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vendredi 8 avril 2011

Première critique de Deux cents ans après : un article de Solange Bazely dans Tout Tango d'avril [Disques et Livres]

C'est une très élogieuse critique de ma deuxième anthologie que Solange Bazely signe dans le numéro 72 du magazine trimestriel Tout Tango. Jugez-en par vous-même à la lecture du texte (ci-dessous). Pour tout vous dire, j'aime particulièrement le début, où elle attaque avec cette touche moqueuse (rea, dit-on à Buenos Aires) en disant qu'il faudrait m'inventer si je n'existais pas... Une phrase pareille, ça vaut tous les compliments de la terre, non ?

Sur la même page, vous trouverez également sa critique de la biographie de Piazzolla, publiée tout aussi récemment par la journaliste Emmanuelle Honorin.


Pour ceux qui ne connaîtrait pas encore ce très bon magazine animé par des journalistes bénévoles qui font un excellent travail de diffusion culturelle autour du tango, dont ils savent, c'est assez rare pour être souligné, dépasser la seule dimension chorégraphique, vous pouvez la découvrir à travers son site, à travers sa newsletter gratuite à laquelle vous pouvez vous abonner, et dans un certain nombre de librairies en France et ailleurs qui ont l'originalité de la diffuser sous sa format papier. Et s'il n'y en a pas près de chez vous, prenez votre bâton de pèlerin et présentez-la au libraire dont vous fréquentez habituellement la caverne d'Ali Baba. Autre solution, abonnez-vous (il y a quatre numéros par an et ça vaut le coup).

Sommaire de Deux cents ans après, le Bicentenaire de l'Argentine à travers le patrimoine littéraire du tango.
Cliquez sur l'image pour pouvoir lire le contenu

Le site de Tout Tango se trouve en lien permanent sur ce blog, dans la Colonne de droite, dans la rubrique Eh bien, dansez maintenant !, dans la partie inférieure de la Colonne, avec tous les liens vers des sites externes.

vendredi 11 février 2011

Une liste d'écoute pour Deux cents ans après [Disques & Livres]

Capture d'écran (image inerte)

Sur ma page Myspace, vous disposez depuis quelques jours d'une liste d'écoute intitulée Deux cents ans après et qui reprend, en version audio, une trentaine de titres que j'ai traduits dans ma seconde anthologie bilingue, centrée sur le répertoire récent du tango et du rock, sur les 50 dernières années, et publiée à la fin du mois de janvier par Tarabuste Editions, dans la revue Triages dont elle constitue le Supplément 2010.

Parmi les morceaux à découvrir, deux oeuvres de l'auteur-compositeur-interprète Alorsa (La Guardia Hereje), le seul d'entre les auteurs rassemblés dans ce volume à nous avoir déjà quittés : les deux morceaux sont Ezeiza, qui ouvre mon anthologie, et La Pesadilla.

Vous pourrez aussi écouter d'autres morceaux : de la poète et chanteuse Marcela Bublik, de Verónica Bellini, la pianiste, compositrice et parolière du groupe China Cruel, de La Biyuya (Marina Baigorria et Pablo Dichiera), des poètes Horacio Ferrer, Héctor Negro et Luis Alposta, les trois dont il s'avère le plus difficile de trouver quelque chose sur le réseau Myspace, d'abord parce qu'ils n'en sont pas membres eux-mêmes et ensuite parce que rares sont les musiciens qui sélectionnent des pièces de leur plume pour montrer leur talent, alors même qu'ils les chantent en studio et sur scène ! Des tangos et milongas des poètes de la génération suivante, Raimundo Rosales et Alejandro Szwarcman, intègrent également cette liste.
Sans oublier que deux standards de Litto Nebbia, auteur-compositeur-interprète essentiel du rock argentin, dont l'un est interprété ici par Lucila Juárez, la fille de Rubén Juárez, grand bonhomme qui nous a lui aussi quittés l'année dernière.

Dans cette liste d'écoute, à consulter avec le livre en main ou avant d'acheter le livre (histoire de savoir un peu de quoi il peut s'agir), j'ai aussi intégré trois versions différentes de La Balsa, le grand succès fondateur du rock à texte d'expression hispanique qui a consacré Litto Nebbia alors qu'il n'avait pas encore 20 ans et qu'il n'avait pas entamé la carrière de soliste qui en a fait le monstre sacré qu'il est devenu aujourd'hui en Argentine et dans toute l'Amérique du Sud. Un must qu'il faut impérativement connaître, même si ce n'est pas du tango et même si, en l'occurence, La Balsa est chantée par d'autres interprètes que son papa.

Petit tour du côté des interprètes de la liste :
Cecilia Bonardi, avec son groupe Pulso Ciudadano, chante Preludio para el año 3001, un Piazzolla-Ferrer qui fait partie de ces perles si difficiles à trouver sur Myspace alors qu'il fait partie des 10 morceaux du duo les plus fréquemment interprétés (les autres letras de Horacio Ferrer contenues dans le recueil Deux cents ans après sont plus rares à trouver sur disque),
Viviana Scarlassa et China Cruel pour les cinq oeuvres de Verónica Bellini qui figurent dans cette nouvelle anthologie pour représenter cet ensemble traditionnel mais féminin,
Patricia Barone pour le plus connu des tangos de Alejandro Szwarcman, Pompeya no olvida (Pompeya n'oublie pas), sur une musique de son mari, le guitariste Javier González, qui m'a autorisée à publier à titre d'illustration deux extraits de partitions originales -qu'il en soit remercié ici...
la Maestra Beba Pugliese jouant Chicharrita, le tango qu'elle a composé en hommage à son père, Don Osvaldo Pugliese, sur un texte très ajusté et pourtant totalement fantaisiste du Maestro Horacio Ferrer : ce sont les deux que vous pouvez entendre, Beba Pugliese au piano et Horacio Ferrer dans un mélange de récitation et de chant qui n'appartient qu'à lui (l'autre version enregistrée de ce tango que je connaisse est une version instrumentale qui appartient à un album de Beba Pugliese).
Marina Baigorria pour Buenosairece et El Negro, deux tangos issus du troisième disque du groupe La Biyuya, dont je voulais à tout prix qu'ils participent de cette aventure bibliographique.

Je vous les laisse découvrir tous, ceux que j'ai pu nommer et ceux dont je n'ai pas cité encore le nom. Au reste, cette liste a vocation à s'enrichir. Cet article ne saurait donc être exhaustif.

Dans cette liste d'écoute, j'ai aussi disposé -quel luxe, me direz-vous- deux versions différentes de Soy (c'est moi ou je suis), le magnifique tango écrit par Marcela Bublik sur le drame des enfants disparus sous la dictature et recherchés depuis trente ans par Abuelas de Plaza de Mayo. Une de ces deux versions appartient à la page Myspace de Marcela elle-même, l'autre, celle du concours Tango x la Identidad, appartient à la page Myspace de l'ONG Abuelas (Marcela Bublik a remporé ce concours avec ce texte de tango). Elle a été enregistré au festival Tango por la Identidad de Abuelas de Plaza de Mayo, en public, le 1er décembre 2004 (le jour même de l'anniversaire de la poète) au Teatro Nacional Cervantes. C'est Ana María Cores, qui chante, accompagnée par la Orquesta Nacional Juan de Dios Filiberto.


