vendredi 10 avril 2026

Adorni : la justice lève les secrets bancaire et fiscal du couple [Actu]

"Tout nus", se moque le gros titre
sur des photos des visages de deux époux
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Hier, à la demande du magistrat instructeur, qui, dans ce cas, est un procureur, un juge du siège a ordonné la levée des secrets bancaire et fiscal du couple Adorni afin que les enquêteurs puissent comparer le train de vie des époux avec leurs revenus déclarés correspondant à leurs activités officielles. Toutes les données devraient pouvoir être croisées, si les secrets sont effectivement levés par les autorités qui en sont dépositaires.

Avant-hier, la notaire du couple avait été interrogée par le procureur faisant office de juge d’instruction et il semble qu’elle n’ait fait que lui raconter des sornettes sur les opérations immobilières de ces dernières années dont elle a authentifié les actes d’achat et de vente alors qu’elle n’aurait pas dû le faire tant les montages financiers laissaient deviner leur provenance douteuse. En écoutant son récit, n’importe qui aurait soupçonné que ces flux passaient par des prête-noms et non par les véritables propriétaires et acquéreurs, or il semble que ces situations étranges n’aient jamais éveillé ses soupçons.

"Le secret sur les comptes bancaires de Adorni levé",
dit le gros titre.
En dessous, la photo est consacré aux obsèques d'un
enfant de 4 ans, sans doute tué par sa mère, à laquelle
il venait d'être confié à nouveau par la justice.
Or cette mère s'était déjà vu retirer la garde de cet enfant
et d'un autre parce qu'elle se montrait violente avec eux.
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Les trois grands journaux nationaux rendent scrupuleusement compte de ces avancées majeures de l’enquête autour de cette de plus en plus probable corruption du chef des ministres fédéraux, une corruption dont l’étendue intrigue, surtout lorsque l’on prend en considération qu’elle implique des acteurs politiques qui n’ont pas de mot assez dur pour dénoncer la corruption des équipes gouvernementales kirchneristes. Pour l’heure, on dirait que la justice tient bon, qu’elle continue d’assumer son rôle régulateur alors que l’exécutif fait tout pour que la démocratie et l’État de droit régressent en Argentine pour mieux disparaître à moyen terme au profit d’un régime autoritaire, dont les tenants pourront s’approprier l’ensemble des richesses nationales.

Des trois journaux nationaux, La Nación
se montre le plus timoré.
Juste un titre secondaire, en bas à droite :
"La levée du secret bancaire a été ordonnée
contre Adorni"
La photo montre les problèmes rencontrés
par les usagers dans les transports en commun à Buenos Aires
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Et pendant que Adorni et son épouse vivent sur un très grand pied, Página/12 se penche incidemment sur le cas d’un professeur titulaire de l’un des plus prestigieux lycées de Buenos Aires, un professeur à qui son seul salaire de fonctionnaire de l’État ne permet plus de vivre. Par conséquent, il enseigne le jour et, la nuit, il fait des livraisons à vélo sur une plateforme qui exploite la misère du monde pour se faire un maximum de pognon.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 sur les avancées du dossier Adorni
lire l’article de Página/12 sur la vie du professeur au Colegio Nacional de Buenos Aires (connu comme El Nacional)
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación

jeudi 9 avril 2026

Que la planète aille se faire pendre ailleurs : la Chambre vote le droit à polluer les glaciers éternels [Actu]

"La loi des glaciers, on n'y touche pas" dit ce panneau au premier plan
et la grande banderole bleue - Manifestation à Buenos Aires


Très tôt ce matin, dans la nuit, à temps toutefois pour le bouclage des quotidiens, la Chambre, par une très confortable majorité et seulement 3 abstentions (sur 251 députés présents), a approuvé une réforme qui, si le Sénat l’approuve à son tour, permettra sous peu aux industries minières d’exploiter les sous-sols des glaciers de Patagonie et, qui sait, peut-être aussi ceux de l’Antarctique, que, depuis plusieurs années, la loi argentine avait érigés en réserve naturelle, notamment pour préserver leur immense richesse en eau potable, une initiative due en son temps à la sénatrice Cristina Kirchner, qui devait devenir plus tard présidente de la Nation et aujourd’hui bête noire du couple présidentiel (Mileí et sa frangine, dite « Madame 3% »)

