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jeudi 6 mars 2025

Le scandale du Bureau Ovale fait un miracle : La Prensa devient pro-ukrainienne [Actu]

Une de La Prensa le 2 mars (dimanche dernier)
Le titre principal est consacré au discours de Mileí au Congrès
(particulièrement ridicule)
En bas : l'entrevue dans le Bureau Ovale
La rédaction n'en est toujours pas revenue !
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La Prensa est le journal quotidien de la droite catholique bien-pensante et assez rance. Comme en Europe, ce secteur politique s'en montré, jusqu’au retour de Donald Trump au pouvoir, passablement hostile à l’Ukraine, tendant à lui préférer la mensongère Russie de Poutine et sa soi-disant fidélité aux « traditions ». Tartuferie !

Les articles sur la guerre russo-ukrainienne paraissaient sous la plume d’un officier à la retraite qui prétendait analyser le conflit en fonction des intérêts de l’Argentine qui n’en a en fait qu’un, la sauvegarde de l’État de droit, ce dont cet auteur se passerait volontiers. Une sorte de nostalgique de la bonne vieille dictature militaire de Videla et consorts.

Une du lendemain : "L'Europe tourne la page"
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Et puis est arrivé le 28 février et cette scène insupportable dans le Bureau Ovale où un président des États-Unis, soutenu par son vice-président, tente d’extorquer à un autre chef d’État, d’un pays plus petit et attaqué, des concessions incompatibles avec l’honneur. S’en est suivie une pluie d’inepties dans la bouche des représentants du gouvernement américain pour justifier l’injustifiable et tenter d’abîmer l’image héroïque de l’hôte ainsi malmené, puis sont venues les menaces sur l’Ukraine pour pousser le pays et ses dirigeants dans le gouffre de la défaite. Cela a dû en faire réfléchir quelques uns et depuis ce week-end, on trouve dans La Prensa, mais sous d’autres plumes, des articles qui prennent enfin la défense du pays agressé et critiquent vertement le tournant politique pris à Washington.

Ce n’est pas trop tôt !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :
lire l’éditorial de La Prensa du 2 mars, après que le président Zelensky a été reçu par le roi Charles (grâce au décalage horaire d’hiver, l’article est daté du jour même de l’entrevue)
lire l’éditorial de lundi signé par un historien de Salta qui reprend une citation célèbre de Reagan à Berlin, « Monsieur Gorbachev, détruisez ce mur ! » pour rappeler que les États-Unis ont été un jour été de grands défenseurs de la démocratie, ce dont l’immonde trahison de Trump pourrait nous faire douter
lire l’article de La Prensa du 3 mars : il ne porte pas de signature et il est favorable à Zelensky et à l’Ukraine.



PS : eu égard à la gravité des événements politiques qui se succèdent à une vitesse folle, je compte publier dans les jours qui viennent une page indépendante, qui sera accessible, comme les deux précédentes, en haut de la Colonne de Droite, pour donner à mes lecteurs qui seraient en manque d’informations fiables sur ce sujet quelques adresses sérieuses et solides de sites, blogs et podcasts francophones (il n’y en a pas autant qu’il le faudrait) et anglophones (dans cette catégorie, il y a abondance mais il faut parler anglais pour en faire son miel). Sur l’actualité, je n’ai encore rien trouvé d’original en espagnol (en revanche, sur un autre sujet, l’apprentissage de l’ukrainien, j’ai trouvé un très bon podcast édité à Santiago du Chili).

mardi 25 février 2025

Après avoir bafoué ses compatriotes et trompé les épargnants. Mileí trahit l’Ukraine [Actu]

"Brutal changement de Mileí :
en accord avec Trump, il retire son appui
à l'Ukraine", dit le gros titre
au-dessus d'une photo relative aux prières
pour le rétablissement du pape
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En suiveur servile de son idole, Donald Trump, Mileí vient de faire s’abstenir l’Argentine lors d’un vote à l’Assemblée générale de l’ONU : une résolution présentée hier, troisième anniversaire de l’invasion à grande échelle, par l’Ukraine et une cinquantaine de pays partenaires pour réclamer le départ des troupes russes du territoire ukrainien et l’instauration d’une paix juste et durable dans le respect de l’intégrité territoriale du pays agressé.

Quelques députés de la droite libérale (Macri) contestaient hier
le changement diplomatique de l'Argentine
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Cette abstention constitue un changement radical de la position argentine qui avait toujours soutenu que la Russie avait déclenché une guerre illégale en février 2022 et que le droit international devait s’appliquer. Une position d’autant plus importante que l’Argentine s’est toujours appuyée sur le concept d’inviolabilité des frontières pour contester au Royaume-Uni sa souveraineté sur les îles Malouines (et d’autres archipels de l’Atlantique sud) puisque la Grande-Bretagne ne doit sa position sur ces terres qu’à un coup de main de la Royal Navy en 1833, sans avoir au préalable déclaré la guerre à l’Argentine que Londres avait reconnue en 1824, à une époque où la déclaration de guerre était une condition sine qua non pour qu’une guerre soit légitime et puisse, après la fin des hostilités, aboutir à des cessions territoriales entérinées par un traité de paix, négocié par tous les belligérants concernés. Ainsi donc, non seulement Mileí trahit l’Ukraine dont il n’a cessé de se dire le partisan indéfectible depuis le début de sa campagne électorale mais il a encore un peu plus fragilisé la diplomatie de son pays, déjà bien compromise par ses pitreries indécentes et par le récent scandale de la crypto-monnaie, qui a prouvé aux yeux de tous son insondable incompétence en économie.