Sur ce même thème dramatique de la recherche des enfants volés par la Dictature, il y a dans Deux cents ans après, le Bicentenaire de l'Argentine à travers le patrimoine littéraire du tango, deux autres oeuvres, l'une de Raimundo Rosales, l'autre de Alejandro Szwarcman, déjà citée. A eux trois, ils représentent en effet dans ce recueil cette génération née dans les années 50 et 60 et dont la Dictature a empoisonné les premières années de vie adulte... Tous les trois ont pratiquement l'âge des parents disparus.

Tout au long du livre, j'ai choisi ainsi d'éclairer certains thèmes historiques ou certains thèmes universels en en donnant la vision jamais redondante de plusieurs poètes différents. Ainsi la plaie de la corruption est-elle exposée par Alorsa dans sa parabole parlée Te morfaste las facturas (tu t'es boulotté les viennoiseries) et dans le tango (plus ancien) de Luis Alposta, De todo y para dos (de tout et pour deux), qui est ici chanté par Daniel Melingo, qui est l'auteur de la musique.

De Daniel Melingo, Deux cents ans après (le livre, couverture ci-contre) présente deux morceaux qui feront partie du prochain disque, qu'il a déjà présenté à Buenos Aires durant le festival d'août 2010 en faisant dument applaudir Luis Alposta, assis au parterre, un disque qui n'a pas encore trouvé son label définitif, qui sortira donc peut-être d'abord à Buenos Aires, peut-être d'abord à Paris. Qui vivra verra.

Le mardi 15 février 2011, à 20h, à l'Espace Tango Negro, aura lieu la première présentation du livre à Paris (71 rue Rochechouart, Paris 9, M° Anvers). Sur cette conférence, voir mon article du 5 février 2011.

Pour aller écouter la liste, cliquez sur le lien.
Pour accéder à l'ensemble de ma Page Myspace, cliquez sur le lien.
Pour connaître ou découvrir les artistes de l'anthologie, vous pouvez cliquer sur leur raccourci dans la rubirque Vecinos del Barrio, dans la partie haute de la Colonne de droite. Ces raccourcis vous ouvriront les ensembles d'articles que je leur ai déjà consacrés dans Barrio de Tango, ce blog.
Pour en savoir un peu plus sur Deux cents ans après, vous pouvez cliquer sur le mot-clé Ant Triages dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, sous lequel j'ai rassemblé l'ensemble des notes qui la concerne dans ce blog.

mercredi 26 janvier 2011

Deux cents ans après : sortie du Supplément 2010 de Triages ! [Disques & Livres]

Vous allez trouver que je parle décidément beaucoup de moi et de mes activités en ce moment sur ce blog, consacré d'ordinaire davantage à l'actualité des autres, essentiellement des artistes qui vivent et tirent le diable par la queue dans le Cône Sud...

Il y a des périodes comme ça où tout arrive en même temps. C'est le cas pour moi en ce début d'année qui démarre sur les chapeaux de roue avec beaucoup de projets de toute sorte : conférences, lancement de mes Rendez-Vous littéraires Tangos d'hier et d'aujourd'hui (voir mon article du 24 janvier 2011 à ce sujet), de ma page Myspace et de ma page Viadeo, préparation d'un troisième livre et enfin, sortie aujourd'hui même du deuxième d'entre eux, qui est une nouvelle anthologie bilingue (le troisième ouvrage sera d'une autre nature).

Une nouvelle sélection de poèmes, textes et chansons de Buenos Aires, sur la majeure partie du contenu de laquelle j'ai travaillé tout au long de l'année 2009 et qui répond à une invitation que m'avait adressée les Editions Tarabuste en mars 2008, lorsqu'à la suite de la réception d'un manuscrit, publié depuis ailleurs, l'équipe de la très belle revue culturelle Triages avait été enthousiasmée par la richesse de ce patrimoine littéraire méconnu en France et en Europe, celui du Río de la Plata et de ses classes populaires.

Couverture de Deux cents ans après. Cliquez sur l'image pour l'obtenir dans une meilleurs résolution.

Dans Deux cents ans après, le Bicentenaire de l'Argentine à travers le patrimoine littéraire du tango, j'ai rassemblé 106 poèmes, textes en prose et chansons, de tango et de rock (dit rock nacional, parce qu'il est d'inspiration argentine et de langue hispanique), datant tous des 50 dernières années, ce qui, en France, est peu fréquent (c'est un euphémisme). J'ai voulu cette fois-ci ne présenter que 10 auteurs, pour les faire connaître d'une manière qui ne soit pas trop superficielle.

Alorsa, chantant Ezeiza, le candombe qui ouvre Deux cents ans après.
L'enregistrement a été réalisé à La Plata, au Tango Criollo Club qu'il animait, en 2007.

Ces dix auteurs sont donc Alorsa, qui fut, comme vous le savez, l'un de mes très chers amis et qui est le seul d'entre ces dix à nous avoir déjà quittés alors qu'il comptait parmi les plus jeunes des poètes retenus pour cette anthologie, Luis Alposta, Verónica Bellini, la pianiste et compositrice qui dirige le groupe féminin China Cruel, Raimundo Rosales, Horacio Ferrer, La Biyuya (un quintette de tango contemporain, représenté par le guitariste et compositeur Pablo Dichiera et la chanteuse et compositrice Marina Baigorria), Litto Nebbia, dont les fidèles lecteurs de Barrio de Tango savent qu'il est à la fois un musicien majeur du rock argentin (et de tous les autres genres) et un producteur discographique indépendant au très impressionant catalogue (Melopea Discos), Héctor Negro, Marcela Bublik et Alejandro Szwarcman.

Et si leurs noms sont présentés dans le paragraphe précédent sous la forme d'un hyperlien, c'est parce que j'ai déjà beaucoup écrit sur chacun d'entre eux dans les colonnes de ce blog. Cliquez sur le lien pour accéder à ces sélections d'articles sur leur compte.

La couverture est illustrée d'une photo de Alorsa sur scène, avec derrière lui cet immense visage de l'idole (vous aurez reconnu Maradona), une photo que m'ont offerte ses parents pour ce livre. Qu'ils en soient remerciés. Leur fils méritait bien de représenter cette Argentine contemporaine à la vie artistique si dynamique... Un hommage à l'artiste et à l'ami disparu, dont l'absence nous est toujours si douloureuse à accepter.

L'ouvrage fait 140 pages au format A4 (21x28 cm), il est illustré de quelques photos, dont quelques portraits que j'ai moi-même réalisés (et dont j'ai la faiblesse de ne pas être mécontente) et de partitions dont le droit de reproduction m'a été gracieusement accordé par les compositeurs Marcelo Saraceni (chapitre de Raimundo Rosales) et Javier González (chapitre de Alejandro Szwarcman). Il est vendu au prix de 20 € (comptez 3 € supplémentaires pour les frais d'envoi par la Poste, le livre étant à commander auprès de l'éditeur, Revue Triages, Tarabuste Editions, rue du Fort, 36170 St-Benoît-du-Sault, France, eu égard au très petit nombre de librairies qui diffusent les revues littéraires. Mais vous pouvez toujours en parler à votre libraire, les yeux dans les yeux...).

