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vendredi 5 avril 2024

Exposition de Hermenegildo Sábat au Museo de Arte decorativo à Buenos Aires [à l’affiche]

Affiche de l'exposition


Le défunt peintre et dessinateur de presse Hermenegildo Sábat, dit Menchi, qui a fait la majeure partie de sa carrière journalistique dans la rédaction de Clarín, fait l’objet depuis hier d’une rétrospective, la première depuis sa mort, au Museo Nacional de Arte Decorativo à Buenos Aires.

L’exposition a été inaugurée avec le ban et l’arrière-ban du groupe Clarín et durera jusqu’au mois de juin.


Beaucoup de portraits et de caricatures, pour lesquels Sábat avait un talent exceptionnel et un trait tout à fait reconnaissable.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Clarín d’avant-hier
lire l’article de Clarín d’aujourd’hui
lire l’artilcle de La Nación d’hier

mercredi 3 octobre 2018

Miguel Rep, Max Aguirre et Liniers, entre autres, rendent hommage à Sábat -Article n° 5700 [Actu]

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Menchi
Avec la disparition de Menchi, c'est un vieil humanisme qui quitte le dessin et les arts graphiques.
Hermenegildo est arrivé d'Uruguay avec sa famille pour rester ici et il a apporte son incroyable talent à La Opinión et Clarín (1)
Avec son beau trait, ses tons nuancés, son sens de l'observation et de la synthèse, il a traversé toutes les années 70, 80, 90, 2000 et presque, presque toutes les années 2010.
Il a peint, joué du jazz, gagné des prix, parlé (peu), photographié, révéré, cultivé des amitiés, relevé de son prestige toutes les pages où il a publié.
Et en ce qui me concerne, je ne verrais ni ne dessinerais les visages comme je les dessine quand j'en ai besoin si je n'avais pas observé Menchi, ni étudié ses merveilles.
Tous nos journaux du Río de la Plata sont en deuil.
Rep dans Página/12
Traduction © Denise Anne Clavilier

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Il était, il est et il restera si grand que c'était la seule façon de lui rendre un hommage à sa juste mesure.
Max Aguirre dans La Nación
Traduction © Denise Anne Clavilier

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Aujourd'hui, c'est dur de dessiner
parce que ma plume n'arrête pas de pleurer.
A Sábat. Merci, Maestro.
Liniers dans La Nación
Traduction © Denise Anne Clavilier



(1) Derrière, on voit la marque Buquebus, l'enseigne d'une compagnie de ferries qui fait la liaison entre Buenos Aires et Montevideo.

Hommages à Menchi Sábat le lendemain [Actu]

"Uruguayen des deux rives",
dit le gros titre sur la photo en noir et blanc
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Comme on pouvait s'y attendre, la mort hier du dessinateur de presse Hermenegildo Menchi Sábat inspire de nombreux articles élogieux dans la presse, y compris dans Página/12 dont les deux dessinateurs de la rédaction, Miguel Rep et Daniel Paz, se sont joints au reste de leurs confrères, passant outre les désaccords politiques, partisans et idéologiques, qui existaient entre eux et Sábat, qui n'avait pas ménagé Néstor et Cristina Kirchner.

L'information est traitée en manchette
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Clarín est naturellement le quotidien qui publie le plus d'articles, dont plusieurs textes amicaux et fraternels et une ample galerie des meilleurs dessins publiés dans ses colonnes.

La Nación a fait les mêmes choix :
manchette pour Sábat et photo centrale pour le football
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La Nación a publié les témoignages d'un grand nombre d'autres dessinateurs, que chacun ou presque a illustré de son portrait du disparu, sauf Rep qui a préféré montrer une photo de lui aux côtés de Sábat. Une photo qui témoigne d'une relation des plus cordiale, ce dont un lecteur de La Nación aurait pu douter.

Hommage annoncé en colonne de gauche
tandis que les photos parlent de foot (en bas), de corruption (en haut) et de dollar (à droite)
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A Montevideo, la presse est moins disserte et pourtant, Sábat était originaire d'Uruguay.

Une manchette en couleur pour Sábat (en haut à droite),
avec un dessin de Daniel Paz
Le football à côté, en tout petit
et en gros titre, l'analyse de la baisse du pouvoir d'achat des salariés

Pour en savoir plus :

mardi 2 octobre 2018

Adieu à Hermenegildo Sábat [Actu]

L'artiste dans son bureau de Clarín
C'est la photo d'Ariel Grinberg que le journal a choisie pour rendre hommage en ligne à son dessinateur

Le peintre et caricaturiste Hermenegildo Sábat, qui dessinait dans les colonnes de Clarín depuis 1973 (début de la dictature en Uruguay, son pays natal), avait 85 ans. Comme Charles Aznavour, il est mort dans son sommeil.

La Esquina Homero Manzi, côte avenida Boedo, telle que je l'ai vue, en août 2007

On doit à son talent exceptionnel un certain nombre d'œuvres exposées dans l'espace public, notamment à Buenos Aires, dans les couloirs d'une station de métro et sur la façade de la Esquina Homero Manzi, l'un des bares notables du quartier de Boedo. Il existe en particulier un très célèbre portrait de Aníbal Troilo que l'on retrouve sur de nombreuses cartes postales dans les kiosques de la rue Florida et dans toute la rue Defensa !

Une caricature du président Carlos Menem
tirée de ses archives par la rédaction de Clarín aujourd'hui

Dans les colonnes de Clarín à Buenos Aires et de El País, à Montevideo, il croquait l'actualité avec ce trait caractéristique qui n'appartenait qu'à lui. L'une de ces caricatures avait mis très en colère Cristina Kirchner alors au début de son mandat présidentiel. Elle s'était dite blessée par le traitement graphique reçu et il faut dire que le crayon de Sábat pouvait être très cruel !

C'est un grand artiste qui disparaît. Demain, il est probable que l'hommage sera dans tous les journaux des deux côtés du Río de la Plata.

Pour en savoir plus :

vendredi 11 juillet 2014

Pichuco para siempre [Troesmas]


Pichuco interprétant Mi noche triste, dans le film homonyme

L'Argentine célèbre aujourd'hui les cent ans de Aníbal Troilo, dit El Gordo, dit Pichuco, né dans le quartier de l'Abasto, le 11 juillet 1914,
dans une Argentine très loin des bruits de botte qui montaient par chez nous.

Carlos Gardel avait 23 ans, il était Français et il était mobilisable, bien que vivant en Argentine, il ne s'était encore jamais présenté sous les drapeaux.


Le règne des payadores était sur sa fin. Le suffrage universel masculin venait d'être instauré pour les citoyens nés argentins. La Generación del Ochenta allait bientôt laisser la place au premier gouvernement de gauche démocratiquement élu.

Pichuco, encore et toujours au cinéma...
Muñeca brava, chanté par Alberto Castillo, dont certains disent qu'il fut son chanteur préféré.