L'information est annoncée en haut au centre
(avec une photo de Zelensky bras le long du corps)
De son côté, l'opposition péroniste se réorganise
et reprend du poil de la bête
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Ce matin, la presse nationale argentine réagit assez vertement à ce changement de cap. Même Página/12, assez hostile à l’Ukraine et plutôt poutinien par anti-américanisme, traite l’information en une. Hier soir, juste après le vote, les articles en ligne soulignaient tous, encore plus fortement qu’aujourd’hui, le caractère de trahison que revêt cette nouvelle posture internationale et la servilité dont elle témoigne à l’égard de Trump, un président américain dont aucune rédaction n’approuve le moindre comportement depuis le 20 janvier.

Une députée d'un groupe d'opposition à éclipse
proteste vertement contre l'abstention de l'Argentine à l'ONU
"Les affaires étrangères, c'est de la politique de l'Etat,
pas du copinage du président"
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La Nación publie même aujourd’hui deux articles sur le sujet. Au-delà de l’analyse du vote lui-même, qui place l’Argentine du côté des gouvernements mis au ban de la communauté internationale (Biélorussie, Cuba, Venezuela, Iran ou Corée du Nord), le quotidien de la droite libérale et démocratique bien élevée, celle du patriciat argentin éduqué et raisonnablement cultivé, rappelle toutes les déclarations officielles à travers lesquelles, pendant plus d’un an de mandat, Mileí s’était offert le luxe de se présenter comme le premier des défenseurs de l’Ukraine, ce qui est mensonger. Cette auto-présentation vient probablement d’une rivalité mesquine avec le jeune président chilien, Gabriel Boric, une des voix respectées et respectables de la gauche sud-américaine, qui s’était dignement prononcé pour l’Ukraine, avant l’élection de Mileí, lors d’un sommet des pays hispanophones, où il avait laissé éclater sa colère contre l’aveuglement de ses homologues de gauche (en particulier le président colombien) et la tiédeur de la posture neutre adoptée par un Alberto Fernández qui n’a jamais eu les moyens politiques d’imposer quoi que ce soit à sa majorité dominée par Cristina Kirchner, inconditionnelle russophile.

L'information est signalée dans la colonne de droite
en haut, sous les deux petites photos
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Le quotidien de droite passe en revue les trois rencontres entre Mileí et Zelensky, à Buenos Aires, le 10 décembre 2023, en Suisse en juin dernier (1), puis à Davos, il y a un mois. A chaque fois, Mileí avait bombé le torse en jurant fidélité éternelle à la noble cause ukrainienne. Et il a tourné casaque au premier coup de sifflet de Trump lorsque la semaine dernière, il a insulté Zelensky et répété comme un perroquet la plus grossière propagande russe.

Réaction de la députée d'opposition sociale-démocrate
Margarita Stolbizer, outrée
"Et ça se dit leader mondial !"
Elle parle de la trahison de l'Ukraine
(traicionar a Ucrania)
Remarquez la photo !
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En ce qui me concerne, il m’avait toujours semblé que le postulat pro-ukrainien de Mileí était une imposture. Durant sa campagne, il me paraissait en effet évident qu’il ne cherchait qu’à afficher des positions systématiquement opposées à celle de Fernández, alors très impopulaire, ce qui était un moyen de se faire élire à peu de frais intellectuels (son opposition était générale, y compris sur le covid). Après l’élection, Zelensky est resté silencieux pendant deux jours avant de lui téléphoner pour lui adresser ses félicitations officielles. Ce que j’ai interprété comme une réserve ou une hésitation de sa part puisque ce n’est pas dans ses habitudes diplomatiques.

Puis il a assisté à la prestation de serment de Mileí le 10 décembre 2023. De toute évidence, pour Zelensky, c’était une occasion à ne pas manquer : c’était la première fois qu’un chef d’État ukrainien était invité à fouler le sol sud-américain, ce qui ne peut pas se refuser surtout dans les circonstances politiques traversées par son pays et cette invitation lui offrait en outre le cadre de nouveaux entretiens avec ses homologues régionaux, présidents en exercice du Chili (à gauche), de l’Uruguay, du Pérou, de l’Équateur, du Guatemala et du San Salvador (droite, voire extrême-droite), tous soutiens de l’Ukraine dans la faible limite des moyens de leurs pays. Gouvernés à gauche et de ce fait hostiles à l’Ukraine pour le seul motif celle-ci était vilipendée par leur cher Poutine et soutenue par les vilains États-Unis, ni le Brésil ni la Colombie n’étaient représentés à haut niveau puisque Mileí avaient insultés ces deux présidents tout au long de sa campagne (avant de tâcher de corriger le tir dans les jours qui ont suivi sa prestation de serment).

Cette investiture avait été marqué par un geste saugrenu de Mileí : dans des circonstances où il n’y a pas d’échange de cadeaux diplomatiques, à son homologue ukrainien, qui refuse systématiquement de faire mention de sa judéité dans la vie publique, que ce soit dans sa carrière artistique ou sur la scène politique, le nouveau président avait tendu un chandelier rituel juif, qui plus est de taille gigantesque et de style hideux. C’était totalement déplacé à l’égard du président d’un pays en guerre qui pousse sa communication politique jusqu’à afficher le conflit en cours dans sa tenue vestimentaire.

