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samedi 17 octobre 2026

La télévision argentine fête ses 75 ans aujourd’hui [à l’affiche]

75 ans de télé : la boîte inépuisable, dit le gros titre
sur une photo de Evita Perón,
en cette fête de la Loyauté
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Le 17 octobre 1945, sur Plaza de Mayo, à Buenos Aires, le peuple réclamait le retour au pouvoir de Juan Perón qui venait d’être arrêté et envoyé dans un bagne militaire sur une île argentine située dans le Río de la Plata, au large de l’Uruguay. Cette manifestation géante et réussie, puisque Perón fut libéré et réinstallé au gouvernement le soir même, a donné naissance au Día de la Lealtad (la fête de la loyauté), une date célébrée dans toute l’Argentine par tous les péronistes et sympathisants. Aujourd’hui est donc un jour particulier pour l’opposition qui va certainement profiter de ce que la date tombe un samedi pour manifester une nouvelle fois contre le gouvernement libertarien actuel.

Or à la fin du premier mandat de Perón (élu triomphalement présidente de l’Argentine en 1946 contre un candidat qui représentait toutes ses oppositions et jouissait de l’appui tout à fait officiel de l’ambassadeur des États-Unis), six ans après cet historique retour triomphal du général à Buenos Aires, le 17 octobre 1951, naissait la télévision argentine, la première chaîne nationale qui, en 75 ans d’existence, a porté plusieurs noms et qui doit passer de TV Pública à Canal 7, sur une récente décision de Javier Milei et consorts.

La télévision argentine est aujourd’hui un groupe télévisuel. Il est toujours public malgré les tentatives de Milei pour le détruire, il y a trois ans, au début de son mandat. Aujourd’hui, la presse rappelle ces soixante-quinze ans d’histoire d’une institution à laquelle les Argentins sont généralement attachés, quoi qu’en dise le président actuel.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 qui fait de cet anniversaire la Une de son supplément culturel
lire l’article de La Prensa

jeudi 3 septembre 2026

La Legislatura de Buenos Aires récompense un documentaire de gauche ! [à l’affich

L'affiche rend hommage à Estela de Carlotto, la rayonnante
présidente de l'association des Grands-Mères de la Place de Mai
qui recherche les 500 enfants enlevés en bas âge à leur famille par la dictature


C’est à marquer d’une pierre blanche : la Legislatura (parlement local) de la Ville de Buenos Aires, gouvernée par la droite que l’on peut appeler classique mais qui ne s’interdit pas de temps à autre des clins d’œil au président facho-libertarien Javier Milei, vient de récompenser un documentaire produit par le groupe Octubre, celui qui possède entre autres le quotidien Página/12.

Ce documentaire en quatre parties, intitulé 1976 – Ecos de la memoria, se penche sur le coup d’État de 1976 et ses répercussions jusqu’à aujourd’hui, cinquante ans plus tard, dans la société argentine. Il est diffusé depuis le 30 août dernier sur la chaîne de télévision du groupe, El Nueve.

Cette série documentaire est le travail conjoint de trois réalisateurs, dont deux, Daniel Filmus et Tristán Bauer, ont été ministres, brillantissimes d’ailleurs, sous la présidence de Cristina Kirchner.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

consulter la chaîne Youtube du documentaire
visiter le site Internet de la série

jeudi 27 août 2026

Le candombe et toute la musique pleurent Rubén Rada [Actu]

"Adieu au musicien du peuple", dit le gros titre
du principal quotidien uruguayen
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Rubén Rada était musicien, chanteur, percussionniste, compositeur et acteur puisqu’il avait aussi joué dans divers téléfilms et feuilletons télévisuels où son sens de l’humour faisait merveille.

Le musicien de 83 ans était hospitalisé depuis un mois dans son Uruguay natal pour une affection pulmonaire qui a fini par l’emporter hier, à 15h30, alors qu’il avait encore plein de projets d’enregistrements et de spectacles. Le gouvernement uruguayen a décrété un jour de deuil officiel et il a accordé à l’artiste disparu de grands honneurs funéraires avec une veillée qui se tiendra aujourd’hui dans la salle des Pas perdus du Parlement à Montevideo, sa ville natale, à partir de 14h (la veillée sera ouverte à tous).