Ci-dessus, une caricature de Pichuco, avec l'un de ses plus grands chanteurs, El Polaco Goyeneche, œuvre du peintre Hermenildo Sábat, qui exerce ses talents dans la rédaction de Clarín et voit son travail sur Troilo exposé actuellement à la Usina del Arte, dans le quartier de la Boca,  jusqu'à la fin de cette semaine.

lundi 7 juillet 2014

Semaine Pichuco à la Usina del Arte [à l'affiche]

Caricature de Troilo par Hermenegildo Sábat

La Ville de Buenos Aires rend hommage tout au long de la semaine à Aníbal Troilo (11 juillet 1914-18 mai 1975) à la Usina del Arte, grand centre culturel du quartier de la Boca.

La manifestation commence aujourd'hui, avec une grande photo de bandonéonistes devant l'Obélisque, et toute une série de concerts, projections, conférences, expositions et présentations d'ouvrages.

La Gran Orquesta de Buenos Aires, Horacio Ferrer, Oscar del Priore, Raúl Garello et Herminegildo Sábat seront parties prenantes de cette semaine dont toutes les propositions sont gratuites et d'accès libres (dans la limite des places disponibles).

Pour en savoir plus, consultez la page de Usina del Arte consacrée à cette semaine exceptionnelle.

mercredi 11 décembre 2013

Pour fêter la Fête Nationale du Tango [Coutumes]


C'est l'image que la revue spécialisée argentine El Tangauta vient de diffuser auprès de tous ses abonnés... Joli, non ? Cette caricature de Gardel, hyper-connue, est due au talent du dessinateur de presse uruguayo-argentin Hermenegildo Sábat, qui exerce ses talents dans la rédaction de Clarín.

Le journaliste Leonardo Liberman, grand spécialiste de la musique sur Radio Nacional, consacre à cette fête un article de son blog, El Mirador Nocturno...

Image extraite du blog El Mirador Nocturno

dimanche 26 septembre 2010

Sortie en août d'un catalogue philatélique sur Gardel [Disques & Livres]


Luis Alposta (à gauche) lors de la présentation officielle de Carlos Gardel y la filatelía.
L'auteur, José Campoy Fernández, est de l'autre côté de la table, en train de rajuster sa cravate.

En août dernier, le vendredi 20 août 2010 à 19h, en son siège de Perón 1479, dans le quartier de San Nicolás, la FAEF, la Fédération Argentine des Entités Philatéliques, publiait un tout premier catalogue des timbres consacrés à Carlos Gardel dans le monde entier depuis 1974 jusqu'à cette année, un travail colossal de recension dû au talent d'un Espagnol, José Campoy Fernández, qui présentait l'ouvrage ce soir-là, avec le président de la FAEF, un représentant de Correo Argentino et Luis Alposta (1), qui en a rédigé la préface...


Luis Alposta a fait ce soir-là un laïus qui a beaucoup intéressé les philatélistes rassemblés dans la salle, sur toutes les originalités de Gardel, qui fut un pionnier dans de très nombreux domaines, artistiques, techniques et même symboliques : il est en effet le premier Argentin (2) à avoir connu une gloire internationale qui perdure bien au-delà de sa mort.

Ce catalogue, où la France, pourtant terre natale de Carlos Gardel comme l'attestent les documents de l'état-civil du département de la Garonne (3), n'est que peu représentée (4), commémore le 75ème anniversaire de la mort de l'artiste et accompagne la sortie presque conjointe d'un timbre commémoratif de Correo Argentino et d'une carte postale pré-timbrée émise elle aussi par cette institution, avec pour chacun d'entre eux une oblitération spécifique (matasello, "qui tue le timbre", en Argentine).



Au sujet du timbre, dont le motif est de la main de Luis Alposta, voir mon article du 24 juin 2010. Au sujet de la carte pré-timbrée, dont l'illustration est due au peintre et caricaturiste de presse uruguayen installé à Buenos Aires (5) Hermenegildo Sabát, voir mon article du 9 juillet 2010.

Le catalogue est en vente au siège de la FAEF, Perón 1479, 4ème étage, à Buenos Aires, au prix public de 40 pesos argentins (voir le site de la FAEF)

Ci-dessus : la première page du libre, dûment oblitéré avec les deux cachets et la dédicace de l'auteur à votre servante...


