire l'article de Página/12 sur celui de Monseigneur Aguer
lire l'article de La Prensa sur le discours de Mario Poli
lire l'article de La Prensa sur celui de Héctor Aguer
lire l'article de La Nación sur l'homélie de Monseigneur Poli
lire l'article de La Nación sur celle de Monseigneur Aguer
lire le texte de l'homélie de Monseigneur Poli grâce à l'agence AICA qui le reproduit en intégralité
sur les péripéties de l'affaire Milagro Sala
A noter que sur ces sujets, Clarín n'avait pas grand chose à dire dans son édition de ce vendredi.



(1) L'Argentine vient de recevoir coup sur coup deux délégations européennes de chefs d'entreprise accompagnant leur chef d'Etat : visite de la présidente suisse puis du président italien.

Cristina choisit la fête nationale pour revenir dans l'arène [Actu]


Après un an et demi de relative retraite politique, Cristina Kirchner vient de donner une longue interview à quatre journalistes qui lui étaient acquis sur l'antenne de C5N, une chaîne kirchneriste (1), depuis son QG, l'Institut Patria, une sorte de think-tank du Frente para la Victoria.

L'interview a duré une heure vingt-cinq et fait l'objet de commentaires dans tous les journaux en ce lendemain de fête nationale. Página/12 a même décidé d'y consacrer toute sa une, avec une manchette pour fêter les trente ans de son lancement.

L'ex-présidente a appelé l'opposition à s'unir pour mettre un frein à la politique de rigueur de l'actuel gouvernement et a fait mine d'annoncer qu'elle pourrait se porter candidate aux élections législatives de mi-mandat si toutefois cela s'avérait indispensable. Autrement dit, elle attend de se faire prier. Elle se dit prête à se présenter comme députée ou sénatrice pour la Province de Buenos Aires, aujourd'hui passée à la majorité nationale (Cambiemos), à moins qu'un autre candidat ne soit plus assuré qu'elle de remporter le siège, car, assure-t-elle, elle n'attend pas après. Ce dont on peut douter car elle est fort combative et l'inaction politique doit lui peser, même si elle a fort à faire pour se défendre dans plusieurs procès pour corruption qui ont été entamés contre elle depuis qu'elle a quitté la présidence.

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 (très favorable) – on y trouve l'intégralité de l'interview en vidéo intégrée



(1) Et d'assez médiocre qualité.

jeudi 25 mai 2017

Marie Crouzeix et Daniel Pérez lancent leur nouveau trio et toujours en Auvergne [ici]


Le couple franco-argentin, composé par la flûtiste française Marie Crouzeix et le guitariste-bandonéoniste compositeur argentin Daniel Pérez, présente ce samedi 27 mai 2017 à 21h le nouveau trio qu'ils forment avec la violoncelliste Bea Terrasse, le Chat de Lahlo, dans un café de Saint Gervais d'Auvergne pour une soirée consacrée à la musique argentine, à toutes les musiques argentines, tango, folklore et tout le reste...

Entrée gratuite. Participation au chapeau.

Profitez donc du pont de l'Ascension pour aller découvrir ces musiciens, qui mêlent talent et simplicité à la bonne franquette.

Lucio Arce chez Jacqueline Sigaut ce samedi [à l'affiche]


Le chanteur-compositeur interprète Lucio Arce sera ce samedi 27 mai à 21h30 chez Jacqueline Sigaut à Palermo pour son désormais traditionnel bœuf tango...

Lucio s'accompagne lui-même mais il aura aussi pour l'occasion un partenaire, le guitariste Juan María Páez.

Comme d'habitude, il faut réserver par mail auprès de l'hôtesse selon les consignes indiquées sur le tract numérique ci-dessus.

mardi 23 mai 2017

Rosario achève sa quinzaine tanguera [à l'affiche]


Depuis le 11 mai, la ville de Rosario fête sa treizième Rencontre de Tango (Encuentro Metropolitano de Tango), produite par la Casa de Tango, un centre culturel public, dépendant de la municipalité et ouvert à tous les tangueros de la ville et de son voisinage, qu'ils soient musiciens, danseurs, chanteurs, professionnels et amateurs.

Rosario est considérée comme la Barcelone de l'Amérique du Sud. C'est la capitale culturelle et économique de la Province de Santa Fe.

La quinzaine prend fin samedi prochain au terme d'une programmation très riche et variée.