Patricia Barone interprétant Pompeya no olvida,
accompagnée par la Gran Orquesta del Tango de la Ciudad de Buenos Aires

Ce recueil répond au cahier des charges de la revue, sa conception n'est donc pas sortie tout armée de mon crâne, comme cela s'est passé pour ma première anthologie, où j'avais laissé libre court à mes idées originales, à la limite du bizarre (mais qui plaisent beaucoup aux lecteurs, d'après ce que j'entends sur les salons, dans les librairies et à l'issue de mes causeries). Dans Deux cents ans après, vous trouverez moins de notes en bas de page que dans Barrio de Tango. Quant aux commentaires de contextualisation, vous irez les chercher en fin de volume, où se trouvent aussi deux schémas géographiques vous permettant de vous repérer dans les quartiers de Buenos Aires et les districts du Gran Buenos Aires, une chronologie de l'histoire de l'Argentine, un glossaire pour éclairer les quelques mots dont le caractère typique méritait qu'on s'y arrête un peu. Il n'y a pas de redites entre les deux anthologies. Il n'y en a pas non plus avec les 11 poèmes et letras de Horacio Ferrer que j'avais traduits et présentés dans cette même revue Triages, dans un cahier de 15 pages inclus dans le n° 20 de la revue, paru en juin 2008 (et toujours disponible chez l'éditeur). Les contraintes de la revue ont pesé sur le choix des poèmes et chansons puisque j'ai évité les textes trop riches en allusions locales, qui m'auraient obligée à multiplier les notes explicatives. Et pour tout vous avouer, je me suis bien torturé les méninges pour atteindre un tel objectif en m'attaquant à l'oeuvre de poètes comme Alorsa et Horacio Ferrer. Le problème était gentiment corsé aussi lorsqu'il s'est agi de Luis Alposta et de Héctor Negro... Ceci posé, bon an mal an, le soutien que le Conseil National du Livre apporte à cette publication semblerait indiquer que je ne me suis pas complètement loupée dans cet exercice d'équilibriste.

Tu muñequito verde, interprété par China Cruel, au Teatro Alvear
le 14 août 2008 (j'avais la chance d'être alors dans la salle)

A vous d'en juger par vous-même et de découvrir cette autre époque artistique et littéraire argentine encore inédite dans notre zone géo-linguistique. Elle aussi vaut le coup, tout comme le répertoire désormais traditionnel du tango des années 20, 30 et 40, beaucoup plus présent dans la discographie et sur les pistes de danse européennes. C'est parce qu'elle présente un véritable intérêt que je l'intégrerai dans les Rendez-Vous littéraires Tangos d'hier et d'aujourd'hui que j'animerai à partir du 5 février prochain, les samedis après-midi, à l'Académie Esprit Tango (voir mon article sur le lancement de ces Rendez-Vous).

La Balsa, chantée par Litto Nebbia, Fito Páez et d'autres grands du rock nacional
au concert du Bicentenaire, 2010, Plaza de la República

Deux cents ans après sera présenté à Paris (1) le mardi 15 février, à 20h, à l'Espace Tango Negro, 71 rue Rochechouart, à Paris dans le 9ème arrondissement. Ma causerie sera suivie du traditionnel verre de l'amitié qui conclut toutes les manifestations organisées dans ce lieu bien porteño en contrebas de la colline montmartroise, par Juan Carlos Cáceres et Alicia Zadán, son épouse. Un grand merci à eux deux pour leur amitié et leur hospitalité.

(1) Cette manifestation fera l'objet d'une annonce en bonne et due forme d'ici quelques jours, le temps de réaliser l'affiche !

mardi 7 décembre 2010

Reprise de l'actualité sur Barrio de Tango après une pause pré-publication [Disques & Livres]

Ces deux derniers jours, vous avez pu constater que je n'ai rien publié. C'était normal. J'étais occupée à l'ultime et pointilleuse relecture des épreuves de ma prochaine anthologie bilingue de musique populaire du Río de la Plata, un volume de 139 pages qui sera mis sous presse dans les quelques heures qui viennent et qui doit donc paraître avant la fin de cette année 2010 (1). Cette relecture m'aura occupée une bonne partie du week-end et de la journée d'hier, lundi.

Le recueil en question présentera 10 auteurs actuels dont j'ai déjà eu l'occasion de parler dans ce blog : Alorsa (1970-2009), Marina Baigorria et Pablo Dichiera, tous deux musiciens du groupe La Biyuya (je les compte pour un parce que leurs chansons n'appartiennent pour l'heure qu'au répertoire de leur groupe), Verónica Bellini, qui assure la direction musicale du quintette féminin China Cruel, la poète et chanteuse Marcela Bublik, le poète Raimundo Rosales, le poète et compositeur Alejandro Szwarcman, l'auteur-compositeur-interprète Litto Nebbia, le poète, essayiste et médecin Luis Alposta, le poète Héctor Negro et le poète, essayiste et fondateur institutionnel qu'est Horacio Ferrer (2). Pour mieux connaître chacun d'entre eux, vous pouvez accéder à l'ensemble des articles que j'ai consacrés à chacun en cliquant sur leur nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus, ou dans la rubrique Vecinos del Barrio, dans la partie haute de la Colonne de droite (3).

J'ai fait pour chacun un choix d'un petit nombre de textes, rarement plus de 10, la revue ne pouvant pas dépasser le format des 150 pages (4). Assez néanmoins pour vous donner une idée raisonnable de ce qu'est l'univers de chacun de ces artistes, pour beaucoup d'entre eux très mal connus et même pour certains, hélas, strictement inconnus dans la zone francophone. Il était donc bien temps de rattraper cette injustice car la culture populaire de cette région du monde recèle de véritables joyaux, qui seront donc à découvrir dans ce nouveau numéro de la revue Triages, où j'ai pris pour fil conducteur la description d'une Argentine d'aujourd'hui, avec son épaisseur historique, en cette année où le pays célèbre les 200 ans de son indépendance, ou plutôt de sa révolution libérale, qui a éclaté le 25 mai 1810 (sur les manifestations qui ont marqué cet anniversaire, voir mes articles rassemblés dans ce blog sous le mot-clé Bicentenaire, dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus, ou dans la rubrique Petites chronologies, dans la partie haute de la Colonne de droite).

D'autres articles viendront compléter cette toute première annonce dans les semaines prochaines, au fur et à mesure que le tirage se constituera chez l'éditeur, qui est aussi l'imprimeur de la revue, une très belle revue, de grand format (A4), tirée sur un très beau papier épais d'une élégante couleur crème. Un bel objet en même temps qu'un vrai livre. Bref, le truc de saison autant que l'ouvrage intemporel qui peut s'acheter aussi en dehors des périodes de fête.