Le mois suivant, il y a eu une non-rencontre significative à Davos où tous les chefs d’État et de gouvernement de pays démocratiques présents ont soigneusement évité de croiser Mileí dans les couloirs. Le tout nouveau président argentin, déjà pestiféré aux yeux des démocrates du monde entier, n’y a eu d’entretien qu’avec le ministre des Affaires étrangères britannique (à ce stade précoce de son mandat, cet admirateur de Thatcher tenait à courtiser les conservateurs britanniques), la directrice du FMI (pour quémander un nouveau prêt) et la reine des Pays-Bas qui est d’origine argentine et rencontre, pour cette raison, tous les chefs d’État de son pays natal quelle que soit leur positionnement politique ou idéologique. A Davos, elle remplit une mission des Nations-Unies : sensibiliser les dirigeants politiques et économiques au besoin d’instaurer une plus juste répartition des richesses sur cette planète détruite par l’âpreté au gain d’un petit nombre (bien représenté sur place). Avec Mileí, elle n’a pas dû s’amuser ! En ce tout début d’année 2024, celui-ci n’a passé qu’une douzaine d’heures à Davos, au cours desquelles il a réussi l’exploit de faire rire son auditoire compassé et clairsemé avec son discours officiel, où il a, comme Vance à Munich, déversé des propos insultants contre les démocraties, toutes accusées d’être rongées par le « cancer du communisme ».

En juin, on a eu droit au grand n’importe quoi du sommet sur la Paix, puis en janvier, à une rencontre à Davos fort peu commentée par les Ukrainiens comme par les Argentins, déjà largement désabusés. A cette occasion, il semble que la séance photo ait donné lieu à deux clichés, que l’on retrouve dans la presse argentine de ce jour : sur l’un seul, on voit Mileí faire son signe-slogan avec les deux pouces levés tandis que Zelensky se tient souriant à ses côtés les deux bras le long du corps comme d’habitude ; sur l’autre, l’Ukrainien lève lui aussi les pouces (que les photographes aient réclamé le geste à grands cris ne m’étonnerait pas : Zelensky semble tout faire pour éviter ces exercices de communication puérils et grotesques).

Entre temps, un accord commercial avait été signé entre les ministres de la défense des deux pays pour la production de munitions dans une usine argentine dont le personnel aurait sûrement été très heureux d’honorer cette commande mais le gouvernement était décidé à privatiser toutes les entreprises nationales et celle-là fait sans doute partie de tout ce dont ils veulent se délester. Toujours est-il que l’accord prometteur est resté lettre morte. L’Argentine s’est contentée de livrer quelques hélicoptères. Cela aura été la seule aide militaire concrète de ce gouvernement si fier de son supposé soutien. Plusieurs invitations ont aussi été lancées à Mileí pour qu’il se rende à Kiyv comme le font tant d’ardents défenseurs de la cause ukrainienne. A chaque fois, il avait promis de faire le voyage. Personne ne l’a encore vu ni à Kiyv ni ailleurs en Ukraine.

Dans ses rencontres avec la presse latino-américaine, jusqu’au bout, Zelensky a tenté de ménager la susceptibilité de son homologue en limitant ses attentes officielles à son égard. En vain ! Il n’aura rien obtenu.

Tableau du vote à l'ONU de la résolution proposée par
l'Ukraine et cinquante de ses partenaires
cliquez sur l'image pour une haute résolution
(la photo complète vient de l'agence de presse Ukrinform)


Si Mileí voulait Zelensky à son investiture, ai-je tendance à penser, c’était pour deux raisons : 1) c’était une célébrité internationale très admirée dont la présence à Buenos Aires ce jour-là pouvait projeter son arrivée au pouvoir à la une des médias du monde entier, ce qui flattait la fatuité de cet imbécile, et hélas, ça a marché ; 2) Très probablement, jusqu’au 10 décembre 2023, Mileí aura cultivé un intérêt malsain pour Zelensky à cause de sa judéité parce que le président argentin éprouve pour cette religion, qui plus est dans une version très rétrograde, une fascination à la fois immature et peu sincère, alors qu’il ne respecte même pas le chabbat (2). Or cet intérêt a dû s’évaporer lorsque Mileí a constaté que a) Zelensky refuse ce positionnement confessionnel (ce qui n’est pas difficile à découvrir en le suivant d’un peu près) et b) qu’il n’a rien d’un admirateur inconditionnel d’Israël, tandis que l’Argentin se veut à tu et à toi avec Netanyahu et ses alliés d’extrême-droite. Dès lors, Mileí n’avait plus qu’un seul motif de soutenir l’Ukraine, et encore du bout des doigts : l’imitation aveugle et inconditionnelle de la diplomatie washingtonienne, qui vient de tourner casaque.

L'information est présentée en bas à droite
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© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’entrefilet de La Prensa
lire l’article de Clarín, que l’on doit à une journaliste qui a interviewé Zelensky à Kiyv et elle a apprécié cette rencontre
lire l’article principal de La Nación
lire l’article de La Nación sur le déroulé des relations entre les deux chefs d’État.




(1) Ce qu’oublie de dire le ou la journaliste, c’est que Mileí avait déjà flanché à ce moment-là puisqu’après avoir annoncé dans un premier temps qu’il se rendrait au sommet sur la Paix organisé par les Suisses, il avait fait savoir quelques jours plus tard que finalement il ne s’y rendrait pas, avant de changer à nouveau d’avis après un coup de fil de Zelensky. Et, ô surprise, on avait assisté sur place à un spectacle surprenant : Zelensky avait décoré Mileí, ce qu’il n’avait pas fait avec les autres participants dont la plupart se sont rendus une ou plusieurs fois à Kiyv et ont reçu sur place différentes marques de gratitude de l’État ukrainien. De là à subodorer que pour le faire participer à la conférence internationale, Zelensky l’ait appâté avec ce hochet, il n’y a qu’un pas. Mileí court derrière toutes les décorations et tous les prix, partout sur la planète, prenant tout ce qui se présente sans aucune discrimination. Cette décoration ukrainienne est sans nul doute la plus respectable et la plus prestigieuse de sa collection, constituée de tas de bricoles sans aucun caractère officiel, décernées par des institutions privées la plupart du temps d’extrême-droite.

