mardi 17 juillet 2018

Hors du gouvernement, point d'accord [Actu]

Photo authentique ou cliché photoshopé ?

Les 20 et 21 juillet, Christine Lagarde est attendue à Buenos Aires pour une réunion avec le gouvernement autour du prêt que le FMI vient d'accorder à l'Argentine sous des conditions draconiennes dont la presse a révélé une bonne partie la semaine dernière.

Elle avait récemment appelé l'ensemble de la nation argentine à adhérer à la politique de rigueur qui sera mise en place (c'est déjà fait) pour satisfaire aux exigences systématiquement destructrices du Fonds monétaire.

Elle vient de recevoir la réponse de la société civile argentine : non, c'est non. Hormis les membres du gouvernement et une partie de sa majorité, personne ne reconnaît la légitimité du prêt et du recours au FMI. Dans une lettre qui lui a été adressée, un collectif de partis d'opposition, de syndicats, d'organismes culturels, de personnalités analyse le caractère anticonstitutionnel de l'accord signé par le gouvernement puisque la charte fondamentale prévoit en son article 75, en son alinéa 4, qu'il appartient au Congrès d'« engager les emprunts sur le crédit de la Nation » (or le Congrès a demandé et n'a pas obtenu de pouvoir connaître les conditions du prêt avant sa signature - quant à en débattre !) et en son alinéa 7, que le Congrès « détermine le paiement de la dette intérieure et extérieure de la Nation ».
Voilà qui est dit !

La lettre rappelle que l'opposition politique forme la majorité parlementaire et que le président en fonction avait promis lors de sa campagne électorale qu'il ne ferait jamais appel au FMI (qui a une réputation épouvantable en Argentine et ailleurs aussi).

Página/12 en fait sa une et reproduit la lettre in extenso (toutefois, on observe que parmi les signatures individuelles, on en trouve beaucoup en double, sans que je puisse savoir si c'est un manque de rigueur du journal ou des organisateurs de la pétition ou une tactique grossière pour grossir artificiellement le poids de la missive).

Des autres quotidiens, La Nación est le seul journal qui parle de cette lettre ouverte à Christine Lagarde.

Pour aller plus loin :
lire l'analyse de Página/12 sur la signification de cette lettre qui fédère tant de signataires
lire l'article de La Nación

Ajout du 18 juillet 2018 :
lire cet article de Página/12 sur les personnalités qui rejoignent la pétition

lundi 16 juillet 2018

La deuxième étoile du gallinacé tricolore vue depuis le Río de la Plata [ici]

Peu de commentaires à faire. Il suffit souvent de regarder les unes. Et puis les Français n'ont aucune objectivité aujourd'hui !

Une du quotidien de Montevideo El Observador
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Pour aller plus loin :

En Argentine comme en Uruguay, les quotidiens consacrent plusieurs pages à l'analyse du tournoi, de la victoire française, de la performance croate et des prestations de leurs équipes nationales respectives.

Une du supplément foot de Página/12 (Argentine)
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Pour aller plus loin :

Plusieurs journaux s'attardent sur quelques Bleus qui ont particulièrement brillé tout au long de la compétition :
Kilian Mbappé (avec un rédacteur de Página/12 qui tombe, c'est un comble et c'est rès inquiétant parce que Miguel Rep a fait la même détestable erreur il y a quelques jours, dans le piège de l'extrême-droite xénophobe française en traitant le jeune homme d'"émigrant naturalisé", ce que Mbappé n'est pas puisqu'il est né en France - une lectrice le fait remarquer en commentaire),
Antoine Griezmann, dont la passion pour l'Uruguay flatte les Sud-Américains à peu près autant qu'elle les agacent en ce jour où la victoire n'est pas à eux,
et Didier Deschamps, qui est devenu hier soir le troisième footballeur à être champion du monde à la fois comme joueur et comme entraîneur.

Une de La Nación (Argentine)
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Pour aller plus loin :

Une de Clarín (Argentine)
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Pour aller plus loin :


Une de La Prensa (Argentine)
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Pour aller plus loin :

Une de El País (Uruguay)
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Pour aller plus loin :
lire l'article de El País sur la prestation de Griezmann
lors de la conférence de presse d'après-match

Une du supplément football de El País, Ovación (Uruguay)
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Ce soir, tango en Allemagne [à l'affiche]

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Ce soir, lundi 16 juillet 2018, la Academia Nacional del Tango reçoit son correspondant en Allemagne pour un tour d'horizon sur ce qu'il se passe outre-Rhin.