(1) aux Editions Tarabuste, dans la revue Triages. Comptez un prix de 30 € pièce. Pour tout renseignement : Editions Tarabuste, Revue Triages, rue du Fort, 36170 Saint Benoît du Sault, France. Vous pouvez aussi passer très simplement commande à votre libraire, en lui donnant les coordonnées de la maison d'édition et de la revue (précisez-lui qu'il s'agit de son supplément 2010)... et le nom de l'auteur (Denise Anne Clavilier). Sinon, comment voulez-vous qu'il s'y retrouve, votre libraire !
(2) Ce sera le troisième volume où je publie des traductions de ce poète prolifique : en juin 2008, il a déjà eu un hommage dans Triages (le numéro 20 de la revue, toujours disponible), sous la forme d'un cahier de 15 pages, inclus dans le numéro ordinaire de l'été, avec 11 de ses letras et poèmes traduits en français à l'occasion de ses 75 ans, le 2 juin 2008. Et il fait bien sûr partie aussi des 97 auteurs rassemblés dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, le livre que j'ai publié en mai de cette année aux Editions du Jasmin (Clichy, 92, France) et que France Musique vient recommander pour la deuxième fois dans la chronique tango de Jean-Louis Mingalon (Etonnez-moi Benoît, du 27 novembre 2010). Chacune de ces trois publications présentent des textes différents. Je ne me suis jamais répété. Il en va de même pour Héctor Negro, Luis Alposta, Alejandro Szwarcman, Litto Nebbia et Alorsa qui appartiennent déjà aussi à Barrio de Tango, avec d'autres morceaux. Aussi les publications sont-elles complémentaires et non pas concurrentes. Et il en ira de même des livres en chantier pour les deux ou trois ans qui viennent.
(3) Pour Marina Baigorria et Pablo Dichiera, cliquez sur La Biyuya. Pour Verónica Bellini, cliquez sur China Cruel. J'enfonce des portes ouvertes car vous aviez déjà compris.
(4) Contrairement à Barrio de Tango, qui est un recueil que j'avais moi-même intégralement conçu avant de le présenter à un éditeur qui l'a publié tel quel (à quelques détails près), cette nouvelle anthologie paraît à la suite d'une commande que m'ont passée en mars 2008 les Editions Tarabuste en me confiant, et je l'ai reçu comme un grand honneur, l'intégralité d'un des numéros de la revue Triages. Or une revue a ses propres règles, qui s'imposent donc à l'auteur (ou aux auteurs) sous forme de contraintes, très agaçantes par moment mais qui s'avèrent en fait être une très bonne chose : en empêchant de répéter un modèle déjà utilisé, ces contraintes de forme favorisent l'élaboration d'un livre différent, dans la forme et sur le fond, dans un monde culturel dominé par des décideurs qui aiment bien répéter ce qui a déjà bien marché. Ce qui fait qu'on demande aux réalisateurs, aux romanciers, aux essayistes, aux animateurs radio et télé, aux compositeurs, aux chorégraphes de ne jamais sortir de ce qu'ils ont déjà fait et dont on a pu constater que ça marche bien. Comme ça, tous ces beaux messieurs-dames sont bien certains qu'il n'y aura pas de place pour l'originalité... Voir à ce sujet l'article au vitriol que le magazine français Télérama du 1er décembre, cette semaine, consacre au rôle grandissant du marketing dans l'univers de l'édition.

jeudi 1 avril 2010

Le pont du Bicentenaire [Coutumes]

Alors que commence aujourd'hui le long week-end de Semaine Sainte (en Argentine, les Jeudi et Vendredi Saints sont fériés, c'est un vrai chassé-croisé sur les routes et tout le monde reprend le travail lundi), le Gouvernement vient d'annoncer que le lundi 24 mai sera un jour férié dans tout le pays.

Rien à voir avec le lundi de Pentecôte qui, s'il est férié en France, en Belgique et dans certains cantons suisses, n'existe pas en Argentine (pas plus qu'en Espagne). Non, le 24 mai, il s'agit de faire le pont avec la fête nationale, qui sera aussi cette année celle du bicentenaire, le 25 mai, où les Argentins célébreront la toute première déclaration d'indépendance de leur pays, lorsque la colonie a voulu se séparer de l'Espagne qui venait de tomber sous la coupe de Napoléon, lequel avait installé sur le trône de l'Escurial son frère, Joseph, l'usurpateur que les Espagnols surnommèrent bien vite Pepe Borracho, à cause de son penchant pour la bouteille (Pepe l'Ivrogne). Cette déclaration était une initiative d'une certaine frange de l'aristocratie de Buenos Aires, le 25 mai 1810, dans l'enceinte du Cabildo, qui était jusqu'alors le siège de la vie politique régionale, la résidence officielle du Vice Roi.

Les célébrations de ce Bicentenaire se préparent donc en ce moment. Les Argentins vivent toujours dans l'improvisation par rapport à notre propre relation au temps. On a donc appris mardi, de la bouche de la Présidente Cristina Fernández de Kirchner, en visite à Luján, que ce ne serait pas l'archevêque de Buenos Aires, le Cardinal Jorge Bergoglio, sj, qui présiderait le Te Deum du 25 mai prochain (il passe pour un adepte de la droite et du coup, la Présidente et lui maintiennent entre eux des relations assez fraîches) mais l'évêque de Luján-Mercedes (Province de Buenos Aires), Monseigneur Agustín Radrizzani, réputé plus proche de la gauche péroniste actuellement au pouvoir.

Le Te Deum de cette Fête Nationale tout à fait particulière sera célébré dans la Basilique de Luján et non à la Cathédrale Métropolitaine, située sur Plaza de Mayo à Buenos Aires, comme on s'y serait attendu et comme l'aurait voulu, paraît-il, Néstor Kirchner, le mari de la Présidente et ex-président lui-même. La raison officielle et symbolique en est simple, la Vierge de Luján est la sainte Patronne de l'Argentine (et en plus, a dit le Chef de l'Etat, sa mère et sa soeur en seraient des fidèles adoratrices). Il est vrai aussi que, depuis l'arrivée au pouvoir des Kirchner, le Président puis la Présidente se sont arrangés pour décentraliser presque tous les ans le Te Deum du 25 mai et éviter ainsi le contact avec le cardinal jésuite (1).


Fileteado représentant la Vierge de Luján par le fileteador Carlos Carboni
(un cadeau du peintre à Luis Alposta en 1984,
et que Luis Alposta a sous les yeux lorsqu'il travaille à son bureau, chez lui)

A mon retour de Buenos Aires, je vous avais fait un petit retour sur images sur une excursion que je devais à la gentillesse de Luis Alposta, de son épouse et de leur fille, qui m'ont fait visiter Luján avec un petit crochet par Tigre sur le retour vers la capitale. En marchant à travers la ville et en visitant la basilique, je ne pouvais pas ne pas penser à Virgencita criolla (Sainte Vierge de chez nous), cette très jolie chanson écrite par Luis et dont je vous donne ci-dessous les premiers vers (avec traduction, comme d'habitude)...

Et si vous voulez voir un peu à quoi ressemble cette petite citée, où la naissance du poète Enrique Cadícamo avait été déclarée le 15 juillet 1900 (2), vous pouvez cliquer sur le lien vers cette Promenade au bord de l'eau, publiée le 27 septembre dernier.

¡Hay fiesta de kermese
y es por la Virgencita
que en procesión se mece!

Es una Virgencita
de corona polenta
y cuatro pingos bayos
le van abriendo senda.

Virgencita Criolla, Luis Alposta (musique de Juan Tata Cedrón)

C'est la fête, la kermesse
la fête pour la Sainte Vierge
qui en procession est bercée !

C'est une Sainte Vierge
à couronne safran
et quatre canassons bais
vont lui ouvrant le chemin.

(Traduction Denise Anne Clavilier)

Pour en savoir plus sur les préparatifs de ce Te Deum 2010 :
lire l'article de ce jour sur le site Página/12
lire l'article du 30 mars sur le site de Clarín
Si vous lisez les articles d'hier sur le site La Nación et d'avant-hier sur celui de Crítica de la Argentina, vous aurez en prime l'anecdote racontant quel signe (à tomber par terre, c'est le cas de le dire !) la Vierge aurait envoyé à la Présidente pour qu'elle désigne Luján comme lieu du Te Deum du Bicentenaire. On pourrait croire à un poisson d'avril. Mais ce n'en est pas un : les articles sont tous datés de mars !


