mardi 3 février 2026

Le sabre de San Martín déménage encore une fois [Actu]

Le sabre et sa gaine au Museo Histórico Nacional
avec une reproduction du drapeau de l'Armée des Andes (1817)
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Le Sable Corvo (le sabre courbe) du général José de San Martín (1778-1850) a été légué au peuple argentin en 1897 par Manuela Rosas de Terrero, la fille de Juan Manuel de Rosas, qui était gouverneur de Buenos Aires à la mort du général en 1850, raison pour laquelle celui-ci avait disposé dans son testament que cette arme emblématique des luttes pour l’indépendance devait lui revenir.

Alfredo Carranza, fondateur du Museo Histórico Nacional (MHN) à Buenos Aires, avait personnellement sollicité ce legs de Manuela Rosas et de son époux, seul le mari étant habilité à l’époque à gérer le patrimoine d’une femme mariée. Manuelita, comme elle reste nommée dans le souvenir populaire en Argentine, avait accédé à cette demande alors qu’elle touchait à la fin de sa vie (elle est décédée l’année suivante dans son exil en Angleterre).

Au 20e siècle, à la suite de deux vols successifs à deux ans de distance et au regard de l’organisation architecturale du musée, qui, dans les années 1960, ne permettait guère d’assurer à ce trésor national la sécurité qui lui convenait, il avait été décidé par un gouvernement dictatorial et anticonstitutionnel de confier l’arme à la garde du Régiment des Grenadiers à Cheval (RGC), fondé par San Martín le 16 mars 1812 et, à ce titre, dépositaire de la mémoire du héros, sans descendance depuis 1924. Or Manuelita Rosas avait précisément légué le sabre au Museo Histórico Nacional (MHN), en précisant, sous la signature de son mari et au nom d’elle-même et de leurs enfants, que l’objet (« ese monumento de gloria ») était offert à « la Nación Argentina ».

C’est la raison pour laquelle en 2015, la présidente Cristina de Kirchner, qui comme tout péroniste qui se respecte vénère la mémoire et l’héritage de Rosas (que la droite hait, méprise et vomit de toutes ses forces), avait décidé la réinstallation de ce sabre au Museo Histórico Nacional où l’attendait une splendide salle toute neuve, conçue pour lui, à sa mesure, où il est depuis admirablement mis en valeur et en sécurité, avec la présence constante d’une garde d’honneur de deux grenadiers à cheval, un homme et une femme, de chaque côté d’une magnifique vitrine.


A l’époque, je me souviens que j’avais assisté en direct à ce transfert solennel grâce à la chaîne You Tube de la télévision publique argentine. Ce déménagement ne m’avait alors inspiré qu’une montagne de doutes parce que mes visites au MHN m’avaient laissé le souvenir d’un musée poussiéreux et horriblement mal conçu alors que le reliquaire inséré dans le mur, à gauche, dans le vaste hall d’entrée de la caserne du RGC, m’avait parfaitement permis à chacune de mes visites de l’admirer, certes d’un seul côté (ce qui était fréquent dans la muséologie au début des années 2010). En compagnie de la conservatrice du musée du régiment, j’avais même pu m’en approcher, avec respect, sous l’œil vigilant de deux sentinelles présentes en permanence.

Or depuis 2015, le MHN a continué de se remodeler avec, qui plus est, une vraie intelligence muséographique qui lui permet ces dernières années de réunir dans la même exposition permanente et des salles dédiées trois souvenirs emblématiques de la période de l’Indépendance : un somptueux joyau en argent offert au général Manuel Belgrano (1770-1820) lors de sa campagne dans l’actuelle Bolivie et aussitôt légué par lui à ce qui était en train de devenir la nation argentine, ce sabre de San Martín ainsi que l’original du daguerréotype pour lequel le même San Martín avait posé, probablement à la demande de sa fille, à l’occasion de ses soixante-dix ans, à Paris, peut-être le 25 février 1848, avant que la Révolution de Février ne le pousse à quitter la capitale pour Boulogne-sur-Mer où il espérait protéger sa famille de la violence parisienne et où il est finalement décédé le 17 août 1850.

