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lundi 4 décembre 2023

Ce soir, un Plenario consacré au 120e anniversaire de la naissance de Piana [à l’affiche]


Ce soir, lundi 4 décembre 2023, à 19h, la Academia Nacional del Tango, Avenida de Mayo 835, ouvre ses portes pour rendre hommage à un grand compositeur de tango et de milonga, Sebastián Piana, avec la participation de son petit-fils.

Entrée libre et gratuite.

Sebastián Piana, moins connu que les musiciens qui ont dirigé des orchestres, est l’inventeur de la milonga ciudadana (milonga urbaine), en 1930, avec le poète Homero Manzi, avec Milonga Sentimental, bien connus de tous les danseurs de tango argentin partout dans le monde et ici chantée par Carlos Gardel, l’un des tout premiers à l’avoir interprétée. Tous deux cherchaient à faire revivre le passé afro-américain de la capitale argentine, dans l’élan donné à la nation par l’élection successive de deux présidents radicaux, Hipólito Yrigoyen et Marcelo de Alvear (1916-1930), dont le mouvement politique et idéologique venait tout droit de l’obédience rosiste qui avait gouverné Buenos Aires à l’époque romantique, pour se terminer tragiquement en 1852.

Quatre-vingts ans plus tard, la démarche des deux partenaires ne manquait pas d’audace et elle a été amplement couronné de succès puisque la milonga ciudadana a immédiatement fait ses racines dans le répertoire du tango.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

consulter les pages consacrées à Sebastián Piana dans l’encyclopédie en ligne (et en espagnol) Todo Tango.

vendredi 8 septembre 2023

Le Festival de Tango de Flores commence aujourd’hui [à l’affiche]


Flores est un quartier de classe moyenne de Buenos Aires. Depuis une dizaine d’années, un festival assez informel et très dense y est organisé dans des établissements variés du coin : cafés, restaurants, salles de spectacles, établissements scolaires, etc.

Au programme, comme dans tous les festivals : concerts, récitals, rencontres avec les artistes, cours de danse, milongas, conférences et autres tables rondes.

Cette année, un hommage sera rendu à Sebastián Piana, le compositeur et pianiste qui a inventé la milonga ciudadana, avec le poète Homero Manzi, à travers Milonga sentimental : il a pris un genre très populaire dans les campagnes et y a introduit l’expression de la ville, et notamment la trace des vestiges des communautés d’afro-descendants qui existaient encore à San Telmo à ce moment-là (1933). Un retour au passé rosiste, à l’époque romantique, quand le despotique gouverneur de Buenos Aires, Rosas, s’efforçait de mettre en lumière les us et coutumes locaux apportés par les anciens esclaves, comme cela est resté vivant au Brésil et en Uruguay.

Quelques événements sont à entrée payante (PAF). D’autres sont au chapeau (a la gorra) : libre participation.

Le festival prendra fin le dimanche 17 septembre prochain.

La Academia Nacional del Tango est l’une des marraines de la manifestation.

© Denise Anne Clavilier


Pour en savoir plus :

mardi 28 mars 2023

A la découverte de Sebastián Piana [Disques & Livres]


Le pianiste et compositeur Sebastián Piana (1903-1994), né et mort à Buenos Aires, est le créateur de la milonga ciudadana, la milonga urbaine, qui est la reprise en ville d’une tradition rurale qui se mourrait au début des années 1930 : la chanson en quatrains de vers octosyllabiques répandue dans toutes les campagnes du bassin du Río de la Plata, de part et d’autre du delta, depuis au moins le milieu du 19e siècle.

Parmi ses œuvres les plus célèbres dans le répertoire tanguero, Milonga Sentimental et Pena Mulata, deux milongas composées sur des vers de Homero Manzi, son grand compère de création. Tous deux ont lié cette renaissance de la milonga à la tradition de la musique afro-argentine alors en grand danger d’extinction totale, à cause de la politique du premier gouvernement putschiste, des militaires qui ne cachaient pas une fascination certaine pour l’idéologie fasciste alors au pouvoir en Italie, qui avait renversé un gouvernement de gauche (Unión Cívica Radical du président Yrigoyen), qui avait commencé, depuis 1916, à assumer l’existence d’un passé esclavagiste à l’époque coloniale et donc celle d’une culture portée par les descendants d’Africains toujours présents dans la population argentine.

Le tango Tinta Roja (encre rouge) est l’un de ses autres grands succès (sur des vers de Cátulo Castillo, cette fois).

