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lundi 15 décembre 2014

Dernier Plenario 2014 à la Academia Nacional del Tango [à l'affiche]

Ce soir, lundi 15 décembre 2014, à 19h30, comme tous les troisièmes lundis du mois, la Academia Nacional del Tango tiendra sa séance publique à son siège, au premier étage de Avenida de Mayo 833.

Nombreux hommages rassemblés pour ce dernier Plenario 2014.

Un double tango rituel honorera la mémoire de Carlos García, avec Al maestro con nostalgia, qu'il composa et qu'il enregistra à la tête de la Orquesta de Tango de la Ciudad de Buenos Aires, fondée en 1980, puis un Tributo a Carlito García, composé par Oscar del Priore et Néstor Marconi, par ce même ensemble, sous la direction cette fois-ci de Néstor Marconi.

Quelques minutes seront consacrées au souvenir de Francisco Canaro, qui nous a quittés le 14 décembre 1964, il y a cinquante ans. Projection de quelques archives cinématographiques où apparaît le grand musicien, créateur de la SADAIC, la société des auteurs-compositeurs argentins.

L'année Troilo s'achèvera avec la projection d'une autre série d'archives cinématographiques et télévisuelles, autour cette fois-ci de la figure de Aníbal Troilo (1914-1975).

Et enfin, dans l'espace central, c'est Oscar Del Priore qui présentera son livre consacré à La Orquesta del Tango de Buenos Aires, préfacé par Raúl Garello, fondateur de cet orchestre.

lundi 14 juillet 2014

Ce soir, concert pour Pichuco au Teatro Colón [à l'affiche]


Ce soir, les fêtes du Centenaire Aníbal Troilo se prolongent de façon fastueuse : la Fondación Banco Ciudad organise ce 14 juillet 2014, à 20h30, un concert au Teatro Colón, l'Opéra de Buenos Aires, avec l'Orchestre de Tango de la Ville de Buenos Aires dirigé par Raúl Garello, Néstor Marconi et Juan Carlos Cuacci, le bandonéoniste Ernesto Baffa et le pianiste José Colangelo, qui ont tous deux travaillé avec Pichuco, tout comme Raúl Garello. Sont également invités les chanteurs María Graña et Raúl Lavié.

Les billets étaient distribués gratuitement à la Casa de Cultura de la Ville autonome de Buenos Aires vendredi dernier, à raison de deux entrées par personne.

lundi 7 juillet 2014

Semaine Pichuco à la Usina del Arte [à l'affiche]

Caricature de Troilo par Hermenegildo Sábat

La Ville de Buenos Aires rend hommage tout au long de la semaine à Aníbal Troilo (11 juillet 1914-18 mai 1975) à la Usina del Arte, grand centre culturel du quartier de la Boca.

La manifestation commence aujourd'hui, avec une grande photo de bandonéonistes devant l'Obélisque, et toute une série de concerts, projections, conférences, expositions et présentations d'ouvrages.

La Gran Orquesta de Buenos Aires, Horacio Ferrer, Oscar del Priore, Raúl Garello et Herminegildo Sábat seront parties prenantes de cette semaine dont toutes les propositions sont gratuites et d'accès libres (dans la limite des places disponibles).

Pour en savoir plus, consultez la page de Usina del Arte consacrée à cette semaine exceptionnelle.

samedi 27 octobre 2012

Buenos Aires, le roman national argentin et la culture populaire : la fin du séjour [Agenda de Barrio de Tango]


L'un des deux patios du Museo Mitre

Ces deux derniers jours seront comme la conclusion de cette plongée de 11 jours consécutifs, déjà, dans l'histoire et la culture de Buenos Aires et en partie aussi de l'Argentine mais ici, je ne décrirai que l'avant-dernier jour, le dernier étant laissé totalement libre pour que vous en fassiez ce que vous voulez jusqu'à l'heure où le bus viendra nous chercher à l'hôtel pour nous ramener à Ezeiza, l'aéroport international d'où nous nous envolerons à nouveau pour Paris.

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Dernier épisode par conséquent de ma série d'articles, entamée le 18 septembre, pour vous décrire pas à pas ce séjour culturel que je vous propose à Buenos Aires en plein automne.

Rappel des épisodes précédents :
Synthèse initiale du programme des 14 jours (article du 18 septembre)
Programme des jours 2 et 3 (le jour 1 est celui du vol aller)
Programme des jours 4 et 5
Programme des jours 6 et 7
Programme des jours 8 et 9
Programme des jours 10 et 11
Tous ces articles sont rassemblés sous le mot-clé Viaje, sur lequel vous pouvez cliquez dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus.

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L'avant-dernier jour, considéré comme le n°12, je l'ai conçu comme un résumé de tout ce que nous aurons vu précédemment. Je l'ai intitulé Histoire et identité nationales : de l'oligarchie au peuple d'aujourd'hui.

Après le petit-déjeuner, nous irons ainsi à pied de notre hôtel de la rue Salta (sur l'hôtel, voir l'article de synthèse du séjour) jusqu'au Museo Mitre, situé dans la rue San Martín, à quelques cuadras de la cathédrale. Nous passerons donc par la statue du général Roca, tout près de la Manzana de las Luces (programme de la journée 3). Une statue dont le piédestal est continuellement couvert de grafittis et d'affiches protestataires contre la politique anti-indienne ou revendicatives des mouvements ouvriers (dont le PO, dont je vous parlais il y a peu au sujet d'une manifestation en souvenir de Mariano Esteban Ferreyra), des courants politiques dont Roca est la bête noire par excellence. C'est en effet lui qui conçut et conduisit cette épouvantable Conquista del Desierto (1878-1885) dans le but avoué de détruire les populations mapuches et tehuelches vivant alors en Patagonie pour en distribuer les terres (1) à ceux qui avaient déjà tout, les richissimes propriétaires fonciers qui allaient par la suite l'élire président de la Nation en remerciement de ses bons services. Roca personnifie tout ce que la gauche actuelle argentine exècre : le racisme, la violence d'Etat, la corruption, la concussion, les magouilles en tout genre, ce qui ne manque jamais de se voir sur ce piédestal dont la hauteur monstrueuse protège la statue des outrages des manifestants.
Roca fut le premier président de ce qu'on a appelé la Generación del Ochenta. L'emplacement de la statue, à quelques mètres de ce qui fut la maison provinciale des jésuites jusqu'en 1767, donc des premiers défenseurs des Indiens sur le territoire de l'actuelle Argentine, n'est sans doute pas un hasard !

De la statue de Roca jusqu'au Museo Mitre, il nous faudra passer une nouvelle fois sur la Plaza de Mayo, que nous connaissons déjà (voir le programme du jour 2).

