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mardi 2 août 2022

Concert à La Madeleine jeudi 4 août [ici]

Monsieur l’Ambassadeur du Pérou en France me prie de diffuser cette affiche sur un récital lyrique qui se tiendra à Paris, en l’église de La Madeleine, jeudi 4 août 2022, à 17 h 30, à l’occasion du Bicentenaire de l’Indépendance du pays dont les festivités s’étalent de septembre 2021, pour les deux cents ans de l’arrivée du général José de San Martín (1778-1850) sur les rivages péruviens au début de sa campagne d’émancipation jusqu’au deux-centième anniversaire de la bataille de Ayacucho, qui vit la victoire définitive de Simón Bolívar (1783-18030) sur les forces coloniales espagnoles en décembre 1824.

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C’est donc bien volontiers que je le fais puisque je compte bien moi-même aller écouter Silvia Falcón, que les Péruviens surnomment joliment Le Rossignol des Andes.

Un concert qui aurait à n’en point douter plu à San Martín, le Fundador de la Libertad del Perú pour lui donner le titre officiel dont il était le plus fier, lorsqu’il vivait non loin de La Madeleine, dans le quartier baptisé alors la Nouvelle Athènes, qui se développait depuis 1820 sur les hauteurs de ce qui est aujourd’hui la gare Saint-Lazare, dans l’actuel 9e arrondissement. Le héros indépendantiste était un mélomane averti et un excellent musicien lui-même : il avait une belle voix de basse dont ses contemporains nous ont laissé le témoignage et jouait assez bien de la guitare pour avoir pris des cours auprès de son exact contemporain, le grand compositeur espagnol Fernando Sor (1778-1839), qui mourut lui aussi en France, en exil contraint pour avoir soutenu dans son pays natal la solution française portée par Joseph Bonaparte.

© Denise Anne Clavilier

jeudi 12 août 2021

La UBA fête aujourd’hui son bicentenaire [Actu]


Aujourd’hui, la plus prestigieuse université d’Argentine, la UBA (Universidad de Buenos Aires), la mieux classée au niveau internationale, fête les deux cents ans de sa fondation, sur l’impulsion de Bernardino Rivadavia (Buenos Aires, 1780 - Cadix, 1845), alors ministre de la province de Buenos Aires et futur premier Président de la République argentine (1).

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En 1821, cela faisait longtemps que Buenos Aires aspirait à avoir son université mais le régime colonial évitait la multiplication de ce type d’établissement : l’administration royale ne voulait pas de coloniaux trop bien formés. Il lui suffisait qu’il existe dans les colonies un petit nombre d’enseignants, presque exclusivement chez les clercs, quelques théologiens afin d’éviter les dérives religieuses, des prêtres diocésains (2), des médecins et des juristes (notaires et avocats) (3). Il fallait pour cela que les habitants de Buenos Aires partent faire leurs études à Córdoba, à 600 km de la capitale.

Un tableau réalisé bien après l'événement par Antonio Gonzalez Moreno
représentant la cérémonie de fondation de l'université
visiblement inspiré par David et son sacre de Napoléon
Ce tableau n'a aucune valeur documentaire
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En 1778, deux ans après la création du vice-royaume du Río de la Plata et l’élévation de Buenos Aires au rang de capitale vice-royale, la ville demanda au roi Carlos Ⅲ le droit d’ériger le collège San Carlos qui venait d’être créé sur les vestiges du collège abandonné par les jésuites après leur expulsion, onze ans auparavant. Le roi accepta mais il mit des conditions que la ville ne put pas (ou ne voulut pas) satisfaire et en 1786, le riche marchand Domingo Belgrano envoya deux de ses cadets, Manuel et Francisco, étudier en Espagne. Il préférait cela pour eux à les envoyer à Córdoba comme leurs trois aînés. Il en avait désormais les moyens…

L'entrée de l'université (Manzana de las Luces)
à la fin du 19e siècle ou au début du suivant

Le décret de création de l’université, signé le 9 août 1821, fut donc l’un des actes fondateurs de l’indépendance, juridiquement proclamée cinq ans plus tôt (9 juillet 1816). Et le 12, la bonne société de Buenos Aires se rassembla à l’église San Ignacio, qui existe toujours, et on procéda selon les traditions hispaniques à la fondation de l’institution, avec ses cinq premières facultés, toutes installées dans ce qui est aujourd’hui la Manzana de las Luces, le grand complexe qui avait abrité la maison provinciale de la Compagnie de Jésus, au cœur du centre historique de la ville, Monserrat.