(1) Ce portrait succinct de Carlos Gardel réalisé par Luis Alposta l'a été dans le cadre d'un concours franco-argentin de caricature pour les 50 ans de la disparition du chanteur. Il a été à ce titre la première caricature argentine à franchir l'Atlantique par fax, ce qui est l'une des originalités, posthume celle-là, du Zorzal Criollo. Cette caricature, Luis m'a autorisée à la reproduire dans mon livre, Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, ed. du Jasmin, p. 98. Elle est aussi reproduite dans ce blog, dans l'un des articles sur Luis Alposta et les voeux de fin d'année (ou de début d'année). Je vous laisse fouiller dans les archives, à l'aide des raccourcis de la Colonne de droite et du moteur de recherche interne, en haut, à gauche.
(2) La nationalité de Gardel fait l'objet d'une polémique sans fin. Sur le plan strictement juridique, Carlos Gardel est resté français toute sa vie. Sur le plan psychologique, culturel et individuel, Carlos Gardel est incontestablement argentin. C'est en Argentine et précisément à Buenos Aires qu'il a passé toute son enfance, sauf les 28 premiers mois vécus à Toulouse. Politiquement et à titre posthume, il est revendiqué autant par l'Argentine, qui l'a donc vu grandir et vivre, que par l'Uruguay, pour des raisons que j'explique dans la note suivante. Le procès de naturalisation argentin achevé en 1924 par la remise d'un passeport argentin et d'un livret militaire (à un homme de 34 ans qui n'avait jamais porté les armes) est entaché de vices de forme, puisqu'il a été conduit à partir d'un certificat de naissance délivré par les autorités consulaires uruguayenne et lui-même invalidé pour vice de forme par la justice uruguayenne à la fin de 1935, après la mort de Gardel.
(3) La naissance de Carlos Gardel à Toulouse est une réalité historique abondamment documentée (11 décembre 1890, à l'hôpital Saint-Joseph des Grave, aujourd'hui hôpital des Graves) mais que de très nombreux Uruguayens contestent. Eux préfèrent croire que Gardel est bel et bien né à Tacuarembo, dans le nord de leur pays, suivant en cela les informations contenues dans les documents d'identité dont l'artiste était porteur au moment de sa mort. Carlos Gardel, né en France et donc indubitablement français de ce seul fait, n'a pas répondu à l'ordre de mobilisation générale d'août 1914. Il ne pouvait donc plus se faire faire de passeport par les services du Consultat de France à Buenos Aires. Il a donc eu recours, jusqu'à la fin de sa vie, à des papiers de complaisance qui le faisaient naître en Uruguay, un pays qui pratique comme la France et comme l'Argentine le droit du sol mais qui ne disposait pas (et ne dispose peut-être toujours pas) d'accord d'extradition avec la France. Ce pour quoi Jacques Médecin, ancien maire de Nice, avait fini par s'y réfugier lorsque la justice française commençait à s'intéresser d'un peu trop près à certains de ses agissements. Ce pour quoi il est possible qu'il ait été choisi, ainsi si Carlos Gardel était convaincu d'avoir fraudé dans son procès de naturalisation, il aurait encore pu être réclamé en tout point de la planète par l'Uruguay, comme l'un de ses ressortissants, et donc échapper ainsi au triste sort que la justice française réservait alors aux déserteurs de la Grande Guerre.
(4) Les deux seuls timbres qui rendent hommage à Carlos Gardel et qui aient été émis par la Poste Française l'ont été dans le cadre d'une opération conjointe avec Correo Argentino, le 24 juin 2006, pour les 71 ans de sa mort (date tordue s'il en est) et ont été confiés, côté français, au peintre argentin installé en France, Antonio Segui. L'un des timbres représente un bandonéoniste difforme et sinistre, et l'autre les jambes, tout aussi difformes, d'un couple de danseurs dans une posture où la sensualité subtile du tango brille par son absence et sur le plan technique comme sur le plan du style on ne peut plus fausse (les jambes sont fléchies et les fesses saillantes). A l'issue de la présentation officielle, avec des visages effarés et une tristesse incroyable dans les yeux, plusieurs Argentins sont venus vers moi pour me prendre à témoin de la laideur des timbres français (son los sellos más feos de todos) et de leur très lointain rapport avec le tango et avec Gardel... Que la France, ce pays qu'ils admirent tant, ne soit pas capable d'abandonner les clichés et la pensée unique artistico-bien pensante des salons parisiens pour rendre un hommage simple et digne à l'enfant du pays leur fait mal au coeur et cause un dommage inutile et durable à l'image de notre pays, déjà bien assez mise à mal par les comportements du Président de la République actuel qui font rigoler tout Buenos Aireds... Que vouliez-vous que je leur dise ! A moi aussi, une maison d'édition (qui n'est pas le Jasmin, bien entendu) avait voulu m'imposer Antonio Segui pour la couverture de Barrio de Tango. J'avais refusé (j'ai rudement bien fait, la couverture de Jorge Muscia a une autre authenticité, et ça s'est vu à Buenos Aires !) On m'avait répondu, comme si c'était un argument suffisant en soi : "Mais c'est un peintre très coté" Et alors ? On peut être argentin, et peintre très coté (ou un prof de tango très présent parmi les annonceurs des sites de tango), vendre très cher ses oeuvres (ou ses cours de danse) et ne rien connaître pour autant au tango des tangueros... Ces réactions de ces philatélistes portègnes découragés par cette page consacrée à la Poste française m'ont réconfortée face au souvenir déplaisant que j'avais conservé de ce bout d'une conversation par ailleurs fort agréable sur tout le reste. Dans ce catalogue philatélique, ni la Belgique ni la Suisse ne sont présentes. En font partie l'Argentine et l'Uruguay (ça, on s'en doutait), la Colombie (c'est normal, c'est dans ce pays qu'est mort Gardel le 24 juin 1935), le Salvador, le Niger, la République de Sao Tomé, l'Espagne et le Mexique, la demi-présence française n'étant elle-même nichée que dans cette émission bilatérale avec l'Argentine et donc dans les pages consacrées à ce pays.
(5) Hermenegildo Sabát travaille à la rédaction du quotidien Clarín.

vendredi 9 juillet 2010

Carte postale pré-timbrée en hommage à Gardel [Troesma]

En plus du timbre commémoratif, sorti le 23 juin 2010 à Buenos Aires, à la veille du 75ème anniversaire de la mort de Carlos Gardel (et qui porte l’effigie de l’artiste croquée par Luis Alposta), la Poste Argentine (Correo Argentino) a sorti mardi 6 juillet une carte-postale prétimbrée (appelée en Argentine entero postal) illustrée par le caricaturiste uruguayen installé à Buenos Aires, Hermenegildo Sábat, qui travaille comme journaliste dans la rédaction du quotidien Clarín.

La carte est en vente au prix de 1,50 $ (peso argentin) au bureau de poste de la esquina Perón et 25 de Mayo, dans le centre de la capitale. Elle restera en vente jusqu’à épuisement des stocks.

Merci à Luis Alposta qui a largement diffusé les images de cette carte.

samedi 26 juin 2010

Pour philatélistes : la nouvelle chronique de Luis Alposta dans Noticia Buena [Troesma]

Comme vous avez pu le lire dans l'un des articles que j'ai publiés jeudi 24 juin, pour les 75 ans de la disparition de Carlos Gardel, Luis Alposta a fourni le motif du timbre que la Ville de Buenos Aires vient d'éditer à l'occasion de cet anniversaire.

Aujourd'hui, Luis publie une nouvelle chronique dans sa page Mosaicos Porteños qu'il tient tous les quinze jours sur le site du journaliste Marcelo Villegas, Noticia Buena : cette nouvelle chronique, il la consacre à la toute première série de timbres qui ait rendu hommage en Argentine à Carlos Gardel. Il s'agissait d'une initiative du tanguero japonais Joji Kanematzu et qu'avec le chanteur-compositeur Edmundo Rivero et le poète et compositeur Enrique Cadícamo, Luis appuya en Argentine à partir de juin 1984 lorsque le pays préparait les célébrations marquant les 50 ans de la mort du Zorzal Criollo. Une année 1985 qui vit aussi la pose du très beau mural fileteado que le Maestro León Untroib a peint pour la station de métro Carlos Gardel, au pied du bâtiment de l'Abasto.

Les trois tangueros Argentins et leur ami japonais présentèrent donc un dossier à la Commission Nationale d'expertise pour l'Emission de timbres commémoratifs, laquelle finit par accepter l'idée et émit en effet trois timbres, dont les motifs furent dessinés respectivement par les fileteadores Severi et Arce, qui exercent toujours, le caricaturiste de presse uruguayen Hermenegildo Sabát, qui vit à Buenos Aires depuis de nombreuses années et travaille à la rédaction de Clarín, et Alonso qui représenta un Gardel tel que le virent les Parisiens au début des années 20, déguisé en gaucho d'opérette (c'était la grande mode de l'exotisme facile et Gardel s'y prêta le temps de se faire connaître).

La chronique de Luis raconte donc cette histoire avec l'érudition discrète dont il fait preuve à chacune de ces petites vignettes que je vous invite à découvrir sur le site, dans une langue très simple, vraiment facile à lire dans le texte.

En illustration audio de cette vignette (vous savez qu'il y a toujours un document audio en bas de la page, un document que Luis tire de sa collection personnelle à la richesse et la variété inimaginables), vous entendrez Carlos Gardel chanter Anclao en París, un tango que lui écrivit Enrique Cadícamo à la demande du compositeur et guitariste Guillermo Barbieri qui a signé la partition. Bien entendu, Anclao en París fait partie de Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, éd. du Jasmin, mai 2010 (page 284).