Le MHN présente cet avantage supplémentaire sur la caserne de Palermo qu’il est normalement ouvert au public tandis que la caserne, surtout celle du RGC, reste une enceinte militaire. On n’y entre pas comme dans un musée. Il faut prendre rendez-vous et montrer ses papiers d’identité à la police militaire dans la guérite qui se trouve à l’imposante grille d’entrée, au pied du grand escalier qui caractérise le bâtiment (comme il faut le faire à Paris pour visiter le musée homologue, celui de la Garde républicaine, au quartier des Célestins). Toute cette procédure fait que ce musée militaire est essentiellement accessible aux écoles, aux historiens (pas très nombreux) et aux associations. Et encore ! Pas toutes, parce que peu de gens connaissent l’existence de ce musée et encore moins les procédures à suivre pour le visiter. Sans compter les mauvais souvenirs de la Dictature militaire de 1976-1983 qui s’attachent aux casernes situées dans ce quartier de Buenos Aires et qui font qu’encore aujourd’hui, cinquante ans après le coup d’État, il y a encore des gens qui ne veulent pas y mettre les pieds et cela se comprend.

Or, Javier Mileí a choisi la date d’aujourd’hui, l’anniversaire de la victoire de San Lorenzo, seul engagement de San Martín sur l’actuel territoire argentin, le 3 février 1813, un combat qui est à l’Argentine ce que Valmy est à la France, Mileí donc a choisi ce jour pour publier au Journal officiel un de ses maudits décrets : aujourd’hui, il ordonne la réinstallation du sabre à la caserne du Régiment des Grenadiers à Cheval, avec des arguments débiles et qui n’appellent que le mépris puisqu’il ose prétendre que l’objet y serait plus en sécurité que dans le musée en prenant l’exemple des deux vols des années 60, comme si le MHN n’avait pas évolué depuis (d’autant que si le musée n’est pas sûr, c’est sa faute ; c’est à lui et à son gouvernement d’incapables qu’il incombe de mettre les moyens pour qu’il le soit !).

Sous une forme déguisée, cet apprenti dictateur vient donc de privatiser à nouveau une pièce symbolique du patrimoine historique argentin. C’est dégueulasse, comme d’habitude !

En apprenant que son musée perdait la plus prestigieuse pièce de sa collection, et pour quelles raisons encore, la directrice du musée a donné sa démission. Elle avait pourtant été nommée par Mileí. Son prédécesseur, le très bon historien Gabriel Di Meglio, avait quant à lui été révoqué du jour au lendemain en mai 2024 pour avoir refusé de sortir le sabre de San Martín de sa vitrine à la demande du président qui voulait faire joujou avec lors de la fête nationale, le 25 mai, date anniversaire de la Révolution de 1810 qui avait mis fin au régime colonial. Il semblerait que Mileí reviendrait à son caprice premier : il est en effet prévu que le transfert se fasse le 7 février dans l’hélicoptère qui l’emportera jusqu’à San Lorenzo, à côté de Rosario, où il remettra lui-même l’arme au détachement du régiment stationné sur l’ancien champ de bataille, pour un anniversaire célébré hors date.

Les descendants de Manuelita Rosas ne sont pas en reste : ils ont présenté aujourd’hui une demande en référé devant la justice argentine pour empêcher ce déplacement contraire aux dispositions légataires des époux Terrero-Rosas, leurs aïeux.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 (tant qu’il reste en ligne)
lire l’article La Prensa
lire l’article de Clarín, qui ne consacre pas moins de 4 articles à cette affaire sur son site Internet

vendredi 23 janvier 2026

Comme son maître à Washington, Mileí cherche à court-circuiter le Congrès [Actu]

Une fraude pour la fausse ONU, dit le gros titre
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D’après Página/12, quotidien de gauche clairement dans l’opposition nationale, le président Javier Mileí cherche à éviter de faire voter le Congrès sur l’entrée de l’Argentine dans le Conseil de la Paix de Trump, un organisme international de nature privée similaire à un Club House Diamant de Mar-a-Lago, où le président nordique dispose seul d’un droit de veto sur à peu près tout ce qui peut se décider dans le supposé « conseil ».

Pour des raisons liées à l’ordre alphabétique en anglais, Mileí a été le premier, hier, à signer l’adhésion de son pays à cet authentique machin or la constitution argentine dispose que tous les engagements du pays dans des organisations internationales doivent faire l’objet d’une ratification du Congrès.

Un directeur du ministère des Affaires étrangères aurait reçu l’ordre de rédiger une résolution gouvernementale permettant de passer outre cette consultation. Ce ne serait pas très étonnant puisque ce gouvernement passe son temps à ne pas respecter le vote des lois par les élus.

