dimanche 17 juin 2018

Nouveau remaniement du gouvernement en pleine opération FMI [Actu]

Gros titre façon Mundial de Foot :
La meilleure équipe ne l'a remporté sur personne

Preuve que l'équipe économique n'est pas si parfaite que le président veut bien le chanter sur les toits, il vient de procéder à un nouveau remaniement, le deuxième dans la semaine. Il y a quelques jours, il avait déjà révoqué le gouverneur de la Banque centrale, alors que le pays est en train de s'engager sur trois ans avec le FMI, avec les conséquences sociales désastreuses que l'on peut imaginer dans un avenir proche, comme à chaque fois que le FMI a prêté à un Etat (toujours en difficulté, sinon aucun pays ne fait appel au Fond monétaire international). Il paraît que l'homme faisait mal son travail puisqu'il ne parvenait pas à freiner la hausse du dollar. Son remplacement n'a pas calmé le marché.

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Hier, il a aussi viré deux ministres ayant en charge deux secteurs économiques importants (l'énergie et la production) pour placer d'autres poulains à leur place. Parmi les deux partants, on reconnaît Juan José Aranguren, ce ministre de l'Energie et des Mines qui, il y a quelques semaines, estimait plus que légitime de conserver toute sa fortune sur des comptes offshore parce qu'il n'avait aucune confiance dans l'économie argentine (avant sa nomination au gouvernement, c'était un dirigeant de la Shell en Argentine). Mais ce n'est certainement pas pour ces déclarations scandaleuses qu'il vient d'être éjecté... Au plus fort du scandale, Mauricio Macri l'avait soutenu publiquement.

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Página/12 en fait des gorges chaudes et quelques mots d'esprits.

Le dollar, quant à lui, n'en a que faire. Il tutoie à présent les 29 pesos. Le prêt du FMI obligera le gouvernement argentin à laisser flotter la devise nationale par rapport au cours de la devise des Etats-Unis.

L'accord de prêt diut être signé avec le FMI au cours de la semaine, politiquement très tendue, qui s'ouvre.

Pour aller plus loin :
lire l'éditorial de Página/12 (Cambiemos [Changeons - le nom de l'alliance politique au pouvoir] est devenu Zafemos [Sauve-qui-peut !])
lire l'éditorial de La Nación qui titre sur la transition interminable qu'est le mandat de Macri

jeudi 14 juin 2018

Il ne manque plus que le vote au Sénat [Actu]

Ce matin, La Nación a illustré la division du pays sur ce sujet
A gauche, les militantes pro-avortement, à droite les militants contre
à gauche, le vert domine ; à droite, le bleu ciel, celui du drapeau national
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Vingt-deux heures de débat à la fin de plusieurs mois d'examen du projet de loi, 129 voix pour, 125 voix contre et une abstention : la loi de dépénalisation de l'avortement jusqu'à la quatorzième semaine d'aménorrhée a été adopté par la Chambre des députés ce matin, à Buenos Aires.

Il faut à présent que le projet de loi de 22 articles subisse la même procédure d'examen en commission puis de débat dans l'hémicycle et un vote majoritaire pour l'avortement cesse d'être un crime. C'est-à-dire que les pauvres puissent y accéder dans des conditions médicales sûres.

Página/12 milite pour jusque sur sa une ce matin
"Il n'y a pas de retour en arrière" clame le gros titre

Aujourd'hui, les Argentines argentées n'ont aucun problème avec ça. Elles partent aux Etats-Unis, au Canada, en Grande-Bretagne, en Espagne ou n'importe où la pratique est légale et elles rentrent chez elles une fois que le processus biologique est achevé et qu'elles ne risquent plus aucun symptôme qui mettrait la puce à l'oreille de qui que ce soit.

Les unes de ce matin mettent en avant l'attente des uns et des autres, les foulards verts qui militent pour ce droit et les autres, qui n'ont pas su choisir de symbole consensuel, qui s'y opposent. Une marée de foulards verts a fait le siège du Congrès toute la nuit malgré des températures très froides pour cette toute fin d'automne (le thermomètre est descendu en-dessous de zéro, ce qui peut arriver en juillet mais un peu moins à la mi-juin).

