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jeudi 7 septembre 2023

Gardel et Le Pera, c’est du solide. La preuve en est à ND Teatro [à l’affiche]

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C’est un spectacle que le groupe Los Amados a présenté au début de cette année à Buenos Aires puis un peu partout dans le pays, sous la direction artistique de Alejandro Viola.

Le groupe entend rendre hommage au duo créateur phare du tango première période, Carlos Gardel, compositeur et chanteur, et Alfredo Le Pera, son dernier parolier, le plus mythique de tous.

Los Amados le font avec leur style particulier, fait de kitch déchaîné et de rythmes de l’Amérique tropicale et afro. Et ça donne quelque chose qui se tient ! Il faut aimer, bien sûr, mais ça se tient !

Très costaud, ce répertoire !



Le spectacle, de retour à Buenos Aires, est à voir tous les samedis de septembre à partir de cette semaine, au ND Teatro, Paraguay 918, dans le quartier de Retiro.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 aujourd’hui
lire l’article de La Nación du 8 février dernier
voir la présentation du spectacle sur le site Internet du groupe

jeudi 20 juin 2019

Un vers de Le Pera pour les chômeurs [Actu]

Le casque de chantier est jaune,
parce que c'est la couleur du PRO, parti de Macri

Pour la première fois depuis 2006, année de la reprise économique sous le mandat de Néstor Kirchner, après le crack de décembre 2001, le chômage officiel en Argentine, tel que l’institut national des statistiques (INDEC) le calcule, dépasse les 10 %. A la fin du premier trimestre 2019, une année électorale où le président remet en jeu son mandat, ce taux s’élevait à 10,1 %, ce qui représente 1.338.000 actifs selon La Nación, 2.133.000 selon Página/12, sur une population totale d’environ 44 millions, selon tout le monde.

Au-dessus de la photo de Messi,
qui n'est jamais le sauveur de l'équipe nationale,
le gros titre dit : "Le chômage atteint les 10,1%.
C'est le plus haut depuis 2006
et il affecte deux millions de personnes"
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La nouvelle paraît un jour où l’Argentine fête son drapeau, au jour anniversaire de la mort (du passage à l’immortalité, dit-on dans ce cas là-bas) du créateur dudit drapeau national, le général Manuel Belgrano (3 juin 1770 - 20 juin 1820). Cela tombe donc assez mal.

Le gros titre dit : "Il y a plus de chômage"
Sur le photo de Messi, en rouge professoral : "Peut mieux faire"
Tout au-dessus, dans la manchette, à gauche :
le drapeau national,c'est le jour de sa fête
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Tous les quotidiens nationaux traitent ce sujet mais Página/12 a choisi un vers de Alfredo Le Pera pour son gros titre, un extrait de Cuesta Abajo (Pente glissante), composé par Carlos Gardel, dans la dernière série de chansons qu’ils ont créée ensemble pour des films musicaux tournés à New York en 1934-1935, quelques mois avant leur mort accidentelle sur cet aérodrome de Medellín (1).

Pour en savoir plus :
lire l’entrefilet de La Prensa (pas très cohérent, ce peu d’intérêt en ligne pour ce drame humain dénoncé par le magistère, pour un journal qui se réclame de la tradition catholique)
Les mélomanes auront envie d’écouter Cuesta Abajo. Ils n’ont qu’à cliquer sur le lien pour l’écouter, chanté par Carlos Gardel, avec cette voix inimitable, tel qu’il l’enregistra à New York en 1934, le tout grâce à Todo Tango, qui vous donne aussi accès au texte et à la partition.



(1) Cuesta abajo fait partie du corpus d’œuvres du répertoire que j’ai traduites dans Barrio de Tango, recueil bilingues de tangos argentins, Editions du Jasmin. A commander chez votre libraire préféré. 24,90 €. Ou à emprunter dans quelques bonnes bibliothèques ou médiathèques publiques. Je vous laisse aller y consulter la traduction.

vendredi 19 juin 2015

Lundi prochain, grand hommage à Carlos Gardel et Alfredo Le Pera [à l'affiche]


Le 24 juin 2015, l'Argentine célébrera le quatre-vingtième anniversaire du passage à l'immortalité de Carlos Gardel, qui avait quarante-cinq ans, et de son partenaire de création, le poète et scénariste Alfredo Le Pera, de dix ans son cadet.

Lundi 22 juin, la soirée Quiero Al Tango sera consacrée à leur rendre un vibrant hommage au sein du Museo Mundial del Tango Horacio Ferrer, dans les locaux du Palacio Carlos Gardel, le siège de la Academia Nacional del Tango, comme l'avait baptisé le fondateur et poéte, Horacio Ferrer.

Quiero Al Tango est une campagne de promotion du tango argentine organisée conjointement par plusieurs institutions, dont l'AMBCTA (association des professionnels du tango danse) et la 2 x 4, la radio publique de Buenos Aires 100% tango (toutes les deux en lien permanent dans la partie basse de la Colonne de droite). La campagne a été déclarée d'intérêt culturel par la Legislatura de Buenos Aires, le parlement local de cette Ville Autonome (qui fonctionne comme une Province et non comme une municipalité). L'un des buts de la campagne est d'inscrire davantage le tango dans les programmes de télévision et les programmes scolaires, comme partie intégrante de la culture nationale. La campagne se tient tous les 4èmes lundis du mois à la Academia Nacional del Tango.

Ce sera aussi l'occasion de saluer la mémoire du poète qui nous a quittés le 21 décembre dernier alors que le 28 de ce mois, l'institution fêtera ses vingt-cinq ans d'existence.

Participeront à la soirée, entre autres, le chanteur El Negro Falotico, le journaliste et producteur de radio et de télévision qu'est Gabriel Soria, nouveau président de l'académie, les académiciens Oscar Fresedo, Walter Piazza et José María Kokubu (qui aime se faire appeler El Ponja Malevo). La soirée académique sera suivie d'un cours de tango danse, lui-même suivi d'une milonga...

Entrée libre et gratuite au n° 833 de Avenida de Mayo (juste à côté du Tortoni).