(1) Pourtant la Compagnie de Jésus a un long et glorieux passé en Argentine où elle a constamment mené une pastorale d'adaptation des pratiques chrétiennes, tant liturgiques que sociales, à la réalité sociologique et culturelle du pays. Il en reste de nombreux témoignages à Buenos Aires, à commencer par la Manzana de las Luces, aujourd'hui grand centre culturel au cœur de la capitale et autrefois maison-mère de la Compagnie pour ce qui est aujourd'hui le Paraguay, l'Argentine et l'Uruguay. Et l'Université du Sauveur, fondée et tenue par la Compagnie, est un autre de ces témoignages de cette action de développement culturel, intellectuel et économique menée par les jésuites dans la région (dont ils furent chassés pour cette raison à plusieurs reprises). Voir mon article du 23 septembre 2009 sur la réception comme docteur Honoris Causa de Horacio Ferrer à la Universitad del Salvador.
(2) Enrique Cadícamo est né à General Rodríguez, à quelques kilomètres de Luján, mais il n'y avait d'état-civil alors dans ce qui n'était encore qu'un hameau rural. Son père, Angel, alla donc déclarer son dixième enfant dans la bourgade la plus proche, qui était Luján. Son statut de sanctuaire marial pour tout le sud de l'Amérique du Sud et de sanctuaire national en a fait aujourd'hui une vraie petite ville et un centre d'attraction de tout le voisinage pour les loisirs du dimanche.

jeudi 24 décembre 2009

Les vacances d'été commencent pour Barrio de Tango aussi

Comme l'année dernière, le rythme de parution des articles va ralentir sur ce blog pendant les deux mois qui s'annoncent. D'abord parce que ce sont les vacances d'été dans l'hémisphère sud et que l'actualité va marquer le pas. La plupart des centres culturels et des théâtres à Buenos Aires sont fermés. Il ne reste plus guère que les établissements pour touristes et vous savez déjà qu'ils ne m'intéressent pas vraiment. Les spectacles qu'ils présentent, outre qu'ils sont très chers, ne sont pas le sommet de l'authenticité en matière de tango. Ce qui ne veut pas dire qu'ils soient entièrement mauvais, mais tout simplement qu'il y a beaucoup mieux à voir et à vivre en matière de culture dans la capitale argentine (essayez donc Clásica y Moderna, café et librairie tout ensemble, sur l'avenue Callao 892, à la Recoleta).

Ensuite parce que, comme l'année dernière, je vais mettre à profit ces deux mois pour avancer un livre qui devrait paraître dans le cours du premier semestre 2010, après un premier dont il faudra relire les dernières épreuves d'ici peu. Dans l'un et l'autre, j'aurai l'occasion de rendre au poète et musicien Alorsa, qui fut mon ami et qui nous manque tant depuis qu'il nous a quittés fin août, l'hommage qu'il mérite et que je viens d'annoncer par téléphone à sa maman qui prépare le dîner de Nochebuena en ce moment, dans leur petite maison de La Plata.

Photo Marcelo Carroll pour Clarín
(en arrière-plan, le M d'un marchand de hamburgers à l'angle sud Corrientes y 9 de Julio,
là où se trouvait le Café El Nacional, celui où Pugliese a joué pendant toutes les années 40 avec son grand orchestre).


Cependant, vous ne serez pas tout à fait sans rien à lire sur la toile pendant tout ce temps. D'abord parce qu'il y aura tout de même quelques articles (il m'en reste au moins un en retard : une conférence de Gabriel Soria sur Canaro au Japon, donnée le 3 décembre !) et ensuite parce que le partenariat avec Gisela Passi et Rodrigo Rufino, ici, en France, va s'intensifier : à compter du mois de janvier 2010, vous pourrez lire sur leur site (dont le lien est dans la rubrique Eh bien ! dansez maintenant, dans la Colonne de droite) un certain nombre de tangos du répertoire, du répertoire qui alimente les milongas (années 20, 30 et 40 essentiellement), en version bilingue avec des traductions exclusives en français, et nous éditerons également, comme une sorte de feuilleton, une petite initiation à l'univers culturel du tango.
Ce partenariat entre Barrio de Tango (ou plutôt son éditrice-rédactrice) et Rodrigo et Gisela a pour objectif d'aider leurs élèves à mieux comprendre ce qu'ils dansent sans trop empiéter sur le temps des cours eux-mêmes. Parce que ça, les danseurs n'aiment pas. Le temps du cours est sacré et il est fait pour danser. Alors dansons...
Bon été ou bon hiver à tous.
Et joyeux Noël avec ce drôle de sapin (árbol de Navidad) dressé au pied de l'Obélisque, à Buenos Aires.

mardi 24 novembre 2009

Clase 70 : Millésime 70 ou l’enfance et la jeunesse racontées par Alorsa [Disques & Livres]

Alorsa (col ouvert) et Cucuza (cravate verte) à El Faro, en août 2008 (1er anniversaire du cycle El Tango vuelve al Barrio).
Cucuza présentait Alorsa avant de lui laisser le micro pour quelques récits et chansons.
Debout à gauche, le patron du Bar el Faro.

A la familia Pandelucos

Alorsa, auteur-compositeur-interprète de grand talent, que mes lecteurs réguliers connaissent depuis l’ouverture de ce blog, était né le 24 novembre 1970 à La Plata, la capitale de la Province de Buenos Aires. Comme vous le savez, il est malheureusement décédé, chez lui, dans sa ville natale, le 30 août dernier, d’un infarctus aigu qui nous a tous abasourdis...

Comme vous le savez aussi, malgré les 11 000 km d’océan qui nous séparaient, j’ai eu la chance de le connaître personnellement et de l’avoir comme ami.

Dans son premier disque, composé uniquement de morceaux originaux, Tangos y otras yerbas, et qu’il avait lui-même publié sous forme d’un album double comportant un CD et un DVD enregistrés en public (1), Alorsa avait intégré cette chanson magnifique, dont je vous livre ici une version bilingue (Alorsa avait lu et approuvé cette traduction). J’ai conservé, dans le texte original, ses trucs d’écriture comme les majuscules qui jouent aux cartes et le mélange anarchique de nombre en lettres et en chiffres...