(2) Le vendredi 1er mars 2024, il a décalé à 21h au lieu de l’horaire traditionnel de midi son discours d’ouverture de la session parlementaire alors qu’en s’exprimant à midi, il n’aurait aucunement enfreint le repos hebdomadaire scrupuleusement respecté par tous les pratiquants. Donc il se moque du monde et diverses associations confessionnelles juives le lui ont reproché dès le surlendemain.

samedi 14 septembre 2024

Vu d’Ukraine, bien sûr, c’est différent ! Nouvelle interiew de Zelensky dans Clarín [ici]

Photo Présidence de l'Ukraine
La journaliste argentine (Clarín) est au centre, avec les lunettes
sur les cheveux
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Autant en Argentine, Mileí représente de plus en plus maintenant la catastrophe qu’il provoque dans le pays, autant le point de vue ukrainien est différent. Mileí est en effet l’un des quelques chefs d’État qui ont officiellement et publiquement pris parti pour le pays agressé, comme c’est le cas au Chili, en Uruguay, au Pérou et en Equateur alors que comme Mileí, les présidents péruvien et équatorien menacent eux aussi la continuité de l’État de droit dans leur pays.

Une nouvelle conférence de presse s’est tenue cette semaine à Kiyv : elle a mis en présence des journalistes sud-américains et le président ukrainien. C’était un voyage de presse organisé par le Ministère des Affaires étrangères ukrainien dans le cadre des rencontres de la Plateforme Crimée qui prépare le retour de la presqu’île aun sein de l’Ukraine indépendante après la victoire.

Clarín publiait hier une synthèse pleine page des propos présidentiels avec un titre qui exagère beaucoup le contenu des réponses de Zelensky : il aurait soutenu Mileí et condamné Lula.

Ce n’est pas tout à fait cela. Si Zelensky a en effet dénoncé l’alignement de Lula sur les positions russes, il en a donné une explication économique et non pas idéologique qui préserve l’avenir (la dépendance d’un certain nombre de pays du continent à la Russie qui alimente leur marché intérieur sans qu’ils puissent s’en dégager facilement, et ce n’est pas faux).

Quant à Mileí, le chef d’État ukrainien fait le minimum diplomatique, là encore pour préserver l’avenir : Mileí a, déclare-t-il, répondu positivement à toutes ses demandes, ce qui est déjà un motif de reconnaissance de la part de l’Ukraine. Zelensky prend bien soin de ne pas répondre à la question de la journaliste qui relevait que la production et la livraison de munitions par l’Argentine, suite à la signature d’un accord international entre les deux ministres de la Défense a cet effet, ne se sont jamais concrétisées.

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Et d’ailleurs, Mileí avait promis de se rendre en Ukraine. On attend toujours ! Et il avait même renoncé à se rendre en juin en Suisse, à la Conférence pour la Paix, avant de changer d’avis une nouvelle fois et d’être présent. Curieusement, cela s’est traduit par une décoration que lui a remise Zelensky sur place et Mileí adore les décorations et les récompenses. Il est capable de faire, aux frais de la princesse, un nombre de kilomètres considérables pour recevoir ce genre de gratification, même lorsqu’elle vient d’un groupuscule inconnu au bataillon.

Il est donc intéressant de confronter l’article de Clarín, qui n’a même pas trouvé légitime d’annoncer l’interview en une, et la vidéo dont un extrait sous-titré en espagnol est intégré dans l’article en ligne.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :
lire l’article de Clarín

lundi 11 décembre 2023

Une prestation de serment qui bouscule [Actu]

"Des ombres, rien de plus", titre Página/12
avec cette photo de Mileí sur le balcon de la Casa Rosada
En haut, le gouvernement au grand complet
qui a prêté serment à huis clos
ce qui ne se fait pas (ce sont des charges publiques)
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Hier Javier Mileí a prêté serment, sur les Evangiles, alors qu’il prétend être en train de se convertir au judaïsme. Il a refusé d’adresser son premier discours à la représentation nationale tout en prêtant serment à l’intérieur de l’hémicycle du Sénat, tout de même.

Il a préféré parler à la foule de ses admirateurs sur les marches de l’entrée gigantesque du palais du Congrès.

"L'Argentine retrouve la liberté", dit le gros titre
sur une autre photo du président sortant sur le balcon de la Rosada
En haut à gauche, la nouvelle "Première dame",
la frangine !
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On a pu voir aussi que sa sœur allait remplir le rôle de Première dame, en qualité de secrétaire générale de la Présidence, ce que Macri lui-même avait interdit par décret, un décret que Mileí a donc décidé d’abolir pour pouvoir travailler en famille ! En revanche, sa maîtresse du moment a été reléguée dans les derniers rangs au cours de cette première journée de présidence.