"Le tambour ne se taira pas", dit le gros titre
du supplément culturel quotidien de Página/12
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Rubén Rada, c’était par excellence le grand du candombe, un genre typique de la culture afro-rioplatense dont la plus grande partie s’exprime en Uruguay depuis le milieu du 19e siècle, le candombe que symbolisent les hauts tambours si reconnaissables dans les défilés de carnaval. Il en avait fait son instrument de prédilection. Au-delà du candombe, Rada avait inclus dans son œuvre tous les autres genres de la musique populaire de la région, devenant ainsi l’un des meilleurs représentants de la fusión, comme le titre Página/12 ce matin. En mêlant le candombe uruguayen, le rock, un bon nombre de genres musicaux du Brésil, pays dont sa mère était originaire, et le jazz, il avait inventé le candombe-beat et c’est ainsi qu’il est honoré dans la presse de son pays.

La tragédie qui s'est abattue sur le Népal hier
relègue à des titres secondaires la disparition du musicien
Ici, en haut à droite, à la hauteur du titre
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Dans son enfance et sa jeunesse, il avait aussi été inspiré par le cinéma états-uniens dont il se régalait gratuitement dans une salle de son quartier : Fred Astaire, Gene Kelly et Franck Sinatra ont été parmi ses premières idoles. Il les imitait et il avait ainsi absorbé l’héritage.

Rubén Rada laisse derrière lui une œuvre multi-facette de plus de 40 albums enregistrés et publiés. En avril, il avait annoncé son retour prochain sur scène. Buenos Aires espérait le recevoir dans l’une de ses grandes salles comme à chacune de ses tournées internationales.

Aujourd’hui, dans la presse, la plupart des journaux lui consacrent plusieurs articles dont La Nación qui a mis en ligne un papier illustré de six vidéos intégrées pour rendre hommage au répertoire de l’artiste. A consulter par conséquence en priorité !

Même stratégie rédactionnelle à La Nación
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La presse uruguayenne étant de moins en moins accessible ouvertement en ligne, elle est donc malheureusement peu présente dans ma revue de presse alors qu’elle est plus importante sur ce sujet que la presse argentine. El Observador republie aujourd’hui la dernière interview que lui avait accordée Rubén Rada. Il y avait abordé son rêve avorté de carrière dans le football, son peu d’amour pour l’école (il n’est même pas allé au bout du cycle primaire) et l’expérience qu’il avait faite du racisme dont il a été victime au cours de sa vie (malheureusement, la présence d’une forte culture afro-américaine en Uruguay ne préserve pas le pays de ce fléau).

A Montevideo, à l’annonce de cette triste nouvelle, les gens sont sortis dans la rue avec leurs instruments, dont ces fameux tambours, et ils lui rendent hommage en musique et en chanson.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

en Argentine :
lire l’article principal de Página/12
lire l’article de La Prensa
lire l’article principal de Clarín
lire le premier article de La Nación (reprenant hier soir une dépêche de l’AFP)
lire l’article de La Nación sur et avec les meilleures chansons de Rubén Rada
en Uruguay :
lire l’article principal de LR21 (ex-La República)
lire l’article principal de El Observador
lire la dernière interview dans El Observador qui publie l’entretien par écrit et en vidéo

samedi 2 mai 2026

Un peu de confraternité ne saurait nuire à la liberté de la presse [Actu]

"Guerre des bureaux dans la Casa Rosada", dit le bandeau
sur cette silhouette de Adorni de dos sortant du bâtiment


Il y a une semaine, le palais présidentiel refusait l’accès aux journalistes accrédités, prétendant qu’il y avait eu de la part de la chaîne d’info continue TN, du groupe Clarín, une tentative d’espionnage au sein de la Casa Rosada.

Plainte a été déposée dans ce sens devant la justice pour tenter d’impressionner les journalistes mais aujourd’hui, Karina Mileí, la sœur du président, et sa secrétaire-générale, vient de rouvrir la salle de presse du palais, mais sous conditions et avec des contrôles renforcés.