Quiero Al Tango est sur Facebook.

mardi 24 juin 2014

Fête cinématographique pour la Saint-Gardel en son palais [à l'affiche]

Photo du tournage de Cuesta Abajo.
Gardel est assis à droite. Debout derrière l'actrice, on reconnaît Alfredo Le Pera.

En ce mardi 24 juin 2014, anniversaire du partage à l'immortalité (1) de Carlos Gardel, mort le 24 juin 1935 à Medellín dans les Andes colombiennes, la Academia Nacional del Tango offre de 14h à 18h30 une séance de cinéma permanent avec les quatre longs métrages tournés à New-York, sur des scénarios écrits par Alfredo Le Pera, pendant la tournée internationale qui leur coûta la vie à tous les deux...

Ce sera au Museo Mundial del Tango, Palacio Carlos Gardel, Avenida de Mayo 833, premier étage. Entrée libre et gratuite.

à 14h, Melodia de Arrabal, de Luis Gasnier, sorti en 1933, avec outre Carlos Gardel, Imperio Argentina et Vicente Padula.

à 15h30, Cuesta Abajo, de Luis Gasnier, sorti en 1934, avec le même Vicente Padula et Mona Maris

à 17h00, El día que me quieras, de John Reinjardt, sorti en 1935, avec Rosita Moreno, Tito Lusiardo et, dans la silhouette d'un crieur de journaux, un certain Astor Piazzolla, encore tout môme...

à 18h30, Tango Bar, de John Reinjardt, sorti en 1935, avec les mêmes sauf Piazzolla.

Version noir et blanc, bande-son originale, sans sous-titres (on est en Argentine, tout de même)...



(1) C'est la manière argentine de parler de la mort d'un grand personnage, que ce soit San Martín, Belgrano, Gardel, Toilo ou Borges...

mercredi 21 juillet 2010

Caracol et Horacio Molina consacrent chacun un disque à un poète [Disques & Livres]

Clarín publie aujourd’hui un article sur la sortie des nouveaux disques de deux excellents tangueros : Horacio Molina qui publie un disque sobrement intitulé Alfredo Le Pera et Caracol qui sort, quant à lui, un album sur Homero Manzi. Alfredo Le Pera (1900-1935) et Homero Manzi (1907-1951) sont deux des plus grands poètes de tango. Le premier a essentiellement travaillé avec et pour Carlos Gardel et j’ai eu l’occasion d’en parler à différentes reprises mais particulièrement en juin dernier, lorsque l’Argentine a commémoré les 75 ans de leur mort conjointe et tragique à Medellín en Colombie (lire mon article sur l’hommage à Le Pera le 24 juin dernier). Le second est l’auteur du chef d’œuvre qu’est Barrio de Tango et l’un des plus prolifiques letristas de tango, malgré une existence très courte pour lui aussi (à peine 44 ans).

Pour l’heure, je n’ai bien évidemment écouté ni l’un ni l’autre de ces deux disques, que je me ferai un bonheur de découvrir prochainement au cours de mon séjour annuel à Buenos Aires pendant le festival mais j’ai tendance à croire Clarín lorsqu’il dit qu’il s’agit de deux disques aux interprétations très personnelles et à la touche originale. Les deux chanteurs sont connus pour sortir des rails conventionnels et conformistes du tango de papa.

Le contenu des deux albums est des plus appétissant :

Côté Horacio Molina - Le Pera : le disque, sorti le 22 juin chez DBN, est riche de 17 morceaux, dont trois bonus qui ont été enregistrés dans les années 80. La perle des bonus est sans doute ce Cuando tú no estás en duo avec Mercedes Sosa, décédée il y a une huitaine de mois maintenant (voir mes articles sur Mercedes Sosa). Autre chanteur invité dans cet album, le Brésilien Dorival Caymmi qui accompagne Horacio à la guitare dans Arrabal Amargo, le premier titre du CD, et chante avec lui El día que me quieras. Les autres morceaux sont chanté a la criolla (avec un accompagnement de guitares) ou avec orchestre mais dans ce cas, sans bandonéon, ce qui participe à l’originalité du style délibérément tenu en dehors des sentiers battus.
Parmi les titres interprétés sur ce disque (d’ores et déjà en vente sur la boutique en ligne de Zivals, Tangostore, à retrouver dans la rubrique Les commerçants del Barrio, dans la partie basse de la Colonne de droite de ce blog), il y en a sept qui font partie de mon livre (1) : El día que me quieras, Melodía de Arrabal, Sus ojos se cerraron, Amores de estudiante, Soledad (qu’Horacio Molina chante a capella, s’il vous plaît), Cuesta abajo et Volver.
Les autres titres sont : Mañanita de sol, Amargura, Volvio una noche, Lejana tierra mía, Recuerdo malevo, Criollita de mis amores, Sol tropical et Golondrinas.
Il est possible d’écouter des extraits de chaque morceau (les 45 premières secondes) sur le site de Zivals.

Côté Caracol - Homero Manzi : le disque, intitulé Manzi x Caracol (que je n’ai pas vu sur le site Internet de Zivals, mais qui ne saurait tarder à s’y trouver) propose 9 titres et suscite l’enthousiasme du journaliste de Clarín. Grâce au site de l’artiste, je peux vous donner la liste complète des 9 morceaux qui le composent : Barrio de Tango*, Malena*, Fuimos*, Milonga triste, Tal vez será su voz*, Che bandoneón*, Fruta amarga, Gota de lluvia* et El último organito* (2). L’ensemble du disque est dirigé et arrangé par le compositeur Fernando Tato Finocchi (3). Tout cela semble bel et bon. Et en attendant que Zivals se réveille, vous pouvez toujours aller jeter un œil sur le site du chanteur.