"Glaciers : les députés ont voté cette nuit
la loi qui ouvre la porte aux investissements millionnaires",
dit le gros titre
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Or ces glaciers, épais parfois de plusieurs kilomètres, fondent à vue d’œil été après été et leur rétractation, qui fait la une des médias à chaque effondrement ou chaque recul constaté in situ ou sur des images satellitaires, inquiète de nombreux secteurs, au premier rang desquels on trouve bien entendu les glaciologues et les climatologues du monde entier mais aussi, d’une manière plus immédiatement intéressée, l’industrie locale du tourisme dont ces gigantesques et spectaculaires masses de glace terrestre sont un des atouts régionaux. Sans parler naturellement des écologistes et autres citoyens informés qui savent que les glaciers et les pré-glaciers patagoniens constituent l’une des plus importantes ressources d’eau douce du pays et de la planète.

Pendant le débat, des députés ont affiché des pancartes hostiles :
en bleu : Oui à l'eau, non au saccages des sociétés minières
en rouge : Dehors des corrompus - Mileí, Adorni, Karina
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Voilà plusieurs jours que des manifestants se relaient autour du Congrès à Buenos Aires mais aussi dans toutes les grandes villes du pays pour tenter de faire pression sur les élus et de sensibiliser l’opinion publique à la gravité de ce vote et du débat qui le précède. Et ce matin, comme à chaque fois, dans la capitale argentine, la répression policière s’est abattue sur eux.

En haut, en bleu : un titre sur la loi des Glaciers
"L'eau a perdu contre le lobby minier"
En gros titre principal : "Des comptes à dormir debout", dit le calembour
traditionnel du gros titre, sur cette photo peu flatteuse de la notaire
qui a authentifié les acquisitions immobilières pas très nettes du Premier ministre
Manuel Adorni et qui a raconté des balivernes devant le procureur
chargé de l'instruction sur tous ces flux suspects.
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De jour en jour, le pays semble irrémédiablement sombrer dans une tragédie qui en englobe d’autres puisque ce qui se passe en Argentine aura des conséquences sur la planète entière, que cela concerne, comme ce matin, le saccage de l’environnement ou, comme presque tous les jours depuis le 10 décembre 2023 et l’arrivée aux affaires de Javier Mileí, de sa sœur (Karina) et de leur clique (dont Adorni), la brutalité exercée contre des êtres humains et la violation de leurs droits fondamentaux (liberté d’expression et d’information, droit du travail, droit à l’identité et à la famille, droit à la santé, à une alimentation saine, à l’éducation, à la culture, etc.).

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 paru en ligne sur la séance de ce matin à l’aube
lire l’article de Página/12 dans son édition de Salta (province située dans le nord-ouest du pays, à la frontière avec la Bolivie, aux antipodes des glaciers australs)
lire l’article de Página/12 sur la répression contre les manifestants
lire l’article de La Prensa
lire l’article de Clarín qui affiche cyniquement le caractère affairiste et, pour tout dire, obscène de ce vote (on va gagner des sous ! Et c’est là le plus important, non ? L’avenir de l’humanité n’arrêtera pas la quête du profit…)
lire l’article de La Nación, l’autre journal de droite, celle de l’oligarchie agraire et industrielle, dont la Une fleure bon elle aussi l’odeur du profit à venir au détriment de tout le reste...

Sortie simultanée en Argentine et en Italie d’un documentaire bilingue sur François [à l’affiche]

Affiche de Rosario 3
pour présenter le documentaire
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La Argentina de Francisco est un long-métrage documentaire, tourné en espagnol en Argentine sur les pas du pape François décédé le lundi de Pâques, l’année dernière, sous-titré en italien, dirigé par un réalisateur italien et produit par le dicastère de la Communication du Vatican (institué par François) et la chaîne télévisuelle catholique italienne Telepace (comprenez la télé de la Paix, celle du Christ naturellement). D’autres partenaires, notamment plusieurs diocèses, se sont joints au projet.