Le Museo Mitre est installé dans ce qui fut la demeure privée de Bartolomé Mitre (1821-1909), qui fut président de la Nation (1862-1868), un combattant unitaire portègne dans la guerre civile contre les fédéraux (2) et, encore plus important, l'un des trois grands intellectuels de la droite argentine qui ont façonné la pensée dominante dans le pays dans la deuxième partie du 19ème siècle : Domingo Faustino Sarmiento (1811-1888), lui-même et Juan Bautista Alberdi (1810-1884).
Le premier est fut chantre d'une organisation sociale conservatrice tout en valorisant le rôle de l'instruction généralisée dès le plus jeune âge et pour les filles autant que pour les garçons, ce qui ne manquait pas d'audace, et en luttant de toutes ses forces contre les pratiques électorales frauduleuses qui, depuis la chute de Rosas, maintenaient au pouvoir une oligarchie dont la puissante économique, politique et sociale allait grandissant.
Le second fut le fondateur du premier quotidien argentin, le journal La Nación qui existe toujours (voir mon article sur les 140 ans de ce titre prestigieux), et un historien-idéologue (comme tous les historiens du 19ème siècle, soit dit en passant) qui fixa une histoire officielle nationale qui est toujours enseignée à l'école, jusqu'au baccalauréat, et qui régla leur sort à tous les révolutionnaires qui, dans les années 1810, secouèrent et dénoncèrent l'ordre social établi qui écartait du pouvoir politique les non-possédants, en donnant, à maintes reprises, la parole au peuple (Moreno, Belgrano, San Martín, Güemes, Artigas, pour ne citer que les cinq noms les plus maltraités dans l'œuvre de Mitre).
Le troisième est le plus attachant des trois car c'est le plus moderne, le plus proche de notre conception de la démocratie. Musicien, poète et écrivain, Alberdi fut un partisan en son temps des droits de l'homme (ce que les deux autres n'étaient pas vraiment), il ne fut pas raciste (ce qui était exceptionnel pour un homme blanc de sa génération, en Amérique comme en Europe), il sut respecter l'existence de courants antagonistes dans la révolution et se garda de travestir, comme les deux autres, les grands héros de cette période fondatrice. Pour toutes ces raisons, il eut souvent maille à partir avec les deux autres et mourut en France, exilé pour cette raison.

Le Museo Mitre restitue ce qu'était une maison patricienne dans la deuxième moitié du 19ème siècle. On y voit clairement la fascination qu'exerçait sur cette classe sociale le mode de vie victorien. Le musée expose une partie de la collection de documents historiques constituée par Mitre, notamment plusieurs pièces très émouvantes touchant José de San Martín, qui lui furent données par son gendre, Mariano Balcarce, dans les années 1860. D'autres concernent  Manuel Belgrano (voir le programme du jour 8), d'autres viennent de Juan Martín Pueyrredón - les trois révolutionnaires dont Mitre écrivit la biographie (très partisane et dont hautement contestable selon nos paramètres actuels, surtout pour les deux premiers). D'autres enfin retracent l'action politique et militaire de Mitre lui-même, dont on perçoit, à travers ces vitrines, l'exceptionnelle puissance intellectuelle (même si l'on conteste la manière dont il l'a mise en œuvre, mais attention aux anachronismes !). Il y a aussi des expositions temporaires, parfois en contradiction avec ce que fut la politique de Mitre (j'ai ainsi vu l'année dernière une exposition sur les Indiens de Terre-de-Feu). Sa bibliothèque personnelle est devenue une bibliothèque académique qui accueille des chercheurs de tout le pays et même des pays étrangers. Comme bibliothèque d'un particulier, elle est plus qu'imposante.

Après cette visite, nous prendrons avec notre mini-bus la direction de Palermo où nous visiterons le musée qui représente l'axe antagoniste de l'histoire et de la politique argentine : le Museo Evita, consacré à l'action politique et sociale de Eva Duarte de Perón, qui mit en place un embryon d'Etat-Providence dans les années de la guerre froide, avant sa mort très précoce en 1952, à l'âge de 32 ans. On quittera ce musée en ayant définitivement rayé de nos tablettes le stéréotype qu'une comédie musicale nous a mis en tête à propos de cette femme, qui, loin du personnage de la revue nord-américaine, était une militante révolutionnaire passionnée à laquelle l'historien (sympathisant péroniste) Felipe Pigna vient de consacrer une épaisse biographie (voir l'ensemble de mes articles sur elle en cliquant sur le mot-clé Evita dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus). Très beau musée, à la pointe des technologies nouvelles, consacré à la femme, à l'actrice, à l'épouse, à la militante, installé dans un ancien foyer social dont le luxe vous surprendra. Et ce luxe dans lequel elle faisait installer les plus nécessiteux a beaucoup fait et pour sa légende et pour la haine que continue de lui vouer la droite argentine.

Nous déjeunerons à notre guise dans le quartier, du côté de la toute proche Plaza Italia ou, pourquoi pas, au restaurant magnifique du musée. Splendide décor mais les prix ne sont pas donnés au regard du niveau de vie local (ceci dit, rien de bien nouveau sous le soleil. Si vous allez déjeuner ou dîner dans un musée ou un théâtre du 8ème ou du 16ème arrondissement de Paris, le phénomène est le même).


Dans l'après-midi, nous nous rendrons en mini-bus dans un autre coin de ce même quartier de Palermo (ce sera donc notre troisième journée passée dans ce quartier immense) : l'ex-ESMA, un ancien campus de formation et d'instruction de mécanique de la Marine qui fut converti en camp de détention clandestin, en centre de torture et d'exécution, pendant la Dictature (1973-1983) et est devenu aujourd'hui un vaste ensemble de centres culturels qui cultivent ensemble les arts et les droits de l'homme. La visite de l'ex-ESMA en elle-même dure trois heures. Nous nous contenterons donc de voir l'un des centres, celui dédié à l'écrivain Haroldo Conti, qui est l'un des 30 000 disparus de la Dictature. Nous pourrons nous entretenir avec les responsables de ce centre qui participent à célébrer la vie là où a régné la mort. Nous profiterons de la lumière du jour pour apprécier l'exposition du moment à la lumière naturelle qui tombent des immenses verrières donnant sur un parc magnifique.

La nuit tombante, nous finirons notre journée à l'église San Carlos y Santa María Auxiliadora au cœur du quartier de Almagro, là où Carlos Gardel (journée 10) chanta souvent dans le chœur scolaire qui lui offrit son premier apprentissage vocal et où Ceferino Namuncurá fit sa première communion.
Ceferino est le premier béatifié argentin (novembre 2007). Dans cette église, son autel occupe une petite chapelle latérale, avec deux images contradictoires, l'une qui en fait un étudiant oxfordien (alors qu'il étudiait à Rome lorsque la tuberculose a eu raison de sa vie) (3), l'autre qui le montre en prince mapuche qu'il était aussi. Je vous raconterai son histoire et celle de sa famille, qui s'opposa avec courage à Roca et ses troupes sanguinaires, et vous verrez combien, aujourd'hui encore, il s'avère compliqué pour les Argentins, ici les catholiques (mais c'est la même chose avec les libre-penseurs), d'intégrer cette population précolombienne dans le grand roman national argentin que le pays élabore depuis les années 1850.... (sur cette difficulté, voir mon article du 12 octobre 2012 sur la réédition de Taki Ongoy de Víctor Heredia)

Le dîner et la soirée seront libres (une dernière milonga ?) et toute la journée du lendemain également. Comme ce sera un jeudi, vous pourrez, si vous le souhaitez, aller vous régaler d'un dernier concert gratuit, au Teatro Presidente Alvear, sur Avenida Corrientes : à l'heure du déjeuner, la Gran Orquesta del Tango de la Ciudad de Buenos Aires y donne un concert avec au moins deux de ses trois chefs, Raúl Garello (le fondateur de la formation), Néstor Marconi et Juan Carlos Cuaccci...

Pour aller plus loin :
Visitez le site Internet de la paroisse San Carlos Borromeo (actuellement en construction)
Sur Ceferino Namuncurá, voir mon article du 21 août 2008 sur la vénération dont il fait l'objet et les contradictions qui la sous-tendent.