L’œuvre de Piana este mal connue du grand public, même amateur de tango, parce que le compositeur n’a jamais fondé son propre orchestre et ne figure donc jamais en vedette sur les jaquettes de disque. Son petit-fils, Nacho Piana, lui-même musicien, s’set associé à son épouse, la pianiste japonaise, Shino Onaga, pour présenter le travail de son grand-père dans un livre qui met cette œuvre à la portée de tout un chacun.

L’ouvrage est publié chez Mil Campanas. Página/12 le présente ce matin dans son supplément culturel quotidien.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lundi 5 janvier 2009

Noche de Reyes

Cette nuit, tous les enfants d'Amérique Latine sont très excités. Demain au réveil, ils trouveront au pied du sapin les cadeaux que les Rois Mages leur auront apporté (s'ils ont été sages, comme de bien entendu).

Cette tradition, très importante aux bords du Rio de la Plata, a donné naissance à de nombreux morceaux appartenant à la famille musicale du tango. Vous trouverez trace de cette tradition dans des oeuvres aussi variées que Chiquilín de Bachín (Piazzolla-Ferrer), 6 de enero (Galluci-Yiso), Noche de Reyes (Maffia-Curdi), ou cette milonga candombe écrite par Homero Manzi, composée par Sebastián Piana et créée par Aníbal Troilo : Papá Baltazar (1).


Il s'agit d'une berceuse qu'une maman (ou un papa) chante à son enfant pour l'endormir, dans une famille noire, un soir de 5 janvier. La tradition, qui n'a rien à voir avec les données évangéliques, veut que Balthazar soit le mage qui représente les Noirs. En Espagne, Baltasar (selon l'orthographe hispanique) est représenté comme un prince maure dans le style des rois musulmans qui régnèrent à Cordoue ou à Grenade à la fin des royaumes musulmans (au 15ème siècle). En Amérique Latine, il est représenté sous les traits d'un Africain richement vêtu, splendide revanche que pouvaient prendre les esclaves en voyant passer ou en participant aux défilés de l'Epiphanie et consolation qu'ils recevaient de se voir représenter sous ces traits glorieux d'un roi respecté par tous et lui-même servi par une cour d'écuyers et de pages de couleur.

Homero Manzi (1907-1951) et Sebastián Piana (1903-1994) ont été parmi les premiers artistes argentins à renouer ouvertement avec la dimension noire de la culture portègne, dès le début des années 30, après une période (1880-1910) où les autorités politiques avaient tenté de détruire le souvenir de cette réalité historique, particulièrement significative de l'identité sud-américaine du pays, qu'elles entendaient nier pour faire de l'Argentine un pays d'Europe, une improbable Frangleterre qui aurait parlé espagnol, ce qu'elle n'a bien entendu jamais été...

(1) Autant de morceaux qui seront présentés dans mon recueil bilingue, Barrio de Tango, à paraître aux Editions du Jasmin (ajout du 24.02.2010).

samedi 26 juillet 2008

La Biyuya au Centro Cultural Plaza Defensa [à l'affiche]

Le Groupe La Biyuya se produira ce vendredi, 1er août, au Centro Cultural Plaza Defensa, situé au numéro 353 de la rue Defensa.
Entrée libre et gratuite (20h30 : c'est presque une horaire de matinée théâtrale à Buenos Aires).