Le plenario se tiendra dans le Salón de los Angelitos, au 1er étage du Palacio Carlos Gardel, avenida de Mayo 833, à 19h30.

Entrée libre et gratuite, comme d'habitude.

samedi 14 juillet 2018

La justice condamne Télam à réintégrer les licenciés [Actu]

Nous sommes Télam, disent les grévistes, devant l'un des deux bâtiments de l'agence
Photo Minuto Uno

La justice du travail a tranché : le juge a jugé que l'agence de presse nationale Télam aurait dû présenter au ministère du Travail une procédure préventive de crise, qui comprend une conciliation obligatoire avec les représentants des salariés, avant de licencier 357 personnes, soit près de la moitié de son effectif. En effet, ce genre de restructuration massive est régi par une loi qui protège un peu (très peu, en comparaison avec le droit français) les salariés face à leur patron. En l'occurrence, les entreprises qui emploient de 400 à 1000 personnes, privées ou publiques, doivent soumettre au ministère leurs difficultés sociales, qu'elles soient d'origine économique ou technologiques, dès lors qu'il est prévu de se séparer de 10% ou plus de l'effectif salarié. Le ministère a alors l'obligation d'organiser et de modérer la conciliation entre l'entreprise et les représentants du personnel, ce qui s'est passé en début d'année avec Carrefour, qui réduit la voilure en Argentine comme ailleurs dans le monde.

L'arrêt du juge ne concerne nommément que les cinq salariés qui ont porté plainte contre Télam pour licenciement abusif et qui sont immédiatement réintégrés mais il peut s'appliquer à tous, du moment que les autres s'appuieront sur cette décision pour demander leur propre réintégration. Cette mesure est prise à titre conservatoire. Télam devrait donc suivre la procédure avant de relancer la restructuration, ce qui permettra aux syndicats de s'organiser et d'empêcher peut-être l'arbitraire qui a présidé au choix des licenciés, qui semblent avoir tous été des kirchneristes ou des sympathisants de l'opposition.

Depuis le 22 juin, date de l'annonce de cette opération de « dégraissage » à effet immédiat, Télam est en grève et les locaux sont occupés par le personnel.

Les syndicats estiment que les licenciements sont illégaux parce que l'entreprise n'a pas respecté les formes prévues par la loi (ce qui semble un fait reconnu par le juge en première instance) et parce qu'il s'agit de mesures discriminatoires, étant donné que les victimes du licenciement ont été choisies pour des raisons personnelles (le 22 juin, les autorités disaient que les personnes remerciées n'avaient pas le bon profil). On aurait donc mélangé des licenciements pour cause économique (rétablir la bonne taille de l'entreprise après une prétendue exagération du gouvernement précédent qui aurait trop fait grossir les services publics pour se gagner des voix électorales) et des licenciements pour insuffisance professionnelle (et ça fait vraiment beaucoup d'incapables sur 878 personnes).

Pour en savoir plus :
lire l'article de La Nación

Ajout du 15 juillet 2018 :
lire cet article de Página/12 sur les suites qu'un député de l'opposition entend donner à l'affaire devant l'ONU. L'élu considère en effet que le ministre Hernán Lombardi (qui a enfin daigné répondre à la convocation des parlementaires) et le PDG de Télam (dont il s'était fait accompagner) ont reconnu, mercredi, devant la commission de la Chambre basse, qu'ils avaient procédé à des licenciements politiques, qu'ils avaient viré des gens qu'ils jugeaient appartenir à l'opposition et suivre les mots d'ordre de deux syndicats, la GCT (traditionnellement péroniste depuis les années 40) et la CTA (sorte de SUD argentin)

Ajout du 17 juillet 2018 :
lire cet article de Página/12 sur le soutien apporté aux salariés licenciés de Télam par la très macriste et ultra-réactionnaire diva du petit écran, Mirtha Legrand, 90 printemps, 70 ans de carrière et des fourreaux à lamé à faire pâlir nos jeunes top-models photoshopés à mort !

La presse commente l'accord avec le FMI [Actu]

La letra chica : ce qui est écrit en tout petit

Les conditions imposées par le FMI à l'Argentine sont sorties dans la presse. Mes fidèles lecteurs se souviennent que l'opposition avait voulu que le Congrès ait accès à ce contrat de prêt et puisse en débattre. Ce qui avait été refusé.