Le film retrace le parcours spirituel et pastoral du futur pape dans son pays d’origine, depuis sa vocation sacerdotale, lorsqu’il était adolescent et qu’il a reçu l’appel au sacerdoce dans la basilique San José de Flores, dans son quartier, jusqu’à sa mission d’archevêque à Buenos Aires, qui osa ériger en doyenné les paroisses présentes dans les quartiers périphériques et abandonnés, les bidonvilles qu’on appelle en Argentine las villas miserias, qui se caractérisent pas l’absence de services publics (pas d’école, pas de transports, pas de pharmacie, pas de cabinet médical, pas d’enseigne de la grande distribution mais des échoppes branlantes, pas d’infrastructures de sport mais un terrain vague où les gamins tapent dans les boîtes de conserve, pas de réseaux d’énergie mais de la débrouille à tous les étages et sous toutes les formes). Le film revient aussi sur la façon dont, spirituellement et pastoralement, cet archevêque peu ordinaire a investi le football et en particulier son club de prédilection, le San Lorenzo de Almagro, fondé par des religieux de l’ordre de saint Jean Bosco au début du 20e siècle, pas très loin de son quartier natal (aujourd'hui en grande difficulté administrative). Puisqu’il avait dans l’Italie du nord des cousins et des cousines de sa génération qui avaient eux-mêmes des enfants et qu’il a pu fréquentés pendant toute la durée de son pontificat, cette partie de sa famille a elle aussi participé au documentaire.

L'affiche officielle, made in Vatican

La Argentine de Francisco, c’est donc la genèse d’un pontificat disruptif qui devait bousculer l’Église universelle pendant treize ans comme l’homme avait bousculé son diocèse natal, avec toutefois un retentissement médiatique bien moindre, puisque la gauche argentine l’a toujours pris pour un réactionnaire fou furieux et ne l’a découvert et adopté qu’une fois qu’il vivait à Rome, tandis que la droite catholique lui en a beaucoup voulu de n’avoir pas privilégié l’Argentine au cours de son pontificat, comme si le Conclave en le choisissant aurait dû en faire un pape pour l’Argentine plutôt que pour le monde.

Ce film est le premier d’une série de documentaires, actuellement en tournage ou en post-production, dont la sortie est prévue en ce premier semestre 2026 autour du premier anniversaire de sa disparition.

Pour ma part, j’ai le souvenir de l’avoir brièvement rencontré au cours d’une messe de semaine (vingt paroissiens à tout casser) dans l’église de son baptême, dans le quartier de Almagro, alors qu’il était l’archevêque du lieu et j’ai été très heureuse lorsque son nom a été prononcé au balcon de Saint-Pierre et si j’ai rejeté ses déclarations répétées et plus qu’ambiguës sur la guerre de la Russie contre l’Ukraine et ses positions absurdes et si dépourvues de sens politique sur la réalité de la guerre dont, à rebours d’une tradition de morale politique ininterrompue depuis l’Antiquité, il refusait qu’elle puisse être « juste », ce qui revient dans les faits à condamner les peuples agressés à se laisser faire sans se défendre, cet irénisme à la Gandhi, lequel avait, de très loin, il est vrai, l’Inde, conseillé aux juifs de l’Europe occupée de ne pas résister aux nazis, j’avoue que François me manque bigrement avec son attention aux injustices socio-économiques et géopolitiques du temps présent et sa manière, au quotidien, d’envoyer valser le protocole impérial adopté par la Curie romaine depuis un Moyen-Age européen dont il ignorait à peu près tout - sauf saint François d’Assise - mais auquel son successeur, au demeurant fort sympathique et très courageux, fait beaucoup de concessions, qui n’ont pourtant rien à voir avec l’Évangile auquel on pourrait peut-être revenir au 21e siècle, maintenant que Charlemagne, saint Louis, Charles Quint, Louis XIV et quelques autres ont quitté cette vallée de larmes...

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

mercredi 8 avril 2026

La diplomatie aberrante de Trump dans la presse rioplatense [Actu]

"Le fou de guerre" dit le gros titre
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"Cessez-le-feu bilatéral", dit le gros titre
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L’opinion publique en Argentine et en Uruguay se sentait moins concernée par la politique menée au Moyen Orient par Donald Trump. Moins inquiète que de notre côté de l’Atlantique, elle n’en était pas moins effarée par le déchaînement de violence affiché par ce président dont il est de plus en plus évident qu’il souffre d’une forme de démence sénile, qui n’est certes pas Alzheimer mais qui n’en affecte pas moins gravement sa capacité de jugement et ses décisions.