La Biyuya est un jeune groupe de tango qui monte. On commence à l'entendre sur les ondes de La 2x4, ce qui est bon signe, car la 2x4, radio publique de Buenos Aires consacrée entièrement au tango, est LA référence en la matière. Le premier de leurs trois disques est déjà épuisé. Les deux autres restent disponibles (El Cuento de que Dios es argentino et Buenosairece). Ils font du vrai de vrai tango, sans l'ombre d'un instrument typique (ni violon, ni piano, ni bandonéon, ni contrabasse). Et pourtant, impossible de vous tromper : c'est bien du tango que vous entendez.
Quand au quartier où ils se produiront vendredi prochain, il mérite qu'on en dise un mot.
La vieille, étroite et pittoresque rue Defensa traverse du nord au sud les quartiers historiques de Monserrat et de San Telmo, deux quartiers qui peuvent revendiquer un rôle certain dans la genèse du tango. Rôle certain mais on serait bien en peine de faire le tour des questions historiques que pose la genèse du genre. Et d'ailleurs tout l'est de l'actuel Buenos Aires revendique une parternité du tango à un titre ou à un autre, et avec des bonnes raisons, tant les racines du tango sont variées et nombreuses.
Le quartier de Monserrat abrite la Plaza de Mayo et tout ce qui va dessus : cathédrale, siège officiel de la Présidence de la Nation (Casada Rosada), Banco de la Nación Argentina, Cabildo (ancien siège du gouvernement colonial, aujourd'hui musée de l'indépendance), les momuments commémoratifs du 25 mai 1810 et du processus de décolonisation en général.... Avec les quartiers de San Nicolás et de Constitución, Monserrat fait partie de ce qu'on appelle el Centro, les quartiers prestigieux, qu'en lunfardo on appelle le Trocén (en verlan).
Jusqu'au milieu du 19e siècle, Monserrat a été un quartier de très forte population noire. San Telmo lui aussi abritait de nombreux libertos (esclaves affranchis des débuts de cette Argentine indépendante, dont l'une des premières décisions fut de mettre fin à la traite négrière et d'abolir l'esclavage par extinction : à partir de 1813, nul ne pouvait plus naître esclave sur le territoire contrôlé par l'Argentine indépendante). On estime qu'au moment de la déclaration d'indépendance, le 9 juillet 1810, un tiers de la population portègne était noire. Ce chiffre a ensuite régulièrement baissé tout au long du 19e siècle, en particulier à cause des guerres de toute nature qui ont ravagé le premier siècle du nouveau pays (guerre défensive contre les invasions anglaises dans les toutes dernières années de la colonisation, longue et complexe guerre d'indépendance, guerres civiles qui ont suivi à plusieurs reprises, conflits armés et sanglants avec les voisins brésiliens, chiliens, paraguayens...). Les hommes noirs, très nombreux à s'engager, furent donc particulièrement atteints par ce fléau. A quoi se sont ajoutés d'autres facteurs, sanitaires, sociaux et politiques, qui ont fini par faire disparaître les noirs des rues des villes argentines...

La rue Defensa était au 19e siècle le parcours des candombes des jours de fête, ces grands défilés musicaux et dansants, dont en Argentine on conserve des gravures et dessins et, davantage encore, une nostalgie profonde qui remonte dans la musique populaire et dans l'art plastique. En Uruguay, en revanche, cette coutume a perduré et les candombes défilés existent toujours avec ce rythme particulier qu'on reconnaît bien à l'oreille. A Buenos Aires, le candombe défilé n'existe plus. Ce qui nous est parvenu de cette tradition s'est réfugié dans les défilés de carnaval, où subsistent des personnages et des tenues vestimentaires venus tout droit de l'Afrique occidentale.

Aujourd'hui, la calle Defensa retrouve quelque chose de son histoire le dimanche à San Telmo, quand la rue devient piétonne pour la journée et se remplit d'un flot de flâneurs, souvent portègnes, qui baguenaudent entre étals de gadgets plus ou moins rigolos et surtout inutiles à même le trottoir, petits orchestres de tango, de jazz, de rock installés dans chaque décroché offert par les façades de la rue, des couples de danseurs de tango, les vitrines des antiquaires et des cambalaches (brocantes-dépôt-vente abracadabrants), des bacs des bouquinistes où vous vous noircissez les doigts à la poussière pour trouver des perles fabuleuses, des vendeurs de friandises à la sauvette... Cette calle Defensa du dimanche, c'est un des ces détails qui restent de la culture noire à Buenos Aires...

Avec les arrangements que font les musiciens de La Biyuya des milongas-candombes de Piana y Manzi...
Il suffit d'écouter leur version de Pena Mulata, dans Buenosairce, ou leur propre milonga A la Milonga, de Pablo Dichiera (El cuento de que Dios es argentino) pour s'en convaincre.

lundi 21 juillet 2008

León Benarós interviewé dans le supplément dominical de Página/12 [Troesma]


Hier, dimanche 20 juillet, dans son supplément culturel Radar Libros (la Une ci-contre), le quotidien Página/12 a publié une interview d’un grand monsieur de la culture argentine, auquel le tango doit beaucoup mais qui reste peu connu du grand public (y compris là-bas) et pourtant !
Le journaliste Juan Pablo Bertazza le souligne en ouvrant son article : "Le fait que son oeuvre surprenante et hétérogène ne soit pas plus connue que ça semble confirmer que ce qui fait la grandeur de la littérature argentine, ce n’est pas tant les grandes et hautes figures que toute une série de personnalités qui ont une tête de plus que les autres mais qui restent à moitié cachées dans les seconds rangs".