Les conditions révélées ce matin par la presse sont sans surprise : pas plus de 8% d'augmentations pour les salariés de l'Etat (on comprend pourquoi le Gouvernement avait proposé, juste avant le 9 juillet, cette hausse ridicule des soldes à hauteur de 8%, quand l'inflation annuelle pourrait être supérieure à 30%, avant de se raviser et de proposer d'abord 15% puis, plus récemment encore, 20%, devant la grogne du haut commandement), réduction de la masse salariale de l'Etat, vente du foncier public (comme en Grèce, qui a même dû vendre certaines îles) et des actions détenues par la trésorerie de l'administration de la sécurité sociale, augmentation des prix du gaz, de l'électricité, du transport et du carburant, coupes claires dans les travaux engagés par le secteur public, dans les transferts budgétaires au bénéfice des provinces (ce qui correspond officiellement à la garantie d'une solidarité intra-argentine) (1) et dans le financement des entreprises de l'Etat.

Et en prime, le FMI a publié un communiqué pour avertir l'Argentine que l'alternance politique pourrait mettre en danger la mise en œuvre du prêt. Si ce n'est pas un déni de la souveraineté du peuple argentin, c'est quoi ?

De plus en plus, on lit dans la presse, et pas seulement dans les colonnes de Página/12, des analyses sur le risque qu'encourt à nouveau l'Argentine de se retrouver en défaut de paiement, sur le plan économique cette fois-ci (pas comme la dernière fois, où c'était le résultat technique d'une décision d'un juge régional new-yorkais, et non pas d'une incapacité de continuer à rembourser la dette). Or l'Argentine préside cette année le G20, dont elle recevra le sommet des chefs d'Etat et de gouvernement en décembre prochain !

Pour en savoir plus :
lire l'article de Página/12 sur le FMI
lire l'article de Página/12 sur la fin le statut fiscal réservé aux petites exploitations agricoles familiales pour soutenir leur activité
lire l'article de La Nación sur les conditions imposées par le FMI
lire l'article de Clarín sur le communiqué du FMI



(1) Il arrive assez souvent que ces transferts soient distribués en fonction de la couleur politique du gouvernement provincial. C'était très fréquent, pour ne pas dire systématique, sous la présidence de Cristina Kirchner. En revanche, il semblerait que cette pratique peu démocratique ait disparu sous l'actuel président.

mardi 10 juillet 2018

Grosse bébête du Triasique découverte à San Juan [Actu]

Photo CTyS/AFP

C'est une nouvelle découverte que des paléontologues argentins ont faite, à Caucete, dans la province de San Juan, sur un gisement de fossiles trouvé en 2015 et qui vient tout juste de donner lieu à publication sur le site Internet de la revue Nature, l'une des plus prestigieuses revues scientifiques du monde (Grande-Bretagne).

La découverte a droit au gros titre
et le défilé militaire provincial à Caucete à la photo
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Un fossile d'un dinosaure, qui n'est pas le plus grand jamais découvert (ce record-là est encore détenu par la Patagonie argentine) mais qui est bien le plus ancien, au point qu'il fait remonter les dates du début du règne de ces charmants animaux sur notre planète d'une trentaine de millions d'années. Ces os ont entre 205 et 2010 millions d'années.

Schéma publié par Clarín
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L'équipe est composée de chercheurs de l'institut et du musée de sciences naturelles de l'Université nationale de San Juan, de l'Université nationale de La Matanza, dans la province de Buenos Aires (1) et du Conicet, centre national de recherche et de technologie. Le nouveau dino a été baptisé en latin Ingentia prima (le premier géant).

L'un des points capitaux de cette découverte relève du processus biologique de croissance lié au type de tissu osseux analysé chez cet individu qui était encore un juvénile tout près d'arriver à l'âge adulte. Un grand ado !

Gros titre sur la découverte
et petite photo de la partie civile du défilé à Caucete
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La province est dirigée par un péroniste et cela se voit
dans les titres très critiques vis-à-vis de la politique nationale

Le presse nationale et la presse locale se font l'écho de cette découverte que le journal britannique a publiée hier, jour de fête nationale en Argentine.

Pour aller plus loin :
lire l'article de El Zonda, quotidien de la province de San Juan
lire l'article de El Diario de Cuyo, autre quotidien sanjuanino
Du point de vue scientifique :
lire le communiqué en anglais de l'agence de presse scientifique et technique argentine CtyS
lire l'article en anglais de Nature (l'accès à l'article complet est bien entendu payant)



(1) Une de ces universités publiques de la banlieue sud dont la gouverneure (de droite) María Eugenia Vidal trouve qu'elle est en surnombre parce que « quand on est né dans la pauvreté, tout le monde sait qu'on ne va pas à l'université », ce sont ses propos. Belle conception du caractère émancipateur de l'éducation et de la culture !