Un siècle plus tard, la population ayant considérablement augmenté, le lieu était devenu beaucoup trop exigu. L’université avait commencé à s’étendre un peu partout à travers la ville où elle occupait différents bâtiments. Elle a quitté définitivement son berceau historique au cours des années 1960 et celui-ci est devenu un musée, que le gouvernement de Mauricio Macri a complètement abandonné, au point que des planchers se sont effondrés et qu’il a fallu fermer les lieux qui devenaient dangereux.

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Vous y découvrirez la première femme diplômée de l'Argentine,
la première médecin et César Milstein, avec son grand sourire
Infographie Clarin

Au cours de ses deux siècles d’existence, la UBA a formé cinq prix Nobel, dont trois en science, parmi lesquels le docteur en médecine César Milstein, héros national de l’année 2021, et rien moins que dix-huit présidents (dont trois chefs d’État anticonstitutionnels dans les années 1930). A l’occasion d’un tel bicentenaire, il fallait faire les choses en grand malgré la crise sanitaire. L’Argentine a donc pressé une médaille commémorative et publié une estampe officielle, le tout étant fièrement présenté sur le site Internet de l’université.

Les présidents argentins issus de la UBA
En bas, les trois à gauche sont des présidents anticonstitutionnels
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Ce soir, à 19 h, le président Alberto Fernández, qui a étudié puis enseigné le droit pénal à la UBA jusqu’à sa prise de fonction présidentielle, rejoindra le recteur de l’université à la faculté de droit, un grand bâtiment de style néoclassique situé à Recoleta. Ensemble, ils distingueront deux cents personnalités issues de ses amphithéâtres et qui se sont illustrées dans tous les domaines. Parmi elles, se trouvera Horacio Rodríguez Larreta, actuel chef de gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires et le plus crédible des leaders de l’opposition ultralibérale, depuis que Mauricio Macri dégringole dans l’estime générale.

La fac de lettres en 2011... comme toutes les fac de lettres !

Cet anniversaire figure à la une de Clarín et de La Prensa mais pas de Página/12 qui a préféré reporter le traitement de l’info dans son supplément hebdomadaire consacré aux questions universitaires où il fait l’objet d’un dossier développé. En revanche, la une de La Nación n’en fait pas mention, ce qui ne manque pas d’interroger dans le quotidien fondé par Mitre.

© Denise Anne Clavillier

Pour aller plus loin :




(1) Personnage étrange et ambivalent, aujourd’hui très controversé. D’abord parce que premier président de la République, il est mort en exil en Espagne, alors que l’ancienne puissance coloniale n’avait toujours pas reconnu l’indépendance de ces anciennes possessions américaines. Ensuite parce qu’il a passé sa vie à intriguer, y compris au sein du camp indépendantiste auquel il appartenait. Également parce qu’il n’a jamais cessé de combattre José de San Martín et de lui tendre des pièges d’une mesquinerie inouïe, pour des raisons qui, sans aucune substance politique sérieuse, semble ne relever que d’une basse jalousie. Enfin, parce que les dirigeants de la República Conservadora (1860-1880), une étape capitale de l’histoire argentine, conduite par Bartolomé Mitre, Domingo Sarmiento et Nicolás Avellaneda, l’ont mis sur un piédestal et en ont fait une figure tutélaire du pays, avant de devoir se raviser et de placer Manuel Belgrano et José de San Martín largement au-dessus de la pâle figure de Rivadavia parce que la mémoire populaire rejetait définitivement celui-ci.