Au lendemain de cette signature très contestée dans le monde entier et au cours de laquelle Mileí a montré sa servilité devant Trump, ce qui ne fait guère honneur à l’Argentine, Página/12 est le seul quotidien à faire mention de cette opération en coulisses. Cependant, la signature passe difficilement dans les colonnes de La Nación.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Une de Página/12 (tant qu’il est disponible sur le site du journal).

mardi 20 janvier 2026

La presse argentine s’alarme des délires de Trump [Actu]

Le gros titre se comprend sans traduction !
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Depuis le début de l’année et ce qu’il considère comme sa victorieuse conquête de Caracas (et de tout le Venezuela), on constate que Trump a perdu le sens des réalités. Hier, il a publié une lettre insensée adressée au Premier ministre norvégien à qui il reproche de lui avoir refusé le Prix Nobel de la Paix en octobre, ce qui l’autoriserait à délaisser ce qu’il présente comme ses efforts de paix au profit de la conquête du Groenland (qui dépend du Danemark).

Dessin de Paz et Rudy, à la Une de Página/12, le 18 janvier
Mileí : En plus du Groenland, tu ne voudrais pas acheter l'Argentine
Trump (off) : Peut-être mais si je l'achète, je la veux sans les gens
Mileí : On est bien d'accord
Traduction © Denise Anne Clavilier
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Psychologue de profession, sa nièce, Mary Trump, fille de son frère aîné dont il a pourri la vie jusqu’à sa mort précoce, parle d’un effondrement des capacités cognitives de son oncle et le fait est que cela y ressemble beaucoup.

Au centre, une reproduction de l'original de la lettre
avec une photo de président américain
avec le Premier ministre norvégien
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Aujourd’hui, le président des États-Unis a publié de fausses photos, plus hallucinées les unes que les autres, exposant ses rêves de conquêtes territoriales ainsi que plusieurs messages diplomatiques que lui ont envoyés le président français et le Premier ministre britannique, qui proposent d’organiser des réunions de travail puisqu’il vient en Europe, au sommet de Davos. A cela, il a ajouté des menaces qui sont aussi relayées par les journaux argentins : puisque Macron ne veut pas siéger dans son Conseil de la Paix, qui déborde de très loin les champs de compétences approuvés par l’ONU pour reconstruire Gaza (et qui ne servira probablement pas à cela mais à contourner les instances internationales), le locataire de la Maison Blanche vient de menacer les vins français de 200 % de droits de douane. Rien que cela ! Il faut que l’on tienne bon, comme l’a fait la Chine il y a un an, la Chine devant laquelle Trump a finalement fait machine arrière….

L'info est traitée en place secondaire
en haut de la colonne de droite
"Groenland : Trump reconnaît que sans prix Nobel
il n'y a pas de paix"
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La presse argentine rend compte de cette aggravation de la situation diplomatique avec stupeur comme le reste de la presse libre dans le monde.

Paz et Rudy, ce matin
Trump : Je vais acheter le Groenland et j'y ferai
une paradis tropical
Le conseiller : Une piste de glace, ce serait mieux
Trump : Non... Pour ça, il y a le Venezuela
Le conseiller : Mais il y fait très chaud
Trump : Tu ne me comprends pas... Désormais,
si je dis qu'au Venezuela il fait froid,
eh bien, il fait froid
Traduction © Denise Anne Clavilier
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© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Une de Página/12 sur la frustration Nobel de l’empereur des Amériques
lire l’article de Página/12 sur la publication des photos trafiquées par Trump
lire l’article de La Prensa sur les photos trafiquées
lire l’article de Clarín sur les photos
lire l’article de La Nación sur la lettre au Premier ministre norvégien

Ajout du 23 janvier 2026 :
Clarín a fait sa Une du 21 janvier sur l'une des images truquées publiées par Trump, qui a fait machine arrière le lendemain à Davos, à la surprise de tout le monde, une volte-face qui démontre l'habileté de Mark Rutte, secrétaire-général de l'OTAN, face à ce décideur qui souffre visiblement d'une forme de démence sénile.