Un mot encore sur Joji Kamenatzu (en transcription argentine,Yoyi Kamenatz) : grand admirateur de la chanteuse et compositrice Rosita Quiroga, à qui il écrivit un jour son admiration dans un espagnol parfait, il fut, par l'intermédiaire de la chanteuse, qui fut une patiente et une amie de Luis, un ami personnel de ce dernier. Ils se sont connus au Japon lors du premier voyage que Luis fit dans l'archipel. Joji Kamenatzu vécut ses dernières années, en se partageant entre le Japon et Buenos Aires, où il est décédé, comme il l'avait souhaité, et où il est enterré. C'est en très grande partie grâce à son aide que Luis a écrit son passionnant essai historiographique, El Tango en Japón, qui reste aujourd'hui l'unique ouvrage sur l'histoire du genre dans l'archipel nippon (ed. Corregidor, Buenos Aires, 1987). La plaque commémorative qu'ils ont tous les quatre posée sur la tombe de Carlos Gardel, le 24 juin 1985, je l'ai prise en photo en août 2007 et elle illustre l'une des pages de Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, déjà cité, tout comme l'autre photo, que vous trouverez sur la page de Noticia Buena de cette quinzaine, celle qui représente Joji Kamenatzu, Luis, Enrique Cadícamo et Edmundo Rivero, que Luis m'a gracieusement autorisée à reproduire dans mon ouvrage (1).



(1) la photo de groupe, qui en fait n'est pas exactement celle que Luis a choisie pour Noticia Buena mais une autre qui a été prise lors de la même séance de pose près de la tombe de Gardel, à quelques secondes d'intervalle, se trouve à la page 288 du bouquin (dans l'esquina intitulée La traversée du siècle et consacrée à la notice biographique d'un poète, je vous laisse deviner lequel. Franchement, ce n'est pas difficile).
La photo de la plaque commémorative, qui a été apposée sur le côté latéral de la tombe, sur le piédestal de la statue, se trouve à la page 297, dans une esquina qui s'intitule Simple escale technique et dont la clé du titre vous sera suggérée par l'article que j'ai consacré jeudi à la mort de Carlos Gardel, Alfredo Le Pera, son parolier et scénariste privilégié, Guillermo Barbieri et Angel Riverol, deux de ses guitaristes, dans un accident au sol sur un aérodrome colombien. La clé complète du titre est fournie par l'esquina elle-même dans le bouquin (vous ne croyez pas qu'en plus, je vais vous la livrer comme ça !).
Malheureusement, il y a sur cette page et celle qui lui fait face un petit défaut de fabrication. Allez savoir pourquoi, il manque les numéros de page. Mais la page d'avant et la page d'après sont, elles, numérotées. Aucun risque donc de vous perdre dans les 384 pages du livre ni dans le disque Melopea de 22 pistes qui l'accompagne et dont vous avez la description à la page 350 (la table des matières vous permettra d'ailleurs de la retrouver).

vendredi 5 juin 2009

Hommage à Alfredo Le Pera [Troesmas]

Ces jours-ci, Alfredo Le Pera aurait 109 ans. Il est né en effet au début juin 1900, au Brésil, où ses parents, de nationalité italienne, avaient immigré. On ne sait pas avec précision s’il est né le 4 ou le 6 juin. Dans le doute, je coupe la poire en deux et je publie cet hommage le 5 juin.

Quelques semaines après la naissance de leur fils, les parents Le Pera décidèrent de continuer leur migration un peu plus vers le sud. Et c’est ainsi qu’Alfredo Le Pera deviendra de fait un Portègne dans l’âme...

Alfredo Le Pera, on le sait ou on ne le sait pas, est décédé à Medellín, en Colombie, le 24 juin 1935, dans le même avion que Carlos Gardel, au cours de cette tournée qu’il avait lui-même montée à travers l’Amérique Centrale, les Caraïbes et tout le nord de l’Amérique du Sud. Tous les deux, avec leurs deux secrétaires, l’un anglophone l’autre hispanophone, et leurs guitaristes, se rendaient de Bogotá à Cali, où ils étaient attendus le soir même au théâtre Jorge Isaac pour l’un des derniers concerts de cette interminable tournée, partie de Buenos Aires en décembre 1933, et qui les avaient menés à New York (où Gardel avait tourné plusieurs films écrits par Alfredo Le Pera), Paris, la Côte d’Azur, Toulouse bien sûr pour un salut à la famille de Carlos Gardel, puis l’Amérique centrale etc...

Alfredo Le Pera, journaliste et critique théâtral, avait surgi dans le tango en 1931 en écrivant avec Enrique Santos Discépolo un tango, Carillón de la Merced (Carillon de l’église de la Miséricorde), pour une revue de la chanteuse Tania, la compagne de Discépolo, dans un théâtre de Santiago du Chili. On dit que la revue était un four et que Carillón de la Merced sauva le spectacle du désastre (ici, dans une interprétation du Polaco Roberto Goyeneche, en 1979, avec l'orchestre de Armando Pontier). Plus tard, en 1932, journaliste correspond d’un quotidien argentin à Paris, Le Pera est présenté à Carlos Gardel par les producteurs de la Paramount, dans les studios de laquelle, à Joinville, Gardel tourne ses premiers longs métrages parlants (et musicaux). Alfredo Le Pera est mis à contribution aussitôt pour écrire quelques tangos, quelques scènes, co-écrire telle ou telle partie du scénario. La collaboration fut très vite scellée entre le musicien et le poète et c’est ainsi qu’Alfredo Le Pera est devenu l’auteur des derniers tangos de Gardel, ceux où le compositeur qu’il était s’épanouit dans sa pleine maturité.

L’accident de juin 1935 nous prive à jamais de savoir comment ils auraient évolué tous les deux, dans quelle direction ils seraient partis, quel nouveau visage ils auraient donné au tango. Mais le destin a voulu qu’ils nous laissent, comme en cadeau d’adieu, des chefs d’oeuvre comme El día que me quieras, Por una cabeza, Soledad ou Volver, l’un de leurs tout derniers tangos, écrit à New York, vers avril 1935, pour le film El día que me quieras, où Astor Piazzolla, tout jeunot, 13 ans seulement, fait une brève apparition comme saute-ruisseau sur-excité...

Volver,
con la frente marchita,
las nieves del tiempo
platearon mi sien.
Sentir,
que es un soplo la vida,
que veinte años no es nada,
que febril la mirada errante en las sombras
te busca y te nombra.
Vivir,
con el alma aferrada
a un dulce recuerdo, que lloro otra vez.

Rentrer…
avec le front ridé,
les neiges du temps
ont argenté ma tempe.
Sentir…
Que la vie n’est qu’un souffle,
Que vingt ans ne sont rien,
Que le regard, en fièvre, errant dans les ténèbres,
Te cherche et t’appelle.
Vivre
avec, planté au coeur,
Un tendre souvenir, qu’à nouveau je pleure.