Clase 70Soy nacido por cesárea, 3 kilos 7 cincuenta
Soy de la clase 70, no me acuerdo de Perón.
No usé pañal descartable, ví la tele en blanco y negro
Tengo muda en super 8 mi primera comunión.
Alorsa

Je suis né par césarienne, 3 kilos 750
Je suis du millésime 70, je ne me rappelle pas Perón.
Je n'ai pas eu de couches jetables, j'ai regardé la télé en noir et blanc
J'ai ma première communion en super-8 muet
.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Ví a Piluso y a Minguito, por Balá dejé el chupete
me sé todas las canciones que hizo Pipo Pescador.
Ví a Monzón mirar la hora, la gran willy, los seamonkeys
Grité en el 78 los goles del matador.
Alorsa

J'ai vu Piluso et Minguito (2). Grâce à Balá (3), j'ai laissé ma tétine
Je sais par coeur toutes les chansons de Pipo le Pêcheur (4).
J'ai vu Monzón regarder l'heure, le coup à Willy et les Seamonkeys (5)
J'ai acclamé en 78 les buts du Tueur. (6)
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Milonga, milonga mía
La de la clase 70
Si cuando saco la cuenta
Me pongo sentimental.
Alorsa

Milonga, ma chère milonga,
celle du millésime 70
Ça, quand je fais l'addition,
Ça me rend sentimental
.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

La última vuelta del Haley, la coca en botella’e vidrio
Ví pasar los militares y la hiperinflación.
Ví a los árbitros de negro, me salvé de la colimba
Y lloré con las Malvinas, la pucha que lo tiró.
Alorsa

Le dernier passage de Haley, le coca en bouteille de verre,
j'ai vu passer les militaires et l'hyper-inflation
J'ai vu les arbitres en noir, j'ai échappé au service militaire
Et j'ai pleuré sur les Malouines. La pouffiasse qui a empoché le bénéf !
(7)
(Traduction Denise Anne Clavilier)

En Berlín se cayó el muro, los yankis siempre a los tiros
Conocí un poco del mundo con los verdes a la par
Por extrañar los churrascos, por los mates con la vieja, (8)
Por los amigos y el barrio, al final me quedé acá.
Alorsa

A Berlin, le Mur est tombé, les yankis dans les parages comme toujours
J'ai un peu connu le monde grâce aux billets verts en parité fixe.
Parce que je regrettais la viande grillée et le maté avec ma mère,
les amis et mon quartier, pour finir, j’ai décidé de rester.

(Traduction Denise Anne Clavilier)

Con las piruetas del diego me llené de fantasía
Ví llegar el microondas, la video y la internet
Yo que dí mi primer beso con los discos de vinilo
Quién diría que ahora escucho en compactos a Gardel.
Alorsa

Avec les pirouettes du Diego (9), j'ai fait le plein de rêves
J'ai vu arriver le micro-onde, la vidéo et Internet
Moi qui ai donné mon premier baiser sur des disques de vinyle
qui aurait dit que maintenant j'écouterais Gardel en compacts
.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Ajout du 28 novembre : les parents d'Alorsa m'ont dit il y a quelques jours que cette chanson était une des préférées de leur fils. J'ajoute que c'est aussi l'une des préférées des programmateurs musicaux de la 2x4 le samedi matin (très tôt, la tranche 3h-6h, là-bas) : je l'entends tous les samedis matin à un moment ou à un autre de cette tranche horaire. Le site de la 2x4 se trouve dans la rubrique Ecouter dans la partie basse de la Colonne de droite.
(1) La distribution du disque, c’était aussi Alorsa qui s’en chargeait. Aujourd’hui, l’album est difficile à trouver. Il faut attendre que les parents d’Alorsa aient pris leur décision sur l’édition et la distribution du prochain disque, 13 canciones para Mandiga, qu’Alorsa venait tout juste de terminer fin août, pour savoir quelles solutions ils retiendront (voir mon article sur la présentation de 13 canciones para Mandinga, le 3 octobre dernier, à La Plata).
(2) Piluso et Minguito sont deux personnages fictifs rendus très célèbres par leurs deux interprètes au point que les acteurs ont été identifiés aux personnages en question. Vous pouvez aller lire sous le lien
mon article sur un hommage que Luis Alposta avait rendu à la mi-juillet dernier à Minguito, c’est-à-dire au comédien Juan Carlos Altavista.
(3) Un animateur de télé très populaire dans les années 70. Il animait une émission enfantine au cours de laquelle il a demandé aux enfants d’envoyer leurs tétines pour en faire une vraie montagne que les enfants étaient très fiers de voir s’élever émission après émission. Alorsa avait participé à la collecte...
(4) Pipo Pescador est un musicien qui s’est fait connaître grâce à son travail pour les enfants mais qui est aussi un compositeur pour tout public. Il est assez difficile maintenant de trouver ses disques parce qu’il passe pour ancien. Mais si vous en trouvez, achetez !
(5) Monzón : Un des rares matchs où le champion de boxe Carlos Monzón regardait la pendule parce que son adversaire lui faisait passer un très mauvais quart d’heure. Willy, c’était le surnom (anglo-saxonnisé) du tennisman argentin Guillermo Vilas, qui avait inventé une passe par laquelle il renvoyait la balle entre ses jambes. Les Seamonkeys, c’est un nom déposé, une marque sous laquelle étaient vendus des petits crustacés d’aquarium qui ont fait un tabac auprès des petits et des grands dans les années 70 en Argentine. C’était une mode impulsée par les Etats-Unis dans tous les pays qu’ils tenaient sous leur influence commerciale et en Amérique du Sud, à cette époque-là, ils faisaient la pluie et le beau temps.
(6) El matador : on peut traduire le tueur ou le matador (celui de la corrida espagnole). C’était le surnom de Mario Kempes, un joueur de la Sélection nationale de football de la Coupe du Monde qui s’est tenue en Argentine, en 1978, sous la Dictature. Kempes avait été sacré meilleur buteur de la compétition, gagnée par l’Argentine, cette année-là. Diego Maradona, déjà footballeur renommé, avait été écarté de la Sélection à cause de son trop jeune âge.
(7) Reportez-vous à mon Vademecum historique pour comprendre les allusions aux avatars politiques que l’Argentine a connus à cette époque agitée (voir la rubrique Petites chronologies, en partie médiane de la Colonne de droite). Les billets vert en parité fixe, c’était une décision du Gouvernement Menem dans les années 90, une décision mégalomaniaque qui allait conduire le pays à la faillite générale de décembre 2001 avec l’effondrement de tout le système financier du pays. Alorsa avait profité de cette parité monétaire artificiellle pour voyager. Il avait parcouru, sac à dos et guitare en bandoulière une bonne partie de l’Amérique du Sud et avait poussé jusqu’en France et en Italie (probablement en Grèce aussi, mais il ne m’a jamais parlé de la Grèce). En France, il avait séjourné à Arcachon, chez des amis à lui, et il gardait un souvenir très vif de la Dune du Pilat, des dégustations d’huîtres et de l’apéro du soir, avec le pastis ou le petit blanc...
La vieja, el viejo : c’est la manière normale et très affectueuse en Argentine et singulièrement dans cette région du Río de la Plata, de désigner les parents. Alorsa avait dédié à sa maman, Olga, une Canción de Cuna para mi vieja, que je vous ai présentée et traduite le 18 octobre, pour la Fête des mères argentine.
(9) Surnom de Maradona : El Diego. On l’appelle aussi El Diez (le 10, c’était le numéro de son maillot de sélection nationale).

lundi 16 novembre 2009

El Diego mis à pied par la FIFA [Actu]

Les responsables de la FIFA ont décidé de suspendre Diego Maradona de toute activité liée au football jusqu’au 15 janvier prochain, pour sanctionner l'intempérance verbale dont il a fait preuve contre la presse, au soir de la qualification de l’équipe argentine à Montevideo.
La presse argentine ne s’en plaint évidemment pas. Les journalistes sportifs ont été plus que secoués par le volcan à injures en quoi s’était transformé le directeur technique à l’issue d’un match décisif avant lequel eux mêmes n’avaient pas non plus ménagé l’entraîneur.
Je pense à Alorsa, qui aurait su, avec son élégance et sa finesse ordinaire, à la fois dénoncer la mauvaise éducation de Maradona et lui pardonner cette explosion de rancoeur, au nom du talent et des grandes joies que le footballeur lui avait données dans son adolescence et sa toute jeunesse...