Pour en savoir plus :
Lire l’article de La Nación du 24 juin (4) sur la sortie du disque de Horacio Molina (vous y trouverez en prime les annonces de deux spectacles que je n’ai pas reprises faute de temps dans Barrio de Tango en ce 75ème anniversaire de la mort de Carlos Gardel et de Alfredo Le Pera : un récital de Esteban Riera et Cardenal Domínguez avec le groupe d’électro-tango Otros Aires au Museo Casa Carlos Gardel et un concert de la Orquesta de Tango de la Ciudad de Buenos Aires au Teatro Alvear pour rendre hommage là encore au Troesma tragiquement disparu).
Consulter la page de DBN sur le disque de Horacio Molina
Visiter le site de Caracol
Visiter la page Myspace de Horacio Molina (qui n’est pas encore à jour de la sortie du nouveau disque)

Dans la Colonne de droite, vous trouverez des raccourcis correspondant à mes articles sur les deux chanteurs et sur les deux poètes, dans la rubrique Vecinos del Barrio, dans la partie haute de la Colonne. Vous pouvez aussi accéder à l’ensemble des articles en cliquant sur leur nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus.
Dans la rubrique Grillons, zorzales et autres cigales, vous trouverez un lien permanent avec le site de Horacio Molina. Je n’ai pas encore ajouté le lien au site de Caracol, mais ça viendra bien un jour…

(1) Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, éditions du Jasmin, mai 2010.
(2) Les titres accompagnés d’une astérisque font partie du corpus de letras présentées dans le texte original et que j’ai traduites en français dans mon livre.
(3) Fernando Tato Finocchi sera présent dans la seconde anthologie, à laquelle je mets à présent la dernière main, et qui présentera en version bilingue là-encore 10 poètes actuels de musique urbaine. Tato Finocchi est le compositeur de deux tangos écrits par Raimundo Rosales, qui compte au nombre de ces 10 poètes, avec Héctor Negro, Alejandro Szwarcman, Alorsa, Luis Alposta, Horacio Ferrer, Litto Nebbia, La Biyuya, Verónica Bellini, Lucrecia Merico… A paraître en décembre aux Editions Tarabuste, Rue du Fort 36170 Saint-Benoît-du-Sault (France), dans la revue Triages.
(4) L’article comporte quelques phrases extraites d’une interview dont voici la version bilingue :
"Desde niño incorporé esas canciones a mi vida como el arroz con leche y las calles de mi barrio. Forma parte de mi estructura musical",
Horacio Molina dans La Nación

Depuis l’enfance, j’ai intégré ces chansons-là dans ma vie comme le riz au lait et les rue de mon quartier. Cela fait partie de ma structure musicale.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

"Cuando comencé a escuchar a Gardel no hacía una análisis intelectual de las letras de Le Pera, pero con el tiempo me di cuenta del valor poético y las imágenes que utilizó. Y siento que quedó un poquito relegado en la historia a pesar de haber compuesto cuarenta canciones, que se conocen en el mundo entero".
Horacio Molina dans La Nación

Quand j’ai commencé à écouter Gardel, je ne faisais pas une analyse intellectuelle des textes de Le Pera mais avec le temps, je me suis rendu compte de la valeur poétique et des images qu’il a employées. Et je regrette qu’il soit resté un peu relégué dans l’histoire alors qu’il a composé quarante chansons qui sont connues dans le monde entier.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

"Hace tiempo tenía ganas de meterme con semejante obra, sabiendo que fue interpretada por un monstruo como Gardel. No me hice el raro y respeté el clima de las canciones, pero esta mi mirada […]. Me extraña que sea el primero en hacer una cosa así. Lo ninguneaban porque decían que hacía cosas a pedido. Mozart tambien escribía a pedido y todos los grandes escribieron a pedido. Había que escribir en cuatro días esas frases de antología. Sus letras son magistrales".
Horacio Molina dans La Nación

Cela fait un bon moment que j’avais envie de me coltiner à une œuvre pareille, vu qu’elle a été interprétée par une pointure comme Gardel. Je n’ai pas joué l’originalité pour l’originalité et j’ai respecté l’ambiance des chansons mais c’est bien mon regard dessus. Cela me surprend que je sois le premier à faire une chose de ce genre. On faisait peu de cas de lui parce qu’on disait qu’il avait travaillé sur commande. Mozart aussi écrivait sur commande et tous les grands ont écrit sur commande. Ces phrases d’anthologie, en quatre jours, il fallait tout de même les écrire ! Ses textes sont magistraux.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

jeudi 24 juin 2010

Hommage de La Nación à Alfredo Le Pera [Troesma]

Gardel (1er plan) et Le Pera (derrière), caricature anomyne publiée aujourd'hui par La Nación

De tous les quotidiens nationaux argentins, c'est La Nación qui évitela grande injustice d'oublier l'autre grand mort de Medellín, sans qui Gardel n'aurait pas été tout à fait le même Gardel que celui que nous connaissons et admirons : son partenaire, parolier et scénariste des trois dernières années, Alfredo Le Pera, né en juin 1900, peut-être le 6 ou peut-être le 3, à Sao Paolo au Brésil, d'un ménage italien. Alfredo Le Pera arriva en Argentine âgé de quelques mois et a grandi en Argentine.

Il a abandonné les études médicales entreprises sur les instances de son père pour faire un carrière de journaliste qui le mena à Paris comme correspondant d'un quotidien argentin. Et c'est à Paris, ou peut-être dans les studios de Joinville, que la Paramount le présenta à Carlos Gardel. On pense que les deux hommes s'étaient connus déjà à Buenos Aires mais c'est à Joinville que se noua leur partenariat artistique. Alfredo Le Pera se vit commander le scénario d'un nouveau film que Carlos Gardel devait tourner en 1932 pour la Paramount qui les réunit encore plus tard, à New York, pour les quatre grands longs métrages musicaux qui contiennentn leurs grands chefs d'oeuvre tangueros. Ces quatre films sont Tango Bar, Cuesta Abajo, El Tango en Broadway, El día que me quieras.

C'est lui qui fut aussi l'organisateur de la tournée fatale où il devait perdre la vie à côté de son ami, un jour d'hiver, sur un petit aérodrome de montagne balayé par des vents trop violents entre Bogotá et Cali.