(2) Les séminaires diocésains n’existaient pas encore. Les prêtres formés appartenaient alors à des congrégations ou des ordres, y compris en Europe. Peu avant la Révolution de 1810, un évêque de Buenos Aires en avait créé un, qui fut la racine de celui qui existe aujourd’hui. C’était encore un acte de gouvernement rare.
(3) La formation médicale était alors très médiocre, la formation juridique semble avoir été de plus haut niveau.

lundi 9 août 2021

Mieux vaut tard que jamais : les Gauchos de Güemes ont eu leur défilé à Salta [Actu]

Photo du service de presse du gouvernement de la Province de Salta


La levée des restrictions sanitaires les plus sévères samedi dernier a permis hier dimanche aux groupements traditionalistes des gauchos saltègnes de rendre enfin hommage au héros révolutionnaire de leur province dont on célébrait, en mode covid, le bicentenaire de la mort le 17 juin dernier, en présence du président Alberto Fernández, qui a de ce fait essuyé la colère d’une partie d’entre eux. Ils refusaient ou se montraient incapables de comprendre les motifs des restrictions qui étaient opposées à leurs défilés traditionnels. Faisant une lecture politique (de bonne ou de mauvaise foi) ils y avaient vu une vexation de Buenos Aires contre leur province éloignée alors que les mêmes restrictions s’étaient imposées un an plus tôt très exactement lors du bicentenaire de la disparition d’un autre héros révolutionnaire, le plus portègne de tous, Manuel Belgrano, né et mort à Buenos Aires.

L'info est reléguée par Messi et les Jeux Olympiques
en haut de la colonne de droite
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Hier, ces hommes et parfois ces femmes ont donc défilé hier et se sont rendus à cheval au pied du monument à Güemes, avec à leur tête leur gouverneur, lui aussi à cheval.

Pourtant, l’info a été reléguée dans les titres secondaires à la une de l’édition saltègne de El Tibuno, le journal local qui couvre deux provinces, Salta et Jujuy.

Messi pleurant à Barcelone plus fort que Güemes mourant à Salta !

© Denise Anne Clavilier
www.barrio-de-tango.blogspot.com

Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 (édition de Salta)
lire l’article de El Tribuno (édition de Salta)

mercredi 28 juillet 2021

Un documentaire sur San Martin pour le Bicentenaire du Pérou [à l’affiche


Il y a deux cents ans aujourd’hui, le général José de San Martín, Fondateur de la Liberté du Pérou mais né dans l’actuelle Argentine, présidait à Lima la déclaration d’indépendance du Pérou à laquelle il avait travaillé sans discontinuer depuis le mois de juin 1814.

Le ministère argentin de la Culture et la chaîne culturelle et éducative du service public Canal Encuentro se sont donc unis pour offrir aux téléspectateurs un documentaire sur l’expédition libératrice du Pérou menée par San Martín depuis le 20 août 1820, jour où la flotte partit du port de Valparaíso, au Chili. Le documentaire, qui jouira d’un programme de multidiffusion pendant une semaine, s’intitulé Sueños de Independencia : la gesta sanmartiniana en el Perú (Rêves d’Indépendance : l’épopée sanmartinienne au Pérou).

Le rôle du protagoniste a été confié à l’acteur Rodrigo de la Serna, grosse vedette du petit écran en Argentine, qui l’avait déjà incarné, non sans succès (il est devenu l’un des visages du général qui s'est imposé au grand public), dans un long métrage de fiction historique argentin sorti il y a 11 ans pour le bicentenaire de la Révolution de Mai : Revolución – El Cruce de los Andes (qui portait sur la libération du Chili).

Hier, le ministre, Tristan Bauer (lui-même cinéaste et documatariste) a présidé une première projection en présence de la réalisatrice et de l’ambassadeur du Pérou en Argentine. La première diffusion télévisuelle a été programmée ce matin, 28 juillet 2021, à 9 h 30. Elle sera répétée à 17 h puis 22 h (heure argentine).

Página/12 a donc publié l’interview de la réalisatrice, Mercedes Córdoba, dans son supplément culturel quotidien. Il est des plus probables que ce documentaire serve la vision idéologique de la gauche puisqu’il s’agit d’une production ministérielle. En Amérique du Sud, il est quasiment impossible de faire un documentaire historique exempt de biais idéologique. Et cette supposition est renforcée par le fait qu’aucun autre quotidien (ils sont tous de droite) ne transmet cette information.

© Denise Anne Clavilier

Pour en savoir plus :

lundi 26 juillet 2021

Ma conférence demain sur San Martin et Napoléon : il reste des places [ici]

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La jauge que la Mairie du treizième arrondissement de Paris permet d'accueillir encore quelques personnes, au-delà de la priorité qui était donnée jusqu'à hier soir aux adhérents du CECUPE (association loi 1901).