En matière de diplomatie, Mileí va envoyer son accompagnateur spirituel, un rabbin par conséquent (et sans doute pas des plus ouverts), comme ambassadeur en Israël. Il semble décidément obsédé par le judaïsme puisqu’il a osé offrir une menorah, un chandelier liturgique juif, au président Zelenski, alors que celui-ci s’est toujours montré très réservé par rapport à sa judéïté (qu’il n’a même pas lui-même opposée aux élucubrations poutiniennes sur les ukro-nazis) et s’est toujours bien gardé d’en faire étalage en public, que ce soit hier dans sa vie d’artiste comme aujourd’hui dans sa vie politique. Le nouveau président argentin aurait donc pu choisir un symbole national de cette liberté qu’ils chérissent tous les deux (mais de deux façons assez différentes visiblement) : une réplique, même pas à l’échelle, du sabre de San Martín par exemple (c’est un objet magnifique), un ouvrage (d’un historien de droite bien sûr) sur l’indépendance (au hasard, les livres de Bartolomé Mitre, qui fut à la fois le fondateur de l’histoire de l’Argentine et l’un de ses tout premiers présidents de la République dans la deuxième moitié du 19e siècle, puisque aussi bien la première histoire de l’Ukraine a été écrite par Mikhaïlo Hrouchevski, qui présidait la Rada lors de la première indépendance, en 1917) ou une copie d’une partition originale de l’hymne national.

"Mileí a dressé le bilan d'un héritage dramatique
et a prévenu que des temps très durs vienent",
dit le gros titre sur une autre photo
du nouveau mandataire au balcon

Le choix confessionnel fait hier augure assez mal de la place que va en effet occuper la culture dans la politique à venir au cours des quatre prochaines années.

Autre changement considérable en politique étrangère : l’Argentine a déjà annoncé depuis plusieurs jours qu’elle renonçait à faire partie des BRICS et la nouvelle titulaire du portefeuille vient de faire savoir que le pays entendait entrer à l’OCDE. Pour l’Ukraine, c’est bien et même on peut espérer que ce soit très bien. Pour les Argentins, je ne suis pas sûre que ça apporte une quelconque solution à la crise qu’ils subissent depuis le covid.

Pour la politique intérieure, dans son discours d’hier, Mileí a annoncé que l’inflation pourrait atteindre très prochainement le taux de 15 000 % (quinze mille pour cent) et qu’il va couper court sur le champ dans les dépenses de l’État : fini les subventions et disparu le contrôle (négocié et donc très limité) des prix de quelques produits de première nécessité. Les premiers rapports de l’INDEC en janvier risquent d’être saignants.

"Mileí ouvre une nouvelle ère : il n'y a pas
d'alternative à la rigueur et au choc", titre le journal
fondé par Bartolomé Mitre
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En revanche, on craignait une disparition totale du ministère de la Femme et de l’égalité de genre. Il demeure mais avec rang de secrétariat d’État au sein du nouveau ministère du Capital humain où vont se côtoyer pêle-mêle l’Éducation, la Santé, la Culture, la Recherche et j’en passe.

C’est tellement le bazar que les journaux ne reproduisent pas en ligne leur article de une ! Vous vous contenterez donc des images de ces premières pages de ce matin.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Clarín sur le discours de Mileí
lire l’article de La Nación reproduisant ce discours in extenso.

jeudi 23 novembre 2023

Mileí tente de s’acheter une conduite dans le monde [Actu]

Message de Zelensky après sa conversation
avec Mileí (version anglophone)
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Mileí essaye de montrer qu’il a bel et bien une stature internationale. Il reçoit en effet une farandole d’appels téléphoniques du monde entier, dont il est très fier alors que ça ne veut strictement rien dire, puisque c’est la pratique ordinaire entre États ayant des relations diplomatiques. Hier, son équipe de communication mettait donc en valeur les huit minutes de conversation téléphonique avec le pape François, qu’il avait textuellement traité d’« imbécile qui est à Rome » pendant sa campagne. Le « bureau du président élu » soulignait que celui-ci lui avait à chaque fois donné du Votre Sainteté. Encore heureux mais ils ont trouvé bon de le préciser.

Aujourd’hui, ces mêmes communicants vantent une conversation avec un certain Cameron, probablement le ministre des Affaires étrangère du Royaume-Uni ou d'Hollywood, allez savoir !, et avec Volodimir Zelensky, à qui il a proposé d’organiser en Argentine un forum pour la paix qui rassemblerait l’Ukraine et l’Amérique latine. Manque de bol ! Ses équipes sont toujours aussi vaseuses et le communiqué montre toute l’ampleur de leur peu de professionnalisme avec deux fautes d’orthographe sur les deux prénoms des mandataires. Si celle sur le prénom de Zelenski peut à la rigueur passer pour une coquille, celle qui concerne Cameron est à mourir de rire. Je vous laisse la découvrir !

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Montrer qu’il est contre la Russie et donc pour l’Ukraine est évidemment un moyen de faire sa cour à Jo Biden (1) et à toutes les démocraties de vieille tradition qui se sont rangées au côté du pays agressé depuis février 2014. La démarche n’en est pas moins cousue de fil blanc de la part d’un élu qui s’est ouvertement présenté, tout au long de la campagne électorale, comme le Trump de l’Argentine, à tel point que Trump lui-même reconnaît en lui un émule au point de laisser entendre qu’il pourrait assister, avec leur pote, l’inénarrable Jair Bolsonaro, à la prestation de serment le 10 décembre, cérémonie à laquelle Biden ne se rendra évidemment pas (de toute manière, les présidents des États-Unis ne se déplacent pour ce genre de manifestation nulle part, ni en Amérique ni ailleurs dans le monde).

Du côté de Kiyv, Zelenski, qui a oublié d’être idiot, fait le minimum diplomatique sur son compte Twitter (et je me contrefiche que le nouveau proprio en ait changé le nom) : il prend acte du soutien à l’Ukraine dont il remercie son futur homologue et qu’il dit être « apprécié » par les Ukrainiens. D’habitude lorsqu’un nouveau soutien se manifeste pour son pays, il déploie tous ses talents d’écrivain et d’orateur sur les réseaux sociaux comme dans son allocution vespérale (2).