(1) On n'avait pas encore découvert les gisements pétroliers. Sinon, ça aurait été encore pire, encore plus sanglant, encore plus inhumain.
(2) Ce n'était pas un génie militaire. L'historien Felipe Pigna, qui le méprise, dit de lui, non sans humour, qu'il est un "général mythique qui n'a jamais gagné une seule bataille". Il l'oppose en cela à San Martín, général victorieux s'il en est, qu'il accuse volontiers Mitre de l'avoir maltraité dans ses travaux. Mais Mitre n'a rien d'un mythe, contrairement à San Martín, il est juste une figure historique ultra-valorisée par la droite argentine, et donc par l'école, depuis plus d'un siècle.
(3) Les intellectuels de droite ont martelé dans la pensée argentine une référence omniprésente à la supposée suprématie de l'Angleterre dans tous les domaines, y compris universitaire, comme nous l'aurons vu dans l'histoire de l'immigration. Voir mon article sur les jours 8 et 9.

lundi 5 décembre 2011

Conectar : sept jours de musique et de fête [à l'affiche]


Conectar est un festival centré sur la musique, organisé par le studio d'enregistrement Estudio Urbano. Il aura lieu du 12 au 18 décembre, avec les auspices du Ministère de la Culture portègne, qui montre ainsi qu'il est tout à fait capable de financer et d'aider de beaux projets et non pas seulement les vagues machins à touristes auxquels il nous a trop habitués, et alors même que la saison d'été s'annonce !

Tout au long de cette semaine festive qui se répartira sur deux lieux différents de la ville de Buenos Aires, concerts, ateliers et séances d'enregistrement pour mieux connaître la technique et les savoir-faire des métiers de studio, tables rondes et débats, cours de danse et conférences vont se succéder, toujours avec entrée libre et gratuite.

A noter en particulier le fabuleux programme prévu pour le week-end :

Vendredi 16 décembre 2011, à 20h, la Orquesta del Tango de la Ciudad de Buenos Aires, suivie à 21h par Alan Haksten Grupp, une grande formation institutionnelle suivie d'un groupe de jeunes musiciens hyper-dynamique. Quel luxe !

Samedi 17 décembre 2011, sept groupes se succéderont de 16h30 à 21h35, tous les trois quarts d'heure.

Le dimanche, ils ne seront plus que six, avec un rythme un tout petit peu plus lent, et se partageront la scène de 16h45 à 21h.

Du lundi au jeudi, les manifestations ont lieu au Studio, Curapaligüe 585
Le week-end, rendez-vous à l'Amphithéâtre du Parque Centenario (esquina Leopoldo Marechal y Lillo).

Pour plus d'informations (au-delà de celles contenues déjà dans l'affiche ci-dessus) :
connectez-vous au blog du studio.

mardi 6 septembre 2011

Deux jeudis avec les Hugo del Carril au Teatro Presidente Alvear [à l'affiche]

Comme l'a annoncé dimanche soir sur les ondes de La 2 x 4 Diego Rivarola, le directeur général de la Musique de la Ville Autonome de Buenos Aires, les deux prochains concerts du jeudi midi de la Orquesta del Tango de la Ciudad de Buenos Aires rassemblera au Teatro Presidente Alvear, Corrientes 1659, les lauréats des 10 dernières années du Prix Hugo del Carril. Ce sera donc les jeudi 8 et 15 septembre 2011.

Par la suite, ce concours de chant réservé aux artistes de tango s'organisera localement dans toute la ville, sur chacune des 15 communes, qui rassemblent chacune plusieurs quartiers. Chaque commune aura son lauréat et le prix se jouera entre les 15 lauréats intermédiaires... C'est donc en quelque sorte l'instauration d'un premier tour éliminatoire.

Les concerts du jeudi midi sont d'accès libre et gratuit et il y a de la place pour tout le monde dans ce grand théâtre à l'italienne...

jeudi 18 août 2011

Concert gratuit du jeudi midi au Teatro Alvear [à l'affiche]


Comme presque tous les jeudis de l'année, la Orquesta del Tango de la Ciudad de Buenos Aires se produisait ce midi, dirigée par son fondateur, le Maetro Raúl Garello, au Teatro Presidente Alvear, qui est son port d'attache dans la zone des théâtres de l'avenue Corrientes.

Ces concerts attirent en général une grande foule, il faut donc se présenter devant le théâtre assez tôt pour pouvoir entrer et déguster le programme concocté par les musiciens et leurs trois chefs simultanés, Raúl Garello, déjà cité, Néstor Marconi et Juan Carlos Cuacci...

mardi 5 juillet 2011

Juan Pablo Villareal intronisé nouveau chanteur de El Arranque [à l'affiche]

El Arranque (formation actuelle).
Photo extraite de leur site Internet

Demain soir, mercredi 6 juillet 2011, à 20h30, au Teatro 25 de Mayo, Triunvirato 4444, dans le quartier de Villa Urquiza (1), aura lieu le concert des 15 ans de l'orchestre El Arranque, animé par Ignacio Varchausky, le contrebassiste et compositeur qui reste l'indéboulonnable membre fondateur, dans le cadre d'une série de concerts organisés là par l'association VíaTango, qui a aussi été fondée par Varchausky (2), un cycle intitulé Tango Doscientos Uno (Tango 201, pour les 200 ans de l'Argentine que l'on fêtait l'année dernière, dans ce théâtre qui porte pour nom la date de la Revolución de Mayo, le 25 mai 1810, dans une avenue qui honore l'épisode du Triumvirat de cette même Revolución de Mayo).

A cette occasion, Ignacio Varchausky présentera le nouveau chanteur de l'orchestre, Juan Pablo Villareal, qui est reconnu par ses pairs comme l'une des plus belles voix de sa génération, et dont j'ai eu l'occasion de vous parler, notamment parce qu'il a souvent été l'invité de Cucuza et Moscato, dans leur série de concerts du vendredi soir, El Tango vuelve al Barrio (el tango revient dans le quartier), et qu'il a participé en septembre dernier à l'hommage que Tolosa a rendu à Alorsa (voir mon retour sur images du 24 novembre 2010 sur cette belle fête populaire en proche banlieue de La Plata).

La place de Ariel Ardit, que le chanteur avait laissée il y a plus de deux ans pour se lancer dans une carrière personnelle, n'avait jamais été remplacée, par une voix d'homme. C'est un très bon choix que fait l'orchestre et une belle opportunité pour nous de découvrir la voix et le talent de Juan Pablo Villareal, à la prochaine tournée de El Arranque en Europe (ils viennent très souvent par chez nous).

Julio Pane et Juan Tata Cedrón seront parmi les invités de cette soirée festive.

Le programme du cycle en juillet prévoit un concert de Walter Ríos, bandonéoniste et compositeur, qui s'est adonné à de nombreux genres sans se laisser enfermé dans le tango, mercredi en huit, le 13 juillet, le 20 juillet, ce sera le tour de la Orquesta del Tango de la Ciudad de Buenos Aires, dirigée par Raúl Garello, Néstor Marconi et Juan Carlos Cuacci, et le 27 juillet un concert du pianiste et compositeur Osvaldo Berlingieri, qui vient de faire son retour sur scène après de longues années d'absence. Il sera ce soir-là entouré par toute une pléiade d'artistes, le violoniste Pablo Agri, le pianiste Cristian Zárate, le contrebassiste Daniel Falasca et les bandonéonistes Horacio Romo et Laurato Greco.

Pour en savoir plus :

(1) dont j'ai le grand honneur d'avoir été faite Visitante ilustre l'année dernière, par le Cercle des Etudes historiques que préside Luis Alposta, la troisième après deux prédécesseur, un Espagnol et un Japonais (voir mon article du 17 septembre 2010).
(2) dont il est prévu à la mi-octobre que j'anime une rencontre publique autour du film qu'il a tourné avec sa femme, la réalisatrice nord-américaine Caroline Neal, Si sos brujo, una historia del Tango, dans un cinéma du centre de Bordeaux (33). Voir mon article du 29 septembre 2008 sur ce long métrage, l'un des plus réussis, sur le fond comme sur la forme, sur l'histoire du tango, autour du regretté Maestro Emilio Balcarce (voir mes articles sur ce grand bonhomme récemment disparu).

mercredi 9 mars 2011

Hommage à Astor Piazzolla : grand concert gratuit en plein air à Buenos Aires [à l'affiche]

Vendredi prochain, le 11 mars 2011, cela fera 90 ans que naissait le Maestro Astor Piazzolla à Mar del Plata, lui qui a quitté ce monde le 4 juillet 1992, à Buenos Aires, après avoir fait plusieurs fois le tour du monde avec sa musique qui a révolutionné le tango à partir de 1955.