Plaza San Martin à Lima, inaugurée le 28 juillet 1921
Sa statue, photographiée sous un autre angle, orne l'affiche de la conférence
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Vous pouvez donc vous inscrire auprès du bureau de l'association (cecupe.info-at-orange.fr). L'inscription est obligatoire pour faciliter le travail du service de sécurité de la Mairie en ces temps de crise sanitaire.

Les portes seront ouvertes à 18h. La conférence commence à 18h30 (nous nous efforcerons de respecter cet horaire car, pour des raisons de sécurité là encore, nous devrons quitter les locaux à 19h45).

La médaille de l'indépendance commandée par San Martin
pour les célébrations d'il y a deux cents ans


Entrée libre et gratuite ouverte à tous.
Masque obligatoire dans les locaux

Revers de la même médaille
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Ce mercredi 28 juillet 2021, le Pérou fête le bicentenaire de son indépendance.

© Denise Anne Clavilier
www.barrio-de-tango.blogspot.com

lundi 19 juillet 2021

Ma prochaine conférence sur San Martín pour fêter le bicentenaire du Pérou [ici]


Il y aura deux cents ans, le 28 juillet prochain, le général José de San Martín (1778-1850) présidait les cérémonies de serment à l’indépendance du Pérou à Lima, qui venait de se déclarer ville ouverte devant ses forces stationnées à quelques kilomètres de là, à l’issue d’une campagne qu’il avait imaginée et préparée depuis juin 1814 !

Or San Martín fait le lien entre le Pérou et la France puisqu’il y a vécu la plus longue période de son exil volontaire, loin du continent qu’il avait contribué à libérer avec Bolívar (1783-1830) et qui avait sombré presque partout dans la violence politique (guerre civile et coups d’État en tout genre). Il est mort à Boulogne-sur-Mer, sous la Seconde République.
Si vous ajoutez à cela que 2021
marque aussi le bicentenaire de la mort de Napoléon Ier, vous comprendrez que le Centre Culturel du Pérou (CECUPE) ait souhaité rapprocher les deux hommes qui ont forgé l’histoire de leurs continents respectifs et qui étaient contemporains (ils avaient huit ans et demi de différence).

Le mardi 27 juillet 2021, je donnerai donc une conférence sur les parcours comparés des deux hommes à la Mairie du 13e arrondissement de Paris, Place d’Italie (métro homonyme), à 18 h 30.

  • Entrée libre et gratuite sur inscription préalable indispensable (à cause de la jauge imposée par les pouvoirs publics).
  • Les portes seront ouvertes à 18 h.
  • Port du masque obligatoire.

Le 28 mai dernier (voir mon article sur le sujet, avec vidéo incluse), j’avais déjà fait un parallèle entre ces deux héros historiques à l’Ambassade d’Argentine et j’avais choisi de faire porter ma présentation sur sept points que j’avais jugé particulièrement pertinents pour ce pays. L’histoire du Pérou est différente, l’image et le mythe de San Martín s’y sont développés autrement qu’en Argentine et au Chili. J’aborderai donc d’autres points et la conférence sera donc complémentaire de celle donnée en mai.

Eu égard à l’importance des célébrations, la priorité d’inscription devra être donnée aux membres du CECUPE, ce dont l’association est désolée. Les règles sanitaires nous imposent ce choix. Les inscriptions seront reçues par mail (cecupe.info#at#orange.fr) jusqu’au 25 juillet. Les non adhérents pourront recevoir confirmation de leur inscription la veille de la conférence, le 26. Pas très commode, il est vrai ! Vivement que nous soyons tous vaccinés pour retrouver des modalités normales pour nous rencontrer.