C'est Gabriel Plaza qui rédige cet article. En voici des extraits :

Hace 75 años, el trágico accidente aéreo en Medellín apagó la vida de Carlos Gardel y Alfredo Le Pera, una dupla que cambió la historia del tango canción para siempre. Para Gardel, esa fatídica muerte, en el punto más alto de su carrera como estrella de cine y cantor popular, fue el salto a la inmortalidad como ícono porteño alrededor del mundo. Para Le Pera, su colaborador más estrecho a partir de la década del treinta, como guionista y letrista de las canciones en los films Cuesta abajo, El tango en Broadway, El día que me quieras y Tango Bar fue la conclusión de un papel secundario tan glorioso como en las sombras.
Gabriel Plaza, La Nación

Il y a 75 ans, le tragique accident aérien à Medellín a éteint la vie de Carlos Gardel et d'Alfredo Le Pera, un duo qui a changé l'histoire du tango-canción [tango à texte] pour toujours. Pour Gardel, cette mort fatidique, au sommet de sa carrière d'étoile de cinéma et de chanteur populaire, fut un saut vers l'immortalité comme icône de Buenos Aires partout dans le monde. Pour Le Pera, son partenaire le plus proche à partir de la décennie de 1930, comme scénariste et auteur des chansons des films Cuesta Abajo, El Tango en Broadway, El día que me quieras et Tango Bar fut la conclusion d'un rôle secondaire aussi glorieux qu'il fut dans l'ombre.
(traduction Denise Anne Clavilier)

Si algún arrepentimiento tengo de haberlos presentado es porque Le Pera le sacó a Gardel la superstición de viajar en avión." Guibourg tenía razón. La sociedad creativa sólo daría buenos resultados. Le Pera desarrollaría una intuición, un lirismo y un oficio para el que se había entrenado toda su vida y volcaría en letras a personajes hechos a medida de Gardel, lo que lo transformaría en una estrella de Hoollywood poco antes de su muerte. Y, lo más importante, decodificaría como nadie la atemporalidad de ese imaginario gardeliano destinado al mito en himnos como "Volver": "Yo adivino el parpadeo/de las luces que a lo lejos van/marcando mi retorno"
Gabriel Plaza citant Edmundo Guibourg, qui pensait avoir présenté les deux hommes à Paris.

Si j'ai des remords de les avoir présentés, c'est parce que Le Pera a enlevé à Gardel sa superstition de voyager en avion.Guibourg avait bien raison. L'association de créateurs n'a donné que des bons résultats. Le Pera allait développer une intuition, un lyrisme et un métier pour lequel il s'était entraîné toute sa vie et allait coucher dans ses textes des personnages faits à la mesure de Gardel, ce qui allait le transformer en une star d'Hollywood (1) peu avant sa mort. Et, le plus important de tou, il a décodifié comme personne l'intemporalité de cet imaginaire gardélien au destin de mythe avec des hymnes comme Volver...
"Je devine le clignement/des lumières qui aux lointains/s'en vont guider mon retour" (2)
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Je vous invite à aller lire cet article, comme toujours, en vous faisant aider si besoin est par le logiciel de traduction en ligne Reverso, que vous trouverez dans la rubrique Cambalache (casi ordenado), dans la partie basse de la Colonne de droite.

Vous découvrirez à travers l'article que c'est bien Alfredo Le Pera, plus que Carlos Gardel, qui parle lorsque le chanteur entonne Sus ojos se cerraron (ses yeux se sont fermés). C'est Le Pera qui a vu mourir le grand amour de sa vie, lui qui tenta tout pour la sauver de la maladie qui l'emportait, comme elle emporte, impitoyablement, le premier amour du fils de famille qui rêve de vivre de la musique de El día que me quieras.

Ecoutons ce tango magnifique et poignant, chanté par Gardel, grâce à Todo Tango, comme toujours. Pour en connaître la traduction en français, comme celle de tous les tangos qui illustrent les articles de ce jour, voyez mon livre, Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, ed. du Jasmin, mai 2010.

(1) Gabriel Plaza confond ici les deux grands centres cinématographiques des Etats-Unis, celui d'Hollywood sous le soleil de la Californie, et celui de New York. Carlos Gardel n'a jamais joué à Hollywood. Il n'a jamais tourné que sur la côte est, qu'à New York.
(2) Ces trois vers appartiennent à Volver. Tous droits de la traduction en français réservés à l'auteur, Denise Anne Clavilier et à l'éditeur, Editions du Jasmin, mai 2010.

Il y a 75 ans aujourd'hui disparaissait La Voz, qu'on appelait aussi El Mudo [Troesma]

Academia Nacional del Tango, 1er étage.
Au fond, encadrant l'entrée de El Rincón de los Académicos, à droite, le portrait de Gardel, à gauche celui de Juan Carlos Cobián
Au-dessus de la porte au premier plan, le fileteado de Jorge Muscia représentant l'Oratorio Carlos Gardel, où Gardel est flanqué du compositeur et du poète.

Le 24 juin 1935, sur l'aérodrome de Medellín, en Colombie, peu avant 15 h, l'avion, où avaient pris place Carlos Gardel, Alfredo Le Pera, Guillermo Barbieri, Angel Riverol et José María Aguilar, les trois guitaristes du chanteur, ainsi que ses deux secrétaires, celui qui parlait anglais et celui qui parlait espagnol, prenait feu comme une torche, après une collision au sol avec un autre avion, qui arrivait en sens inverse.

Carlos Gardel, Alfredo Le Pera et Guillermo Barbieri moururent sur le coup. Riverol mourut le surlendemain des suites de ses blessures. Aguilar s'en sortit vivant, par miracle, comme le secrétaire anglophone, José Plaja. Mais Aguilar y laissa deux doigts et mourut deux ans plus tard.

Tandis que la nouvelle se diffusait sur tout le continent, du nord au sud et dans toute l'Europe et qu'elle atteignait ainsi Berthe Gardés, la mère de Gardel, alors en vacances dans sa famille à Toulouse, la ville de Medellín veillait toute la nuit les 18 morts de cet accident atroce qu'elle enterra le lendemain.

Les Colombiens firent un beau tombeau à Carlos Gardel, en attendant de savoir ce qu'il adviendrait de son corps, qui ne fut rapatrié, par mesure d'exception, à Buenos Aires qu'en février 1936.

C'était les dernières semaines de sa grande tournée mondiale, la plus longue qu'il avait jamais faite. Il était sur le retour vers Mi Buenos Aires Querido (1), que l'on peut ici l'entendre chanter grâce à Todo Tango.