"Trump et l'Iran s'accordent sur une trève
de deux semaines pour négocier" dit le gros titre
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"Cessez-le-feu pour deux semaines. Le détroit
d'Ormuz rouvre" dit le gros titre
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Les Unes rioplatenses sont donc moins spectaculaires qu’en Europe mais toutes font allusion en gros titre à l’arrêt conditionné et temporaire des combats et à la réouverture du détroit d’Ormuz à la navigation marchande. Beaucoup d’articles constatent la défaite des États-Unis contre un pays du « Sud global », avec l’aide des diplomates de l’un de ses voisins, le Pakistan, malgré le triomphalisme obscène qui règne dans la propagande gouvernementale de Washington mais, semble-t-il, sans convaincre grand-monde. On se croirait au lendemain de la victoire du Japon sur la Russie tsariste en 1905 et peut-être y sommes-nous...

"Trump accepte une trêve avec l'Iran après
des menaces qui ont fait trembler le monde" dit le gros titre
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Pendant ce temps-là, les Libanais continuent à souffrir et à mourir puisque Israël refuse d’appliquer le cessez-le-feu sur ce théâtre d’opération.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

En Uruguay :
l
ire l’article de El País
lire l’article de El Observador
lire l’article de Grupo Multimedio (ex-La República)
Seule la Une de El País est disponible en image.

mardi 31 mars 2026

L’Argentine façon USA [Actu]

La malédiction des armes, dit le gros titre
sur cette photo issue de la caméra de sécurité
qui veille sur l'établissement scolaire
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Hier, dans la province de Santa Fe, au nord de Buenos Aires, un gamin de 15 ans, victime de harcèlement scolaire et pris dans de graves problèmes familiaux, s’est emparé du fusil de son grand-père, qu’il a caché dans un étui de guitare, avant de se rendre au collège pour tirer dans le tas avec du petit plomb de chasse. D’après l’avocat de la famille, l’adolescent aurait été sous traitement médicamenteux.

Un de ses camarades de 13 ans est mort et huit autres ont été blessés, heureusement sans extrême gravité sur le plan physique. Ils ont été soignés à l’hôpital local.

Avec un fusil, un gamin a déclenché l'horreur
dans son école : un mort de 13 ans, dit le gros titre
sur une photo de ces élèves dans leur école
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Le modèle nord-américain si apprécié par Javier Mileí commence donc bel et bien à se répandre en Argentine. Ce président sans honneur n’a pas daigné prendre la parole depuis cette tragédie. Les habitants de la bourgade ont quant à eux organisé aussitôt une marche blanche en l’honneur de l’adolescent décédé.

La Nación a préféré titrer sur le scandale
qui implique les autorités du football,
que Javier Mileí a voulu et provoqué
La tragédie est traitée par la photo centrale
avec ce titre : Le pays choqué : un gamin de 15 ans
apporte un fusil à l'école et tire à volonté
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Le jeune tireur ne sera pas poursuivi. La loi argentine, encore en vigueur pour quelques mois, dispose en effet que les mineurs de moins de 16 ans ne peuvent pas être passibles des tribunaux. Le Congrès a tout récemment baissé ce seuil à 14 ans mais cette nouvelle loi n’entrera en vigueur que dans six mois.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12
lire l’article de La Prensa
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación
lire l’article de El Litoral, le principal quotidien local, qui voit dans cet accès de violence mortelle un problème structurel que la société civile doit résoudre

Une attaque sur fond de globalisation, dit le gros titre
de la Une de l'édition locale de Página/12
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Mise à jour du 9 avril 2026 :

L’enquête a conduit récemment à la mise en cause de plusieurs autres mineurs qui, avec le jeune tireur, partageaient sur les réseaux sociaux une fascination pour les crimes de sang. Parmi les adolescents impliqués, se trouve un garçon de 16 ans, actuellement en détention préventive (à son âge, il est passible des tribunaux et d’une lourde condamnation).
L’hypothèse initiale sur les causes de la tuerie, celle d’un adolescent en détresse psychique ou en rupture de traitement qui aurait soudainement décompensé, est désormais écartée. La réalité est sans doute beaucoup plus grave encore puisque l’enquête révèle un réseau international de partage d’une passion pour la violence et d’incitation au passage à l’acte dont l’étendue dépasse l’imagination et qui correspond bel et bien à la violence que Trump, Netanyahu, Poutine, Mileí et consorts ont installée et comme légitimée dans l’espace public, chacun à sa façon, en paroles et en actes.
A ce sujet, lire l’article de Página/12 dans l’édition de Rosario

samedi 28 mars 2026

YPF : l’Argentine a gagné son procès à New York [Actu]

"Rit bien qui rit le dernier", dit le gros titre
sur cette photo des deux leaders qui ont
nationalisé YPF et voient leur politique légitimée
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Javier Mileí a beau tenter de s’attribuer cette victoire, il est clair qu’elle n’est pas la sienne. Dès le début de son mandat, en décembre 2023, le président a même osé faire des déclarations publiques qui auraient pu fragiliser la défense des intérêts de son pays dans cette affaire, notamment lorsqu’il a affirmé que toute expropriation était par définition illégitime et que ce type d’opération devrait être illégal.