La Prensa a fait un choix similaire à La Nación
D'un côté le vert et de l'autre le bleu ciel,
mais cette fois-ci dans le jeu de couleurs choisie en France par la Manif pour Tous
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Rappelons que le président de droite Mauricio Macri, qui a pris, il y a quelques mois et à la surprise générale, l'initiative de ce projet de loi, a toujours dit que, de son côté, il était contre l'avortement et sa dépénalisation – pour des raisons éthiques ! Lui qui met son veto à toutes les lois votées par le Congrès mais qui ne lui plaisent pas ! Cette prise de position inattendue et opportuniste lui a valu les foudres publiques des moins diplomates des prélats argentins et lui a permis de distraire un peu l'opinion publique de la situation économique catastrophique dans laquelle il a conduit le pays, à l'inverse de toutes les fanfaronnades de sa campagne électorale.

Clarín rapporte aussi la division du pays sur le sujet
mais avec une photo de Plaza del Congreso
et une foule de manifestants contenue par des grilles
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Si le Sénat confirme ce vote, l'Argentine sera le troisième pays d'Amérique du Sud à dépénaliser l'avortement après l'Uruguay, qui l'a fait sans condition, et le Chili, qui a mis en place une loi beaucoup plus restrictive.

Pour aller plus loin :

mercredi 13 juin 2018

Ce soir, Jacqueline Sigaut au CCC [à l'affiche]


Une fois  n'est pas coutume, la chanteuse Jacqueline Sigaut présentera ce soir, mercredi 13 juin 2018, à 20h30, son  nouvel album au CCC Floreal Gorini, qui n'accueille ordinairement que du tango de création originale et/ou underground.

Entrée : 200 $ ARG au guichet de la salle, avenida Corrientes, 1543.

lundi 11 juin 2018

Un évêque assassiné sous la dictature devient martyr de la foi [Actu]

Illustration AICA
de gauche à droite : W. Pedernera, E. Angelelli, G. Longueville, C. Murias


Monseigneur Enrique Angelelli, évêque de Córdoba puis de La Rioja, né en 1923 et mort le 4 août 1976, quelques mois après le putsch de Videla en mars de la même année, sera bientôt béatifié. Le pape François a en effet signé, il y a quelques jours, le décret qui reconnaît le martyr du prélat et de trois de ses collaborateurs, le professe franciscain argentin Carlos Murias et l'abbé français Gabriel Longueville (prêtre fidei donum, envoyé en Argentine par le diocèse de Viviers, dans l'Ardèche), alors curé de la paroisse de Chamical, dans le diocèse argentin de La Rioja, ainsi que le laïc Wenceslao Pedernera.

L'info est traité dans la colonne de droite, avec la photo noir et blanc
La photo principale représente les obsèques de la sœur de la reine des Pays-Bas
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Ils ont tous été assassinés par la junte pour leur fidélité au Christ, à la dignité humaine et leur choix préférentiel pour les pauvres. Après la canonisation de Monseigneur Oscar Romero, assassiné au Salvador, c'est la deuxième fois que François reconnaît la sainteté de victimes d'un dictature militaire des années 1970, qui prétendait défendre le catholicisme contre de supposés communistes, qui n'étaient autre que des citoyens qui cherchaient à développer des politiques de redistribution qui déplaisaient aux oligarchies locales et aux Etats-Unis.

Un peu moins voyeuse, La Prensa traite l'info en manchette
en haut à gauche
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Carlos Murias et Gabriel Longueville ont été enlevés puis abattus le 18 juillet 1976 et Wenceslao Pedernera, responsable d'un mouvement catholique rural, fut assassiné, chez lui, devant sa famille, le 25 juillet, afin de terroriser toute la contrée. C'est alors qu'il revenait de Chamical, que Monseigneur Angelelli a été tué dans un accident de voiture provoqué par des militaires qui l'ont achevé avant de maquiller la scène, d'une façon si grossière qu'à peu près personne n'y a jamais cru. Ces assassins ont été condamnés en 2014 à la prison à perpétuité.