De toute manière, pour le moment, la promesse de Mileí ne tient pas debout : avec quel autre pays va-t-il représenter l’Amérique latine dans cette affaire ? Le Brésil, le Chili, le Venezuela ? Aucun de ces gouvernements n’est prêt à coopérer avec lui et encore moins dans ce domaine puisque d’un côté Maduro et Lula sont méchamment hostiles à l’Ukraine et de l’autre, le président chilien, authentique et sincère soutien de l’Ukraine, appartient à un courant politique et idéologique aux antipodes de Mileí (dont il a salué la victoire du bout des lèvres). Le Pérou, quant à lui, s’est complètement discrédité sur la scène internationale avec ses multiples renversements de président depuis cinq ans et la violence de la répression contre l’opposition de l’actuelle présidente, elle-même issue de l’un de ces coups d’État parlementaires. La Bolivie n’est guère mieux lotie, tout comme l’Équateur ou la Colombie. En ce qui concerne l’Uruguay, plutôt favorable à l’Ukraine par principe, il traverse depuis une quinzaine de jours une crise de crédibilité gouvernementale telle que le pays n’en a jamais traversée depuis son retour à la démocratie.

Página/12 se paye donc la bobine de sa nouvelle tête de Turc de président tandis que les autres journaux passent discrètement sur ces premiers impairs et que les gouverneurs élus sous l’étiquette Juntos por el Cambio commencent à poser leurs conditions pour coopérer avec le niveau fédéral. Seront-ils une force d’opposition ou finiront-ils par se rallier au pavillon du pirate ? Après tout, ils sont tous de droite. La question reste en suspens.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

sur les premiers pas diplomatiques de Mileí
lire l’article principal de Página/12
lire le billet d’humour de Página/12 sur les couacs de communication
lire l’article de Clarín
sur la conduite des gouverneurs
lire l’article de Página/12




(1) Il devrait avoir droit à sa toute première visite officielle, juste avant qu’il se rende en Israël (il est pour la manière forte, Mileí, et il est fait du même bois que le Premier ministre israélien). Aujourd’hui même, il doit s’envoler pour un voyage personnel aux États-Unis. Que va-t-il fabriquer à l’étranger alors qu’il n’a pas encore complété son gouvernement qui doit être prêt le 10 décembre prochain et qu’il n’a pas encore prêté serment ?

(2) La presse ukrainienne fait peu de cas du ralliement d’une Argentine navigant sous pavillon libertarien d’extrême-droite. Je n’ai rien entendu sur ce sujet ce matin en écoutant le programme unifié d’information diffusé par l’ensemble des plus importantes chaînes de télévision et stations de radio du pays en guerre (марафон). Quant à la presse écrite, en ligne dans sa quasi-totalité, son intérêt pour le sujet ressemble à une vague curiosité pour un fait exotique, à peine distrayant. A ne pas prendre au sérieux, en tout cas.
Sur le sujet, voir les courts articles (en ukrainien) de 24 TV et de Liga, les seuls qui remontaient lorsque j’ai fait mes recherches ce matin, et l’article en espagnol de Deutsche Welle, qui est leur source commune avec les agences de presse internationales. En revanche, le désastre politique aux Pays-Bas les intéresse beaucoup ! Il faut dire que la livraison des F-16 est en jeu.

lundi 7 août 2023

La Nación l’a fait : première interview de Zelenski pour la presse imprimée en Argentine [ici]

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Il y a un bon moment que je m'attendais à ce qu'elle emporte le morceau : la correspondante de La Nación à Rome, Elisabetta Piqué, se partage en effet depuis 18 mois entre l’Italie et l’Ukraine. Arrivée à Kiyv le 23 février 2022, la première et longtemps seule journaliste argentine à le faire, elle a passé de très longues semaines sur place au début de l’invasion et par la suite, elle a réalisé plusieurs séjours pour documenter l’actualité politique et militaire là-bas.

L'interview est annoncée en haut à droite
à côté de ce magnifique Messi avec son maillot rose de Miami
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Il y a quelques jours, c’est donc elle qui a obtenu, avec une poignée de confrères et de consœurs sud-américains, une interview du président Volodymir Zelensky que le site Internet de son journal reproduit en vidéo aujourd’hui.

Dans l’édition papier de La Nación, cette actualité occupe les quatre premières pages en plus de cette photo au centre de la une.

Un article a été publié, en témoigne cette photo
de Zelensky à la cathédrale d'Odessa il y a quelques jours
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Ce qui frappe dans cette interview, ce sont les critiques que le président ukrainien adresse à Lula dont il ne comprend pas l’obstination à épouser le discours délirant et manifestement mensonger de Poutine, lui dont tout l’engagement politique correspond à une lutte contre l’impérialisme et pour la souveraineté démocratique au Brésil et dans le reste de son continent, Argentine comprise. Pourtant ces principes semblent ne plus valoir grand-chose dès qu’il s’agit des anciennes colonies de la Russie.

Couverture du livre de Elisabetta Piqué
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Clarín a résumé l’interview à partir des dépêches d’agence pour une demie-page dans son édition papier.


L’article annoncé en une de La Prensa n’est pas accessible en ligne à l’heure où je publie ces lignes.

En Argentine, Elisabetta Piqué vient de publier, chez Penguin-Sudamericana, un ouvrage sous format numérique sur ce conflit et son travail comme correspondante de guerre en Ukraine. Dans les pages du quotidien, une belle photo la montre offrant son ouvrage à un Zelenski comme à son habitude très aimable et très souriant (voir la présentation du livre, en espagnol, sur le site de Penguin).