"La menace de Donald Trump sur le Groenland
occupe tout l'espace du sommet de Davos", dit le titre
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lundi 12 janvier 2026

Ce matin, toute la presse nationale fait le même titre secondaire : divorce chez les Macri [Actu]

En haut, à droite : "La fin de l'histoire entre Macri et Awada"
En gros titre : "Le rêve d'un Cuba à soi"
L'expression pastiche un slogan : Le rêve d'une maison à soi
(El sueño de la casa propria)
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Pendant ces 15 dernières années, Mauricio Macri, l’ex-chef de la droite libérale argentine marginalisés (lui et son parti) par Javier Mileí en quelques mois, a usé et abusé de son mariage et de sa relation amoureuse avec Juliana Awada pour des raisons électorales et de très basse politique. Comme Nicolas Sarkozy en France, il a joué à fond le people pour capter la faveur de l’électeur.

En haut, à gauche, en rose tyrien : "Macri et Awada
se sont séparés après 15 ans de vie commune"
La photo principale est consacrée
aux mega-feux qui ravagent une province patagonienne
comme presque tous les étés depuis plusieurs années
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Pour une fois, cette fois, l’ex-couple se comporte avec dignité puisque lui reste silencieux tandis qu’elle demande au public, via les réseaux sociaux, de respecter leur intimité dans ce moment délicat qu’ils traversent, tous les deux, leurs enfants respectifs (lui est multi-divorcé) et leur fille commune, qui est à présent une jeune adolescente.

En bas, à droite : "Au bout de 15 ans, Macri
et Juliana Awada se séparent"
La photo principale est consacrée
à la répression sanglante en Iran
Le gros titre est pour Cuba à qui Trump
vient d'interdire de recevoir du pétrole
ou de l'argent du Venezuela
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Au moment où Poutine et son pote, ou ex-pote, Trump menacent de réduire le monde en cendres si le reste de la planète ne se soumet pas à leurs caprices despotiques et peu conciliables, c’est le seul sujet sur lequel la presse de droite comme de gauche semble pouvoir se rassembler en Argentine.

Et on revient en haut à droite :
"Macri et Awada séparés à l'issue d'une relation
de plus de 15 ans"
La photo principale concerne le choix de nombreux
Argentins des plages du sud du Brésil pour ces vacances
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Pas de très bon augure pour la suite de cette année 2026.

© Denise Anne Clavilier

vendredi 9 janvier 2026

Tiempo de amar o morir, le disque des dix ans de la Martino [Disques & Livres]


La Orquesta Típica La Martino, conduite par le pianiste et compositeur Nehuén Martino, fête actuellement ses dix ans. C’est une formation musicale du tango underground, porteur d’un discours rebelle qui conteste la main-mise des possédants sur le pays, comme la plupart des artistes de tango engagés, c’est-à-dire la majorité du secteur. Comme la plupart des formations de cette veine, La Martino est un orchestre autogéré et contrairement aux autres, il est plutôt féministe puisqu’il compte deux chanteuses (la majorité a plutôt un chanteur, au singulier).

En décembre dernier, le groupe a sorti un disque intitulé Tiempo de amar o morir (le temps d’aimer ou de mourir), disponible sur les plateformes digitales. L’album se compose seulement de sept pièces, assez longues (trop longues pour servir dans les milongas).


La jaquette montre une vue d'une Buenos Aires un peu vintage !

Página/12 ce matin propose un article qui aurait peut-être fait la Une de Cultura & Espectáculos, son supplément culturel quotidien, si l’actualité n’en avait pas disposé autrement. Le quotidien a préféré mettre consacrer la première page de son encarté la trompette de Fats Fernández dont on a appris la mort hier en cours de journée.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

Une analyse percutante de l’économie en Argentine [Actu]

Le premier (à gauche) : Comment tu t'en sors avec ton imprimerie ?
Le second : Très bien... Je vends des panneaux "Fermé" à tire-larigot
Le premier : C'est toi qui les imprimes ?
Le second : Non, je les importe de Chine
Traduction © Denise Anne Clavilier
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Hier, Página/12 publiait deux vignettes pour décrire la situation économique et politique du pays. Elles valent le détour !