El Independiente a préféré un simple gros titre
réservant la photo principale à la visite dans la Province
de l'ancien président uruguayen Pepe Mujica
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Le Saint Père a téléphoné personnellement à l'actuel évêque de La Rioja, pour lui communiquer la bonne nouvelle, qui est comme un cadeau de nomination, puisque Monseigneur Marcelo Colombo a été nommé archevêque de Mendoza, le 22 mai dernier, un diocèse qu'il devrait donc rejoindre d'ici quelques semaines. La cause en béatification de Monseigneur Angelelli avait été ouverte par l'un de ses prédécesseurs, Monseigneur Rodríguez, en 2010.

La quadruple béatification sera proclamée à La Rioja, dans environ un an sans doute. C'est en général le temps dont on a besoin pour organiser une telle célébration.

Pour en savoir plus :
lire le communiqué de Vatican News en espagnol, avec la version audio à écouter et à télécharger (excellente méthode pour apprendre à parler la langue)

Le mate bientôt en emoji [Actu]

Le mate, le récipient traditionnel dans lequel on prépare et on boit la plus emblématique infusion de l'Amérique du Sud, figurera au catalogue international des emoji d'ici un an.

"La bombilla et les autres détails"
"L'illustration comporte [même] des bulles"

Le quotidien La Nación s'en est enorgueilli avec un article sous forme de planche illustrée et légendée (en espagnol bien sûr) à découvrir sous ce lien.

La photo qui a fait le tour du monde hier [Actu]

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Hier dimanche, les sinistres caprices de Donald Trump ont donné lieu à la publication d'une photo officielle telle qu'on en a rarement vue. Elle en dit long sur l'effarement de la droite libérale en Argentine comme ailleurs.

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L'un des plus expressifs de cette série de clichés a fait la une de La Prensa et de Clarín et se retrouve dans la plupart des quotidiens d'Argentine.

vendredi 8 juin 2018

L'Argentine sous la coupe du FMI pour trois ans [Actu]

Bouées de sauvetage en plomb, titre le quotidien de l'opposition

Le gouvernement affiche un sourire vainqueur et publie des communiqués triomphalistes. La plupart des observateurs sont beaucoup plus réservés. L'Argentine vient d'annoncer qu'elle avait obtenu un prêt de 50.000 millions de dollars du FMI plus quelques autres sommes de la part d'un trio de banques privées.

Les deux négociateurs argentins, fiers et ravis,
lors de leur conférence de presse hier
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Le prix de cette aide étrangleuse sera une politique de rigueur redoublée et un retrait accentué des investissements publics. Rien de bien étonnant. C'est toujours ainsi avec le FMI.

L'argent arrivera par « petites doses » sur trente-six mois. Dire qu'il y a deux ans et demi, le pays était sorti de ce cauchemar de l'endettement et que le cycle a été réenclenché par ce nouveau gouvernement au bout de quelques mois d'exercice des responsabilités.

Clarín préfère consacrer sa photo de une à un fait divers sordide
En  bas, à droite, la défunte petite sœur de la reine Máxima des Pays-Bas
dont on a retrouvé le corps sans vie avant-hier soir.
Ce suicide d'une jeune femme de 33 ans agite la presse people argentine
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Il y a quelques jours, les pouvoirs publics ont publié la nouvelle liste de l'opération Precios Cuidados, ce programme d'encadrement des prix de quelques centaines de produits de consommation courante disponible dans la grande distribution. Cent nouveaux articles ont été ajoutés. Si ce n'était pas si triste, on en sourirait. En arrivant aux affaires, le gouvernement argentin n'avait que mépris pour cette opération qu'il annonçait vouloir supprimer à très court terme.

