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Milei sort de la chapelle où repose San Martín, avec l'archevêque à ses côtés (et sa sœur pas très loin) Le titre reprend une expression idiomatique : A Dios rogando y con el mazo dando (littéralement : en priant Dieu et en donnant du maillet, c'est à dire : Aide-toi et le Ciel t'aidera") Cliquez sur l'image pour une haute résolution |
Hier, l’Argentine, où le lundi
de Pentecôte, lui, n’est pas férié, célébrait la première de
ses deux fêtes nationales, celle qui commémore l’anniversaire de
la Révolution de Mai 1810, qui mit fin à l’Ancien Régime en
déposant le vice-roi et en imposant l’auto-gouvernement de la
Primera Junta, un gouvernement collectif voulu et pensé au premier
chef par Manuel Belgrano (1770-1820), lui-même haut fonctionnaire de
l’empire colonial puisqu’il était le représentant de Madrid au
sein du Consulado avec le titre de Secrétaire (à l’époque, cela
signifie presque « ministre »), une sorte de chambre de
commerce qui avait pour charge officielle de développer l’économie
de la colonie, ce que Madrid l’a empêché de faire à chaque
initiative fructueuse.
Traditionnellement, le président
de la République argentine se rend à la cathédrale de Buenos
Aires, à quelque cent mètres de la Casa Rosada, pour y participer
au Te Deum Nacional selon une tradition qui remonte à 1811 (on ne
fait pas plus ancien dans l’ordre politique). Cette célébration
est présidée par l’archevêque de Buenos Aires qui était aussi,
jusqu’à il y a quelques années, le primat d’Argentine (ce qu’il
n’est plus depuis que le pape François a déplacé le siège
primatial dans une province lointaine mais plus anciennement
christianisée que l’actuelle capitale fédérale).
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"L'Eglise a condamné l'intolérance et appelé à respecter la diversité", dit le gros titre en rouge Cliquez sur l'image pour une haute résolution |
Cette année, on a entendu dire
que Javier Milei pourrait ne pas assister à la cérémonie. En effet, il
est notoirement en froid avec l’Église catholique, à laquelle il
préfère les évangéliques d’ultra-droite façon Trump, qui ont,
eux, le bon goût de ne s’embarrasser d’aucune doctrine sociale
accrochée à l’Évangile.
Le jour J, Milei s’est bien rendu à la célébration. C’est
qu’il aimerait bien faire venir le pape en Argentine, un pape qui,
lorsqu’il était argentin et que le gouvernement n’était pas
libertarien, n’est finalement jamais venu malgré de nombreuses
invitations très officielles et beaucoup d’espoirs douchés…
Milei avait donc toutes les raisons de ne pas manquer à la coutume,
quoi qu’il pense par ailleurs des évêques argentins. Il s’est
bien rendu à pied, selon la coutume établie, de la Casa Rosada à
la cathédrale, entouré des figures politiques qu’il privilégie
dans le paysage national actuel. Tout le monde a pu remarquer que la
vice-présidente avait été exclue des invités au Te Deum, ce qui
est sans doute une première et prouve, s’il en était encore
besoin, la profondeur des dissensions au sein du clan présidentiel.
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"L'Eglise a donné à Milei un avertissement au sujet du démembrement de la société", dit le gros titre La photo principale montre Milei saluant avec sa sœur à son côté sur le balcon de la Casa Rosada Cliquez sur l'image pour une haute résolution |
A la cathédrale, Milei a rendu
hommage au général José de San Martín (1778-1850), qui y est
enterré dans une chapelle latérale, et, assis seul devant
l’assemblée, sans sa sempiternelle sœur à ses côtés, ce qui
fait irrésistiblement penser à un couple incestueux, dans tant
d’occasions, y compris hier à d’autres moments de la journée,
au Cabildo puis au balcon de la Casa Rosada – donc pas de ça dans
la cathédrale !-, Milei a participé à la prière et dû
écouter l’homélie traditionnelle.
Pour l’occasion, Monseigneur
Jorge García Cueva n’a pas ménagé l’homme assis tout seul
devant lui, en bas de l’estrade d’où il s’exprimait. « Nul
ne peut se sauver tout seul », a-t-il déclaré, comme les
années précédentes d’ailleurs, depuis que Milei est aux
affaires. Il a entre autres appeler à arrêter l’usage
« terroriste » des réseaux sociaux (Milei s’en sert
comme Trump pour répandre des mensonges et insulter, voire menacer
tous ceux qui osent le critiquer, la presse au premier chef), à
abandonner l’individualisme et la politique du chacun pour soi et à
renouer avec la solidarité en actes, de tous avec tous, qui a forgé
la nation et sans laquelle la pays risque de s’effondrer.
L’archevêque a aussi pourfendu la stratégie délibérée du
gouvernement de stigmatiser systématiquement tous ceux qui
s’opposent à ses projets et à ses propos, ce qui aboutit à la
division du corps social et politique du pays, une attitude visible à
l’œil nu puisque la vice-présidente n’était même pas là.
Bref, Milei en a pris pour son grade et c’est bien ainsi que tout
le monde, à droite comme à gauche, a interprété les propos du
prélat.
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"Face à Milei, l'Eglise a demandé le dialogue et appelé à cesser de "polariser par le discours"", dit le gros titre La photo principale est réservée à Milei au balcon En haut, à droite, un article consacré à la fin du "Late show" de Stephen Colbert sur un canal de télévision aux Etats-Unis, censuré par Trump dont il ose rire... Cliquez sur l'image pour une haute résolution |
Milei a néanmoins tenté de
faire bonne figure. Dans la suite de la journée, où il a tenté de
jouer les vedettes, comme s’il était la reine (ou le roi)
d’Angleterre à son propre jubilé, Milei a fait des commentaires
lénifiants sur les propos de Monseigneur García Cueva, prétendant
y voir une offre de dialogue et d’intermédiation de l’Église
entre lui et la partie (croissante) de la société qui ne comprend
rien à sa politique. En réalité, elle la comprend très bien et
elle la rejette catégoriquement.
Il est assez rare qu’un haut
dignitaire de l’Église catholique use d’une telle force pour
mettre les points sur les I et sur les J ainsi que les barres sur les T pour que personne ne puisse se méprendre sur le sens de ce qu’il
dit. En général, l’homélie est un peu plus enrobée, un peu plus
diplomatique...
Plusieurs quotidiens publient
aujourd’hui l’intégralité de l’homélie, Clarín
et La
Nación parmi eux.
© Denise Anne Clavilier
Pour aller plus loin :
lire l’article
de Página/12 sur le Te Deum
lire l’article
de Página/12 sur la nouvelle décision du gouvernement :
désormais les handicapés qui voyagent en car longue distance ne
pourront plus se faire rembourser leur titre de transport par l’État
(c’était l’une des expressions de la solidarité nationale avec
cette population désavantagée et c’est fini)
lire l’entrefilet
de La Prensa sur le Te Deum
Ajout du 27 mai 2026 :
lire cette
analyse de
ce qu’il s’est passé au Te Deum par l’éditorialiste politique
de La Nación,
Joaquin Morales Solá, illustrée par Alfredo Sábat
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| Dessin de Alfredo Sábat pour La Nación aujourd'hui, 27 mai 2026 |