(Traduction Denise Anne Clavilier)

Et pour les curieux, vous pouvez trouver dans le commerce (les boutiques en ligne argentines, si vous êtes en Europe, les disquaires de villes si vous avez la chance de faire le voyage jusqu’au Río de la Plata) un très beau disque sorti chez Melopea en 1990, où Litto Nebbia donne sa version des grands morceaux du tandem mythique des années 30 : El día que me quieras, Lejana tierra mía (une chanson nostalgique de style espagnol, qui évoque le pays laissé derrière soi), Mi Buenos Aires querido (qu’on ne présente plus), Cuando tu no estás (quand toi tu n’est pas là) et bien sûr Volver. Ce disque a entamé un cycle d’albums hommages à des grands du tango, dont Nebbia canta a Cadícamo. Il s’intitule Homenaje a Gardel y Le Pera et comporte plusieurs morceaux de Litto Nebbia lui-même dont un Nocturno para Le Pera et un En Gardel está el futuro (Le futur, c’est Gardel). Comme toujours, vous pouvez en entendre des extraits sur le site de Zivals : sur Tangostore, on goûte avant d’acheter...
La pochette du disque (ci-dessus) est l’oeuvre, reconnaissable au premier regard, du caricaturiste uruguayen (qui travaille à Clarín) Hermenegildo Sabát qui a croqué, à sa manière, Litto, avec les cheveux longs de cette époque, à côté de Gardel et Le Pera (Gardel est au centre, Le Pera à droite).

Elle est belle et rare, cette pochette, car Le Pera n’a que fort peu inspiré l’iconographie tanguera dans la capitale argentine. De tous les grands maîtres dont on peut dire qu’ils ont fondé le tango, c’est un de ceux dont on voit le moins le visage dans les rues de Buenos Aires. Rares sont les fileteadores, les peintres, les associations poseuses de plaques commémoratives qui ont pensé à lui au moment de traduire, en images, en portraits ou en laiton, ce qu’il y a de plus profond dans leur attachement au répertoire du tango.
Et pourtant, à Buenos Aires, ses vers sont sur toutes les lèvres, partout, tout le temps...

Mi Buenos Aires querido
cuando yo te vuelva a ver,
no habrá más ni pena ni olvido.

Mon cher Buenos Aires
Quand je te reverrai,
Il n'y aura plus ni chagrin ni oubli.

(Traduction Denise Anne Clavilier)

Bien entendu, on ne peut pas conclure un hommage à ce Maestro du tango que fut Le Pera sans écouter Mi Buenos Aires querido d’abord puis Volver, chantés par Gardel lui-même, accompagné par ses guitaristes, promis au même sort tragique que lui, quelques semaines plus tard...
Avec un grand merci à Todotango, comme toujours.

mercredi 11 mars 2009

Solo Piazzolla : María Estela Monti souffle les 88 bougies de Astor Piazzolla [Disques & Livres]

Aujourd'hui,
Astor Piazzolla (Mar del Plata, 11 mars 1921 - Buenos Aires, 4 juillet 1992)
aurait eu 88 ans.
Astor Piazzolla caricaturé par Hermenegildo Sábat dans un couloir de métro de Buenos Aires


Solo Piazzolla est le titre du nouveau disque que la chanteuse María Estela Monti sort actuellement chez Epsa. Il s’agit d’un disque où elle interprète des oeuvres peu enregistrées, voire certaines même inédites, du grand compositeur Astor Piazzolla, dont on pourrait penser que tout a déjà été édité et enregistré... Mais détrompez-vous : bientôt 17 ans après la mort du Maestro, ce n’est toujours pas le cas. En l’occurrence, le disque comporte en particulier Vals del 18 (Valse de 1918) et Campo, camino y amor (campagne, sentier et amour) qui ont été retrouvés par Daniel Piazzolla, le fils d’Astor, lui-même compositeur et musicien de tango (mais dont le nom de son père a entravé la carrière, en dépit de son talent).

Vous pouvez découvrir cette chanteuse en allant sur son site (plusieurs morceaux sont en écoute dans la page Discografía) mais le site n’a pas encore été mis à jour ni pour la sortie de nouvel album ni pour les dates des prochains concerts...

Pour plus d’info sur le disque lui-même, vous pouvez lire l’article publié par le label sur son blog : EPSAmusic.blogspot (article directement sous le lien).
Tous les articles de Barrio de Tango (y compris celui-ci) relatifs à Astor Piazzolla sous le lien.

mercredi 1 octobre 2008

Hermenegildo Sábat et Victor Hugo Morales à l’honneur [actu]

Photo Clarin. La remise du diplôme d'Académicien à Hermenegildo Sabat.

Tous deux viennent en effet d’être admis à la Academia Nacional de Periodismo (l’Académie du Journalisme). L’un est un dessinateur de presse (c’est le dessinateur de Clarín) et j’ai eu déjà l’occasion de vous parler de lui, notamment au sujet du Día de Boedo et de la peinture callejera à Buenos Aires. L’autre est un journaliste sportif, grand commentateur de foot devant l’Eternel, un conteur et un animateur d’émissions radiophoniques hautement culturelles. Et tous deux, bien que vivant depuis longtemps en Argentine, sont de nationalité uruguayenne...

Le Vice-Président de la République, Julián Cobos, avait envoyé un message de félicitation qui fut lu par José Ignacio López lors de la cérémonie de réception solennelle à laquelle l’Ambassadeur uruguayen assistait.

Ce fut le rédacteur en chef de Clarín, Ricardo Kirschbaum, qui fit ce que sous la Coupole du Quai Conti l’on eût appelé l’éloge de Hermenegildo Sábat ("un brillant journaliste qui, va y comprendre quelque chose !, se méfie des mots. Qui affirme qu’avec eux commence la confusion et [...] c’est pour cela qu’il a choisi cet autre mode d’exercice de notre profession qu’est la caricature") et Héctor Horacio D’Amico celui de Victor Hugo Morales (1), en rappelant dans son discours, outre la passion que celui-ci voue à l’opéra, le commentaire, resté dans le coeur de tous les Argentins, de certain match de Coupe du Monde de football au Mexique où Diego Maradona marqua un but d’anthologie contre l’Angleterre : "una jugada y un relato que van de la mano, siempre" (un jeu et un commentaire qui marchent main dans la main, toujours) (2). J’imagine le public plié en deux (ça n’a pas dû faire un pli !).

Hermenegildo Sábat est l’auteur des somptueuses caricatures qui ornent le fronton de la Esquina Homero Manzi à Boedo et qui s’alignent dans le couloir de métro qui relie les stations Avenida de Mayo et Lima à Monserrat. Quant à Victor Hugo Morales, il a pendant plusieurs années animé une émission de radio qui rendait hommage à Roberto Goyeneche et qu’il avait baptisée : El Polaco es Gardel (3).