Il est inutile de dire que les journaux consacrent aujourd'hui de nombreux articles de fonds, d'analyses et d'éditoriaux à cette information attendue depuis plusieurs semaines.

La Prensa a choisi une photo plus consensuelle
de la conférence de presse ministérielle
et un gros titre plus optimiste que ceux de Clarín et La Nación
"Un accord meilleur que celui qu'on attendait"
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Mauricio Macri est parti au Canada rejoindre Christine Lagarde au G7, en qualité d'observateur (alors qu'il préside cette année le G20). A bord d'un avion de ligne commerciale, comme pour montrer l'exemple de l'austérité.

Pour aller plus loin :
Sur Precios Cuidados
lire l'entrefilet de Página/12 (daté du 5 juin)
lire l'entrefilet de La Prensa (même date)

En juin, Gabriel Soria reprend ses conférences au CETBA [à l'affiche]


Chaque vendredi de ce mois de juin, le président de la Academia Nacional del Tango  Gabriel Soria, reprend ses conférences au Centre de formation du Tango de Buenos Aires (CETBA) sur le thème du cinéma. Ce collectionneur méthodique fait profiter à son public de documents exceptionnels et d'une connaissance plus que fine de son sujet, soutenue par un travail rigoureux.

Ce soir, on parlera de Hugo del Carril, chanteur, compositeur, comédien et réalisateur des années 1940 et 1950. Il a connu une sévère traversée du dHugo del ésert après septembre 1955, à la suite du renversement de Perón, pour lequel il avait milité sans compter. Puis ce sera le tour de deux autres chanteurs qui ont marqué l'histoire du genre, Alberto Castillo et Roberto Goyeneche.

jeudi 7 juin 2018

Manifestation des boulangers contre le prix de la farine [Actu]

Photo Guillermo Rodríguez Adami pour Clarín

Hier, sur la Plaza del Congreso, au pied du parlement argentin, des boulangers de la Province de Buenos Aires ont manifesté en organisant une gigantesque distribution de pain pour protester contre l'augmentation faramineuse de la farine, qui coûtait 270 $ ARG le sac de 50 kg en janvier, lequel revient aujourd'hui à 800 $. Cela met le pain à 60 $ le kg en moyenne dans les boulangeries de la petite ceinture, ce qui est un prix exorbitant, et à 44 ou 50 $ le kg dans les points de vente les meilleurs marchés de la très grande banlieue (à 50-60 km de Buenos Aires). Les artisans craignent que le prix de vente du pain au consommateur grimpe à 90 $ le kg à la fin de l'année.

Au prix de la matière première, il faut bien sûr ajouter au prix de revient le prix de l'électricité et du gaz, qui a augmenté pour les professionnels de la même manière que pour les particuliers. Or le président Mauricio Macri vient de mettre son veto à une loi, votée par le Sénat, pour remettre les tarifs de l'énergie à leurs niveaux d'octobre dernier.

Photo Diego Díaz (pour Clarín)

Hier, sur la place du Congrès, c'est une demi-tonne de pain qui s'est écoulée devant une foule nourrie qui formait une file d'attente disciplinée de personnes ne roulant visiblement pas sur l'or, dans un froid relatif.

Página/12 se fait l'écho d'une étude des prix à la consommation qui montre que l'inflation est déjà de 27% depuis le 1er janvier, soit plus haut que le taux qui régnait sur un an sous le mandat de Cristina Kirchner. Quand on pense que tout le monde a salué l'élection de Macri comme l'arrivée au pouvoir d'un gestionnaire sachant enfin gérer à la place de cette dépensière incontrôlée !!!!

Pour en savoir plus :
Sur le taux d'inflation

dimanche 3 juin 2018

Diego Schissi reprend les classiques de Mariano Mores à La Boca [à l'affiche]


Ce soir, dimanche 3 juin 2018, à 19h, le pianiste et compositeur de jazz et de tango Diego Schissi, accompagné par son quintette, présentera son nouveau disque, Tanguera, à la Usina del Arte, le grand complexe musical et théâtral que la Ville de Buenos Aires a ouvert, il y a quelques années, dans le quartier de La Boca, rue Agustín R. Caffarena n° 1.