Affiche officielle envoyée par la Academia Nacional del Tango

Buenos Aires a décidé de saluer sa mémoire avec un grand concert de la Orquesta de Tango de Buenos Aires, à l'Anfiteatro Eva Perón, au Parque Centenario, esquina Avenida Leopoldo Marechal y Lillo, dans le quartier de Caballito, là où en décembre 2009 les mêmes artistes avaient célébré les 40 ans de la création de Balada para un loco (voir le retour en images du 11 décembre 2009 que nous en avait offert Solange Bazely, quelques jours après). C'est d'ailleurs de cette manifestation que témoigne la photo qui illustre l'affiche du nouveau concert (1).

L'Orchestre sera dirigé tour à tour par les Maestros Raúl Garello et Néstor Marconi, les deux chefs qui sont aussi compositeurs et bandonéonistes, deux des grandes caractéristiques du musicien célébré...

Le chanteur titulaire de l'orchestre, Marcelo Tommasi, sera de la partie ainsi que le couple de dansuers que sont Paola Parrondo et Víctor Nieva.

Les invités d'honneur seront comme on peut l'avoir deviné sans même que je le dise, le Maestro Horacio Ferrer qui fut le complice de création de Astor Piazzolla pendant plus de vingt ans, et la chanteuse Amelita Baltar, qui fut sa partenaire à la scène et à la ville entre 1968 (création de María de Buenos Aires) et 1975, année de leur divorce. Se joindra à eux le pianiste Juan Trepiana.

L'entrée au concert, qui est programmé pour le 11 mars à 21h, est gratuite. Les places sont à retirer au guichet de l'amphithéâtre, le jour même à partir de 19h. Attention : en cas de pluie, le concert sera très certainement annulé et reporté à une date ultérieure. Informez-vous sur place si vous vous trouvez à Buenos Aires.

(1) Trois grands classiques du duo Piazzolla-Ferrer font partie de Barrio de Tango, l'anthologie bilingue que j'ai publiée aux éditions du Jasmin, en mai 2010 : Balada para un loco, p 316, Chiquilín de Bachín, p 156, et El Gordo Triste, p 302. Dans Barrio de Tango, il y a d'autres morceaux du duo, légèrement moins connu, comme Los Paraguas de Buenos Aires, p 318, ou quasiment inconnu comme Yo soy el bandoneón, p 320 (qui n'a jamais été enregistré).
Dans Deux cents ans après, publié en janvier 2011 dans la revue Triages, Tarabuste Editions, j'ai traduit d'autres morceaux, comme Fábula para Gardel, p 70-71, El Diablo, p 61, et un classique, souvent enregistré depuis Amelita Baltar, la créatrice (à écouter, chanté entre autres par Cecilia Bonardi, sur la liste d'écoute Deux cents ans après (Tarabuste Editions) de ma page Myspace), Preludio para el año 3001, p 72. Preludio para el año 3001 fait partie du nouveau tour de chant de Ute Lemper, qui l'a présenté le 5 février à Paris et est actuellement en tournée en Europe, et du spectacle de Alfredo Arias, Tatouage, prochainement au Théâtre du Rond-Point à Paris et en tournée à travers toute la France.

mercredi 17 novembre 2010

Deux manifestations officielles à Buenos Aires ces jours-ci [à l'affiche]

La Legislatura de Buenos Aires a pris deux initiatives tangueras pour les jours qui viennent :

Le vendredi 19 novembre 2010, à 18h, aura lieu la pose d'une nouvelle plaque en l'honneur du Maestro Aníbal Troilo, là où il y avait eu autrefois (et dont avait disparu) une autre plaque en souvenir du cabaret Marabú, qui a disparu lui aussi comme tous les cabarets des années 1920, 1930 et 1940 (1). C'est au Marabú que Troilo, dit Pichuco, dit El Gordo, avait fondé son premier orchestre en 1937. Il avait 23 ans.

Il est prévu que différentes personnalités du tango soient présentes et rendent hommage au Maestro. Cela se passera avenida Maipú, à la hauteur du n° 359, là où se trouvait le cabaret, dont les bâtiments ont été détruits depuis bien longtemps.

Par ailleurs, le mardi 23 novembre à 18h30, la Legislatura (2) s'unit à la Direction de la Musique du Gouvernement de la Ville de Buenos Aires et au Comité Pro-Monumento al Tango pour fêter les 3 ans de ce monument (3) situé au coeur du quartier le plus chic et le moins tanguero de tout Buenos Aires, Puerto Madero, cette forêt de gratte-ciels sans âme derrière les anciens docks de brique rouge transformés en lofts fortunés, en magasins de luxe rivalisant avec les grandes avenues de New-York, de Londres, de Paris et de Milan, ou en restaurants hors de prix.

Cela se passera à l'angle entre le bulevar Azucena Villaflor et la avenida de los Italianos et la Orquesta de Tango de la Ciudad de Buenos Aires devrait jouer, sous la direction successive des trois chefs, les maestros Raúl Garello, Néstor Marconi et Juan Carlos Cuacci (4). Le chanteur titulaire de l'orchestre, Marcelo Tomassi, devrait lui aussi participer à cet anniversaire.

Bien entendu, ces deux manifestations sont d'accès libre et gratuit et pourraient être annulées ou reportées en cas de pluie ou de mauvais temps en général.