Image Google View Street de la galerie qui entoure le patio principal

La Nación en profite pour démonter les arguments présidentiels en montrant les images tournées par le journaliste de TN, d’un groupe concurrent, images qui ne présentent aucun risque pour la sécurité de la présidence. Le reportage portait en fait sur des querelles de corne-cul au sujet de l’attribution des bureaux entre les différents hauts responsables de l’institution, dont le Premier ministre lui-même. Cela ne faisait pas chic dans le paysage.

Sur son site Internet, La Nación met donc côte à côte le reportage de TN et le parcours virtuel dans la Casa Rosada disponible sur Google Street View.

Le quotidien n’est d’ailleurs pas en odeur de sainteté auprès du gouvernement libertarien puisque celui-ci lui cherche actuellement des noises, accusant le groupe La Nación de malversations dans la gestion de Movistar Arena dont il est l’un des usufruitiers.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de La Nación sur la réouverture de la salle de presse
lire l’article de La Nación sur les images de TN

mardi 28 avril 2026

1976 – Ecos de la Memoria, une série documentaire présentée à la Feria del Libro [à l’affiche]


Hier, à la Feria del Libro, le groupe Octubre a présenté sur son stand une série documentaire en quatre épisodes de 50 mn qu’il a produit et dont il a lancé la diffusion sur la chaîne progressiste Canal 9 au jour du cinquantenaire du coup d’État de Videla et consorts, le 24 mars dernier.

C’est un travail qui a réuni trois auteurs, le cinéaste Tristán Bauer, ancien président de l’INCAA, l’institut national du cinéma que Javier Milei est en train de tuer, le spécialiste de la pédagogie et de la transmission qu’est Daniel Filmus et la réalisatrice télévisuelle Carolina Scaglione. Tous les trois ont rassemblé les témoignages de nombreux acteurs survivants de la lutte pour la démocratie, l’État de droit, contre cette dictature sanglante et inique qui a fait 30 000 disparus et a arraché environ 500 enfants à leur famille légitime, dont plus de la moitié ignore encore leurs origines familiales et leur histoire.

Étaient présents, entre autres, la présidente de Madres de Plaza de Mayo Línea Fundadora ainsi que Bauer et Filmus.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 du 24 mars 2026 qui contient une interview des réalisateurs
lire le compte-rendu dans Página/12 de la projection d’hier
consulter le site Internet de la série, qui a vocation à s’enrichir avec le temps.

lundi 27 avril 2026

Le cinéma argentin passe de deuil en deuil : Adolfo Aristarain nous a quittés [Actu]

Cinéaste authentique, dit le gros titre
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Né dans le quartier de Parque Chas, dans l’ouest de Buenos Aires, en octobre 1943, le cinéaste Adolfo Aristarain est mort dans sa ville natale sans que les raisons de son décès n’aient été rendues publiques. Il avait quitté le monde du spectacle en 2004, après un grand succès cinématographique, son dernier film, Roma, qui compte aujourd’hui parmi les grands classiques argentins.


Plus que bousculé par l’instabilité constitutionnelle dans son pays tout au long de sa vie, il a vécu tantôt en Argentine tantôt en exil et il a travaillé en Espagne et à Hollywood, la patrie d’un de ses maîtres, John Ford.


On lui doit onze films qu’il a réalisés, dans des productions argentines ou internationales, et trente autres, dont il était l’assistant-réalisateur. Plus souvent récompensé à l’étranger que dans son propre pays, il y a toutefois accumulé les nominations.

Ce film a reçu une récompense en Espagne

Adolfo Aristarain a touché à de nombreux genres, dont le film policier, avec La parte del león en 1978, le romantisme militant des horizons immenses et des racines, avec Un lugar en el mundo (1992) (comprendre : quelque part dans le monde), dont l’action se passe dans les Andes de la province de San Juan, et, en 1995, le film d’aventure sur fond historique avec La ley de la frontera (où tout se passe dans les années 1910 entre la Galice espagnole et le Portugal).

Il a aussi travaillé sur la série des Pepe Carvalho, produite par la télévision espagnole, d’après les romans policiers de l’écrivain barcelonais Manuel Vázquez Montalbán.