Interview de promotion de son livre, par Elisabetta Piqué,
diffusée par Penguin


© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Elisabetta Piqué sur les coulisses de l’interview (la vidéo y est intégrée)
lire l’article de Clarín
Personne ne sera surpris du choix de Página/12 qui passe cette interview. Le quotidien de gauche partage l’hostilité de Lula à Zelenski et à son pays, qui osent s’opposer à l’ours russe, si fascinant pour la gauche sud-américaine, sauf pour le président chilien, Gabriel Boric, qui a dit son fait, haut et clair, à Lula et aux trois autres supporters de Poutine en Amérique latine lors du sommet UE-CELAC le mois dernier à Bruxelles.

jeudi 6 juillet 2023

La UBA reçoit Zelensky en visio : une première en Argentine [Actu]

"Zelensky à la UBA : il se plaint de l'Argentine",
dit le titre au-dessus de la photo
Remarquez l'effet T-shirt kaki : on ne voit que lui !
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Après une visio-conférence organisée par la plus prestigieuse université du Chili, qui fut la toute première sur ce continent austral, il y a environ un an, c’est maintenant la UBA (Universidad de Buenos Aires), la première université argentine en terme de notoriété et l’une des toutes premières en ce qui concerne la qualité de la recherche et de l’enseignement, qui réunit dans l’une de ses salles, à la faculté des sciences économiques, un parterre de professeurs et d’étudiants représentant le monde universitaire national pour échanger avec le président ukrainien, dont on sait que le pays est assez peu soutenu par les gouvernements latino-américains, passablement dégoûtés par l’implication des États-Unis au côté du pays agressé, des États-Unis qui restent dans l’esprit de beaucoup, surtout à gauche, ceux de la guerre froide, comme si le temps et le monde s’étaient arrêtés quelque part dans les années 1970 et comme si Poutine dirigeait une démocratie où il ferait bon vivre.

L’événement a pris place parmi les célébrations qui marquent cette année quarante ans de démocratie ininterrompue en Argentine, un fait unique dans l’histoire du pays depuis sa révolution anticoloniale en 1810.

La Prensa n'a pas vraiment été impressionnée,
comme le montre la taille de son compte-rendu
et la forme de l'appel en une
(tout en haut, la petite photo à gauche)
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L’intervention de Volodymyr Zelensky, organisée par l’Ambassade ukrainienne à Buenos Aires, au prix d’efforts considérables, a remporté un indéniable succès, que seul un petit problème technique est venu quelque peu ternir (pendant quelques minutes, la traduction n’était plus disponible pour les Argentins, ce dont l’intervenant principal s’est rendu compte en voyant les visages de ses auditeurs… Non seulement ce bonhomme s’exprime en orateur accompli et en homme d’État d’un courage et d’une habilité rares mais en plus, il trouve encore le temps et l’énergie de rester attentif aux personnes. Il en faudrait beaucoup comme lui dans le monde politique en général et dans nos démocraties fatiguées en particulier).

Au discours ont succédé les questions des personnes dans la salle et les réponses de l’invité d’honneur, comme cela s’était déjà passé à Paris (Sciences Po) et à l’université de Yale aux États-Unis.

"Zelensky demande à l'Argentine de s'engager davantage",
dit le titre, cette fois sous la photo,
avec un Zelensky un peu plus centré que sur la une du concurrent
Il y a prochainement un sommet entre l'Amérique latine et l'Union Européenne
où Zelensky aimerait prendre la parole
mais Cuba, le Venezuela et le Nicaragua s'y opposent fermement
et l'Argentine ne semble pas très allante en faveur de cette prise de parole
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Le chat qui accompagne la vidéo sur la chaîne Youtube de Infobae, le grand quotidien en ligne argentin, qui a retransmis hier la conférence en direct, est plein de réactions très enthousiastes mais comme toujours, il est impossible de savoir ce qu’elles représentent puisque tout le monde s’abrite derrière des pseudos.

Les journaux de droite qui commentent l’événement ce matin se font un malin plaisir de critiquer vertement la politique peu allante de l’actuel président argentin, qui ne se représente pas pour un second mandat, et insistent sur le courage des Ukrainiens dans la défense des principes démocratiques.

Diffusé en direct sur la chaîne Youtube de Infobae

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 (rien en une – non seulement la rédaction ne peut pas voir Zelensky en peinture, mais en plus, la UBA a la réputation, pas vraiment usurpée, d’être administrée à droite)
lire l’entrefilet de La Prensa
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación
lire le communiqué officiel de la présidence ukrainienne (version en anglais) – le site permet d’accéder aux vidéos, aux textes originaux des allocutions présidentielles ainsi qu’à leur traduction en anglais et en russe.

jeudi 29 juin 2023

Clarín : un écrivain colombien en mission de solidarité témoigne de l’attaque contre Kramatorsk [ici]

En gros titre : les manœuvres partisanes de
la campagne électorale qui se déchaîne
L' autre photo, à droite, est celle de Héctor Abad
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Après une opération à cœur ouvert dont il était tout juste remis, le célèbre romancier colombien Héctor Abad était en visite en Ukraine pour témoigner au pays martyrisé par la Fédération de Russie la solidarité latino-américaine qui s’exprime si peu et si mal à travers les canaux diplomatiques et politiques officiels. Lundi soir, il se trouvait à Kramatorsk, dans la pizzeria Ria Pizza, lorsque le missile russe est tombé sur le restaurant au moment où le service battait son plein avant le couvre-feu. D’un coup, l’établissement a été réduit en miettes. A cette heure, cette attaque qui a toutes les apparences d’avoir été délibérée a fait douze morts dont trois mineurs et soixante-cinq blessés, dont certains sont toujours entre la vie et la mort.