(1) Les cabarets à Buenos Aires étaient des restaurants et des cafés plutôt chics, tous situés dans une gamme de prix élevés, bref tout sauf des établissements populaires, que fréquentait une clientèle locale et étrangère aisée à très riche, exclusivement ou presque exclusivement masculine, les seules femmes fréquentant les cabarets se trouvant être des demi-mondaines accompagnant leur protecteur ou en quête d'un nouvel amant et des patronnes de maisons de passe. Les autres femmes présentent au cabaret étaient soit les milongueras, ces hôtesses payées par le patron du local pour se faire inviter aux tables des messieurs seuls et les faire consommer, et les chanteuses. Les cabarets ont été très longtemps, des années 1910 jusqu'à la moitié des années 1950, les principaux employeurs des orchestres de tango, avec les stations de radio et les maisons de disque. Après le renversement de Perón et la mise en place d'un gouvernement aux ordres des Etats-Unis, un certain puritanisme s'est imposé en Argentine, favorisé par la promotion des produits culturels nord-américains (introduction du rock et du cinéma hollywoodien), et les cabarets ont fermé les uns derrière les autres entre 1955 et 1960. Le Marabú a fait partie des victimes colatérales du coup d'Etat, comme le Chantecler et tant d'autres dont les noms sont intimement liés à l'histoire du tango argentin.
(2) sur les termes topographiques et institutionnels de Buenos Aires, ne pas hésiter à consulter la Trousse lexicale d'urgence située dans la partie centrale de la Colonne de droite de ce blog. La Legislatura est le nom donné au parlement monocaméral de chaque Province et de la Ville Autonome de Buenos Aires, qui a un statut semblable à celui d'une Province, avec gouvernement, parlement et constitution. On parle donc de Legislatura porteña (à Buenos Aires), de Legislatura Bonaerense (Province de Buenos Aires, capitale La Plata), etc.
(3) un truc hideux, entre nous. Un vague monument sculptural qui est censé représenter un bandonéon. Le résultat est moche et l'idée de départ manque d'originalité (tango=bandonéon). En général, les monuments sculpturaux de commande en hommage à des artistes à Buenos Aires sont passablement laids. Les oeuvres peintes sont beaucoup plus heureuses et les oeuvres qui ne correspondent pas à des commandes officielles mais à des initiatives privées, sans appui institutionnel, sont plus émouvantes. La statue de Gardel à l'Abasto est ratée, le buste de Pugliese à Villa Crespo aussi. En revanche, la galerie d'artistes peinte par Hermenegildo Sabát sur la façade de la Esquina Homero Manzi est de toute beauté (mais ce sont des caricatures !).
(4) Le conditionnel est dû au fait que l'orchestre traverse actuellement une crise très grave à laquelle j'ai déjà fait écho : salaires non payés ou payés au lance-pierre, emplois de musiciens non pourvus, entretien et réparation des instruments à la charge des musiciens, je vous en passe des vertes et des pas mûres. Ajoutez à cela que ces musiciens sont fortement syndiqués (ça se comprend dans de telles conditions) et que leur mécontentement se manifeste dès qu'un détail cloche. Ils ne jouent pas quand ils ont le soleil dans les yeux, quand ils ne sont pas assez bien abrités de la pluie (et Dieu sait s'il peut pleuvoir au printemps à Buenos Aires), quand il n'y a pas le bon nombre de chaises pour le bon nombre de musiciens (et ça arrive)... Donc on ne sait pas ce qu'il peut arriver : ils sont au programme, allez-y et voyez sur place ce qui se passe. Pour en savoir plus sur la crise traversée par l'orchestre, cliquez sur les mot-clés Orquesta ou Orq Tango BsAs dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus. Vous accéderez ainsi à l'ensemble des articles que je lui ai consacrés sur ses activités artistiques comme sur les réalités plus terre-à-terre de la vie de la formation. Vous pouvez aussi vous informer en cliquant sur le raccourci Economie, dans la Colonne de droite dont la partie supérieure est consacrée aux raccourcis internes à Barrio de Tango et la partie inférieure aux liens avec des sites externes.

samedi 10 juillet 2010

Le numéro 189 de El Tanguata : un numéro exceptionnel pour les 15 ans de la revue [Disques & Livres]

Beaucoup de choses passionnantes dans ce numéro de juillet 2010 du mensuel gratuit El Tanguata (dont vous trouverez le site dans la rubrique Eh bien dansez maintenant ! dans la partie inférieure de la Colonne de droite).

Nous pouvons y lire une longue interview de Horacio Salgán et de son fils, César Salgán, qui a pris la place il y a quelques années de son père dans le Quinteto Real, grande formation de tango fondée il y a 50 ans comme un divertissement, comme le dit son fondateur-pianiste au cours de l'interview. Un article qui occupe quatre pages du magazine, les pages 20, 22, 24 et 26 (les pages impaires sont composées entièrement de publicité). Cette interview marque les 50 ans du Quinteto Real (entendez Quintette Royal ou Quintette Réel) et les 15 ans de la revue. Comme toujours dans ce magazine, l'interview est bilingue, en espagnol et en anglais.

Egalement dans ce numéro un hommage à Rubén Juárez qui nous a quittés le 31 mai 2010. L'article a été écrit par le poète Alejandro Szwarcman, qui a travaillé avec Rubén Juárez et que Rubén Juárez a interprété en sa qualité de chanteur... C'est en page 6. Le texte est exclusivement en espagnol. C'est écrit par un poète et pas pour les touristes qui ne connaissent de la ville de Buenos Aires que ses milongas, ses cours de danse et ses magasins de chaussures.

Pour le numéro de juillet 2010, ne pouvait pas passer à côté du 75ème anniversaire de la mort accidentelle et tragique de Carlos Gardel : un article est donc consacré aux hommages qui furent rendus à l'idole sud-américaine en Argentine, en Colombie (le pays où il a trouvé la mort le 24 juin 1935) et en Uruguay (page 4, en espagnol en haut, en anglais en-dessous).



Et aussi deux articles (en espagnol uniquement) sur la crise sociale que traverse la Orquesta del Tango de la Ciudad de Buenos Aires, depuis l'arrivée à la tête de l'administration municipale de l'équipe de Mauricio Macri. El Tanguata présente d'une part une interview de Pablo Maglia, l'altiste de l'orchestre, qui est aussi délégué syndical. L'orchestre dépend du Ministère de la Culture du Gouvernement Portègne et s'estime maltraité par son autorité de tutelle : manque de musiciens (l'orchestre est prévu pour compter 45 musiciens, or il y a eu récemment des décès et des départs en retraite, en particulier ceux de Osvaldo Montes et Aníbal Arias qui n'ont pas été remplacés (1), si bien qu'actuellement il n'y plus que 28 instrumentistes pour 45 postes budgétés et  non payés), des locaux indignes, mal tenus et dépourvu de sanitaire en état de fonctionnement, avec moins de chaises et de pupitres que nécessaire, manque de communication pour faire connaître au public le programme des concerts (2). Les musiciens s'insurgent aussi sur la suppression de leurs concerts pédagogiques, une tradition de concerts aux écoles que l'orchestre a développée de nombreuses années durant pour initier les enfants au tango et aux instruments. Et enfin, cerise sur le gâteau, l'orchestre n'a pas été invité à participer aux festivités du Bicentenaire organisées par la Ville de Buenos Aires. Cela ne peut pas leur faire plaisir. Cette interview, qui fait suite à une protestation publique de l'orchestre à l'entrée du Teatro Presidente Alvear, dont il est la formation musicale résidente, le 18 mai dernier, avant le concert d'hommage à Aníbal Troilo (voir mon article du 11 mai 2010 sur cet hommage pour les 35 de la disparition du compositeur emblématique de Buenos Aires).

Capture d'écran à partir du numéro en pdf.
Cliquez sur l'image pour lire le texte en version originale

En complément de cette interview que vous pouvez lire à cheval sur les pages 10 et 11, vous pouvez lire à la page 55 la lettre ouverte (ci-dessus) que l'orchestre a adressée au public (uniquement en espagnol elle aussi) et dont voici la traduction en français :

Chers amis,
Au moment où le tango est déclaré Patrimoine intangible de l'Humanité par l'UNESCO (une initiative de Monsieur Hernán Lombardi...) (3) et que le tango est inclus aussi dans les programmes obligatoires des écoles, d'une manière contradictoire, ce même Ministre condamne notre institution à s'éteindre pour les motifs suivants :

- annulation des concerts pédagogiques alors que l'orchestre les pratiquait depuis 20 ans déjà en pionnier de l'enseignement du tango à l'école,
- le fait que les postes laissés vacants par les décès ou les départs en retraite ne sont pas pourvus et que les sommes correspondantes ne sont pas versées
lenteur et négligence dans la programmation, absence de promotion et de diffusion des concerts de l'orchestre. Par exemple : série de concerts à l'Alvear, résidence historique de l'orchestre, toujours 600 personnes, série au Teatro de la Ribera, programmée par le Ministère de la Culture, 20 personnes en moyenne par spectacle (4) avec la dilapidation de l'argent public que cela implique : location de piano, transport, personnel, consommables...,
- manque d'outils de travail : instruments, pupitres, étuis pour instruments, sièges, tenues de travail qui sont fournies à tous les autres salariés de la Ville. En conséquence de quoi, c'est nous qui sommes responsables de l'entretien et sommes exposés au risque de nous faire voler nos instruments, ce qui s'est déjà produit (5).