De gauche à droite :
Tu vas où ? - J'ai une réunion de non-travail.
Qu'est-ce qu'on fête le 1er mai ? - La fête du non-travailleur
Celui-ci, qui c'est ? - Le premier non-travailleur
[allusion à Perón, le "Premier travailleur"]
Nous sommes ici, devant la porte du ministère du Non-Travail
Eh, Monsieur le Ministre du Non-Travail !
Argentine, terre de Non-Travail et de Sans-Engagement
Traduction © Denise Anne Clavilier
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jeudi 8 janvier 2026

Disparition de Fats Fernández : le jazz en deuil [Actu]

Roberto Fats Fernández devant l'iconique pont transbordeur de La Boca


Le musicien avait 88 ans. Roberto « Fats » Fernández était un grand du jazz argentin, un improvisateur génial dans la plus pure tradition. Trompettiste renommé, il avait joué avec les plus grands du genre, dont Lionel Hampton et Ray Charles, Chick Correa et Wynton Marsalis Sans oublier de s’illustrer aussi dans le tango, un genre dont les cuivres sont traditionnellement absents. Il l’avait ainsi enrichi d’un timbre original.

Fats Fernández est mort hier. Il laisse derrière lui une carrière longue de soixante-dix ans ! Il avait commencé à gagner sa vie à 14 ans avec son instrument, après un « apprentissage » avec une bande de ses camarades de l’école Don Bosco, là où vivait la famille.

L'un de ses disques sortis chez Discos Melopea,
la maison fondée et dirigée par Litto Nebbia, géant du rock argentin

Né dans le quartier sud de Buenos Aires, à La Boca, un quartier populaire très italien situé à l’embouchure du Riachuelo lorsqu’il se jette dans le Río de la Plata, il avait apporté au jazz un phrasé puisé dans le tango de ses origines, quelque chose comme un swing portègne...

Admiratif, Astor Piazzolla, qui s’y connaissait dans les deux genres, l’avait surnommé le Troilo de la Trompette. Un grand compliment dans sa bouche !

Fats Fernández a passé ses derniers mois hospitalisé. Aujourd’hui, la musique populaire argentine est en deuil.

Vous pouvez découvrir ses albums sur les plateformes numériques.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :


Ajout du 9 janvier 2025 :
Ce matin, deux quotidiens nationaux ont fait une place sur leur Une à la disparition de Roberto Fats Fernández, Página/12 (ça, ce n’est vraiment pas étonnant et en plus, le journal a doublé la mise en mettant aussi l’info à la Une de son supplément culturel quotidien) et La Nación (je m’y attendais un peu moins).

En haut, la carte du Venezuela rebaptisé
En-dessous : La plus grande trompette de Buenos Aires,
une citation de Piazzolla pour le disparu
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Même pas la peine de traduire...
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En haut, à droite, un sous-titre avec photo couleur
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mercredi 7 janvier 2026

La presse argentine et l’attaque contre le Venezuela [Actu]

L'Empire, dit le gros titre
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Globalement, depuis le 2 janvier, la presse argentine s’est partagée en deux de part et d’autre d’une ligne de fracture idéologique qui est de plus en plus difficile de réduire : la presse de droite a dans l’ensemble approuvé le coup de force états-unien et la capture de Maduro tandis que la presse de gauche a condamné fermement l’interventionnisme impérialiste des États-Unis, une nouvelle fois dirigé contre l’Amérique du Sud, trente ans après la fin de la Guerre Froide.

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Comme d’habitude, les Unes de Página/12 ont été les plus imaginatives et les plus créatives. Les plus accusatrices aussi. Samedi dernier, la rédaction du quotidien a pourtant été la plus longue à rendre compte des premières informations qui étaient pourtant rendues publiques par le gouvernement américain, tout rengorgé de la gloriole d’une massue qui aurait réussi à écraser un moustique. Son site ne s’en ait fait l’écho que plusieurs heures après Clarín et La Nación qui se frottaient déjà les mains à l’idée de voir Maduro en prison à Guantanamo ou à New-York, alors qu’on ignorait encore sa destination finale.

