 |
"Milei nous soutient avec 350000 dollars", dit le gros titre |
Un média espagnol créé et
dirigé par Pablo Iglesias, l’homme politique qui a longtemps
dirigé le mouvement Podemos, allié à un média hondurien,
Hondurasgate, vient de révéler l’existence de conversations
enregistrées entre un ancien président hondurien de droite,
condamné aux États-Unis
à 45 ans de prison pour trafic de drogue et gracié récemment par Donald Trump, au grand scandale des citoyens américains non-MAGA, et son
successeur, l’actuel président (de droite), Nasry Asfura, et sa
vice-présidente. Dans ces échanges à trois, il est question de
convaincre le gouvernement hondurien d’apporter sa participation à
une officine de désinformation, maquillée en agence de presse,
montée aux États-Unis,
où vit toujours l’ex-président gracié qui veut convaincre son
successeur et son équipe, et dirigée par un membre de
l’Administration Trump, organisation dont la mission est
« d’attaquer et d’extirper le cancer de la gauche du
Honduras et de toute l’Amérique latine », le tout avec une
participation financière conséquente de Javier Mileí déjà
acquise.
Nasry Asfura, qui est totalement
aligné sur Trump (comme l’est Mileí), a été élu il y a peu
dans des circonstances suspectes puisque la présidente en fonction à
l’époque, Xiomara Castro, personnalité de gauche, avait dénoncé
l’existence d’une ingérence états-unienne dans le processus
électoral, ce qui est un mécanisme connu et largement expérimenté
par les pays d’Amérique latine puisqu’il a été mis en place et
régulièrement activé par les États-Unis
sur tout le continent tout au long de la Guerre froide, souvent avec
succès (à une exception notoire et historique, l’Argentine, où
les manœuvres de l’Oncle Sam n’ont pas empêché la victoire
écrasante de Perón et son maintien au sommet de l’État de 1946 à
1952).
Dans ces conversations, issues de
Whatsapp, Signal (déjà impliqué dans le scandale de Pete Hegseth
s’exprimant par écrit dans une boucle dans laquelle un journaliste
avait été inclus) et Telegram, une application d’origine russe,
il est question :
- d’une opération d’influence
électorale déjà couronnée de succès au Chili avec la victoire il
y a quelques mois du pinochetiste Kast (et il est vrai que son
élection a beaucoup interrogé les observateurs à qui cela a
rappelé les opérations de Cambridge Analytica lors du vote du
Brexit et de la première compagne de Trump) ;
- d’une contribution de Milei à
hauteur de 350 000 dollars ;
- de manœuvres diverses et variées
pour nuire à la présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum, et au
président de la Colombie, Gustavo Petro, tous deux de gauche, contre
lesquels Trump n’a pas de mots assez durs ni de mesures assez
arbitraires pour les humilier et tenter de les discréditer ;
- de complots à venir contre Cuba
et le régime castriste, dont tout le monde se doute qu’il est la
prochaine cible de Trump maintenant qu’il en a, paraît-il, fini
avec la guerre en Iran (vu la défaite militaire qu’il a essuyé,
il ne fait guère de doute qu’il voudra se rattraper dans les
Caraïbes) ;
- d’apports financiers de
diverses personnalités juives en vue de soutenir Israël (ou
Netanyahy ?). Que ce soit le pays ou l’homme politique, il
s’agit du grand allié de Trump et de ses soutiens évangéliques
millénaristes en attente du Jugement Dernier et du retour du Christ
sur terre, des motifs politiques délirants dans lesquels Mileí
s’est lui-même glissé alors que les pays d’Amérique latine
sont traditionnellement assez proches de la cause palestinienne du
fait d’une longue et déplorable judéophobie qui remonte à
l’interdiction de séjour des juifs en terre espagnole depuis 1492,
une tradition qui a été suivie dans les colonies puis par ces pays
constitués jusque plusieurs décennies après leur indépendance (ce
à quoi l’Argentine d’aujourd’hui offre un contre-exemple
puisqu’elle abrite la plus importante population juive de tout le
sous-continent).
Le moins que l’on puisse dire
est que rien de tout cela ne sent très bon.
Le media de Pablo Iglesias,
Diario Red (entendez Quotidien Réseau, sans écarter le jeu de mot avec l'adjectif anglais red, rouge), et son associé hondurien
affirment avoir expertisé les enregistrements audio et être
certains de leur authenticité. Ils promettent d’ailleurs de les
mettre d’ici quelques jours à disposition de tout le monde pour
que tout expert puisse lui-même ou elle-même en faire l’examen
technique.
Ce qui est un peu curieux et
contradictoire et qui doit donc nous tenir en alerte, c’est que
l’on parle aujourd’hui en Argentine de l’arrestation et de
l’expulsion d’un citoyen russe, entré dans le pays avec un visa
de tourisme et que les autorités accusent d’avoir voulu diffuser
de la désinformation russe. Il a été arrêté à Lanús, dans la
banlieue populaire de Buenos Aires et exhibé devant la presse,
menotté et encadré par deux policiers dans la tradition obscène de
communication de la lutte contre le grand banditisme. Or Trump
soutient la politique et la désinformation russes. Pire, il propage
lui-même les mensonges russes à travers ses discours, ses
interviews, ses réseaux sociaux et il veille sur les intérêts de
la Russie ou probablement plutôt sur ceux de Poutine à travers ses
décisions diplomatiques. Et pas Trump tout seul, mais aussi JD.
Vance, Pete Hegseth, Monsieur Gendre et son acolyte, l’âme damnée
du beau-père, l’investisseur immobilier Witcoff.
Certes, ce ne serait pas la
première fois que la politique de Trump et de ses suiveurs
latino-américains serait contradictoire, incohérente et confuse.
Par ailleurs, cela ne pourrait-il pas relever d’un contre-feu à
ces révélations ?
Mileí se rend aux États-Unis
aujourd’hui, pour la quatrième fois de l’année. Il doit prendre
la parole mercredi prochain dans un colloque organisé en Californie
par un think-tank de droite, comme il le fait tous les ans depuis son
arrivée au pouvoir, à titre personnel (ce n’est pas un voyage
diplomatique).
© Denise Anne Clavilier
Pour aller plus loin :