Un 9 Juillet qui ne s'en laisse pas conter [Actu]

Le Palais et la rue, dit le gros titre
En haut, on voit que Macri a revêtu les attributs de sa charge
Il a ici l'écharpe.
A d'autres moments de la matinée, on voit qu'il portait aussi le bastón de mando

Comme on pouvait le penser, la manifestation patriotique contre le recours au financement par le FMI, c'est-à-dire contre un nouvel engagement dans le surendettement du pays, qui l'a, la dernière fois, conduit à la catastrophe pour tout le monde et surtout les plus modestes, a rencontré un franc succès. La Avenida del 9 de Julio était noire de monde.

Pas d'image (sauf celle du coach national, Sampaoli) mais un gros titre :
"Macri a admis pour la première fois ds erreur dans son politique
mais il a validé le chemin emprunté"
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A l'autre bout du pays, le président Mauricio Macri, qui n'a pas montré le bout de son nez au Te Deum, a adressé à la nation, depuis la maison historique où fut signée la déclaration d'indépendance, un discours où il a reconnu à demi-mots qu'une partie de la situation économique terrible qui affecte l'Argentine est due à des erreurs dans sa politique. C'est assez exceptionnel pour être salué. Mais il semblerait bien que cela ne changera en rien la dite politique. Et c'est assez drôle aussi parce qu'au même moment ou à peu près, son clone français, Emmanuel Macron, faisait semblant lui aussi de battre sa coulpe dans un haut-lieu historique, le château de Versailles. Ces deux-là se ressemblent de plus en plus alors qu'ils sont produits par des histoires et des traditions politiques très différentes les unes des autres...

L'image est pour les familles thaïlandaises
Le gros titre dit : " Macri a reconnu [quelques] erreurs personnelles
et sollicité la coopérations des politiques et des patrons"
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Et Mauricio Macri a bien fait, si j'ose dire car cela manque manifestement de courage une nouvelle fois (1), de ne pas se montrer à la cathédrale de Tucumán car l'archevêque Mgr Carlos Sánchez lui a sonné les cloches, et en carillonnant, au sujet de la loi qui va dépénaliser l'avortement, ce à quoi l'Eglise s'oppose, au nom de la foi et du concept anthropologique qui est lié au credo catholique. Mais c'était la vice-présidente qui était là et elle ne l'a pas pris pour elle car elle s'est publiquement déjà prononcée contre la loi, contre laquelle elle votera le 8 août prochain au Sénat, qu'elle préside. Plusieurs autres personnalités de la majorité ont profité des Te Deum dans leur ville ou leur province pour afficher des options anti-avortement ou pro-gestation inconditionnelle, à tel point que le gouvernement a dû se fendre d'un communiqué pour affirmer que le président n'entend pas appliquer son veto à cette loi une fois qu'elle sera définitivement approuvée par la Chambre haute.

"Nous subissons un orage", dit le gros titre
(une phrase du discours présidentiel)
sur fond de patio de la Casa Histórica de Tucumán
avec la vice-présidente dans son fauteuil et la première dame dans une pose top-model
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Dans la presse du jour, seul Página/12 montre la foule (impressionnante) des manifestants. Dans les autres journaux nationaux, c'est à peine si l'on évoque l'événement.

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 sur la manifestation
lire l'article de Página/12 sur le discours du président
lire l'entrefilet de Página/12 sur la présence dans la manifestation de représentants des familles du sous-marin ARA San Juan avec qui des gens sont allés partager un chocolat chaud (on est en plein hiver en Argentine et à Buenos Aires, on a plutôt froid)
lire l'article de La Prensa sur la manifestation
lire l'article de La Prensa sur le discours présidentiel
lire l'article de La Nación sur le discours présidentiel
lire l'article de Clarín sur le même sujet



(1) Cela fait trois fois cette année qu'il se défile ainsi : la première le 20 juin, lorsqu'il a annulé au dernier moment sa venue à Rosario pour la cérémonie officielle en l'honneur du drapeau et de son créateur, Manuel Belgrano, et la deuxième, la semaine dernière, lorsqu'il a annulé, là encore à la dernière minute, le défilé militaire qui devait avoir lieu hier, de peur d'être confronté au mécontentement des forces armées devant la politique salariale pingre qu'il leur applique, en cette année où la Marine a perdu un de ses bâtiments dans des conditions indignes d'une démocratie, avec 44 membres d'équipage à bord, qui n'ont toujours pas reçu l'hommage de la nation, huit mois après leur disparition.

lundi 9 juillet 2018

Caminos y Sabores ce week-end [Actu]

Les délicieuses et très variées pommes de terre andines
"Passion pour ce que nous mangeons"

Le Salon de la gastronomie argentine, Caminos y Sabores (chemins et goûts), se tient pendant ce long week-end de trois jours.