León Benarós (né le 6 février 1915, dans la province de San Luis, au centre du pays) est un poète, un écrivain, un critique d’art, un historien et même un artiste peintre (un artista plástico, comme on dit à Buenos Aires).

Bref, un Troesma entre les troesmas...

Verbatim :

"J’ai constaté que la plupart des pays développés avaient eu un répertoire de chansons populaires très riche tandis qu’ici, il y avait des choses de notre histoire qui n’avaient encore jamais été chantées et je voulais remplir ce vide avec des personnages populaires. Avoir habité dans plusieurs régions du pays m’a aidé : je suis né à Villa Mercedes (San Luis), mais tout petit, je suis allé à Lomas de Zamorra, ensuite j’ai vécu dans la Province de La Pampa et à Mendoza où j’avais une maison avec plus de 10 pièces et où on faisait de grandes soirées guitare très courues. Le four tournait à plein régime, parce que les jeudis, il y avait des gens qui venaient chercher un sac de pain. On avait nos pauvres, nous aussi. C’est pour ça que le four marchait tout le temps..."

Pour lui, le poète, c’est "el gran rescatador" (le grand sauveteur) "parce qu’il recueille les choses qui pour la majorité des gens passent inaperçues, il est la voix de celui qui ne parle pas et de celui qui n’a jamais pu parler, de celui qui a perdu sa voix ou qui n’en a jamais eu".

"Avec Piana, en plus d’avoir enregistré en 1980 le disque Cara de negro (1), nous avons travaillé ensemble sur le film Derecho Viejo, dont il a fait la bande son, au tout début des années 50. Moi, j’avais écrit une milonga sans musique, en hommage à Eduardo Arolas (2), un type qui avait tellement d’intuition qu’il inspirait de l’admiration même à Astor Piazzolla, qui n’admirait pas grand-monde [...]. Il y avait là quelqu’un de très ami avec Manzi (3) [...], je la lui fais écouter et il me dit : "ça, c’est pour Piana" et c’est comme ça qu’il en a fait la musique et qu’on l’entend au début du film Derecho Viejo". (4)

"Un jour, Ben Molar m’appelle pour que je participe à ce qui allait être son disque 14 con el tango. (5) Entre D’Arienzo et Marianito (6), moi, j’ai choisi Marianito pour me faire la musique. Donc on se retrouve avec Mores et je lui dis : "Pouce, si tu veux bien... Parce que s’il faut que je mette des paroles sur un de tes arrangements ampoulés, je ne garantis pas le résultat...". Alors on a décidé de faire quelque chose dans le genre campagne, un peu comme Adiós Pampa mía et c’est comme ça qu’est né Oro y gris."

"J’ai beaucoup de reconnaissance pour différents milieux culturels [qui m’ont accordé des distinctions]... mais la vérité, c’est que je n’ai jamais bougé le petit doigt pour ma propre publicité. Il y a des gens qui veulent être partout, qui recherchent les premiers rangs. Moi, ça ne m’intéresse pas. Et même, ça m’embête."

Et quand il se lève à la fin de l’entretien et prend sa canne, il lance au journaliste : "Ce n’est pas que j’en ai besoin, c’est pour ressembler à Borges".


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León Benarós est co-directeur de collection chez Corregidor (Historia del Tango) et l’un des rédacteurs du site encyclopédique http://www.todotango.com/ (dirigé par Ricardo García Blaya).
La plus récente des distinctions qu’il a reçues est sa nomination par le Gouvernement argentin comme Personnalité Emérite de la Culture.
Benarós est sociétaire de nombreuses institutions artistiques, dont la Sadaic (Sociedad Argentina De Autores y Compositores) et l’Association Internationale des critiques d’art (à Paris).

Il est co-fondateur de l’Academia Porteña del Lunfardo (institution dépendant de la Ville de Buenos Aires et qui s’est donné pour objectif la défense et la promotion du lunfardo, l’argot du Río de La Plata).