Invierno del Treinta y cinco
La Muerte quiere saber
a quien mató
Horacio Ferrer, Oratorio Carlos Gardel (musique de Horacio Salgán), 1974

Hiver de 1935
La Mort veut savoir
qui elle a tué.
(traduction Denise Anne Clavilier)

(1) Mi Buenos Aires Querido fait partie des tangos présentés dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, éditions du Jasmin, mai 2010. Pour connaître l'intégralité des oeuvres présentées et traduites, consultez l'article que j'ai consacré à la table des matières. La couverture du livre a été réalisée par Jorge Muscia, dont une oeuvre illustre cet article.

jeudi 18 mars 2010

Qu’est-ce qu’on vous sert aujourd’hui ? un petit vers de Cadícamo ou du Le Pera ? [Troesmas]

Le quotidien champion de la citation tanguera, le très à gauche et très portègne Página/12, fait très fort ce matin. Dans le billet d’opinion politique de Mario Wainfeld, la rédaction a titré en citant un vers de Enrique Cadícamo, "La historia vuelve a repetirse" (l’histoire se répète encore une fois). Sous ce titre, se trouve l’analyse de la nouvelle bataille parlementaire qui se tient en ce moment dans ces deux Chambres du Congreso Nacional où il n’y a plus de majorité absolue et où les alliances se font et se défont en fonction des projets de loi et des tactiques partisanes en vue de l’élection présidentielle prévue en octobre 2011.

L’autre citation, on la lit à la dernière page du journal, la contratapa, confiée aujourd’hui au poète et chroniqueur Juan Gelman, qui appartient à la rédaction permanente de Página/12 et qui, lui, utilise pour son titre un fragment de Amores de estudiante, une valse très célèbre de Carlos Gardel et Alfredo Le Pera (1) : "flores de un día son" (ce sont fleurs d’un jour). Cette citation sert de titre à une réflexion sur l’impuissance de Barack Obama à réformer l’administration fédérale des Etats-Unis, qui continue à considérer comme secrets de nombreux documents de gestion courante alors que le Président voudrait rendre plus transparents les processus de décision fédéraux et mettre plus facilement à disposition du citoyen lambda les dits documents de travail gouvernemental, comme la Constitution le prévoit explicitement alors que la bureaucratie (pourtant légère et toujours éphèmère aux Etats-Unis) a peu à peu pris l’habitude de tout opacifier pour travailler tranquille en ayant à rendre le moins de compte possible au moins de personnes imaginables.

Pour ceux que l’analyse politique contenue dans les deux articles intéresse, voici les liens grâce auxquels vous pouvez les consulter :
Billet d’opinion de Mario Wainfeld, sur les procédures parlementaires en cours au Congrès argentin,
Contratapa de Juan Gelman, sur les difficultés d’Obama à plier l’appareil d’Etat à sa politique de transparence.

Pour le reste des lecteurs de Barrio de Tango, je préfère concentrer mes efforts sur nos deux grands poètes, nos deux Troesmas de service (2), tous deux nés en 1900, et qui auront marqué à jamais le cadre dans lequel le tango se déploie aujourd’hui et se reconnaît comme tel....

La historia vuelve a repetirse,
mi muñequita dulce y rubia,
el mismo amor... la misma lluvia...
el mismo, el mismo loco afán...
Enrique Cadícamo, Por la vuelta, 1937 (musique de José Tinelli)

L’histoire se répète à nouveau,
Ma tendre et blonde petite poupée,
Le même amour... la même pluie...
La même, toujours la même folle passion
...
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Por la vuelta raconte les retrouvailles infiniment tristes d’un couple d’anciens amants, aux blessures apaisées par le temps, un jour de pluie, au hasard d’un cabaret (un détail qui se laisse deviner par le fait qu’ils boivent du champagne dans des coupes en baccarat). Lui, qui parle à la première personne, est sans doute là en client, elle est une demi-mondaine ou, plus vraisemblablement encore, une milonguera employée par l’établissement, et la fin du tango révèle qu’elle ne se voit plus aucun avenir.

Después, quizás mordiendo un llanto,
quédate siempre, me dijiste,
afuera es noche y llueve tanto...,
y comenzaste a llorar.
Enrique Cadícamo
Après, peut-être en étouffant un sanglot,
Reste ici toujours, m’as-tu dit,
Dehors il fait nuit et il pleut tellement...
Et tu as commencé à pleurer
.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

La valse de Gardel et Le Pera est, elle aussi, nostalgique mais elle est loin d’être aussi désespérée. Elle raconte, dans un développement thématique très classique, l’inconstance sentimentale de n’importe quel étudiant de n’importe où dans le monde. Le lien avec la réalité sociale proprement portègne a été défait, comme très souvent dans les letras écrites par Le Pera pour Gardel. L’objectif était alors de toucher un public international, peu au fait des réalités locales si spécifiques à Buenos Aires et au Río de la Plata. Ce virage pris par Gardel en 1932 et tout à fait manifeste en 1934 lui avait valu une volée de bois vert de la part de Homero Manzi, autre grand poète du tango qui militait au contraire pour dégager à travers l’art, la musique, la poésie et jusqu’au cinéma, une identité irréductiblement argentine (cf. mon article du 22 septembre 2009 sur le film qui vient de sortir sur la vie de Manzi). Cet article qu’il avait écrit sous l’empire de cette passion patriotique, Homero Manzi le regretta lorsque la tragédie de Medellín le 24 juin 1935 arracha à jamais à Buenos Aires et au pays et Gardel et Le Pera (2).

Hoy un juramento,
mañana una traición,
amores de estudiante
flores de un día son.
Alfredo Le Pera, 1934 (musique Carlos Gardel)

Aujourd’hui, un serment,
Demain, une trahison
Les amours d’étudiant
Ne fleurissent qu’un jour
.
(Traduction © Denise Anne Clavilier, Editions du Jasmin)

Bien évidemment, il faut écouter ces deux pièces maîtresses du répertoire. Les voici grâce à Todo Tango :
Por la vuelta, chanté par Jorge Omar avec l'orchestre de Francisco Lomuto, l'année de la création.
Amores de estudiante, chanté par Carlos Gardel, avec l'orchestre de Terig Tucci, l'année de la création.