Dans son Cauchemar (La Pesadilla), dont j’ai cité deux vers le 1er septembre, dans Barrio de Tango, pour vous annoncer, depuis Buenos Aires, la triste nouvelle de la mort de cet auteur-compositeur-interprète de grand talent dont j’ai eu la chance, le bonheur et la fierté d’être une amie, dans son cauchemar donc, Alorsa disait :
Ay, ay, ay, ay, qué pesadilla, mamá, no me dejes solo!

Soñé que yo iba a la cancha y no había más choripanes
Que cuatro viejos echaban a Maradona de los mundiales
Alorsa (La Pesadilla, refrain et 2ème couplet)

Oh là là ! quel cauchemar, Maman, me laisse pas tout seul !
J’ai rêvé que j’allais au stade et qu’il n’y avait plus de sandwich aux merguez (1)
Que trois petits vieux (2) avaient sorti Maradona de la Coupe du Monde.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Alorsa n’était pas voyant, il ne lisait pas dans le marc de café (à la différence de la gitane imaginaire dont la prédiction ouvre Vuelve el Tango, le Tango est de retour, un autre très beau texte de lui). Non. Il faisait juste allusion à la Coupe du Monde de 1994, aux Etats-Unis, quand la FIFA avait exclu Maradona de la compétition pour des tests anti-dopage qui ont toujours été contestés par l’intéressé et son pays et dont les résultats étaient effectivement douteux. Mais Maradona n’hésitait pas à l’époque à proclamer son admiration pour Fidel Castro et aux Etats-Unis, ça ne passait pas. Qui plus est, Maradona n’a jamais caché sa profonde aversion pour la stratégie de la FIFA qu’il a plus d’une fois soupçonnée à haute voix d’être vendue aux intérêts du commerce international et de se soucier comme d’une guigne des vraies valeurs du football.

Entre le match du Stade du Centenaire à Montevideo et le verdict de la Fédération internationale, Maradona a présenté ses excuses à tout le monde, à la presse comme aux officiels de la FIFA et de l’Uruguay. Concrètement, il se trouve privé d’un seul match (et de l’entraînement qui va avec), celui qui se disputera le 22 décembre entre la sélection argentine et celle des Pays-Bas, dont l’entraîneur n’est autre que Johan Cruyff, l’un des rares joueurs qui avaient fait opposition de conscience en 1978 pour ne pas participer à la Coupe du Monde en Argentine, sous la Dictature Militaire...

En 2002, alors que Diego Maradona connaissait de très graves soucis de santé qui l’avaient plus d’une fois conduit à la frontière de la mort, Alorsa lui avait consacré une magnifique chanson, qui se termine ainsi :

con la sonrisa de pibe,
con el brazo guerrillero
y el corazón de arrabal,
la zurdita endemoniada
y el martillo en el garguero,
cada día te quiero más.
No hace falta más que entrecerrar los ojos
para verte gambetear
ole ole, ole ole, ole ole ole ola,
para verte gambetear
ole ole, ole ole, ole ole ole ola,
para verte gambetear.
Alorsa (Para verte gambetear, dernier couplet et coda)

Avec ton sourire de môme,
Avec ton bras levé de guerrillero,
Et ton coeur du faubourg,
Ta jambe gauche qui fait des étincelles
Et ta grenade dégoupillée sur la langue,
(3)Chaque jour je t’aime un peu plus.
Il suffit d’à peine fermer les yeux
Pour pouvoir te voir dribbler.
Olé, olé, olé, olé, olé, olé, olé, ola
Pour pouvoir te voir dribbler
Olé, olé, olé, olé, olé, olé, olé, ola
Pour pouvoir te voir dribbler.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Pour en savoir plus sur la suspension annoncée aujourd’hui, lire l’article de Clarín.

Et pour en savoir plus sur Alorsa et son groupe, la Guardia Hereje, vous pouvez accéder à tous les articles que je leur ai consacrés ici, dans Barrio de Tango, en cliquant sur le nom d’Alorsa dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus (sous le titre) ou dans la rubrique Vecinos del Barrio, dans la Colonne de droite, sur le côté. Alorsa y figure toujours en première position. (Un jour, je ferai basculer son raccourci dans la rubrique Toujours là, mais je n’en ai pas encore le courage).

En espagnol et pour écouter sa musique, vous pouvez aller sur son blog toujours accessible à ma connaissance et sur sa page Myspace (via son blog, c’est facile). Le lien se trouve dans la rubrique Zorzales, grillons et autres cigales, dans la partie basse de la Colonne de droite. Vous pouvez aussi écouter et télécharger l’émission n° 174 de Tango City Tour où je rendais moi-même hommage à Alorsa au lendemain de ses obsèques et l’émission n° 285 de Fractura Expuesta, dont toute la première partie est consacrée à notre ami. Les sites de ces deux émissions de radio écoutables sur Internet se trouvent dans les liens de la rubrique Ecouter, en partie inférieure de la Colonne de droite.

(1) choripan, c’est un sandwich garni de chorizo, une saucisse qui est un résumé de la gastronomie argentine, très proche de notre saucisse de Toulouse. On la fait d’ordinaire griller au barbecue et elle entre dans la confection du locro (dont je vous donnais la recette hier). Le choripan (contraction de chorizo y pan), c’est LA nourriture du match de foot par excellence. Autour du stade, s’installent des vendeurs à la sauvette qui font griller les saucisses et vous les débitent en sandwich dans des conditions d’hygiène à faire souvent pâlir les nordistes que nous sommes mais qui ne sont pas sans ressemblance avec certaines baraques à frites et à merguez à proximité des manifestations sportives populaires en France.
(2) cuatro viejos : en Argentine, pour désigner un petit nombre indéterminé, on emploie le chiffre 4, en français, le chiffre 3 ("avoir 3 cheveux sur le caillou", être presque chauve). Les vieux en question c’est João Havelange, le président de la FIFA jusqu’en 1998, et son conseil d’administration. Joseph Blatter, l’actuel président, en faisait partie. Cf.
mon article sur l’Eglise Maradonienne et ses pastiches de prière qui sont à mourir de rire et qui attaquent de front la FIFA et ses instances dirigeantes, avec un aplomb très arrabalero (faubourien), insolent et transgressif.
(3) Alorsa parle en fait d’une grenade dans la gorge (garguero / garganta). Mais en français, je trouve que l’image n’est pas très compréhensible. Je lui avais demandé il y a un an la permission de déplacer la métaphore pour les besoins de la traduction et il m’y avait autorisée. Je lui en donne acte publiquement aujourd’hui.

dimanche 18 octobre 2009

"Berceuse pour Maman" [Coutumes]

(Aujourd'hui, il était prévu que l'Argentine passe à l'heure d'été. Mais 17 Provinces sur 24 y étaient opposées parce que ce changement nuirait au tourisme. Le 16 octobre, le Gouvernement fédéral a donc décidé de revenir sur cette décision. L'Argentine reste à l'heure d'hiver qui correspond à son fuseau horaire antérieur au tout premier changement d'heure intervenu en mars 2008).

Aujourd'hui, en Argentine, c'est la fête des mères (el día de la Madre). Déploiement commercial, comme pour el día del Niño o el día del Padre. Déploiement en cuisine et d'ailleurs Clarín a consacré son supplément gastronomique à cette fête cette semaine. On profite du printemps (il fait beau aujourd'hui, en tout cas à Buenos Aires).