Liqueur de gingembre (de la marque patagonienne La Scala)

Depuis vendredi, il a attiré beaucoup de monde dans les pavillons d'exposition de La Rural dans le quartier de Palermo, à Buenos Aires.

La traditionnelle picada argentine : charcuteries, olives et fromages
à picorer avec un verre de vin ou une pinte de bière
Le visuel a été conçu alors que l'Argentine était encore dans le Mundial
"Picada du Mundial : Passion pour notre Sélection"

Le mauvais temps a bien aidé : le public est venu trouver un peu de chaleur alors qu'il pleuvait beaucoup sur la capitale argentine.

La récolte de la yerba mate pour la boisson nationale
"Passion pour ce que nous produisons"

Pour aller plus loin :
découvrir la manifestation à travers son site Internet et sa page Facebook

Un 9 Juillet en pleine tempête [Actu]

La Casa Histórica de Tucumán et la cinta nacional

Ce lundi est un jour férié en Argentine.
C'est la fête de l'indépendance, votée par le Congrès de Tucumán, le 9 juillet 1816, quand il a déclaré que les Provinces Unies du Sud seraient désormais indépendantes non seulement de l'Espagne, de son roi et de ses descendants mais aussi de toutes les puissances étrangères. Inutile de vous dire que l'opposition en profite pour dénoncer la subordination du pays au FMI à la suite du récent accord de prêt, qui conditionne la vie nationale pour au moins les trois années qui viennent.

La Patrie ne se rend pas - Apporte ton drapeau
affiche de la manifestation d'opposition de ce jour, 13h (heure du déjeuner)

D'autant que le gouvernement a annoncé une série de mesures pour le moins malheureuses dans ce contexte ces derniers jours tout en reprenant le discours triomphaliste qu'un ministre nouvellement nommé avait semblé vouloir abandonner au profit de propos plus proches de la vérité objective. Parmi ces mesures qui déclenchent la colère, celle, jeudi dernier, de n'augmenter les soldes des militaires que de 8%, alors qu'on prévoit un taux d'inflation d'au moins 30% sur l'année (et encore, on est dans le bas de la fourchette). Devant la levée de bouclier au sein de l'état-major, le gouvernement s'est ravisé et a annoncé une augmentation de 15% (c'est un peu mieux que si c'était pire) et, dans la foulée, de l'annulation du défilé militaire prévu aujourd'hui, sous prétexte de réduire les dépenses publiques. Du jeudi pour le lundi suivant. Improvisation argentine, une fois encore, mais bien au-delà, c'est aussi un aveu d'échec car ce président avait mis un point d'honneur à réhabiliter le rôle des forces armées au sein de la vie nationale, après la mise au ban qui avait suivi la fin de la dictature putschiste de 1976-1983. Les observateurs ne se sont pas laissé tromper. Même La Prensa, très à droite, a expliqué que l'annulation du défilé était due au mécontentement des militaires. Comme l'a affiche La Nación vendredi, le gouvernement a réussi à s'aliéner les syndicats (y compris ceux qui avaient pactisé avec l'actuelle majorité, il y a deux ans et demi), l'église, qui critique l'absence de politique sociale et le projet de loi sur l'avortement, l'armée et enfin le péronisme, une obédience politique qui déborde largement les limites de tel ou tel parti et dont tel ou tel tenant avait rejoint la ligne majoritaire.

A tel point qu'aujourd'hui, Mauricio Macri se rend bien à Tucumán, pour une petite cérémonie à l'intérieur du musée de la Casa Histórica (lieu de la proclamation de l'indépendance), au cours de laquelle il prononcera un discours que la télévision retransmettra pour toute la nation (mais sans public) puis il rentrera à Buenos Aires, sans même assister au Te Deum, ce qui est un peu fort de café !
Pendant ce temps-là, une coordination liant les organisations militantes des droits de l'homme, divers syndicats, des organismes professionnels d'artistes et d'intellectuels, appelle à une marche souverainiste (contre le recours au FMI), à Buenos Aires, sous le mot d'ordre "La Patrie ne se rend pas".