Ce nouveau disque est consacré au répertoire composé paa Mariano Mores, disparu il y a peu. Au programme, de grands classiques comme Taquito Militar, Cafetín de Buenos Aires, Uno, En esta tarde gris, Cuartito azul, etc.
L'album a été enregistré en public au cours de trois concerts que le groupe a donnés l'année dernière dans ce même lieu.

Diego Schissi a invité pour l'occasion des chanteuses comme Lidia Borda, Viviana Scarlassa, Nadia Larcher et Michaela Vita qui prêteront leurs voix aux textes magnifiques de Cátulo Castillo et Enrique Santos Discépolo (1).


La soirée est gratuite. Distribution de deux places par personne et en main propre, au guichet de la salle, deux heures avant le début de la représentation (2).

Pour aller plus loin :




(1) Plusieurs de ces chansons sont traduites dans mon anthologie bilingue Barrio de Tango, publiée aux Editions du Jasmin et disponible en commande dans toutes les bonnes librairies.
(2) C'est le côté très incommode du système de la gratuité mis en place par le Gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires. Tout semble être fait pour privilégier les gens qui ont du temps à perdre. Cela permet de fait, à dessein ou non, d'empêcher le public vraiment populaire d'accéder à ces manifestations et parfois d'en écarter aussi la classe moyenne de tous les employés de bureau qui ne peuvent pas se libérer à temps, en semaine, sur leurs heures de travail.

samedi 2 juin 2018

Le Fado Tango Club fête ce soir ses 10 ans au CAFF [à l'affiche]


La chanteuse Karina Beorlegui et les Primos Gabino, ses musiciens, fêtent ce soir le dixième anniversaire de leur proposition musicale, le Fado Tango Club, qui réunit la culture portugaise et celle du Río de la Plata. Le spectacle est donné ce samedi 2 juin 2018 à 21h, au CAFF, rue Sánchez de Bustamente 772, le rendez-vous du Club depuis ses débuts.

Prix des places : 250 $ ce soir, au guichet du CAFF.
Les places étaient en vente anticipées depuis mercredi au prix de 200 $.

Pour aller plus loin :
lire l'interview de Karina Beorlegui dans Página/12
consulter le profil Facebook du Fado Tango Club.

La rue manifeste [Actu]

"Des revendications depuis Ushuaía jusqu'à La Quiaca"
(en Argentine, cela veut dire de l'extrême sud à l'extrême nord du pays)

C'était à prévoir : la manifestation contre le gouvernement a eu beaucoup de succès hier à Buenos Aires.

Après le veto de la loi limitant les effets des augmentations de prix dans la fourniture d'électricité et de gaz, dans les stations services et dans les gares de chemin de fer, les déclarations provocatrices et vagues du Président Macri sur le rôle qu'il entend faire jouer aux forces armées dans les missions de police et le recours au FMI avec lequel le gouvernement négocie un prêt des plus rigoureux, il était difficile d'attendre autre chose. L'un des slogans qui a couru la foule rappelle ceux qui sont en vogue en France contre Emmanuel Macron : le "Robin des Bois à l'envers". Ils prennent aux pauvres pour donner aux riches. En revanche, autant les opposants à Macron ont du mal à mobiliser, autant ceux de Macri remplissent les rues, les avenues et les places !

Des personnalités de premier plan, issues de la lutte pour les droits de l'homme depuis la dernière dictature, étaient présentes sur la place, en dépit de leur grand âge. Parmi ceux qui ont été photographiées par la presse, Nora Cortiñas, de Madres de Plaza de Mayo Linea Fundadora, et Adolfo Pérez Esquivel, le prix Nobel de la Paix argentin.