Or le dossier YPF repose tout entier sur une nationalisation qui a entraîné l’expropriation des porteurs d’actions privés, institutionnels, constitutives du capital de la compagnie pétrolière argentine, YPF (pour Gisements pétroliers fédéraux), créée il y a un siècle par le premier gouvernement de gauche, celui du président Hipólito Yrigoyen, le leader des radicaux, alors un parti de nationalistes de classe moyenne, partisans d’une redistribution des richesses. Cette nationalisation a été menée à bien par Cristina Kirchner et son ministre de l’Économie, Axel Kiciloff, aujourd’hui gouverneur de la Province de Buenos Aires (tous deux en Une de Página/12), et elle avait pour objectif de récupérer un groupe privatisé quelques années auparavant dans la grande privatisation de Carlos Menem, le président préféré de Mileí, l’un des plus corrompus aussi (comme par hasard !).


"Le procès YPF, laissé en héritage par le kirchnerisme, est fini
Nous n'aurons pas à payer 18 milliards de dollars", dit le gros titre
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Dans son discours très solennel, hier à la Casa Rosada, entouré de son gouvernement et avec à sa droite Manuel Adorni, son exécré Premier ministre qui se débat dans un inextricable scandale de corruption à tiroirs, Javier Mileí s’est donc attribué le mérite de la victoire (qu’il n’avait pourtant pas souhaitée) tout en crachant un flot de critiques absurdes sur Cristina Kirchner et Axel Kiciloff, dont il a dit qu’ils avaient précipité le pays dans la catastrophe, laquelle a été déclenchée non pas par eux mais par les deux puissants groupes financiers qui ont porté plainte, puisque l’actionnaire privé principal de YPF, la compagnie pétrolière espagnole Repsol, avait rapidement accepté l’accord négocié il y a de nombreuses années avec le gouvernement argentin.

Hier, ce procès en appel a donc abouti à la reconnaissance, par la justice de l’État de New York, saisie par les plaignants, de la légalité de l’expropriation au profit de l’intérêt général argentin, que contestaient les deux actionnaires minoritaires. De ce fait, le verdict reconnaît également la légitimité de cette décision politique. La justice de New York reconnaît par conséquent la souveraineté de l’Argentine et son droit de décider librement et seule de l’exploitation de son sous-sol. Toute chose qui va clairement à l’encontre de la politique de Mileí et s’oppose formellement aux visions impérialistes délirantes de Trump (sur le Venezuela par exemple, mais aussi sur l’Argentine que Mileí lui offre sur un plateau d’argent, et sans doute sur l’Iran) et de son âme damnée du Kremlin, auquel Trump, suivi comme un toutou par Mileí, rêve de livrer le Donbass tout cuit et tant qu’à faire l’Ukraine tout entière, si c’est possible (dans les deux cas, ça résiste, l’Iran et l’Ukraine).

"Verdict historique en faveur de notre pays :
la condamnation à cause de YPF a été annulée
aux Etats-Unis", dit le gros titre
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L’Argentine risque encore que les plaignants contestent cette décision d’appel et la porte devant la Cour suprême fédérale (un brin trumpienne sur les bords) ou, bien pire encore si c’est possible, devant un tribunal arbitral international, c’est-à-dire une justice privée, ce que Mileí est assez peu susceptible de refuser. Ces plaignants sont en effet deux fonds spéculatifs, que les Argentins, du côté péroniste, ont surnommé les fonds vautours. Ils savent faire et ils ont les moyens de continuer le combat.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de La Prensa, qui rend compte des circonvolutions de Mileí pour s’attribuer ce succès
lire l’article de Clarín sur le verdict, qui libère l’Argentine du paiement d’une indemnisation pharaonique qui aurait achevé d’abattre les finances publiques, déjà plus que mal en point
lire l’article de Clarín sur le discours triomphaliste de Mileí
lire l’article de Une de La Nación sur le verdict
lire l’article de La Nación sur le discours de Mileí