Affiche d'une section de la CGT

Les sondages confirment la chute de popularité du gouvernement et singulièrement du président, qui rassemble maintenant plus de 59% de mécontents contre lui. La chute est brutale, elle s'est produite dans le mois de juin, autour de cet accord avec le FMI, de l'adoption de quelques mesures qui avaient déjà été mises en œuvre [et vertement critiquées par les néolibéraux aujourd'hui au pouvoir] par le gouvernement précédent ainsi que de toutes les déclarations scandaleuses, cyniques ou incohérentes de membres de la majorité, entre autres celles de la très brillante gouverneure de la Province de Buenos Aires (1) qui dénonçait le trop grand nombre d'universités sur son territoire puisque « quand on naît dans la pauvreté, on ne va jamais à l'université », jusqu'à l'imbécile invitation de la députée de la majorité, Elisa Carrió, à donner plus de pourboires, alors qu'il est avéré qu'elle-même fait preuve sur ce plan d'une pingrerie fort peu glorieuse.

Pour aller plus loin :
sur le mécontentement des forces armées :
lire l'article de La Prensa sur la maigre augmentation de la solde
lire l'article de La Prensa sur l'annulation du défilé
lire l'article de La Nación sur le niveau de la solde et le défilé
voir l'article vidéo de La Nación sur le rassemblement des mécontentements (syndicats, église, armée et péronisme)
lire l'article de Clarín sur le défilé militaire
sur la nouvelle politique gouvernementale
lire l'éditorial de dimanche dans La Prensa sur la nouvelle politique du gouvernement ("Le gouvernement a un plan B mais pas le discours pour l'expliquer")
lire l'article de La Nación sur les mesures sociales que le gouvernement envisage
sur les enquêtes de popularité
lire l'article de Página/12 qui voit la chute de l'image du gouvernement s'aggraver
lire l'article de La Nación qui voit l'image du gouvernement se stabiliser



(1) Depuis peu, elle est engluée dans un scandale de financement illégal, à base de faux donneurs particuliers, de campagne électorale pour la campagne de Cambiemos l'année dernière, à l'occasion des élections législatives de mi-mandat.

Trêve estivale sur Barrio de Tango [ici]


Comme tous les ans à la même époque, l'été de l'hémisphère nord, je change mon rythme de travail sur ce blog pour prendre en charge d'autres activités : l'écriture de mon prochain livre, qui exige beaucoup de recherches (plus que ce que je pensais au départ) et me permettra d'apporter des nouveautés sur le sujet, et surtout la préparation de ma prochaine tournée en Argentine, dont je n'ai pas encore l'ombre d'un début de programme, mais des invitations fermes à San Juan et à Villa Mercedes (province de San Luis), en plus de Buenos Aires, et ce n'est pas fini. L'improvisation argentine dans toute sa splendeur, avec, en prime, la crise qui secoue le pays et réduit les moyens partout !

Retour à un rythme de publication normal vers le 1er octobre. Comme tous les ans.

D'ici là, je mettrai en ligne l'information sur mes autres engagements de la rentrée septentrionale, comme la conférence que je dois donner à Albi à la fin du mois d'octobre sur le répertoire du tango et celle que je donnerai en décembre, à Tours, à l'occasion du bicentenaire de la campagne de libération du Chili par le général José de San Martín et son passage des Andes, au salon La Plume et l'Epée – forum de la pensée militaire, présidé par le général Pierre Liot de Nortbecourt.

jeudi 5 juillet 2018

Un seul article pour deux soirées [à l'affiche]


Mes fidèles lecteurs s'en sont peut-être rendu compte : j'ai quelque peu avancé le début des "vacances d'été" septentrional de Barrio de Tango. De fait, le travail de recherche pour mon prochain livre se révèle plus complexe et plus ardu que je ne l'avais imaginé au départ. Je suis accrochée depuis le début du mois de juin à un point où je dois tout refaire de zéro : une espèce de trou noir de l'histoire argentine !