Pour en savoir plus sur Enrique Cadícamo et Alfredo Le Pera à travers Barrio de Tango (ce site), cliquez sur leur nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus, ou dans la rubrique Vecinos del Barrio, dans la section Toujours là. Dans cette section, vous trouverez aussi un raccourci sur Homero Manzi.
Pour en savoir plus sur l’actualité en Argentine, cliquez sur le mot clé Actu, sur le nom du journal (dans le bloc Pour chercher). Pour en savoir plus sur l’actualité politique en Argentine, cliquez sur ce lien (le mot-clé à pister dans mes articles est gob argentin). Pour en savoir plus sur l’actualité politique dans la ville de Buenos Aires, cliquez sur ce lien (le mot-clé à pister dans mes articles est GCBA, anagramme de Gobierno de la Ciudad de Buenos Aires).
Pour en savoir plus sur mon livre, à paraître aux Ed. du Jasmin,, cliquez sur ce lien qui fera remonter l'ensemble des articles qui lui sont consacrés (sauf celui sur la souscription en cours à cette heure).
Pour acheter le livre à son prix de lancement, cliquez sur ce lien. Il vous donne accès à l’article sur l’opération de souscription qui s’étend jusqu’au 30 mars 2010.

(1) Por la vuelta, dont est extrait le titre du billet de Mario Wainfeld, a donné son titre, La historia vuelve a repetirse, à l’un des plus beaux documentaires que j’ai jamais vus sur le poète Enrique Cadícamo. Comme on peut s’y attendre, ce documentaire a été monté par Litto Nebbia et produit par Melopea, à un moment où Litto Nebbia s’attachait à recueillir et structurer le siècle de tango vivant qu’était Cadícamo, avec tout son talent et toutes ses oeuvres qui n’avaient pas toutes encore été créées ni enregistrées. Dans ce DVD, vous entendrez Litto Nebbia chantant lui-même Por la vuelta, et Adriana Varela (qui a sorti à Melopea un album entier d’inédits du poète, du vivant de celui-ci), et Mónica Cadícamo, la fille unique de Enrique et Nelly. Une chanteuse merveilleuse (à découvrir) et une interprète particulièrement fine du répertoire paternel...
Amores de estudiante fait partie de mon recueil bilingue, Barrio de Tango, à paraître courant avril 2010 aux Editions du Jasmin. La traduction que je cite dans cet article est donc tirée du livre. Cette valse figure dans le disque Melopea qui accompagne le livre dans une interprétation du chanteur Horacio Deval.
(2) troesma : Maestro en verlan. Les Portègnes adorent verlaniser leur vocabulaire. Et ils ont dans ce domaine l’imagination fertile.
(3) Gardel et Le Pera sont tous les deux morts dans un accident d’avion, au sol, sur l’aérodrome de Medellín, en Colombie, le 24 juin 1935, en début d’après-midi, pour ce qui ne devait être qu’une escale technique destinée à ravitailler leur avion en carburant pour poursuivre le vol qui les conduisait de Bogotá à Cali. La veille, à Bogotá, Gardel avait donné ce qui fut son dernier concert et que la Voz de la Victor, une radio qui couvrait toute l’Amérique du Sud, avait retransmis en direct
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vendredi 5 juin 2009

Hommage à Alfredo Le Pera [Troesmas]

Ces jours-ci, Alfredo Le Pera aurait 109 ans. Il est né en effet au début juin 1900, au Brésil, où ses parents, de nationalité italienne, avaient immigré. On ne sait pas avec précision s’il est né le 4 ou le 6 juin. Dans le doute, je coupe la poire en deux et je publie cet hommage le 5 juin.

Quelques semaines après la naissance de leur fils, les parents Le Pera décidèrent de continuer leur migration un peu plus vers le sud. Et c’est ainsi qu’Alfredo Le Pera deviendra de fait un Portègne dans l’âme...

Alfredo Le Pera, on le sait ou on ne le sait pas, est décédé à Medellín, en Colombie, le 24 juin 1935, dans le même avion que Carlos Gardel, au cours de cette tournée qu’il avait lui-même montée à travers l’Amérique Centrale, les Caraïbes et tout le nord de l’Amérique du Sud. Tous les deux, avec leurs deux secrétaires, l’un anglophone l’autre hispanophone, et leurs guitaristes, se rendaient de Bogotá à Cali, où ils étaient attendus le soir même au théâtre Jorge Isaac pour l’un des derniers concerts de cette interminable tournée, partie de Buenos Aires en décembre 1933, et qui les avaient menés à New York (où Gardel avait tourné plusieurs films écrits par Alfredo Le Pera), Paris, la Côte d’Azur, Toulouse bien sûr pour un salut à la famille de Carlos Gardel, puis l’Amérique centrale etc...

Alfredo Le Pera, journaliste et critique théâtral, avait surgi dans le tango en 1931 en écrivant avec Enrique Santos Discépolo un tango, Carillón de la Merced (Carillon de l’église de la Miséricorde), pour une revue de la chanteuse Tania, la compagne de Discépolo, dans un théâtre de Santiago du Chili. On dit que la revue était un four et que Carillón de la Merced sauva le spectacle du désastre (ici, dans une interprétation du Polaco Roberto Goyeneche, en 1979, avec l'orchestre de Armando Pontier). Plus tard, en 1932, journaliste correspond d’un quotidien argentin à Paris, Le Pera est présenté à Carlos Gardel par les producteurs de la Paramount, dans les studios de laquelle, à Joinville, Gardel tourne ses premiers longs métrages parlants (et musicaux). Alfredo Le Pera est mis à contribution aussitôt pour écrire quelques tangos, quelques scènes, co-écrire telle ou telle partie du scénario. La collaboration fut très vite scellée entre le musicien et le poète et c’est ainsi qu’Alfredo Le Pera est devenu l’auteur des derniers tangos de Gardel, ceux où le compositeur qu’il était s’épanouit dans sa pleine maturité.