La marche s'est achevée sur la toute nouvelle Plaza de Mayo. Les manifestants l'ont laissée salie et dévastée, comme d'habitude. Tout remettre en état nécessitera plusieurs millions de pesos. De quoi énerver le contribuable portègne...

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Página/12 fait de ce succès de mobilisation sa une du jour. Clarín lui consacre sa photo de une mais non pas son gros titre. La Nación traite la marche fédérale en une mais comme un titre simple, sans illustration. La Prensa la repousse enfin en micro-titre, entre deux photos, celle du président des Etats-Unis et celle du tout nouveau président du gouvernement espagnol, le socialiste Pedro Sánchez, qui vient de remplacer le conservateur Mariano Rajoy, après le succès de sa motion de censure, la première motion de censure qui emporte la majorité dans l'Espagne démocratique.

Pour aller plus loin :
lire l'article de Clarín

Ajout du 3 juin 2018 :
lire cet article d'humeur de Clarín sur le réaménagement de la place et les dégâts considérables laissée par la manifestation massive de vendredi. Les grilles ont protégé la partie est de la place, celle qui touche la Casa Rosada et le ministère du budget, l'AFIP (elles ont été posées là dans ce but, d'ailleurs).

Nisman assassiné : c'est officiel [Actu]

Gros titre : "Un crime contre une personne dépositaire de l'ordre public"
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A Buenos Aires, la justice vient de requalifier la mort violente du procureur fédéral Alberto Nisman en janvier 2015 en assassinat, sans désigner de suspect, ni dégager un mobile ni établir le modus operandi. Cette décision n'a rien pour surprendre : on voyait bien que les magistrats dirigeaient leurs recherches dans ce sens. La surprise est qu'ils n'en aient pas inculpé Cristina Kirchner, dont la majorité au Sénat tâche depuis plusieurs semaines de faire lever l'immunité parlementaire sans parvenir à surmonter la résistance d'une opposition qui, sur ce sujet, fait cause commune.

Página/12 voit dans cette décision de justice le fruit d'un complot politique national et international, ni plus ni moins. Le ton de l'article est si partisan et si agressif qu'il en devient irritant.
Dans un éditorial, La Nación, visiblement peu convaincue par le travail bancal de la chambre d'accusation, souligne les carences du dossier que le journaliste analyse avec beaucoup plus de précision et de bien meilleurs arguments juridiques que son confrère de Página/12.

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La Nación et La Prensa mettent l'info à la une et relèguent dans leurs pages intérieures le traitement de la manifestation contre le gouvernement qui a paralysé le centre historique de Buenos Aires hier. Sans surprise, Página/12 fait exactement l'inverse. Clarín a mis les deux infos en une.

Pour en savoir plus :

Así se baila el tango revient tous les samedis à Balvanera [à l'affiche]


La conférence didactique, pleine d'humour, conçue et jouée sur scène par Laura Falcoff, Así se baila el tango (le tango, ça se danse comme ça), revient sur les planches, au Portón de Sánchez, rue Sánchez de Bustamente 1034, chaque samedi de ce mois, à 18h, au prix de 250 $ ARG (avec un tarif réduit pour les retraités et les étudiants, à 200 $).

Cette fois-ci, la conférencière est accompagnée par les danseurs Camila Villamil et Daniel Sansotta, qui illustrent de leurs chorégraphies les propos qu'elle tient, assise à une table et toute de noir vêtue.

Página/12 a profité du week-end pour publier une critique enthousiaste de ce spectacle, qui prend le contre-pied des soirées tango pour touristes, si honnies par les professionnels du genre, qu'elles arrivent pourtant parfois à nourrir...

Pour aller plus loin :
consulter le site Internet de la salle et sa page Facebook.

jeudi 31 mai 2018

Veto contre vote [Actu]

Gros titre : "Direction : le veto"
La photo secondaire montre le président saluant la sélection nationale
avant le départ pour la Russie
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Comme on pouvait le deviner hier, le Sénat argentin a bien voté une loi d'urgence contre l'augmentation des prix de l'énergie (c'est son nom) pour mettre un frein aux augmentations brutales et très fréquentes du gaz et de l'électricité pour les particuliers, les professionnels et les entreprises, au point qu'elles mettent de plus en plus en danger la production et l'emploi, puisque les ateliers, les coopératives et les autres sociétés n'arrivent pas toujours à suivre.