Et en pensant à la maman d'Alorsa, je vous présente aujourd'hui cette berceuse qu'il avait écrite et composée en pensant à elle et dont il m'a dit un jour qu'il m'autorisait à la traduire parce que sa mère l'autorisait, lui, à la chanter à chaque fois qu'il était en scène...

Alorsa et Sebastian Marin, l'un des deux guitaristes, en août 2008 au CCC pour le 5ème anniversaire de Fractura Expuesta

Canción de cuna para mi vieja

Dormite vieja que yo te cuido como me cuidaste vos
Cerrá los ojos pa' que te arrope y te acune esta canción
(Cerrá los ojos pa' que te arrope y te acune esta canción)
Alorsa

Berçeuse pour ma vieille (1)

Fais dodo, maman, puisque je veille sur toi comme tu as veillé sur moi.
Ferme les yeux pour que cette chanson te couvre bien et te berce
(bis)
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Dormí tranquila, no te preocupes, dejá la cocina así
Que ya es muy tarde y te canta tu hijo pa' que te puedas dormir
(Que ya es muy tarde y te canta tu hijo pa' que te puedas dormir)
Alorsa

Dors tranquille, ne t’inquiète pas, laisse la cuisine en l’état
Il est déjà très tard et c’est ton fils qui chante pour toi, pour que tu puisses dormir
(bis)
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Dormite vieja que yo te canto como me cantaste vos
Dejá que esta vez seque tus manos como me secaste vos
Dormite vieja que hoy yo te canto para que te duermas vos.
Alorsa (tiré de Tangos y otras yerbas, disque auto-produit et enregistré à La Plata)

Fais dodo, maman, puisque je chante pour toi comme tu as chanté pour moi.
Laisse-moi pour cette fois te sécher les mains comme tu me les as séchées, toi,
Fais dodo, maman, puisque c’est moi qui chante pour toi pour que toi tu t’endormes...
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Canción de cuna para mi vieja, chantée ici par Alorsa en novembre 2008

(1) mi vieja, mi viejo : une expression très courante venue du lunfardo. Elle exprime autant de tendresse et de respect que notre mère ou père, notre maman ou notre papa. En l'occurrence, il est très difficile, pour ne pas dire déplacé, de traduire à l'aide de l'expression argotique mon vieux, ma vieille.

mardi 1 septembre 2009

J´ai rêvé qu´Alorsa s´en allait très loin et que je ne pouvais plus le voir. Quel cauchemar, Maman, ne me laisse pas tout(e) seul (e)…

C´était une chanson qu´il avait écrite il y a plusieurs années, après la grande crise économique de décembre 2001 qui avait mis par terre toute l´économie du pays. Cette chanson, La Pesadilla, raconte, comme s´il s´agissait d´un rêve ou plus exactement d'un cauchemar, la dure réalité que les Argentins vivaient et continuent d´affronter au quotidien pour beaucoup d´entre eux, dont Alorsa faisait partie.

Et c´est aussi aujourd´hui la triste réalité que nous vivons à Buenos Aires et à La Plata :

Alorsa (Jorge Marcelo Pandelucos, de son vrai nom)
s´en est allé pour toujours
dimanche, un peu avant minuit.
Il n´avait pas encore 39 ans.

Cette mort brutale et inattendue désole beaucoup de gens ici.
Alorsa était un grand artiste, doublé d´une personnalité aux qualités humaines exceptionnelles. Un grand artiste qui n´avait pas encore atteint la notoriété qu´il méritait. Un grand artiste qui était loin d´avoir donné tout ce qu´il aurait pu apporter à la culture populaire de son pays, de sa région, de sa ville. Son humilité personnelle ne nous permettait pas de parler devant lui comme nous le faisons à son sujet depuis hier matin… Il aurait même sans doute été très surpris de nous entendre dire tout cela et il se serait sans doute un peu moqué de notre grandiloquence.

Parece mentira, nous répétait son père hier. "On dirait des histories"…

Moi-même, j´ai du mal à trouver mes mots en cette occasion. La surprise est immense. La perte affective aussi. La perte artistique ne l´est pas moins. Jeudi, j´avais asisté à ce qui devait être son dernier show avec les trois musiciens, Leo à la percussion, Sebastián et Fernando tous deux à la guitare. Une petite demi-heure très applaudie au Centre Cultuel Konex, en plein Abasto, dans le cadre du 11ème Festival de Tango de Buenos Aires, sa première participation à cet événement. Un public très attentif, découvrant un artiste inconnu de beaucoup dans cette salle portègne.

Après le spectacle, nous avons longuement bavardé ensemble autour d´un verre, lui, Cardenal Domínguez, Lucio Arce, qui ne pouvait pas retenir ses larmes hier, et Juan, un grand ami d´Alorsa, celui qui prit son téléphone hier matin pour relayer la nouvelle jusqu´à Buenos Aires.

Mais cet article n´est pas le dernier que j´écrirai sur Alorsa. Jeudi prochain, les quatre journalistes et animateurs de Fractura Expuesta, bouleversés par l´événement, consacreront à Alorsa une bonne partie de leur émission (à écouter et à télécharger en podcast, vous savez aller chercher tout ça dans la Colonne de droite, comme toujours sur ce blog). Ce soir, je fais moi-même une petite intervention qui sera diffusée dans un prochain numéro de Tango City Tour.

A mon retour à Paris, je publierai dans Barrio de Tango quelques photos qu´a prises jeudi soir Sebastián Linardi, de Fractura Expuesta. J´avais envie de vous présenter tout ça en plaisantant sur l´importance de la photographie en radiophonie mais je n´ai plus guère le coeur à le faire aujourd´hui.

Et puis il y aura, d´ici quelques mois, la sortie de son second et dernier disque, celui sur lequel il était en train de travailler encore de menus détails quand la mort est survenue.
Il y aura aussi un hommage et peut-être plusieurs que nous tentons d´ores et déjà de monter de notre mieux et je ferai l´impossible pour que l´un de ces hommages puisse arriver jusqu´en France et si possible à Paris et pourquoi pas en Belgique et en Suisse. Bref, chez nous. Où il était si heureux de savoir que je m´occupais à le faire venir avec plusieurs autres artistes du même niveau, de la même originalité…

Ce matin, j´ai trouvé parmi mes mails un hommage très bref de Luis Alposta (la brièveté chez ce poète, c´est une marque de fabrique et de qualité!). Je le reproduis ci-dessous parce qu´il aurait fait plaisir à Alorsa.

No lo conocía personalmente, pero sí conocía su obra. El tango está de luto y no lo sabe.
La noticia de su muerte me produjo una profunda tristeza.
Luis Alposta

Je ne le connaissais pas personnellement mais son oeuvre, elle, je la connaissais. Le tango est en deuil et il ne le sait pas.
La nouvelle de sa mort me cause une tristesse profonde.

(Traduction Denise Anne Clavilier)

Soñé que te ibas muy lejos, que ya no podía verte […]
¡Que pesadilla, Mamá! No me dejes solo.
La Pesadilla,
letra y música de Alorsa

J´ai rêvé que tu t´en allais très loin, que je ne pouvais plus te voir […]
Quel cauchemar, Maman! Ne me laisse pas tout seul.

(Traduction Denise Anne Clavilier)


La Pesadilla, chantée par Alorsa lui-même au Tango Criollo Club de La Plata, le 29 novembre 2008