Página/12, qui a un faible pour cette ville sise sur les bords du Paraná et qui a donné de nombreux artistes au tango (entre autres), se fend aujourd'hui d'un article sur cette belle manifestation.

Pour en savoir plus :
lire la présentation de la Casa del Tango sur le site du Secrétariat municipal à la Culture
lire le communiqué municipal sur la manifestation.

La Fête nationale du théâtre s'épanouit à Mendoza [à l'affiche]


En cette semaine festive et patriotique avec son jeudi férié, pour l'anniversaire de la Révolution de Mai (1), Mendoza accueille depuis quelques jours le Festival national de Théâtre, créé initialement à Rosario.

Le ministère provincial de la Culture a décidé d'enrichir la programmation en offrant des activités et productions locales dans plusieurs villes au-delà des dates et des propositions de l'Instituto Nacional del Teatro.

Cliquez sur l'image pour lire le programme en haut résolution

Le prix de l'entrée générale est très modéré : seulement 70 pesos argentins par personne !

L'événement a droit à un article dans La Nación ce matin.

Pour en savoir plus :
lire l'article du gouvernement provincial sur les extensions programmatiques offertes par Mendoza.



(1) En Argentine comme dans de nombreux pays latins, l'Ascension est reportée au 7e dimanche de Pâques. En revanche, la date de l'Epiphanie a été maintenue au 6 janvier.

vendredi 19 mai 2017

Sévère diagnostic sur la détention en Argentine [Actu]

Comme toute la presse ou presque, ce matin, la une de Página/12 parle de la situation au Brésil
Mais la manchette de droite porte sur celle de Milagro Sala

Le groupe de travail de l'ONU sur la détention arbitraire vient de remettre un rapport préliminaires de douze pages, à l'issue d'une visite en Argentine, et le constat est assez sévère sur la justice pénale : abus de prison préventive notamment contre les membres de certains groupes sociaux bien déterminés, les pauvres, les indigènes, les homosexuels, les travestis et les transsexuels, les immigrés ainsi que les mineurs, notamment ceux âgés de moins de 16 ans (1). Par ailleurs, les procédures pénales rendent très difficile la levée d'écrou dans cette phase qui précède le procès et donc l'éventuelle condamnation.

La Prensa se contente de mettre l'info dans le bandeau de bas de page
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Le journal n'a pas encore publié son article en ligne

Le groupe de travail a accompagné son rapport d'une nouvelle demande de mise en liberté de Milagro Sala, une recommandation déjà exprimée l'année dernière par ce même groupe de travail au sein des instances onusiennes. En effet, la députée kirchneriste du Parlasur n'a pas pu bénéficier d'une immunité parlementaire telle qu'elle est pratiquée partout dans les Etats de droit. Il est vrai par ailleurs que son appartenance à un peuple originaire lui attribue dans les instances internationales un préjugé de victimisation raciste alors qu'il n'est pas du tout certain que ce soit bien ce type de ressort qui ait joué dans la décision de la justice provinciale de Jujuy de l'incarcérer et de l'inculper.

Le rapport souligne aussi le déséquilibre qui existe en Argentine entre les détenus en prison préventive et les condamnés : 60 % des prisonniers sont en effet derrière les barreaux en attente de leur jugement (2).

Clarín met lui aussi la photo de Milagro Sala, mais en bas,
le contraire de Página/12, son éternel adversaire dans le spectre idéologique

L'ONU avait envoyé une équipe de cinq observateurs internationaux, dont deux se sont fait ses porte-parole, un Béninois et une Létonnienne, qui ont donné hier une conférence de presse pour présenter leur rapport. Ils y dressent aussi un tableau catastrophique de la situation des prisons et des lieux de garde à vue (3) : conditions de vie indignes dans les établissements pénitentiaires, personnels non qualifiés dans les commissariats, violences policières un peu trop systématiques dès que les forces de l'ordre doivent réprimer (4) des manifestations, surtout si elles impliquent des représentants des peuples originaires, contrôles d'identité au faciès (contre les immigrés boliviens, péruviens et paraguayens, qui ont souvent des têtes amérindiennes...). Cette partie-là du rapport ne peut pas surprendre grand monde. Ces domaines restent des espaces de progrès démocratiques dans ce pays longtemps dominé par des pratiques politiques racistes et arbitraires.