La photo de une est réservée au départ des footeux, Messi en tête
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C'était au petit matin, après douze heures de débat, à l'initiative des péronistes, aujourd'hui dans l'opposition.

Quelques heures plus tard, la présidence de l'exécutif annonçait que Mauricio Macri avait déjà posé son veto sur cette loi, comme la constitution lui en donne le droit. Macri est un spécialiste de cette procédure : il n'a pas cessé de poser son veto sur les dispositions qui le gênaient lorsqu'il dirigeait la ville de Buenos Aires et il continue à la tête de l'Etat fédéral.

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Le vote avait pourtant été acquis par 37 oui contre 30 non, c'est-à-dire une majorité nette en faveur d'une limitation de ses mesures, qui sont décidées par le ministère de l'Energie et des Mines.

Página/12 a bouclé avant le vote de la loi mais il l'a anticipé avec ce montage

Il est très probable que la CGT appelle à la grève à la suite du veto présidentiel et qu'il y ait quelques manifestations contre le gouvernement dans les jours qui viennent puisque à nouveau, le président recherche visiblement la confrontation. Ce veto qui arrive après l'appel à l'armée pour renforcer la police, c'est fait exprès. Et d'autant plus qu'on apprend en même temps que l'entrée de l'Argentine à l'OCDE est reportée sine die (on s'en serait douté avec le recours au FMI) - voir l'article de La Nación - et que d'autres tarifs augmentent encore, comme ceux du train de proximité (le train grandes lignes n'existe pratiquement plus en Argentine, depuis la présidence de Carlos Menem qui a détruit tout le réseau construit depuis la fin du dix-neuvième siècle) - voir l'article de Página/12, qui se scandalise aussi des récents propos de la gouverneure de la Province de Buenos Aires qui dénie, devant un parterre mondain du Rotary Club, la légitimité des universités dans la banlieue de la capitale puisque "quand on naît pauvre, on n'y va pas" ! Quel aveu du refus de cette majorité d'améliorer les conditions de vie et les perspectives des classes défavorisées.

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 sur le vote
lire l'article de Página/12 sur le veto présidentiel
lire l'article de La Prensa sur le vote
lire l'article de La Prensa sur le veto
lire l'article de La Nación sur le vote
lire l'article de La Nación sur le veto
lire l'article de Clarín sur le vote
lire l'article de Clarín sur le veto

Ajout du 3 juin 2018 :
lire cet éditorial humoristique de Clarín (très hostile à la loi rejetée par le président)

mercredi 30 mai 2018

Missions de lutte contre le crime pour l'armée argentine [Actu]

Página/12 fait passer le ballon de campagne électorale du jeune canari du parti libéral (PRO)
au vert du treillis et du casque de camouflage
Gros titre : "Au pas de course"

Encore une décision qui heurte de front toute la gauche et son antimilitarisme, construit sur l'expérience des nombreuses dictatures militaires qui se sont succédé au gré des coups d'état de 1930 à 1976 en Argentine : hier, lors de la fête de l'armée de terre, au lycée militaire de El Palomar, dans la Province de Buenos Aires, le président Mauricio Macri a annoncé qu'il confierait à l'armée des missions d'appui logistique aux forces de police pour lutter contre le crime (surtout le trafic de stupéfiants et les agressions contre les personnes et les biens) et surveiller les frontières, une mission qui revient normalement à la gendarmerie et à la douane.
Au Brésil, Michel Temer, le très impopulaire et très discrédité président venu d'une manœuvre parlementaire qui s'avère des plus douteuses, a remis, lui aussi, les militaires dans le jeu politique et policier. Et cette imitation ne dit rien qui vaille en Argentine.