L’accident de juin 1935 nous prive à jamais de savoir comment ils auraient évolué tous les deux, dans quelle direction ils seraient partis, quel nouveau visage ils auraient donné au tango. Mais le destin a voulu qu’ils nous laissent, comme en cadeau d’adieu, des chefs d’oeuvre comme El día que me quieras, Por una cabeza, Soledad ou Volver, l’un de leurs tout derniers tangos, écrit à New York, vers avril 1935, pour le film El día que me quieras, où Astor Piazzolla, tout jeunot, 13 ans seulement, fait une brève apparition comme saute-ruisseau sur-excité...

Volver,
con la frente marchita,
las nieves del tiempo
platearon mi sien.
Sentir,
que es un soplo la vida,
que veinte años no es nada,
que febril la mirada errante en las sombras
te busca y te nombra.
Vivir,
con el alma aferrada
a un dulce recuerdo, que lloro otra vez.

Rentrer…
avec le front ridé,
les neiges du temps
ont argenté ma tempe.
Sentir…
Que la vie n’est qu’un souffle,
Que vingt ans ne sont rien,
Que le regard, en fièvre, errant dans les ténèbres,
Te cherche et t’appelle.
Vivre
avec, planté au coeur,
Un tendre souvenir, qu’à nouveau je pleure.

(Traduction Denise Anne Clavilier)

Et pour les curieux, vous pouvez trouver dans le commerce (les boutiques en ligne argentines, si vous êtes en Europe, les disquaires de villes si vous avez la chance de faire le voyage jusqu’au Río de la Plata) un très beau disque sorti chez Melopea en 1990, où Litto Nebbia donne sa version des grands morceaux du tandem mythique des années 30 : El día que me quieras, Lejana tierra mía (une chanson nostalgique de style espagnol, qui évoque le pays laissé derrière soi), Mi Buenos Aires querido (qu’on ne présente plus), Cuando tu no estás (quand toi tu n’est pas là) et bien sûr Volver. Ce disque a entamé un cycle d’albums hommages à des grands du tango, dont Nebbia canta a Cadícamo. Il s’intitule Homenaje a Gardel y Le Pera et comporte plusieurs morceaux de Litto Nebbia lui-même dont un Nocturno para Le Pera et un En Gardel está el futuro (Le futur, c’est Gardel). Comme toujours, vous pouvez en entendre des extraits sur le site de Zivals : sur Tangostore, on goûte avant d’acheter...
La pochette du disque (ci-dessus) est l’oeuvre, reconnaissable au premier regard, du caricaturiste uruguayen (qui travaille à Clarín) Hermenegildo Sabát qui a croqué, à sa manière, Litto, avec les cheveux longs de cette époque, à côté de Gardel et Le Pera (Gardel est au centre, Le Pera à droite).

Elle est belle et rare, cette pochette, car Le Pera n’a que fort peu inspiré l’iconographie tanguera dans la capitale argentine. De tous les grands maîtres dont on peut dire qu’ils ont fondé le tango, c’est un de ceux dont on voit le moins le visage dans les rues de Buenos Aires. Rares sont les fileteadores, les peintres, les associations poseuses de plaques commémoratives qui ont pensé à lui au moment de traduire, en images, en portraits ou en laiton, ce qu’il y a de plus profond dans leur attachement au répertoire du tango.
Et pourtant, à Buenos Aires, ses vers sont sur toutes les lèvres, partout, tout le temps...

Mi Buenos Aires querido
cuando yo te vuelva a ver,
no habrá más ni pena ni olvido.

Mon cher Buenos Aires
Quand je te reverrai,
Il n'y aura plus ni chagrin ni oubli.

(Traduction Denise Anne Clavilier)

Bien entendu, on ne peut pas conclure un hommage à ce Maestro du tango que fut Le Pera sans écouter Mi Buenos Aires querido d’abord puis Volver, chantés par Gardel lui-même, accompagné par ses guitaristes, promis au même sort tragique que lui, quelques semaines plus tard...
Avec un grand merci à Todotango, comme toujours.

vendredi 14 novembre 2008

Noche de los Museos : Museo Casa Carlos Gardel [à l’affiche]


La Noche de los Museos (nuit des musées) est une nocturne spéciale au cours de laquelle la quasi-totalité des 135 musées qu’on dénombre à Buenos Aires ouvriront leurs portes au public, gratuitement, le 15 novembre à partir de 19h et au moins jusqu’à minuit et pour beaucoup d’entre eux bien plus tard encore.

Pour fêter la Noche de los Museos, le Museo Casa Carlos Gardel, installé dans la dernière maison qu’occupa Carlos Gardel à Buenos Aires et où sa mère mourut en 1943, propose une filmographie du chanteur dans sa période new-yorkaise où il tourna plusieurs films, sur des scénarios de son ami et complice, Alfredo Le Pera, pour les studios Paramount pour lesquels il avait déjà tourné plusieurs longs métrages en 1932 dans les studios de Joinville près de Paris. C’est d’ailleurs la Paramount semble-t-il qui aurait permis à Alfredo Le Pera et Carlos Gardel de se rencontrer. Leur collaboration, qui prit fin à leur mort commune, à Medellín, le 24 juin 1935, nous vaut quelques uns des plus beaux tangos aujourd’hui inscrits au répertoire.

Autre proposition du musée pour cette nuit de printemps : un buste gonflable de Carlos Gardel va parcourir le centre de la ville entre 19h et 2h du matin, en commençant à l’Obélisque pour arriver jusque devant la maison, au 735 rue Jean Jaurès (tout près de l’Abasto). Sur une idée de Alejandro Mañanes.

Six shows sont prévus au cours de la soirée.

A 19h : Tito Alonso, qui a la charge d’animer tous les lundi de l’année de 18h à 20h les cours de chant gratuits, dans la tradition gardélienne bien sûr, du Museo Casa Carlos Gardel. Cette fois-ci, c’est lui qui se produit.

A 20h : la chanteuse Lucrecia Merico (j’ai déjà eu l’occasion de faire un article au sujet de ce récital).

A 21h : Gloria Díaz : Alma, corazón y tango. C’est le nom d’un disque qu’elle a enregistré en 1974 avec l’orchestre du Maestro Carlos García et le guitariste de légende, compagnon artistique de Aníbal Troilo, Roberto Grela. Gloria Díaz est née en 1938 et elle est la fille d’un chanteur espagnol qui fit lui-même une belle carrière.