"Trump a chassé Maduro et dit qu'il prend le Venezuela
en charge, mais le chavisme reste en place", dit le gros titre
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Comme ce fut le cas de beaucoup en Europe, l’information qui m’est arrivée assez tard dans la matinée d’un lendemain de fête un peu tranquille, dans le calme d’un village de la vallée de La Bièvre où j’ai grandi, m’a d’abord sidérée. Tout en sachant que l’information était exacte, j’ai du du mal à y croire et du mal à l’analyser. En quelques heures, Trump venait de réussir au Venezuela, armé par la Fédération de Russie, ce que Poutine, et heureusement !, ne parvient pas à faire en Ukraine depuis presque quatre ans. Les États-Unis font donc désormais la même politique internationale, cynique et mensongère, que leur rival, un ennemi de plus de 80 ans, un pays-continent qu’ils ont combattu de toutes leurs forces, de toute leur intelligence, parfois retorse, parfois droite, depuis 1945 et l’imitation est à présent si parfaite que Trump veut transformer l’OTAN en un nouveau Pacte de Varsovie, la seule alliance militaire connue au monde pour avoir été mise en place pour donner à son leader le pouvoir d’attaquer ses alliés, la Pologne, l’Allemagne de l’Est, la Hongrie, la Tchécoslovaquie (précédemment démembrée par Hitler avec l’accord de la France et la Grande-Bretagne en 1938) et encore la Pologne, cette fois, celle de Solidarność, des grévistes de Gdańsk, la Dantzig de l’âge des empires européens, et de Lech Wałęsa. A présent, c’est donc un pays européen qui est menacé, le Danemark et ses 6 millions d’habitants, à travers son territoire ultra-marin du Groenland dont les 56 000 Inuïts, qui en constituent la population originelle, ont dit et répété clairement qu’ils ne voulaient pas faire partie des États-Unis.

"Les Etas-Unis ont capturé Maduro" dit le gros titre
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Force est de constater que, au pied du mur, pris en étau entre Poutine et Trump et stupéfaits d’être attaqués par le seul allié qu’ils aient jamais eu en commun pendant presque un siècle, nos dirigeants et au-delà nos pays, nous-mêmes, leurs citoyens, ne semblons pas parvenir à mobiliser nos ressources stratégiques, nos intelligences, nos immenses champs de connaissance et nos imaginations jadis si fertiles pour nous défendre en commun. En Europe, il n’y a qu’un pays qui sache pleinement faire cela et croire en son avenir sans défaillance. C’est l’Ukraine. C’est elle aujourd’hui qui nous montre le chemin dans tous les domaines, y compris celui de la complexe lutte contre la corruption, y compris celui des nécessaires compromis économiques et politiques. L’Ukraine détient les clés de notre avenir.

Le gros titre parodie un classique des Beattles
D'un pays pétrolier à un autre...
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En mai 2022, ayant constaté comme tout le monde sa redoutable résistance et son efficacité, presque toute seule contre le mastodonte corrompu qui tâchait de l’envahir, je me suis mise à apprendre la langue, sans aucune connaissance préalable d’aucune autre langue slave, mais tant pis ! Il fallait y aller pour comprendre en profondeur, sans passer par les traductions en anglais, les seules à peu près disponibles à l’époque. Maintenant, les Ukrainiens, les particuliers comme les institutions, se sont constitué un grand nombre de ressources linguistiques et on trouve assez facilement des traductions d’à peu près toute l’actualité en espagnol, en allemand et même parfois en français, le tout sans intelligence artificielle laquelle, non contente de détruite la planète, nous envoie dans le mur à grand renfort de contresens carabinés et d’erreurs sémantiques.

Après les Beattles, Charlie Chaplin
En anglais, le titre est The Great Dictator
(et non pas comme en français Le Dictateur)
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Lorsque j’ai découvert l’originalité de la culture argentine il y a environ vingt ans, je partais de bien moins loin puisque je maîtrisais déjà l’espagnol d’Espagne. Il ne m’a fallu que m’habituer aux innombrables idiosyncrasies du Río de La Plata. Dès le premier jour, j’ai été fascinée par les promesses d’avenir qui étaient alors celles de ce pays. Avec une dignité qui faisait l’admiration du monde démocratique, l’Argentine s’était enfin dégagée de sept ans d’une dictature féroce. Elle sortait, avec beaucoup d’efforts mais bien réellement, d’une crise économique gigantesque et, surtout, elle pouvait compter sur une activité culturelle luxuriante, incroyablement endurante, vivante, diversifiée et créative. L’Argentine n’avait qu’une seule faiblesse et c’est peut-être celle qui l’a perdue en l’envoyant voter majoritairement pour Javier Mileí : collectivement, je n’ai qu’exceptionnellement vu les Argentins avoir vraiment confiance en eux-mêmes et en leur avenir en tant que nation et en tant que pays. Comme individus, doués de talent et de courage, et parfois aussi ceux qui en étaient dépourvus, ils peuvent certes avoir confiance en eux-mêmes mais ils restaient très peu conscients des avantages compétitifs à l’échelle planétaire dont leur pays disposait, assez peu conscients d’avoir à les développer et à les exploiter. Ils ont laissé passer sans jamais s’y appuyer pour agir onze ans d’un pontificat dont le monde entier parlait tous les jours. Ils ont fait partir plusieurs fois le Dakar de Buenos Aires sans que personne en dehors de leur continent se rappelle que la capitale argentine possède un gigantesque obélisque au pied duquel était donné le départ. Hors de l’Amérique du Sud, qui est capable de citer une spécialité ou une marque argentine (le puchero, l’asado, les facturas, Havanna, Taraguï ou YPF…) ? Qui est capable de reconnaître sur une vidéo d’actualité un monument de la capitale, sans parler des autres grandes villes ? La Casa Rosada ? Le Cabildo ? La statue de San Martín ou celle de Carlos Gardel ? Même cette horreur touristique qu’est devenu Caminito n’est que très peu identifié sur une carte postale. Les Argentins sont comme un orchestre philharmonique dont les musiciens n’arriveraient pas à accorder leurs instruments. Ils ne parviennent pas à faire du soft-power efficace et quand les pouvoirs publics s’y sont essayé depuis le retour à la démocratie, ils ont systématiquement raté la cible.