Héctor Abad était accompagné par son compatriote Sergio Jamarillo, un ancien commissaire de la paix dans leur pays. En février, lors d’une festival à Cartegena, en Colombie, tous les deux avaient lancé une initiative culturelle de solidarité sous le nom de Aguanta Ucrania (ce qui peut s’entendre à la fois comme « Courage, Ukraine » et « L’Ukraine résiste »).

Il y a quelques jours, Héctor Abad avait participé au salon du livre de Kiyv dont la nouvelle édition venait d’être inaugurée par le couple présidentiel, après que celle de l’année dernière avait dû être annulée. Sur place, ils avaient fait la connaissance d’une jeune écrivaine ukrainienne, Victoria Amelina, qui s’était penchée sur les crimes de guerre commis contre ses compatriotes et avait tenu à partager cette réalité avec les deux Colombiens de passage mais bel et bien solidaires. Une reporter de guerre, Catalina Gómez, s’était jointe à leur groupe avec son fixeur, Dmitro.

Impressionnés par l’engagement et l’enthousiasme patriotique de Victoria, les deux Colombiens avaient souhaité découvrir avec elle l’intérieur du pays et se rapprocher de la ligne de front pour aller à la rencontre des habitants du Donbass. C’est ainsi qu’ils se trouvaient à Kramatorsk au surlendemain du coup d’État raté de Prigojine qui semble avoir donné au Kremlin une envie de vengeance (ou de diversion) et provoquer ce nouveau crime de guerre.

L’explosion a gravement blessé la jeune autrice ukrainienne, la laissant entre la vie et la mort, et ses compagnons sud-américains ne savaient pas ce qu’il en était d’elle lorsque Héctor Abad, encore tout secoué par la tragédie et n’en revenant pas de s’en être sorti indemne dans ses vêtements ensanglantés, s’est confié à Clarín dans un train qui les emmenait loin de Kiyv.

Le quotidien, qui consacre presque tous les jours au moins une page au conflit provoqué par une puissance dotée s’abritant derrière ses ogives pour massacrer impunément son voisin qu’il a désarmé en 1994, a mis en une de ce jour cette photo saisissante du romancier rescapé et encore presque hagard. Une manière d’insister encore et toujours pour sensibiliser l’opinion publique argentine sur le caractère criminel de la politique menée par Vladimir Poutine.

Héctor Abad le dit d’ailleurs très clairement :

“Es una campaña a favor del sentido común, para llamar las cosas por su nombre. Invadir al vecino es lo que es: una invasión, atacar civiles en sus residencias con misiles es lo que es: asesinar civiles. No necesita más comentario y no se puede ignorar”, explique-t-il au sujet de Aguanta Ucrania.

« C’est une campagne en faveur du sens commun, pour appeler les choses par leur nom. Envahir le voisin, c’est ce que c’est : une invasion. Attaquer des civils chez eux avec des missiles, c’est ce que c’est : assassiner des civils. Il n’y a pas besoin de plus de commentaires et on ne peut pas l’ignorer. » (Traduction © Denise Anne Clavilier)

Rappelons que la Colombie sort à peine elle-même du cauchemar de la guerre civile alors qu’il n’y a que quelques années que les FARC ont fini par déposer les armes.

Clarín publie sa description de ce qu’il s’est passé, avant et après la chute du missile. La vie calme et intense du restaurant de quartier puis ce chaos : l’obscurité, les sirènes, les cris, les gyrophares, les pompiers, les ambulances, l’incompréhension de ce qu’il vient de vous tomber dessus…

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

Aujourd’hui, l’actualité russo-ukrainienne occupe trois pages du quotidien.

Ajout du 3 juillet 2023 :
La jeune écrivaine ukrainienne est décédée à l’hôpital le 1er juillet. Ses funérailles auront lieu mercredi à Kiyv, avec une cérémonie religieuse dans l’un des hauts-lieux de la foi orthodoxe, puis le lendemain, dans une église de Lviv, avant une inhumation dans cette ville de l’ouest du pays.
La jeune femme avait 37 ans. Elle était membre de la branche ukrainienne de l’association internationale d’écrivains PEN.
Pour aller plus loin :
lire cette dépêche en anglais d’Ukrinform, l’agence de presse publique ukrainienne
lire l’article de Clarín, qui figure sous forme d’entrefilet dans son édition papier de ce matin.

Viktoria Amelina

Ajout du 5 juillet 2023 :
La télévision ukrainienne a rendu hommage à l’écrivaine disparue. Ses obsèques au monastère Saint-Michel de Kiyv ont fait l’objet de ce reportage de cinq minutes, qui prend en compte ses contacts récents avec les trois Colombiens, un romancier, un homme politique et une journaliste correspondante de guerre, qui l’accompagnaient à la pizzeria attaquée au missile. On la voit il y a quelques mois témoigner de la découverte du journal d’occupation laissé par un poète ukrainien assassiné par les ruschistes. La présidente de PEN Ukraine répond à la reporter de la chaîne.
Sur le programme d’information continue et partagé diffusé par les six chaînes d’ampleur nationale qui se sont unies au début de l’invasion, on trouve tout au long de la journée d’autres reportages consacrés à la femme de lettres et à la patriote.

Bien entendu, le reportage est en ukrainien

Mise à jour du 6 juillet 2023 :
Clarín continue à rendre hommage à la jeune écrivaine disparue. Aujourd'hui, c'est une colonne dans la rubrique Regards (miradas).

En haut, à droite, avec photo
En bas, dessin de El Niño Rodríguez :
"Qui aurait dit qu'ils auraient accepté le télétravail ?
Maintenant, ce serait plus simple de les télélicencier"
Traduction © Denise Anne Clavilier
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