Ce rapport préliminaire doit donner lieu à un second rapport, définitif celui-là, qui sera présenté devant le Conseil des Droits de l'homme de l'ONU (5) l'année prochaine.

Autre petit article de bas de page en une de La Nación (à gauche)
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En réponse à ce réquisitoire international qui n'est jamais agréable de voir paraître, le Gouvernement argentin a une nouvelle fois émis des recommandations pour faire accélérer les procédures pénales dans un pays où le code de procédure devait être revu de fond en comble, car c'est lui qui multiplie les possibilités de faire traîner les instructions.
Tandis que le Chef de l'Etat se trouve en visite officielle au Japon, après la Chine, les services de la Casa Rosada, dirigés temporairement par la vice-présidente, se sont contenté de prendre acte du rapport, d'exprimer leur accord avec leur contenu et d'afficher la volonté gouvernementale d'améliorer la situation grâce à la mise en œuvre du plan Justicia 2020 (6).

Au même moment, le Forum pour la Liberté et la Démocratie a lui aussi publié un rapport peu flatteur pour le gouvernement en place, faisant la liste de 150 atteintes aux droits de l'homme dans le pays, et le remet aujourd'hui au rapporteur pour l'Argentine auprès de la Cour inter-américaine des Droits de l'homme. Ce rapport compte 328 pages et il a été rédigé par un groupe où se mêlent des associations de victimes de la dictature, des syndicats et des formations politiques (d'opposition), qui se sont réunis en assemblées délibérantes les 28 et 29 avril derniers à Buenos Aires, Mendoza et Córdoba.

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 sur le rapport du Forum pour la Liberté et la Démocratie
lire l'article de La Nación sur le rapport du groupe de travail de l'ONU
lire l'article de La Nación sur la réaction très encourageante du gouvernement argentin (après tout, il y a bien des gouvernements dans cette situation qui nient la réalité et renvoie l'ONU à ses études)



(1) Mauricio Macri est favorable à une répression accrue contre la délinquance et la criminalité juvéniles, arguant du fait que certains agissements de ces adolescents ou même préadolescents ne peuvent bénéficier d'une excuse de minorité eu égard à l'endurcissement des auteurs et leur caractère récidiviste, que l'on entende ou non cet adjectif dans son sens strictement juridique
(2) Cela éclaire d'un jour particulier les décisions de justice qui ont appliqué la loi du "Jour compte double" (2 x 1), qui permettait jusqu'en 2001 une remise de peine à raison d'un jour sur deux, entre le premier jour de la troisième année de prison préventive et la condamnation définitive de l'intéressé (voir mon article du 4 mai 2017). Au grand scandale d'une majorité d'Argentins, cette loi vient d'être relancée par une récente décision de la Cour suprême sur une demande que lui avait adressée un criminel de la Dictature (de toute façon déjà sorti de prison). Le gouvernement avait dû faire voter en toute hâte une loi rectificative permettant d'exclure ces coupables de crime contre l'humanité du bénéfice des remises de peine.
(3) Même s'il existe des situations nettement pires sur le sous-continent !
(4) Elles considèrent rarement dans ces cas-là qu'elles ont pour rôle de garantir la sécurité des manifestants et des autres usagers de l'espace public comme ce devrait être le cas dans un Etat de droit de plus longue tradition.
(5) Depuis plusieurs années, la composition de ce Conseil est très contestée par de nombreuses ONG puisqu'on y a nommé des diplomates représentant des pays qui violent ouvertement les chartes fondamentales des Nations Unies par leur politique pénale, leur politique de non pluralité partisane et/ou syndicale, la condition faite aux femmes ou aux étrangers, la tolérance de formes d'esclavage sur leur territoire, l'intolérance religieuse et autres points de la Déclaration universelle des droits de l'homme.
(6) Le mandat actuel de Macri va jusqu'au 9 décembre 2019. 2020 est un chiffre rond. Ce sera aussi le bicentenaire de la mort du juriste Manuel Belgrano, l'un des fondateurs de l'Argentine indépendante, l'un des introducteurs dans le pays des droits de l'homme. Ce sera aussi l'année du deux cent-cinquantième anniversaire de sa naissance... Mauricio Macri ne fait plus mystère depuis plusieurs mois qu'il compte bien se présenter pour se succéder à lui-même.