(1) Victor Hugo, c’est bien le nom de l’auteur des Misérables et ici ce sont ses deux prénoms, selon la tradition tant en Argentine qu’en Uruguay où tout le monde a deux prénoms.
(2) au cours de ce match en 1986, peu de temps après l’épouvantable guerre des Malouines perdue par les Argentins, Maradona a donné la victoire à l’Argentine, en 1986, en marquant sciemment et fort intelligemment un but de la main. Cette main dont il affirma ensuite qu’elle était la mano de Dios (la main de Dieu, ce qu’il faut entendre comme le jugement, le pouvoir de Dieu. La mano, ce peut être la force de la personne, le puissance que cette personne exerce).
(3) El Polaco, surnom de Roberto Goyeneche.

dimanche 24 août 2008

Artes plásticas callejeras en Buenos Aires


La peinture de rue dans Buenos Aires
A Buenos Aires, la peinture callejera est partout. Les artistes s’expriment là où ils peuvent et là où cela fait sens pour eux, donc souvent dans la rue. Et il ne s’agit pas du vandalisme de nos tagueurs. Il y a très peu de tags à Buenos Aires. L’année dernière, je n’en avais même pas vus du tout. Cette année, quelques rames de métro de la ligne B ont fait les frais de ces malotrus. Hormis ces rares tags, il y a à Buenos Aires beaucoup de graffitis, gravés parfois, simplement écrits la plupart du temps et beaucoup d´affichage sauvage. Venant souvent d’obédiences anarchistes ou altermondialistes ou tout simplement de gens ayant quelque chose à vendre, avec ou sans pignon sur rue.

La peinture callejera, la peinture de rue, ne doit bien évidemment pas être confondue avec ce manque de respect à l’espace public partagé par tous. La peinture callejera, c’est de l’art, de l’art populaire, simple, le plus souvent figuratif et tout à fait compréhensible pour le passant (à l’inverse du tag, ressenti par le commum des mortels comme un code indéchiffrable et menaçant).

La peinture callejera à Buenos Aires est un manifeste artistique et esthétique des grandes problématiques politiques et sociales de l´heure, elle correspond à une nécessité vitale pour cette ville, non pas pour les habitants à titre individuel mais bel et bien pour le collectif qu’est la ville elle-même. La peinture callejera participe à construire l’identité culturelle de la capitale... Une identité culturelle toujours à la recherche d’elle-même dans cette mégapole de 3 millions d’habitants sur une surface double de celle de Paris et dont la grande majorité des habitants vit avec un arbre généalogique tronqué qui remonte rarement au-delà de l’aïeul qui a immigré, le plus souvent entre 1870 et 1930. La vie d’avant, la vie en Italie, en Espagne, en France, en Allemagne, en Pologne ou en Russie est souvent sans mémoire.

Ce peuple a cette particularité qu’il tire une immense fierté de son histoire, de l’Indépendance, de San Martín et de tous les héros de la lutte patriotique et qu’en même temps il ne peut pas dire collectivement "ce sont nos ancêtres qui ont fait cela".
Les Français peuvent dire, quand même ce serait historiquement faux sur le plan personnel : "nos ancêtres ont pris la Bastille". Les Belges peuvent dire : "nos ancêtres ont livré la Bataille des Eperons d’or". Les Espagnols proclament qu’ils ont remporté la victoire de Lépante. Quant aux Helvètes, ils étaient tous derrière Guillaume Tell.

Mais les Argentins savent bien que ce ne sont pas leurs ancêtres à eux tous qui ont séparé le pays de l’Empire colonial. Ils savent bien qu’ils ne peuvent pas le croire.

Aller construire un pays, ou même une ville avec ça !

L’art est donc le feu brûlant à travers lequel se forge, encore aujourd´hui, ce qui sera un jour l’identité de cette nation, de ce pays, de cette ville, à travers la musique (on entend la 2x4 dans de minuscules échopes, les kioscos), la danse, la poésie, la peinture... Or souvent quand on pense au tango, on oublie la peinture... Et cette ville est en mouvement à travers la peinture.

Cette année, j’ai vu que, le long de la avenida Independencia qui sépare les quartiers de San Telmo et de Monserrat, un gigantesque mural a disparu, pour cause de chantier immobilier. Il représentait un défilé de carnaval noir, du temps où les noirs étaient dans Buenos Aires les rois des défilés et du candombe. Il avait été réalisé par des étudiants des Beaux-Arts. Un peu plus loin, sur un autre mur, d’autres artistes ont fait un autre mural pour confronter la politique du gouvernement actuel (péroniste) à quelques maximes bien frappées tirées de discours de Perón lui-même. Mejor que decir es hacer, mejor prometer realizar... (faire, c’est mieux que parler, passer aux actes mieux que faire des promesses). Et il est vrai que Perón a tenu un certain nombre de promesses et réalisé pas mal de choses pendant ses 9 ans d’exercice du pouvoir (1946-1955), aidé, il est vrai, par une phase de croissance mondiale forte au lendemain de la seconde guerre mondiale mais entravé aussi, ce que nous oublions toujours nous autres Européens de l’Ouest, par la surpuissance économique écrasante des Etats-Unis qui sans scrupule prenaient la suite d’une Grande-Bretagne qui avait fait de l’Argentine une espèce de Dominion de langue hispanique...

En revenant de San Telmo par le métro (j’aime sentir ainsi le pouls de la ville, indétectable à l’arrière d’un taxi), j’ai constaté que Metrovías faisait actuellement restaurer l’un des trois panneaux muraux dessinés par Hermenegildo Sábat dans le couloir de correspondance entre lignes A et C aux stations Lima-Avenida de Mayo. Ce triptyque s’appelle Los Músicos de Buenos Aires et montrent l’un des danseurs, l’autre un portrait d’Astor Piazzolla et le 3ème una barra (une bande de copains) de légende : Homero Manzi et Aníbal Troilo, l’un debout et l’autre assis et tous les deux en pachydermes, Enrique Santos Discépolo en microbe liliputien et Carlos Gardel en cigale guitareuse. C’est ce dernier panneau qui est en restauration pour remplacer la douzaine de carreaux qui avaient disparu, en bas à gauche.

Hermenegildo Sábat dont je vous ai déjà parlé au sujet de la fête de Boedo (el día de Boedo) est un peintre, un dessinateur et un caricaturiste de presse d’une immense renommée, égale à son talent. Outre ce triptyque souterrain, on lui doit aussi tout le fronton de la Esquina Homero Manzi et un nombre impressionant de couvertures de livre et de jacquettes de disque, dont tout récemment celle de De corte antiguo (Taillé à l’ancienne), le dernier disque de Néstor Tomassini (actuellement disponible, notamment chez Zivals).