Mais je ne pouvais pas manquer d'annoncer les deux spectacles qui se donnent ce soir à Buenos Aires, en hommage à Troilo d'une part et en hommage à Villoldo d'autre part... En revanche, ce sera un peu difficile de faire les deux pour les personnes qui se trouvent dans la capitale argentine. Il va falloir choisir !

mercredi 4 juillet 2018

Luttons contre la pauvreté : donnez de gros pourboires ! [Actu]

"Le Plan Pourboire", du verbe je pourbois, tu pourbois, il pourboit !
Le jeu de mots fonctionne aussi en français (un peu tiré par les cheveux)

La députée de la majorité, Elisa Carrió, qui dirige l'une des composantes mineures de la coalition gouvernementale Cambiemos, a proposé avant-hier, en direct, sur la chaîne toute info TN (groupe Clarín), une étrange solution pour lutter contre la pauvreté. Elle a invité la classe moyenne et la classe supérieure à se montrer plus généreuses dans la distribution des pourboires. Comme vous pouvez l'imaginer, cette idée surréaliste et incohérente a suscité beaucoup de moqueries dans tout le spectre politique, avec un large avantage dans l'opposition qui serait morte de rire si la situation sociale n'était si pathétique.

Un garçon de restaurant de La Plata a aussitôt raconté sa propre expérience dans le domaine avec l'élue : pour une addition de 300 pesos, elle lui avait fort peu généreusement laissé 5 pesos et quelques centimes. Or en Argentine comme ailleurs, un pourboire digne de ce nom se calcule à environ 10% de l'addition. On était donc loin des 30 pesos. C'est d'autant plus choquant qu'il est de notoriété publique que les élus reçoivent de très grasses rémunérations (on ne parle même pas d'indemnités comme on le fait, pudiquement, en France).

Página/12 s'en donne donc à cœur-joie ce matin, avec des titres comme "Sans pluie d'investissements, allons-y pour les pourboires" ou "Face à la crise, donne un avis PRO" (nom du parti qui pèse le plus dans Cambiemos) avec un jeu de mot entre opinar (donner son avis) et propinar, un néologisme construit sur propina (pourboire)...

La Nación n'en dit pas un mot et préfère présenter, sous la forme religieuse des 10 commandements, les 10 solutions envisagées par le président pour couper dans les dépenses publiques. En revanche, Clarín ne peut pas ne pas rendre compte des propos de la députée et de l'avalanche de critiques qui se sont abattues sur elle après cette énième sortie provocatrice dans les studios de télévision du groupe. C'est une spécialiste. Et pourtant, quand elle a du temps de parole, elle est loin de tenir un discours idiot (j'ai même été étonnée un jour que je l'écoutais sur une chaîne privée). D'aucuns la tiennent pour folle, d'autres pensent qu'elle est surtout une serial-gaffeuse.

Daniel Paz et Rudy n'auraient pas pu rater l'occasion. Voici leur vignette du jour dont le décor suggère que la scène pourrait se passer à Télam (voir mon article du 27 juin 2018)


Lui : Pour combattre la récession, Carrió propose de laisser un pourboire
Elle : Tu me crois si je te dis que je regrette l'époque où ils promettaient des investissements ?
Traduction © Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :
lire l'article principal de Página/12, que la rédaction a illustré d'une photo publiée sur Twitter, en 2010, où l'on voit le président, alors chef du gouvernement de la Ville de Buenos Aires, donner un pourboire de 2 pesos (c'était déjà une misère, surtout au regard de la richesse qui est la sienne et celle de sa famille)
lire l'entrefiletPágina/12 se paye la tête de la députée
lire l'article de La Nación sur les mesures envisagées
lire l'article de La Nación sur le malaise dans les forces armées auxquelles après avoir beaucoup promis depuis deux ans et demi, le gouvernement vient d'accorder des augmentations riquiqui, alors que les soldes avaient été quasi-gelées pendant les mandats des époux Kirchner, obsessionnellement anti-militaristes
lire l'article de Clarín

Ajouts du 5 juillet 2018 :
lire cet article de Página/12 sur les explications malheureuses que Lilita (Elisa Carrió) a voulu donner lors de son temps de parole dans l'hémicycle. Cette grande pourfendeuse de la corruption a fait un énorme lapsus en disant qu'elle estimait qu'il fallait maintenir les pourboires (propinas) et les dessous-de-table (coimas). Fou rire à la rédaction !
lire cet entrefilet de La Prensa
lire cet article de La Nación, qui irait de son éclat de rire si on la poussait un peu

Ajout du 6 juillet 2018 :
lire cet éditorial de Julio Maier dans Página/12 sur cette proposition de Carrió. Julio Maier est un professeur honoraire de droit pénal, qui a travaillé à l'Université de Buenos Aires (UBA)

Ajout du 7 juillet 2018 :
Les anecdotes sur la relation de Lilita avec l'argent se multiplient. Hier, c'est un chauffeur de taxi qui a raconté sur les ondes d'une radio kirchneriste que la députée avait un jour tenté de descendre sans payer la course. Lire à ce propos l'article de Página/12.