Noelia Moncada et Raimundo Rosales invités de Jacqueline Sigaut dimanche [à l'affiche]



La chanteuse Noelia Moncada et le poète Raimundo Rosales (1) seront ce dimanche 21 mai 2017 les invités de Jacqueline Sigaut pour une soirée partagée à Circe Arte, une salle du quartier de Palermo, au nord de Buenos Aires.

Spectacle à 21h.
Il est conseillé de réserver auprès de la salle.

Comme d'habitude, les conditions de participation figurent sur le visuel.



(1) Raimundo Rosales fait partie des dix poètes et paroliers dont j'ai traduit des textes dans Deux cents ans après, le bicentenaire de l'Argentine à travers le patrimoine littéraire du tango, dont Solange Bazely lira en musique quelques uns à Nantes-Orvault, la semaine prochaine, au cours des Nuits Allumées.

jeudi 18 mai 2017

La Traversée des Andes au Museo de Bellas Artes Franklin Rawson de San Juan [à l'affiche]

Affiche de l'exposition

Jusqu'au 18 juin, à San Juan, dans le splendide musée provincial des Beaux Arts Franklin Rawson, se tient une passionnante exposition de peinture et d'objets historiques qui célèbre le bicentenaire de la Traversée des Andes par le général José de San Martín (1778-1850) et l'armée chilo-argentine qu'il a levée dans la province de Cuyo dont celle de San Juan faisait alors partie, en vue de libérer le Chili voisin du joug colonial espagnol.

L'exposition s'organise autour de trois pôles :
  • l'iconographie de San Martín, de l'armée des Andes et de quelques uns de ses commandants et leur évolution dans le temps, depuis les premières représentations jusqu'à nos jours, avec en particulier des œuvres à voir absolument des peintres Fidel Roíg Matóns et de Antonio Berni, mais aussi les grands classiques de l'imagerie argentine, dus au pinceau du peintre chilien Pedro Subercaseaux (dont les tableaux illustrent encore aujourd'hui tous les livres d'histoire et les manuels scolaires),
  • la cartographie des Andes, puisque cette expédition libératrice du Chili fut aussi l'occasion d'entamer un travail de relevé précis qui n'avait jamais été accompli pendant toute la période coloniale,
  • l'exposition d'objets ayant appartenu à San Martín : une parure de lit écarlate mais au style spartiate, des cornes à poudre et à boire, un nécessaire à mate portatif (le général était tout aussi amateur de cette boisson que tous ses compatriotes), une longue vue...



Une exposition à laquelle ont concouru de nombreux musées de tout le pays pour rassembler en un même lieu cinquante pièces particulièrement significatives.


L'année dernière, en août, j'ai eu la chance de visiter ce MPBA Franklin Rawson, guidée par l'un des conservateurs et accompagnée par le directeur de l'Alliance Française locale. J'en garde un souvenir ébloui, celui d'un des musées les plus modernes et les mieux organisés qu'il m'est été donné d'admirer en Argentine... Le bâtiment lui-même, de facture très contemporaine et très fonctionnel, veut le détour.

L'affiche du film le plus récent ne parle que de coucheries.
Quelle décadence !
Et pour un homme aussi pudique que San Martín, quel manque d'égard pour sa mémoire...

Ce soir, de 21h à 23h, le musée propose une projection cinématographique en souvenir du Passage des Andes : El Santo de la Espada, le film-culte sur San Martín, sorti en 1970 et réalisé par Leopoldo Torre Nilsson, avec, dans le premier rôle, le grand acteur et comédien Alfredo Alcón.
Le 8 juin à la même heure, le musée projettera Nuestra Tierra de Paz, un film de 1939 de Arturo S. Mom, toujours consacré à San Martín (interprété par Pedro Tocci)
Le 15 juin, ce cyclen baptisé El Cruce de los Andes – La Odisea, programme un autre long-métrage, beaucoup plus récent (1992) : El general y la fiebre, de Jorge Coscia (l'ancien Secrétaire d'Etat à la Culture, dans le gouvernement de Cristina Kirchner), où l'on voit San Martín revivre son passé depuis son lit de souffrance, en 1814, à Córdoba, où il se remettait d'une violente maladie qui l'avait saisi à Tucumán quelques mois auparavant. C'est Rubén Stella qui incarne le héros.

Ce vendredi soir se tiendra au Museo de Bellas Artes Franklin Rawson la Noche de los Museos, de 19h à 23h.