A 21h30 : Cucuza (Hernán Castiello) et Moscato (Maximiliano Luna). Ce sont deux amis personnels. Bien que loin, je suis de tout coeur avec eux pour ce concert dans ce lieu si fort pour tous les chanteurs et tous les guitaristes de tango (Carlos Gardel était l’un et l’autre). Vous pouvez écouter Cucuza sur sa page My Space.

A 22h30 : La Quimera del Tango, un trio contemporain de guitaristes de tango et d'autres musiques sud-américaines. Ils ont une page My space sur lequel vous pouvez écouter quelques uns de leurs morceaux.

A minuit : Tanghetto, un groupe de tango électronique très connu de par le monde. Un choix inattendu pour terminer la soirée musicale dans ce lieu là.

mardi 11 novembre 2008

Il y a 90 ans aujourd'hui à Buenos Aires

"Corría el año 1918 y un jubiloso acontecimiento se produjo en el mundo con la firma del armisticio que ponía fin a la gran conflagración europea.
Esa noche con otros jóvenes amigos fuimos al Julien, café y restaurante de Esmeralda y Lavalle, centro de reunión noctámbulo de mujeres francesas, sumándonos a la intensa alegría que allí reinaba.
Borrachos y fescos, hombres y mujeres, extranjeros y criollos, entonaban patrióticamente el Tipperary, el Over there y La Marsellesa mientras en las mesas se brindaban con champán.
Formamos con las alegres francesas un bullicioso frente y entre alocados besos y abrazos salíamos en cadenas a recorrer Lavalle hasta las primeras horas del alba.
Aquellos jubilosos festejos que duraron tres días consecutivos fueron lo que las noctámbulas y alegres francesas llamaron "les trois jours de folie".

L'année 1918 s'achevait quand un événement jubilatoire se produisit dans le monde : la signature de l'armistice qui mettait fin à la grande conflagration européenne.
Cette nuit-là d'avec d'autres amis de mon âge, nous sommes allés chez Julien, un café-restaurant au coin d'Esmeralda et Lavalle, point de ralliement nocturne de femmes (1) françaises, pour nous joindre à la joie intense qui régnait là.
Pochards et gens sobres, hommes et femmes, étrangers et gens d'ici entonnaient avec patriotisme le
Typperary, le Over There et la Marseillaise (2) tandis qu'aux tables, on portait des toasts au champagne.
Avec les Françaises radieuses, nous avons formé un front tapageur et au milieu de baisers en folie et d'étreintes, nous sortions parcourir la rue Lavalle en sarabande jusqu'aux premières heures de l'aube.
Ces réjouissances qui durèrent trois jours de suite, ce fut ce que les Françaises noctambules et radieuses appelèrent "les trois jours de folie".
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Ces quelques paragraphes sont les souvenirs de jeunesse (il avait alors à peine plus de 18 ans) d'un Argentin doté d'une très belle plume et à qui ont doit quelques uns des plus beaux tangos du répertoire. Au moment où il rédigé ces souvenirs, il a un peu plus de 80 ans. C'est le poète Enrique Cadícamo (15 juillet 1900-3 décembre 1999). Ces mots sont extraits de Mis Memorias, Ed Corregidor, Buenos Aires, 4ème édition augmentée et mise à jour (datée de 1995), pp 51 et 52.

La Guerre de 14-18 a beaucoup ému les artistes du tango. Aujourd'hui, on peut écouter avec leur émotion quelques uns des grands morceaux qu'ils nous ont dédiés aux combattants dont l'Euope célèbre aujourd'hui le souvenir.

On peut écouter El Marne, composé par Eduardo Arolas au moment de la 1ère bataille de la Marne, ici dans une interprétation enregistrée en 1980 par Osvaldo Fresedo, et l'impressionant Silencio, qui avait ému Cadícamo aux larmes, ce jour où il l'avait entendu chanté par Carlos Gardel en répétition chez lui, dans la maison, aujourd'hui musée, de la rue Jean Jaurès 735 à l'Abasto. Ce tango a été composé par Carlos Gardel et Alfredo Le Pera (avec la collaboration du guitariste Horacio Pettorossi) et enregistré ici par Gardel à Buenos Aires en 1933 avant de partir pour l'Europe. (3)

(1) A cette époque, la société portègne était encore très déséquilibrée, avec les hommes en bien plus grand nombre que les femmes. Les mujeres francesas dont il parle là, ce sont des filles légères, le plus souvent des victimes de la traite des Blanches sous la coupe de maquereaux locaux. La fin de la Grande Guerre fit reprendre ce trafic d'êtres humains (entre autres en provenance de France, par Marseille, Bordeaux et Le Havre) et vit aussi arriver à Buenos Aires des aventurières, venues de leur plein gré celles-ci, chercher, au bout du monde, les hommes qui faisaient cruellement défaut, surtout en France, après la boucherie des combats.
(2) Cette confusion entre nos différents pays est très courante en Argentine. Elle a permis d'ailleurs aux juifs qui fuyaient l'antisémitisme en Russie ou en Pologne de se faire discrètement passer à leur arrivée pour Allemands ou Anglais (ce dont témoignent nombre de surnoms attribués à des musiciens juifs de la Guardia Vieja). Ne nous gaussons pas de cette ignorance : nous confondons nous aussi un peu trop facilement tous les pays d'Amérique Latine. J'ai souvent entendu des journalistes situer le Mexique en Amérique du Sud ou d'autres personnes localiser Buenos Aires au Brésil.
(3) Berthe Gardés, la mère de Carlos Gardel, avait perdu dans la Grande Guerre son jeune demi-frère Charles Carichou, mort au front le 11 octobre 1918, à l'âge de 42 ans. Comme dans beaucoup de familles européennes, ce décès tragique permit la réconciliation familiale entre Berthe et le reste de ses parents qui lui avaient mené la vie dure à cause de la naissance illégitime et donc honteuse, le 10 décembre 180, de son fils, qu'elle avait fait baptiser Charles.