Démission confirmée de Alberto Manguel à la tête de la Biblioteca Nacional [Actu]

"La meilleure équipe a perdu un autre joueur", dit le titre
en moquant la présomption du président qui prétend toujours
que tout ce qu'il fait et tout ce qui l'entoure est de première qualité
Un clin d'œil aussi au vocabulaire footballistique,
avec les éloges idolâtriques pour le meilleur joueur du monde, Messi,
qui n'a pas su éviter l'élimination à la sélection nationale

Hier, je l'évoquais comme une rumeur insistante qui courait dans les milieux informés de Buenos Aires mais la chose est avérée aujourd'hui : le directeur de la Biblioteca Nacional Mariano Moreno (du nom du révolutionnaire qui l'a fondée) vient de donner sa démission, pour raison de santé comme il était annoncé hier. Il a été aussitôt remplacé par son adjointe, ce qui prouve que comme on le murmurait, cette démission était bien sur le bureau, malgré les démentis du ministre.

Alberto Manguel a soixante-dix ans et la charge commence à peser beaucoup. Son fils se serait fâché devant le danger que ce travail représenterait pour son père. Il était arrivé en juillet 2016 alors que l'institution traversait une crise managériale gravissime et il a eu sans doute beaucoup de mal à s'imposer, ce qu'il semble avoir réussi à faire. Depuis l'annonce de l'emprunt auprès du FMI, les couloirs bruissent de la peur des salariés de voir de nouvelles vagues de licenciements s'abattre sur eux, et cela doit être pire depuis que le personnel de Télam a vu disparaître, avec des arguments d'une violence inouïe, le tiers de son effectif.


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Alberto Manguel s'en va à la fin du mois. Et il a déjà annoncé haut et fort que le ministre de la Culture lui avait promis qu'il n'y aurait pas de licenciements et qu'il voulait le croire (il l'appelle même pas son prénom et non par son nom ni par son titre). Par cette déclaration, il espère sans doute empêcher toute opération contre le personnel mais on sait maintenant d'expérience que ce gouvernement ne respecte pas sa parole, surtout dans le domaine social.


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En tout cas, ce départ est un signal très fort contre le gouvernement qui était allé débaucher Manguel de son poste de professeur d'université aux Etats-Unis. Qu'un tel intellectuel, avec une reconnaissance internationale, lâche le travail, même avec son âge en toile de fond, c'est au moins que de bonnes conditions de travail ne sont pas réunies, or établir ces bonnes conditions, c'était précisément la promesse de ce gouvernement.


L'information est traitée en haut avec une photo de la remplaçante
Beaucoup plus discret !
Triste ironie de l'actualité :
en gros titre, les prix des billets d'avion qui deviennent exorbitants pour l'étranger
en photo : le coach Jorge Sampaoli rentre tout seul de Moscou
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Le même jour, Juan José Aranguren, ex-PDG de la filiale argentine de Shell avant d'être nommé par Mauricio Macri ministre de l'Energie et des Mines, vient de reconnaître devant la presse qu'il s'était fait lourder du gouvernement. C'était juste avant la signature de l'accord avec le FMI, au moment où le dollar montait à un rythme fou au détriment du peso, et qu'il fallait envoyer des signaux aux marchés. Etonnant, non, que l'un de ces messages ait été de flanquer à la porte un ministre de ce profil !

Pour en savoir plus :
lire l'article de Página/12, qui fait de ce départ le sujet de la couverture de ses pages culturelles
lire l'article de Página/12 sur les déclarations de Aranguren (l'une des bêtes noires de la rédaction)
lire l'article de La Nación sur les déclarations de l'ex-ministre.

Ajout du 10 juillet 2018 :
lire l'éditorial de l'historiographe et psychanalyste Pacho O'Donnell dans Página/12, très hostile à Alberto Manguel auquel ce péroniste passablement fanatique reproche surtout d'avoir accepté ce poste de la main du président de droite.

Ajout du 13 juillet 2018 :
le personnel de la Bibliothèque commence à se fâcher. On craint une vague de licenciements puisque le gouvernement a de nouveau annoncé des réductions de personnel dans la fonction publique.
Lire l'article de Página/12