Ajouts du 30 mars 2026 :

lire l’article de Página/12 sur les déclarations de Kiciloff concernant les affirmations de Mileí qui continue à donner raison aux plaignants contre la nationalisation de la compagnie pétrolière
lire l’article de Página/12 sur les positions de l’actuel ministre de l’Économie qui continue lui aussi à vilipender la nationalisation de la compagnie, jouant ainsi contre les intérêts judiciaires du pays
lire l’article de Clarín sur les positions de Kiciloff

jeudi 26 mars 2026

Caras y Caretas consacre sa nouvelle couverture au cinquantenaire du putsch [Disques & Livres]

"Quand l'obscurité se fit complète",
dit le gros titre
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Sans surprise dès lors qu’il s’agit d’un mensuel du groupe Octubre (propriétaire de Página/12), le magazine culturel Caras y Caretas consacre son numéro d’avril aux cinquante ans du coup d’État qui a installé en Argentine la pire des dictatures militaires qu’a connu le pays en deux cents ans d’histoire.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

Condamnation du commerce triangulaire : l’Europe s’abstient, l’Argentine vote contre [Actu]

Trump : Vous avez vu qu'au 18e siècle, on a amené ici
beaucoup d'esclaves pour faire le travail lourd ?
Le journaliste : Oui.
Trump : Bon, ben, maintenant, c'est fait. Ils peuvent s'en aller.
Dessin de Une de Página/12 le 13 février 2026
Traduction © Denise Anne Clavilier
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Hier, à New York, l’assemblée générale de l’ONU a voté une résolution symbolique, sans dimension contraignante, proposée par plusieurs États africains à l’occasion de la journée mondiale contre l’esclavage. Il s’agissait de déclarer que l’esclavage qui a sévi pendant trois siècles à travers l’Atlantique (en oubliant au passage le trafic de même nature entre l’Afrique subsaharienne et le monde arabo-musulman à peu près à la même époque) fut l’un des pires crimes contre l’humanité.

La plupart des États africains, de nombreux États de l’Asie et de la Péninsule arabique (à l’exception notable d’Oman !) et la quasi-totalité des États d’Amérique latine ont voté pour. Sauf l’Argentine, qui a voté contre en alignant son vote (sans aucune autre justification que les préférences personnelles de Mileí) sur ceux des États-Unis et d’Israël, un pays né de le violence antisémite, des pogroms et de la Shoah, et dont le non d’hier est donc particulièrement scandaleux… Quant aux États-Unis, on ne découvre pas à cette occasion que l’actuelle administration utilise des prétextes cousus de fil blanc pour remettre en place des politiques de nature raciste visant les personnes dites de couleur et les descendants d’immigrants venus d’ailleurs que l’Europe du nord.


Tableau du vote d'hier à l'ONU
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Les États européens et les anciens Dominions de l’empire britannique (Canada, Australie, etc.) ont préféré s’abstenir. En général, dans ces pays, on préfère ne pas favoriser cette mise en procès de l’histoire, car elle correspond à des accusations anachroniques (ce n’est pas pour rien que la notion de crime contre l’humanité n’a vu le jour qu’en 1945-1946) contre des hommes et des femmes qui ont vécu il y a plusieurs siècles et ne peuvent donc pas se défendre. Et puis, où s’arrêter dans ce cas ? Faut-il remonter à l’Age de Fer ?

L’Argentine, les États-Unis et Israël auraient donc eux aussi pu s’abstenir plutôt que de [sembler] donner raison aux anciens esclavagistes.