Nous vous sommes très obligés de votre soutien et le restons toujours. Merci beaucoup.
(Traduction Denise Anne Clavilier)



L'autre article particulièrement intéressant est celui qui porte sur le vote récent (en mai) à la Legislatura d'une déclaration qui réclame au Gouvernement de la Ville de Buenos Aires qu'il intègre le tango dans les programmes de l'école primaire. Cette déclaration, qui, pour l'instant, reste lettre morte, a été votée suite à une initiative de Claudio Tagini (que les fidèles lecteurs de Barrio de Tango connaissent comme l'animateur d'une ancienne émission de radio par internet, ADN Tango, et son association, qui porte le même nom et milite pour que le tango touche à nouveau un très large public, matraqué à la radio et à la télévision par les productions commerciales étrangères ou locales d'inspiration européenne ou nord-américaine).
El Tanguata a soutenu l'initiative législative et politique et revient donc (en espagnol uniquement) sur la déclaration elle-même, sur les mobiles de ses promoteurs et sur la manifestation artistique qui a eu lieu au Palais de la Legislatura pour en fêter le vote avec la participation de très grands artistes, dont Susana Rinaldi (en haut), les danseurs Paola Parrondo et Victor Nieva (au milieu de la page) et le Maestro Raúl Garello à la tête de la Orquesta del Tango de la Ciudad de Buenos Aires (en bas). C'était le premier d'une série d'événements qui doivent être organisés par les artistes et les responsables culturels de Buenos Aires pour faire pression sur le Gouvernement de Mauricio Macri pour qu'il mette en oeuvre la mesure soutenue par les députés municipaux.

Et en plus de tout ça, ce numéro de El Tangauta comporte un article de deux pages, en espagnol et en anglais, sur Juan Carlos Cáceres, ses concerts récents à Buenos Aires, la sortie de son premier livre et celle d'un nouveau disque pour ses 40 ans de carrière. Deux pages bilingues dont j'ai déjà parlé dans un autre article paru aujourd'hui dans Barrio de Tango.

Pour lire les articles de ce numéro exceptionnel de El Tanguata, il faut consulter son site, dont vous trouverez le lien dans la rubrique Eh bien dansez maintenant !, dans la partie inférieure de la Colonne de droite. Pour accéder aux articles, vous devrez d'abord vous enregistrer sur le site et vous créer un mot de passe. Ensuite il vous suffira de vous identifier avec votre identifiant et votre mot de passe pour télécharger gratuitement tout ce que vous voudrez, y compris le numéro entier de toute la collection en format pdf.

(1) Ce départ à la retraite du grand bandonéoniste et du grand guitariste fut annoncé officiellement à l'issue du concert du 40ème anniversaire de la création de Balada para un loco, cet été. Voir l'article du 11 décembre 2009, rédigé depuis Buenos Aires par Solange Bazely qui avait assisté au spectacle et que j'ai publié dans Barrio de Tango.
(2) Pour les chaises et les pupitres qui manquent dans la salle de répétition, je ne sais pas ce qu'il en est mais pour la discrétion de la publicité sur les concerts, je suis entièrement d'accord avec Pablo Maglia : en 2008, j'ai fait plusieurs articles sur les prestations de l'orchestre mais depuis plus d'un an, c'est nettement plus compliqué pour moi d'accéder à l'info. Elle que l'on trouvait très facilement sur le site de la Ville de Buenos Aires, il faut maintenant la chercher longuement et parfois en vain. Une fois sur place, je ne peux savoir où et quand aller écouter l'orchestre que grâce aux contacts personnels que j'ai à la Academia Nacional del Tango et à la Direction de la Musique. Pour le public lambda, ce n'est donc plus très simple de savoir où se produit l'orchestre.
(3) Voir mes articles sur cette inscription du tango au patrimoine culturel de l'humanité et les diverses réactions qu'elle a suscitées et continue de provoquer chez les professionnels du tango et les acteurs de la culture populaire à Buenos Aires.
(4) Au tout début de l'année, Hernán Lombardi, ministre de la culture du gouvernement portègne, avait pourtant fait du Teatro de la Ribera, dans le quartier de la Boca, face au port du Riachuelo, la salle consacrée au tango parmi toutes les salles publiques dépendant de la Ville de Buenos Aires. Voir mon article du 3 janvier 2010 sur ce sujet. Il était déjà assez clair à ce moment-là que le choix, particulièrement excentré et peu aisé d'accès (il faut y aller en voiture, surtout le soir) était assez peu pertinent. Cet échec n'a donc rien de très étonnant... Quant à l'Alvear, c'est une très belle salle qui doit pouvoir contenir largement plus que 600 personnes. Surtout si les concerts sont gratuits.
(5) C'est vrai. Un musicien au moins s'est fait voler un bandonéon. Un instrument très difficile à se procurer car les bandonéons sont hors de prix, puisque leur fabrication est pratiquement interrompue depuis 1949, année où les fabricants traditionnels de Saxe ont été expropriés par la nationalisation générale de toutes les entreprises en RDA. Depuis une dizaine d'années, les ateliers ont été rendus à leurs légitimes propriétaires mais le savoir-faire est loin d'avoir été parfaitement récupéré par les petits-enfants ou arrière-petits-enfants après 40 ans de rupture de la transmission artisanale, traditionnelle de père en fils. Voir mon article du 3 novembre 2009 sur le vote d'une loi qui protège désormais les bandonéons en en limitant les possibilités d'exportation depuis le sol argentin.

jeudi 27 mai 2010

Rencontres interdisciplinaires du Tango à la Faculté de Droit de Buenos Aires [à l'affiche]

Dans le cadre des fêtes du Bicentenaire de l'Argentine, il y aura vendredi 29 mai, à 20h, au Salon des Pas Perdus de la Faculté de Droit, avenida Figueroa Alcorta 2263, à la Recoleta, une double prestation des professeurs Elida Casco et Carlos Rodríguez Robert et leurs élèves (danse) et de la Orquesta del Tango de la Ciudad de Buenos Aires (musique orchestrale).

Ce sont les 2ndes Rencontres interndisciplinaires du Tango... Alors, vive l'interdisciplinarité !

Pour les lecteurs intéressés : visitez le site de la Faculté de Droit de l'UBA (Université de Buenos Aires). L'UBA est l'université laïque. Il existe aussi à Buenos Aires l'UCA, l'Université Catholique d'Argentine, qui est une institution pontificale.

Pour lire tous les articles qui concerne le tango danse dans ce blog, cliquez sur le mot-clé danse dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus. Pour en savoir plus sur les orchestres, cliquez sur le mot-clé orquesta et sur Orq Tango BsAs du bloc Pour chercher, pour les articles concernant cette grande formation qui dépend du Ministère de la Culture du Gouvernement Portègne.

mardi 11 mai 2010

Hommage à Aníbal Troilo au Teatro Alvear [à l’affiche]

Affiche Francisco Torné

Le 18 mai prochain, cela fera 35 ans tout juste que le compositeur et bandonéoniste Aníbal Troilo quittait ce monde. Il avait à peine 61 ans. Il était né le 11 juillet 1914 à Buenos Aires dans son cher quartier de l’Abasto et c’est aussi à Buenos Aires qu’il est mort ce 18 mai 1975, peu avant minuit, emporté par une embolie cérébrale, à l’Hôpital Italien de la rue Gascón (Almagro).

C’est en mémoire de ces trente-cinq ans d’absence que la Orquesta del Tango de la Ciudad de Buenos Aires prépare actuellement un grand concert qui aura lieu mardi prochain, 18 mai 2010, à 20h30, au Teatro Alvear, Corrientes 1659. Entrée : 10 $.

