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jeudi 5 février 2026

Le cinéma et l’audiovisuel argentins contre la réforme du code du Travail [Actu]

"Un cri d'avertissement", dit le gros titre en jaune
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Les professionnels du cinéma et de l’audiovisuel se sont rendus hier au Congrès pour expliquer aux élus et à la presse le danger qu’encourent leurs secteurs respectifs, cinéma grand écran, télévision et radio publiques, puisqu’il est vrai que le diable se cache dans les détails. En l’occurrence, tel un bernard-l’hermite, le dit diable squatte deux petits articles de la grande et très dangereuse réforme du code du Travail par laquelle Javier Mileí et ses sbires veulent priver tous les travailleurs, salariés comme indépendants, des droits sociaux qu’ils ont laborieusement acquis depuis une centaine d’années.

Les deux articles dénoncés par les professionnels de l’audiovisuel suppriment certaines taxes qui servaient à financer leurs secteurs respectifs, l’INCAA pour le cinéma et les films télévisuels, Radio Nacional et Televisión Pública, menacées toutes les deux d’une privatisation imminente. Le produit des taxes restantes cesserait d’être affecté à ces secteurs mais constituerait une réserve de recettes que le gouvernement serait libre d’employer à son entière discrétion. Or, avant Mileí, l’INCAA, l’institut national du cinéma et des arts audiovisuels, avait pour mission essentielle de soutenir la production nationale ainsi que les grands événements cinématographiques du pays, dont le célèbre Festival Internacional del Cine de Mar del Plata, la plus importante rencontre du genre sur le continent sud-américain. Radio Nacional et Televisión Pública étaient, là encore avant Mileí, des acteurs essentiels pour faire vivre ces secteurs grâce à la commande publique et à la puissance de diffusion nationale et internationale (la chaîne culturelle et pédagogique Canal Encuentro avait ainsi pu signer, il y a quelques années, un accord de partenariat avec le groupe France Télévision et on a vu, notamment sur France 5, plusieurs documentaires issus de son catalogue).

Priver ces institutions de leur rôle dans le domaine, c’est réduire au chômage les professionnels du secteur et tous les travailleurs qui bénéficient de la création de postes induits autour de l’activité audiovisuelle stricto-sensu, réduire la capacité de production culturelle nationale et donc de soft-power pour le pays, réduire enfin l’attractivité touristique et économique induite, laquelle bénéficie au pays dans son ensemble ainsi qu’à ses différentes régions en particulier. Faire cela, c’est jouer perdant à coup sûr, ce qu’a toujours fait l’actuel gouvernement depuis la prise de fonction de Javier Mileí il y a un peu plus de deux ans, à l’image de ce que fait Donald Trump aux États-Unis, lui dont la politique de prétendue restauration de la grandeur nationale a les mêmes effets délétères sur le pays et son attractivité.

Les professionnels du secteur rassemblées hier seront-ils arrivés à se faire entendre ? Il faut l’espérer mais le contexte n’incite guère à l’optimisme.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 qui a fait de ce thème la Une de son supplément culturel quotidien, Cultura & Espectáculos.