Ce vote s’est tenu au lendemain du cinquantenaire de la dernière dictature en Argentine. Ce choix du pays est donc chargé d’un sens symbolique nauséabond. Et comme par hasard, seul Página/12 s’en fait l’écho dans la presse du jour.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

mercredi 25 mars 2026

Très grosse affluence pour le cinquantenaire du coup d’État [Actu]

"Plus que jamais" dit le gros titre
en reversant la formule habituelle des militants
contre la dictature : "Nunca más" (plus jamais)
Cette photo prise au-dessus de Plaza de Mayo
ne montre pas la grande banderole des disparus,
constituée des milliers de leurs visages,
qui traverse traditionnellement le cortège
En haut à gauche, le toit rouge doté d'une tour,
c'est le Cabildo, l'Hôtel de Ville colonial
où se sont tenus les grandes réunions révolutionnaires de 1810
en haut, à droite, le toit rouge au-dessus d'une colonade,
c'est la cathédrale de Buenos Aires
Dans le cercle vert, le pyramidion commémoratif
de la Révolution, datant de mai 1811
et tout en bas, la tribune provisoire
d'où les personnalités ont harangué la foule
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Hier, la Plaza de Mayo au cœur de la Buenos Aires historique était si pleine que les rues adjacentes peinaient à contenir la foule, même à plus de 100 mètres de la place elle-même. Les Unes des journaux le montrent d’ailleurs sans équivoque.

"Manifestation massive de l'opposition
pour rappeler les 50 ans du coup d'Etat", dit le gros titre
Sur cette photo, on voit la banderole des disparus
qui contourne le Pyramidion commémoratif de mai 1811
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De très nombreuses personnalités politiques se sont jointes aux manifestants tandis que le président et son gouvernement, sans se montrer, ont continué à jouer la carte de ce qu’ils appellent « la mémoire complète » qui met sur le même plan les victimes du terrorisme d’État (environ 30 000 morts et 500 enfants volés à leur famille) et les quelques personnalités, militaires et civils, qui servaient le régime dictatorial que la résistance populaire armée a assassinées, comme si les deux violences étaient les mêmes en moyens comme en nature.

Une autre vue de la place, avec la Casa Rosada au fond,
derrière le trou noir du podium des orateurs
On voit le long ruban de la "bandera de los desaparecidos",
la banderole des disparus
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© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12
lire l’article de La Prensa (qui n’a pas publié de Une ce matin sur son site Internet)
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación

Ajout du 30 mars 2026 :
lire cet article de Página/12 où l'ancien juge Baltazar Garzón, grand défenseur de l’État de droit en Espagne et dans toute l’Amérique hispanique, analyse ce qu’il se passe en Argentine autour de ce cinquantenaire

Ajout du 31 mars 2026 :
lire cet article de Página/12 sur la déposition d’un témoin dans l’affaire dite des Cuadernos (les cahiers), l’actuel procès pour corruption contre Cristina Kirchner, lequel repose sur des preuves plus que contestables, comme l’a remarqué Baltazar Garzón. Du grand n’importe quoi pour le plaisir de la mettre en prison...

lundi 23 mars 2026

La maison d’une Madre de Plaza de Mayo devient un musée de la mémoire – Article n° 7800 [Actu]

Norita chez elle, sans son foulard de Madre de Plaza de Mayo


Nora Cortiñas, décédée le 25 mai 2024 à Castellar, dans la Province de Buenos Aires, avait perdu l’un de ses fils, Gustavo, disparu à 24 ans et que l’on n’a jamais retrouvé.

La maison hier, vue du patio où le public a fait la fête

Hier, sa maison, à Castellar, est devenue un musée et un espace culturel consacré à la mémoire des événements de 1976-1983, grâce au fond d’archives constitué par Norita tout au long de sa vie, et à toutes les luttes pour les droits de l’homme auxquels elle avait consacré sa vie.


Interview sur une radio locale des initiatrices du projet

Une association militante locale, qui porte le nom de la fastueuse demeure de maître à l’architecture du 17e siècle français qui servit de centre clandestin de détention et de torture à Castellar, la Asociación Seré, a conçu ce projet en lien avec la famille de la disparue. La Legislatura de la Province soutient ce projet devenu réalité.

Dans le couloir qui relie la rue et le patio

La date n’avait pas été choisie au hasard. Hier aurait été le 96e anniversaire de Norita Cortinas et demain sera le 50e anniversaire du coup d’État qui l’a précipitée dans sa militance et la recherche, en vain, du corps de son fils.

Une belle fête, chaleureuse et militante, s’est tenue dans le patio de la maison en présence de plusieurs membres de la famille, du Prix Nobel de la Paix Adolfo Pérez Esquivel et du public venu partager des convictions et des chansons.


Le témoignage de la vitalité des droits de l’homme dans ce pays qui pourtant menace de glisser à court ou moyen terme dans un régime autoritaire, voire dictatorial.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Diario Zona Norte, un journal local