On l’avait vu pour la dernière fois en public en 2024 lorsqu’il avait été récompensé par l’Académie du cinéma en Espagne.

A l’heure de sa disparition, la presse argentine et les médias espagnols lui rendent hommage avec la même affection et la même émotion.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

En Argentine :
lire l’article de Página/12, qui lui consacre la Une de son supplément culturel quotidien, Cultura y Espectáculos
lire l’article secondaire de La Nación
Tous les titres nationaux argentins et plusieurs titres régionaux ont mis sa photo à la Une dont le gros titre se partage toutefois entre l’attentat raté d’avant-hier contre Trump et la démonstration de F1 en plein Buenos Aires par Colapinto, le nouveau Fangio, pour qui les Argentins deviennent fous d’admiration.

En Espagne (sélection) :

lire l’article de El País
En Espagne, les unes ne parlent pas de cette disparition.

lundi 20 avril 2026

Le comédien Luis Brandoni a quitté la scène [Actu]

Faire-part de l'association des acteurs argentins sur ses réseaux sociaux


Tôt ce matin, après que les quotidiens aient tous bouclé leur édition papier, l’acteur et comédien Luis Brandoni est décédé dans une clinique de Villa Crespo, dans l’ouest de Buenos Aires. Il avait 86 ans et une soixantaine d’années de carrière derrière lui. Il était hospitalisé depuis une dizaine de jours après avoir fait chez lui une chute qui l’avait blessé à la tête. Après quelques jours d’espoir au point qu’on avait cru qu’il aurait été capable mercredi prochain, le 22 avril, de remonter sur les planches dans son spectacle en cours, son état s’était soudain aggravé, inquiétant vivement son entourage au point que l’issue fatale n’est pas vraiment une surprise. Elle arrive cependant trop tard pour qu’il ait les Unes des journaux.

Une du supplément culturel quotidien de Página/12
du lendemain (21 avril 2026)
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Sa veillée funèbre se tient en ce moment à la Legislatura de Buenos Aires, tout près de Plaza de Mayo. Après la levée du corps dont l’heure semble avoir été remontée (il était prévu que la veillée se prolongerait jusqu’à minuit aujourd’hui), le même Salón Montevideo doit accueillir vers 17h le cercueil de la danseuse María Nieves. En fin de journée, le corps du comédien sera porté en terre au cimetière de la Chacarita, à l’extrême-ouest de Buenos Aires, dans le caveau de l’Association des Acteurs argentins dont il était membre.

Les nécrologies, parfois plusieurs articles l’un derrière l’autre dans tel ou tel quotidien, retracent sa carrière au cinéma, à la télévision et au théâtre, où il jouait donc juste avant sa chute fatale. Quelques articles abordent ses positions politiques. Dans les années 1970, il avait en effet subi la persécution péroniste de la Triple A (un groupement illégal de barbouzes fondé par Isabel Perón au retour de son mari au pouvoir afin de pourchasser les « communistes » de la manière forte). Brandoni avait dû s’exiler pendant plusieurs années mais il n’en avait pas moins connu la prison pour son engagement politique non pas au sein du parti communiste mais chez les radicaux, des nationalistes alors encore à gauche (ou au centre-gauche) et passé maintenant à droite au point que nombre d’entre eux font actuellement la courte échelle à Javier Milei.

Une de Clarín du lendemain, le 21 avril 2026
Les titreurs ont fait de gros efforts de mise en page
pour l'occasion...
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Au retour de la démocratie, en 1983, Brandoni avait soutenu la présidence du radical Raúl Alfonsín. Ces dernières années, il avait soutenu l’ultra-libéral Mauricio Macri, en exprimant une acrimonie assez fielleuse envers Cristina Kirchner et ses soutiens. La situation actuelle et la personnalité incohérente et inconséquente de Javier Mileí semblaient l’inquiéter au plus haut degré pour l’avenir du pays.