Pour en savoir plus :
consulter la page de l'exposition sur le site Internet du musée.

mercredi 17 mai 2017

Le road-movie docu du Bicentenaire sur TV Pública [à l'affiche]


Depuis le 5 avril, TV Pública diffuse tous les mercredis soirs un documentaire de reconstitution de la Traversée des Andes, dont l'Argentine et le Chili fêtent cette année le bicentenaire (voir mes articles sous le mot-clé Cruce).

Le documentaire est une coproduction internationale qui implique l'UNESCO, où l'ambassadeur argentin, Rodolfo Terragno, est un académicien de l'Instituto Nacional Sanmartiniano, passionné par le personnage du général San Martín, Google Argentina, qui a fourni les moyens de cartographie informatique, la Direction nationale des Droits de l'Homme (ministère de la Justice), la Direction de Droit International humanitaire (ministère de la Défense) et le groupe Télévision publique Argentine (ministère du système fédéral de médias et contenus publics). On peut regretter l'absence de participation chilienne. Après tout, l'affaire concerne aussi (rien qu'un peu) le Chili.

Photo du tournage (TV Pública)

Sous le titre Motivados por la Historia (motivés par l'histoire), la série se compose de huit épisodes de moyen métrage (25-30 minutes), bien faits à ce que j'ai pu en voir, autour d'un fil rouge : quatre jeunes gens de la région de Cuyo, représentant chacun l'une des provinces argentines protagonistes de cette traversée légendaire, Mendoza, San Juan, San Luis et La Rioja, accompagnés par un professeur d'histoire (éducation secondaire), lui-même écrivain et chargé de rédiger le journal de l'expédition. Au fur et à mesure qu'avance notre petit corps expéditionnaire, il plante à chaque étape importante de la Traversée une signalétique, les emblemas azules (symboles bleus) qui proclament que cette Route Sanmartinienne est un site culturel protégé par l'UNESCO en cas de conflit armé (1).

Photo du tournage

Au sein d'une équipe de tournage de 40 personnes, nos jeunes gens ont passé une bonne partie de leurs vacances d'été à crapahuter, à pied et à cheval, en février, à travers une chaîne montagneuse connue pour son caractère inhospitalier. Ils ont connu bien des difficultés physiques, entre chaleur du jour et froid de la nuit, raréfaction de l'oxygène en altitude et diverses menues blessures. Ils n'ont pas eu à engager le combat une fois arrivés au Chili, eux, au moins.

Les six premiers épisodes déjà diffusés à l'antenne sont disponibles en ligne, uniquement en VO (ni sous-titres ni doublage, accrochez-vous !). Ils ont de quoi vous en mettre plein les mirettes : splendeur des paysages grandioses et miracle de la technologie vidéo assistée. Les explications didactiques viennent en plus.

Photo du tournage

Google Street Views et Wikipedia sont partenaires de l'aventure et propose du contenu complémentaire tandis que l'Universidad Nacional de Cuyo, à Mendoza, a développé une appli, qui peut être téléchargée sur ordinateur fixe et appareils mobiles.

L'ouverture du premier épisode a été tourné à Paris, à l'UNESCO, et offre une courte interview de Rodolfo Terragno, dans son petit bureau qu'il a décoré de reproductions des célèbres lithographies que les batailles de Chacabuco (1817) et Maipú (1818) ont inspirées au peintre Théodore Géricault (resté à Paris mais emballé par ce qu'il lisait dans Le Constitutionnel et Le Journal des Débats) (2).
D'ici deux semaines, les deux épisodes restants seront eux aussi en ligne pour une forme de replay gratuit, à l'argentine, de la série au complet.

Pour en savoir plus :
consulter la page de l'émission sur le site Internet de TV Pública.



(1) Ce qui ne manque pas d'être un peu étrange à une époque où les deux pays frontaliers déploient tant d'efforts pour faire vivre les organisations internationales pacifiques que sont le Mercosur (côté économique) et l'UNASUR (côté politique), ce qui met fin à l'hostilité qui a existé entre eux mais qui est bel et bien dépassée aujourd'hui.
(2) En 1817, Le Journal des Débats était plutôt hostile aux "insurgents de l'Amérique australe", tandis que Le Constitutionnel, journal libéral, inscrit dans l'opposition à la politique de Louis XVIII, tenait un discours plus admiratif, plus proche de la presse britannique. Ces deux lithographies sont très connues en Amérique du Sud. Elles sont inconnues en France.