© Denise Anne Clavilier

Le lendemain, un dépôt de gerbe officiel sera effectué au pied de la statue de San Martín dans le 14e pour marquer cet anniversaire si particulier dans des circonstances qui sont encore plus tragiques au Pérou qu’en France où le système sanitaire a tenu vaille que vaille (là-bas, hélas, non). Ce 28 juillet, il est aussi prévu là-bas, à Lima, que le nouveau président, Pedro Castillo, un simple instituteur de campagne d’ascendance amérindienne élu le 6 juin, prête serment. Le Pérou basculera alors lui aussi à gauche au moins pour ce mandat alors que ces institutions démocratiques seront sous les menaces que fait peser sur elles la candidate malheureuse qui se la joue Trump. Elle vient de soulever la droite extrémiste et complotiste et a provoqué ce week-end des incidents sévères.

samedi 26 juin 2021

La Nación fête le bicentenaire de son fondateur, le président Mitre [Actu]

Bartolomé Mitre, coiffé d'un chambergo
Une silhouette devenue iconique en Argentine
Archives de La Nación


Aujourd’hui, La Nación consacre la majeure partie de son supplément Ideas à son fondateur, Bartolomé Mitre (1821-1906), l’un des plus grands intellectuels argentins du 19e siècle. Ce grand personnage de l’histoire argentine était en effet né il y a deux cents ans, le 26 juin 1821.

Extrait de la une de La Nación ce matin
avec une caricature signée Alfredo, l'un des dessinateurs de la rédaction
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Intellectuel brillant et foisonnant, traducteur, écrivain, historien (au sens préscientifique que ce mot a de son vivant), officier, journaliste, patron de presse, homme politique qui fut aussi le premier président de la période baptisée República Conservadora (République conservatrice), soit vingt ans de gouvernement unitaire et libéral qui fit suite à une première Argentine constitutionnelle gouvernée par des partisans du régime fédéral. Il fut le premier biographe des grands héros de l’indépendance, Manuel Belgrano (en 1859) et José de San Martín (en 1887), et travailla même sur Martín Miguel Güemes (dont on vient de commémorer le bicentenaire de la mort à Salta, le 17 juin). Il fut le premier historien de la Revolución de Mayo, qui eut lieu le 25 mai 1810 et entama le processus qui devait conduire à la déclaration d’indépendance le 9 juillet 1816. Le travail de Bartolomé Mitre est devenu une sorte de référence canonique à laquelle tous les historiens argentins d’histoire événementielle, sans aucune exception, se réfèrent et qu’ils citent sans cesse dans leurs articles et leurs ouvrages, pour reprendra à leur compte ses interprétations ou pour les contester.

Mitre pose, coiffé de son traditionnel chambergo,
(dans l'axe de la troisième colonne à partir de la gauche)
avec la rédaction de La Nación, sur le toit du siège du journal,
à deux pas de la maison où il vivait
et qui est devenu un musée

Il a constitué un trio d’hommes politiques intellectuels avec Domingo Faustino Sarmiento (1811-1888), l’un des trois présidents de la República Conservadora (1860-1880), et Juan Bautista Alberdi (1811-1884), juriste, écrivain, musicien et diplomate à qui l’on doit la constitution actuelle, écrite et adoptée en 1853.

Mitre en 1897 harangue la foule depuis un balcon d'une maison
de Plaza Libertad, à Buenos Aires.
Cette maison était celle de Guerico, le directeur et fondateur
du Museo Nacional de Bellas Artes 

La Nación, le quotidien qu’il fonda et qu’il dirigea jusqu’à sa mort et dont le capital appartient encore à ses descendants, est en ce samedi le seul quotidien à marquer cet anniversaire et il le fait avec une impressionnante série de longs articles, illustrés de nombreuses photos issues des archives du journal. Le quotidien a fait appel à de nombreux spécialistes, parmi lesquels on compte l’historien et académicien Miguel Angel De Marco, Natalio Botana, le président actuel de la Academia Nacional de la Historia, et un économiste de l’université privée Torcuato Di Tella (l’équivalent d’une de nos grandes écoles de commerce).

Mitre "à la plage"
Il se promène ici à Mar del Plata

Cette solitude de La Nación est d’autant plus impressionnante que Bartolomé Mitre est une figure emblématique de la droite argentine et que ni Clarín ni La Prensa ne devraient être indifférents à une telle date, quand bien même leurs propriétaires ne partageraient pas complètement l’idéologie franc-maçonne de ce personnage historique incontournable.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article sur la modernisation de l’Argentine que l’on doit à Mitre
lire l’article sur son travail d’historien et de collectionneur de documents historiques
lire l’article sur sa traduction de la Divine Comédie de Dante (dont on fête en 2021 les 800 ans de la mort).