Bibliographie et discographie succinctes :

Antiguas ciudades de América, 1943, éd. Emecé
Romancero Criollo, 1978, éd. Corregidor
Leyendas argentinas, 1981, éd. Atlántida
Antología poética, 1997, éd. Fondo Nacional de las Artes

Cara de negro, 1980, musique de Sebastián Piana
La Independencia, musique de Adolfo Abalos, Waldo Belloso et Carlos Di Fulvio. Album composé de :
La Patria no se hizo sola (la Patrie ne s’est pas faite toute seule)
Adiós, General Belgrano (Adieu Général Belgrano - un héros de la guerre d’indépendance)
Quemandose de su fuego (Se brûler au feu)
Cuatro barquitos (Quatre petits bateaux)
Soldado desconocido (Soldat inconnu)
La Martin Güemes (La Martin Güemes - du nom d’un héros de l’indépendance du nord argentin, surnommée la Guerra Gaucha)
Cielito de granaderos (Ciel de grenadiers)
Le hablo de un 9 de Julio (Je vous parle d’un 9 juillet - le jour de l’Indépendance)
Niña de Tucumán (Fillette de Tucumán - une ville du tiers nord argentin qui joua un rôle-clé pendant la guerre d’indépendance, notamment auprès de Belgrano)

A surveiller :
la biographie de León Benarós que prépare le poète et historien Horacio Salas (né en 1938), directeur de la Biblioteca Nacional de 2003 à 2004, ancien Secrétaire d’Etat à la Culture du Gouvernement de la Ville de Buenos Aires, membre de l’Academia de Historia Argentina, de l’Academia Nacional del Tango et de l’Academia Porteña del Lunfardo.
Son livre sur le tango (El Tango, ed. Emecé, Buenos Aires, 2004) est disponible en français sous le titre Le tango, ed. Babel, Paris, 2004

Liens : http://www.pagina12.com.ar/diario/suplementos/libros/index.html (supplément Radar Libros du 20.07.08)

(1) un disque de candombes, rythme afro-rioplatense qui appartient à la grande famille du tango
(2) c’est l’époque où le gouvernement Perón s’employait à faire rapatrier les cendres du musicien mort et enterré à Paris en 1924
(3) Homero Manzi, 1907-1951
(4) Il s’agit de la milonga Recordando a Arolas
(5) disque d’anthologie, où l’éditeur de musique Ben Molar, autre grand nonagénaire du tango actuel, avait réuni autour du tango la crème des poètes (dont Sabato et Borges) et la crème des compositeurs de tango du moment (dont Julio De Caro, Juan D'Arienzo, Aníbal Troilo, Sebastián Piana, Astor Piazzolla...). Ce disque historique est sorti le 17 novembre 1966
(6) Mariano Mores, pianiste et compositeur, né en 1922


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Oro y gris
Letra de León Benarós, música de Mariano Mores

(Le poète travaille ici une thématique classique du tango : les pépites d’or mélangée à la boue, la grandeur de l’homme et l’humilité, la déréliction de la condition du peuple. C’est si bien ainsi qu’il l’entend que dans son article, Juan Pablo Bertazza traduit spontanément ce titre comme Oro y barro, or et boue).

Caía en oro y gris el día azul
del hondo abril
en que llegaste.
Tal vez lo eterno fue de nuestro amor
el llanto aquél
que derramaste.
¡Divina criatura musical...!
¡Asombro fiel
de tu mirada angelical!
Y tu melena, como un cálido trigal,
iba encendiendo sin querer
a mi sereno atardecer,
que iluminaste.

¡Qué breve fue la flor
de tu ansiedad y tu temor,
en nuestro amor!
¡Pequeña mía,
sentimental,
ardiente rosa
de mi rosal:
estoy poblado de tu ausencia,
y este dolor me hace feliz.
La calle es niebla y cerrazón,
y, mientras digo mi canción,
lloviendo está en mi corazón,
en oro y gris...

Tombait en or et en gris le jour splendide
De ce profond avril
Où tu es arrivée.
Peut-être ce que notre amour eut d’éternel
Fut-il ce long sanglot
Que tu as répandu.
Divine enfant musicale !
Emerveillement fidèle
De ton regard d’ange !
Et ta chevelure, comme un champ de blé tout chaud,
Allait mettant le feu sans le vouloir
A mon crépuscule serein
Que tu as illuminé.

Combien rapide fut la fleur
De ton angoisse et de ta peur
Dans notre amour !
Petite qui fus mienne,
Sentimentale,
Rose brûlante
De mon rosier :
Je suis peuplé de ton absence
Et cette douleur me rend heureux.
La rue est brume et ciel menaçant,
Et, tandis que je dis ma chanson,
Voilà qu’il pleut dans mon coeur,
En or et en gris...
(traduction Denise Anne Clavilier)