A ce concert, placé sous les auspices du Ministère de la Culture du Gouvernement de la Ville de Buenos Aires et organisé par la Direction Générale de la Musique, participeront les trois chefs d’orchestre titulaires de cet ensemble de 32 musiciens : les Maestros Raúl Garello, Néstor Marconi et Juan Carlos Cuacci, qui assureront aussi les arrangements des pièces prévues au programme.

Les présentations seront assurées, comme toujours, par Oscar del Priore et c’est le chanteur titulaire de l’orchestre, Marcelo Tommasi, qui officiera en qualité de soliste.

Que nous annonce-t-on au programme de cette soirée ?
Che, Buenos Aires de Raúl Garello, Bandoneón arrabalero*, de Juan Deambroggio (sans doute en version instrumentale, sans le texte de Pascual Contursi), Che bandoneón* de Homero Manzi pour les paroles et Aníbal Troilo pour la musique, Negro nacarado (1) de Eduardo Lettera pour les paroles et Néstor Marconi pour la musique, Responso de Aníbal Troilo (2), La última curda* de Cátulo Castillo pour les paroles et Aníbal Troilo pour la musique, Ojos negros de Vicente Greco, Toda mi vida* de José María Contursi pour les paroles et Aníbal Troilo pour la musique, El Gordo triste* de Horacio Ferrer pour les paroles et Astor Piazzolla pour la musique, Pa’ que bailen los muchachos de Aníbal Troilo, A Homero* de Cátulo Castillo pour les paroles et Aníbal Troilo pour la musique (3).

Il est prévu que Néstor Marconi, au bandonéon solo, rende un Homenaje a Troilo, sous la direction de Raúl Garello et que Raúl Garello, comme bandonéoniste soliste, interprète quant à lui une Selección Piazzolla, avec l’orchestre placé cette fois-ci sous la direction de Néstor Marconi.

Ce concert promet donc d’être une soirée mémorable. Si vous séjournez actuellement à Buenos Aires, il n’y a pas une minute à perdre pour réserver vos places aux guichets de l’Alvear.

Pour en savoir plus sur l’orchestre et sur chacun des artistes cités ci-dessus, cliquez sur leurs noms dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search : ce bloc rassemble des mot-clés qui permettent de trier les articles à partir des critères thématiques que j’effectue à chaque publication.

Pour chercher un article sur un autre thème, regardez la partie supérieure de la Colonne de droite. Tous les liens sont des raccourcis vers des articles du blog. Et si vous ne trouvez pas, vous disposez d’un petit moteur de recherche interne en haut à gauche.

Dans la Colonne de droite, dans la partie basse, dans la rubrique Troesmas (Maestro en verlan), vous trouverez le site officiel d’Aníbal Troilo, qui est tenu et animé par les petits-enfants de sa femme, les frères et soeur Torné, auxquels on doit l’affiche qui illustre cet article et qui dirigent également le label discographique Pichuco Records.

Pour en savoir plus sur Aníbal Troilo, en français, vous pouvez vous reporter à mon livre où je passe quelque temps sur cette figure fondatrice du tango argentin (Barrio de Tango, ed. du Jasmin) et en espagnol, je vous conseille la lecture de l’épaisse et très complète biographie qu’Horacio Ferrer vient de publier à Buenos Aires sous le titre de El Gran Troilo, chez Ediciones del Soñador (vente en ligne chez Zivals et d’autres libraires portègnes, voir Colonne de droite, rubrique Les commerçants del Barrio de Tango). Vous en saurez plus sur cette biographie en vous reportant à l’article que j’avais publié sur sa présentation en septembre à la librairie Zivals puis en octobre à la Academia Nacional del Tango l’année dernière.

(1) Ce morceau (que je ne connais pas) est un hommage au bandonéon, c’est sûr ! Negro à Buenos Aires, c’est un terme affectueux qui permet de désigner quelqu’un qu’on aime bien. On pourrait traduire alors en français : ce brave ami, ce brave type, cette vieille canaille (on peut toutefois se servir aussi du terme comme d’une insulte, mais ce n’est pas le cas ici). Et l’adjectif nacarado vient de nacar, la nacre. C’est une allusion aux ornementations de nacre avec laquelle la famille Arnold embellissait les instruments qu’elle fabriquait en Saxe et exportait à Buenos Aires. C’est à cela que je comprends qu’il s’agit d’un hommage à l’instrument, en dehors du contexte qui aide aussi. Comme voulez-vous que dans un hommage à Troilo, il n’y en ait pas un aussi à l’instrument dont il a été l’un des plus grands maîtres...
(2) Responso (1951) et Adiós Nonino (1959) sont deux morceaux presque rituels que la Orquesta del Tango joue lorsqu’il s’agit de rendre hommage à un mort. Adiós Nonino parce que c’est le morceau que le chagrin a inspiré à Astor Piazzolla à la mort de son père, surnommé Nonino, et Responso, parce que c’est le morceau composé par Aníbal Troilo pendant la veillée funèbre de Homero Manzi, un de ses plus chers amis, le 3 mai 1951. Troilo avait soudain quitté le siège de la Sadaic où avait été dressée la chapelle ardente du poète pour rentrer chez lui poser ce morceau sur une partition et puis il était revenu, pleurant toutes les larmes de son corps, pour la levée du corps et les obsèques. Il n’a que rarement enregistré et joué ce morceau. Son exécution le renvoyait toujours à son chagrin et il ne pouvait pas le jouer sans se mettre à pleurer.
(3) Tous les titres marqués d’un astérisque sont présentés en version bilingue espagnol-français dans Barrio de Tango, publié aux Editions du Jasmin (mai 2010).

samedi 17 avril 2010

La Orquesta del Tango de Buenos Aires au Solis [à l'affiche]

Photo extraite du site du Solis (de dos, le Maestro Raúl Garello)


La Orquesta del Tango de la Ciudad de Buenos Aires vient de traverser une nouvelle fois le Río de la Plata et va se produire ce soir à l'opéra de Montevideo, la capitale de l'Uruguay.

Le concert débute ce soir au Teatro Solis à 21h.
Les places sont au prix de 200 pesos uruguayens (un prix très, très, très raisonnable).

L'orchestre sera dirigé par les trois chefs : Raúl Garello, Néstor Marconi et Juan Carlos Cuacci. Les présentations seront assurées comme toujours par Oscar del Priore, dont je vous ai parlé récemment puisqu'il a été élu grande personnalité de la culture par la Legislatura de Buenos Aires (lire mon article du 23 mars 2010 à ce propos).

Pour aller plus loin :
Jeter un coup d'oeil sur la page du site du Solis
Cliquez sur le nom de l'orchestre dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus pour accéder à l'ensemble des articles déjà publiés dans ce blog à son sujet.

vendredi 11 décembre 2009

40 ans de Balada : un retour sur image et un reportage de Solange Bazely [à l’affiche]

C’est à titre tout à fait exceptionnel que l’article qui suit est publié dans Barrio de Tango.
Pour la première fois, l’article n’est pas de moi.
Il m’a été envoyé très gentiment par Solange Bazely, qui se trouve actuellement à Buenos Aires et vous offre et ces photos et ce compte-rendu, d’un grand événement : la célébration le 2 décembre dernier des 40 ans de la création de Balada para un loco, un tango qui a révolutionné le genre, le 16 novembre 1969, lors du concours de la chanson de Buenos Aires.