jeudi 24 juin 2021

Le bicentenaire de Mitre fait la une d’un supplément de Página/12 [Actu]

"L'homme politique qui écrivit l'histoire" dit le gros titre
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Bartolomé Mitre (1821-1906) est l’un des très grands intellectuels libéraux argentins qui ont marqué la pensée nationale dominante. C’est aussi le premier historien du pays. Il s’agit bien entendu d’une histoire à la mode du 19e siècle, avant que la discipline ne devienne une science avec une méthodologie rigoureuse. Grand collectionneur d’archives historiques, il a sauvé un important patrimoine documentaire sur l’Argentine coloniale et les premières décennies de l’indépendance. Mitre a aussi fondé le premier quotidien argentin, La Nación, et c’est l’un de ses descendants qui dirige encore aujourd’hui le groupe de presse qu’elle est devenue.

Bartolomé Mitre est le premier président de la République argentine de la période conservatrice (1860-1880). Il est l’un des trois chefs d’État passés ou présent qui ont présidé au Retour des cendres de San Martín en mai 1880 et le seul survivant des trois qui prit la parole lors de l’inauguration du mausolée de Manuel Belgrano en 1903. Il avait composé des biographies de l’un et de l’autre, publiées en plusieurs volumes chacune, l’une en 1859 et l’autre en 1887. C’est lui qui a fixé la légende des deux hommes et celle de la Révolution de Mai, laquelle a été adoptée et simplifiée (à outrance) pour les usages de l’école obligatoire (1883) et l’intégration des immigrés de la grande vague pan-européenne (1880-1930).

On lui doit aussi un précieux travail sur Martín Miguel Güemes, dont il confirma dans une monographie qui fit date le courage et l’héroïsme, malgré la distance temporelle et de sérieuses divergences idéologiques (Güemes, dont on vient de commémorer le bicentenaire de la mort, était fédéral, Mitre était unitaire, tous deux ont combattu dans la guerre civile qui a déchiré le pays entre 1820 et 1880).

Couverture de l'édition originale
de la vie de Belgrano
conservée à la Biblioteca Nacional de España

Sa maison personnelle à Buenos Aires, dans la rue San Martín, est devenue un musée national qui contient encore aujourd’hui sa surabondante bibliothèque, laquelle couvre une très ample diversité de sujets en de nombreuses langues, dont le français, l’anglais, l’italien, l’allemand, etc.

Profondément libéral, fidèle partisan de l’oligarchie argentine, figure iconique de la droite et anglophile, il est haï par la gauche qui lui attribue une volonté délibérée d’écarter le peuple de la vie politique du pays. C’est une vision qui manque pour le moins de nuances et qui tombe facilement dans la caricature et l’anachronisme. Il est donc surprenant de voir Página/12 lui consacrer la une de son supplément Universidad qui sort aujourd’hui. Bartolomé Mitre continue d'être suivi à la lettre par de nombreux historiens académiques actuels. Ils ne se permettent que quelques écarts, afin de montrer leur autonomie intellectuelle (mais elle reste de façade).

A Buenos Aires, le Museo Mitre ne pourra pas fêter dignement les deux cents ans de la naissance du maître des lieux cette année. La célébration est donc reportée d’un an et l’appel à contributions vient d’être lancé, il y a quelques jours, pour un congrès d’histoire qui se tiendra en 2022.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

vendredi 18 juin 2021

Bientôt, un billet à l’effigie de Güemes [Actu]

Hier, le président au milieu des autorités locales de Salta
(Photo Casa Rosada)
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Le président argentin l’a annoncé hier dans son discours en hommage à Martín Güemes dont Salta (et toute l’Argentine) commémorait le bicentenaire de la mort : dans les choix qui seront faits pour la nouvelle série de billets de banque, Güemes aura sa place. Ce sera la première fois que son effigie arrivera sur cet outil d’unité nationale.