Une de La Nación le lendemain, 21 avril 2026
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Luis Brandoni rêvait de faire du théâtre jusqu’au dernier jour. Il aura été presque exaucé… Ce matin, sa disparition a davantage inspiré la presse de droite que celle de gauche/

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12
lire l’article de La Prensa
lire l’article principal de Clarín
lire l’article principal de La Nación

jeudi 5 février 2026

Le cinéma et l’audiovisuel argentins contre la réforme du code du Travail [Actu]

"Un cri d'avertissement", dit le gros titre en jaune
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Les professionnels du cinéma et de l’audiovisuel se sont rendus hier au Congrès pour expliquer aux élus et à la presse le danger qu’encourent leurs secteurs respectifs, cinéma grand écran, télévision et radio publiques, puisqu’il est vrai que le diable se cache dans les détails. En l’occurrence, tel un bernard-l’hermite, le dit diable squatte deux petits articles de la grande et très dangereuse réforme du code du Travail par laquelle Javier Mileí et ses sbires veulent priver tous les travailleurs, salariés comme indépendants, des droits sociaux qu’ils ont laborieusement acquis depuis une centaine d’années.

Les deux articles dénoncés par les professionnels de l’audiovisuel suppriment certaines taxes qui servaient à financer leurs secteurs respectifs, l’INCAA pour le cinéma et les films télévisuels, Radio Nacional et Televisión Pública, menacées toutes les deux d’une privatisation imminente. Le produit des taxes restantes cesserait d’être affecté à ces secteurs mais constituerait une réserve de recettes que le gouvernement serait libre d’employer à son entière discrétion. Or, avant Mileí, l’INCAA, l’institut national du cinéma et des arts audiovisuels, avait pour mission essentielle de soutenir la production nationale ainsi que les grands événements cinématographiques du pays, dont le célèbre Festival Internacional del Cine de Mar del Plata, la plus importante rencontre du genre sur le continent sud-américain. Radio Nacional et Televisión Pública étaient, là encore avant Mileí, des acteurs essentiels pour faire vivre ces secteurs grâce à la commande publique et à la puissance de diffusion nationale et internationale (la chaîne culturelle et pédagogique Canal Encuentro avait ainsi pu signer, il y a quelques années, un accord de partenariat avec le groupe France Télévision et on a vu, notamment sur France 5, plusieurs documentaires issus de son catalogue).

Priver ces institutions de leur rôle dans le domaine, c’est réduire au chômage les professionnels du secteur et tous les travailleurs qui bénéficient de la création de postes induits autour de l’activité audiovisuelle stricto-sensu, réduire la capacité de production culturelle nationale et donc de soft-power pour le pays, réduire enfin l’attractivité touristique et économique induite, laquelle bénéficie au pays dans son ensemble ainsi qu’à ses différentes régions en particulier. Faire cela, c’est jouer perdant à coup sûr, ce qu’a toujours fait l’actuel gouvernement depuis la prise de fonction de Javier Mileí il y a un peu plus de deux ans, à l’image de ce que fait Donald Trump aux États-Unis, lui dont la politique de prétendue restauration de la grandeur nationale a les mêmes effets délétères sur le pays et son attractivité.

Les professionnels du secteur rassemblées hier seront-ils arrivés à se faire entendre ? Il faut l’espérer mais le contexte n’incite guère à l’optimisme.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 qui a fait de ce thème la Une de son supplément culturel quotidien, Cultura & Espectáculos.

mercredi 12 novembre 2025

Le Grupo Octubre lance sa chaîne d’information en continu [à l’affiche]

L'équipe journalistique de Ar/12
au centre, Victor Hugo Morales
A gauche, la marque distinctive de la chaîne : la barre oblique
que l'on retrouve aussi dans Página/12


Le Grupo Octubre, propriétaire de Página/12, de Caras y Caretas, de la radio AM 750 et de la télévision généraliste Canal 9, lance aujourd’hui sa chaîne télé d’information en continu pour faire entendre une analyse divergente de l’actualité tandis que ce secteur était détenu jusqu’à présent entièrement par des médias de droite, voire, pour le secteur public, des médias totalement alignés sur Javier Mileí et consorts.