Solange Bazely est une fine experte du tango et de sa culture. Elle collabore bénévolement à la revue française Tout Tango, éditée à Montpellier (vous pouvez accéder au site du magazine grâce au lien situé dans la rubrique Eh bien dansez maintenant !, dans la partie inférieure de la Colonne de droite). Elle est l’auteure d’un livre sur le bandonéon, qui reste encore à publier et qui fera à n’en pas douter référence dans ce domaine, non seulement en français mais dans toute la littérature tanguera dans toutes les langues. Ce n’est pas moi qui le dis mais Walter Piazza, qui fut le premier à m’en parler en août 2008 dans son bureau de la Academia Nacional del Tango. L’avis d’un tanguero pareil, ça vous pose un bouquin...

Voici donc, en caractères bleu profond, l’article et les photos que Solange m’a fait la gentillesse de m’envoyer il y a quelques jours et que j’ai réservé pour marquer dans Barrio de Tango cette fête du tango et ce double anniversaire de naissance, de Carlos Gardel et de Julio De Caro.

Le Maestro Horacio Ferrer (avec sa bouteille d'eau à ses pieds)

Les 40 ans de Balada para un loco, événement organisé par le ministère de la culture de la ville de Buenos Aires qui devait se dérouler le vendredi 27 novembre a été reporté au mercredi 2 décembre pour cause de pluie. L'amphithéâtre Eva Perón du Parque Centenario fraîchement rénové en juin dernier n'était pas complet. Avec 1620 places assises et une scène de 18m x 12m et tout ce qu'il faut au niveau lumière et son. Comme souvent ici, pour un événement gratuit, il faut retirer les places à l'avance.

Cette soirée anniversaire se fait en hommage à cette Balada para un loco qui ne remporta pas le prix d'un Concours organisé au Luna Park il y a 40 ans. Aujourd'hui, personne ne se souvient plus du thème qui remporta le premier prix mais uniquement de cette Balada para un loco, fruit de l'imaginaire et d'une vision nouvelle qui a fait le tour du monde, grâce aux talents réunis de la poésie d'avant-garde d'Horacio Ferrer, avec la musique non moins rebelle d'Astor Piazzolla par la voix d'Amelita Baltar et qui a ouvert tant de chemins en marquant l'histoire du genre.

Les Maestros Néstor Marconi et Raúl Garello

Présentée par l'incontournable Oscar del Priore, cette soirée a été retransmise en direct par la radio la 2x4, unique radio à ne diffuser que du tango. Tout commença par une ouverture de rideau épique puisqu'il fit tomber quelques micros qu'il fallut relever dès le début de la première des quatre saisons de Piazzolla magnifiquement interprétées par l'Orchestre de la ciudad de Buenos Aires, soit 30 musiciens, dirigés d'abord par Raúl Garello puis par Juan Carlos Cuacci qui en ont assuré les arrangements. Leonardo Ferreyra vibre et nous fait vibrer avec ses parties de violon solo qu'il joue sur le bord de sa chaise, presque debout parfois autant que Julio Pane dans des solos de bandonéon pendant lesquels les autres musiciens en profitent pour remettre les pinces à linge qui leur tiennent les partitions, plein air oblige. Les moustiques virevoltent autour de la scène, attirés par la lumière, pendant que les grillons du Parque Centenario servent de bourdon musical (1).

Néstor Marconi

La musique nous emporte, dans sa version élargie à cet orchestre soutenu par la ville depuis 1980, avec Hernan Posseti au piano, aux contrebasses Marisa Hurtado enceinte jusqu'aux dents et Juan Pablo Navarro, croisé si souvent depuis le début de ce séjour. Aux bandonéons : Julio Pane, Federico Pedreiro, Carlos Corrales, Osvaldo Montes et Mariano Cigna.

Et dire qu'aujourd'hui ce serait aussi l'anniversaire d'Osvaldo Pugliese ! Buenos Aires regorge de tango et de nuits où l'on ne dort pas.
Ensuite, le chanteur Marcelo Tomassi fera siennes les paroles d'Horacio Ferrer : El Gordo triste (musique de Piazzolla), puis Viva el Tango (musique et direction de Raúl Garello) puis la Milonga del Trovador (musique de Piazzolla dont la version de Jairo est la plus connue).

Amelita Baltar et Néstor Marconi

Horacio Ferrer apparaît, toujours élégant et calme qui nous régalera littéralement de ses mots choisis dans son dit-chanté si particulier, s'aidant en cela de ses majestueuses mains, si vivantes, qu'elles disent avec lui Chiquilín de Bachín avec son texte introductif des plus émouvants sur ce gamin qui vend ses roses autour des tables du restaurant. Puis Preludio para el año 3001 et son Mi viejo Piazzolla, "mi mágico Astor", en hommage à son ami et complice Piazzolla dont il finit par "tocas con las teclas de mi corazón" (tu joues avec les touches de mon cœur), accompagné par Trepiana au piano sur la musique d'Oblivión et en prélude une musique écrite par Daniel Piazzolla, le fils d'Astor.
Des applaudissements à tout rompre, tant l'émotion et l'affection sont grandes pour cet homme de lettres, également homme de scène. Il poursuit pour notre plus grand plaisir en racontant comment il a écrit le thème suivant, alors que Piazzolla lui laissa une cassette avec une nouvelle musique et qu'il neigeait sur l'Ile Saint-Louis où il vivait : Será que estoy llorando ! Effectivement très émouvant et à pleurer ! Une vague d'applaudissements déferle, c'est ahurissant. Puis il remercie ensuite, avec une grande émotion qui lui serre la gorge, les trois médecins qui lui ont sauvé la vie cette année ainsi que "la femme dont je suis le mari". On voudrait qu'il ne quitte pas la scène.



Un hommage à Antonio Agri, celui qui fut dix ans le complice d'Astor Piazzolla au violon, sera également rendu, grâce à son fils, Pablo Agri, également génie du violon, dans un Oblivión très sensible, magnifique, tout en nuances, en trio avec Gabriel de Lio à la basse électrique et Marisa Hurtado à la contrebasse. Ils joueront ensuite un autre thème de Piazzolla en quintette avec Julio Pane au bandonéon et Hernán Possetti au piano. Avec le vent, tout s'envole et le pianiste vient secourir Pane qui ne peut quasiment plus jouer et un technicien remet à l'envers les partitions de Gabriel... ce qui perturbe le début du thème, pourtant magnifique. Pablo est inspiré, bien planté sur ses jambes, sur lesquels il se balance comme avant lui son père, joueur et trublion.

Oscar del Priore nous informe que Aníbal Arias à la guitare et Osvaldo Montes au bandonéon vont partir à la retraite : ils l'ont bien mérité !

Néstor Marconi et Amelita Baltar

Puis l'Orchestre de Tango de la ciudad de Buenos Aires revient, cette fois-ci dirigé par Nestor Marconi qui a assuré les arrangements, joue Libertango puis un pot-pourri de divers thèmes de Piazzolla. Pour cela, il commence par un brillant solo de bandonéon, puis dirigera laissant la place à un très sensible solo de bandonéon de Raúl Garello qu'il invite.

Horacio Ferrer et Amelita Baltar réunis à nouveau...

La fin approche avec la présence rayonnante d'Amelita Baltar, très professionnelle et émouvante, aux côtés de l'orchestre, toujours dirigé par Nestor Marconi. Elle chantera la Milonga del anunciación issu de l'operita María de Buenos Aires, puis La última grela et Balada para mi muerte dont elle avoue que c'est son thème préféré. Et on comprend pourquoi avec cette force combinée des paroles et de la musique.

Puis le clou final présenté par Diego Rivarola, directeur général de la musique de Buenos Aires pour une version surpuissante de la Balada para un loco, avec un récitatif où le vent se lève et un bis pour lequel Horacio Ferrer revient sur scène. Le public est debout, absolument conquis sous la pleine lune qui illumine tout Buenos Aires.

Solange Bazely
Buenos Aires, 2 décembre 2009