Une une entièrement consacrée aux cérémonies
et aux incidents périphériques
Ces gens qui manifestent en hurlant sont des représentants
d'associations populaires exclues exceptionnellement des cérémonies
Le président les a laissés passer. Sans quoi, tout le monde aurait hurlé à la censure
Le responsable local des mesures sanitaires a donné sa démission
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Actuellement, il reste en circulation un bon nombre de billets anciens, qui datent d’avant la présidence de Mauricio Macri, mais les nouveaux, qui devraient disparaître ou être remplacés peu à peu au cours du présent mandat, portent des effigies d’animaux sauvages. C’était une idée de Macri qui prétendait ainsi éviter les clivages politiques. De la cancel-culture de droite quelques années avant que cette idée états-unienne de gauche envahisse le monde. Du négationnisme de l’histoire en général !

La photo souvenir de l'émission philatélique
La présidente de Correo, le président de la République, le gouverneur

Avec Güemes, c’est aussi San Martín et Belgrano qui doivent revenir dans les portefeuilles des Argentins. On a du mal à le croire mais Mauricio Macri avait aussi écarté ces deux hommes (en démonétisant les deux billets correspondants), qui sont pourtant les figures les plus consensuelles de toute l’histoire du pays !

Dans le même ordre symbolique, Correo Argentino, la poste publique, a émis un timbre pour philatéliste. Ensemble, le président et le gouverneur de Salta ont oblitéré les premiers exemplaires.


"Mauvais moment pour relativiser le droit
à la propriété privée", rouspète le gros titre
Sur cette une très agressive, La Prensa
réduit les propos du Pape à l'OIT au seul contexte argentin
Le pays serait en train de sombrer dans le "socialisme"
En dessous, la photo du discours présidentiel à Salta
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Par ailleurs, ce bicentenaire a été gâché par des manifestations politiques ultra-partisanes et les journaux s’en font l’écho, la presse de droite se précipitant pour souligner tous les couacs et en faire porter la responsabilité au président et à sa visite officielle sur place. Cette attitude est d’autant plus dérangeante que les manifestants protestaient surtout contre les mesures sanitaires (fermeture des restaurants et des écoles, limitation du tourisme, restrictions à la participation aux cérémonies), comme s’il y avait d’autres solutions à mettre en œuvre !

© Denise Anne Clavilier
www.barrio-de-tango.blogspot.com

Pour aller plus loin :

lire le communiqué officiel de Correo Argentino (qui n’a pas encore mis le nouveau timbre dans sa boutique en ligne)

jeudi 17 juin 2021

A Salta, la nuit dernière, à minuit [Bicentenaire]

Une de El Tribuno (édition de Salta)
En bas, la photo officielle avec le gouverneur et le président


C’est aujourd’hui le bicentenaire de la mort de Martín Miguel Güemes, le gouverneur de Salta à l’époque de la guerre d’indépendance. Le seul chef de la révolution qui ait, en Argentine, trouvé la mort de la main des partisans du régime colonial. Le président argentin Alberto Fernández a fait le déplacement et il est arrivé hier dans la nuit, sous un froid intense tel qu’on le connaît rarement si près du tropique du Cancer, pour participer à la cérémonie traditionnelle au pied de la statue du héros : la guardia bajo las estrellas (la garde aux étoiles). Il a été accueilli au pied de l’avion par le gouverneur de la province, qui a considéré cette visite comme un honneur, et la maire de Salta.

Affiche officielle de la Province

Par la suite, le chef d’État a croisé des comités d’accueil beaucoup moins agréables : quelques centaines de manifestants qui ont osé politiser l’hommage à celui qu’ils disent être le héros local de la probité et du courage. Insultes, cris hostiles, pancartes, klaxon et concert de casseroles.

Dans la presse nationale, Página/12 ne parle aujourd’hui que de la cérémonie tandis que Clarín et La Nación se régalent devant les manifestations hostiles. Tout est bon dans la campagne électorale !

La garde d'honneur hier à minuit
dans leur uniforme historique, dit des Infernales de Güemes
Photo Gouveernorat de Salta

Le quotidien local, El Tribuno de Salta, équilibre les deux événements et rend compte de la visite qui continue aujourd’hui avec d’autres cérémonies traditionnelles. Le journal reproduit en vidéo la garde de nuit.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

Par ailleurs, La Nación profite de l’occasion pour publier une interview de l’historien Miguel Angel De Marco qui fait du même coup la publicité de sa biographie du héros saltègne tandis que El Tribuno propose à son lectorat un supplément de 55 pages, téléchargeable gratuitement, intitulé Güemes, el legado de un patriota.