La chaîne d’opinion (de gauche) émettra du lundi au vendredi avec les meilleures signatures du groupe et pour animateur-journaliste vedette Victor Hugo Morales, un homme très cultivé, passionné de foot et redoutablement engagé dans la militance kirchneriste. Le week-end, la chaîne fera des rediffusions de la semaine passée et diffusera des émissions originales coproduites avec Canal 9.

La Une du supplément culturel de Página/12 ce matin
avec le nom complet de la nouvelle chaîne
et un aperçu de la charte graphique que l'on retrouvera à l'écran
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A cette occasion, le site Internet de Página/12 s’est refait une beauté tant dans la mise en forme que dans le mode de fonctionnement. Il va falloir s’habituer.

Plus obscur qu'obscur, dit le gros titre
pour dénoncer le manque de transparence
du duo Bessent-Caputo, les deux ministres de l'économie,
sur l'accord entre Etats-Unis et Argentine
En haut : l'annonce de la naissance de la nouvelle chaîne
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Le groupe a expliqué qu’il a retardé le lancement de la chaîne pour ne pas entrer en collision avec la période des élections de mi-mandat.

Pas un mot sur cette nouvelle chaîne dans les autres quotidiens ! Le pluralisme médiatique n'est pas une tradition argentine.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

mercredi 8 octobre 2025

Découverte en direct sur le nouveau streaming du CONICET [Actu]


Il y a quelques mois, le CONICET, le centre national de la recherche et de la technologie, avait bouleversé l’Argentine en diffusant en direct les plongées d’une équipe de scientifiques au fond de la mer, au large de Mar del Plata. Il en était ressorti des images impressionnantes et splendides qui ont beaucoup fait pour sensibiliser le grand public aux enjeux de la science, que le gouvernement de Javier Mileí s’efforce de tuer en privant de budget universités et laboratoires.

Il y a quelques jours, le CONICET a repris ses caméras cette fois sur la terre ferme, du côté des Andes, pour montrer au public ce qu’est une fouille sur un champ de fossiles de dinosaures dans la province de Río Negro, une de celles qui donnent le plus de découvertes en la matière.

Et hier, en direct, les paléontologues sont tombés sur un œuf de dinosaure presque entier et parfaitement fossilisé.

C’est La Nación ce matin qui en parle avant que sans doute d’autres journaux reprennent eux aussi la nouvelle.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

vendredi 27 juin 2025

L’Argentine salue Lalo Schifrin, mort à Hollywood [Actu]

"La vie en musique", dit le gros titre
du supplément culturel de Página/12
La rédaction a choisi une photo prise à Paris, en 2016,
lorsque le compositeur a été commandeur des Arts et des Lettres
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Le célèbre compositeur de cinéma n’appartenait plus à l’Argentine depuis longtemps mais au monde entier. Il vient de mourir à Los Angeles à l’âge respectable de 93 ans.

C’est Dizzy Gillespie, alors en tournée, qui l’avait remarqué dans un café de Buenos Aires où il jouait avec son groupe. Il l’avait aussitôt emmené aux États-Unis où Lalo Schifrin n’a pas tardé à briller de mille feux.

On lui doit les bandes-son de nombreux classiques d’Hollywood et de la télévision américaine (dont la série originale de Mission impossible en 1966 ou Starsky et Hutch) et c’est cette carrière remarquable que la presse argentine salue ce matin non sans fierté. Pourtant, à peu près tout le monde avait oublié qu’il était argentin !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12
lire l’article de La Prensa
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación

vendredi 20 juin 2025

Un documentaire de La Nación récompensé par le Rey de España 2025 [à l’affiche]

Visuel de présentation du documentaire
(Il s'agit d'une procession à Santiago del Estero)


Le documentaire de moyen métrage, Mama Antula, una historia del milagro argentino ‑ Cómo fue la vida de la santa que sorprendió a Occidente, raconte la vie et l’œuvre spirituelle de la première canonisée argentine, portée sur les autels par le pape François le 21 février de l’année dernière.

Native de Santiago del Estero, dans le nord-ouest argentin, et morte à Buenos Aires, où elle fut immédiatement canonisée par la vox populi, Mama Antula a permis à la spiritualité ignacienne de survivre à l’expulsion des jésuites à la toute fin du régime colonial, sous Carlos III, et de prospérer. Son activité pastorale et missionnaire intense et couronnée de succès, notamment dans les élites du vice-royaume, avait surpris les théologiens et les prélats qui en entendirent parler en Europe, jusqu’au sein de la Curie romaine.