Bien entendu, ces déclarations sont saluées par une levée de boucliers dans les colonnes de Página/12. Et on ne peut plus croire Macri lorsqu'il prétend réconcilier les Argentins. A un moment où le pays est financièrement étranglé, où il a besoin que ses citoyens s'unissent et arrivent à dépasser leurs différends idéologiques, ramener l'armée dans les missions de police, ce n'est pas œuvrer à une réconciliation quelle qu'elle soit ! Mais dans Clarín, on lit ce matin que le gouvernement argentin mettrait en cause le corset dans lequel le pouvoir kirchneriste aurait emprisonné l'armée par pur hypocrisie. Donc non seulement, il ne cherche pas la réconciliation mais il dénie toute légitimité à une décision prise antérieurement par un gouvernement tout aussi démocratiquement et constitutionnellement mis en place que lui.

La Nación traite l'info en titre secondaire, à droite
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D'un autre côté, le président a annoncé aussi qu'il allait renforcer la participation argentine dans les missions de paix de l'ONU et que malgré la situation financière déprimée du pays, il allait revaloriser la solde.

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Trois des grands quotidiens nationaux ont traité l'information à la une, preuve qu'à droite comme à gauche, la décision remue. D'ailleurs, la loi en vigueur interdit aux forces armées de s'impliquer dans des opérations de police. Pendant ce temps, au sénat, l'opposition va sans doute obtenir le vote d'une loi qui rendrait illégales les récentes augmentations des prix de l'énergie et la Présidence se prépare à émettre son veto, comme la constitution le lui permet de le faire. De la même manière, l'opposition se bat pour que les conditions du prêt accordé demandé au FMI soient soumises aux parlementaires.

Pour aller plus loin :
lire l'article de Clarín (dans l'édition d'hier)
lire dans Página/12 la réaction de Estela de Carlotto, présidente de Abuelas de Plaza de Mayo, très hostile à cette mesure et présentée comme candidate au prix Nobel de la Paix (pour la sixième tentative)
lire toujours dans Página/12 celle de Adolfo Pérez Esquivel, prix Nobel de la Paix argentin
En revanche, Graciela Fernández Meijide, la troisième grande voix des droits de l'homme dans le pays, plutôt favorable à ce gouvernement mais nullement inconditionnelle, ne s'est pas encore manifesté dans la presse.

Ajouts du 31 mai 2018 :
Página/12 publie ce matin un article sur plusieurs réactions dans le monde politique et militant
Le chef d'Etat-Major des armées argentin a émis beaucoup de réserves sur la demande présidentielle en rappelant que la loi actuelle s'y oppose absolument et qu'il ne s'agit pas du métier pour lequel les militaires sont formés. C'est La Nación  qui s'est est fait l'écho ce matin.

Ajout du 6 juin 2018 :
lire l'article de Página/12 sur les nouvelles déclarations de la ministre Patricia Bullrich qui insiste pour intégrer les forces armées aux missions des forces de l'ordre, malgré les prises de position sans ambiguïtés non seulement du chef d'Etat-major général des armées que des représentants de la lutte pour les droits de l'homme.
La ministre appuie son raisonnement bancal sur la situation en France où les forces armées effectuent des missions de surveillance dans la rue mais 1) l'Argentine n'est pas visée par le terrorisme qui nous affecte et qui a provoqué cette réalité après les attentats dits des terrasses et 2) tout le monde sait que cette mission Sentinelle est tout sauf efficace et ne sert qu'à rassurer les civils, d'une manière très démagogique, en faisant perdre aux militaires leur temps, leur énergie et même leurs compétences spécifiques, puisqu'ils n'ont pas la disponibilité de s'entraîner aux situations de combat qu'ils doivent affronter en opex ! Un mimétisme d'autant plus crétin que la même ministre veut mettre en place le droit pour les forces de l'ordre de faire feu, y compris hors de la légitime défense... Et quand on sait ce qu'est le cadre légal de la légitime défense pour la police et la gendarmerie en France !