Dans le quartier de l’Abasto, où est installé le studio de la radio par podcast Tango City Tour, j’ai vu que le Proyecto Tango Abasto commandé par le Gouvernement de la Ville de Buenos Aires au peintre Marino Santa María, disparaissait au fil de l’eau au fur et à mesure que les façades sont repeintes de couleurs unies. Proyecto Tango Abasto était une tentative d’apporter un peu de beauté, un peu d’air dans un coin particulièrement déshérité du coeur de Buenos Aires, juste derrière le centre commercial de l’Abasto, là où les touristes ne s´aventurent guère même lorsqu’ils sortent de leurs courses. C’était une animation artistique judicieuse tout le long de la cortada Zelaya, petite rue de 2 cuadras reliant deux rues secondaires : les façades de nombreuses maisons portaient la reproduction intégrale de partitions et de letras de tango de Carlos Gardel. Volver est toujours là ainsi que quelques portraits du mythe, sur une porte de garage, un mur aveugle et, en version noir et blanc, sur le portail du Teatro Ciego qui fait l’angle entre Zelaya et Jean Jaurés. La calle Zelaya débouche à peu près à la hauteur du 735 Jean Jaures, c’est-à-dire sur le Museo Casa Carlos Gardel.

Il y a fort à parier qu’il y aura sous peu (peut-être pas sous le présent gouvernement portègne) un autre projet du même style dans une autre portion de rue, ailleurs, dans le même quartier.

Rue Jean Jaurés, les quelques maisons fileteadas qui entourent celle de Carlos Gardel ont conservé leurs façades multicolores visiblement bichonnées par leurs propriétaires, ces façades qui attirent comme des aimants les objectifs du monde entier...

Toujours dans le même périmètre, juste au pied de l’Abasto, le fileteador Elvio Gervasi dispose d’un musée à l’air libre sous la forme de la double devanture d’un magasin de souvenirs (souvenirs de pur style hideux, genre souvenirs de la place du Tertre à Montmartre), esquina Anchorena y Carlos Gardel, en face du célèbre cena-show Esquina Carlos Gardel. Tous les ans, Elvio Gervasi exécute pour cette boutique de nouveaux panneaux et les touristes inondent Internet de photos de ses oeuvres en publiant leurs souvenirs de voyage. Cette année, j’ai repéré cinq ou six nouveaux panneaux datés de 2008. D’autres en revanche ont disparu. Dans le même pasaje Carlos Gardel, un obscur tartineur de fileteado a décoré un autre magasin de souvenirs tout aussi hideux, une boutique qui semble aujourd´hui fermée. Oubliez les personnages illustres peu ressemblants du fronton (dont un Piazzolla désespérément méconnaissable) et concentrez-vous sur les panneaux de citation, c’est plus cultureux et c’est la seule chose qu’il y ait à sauver de tout ce massacre.

Sur le pont qui enjambe la voie ferrée dans l’avenue Medrano, entre Rivadavia et Corrientes, dans le quartier d’Almagro, le mural du collectif Arte sin Techo est toujours là, avec ses couleurs éclatantes et son style faussement naïf. Arte sin Techo (Art SDF en français) est un collectif de peintres qui interrogent la réalité sociale du pays à travers l’art et laisse ainsi un peu partout dans la ville la dénonciation virulente mais non violente du quotidien. Ils ont un site internet que vous pouvez visiter. Il est exclusivement en espagnol, mais la peinture, ça parle tout seul !


En Buenos Aires son las 15.

vendredi 25 juillet 2008

¡Feliz cumple, Boedo! [Troesma]


Aujourd’hui, c’est la fête du quartier de Boedo, selon une décision officielle formalisée en juin 2003.

En fait, l’anniversaire (1), c’est celui de Mariano Joaquín Boedo, héros de l’indépendance, né le 25 juillet 1782, à Salta, et mort le 9 avril 1819. Il était avocat et fut l’un des élus de sa province au premier Congrès de l’Argentine déclarée indépendante. Il fut ensuite Gouverneur de la Province de Córdoba, il participa aux combats contre l’Espagne dans le nord du pays, notamment aux côtés d’un autre héros, Miguel de Güemes (le seul de tous les officiers de la guerre d’indépendance qui mourut les armes à la main).

Le 6 mars 1882, le Gouvernement décida de donner le nom de Mariano Boedo à une grande artère de Buenos Aires, d’axe sud-nord, construite en 1867. Peu à peu, à partir des années 1910, l’habitude s’est imposée d’appeler du nom de cette avenue la partie sud-est du quartier d’Almagro. En 1972, il y eut à Buenos Aires une grosse refonte administrativo-cadastrale pour cause de développement urbain et démographique. C'est alors que Boedo s’est officiellement détaché de son voisin et a reçu une personnalité propre. C’est l’omniprésence du nom de Boedo dans les paroles de tango qui nous font penser, à nous comme aux Argentins, que le quartier est en soi très ancien...

Boedo s’étend sur une superficie de 2,6 km2. Au recensement de 1991, il comptait 48 231 habitants, dont 26 311 femmes (bigre ! ça fait 21 920 messieurs seulement...)

Boedo a été chanté par le pianiste et compositeur Julio de Caro, véritable tête de pont de la Guardia Nueva, qui révolutionna l'écriture musicale du genre dans les années 1910. Il a dédié à ce quartier un tango qui porte ce nom, musique sur laquelle Dante A. Linyera a mis des paroles qui n’ont jamais été chantées, du moins en studio d’enregistrement. On peut en écouter plusieurs versions instrumentales dans le disque Milonga del Centenario d’Osvaldo Requena, évoqué dans Quelques disques de l’année 07-08 (du 23 juillet). J’en connais une version enregistrée avec texte, mais celui-ci est dit et non chanté (il s'agit d'un album de Julio De Caro, Bien Jaileife, où il est joué par le compositeur et récité par le chanteur Héctor Farrel, compilation de 2002, collection Reliquias, chez EMI). Et puis bien sûr, le plus important de tous les tangos qui nous font connaître le nom de Boedo, parce que ces vers-là, eux, sont sur toutes les lèvres, c’est Sur, d’Aníbal Troilo et Homero Manzi...

San Juan y Boedo antigua, y todo el cielo,
Pompeya y más allá la inundación...

Cela s’écoute en fermant les yeux et ça se comprend sans effort : on dirait le Bon Dieu en culotte de velours qui vous passe dans les oreilles, comme parodirait le pilier de bistrot d’un des trois cafés qui montent la garde au carrefour (esquina) des avenues San Juan et Boedo (dans l’angle nord-est, la sentinelle appartient à une autre arme : c'est une banque ! Ceci dit, c’est pratique au moment de l’addition, vous pouvez toujours aller retirer de l’argent).