Le documentaire, de Matías Boela et Cecilia Miljiker, produit par La Nación, pour la chaîne de télévision du groupe, a été tourné, en 2024, à Santiago del Estero, Río Gallegos, Buenos Aires et Rome, où le pape François a bien voulu apporter sa propre contribution, grâce à l’entremise de la correspondante en Italie du journal, Elizabeta Piqué, une excellente journaliste qui avait un accès privilégié auprès du Saint-Père, privilège de leur nationalité commune.

Le portrait de la nouvelle sainte
pendu à l'un des balcons de la basilique Saint-Pierre de Rome
le jour de la canonisation


Le film est distingué pour sa narration innovante, sa rigueur historique (1) et sa qualité cinématographique, dans la catégorie Journalisme culturel.

Cecilia Miljiker a reçu le prix à Madrid des mains du roi d’Espagne, accompagnée de son épouse, elle-même ancienne journaliste de télévision. C’est la deuxième production de La Nación qui reçoit cette distinction, ce dont le premier quotidien historique de l’Argentine s’enorgueillit à juste titre.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :
lire l’article de La Nación
visionner le documentaire sur la chaîne Youtube de La Nación



(1) Pourtant dès les premières images, on voit que le film tombe dans le piège de l’éternel cliché concernant Mama Antula : un gros plan de deux pieds nus, parfaitement propres, marchent à même la terre. C’est la représentation traditionnelle de Mama Antula, en image pieuse, en statue, en tout ce que vous voulez... La sainte a été décrite par les contemporains, notamment lorsqu’elle a fait son entrée dans Buenos Aires, comme « descalzada », déchaussée en français, ce qui veut dire qu’elle vivait pieds-nus dans des sandales, en signe de pauvreté, d’humilité et de renoncement, au lieu d’être « calzada », chaussée, ce qui voulait dire à cette époque porter bas de soie et souliers fermés, comme le faisaient ordinairement ceux qui, hommes comme femmes, en avaient les moyens, y compris dans les rangs du clergé séculier et chez certains ordres réguliers qui ne refusaient pas ce confort ordinaire à leurs membres. Comme d’habitude, les Argentins, qui nagent toujours dans les anachronismes, même quand ils sont des historiens patentés, ont interprété cette indication de manière littérale. Et pour leur retirer cette image du cerveau et la corriger, il faut se lever de bonne heure !

jeudi 29 mai 2025

La juge à la demi-solde ! [Actu]

"Mise à pied de la juge Makintach pour 90 jours",
dit le gros titre du journal de la droite catholique réactionnaire
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La Cour suprême de la Province de Buenos Aires a mis à pied, à titre conservatoire, la présidente du tribunal qui jugeait les médecins, la psychologue et les infirmiers qui devaient veiller sur Diego Maradona au moment de sa mort. La Cour a en effet jugé que la magistrate de San Isidro, dans la banlieue nord de Buenos Aires, avait manqué aux devoirs de sa charge et à la dignité de sa fonction en participant, clandestinement, au tournage d’une série documentaire sur le procès en cours, un documentaire qui allait la mettre en vedette, un documentaire scénarisé jusqu’au verdict final et filmé, dans le prétoire, à l’insu de tout le monde jusqu’à ce que le pot-aux-roses soit découvert au début de la semaine. Il s’avère que le premier épisode de la série est déjà monté et prêt à la diffusion, ainsi que la bande-annonce, qui circule un peu partout.

La juge passe donc à mi-salaire pendant 90 jours, période renouvelable jusqu’à ce que l’équivalent du conseil de discipline puisse siéger et statuer. Théoriquement, il doit prononcer soit sa réintégration soit son exclusion définitive de la magistrature.

En l’état de connaissance publique des faits qui lui sont reprochés et des preuves rassemblées, la réintégration n’est pas envisageable. Il faudrait pour cela qu’elle dispose d’une défense exceptionnellement solide ou qu’elle puisse corrompre ses juges, les deux étant assez difficiles eu égard à la publicité du scandale. De toute façon, si elle était réintégrée après un tel esclandre, des émeutes populaires seraient à craindre d’autant que pour le moment, la province est encore gouvernée à gauche, par un gouverneur en opposition ferme à Mileí, pour qui tout est bon à vendre, y compris sans doute la justice.

Il ne lui reste donc que le choix entre la démission (le plus probable) ou l’exclusion prononcée par le conseil de discipline dans un délai encore indéfini. Avant-hier, elle a déjà été licenciée par l’université où elle dispensait des cours de droit pénal.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12
lire l’article de La Prensa
lire l’article de Clarín
lire l’article de Une de La Nación, un billet d’opinion pour l’occasion.

mercredi 28 mai 2025

Rebondissement dans le « procès Maradona » : une juge est débarquée [Actu]

"Que D10S [Dieu le 10] lui pardonne", dit le gros titre
avec deux jeux de mots : D10S, qui est ancien,
et perdonar qui veut dire à la fois pardonner, absoudre et gracier
La photo représente la juge sur fond de palais de justice à San Isidro
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Les thérapeutes, qui étaient censés veiller sur Diego Maradona, el 10, D10S, à sa sortie de clinique après une opération au cerveau dont l’utilité est fort contestée et qui étaient en charge de sa santé lorsqu’il est décédé dans un abandon invraisemblable, étaient en train de passer en jugement depuis plusieurs semaines à San Isidro, banlieue cossue de Buenos Aires où les faits se sont produits.

"Quelle honte !" s'exclame le gros titre à droite
sur une photo de la jolie juge à la cervelle de moineau
En bas : audience présidentielle pour RFK, l'affreux jojo
qui sert de ministre de la Santé à Trump,
photographié hier à côté de Mileí et avec la tronçonneuse.
Quels crétins !
Le gros titre principal parle des gros billets que le gouvernement
aimerait bien que les Argentins sortent de dessous le matelas
pour les investir dans l'économie brinquebalante du pays
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Or il y a quelques jours, on a découvert que la présidente du tribunal avait signé un contrat pour faire de ce procès retentissant une juteuse série documentaire dans laquelle elle aurait tenu la vedette et pour laquelle elle était filmée à tout moment, avant, pendant et après les audiences. Personne n’en savait rien avant cette découverte fortuite. Pire que cela encore : la série documentaire était d’ores et déjà scénarisée de bout en bout, avec une histoire déjà découpée en séquences narratives et cinématographiques, avec un commentaire en voix off écrit de A à Z et avec un dénouement comportant des condamnations déjà fixées.

"Maradona : sur un nouveau scandale, la juge
a dû s'en aller. Décision à venir sur ce qu'il se passera pour le procès",
dit le gros titre au-dessus du visage de la juge démie
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La juge vient donc d’être débarquée et le procès est suspendu. On ne sait ni si ni quand il pourra reprendre, ce qu’il en sera des audiences qui ont déjà eu lieu ni ce qu’il adviendra de l’ensemble du dossier, alors que les débats avaient fait apparaître la gravité du délaissement du patient et le maintien à distance des membres de sa famille dès qu’un Maradona impotent avait été (fort mal) installé dans cette maison inconfortable, où il n’a survécu que quelques jours.

Sous la photo de la juge seule dans un couloir
du palais de justice de San Isidro :
"Maradona : dessaisissement de la juge au scandale"
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C’est un scandale considérable, comme le montrent ces Unes, car il met à nouveau à jour le rare degré de corruption auquel s’est abaissée une partie de la magistrature. Or cette fois-ci, c'st au vu et au su du monde entier, eu égard à la personnalité de la victime des crimes, délits et manquements professionnels qui arrivent dans le prétoire.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :
lire l’article principal de Página/12
lire l’article de Página/12 qui donne le scénario complet du documentaire avorté (ce n’est pas le seul quotidien à révéler l’intégralité de l’« œuvre »)
lire l’article de La Prensa
lire l’article principal de La Nación
lire l’article de La Nación sur l’avalanche de plaintes et de demandes de révocation de la magistrate
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