Sur la carte du quartier (emprunté au portail de la ville de Buenos Aires), j’ai marqué d’un 1 cette esquina San Juan y Boedo.
Dans l’angle nord-ouest, à l’endroit marqué par le 1, se trouve le célèbre restaurant-tango Esquina Homero Manzi (hors de prix, le cena-show ! mais c’est un grand show, avec plein de musiciens, avec plein de danseurs et à ce titre, l’établissement figure en bonne place dans les programmes des Tour-operators : vous en aurez plein les oreilles et plein la vue, de la "cocina internacional" dans l’assiette et du "vino argentino" dans le verre.
Le jour, la Esquina Homero Manzi est un Gran Café, extraordinairement agréable et feutré, comme tant d’autres dans la ville : carte classique et service stylé, en grande tenue, comme dans les cafés du quartier de l’Opéra à Paris.
Dehors, le long des deux façades, est et sud, court une frise anti-conformiste confiée au dessinateur de presse Hermenegildo Sábat. L’artiste a tiré le portrait à Homero Manzi et tous ses amis et principaux interprètes. Impressionnante galerie de héros de la culture (populaire) où la caricature rend les honneurs... Quant aux plaques commémoratives qui couvrent tout ce qui peut être couvert à hauteur d'homme et encore un peu au-dessus, il y en a tant qu’on ne sait plus où donner ni de la lecture ni de la photo. Même le Sénat a fait poser sa plaque et donne ainsi au passant le texte intégral de Sur (mur oriental).

A l’une de ses tables, je me souviens d’avoir longuement évoqué la figure du poète Homero Manzi (1907-1951) avec le Maestro Acho Manzi, son fils, compositeur (à 16 ans) de El último organito (letra de Homero Manzi - 1948) et avec le peintre Chilo Tulissi (liens). Nous revenions tous trois d’un hommage rendu au poète défunt dans le cadre des festivités du centenaire de sa naissance au Teatro de la Ribera, au bord du Riachuelo, dans le quartier de la Boca.

Du côté diamétralement opposé, coin sud-est, un autre café, beaucoup plus modeste. Une plaque, dessinée par le fileteador Luis Zorz, dans un azur profond, déposée là par la Junta de los Estudios historicos del Barrio de Boedo, rend hommage à un autre grand écrivain du coin : José González Castillo, poète et dramaturge anarchiste et éducateur populaire, fondateur de la Universidad Popular de Boedo, et qui écrivit, sur une musique de son fils, Cátulo Castillo (18 ans) les vers de cet autre classique : Organito de la tarde (1924). Cátulo et Homero étaient deux copains du même âge. Avec le troisième larron du trio, Sebastián Piana, ils signèrent ensemble, vivant tous en voisins dans ce coin-là de cette ville déjà immense, Viejo ciego (Manzi avait 18 ans, et Piana à peine plus).

Boedo doit enfin une partie de sa notoriété littéraire à un cercle artistique et intellectuel qui y avait élu domicile en 1925. C’était un groupe d’artistes profondément engagés socialement, souvent anarchisants, parmi lesquels il y avait Enrique Santos Discépolo et son frère, le dramaturge et comédien Armando Discépolo, tous deux anarchisants, le poète Alvaro Yunque, le dramaturge et romancier réaliste et révolté Roberto Arlt, le journaliste et poète communiste Enrique González Tuñón, le poète et dramaturge contestataire Nicolás Olivari (auteur du tango La Violeta, musique de Cátulo Castillo) et le poète délibérément anarchiste Dante A. Linyera, le plus tôt disparu de tous (1932). Le Groupe Boedo s’opposait politiquement et esthétiquement à un autre groupe, le groupe Florida, de tendance plus conservatrice, à tout le moins réformatrice et non pas révolutionnaire en matière politique, et à l’esthétique quelque peu précieuse. Dans le groupe Florida, il y avait Jorge Luis Borges, Adolfo Bioy Casares et Victoria Ocampo (excusez du peu !)... Entre les deux cercles, des noms d’oiseaux ont parfois été échangés, tant les positions étaient tranchées de part et d’autre, tant la réalité sociale était elle-même tendue entre un peuple prolétarisé et une élite sociale surpuissante, européanisante à l’extrême et richissime...

Les festivités polyades du quartier de Boedo ont commencé avant-hier, mercredi 23 juillet, connaissent leur sommet aujourd’hui, avec une cérémonie organisée dans la matinée devant les guichets de la station de métro Boedo (esquina San Juan y Boedo), avec hymne national et tout et tout. Elles se poursuivront jusqu’au 28 juillet. Quand on fait la fête à Buenos Aires, on ne fait pas semblant !

Et en ce jour qui est aussi l’anniversaire du décès du Maestro Osvaldo Pugliese, j’ai ajouté un petit point noir sur la carte du quartier de Boedo. Ce n’est pas pour faire deuil, c’est pour signaler une adresse importante en Puglieserie... Esquina Boedo y Carlos Calvo. Il y a là une pizzeria qui, du vivant d’Osvaldo Pugliese, était une confitería (un salon de thé). Pugliese y est souvent venu pendant de nombreuses années prendre un petit quelque chose avec sa femme, Lydia, en toute tranquillité, en toute intimité, en toute convivialité. Doña Lydia m’a confié qu’ils y étaient encore allés à peine quelques semaines avant sa mort, qui advint au bout de quelques jours d’une maladie infectieuse contre laquelle il lutta de toutes ses forces, en vain. Peu après la "desaparición física" de Don Osvaldo (on ne dit pas "mort" à Buenos Aires : les Troesmas ne meurent pas, ils restent vivants. Ce qui change, c’est de ne plus les croiser dans les rues de la ville), peu après donc, il y a eu un incendie et la confitería a fermé. Quelques années plus tard, le lieu a été réouvert comme pizzeria-parilla (pizzéria-grill). Une petite estrade placée contre le mur vitré longeant l’avenue Boedo permet de donner 3 soirs par semaine des soirées tango de quartier, fréquentées par les Portègnes. Les maîtres des lieux ont sollicité de Doña Lydia l’autorisation de baptiser leur "boliche" du nom du musicien disparu.

Ce petit resto, presque adossé à l’écrasante Esquina Homero Manzi, s’appelle Esquina Osvaldo Pugliese. Elle est menue, discrète, humble, elle ne fait pas de bruit, elle a l’air fragile comme son saint patron. On y mange sans chichi la gastronomie italiano-espagnole généreuse de la région et la musique y est vivante, pasional y yumba... A l’intérieur, les murs sont tapissés de souvenirs d’Osvaldo Pugliese, dont une photo du couple attablé dans un coin de l’ancienne confitería... Dehors, sur l’enseigne, les yeux grand-paternels de Don Osvaldo vous scrutent derrière leur gros carreaux (il était myope)... un des plus beaux portraits que j’ai jamais vus de lui. Ses yeux, rien que ses yeux...


(1) Cumple = anniv'

A visiter : le site de Todo Tango (liens) pour écouter tous ces morceaux qui nous parlent de Boedo

Boedo, enregistré en 1950 par Antonio Ríos : http://www.todotango.com/spanish/download/player.asp?id=5579
Sur, l'enregistrement de la création par l'orchestre d'Aníbal Troilo, chanté par Edmundo Rivero :
http://www.todotango.com/spanish/download/player.asp?id=647

Le site sur Homero Manzi (liens)
Le site de La Esquina Homero Manzi : http://www.esquinahomeromanzi.com.ar/
Le site d’un membre del Grupo Boedo, l’écrivain Alvaro Yunque, dont ce sera le centenaire l’année prochaine : http://www.alvaroyunque.com.ar/