Vignette de Une de Página/12 hier par Daniel Paz et Rudy
Le conseiller : Le monde entier s'inquiète de ce qu'on a fait au Venezuela
Trump : OK... Je vais envoyer un tweet pour dire que tout va bien
Traduction © Denise Anne Clavilier
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La situation est à l’opposé de cela en Ukraine. Comme les Argentins, les Ukrainiens doivent se battre contre notre scepticisme mais eux, ils le font, sans se décourager et en ramant tous dans le même sens. Ils connaissent et reconnaissent leurs forces, ils ont conscience de qui ils sont, de ce qu’ils sont, de ce qu’ils défendent contre le pays agresseur et de ce qu’ils peuvent apporter au monde, en particulier aux autres Européens. Avec une tradition politique tout aussi anarchisante que celle des Argentins, une division qui leur a coûté leur indépendance en 1653, après de la Révolution cosaque de 1648, les Ukrainiens font bloc. Tous derrière leur président, même s’ils votent pour l’opposition. C’est ce mélange d’individualisme et de conscience collective partagée à l’échelle d’un pays qui donne cette puissance à leur dynamisme militaire, à la construction d’un État de plus en plus efficace malgré le manque de moyens et à leur soft-power, qui attaque au bélier nos réserves imbéciles et pleutres.


Vignette de Une de Página/12 ce matin
La journaliste : Comment savez-vous que le Venezuela
fait du trafic de drogue et qu'il faut le bombarder ?
Le ministre américain : Parce qu'il y a beaucoup de pétrole là-bas
La journaliste : Je ne vois pas le rapport. Vous m'expliquez ?
Le ministre : Nous, on n'est pas là pour expliquer mais pour envahir
Traduction © Denise Anne Clavilier
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A nous, Européens, d’en prendre de la graine. Il est urgent maintenant de regarder vers eux pour reprendre notre élan. Les Argentins seraient bien inspirés, eux aussi, de se tourner vers Maïdan ! J’en sais quelque chose : j’ai beaucoup d’amis là-bas (à gauche) qui détestent l’Ukraine et prennent Volodymyr Zelensky pour un dictateur au petit pied.

© Denise Anne Clavilier

Le gros titre dit : "Les soleils s'évaporent"
allusion au gang dit des Soleils, inventés par l'administration Trump
pour justifier l'intervention au Venezuela
et dont les autorités des Etats-Unis viennent de reconnaître
qu'il n'a jamais existé.
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Une histoire socio-politique du Tango : le nouveau livre de Sergio Pujol [Disques & Livres]

La couverture du livre reprend une image
très célèbre du film El Día que me quieras
(le jour où tu m'aimeras) - New York 1935
Elle réunit Carlos Gardel à droite
et le tout jeune Astor Piazzolla, 12 ans, à gauche
Titre : Les âges du Tango de 1897 au 21e siècle


La tradition et la politesse voudraient que je commence ce premier article 2026, après ma pause pendant la trêve des confiseurs, en vous souhaitant à vous tous, tous mes lecteurs, une Bonne et Heureuse Année mais je dois avouer qu’il m’est difficile aujourd’hui d’y voir autre chose qu’une formule creuse, alors que le monde s’enfonce dans la violence politique généralisée et que les empires, qu’on croyait condamnés par l’histoire du 20e siècle, refont surface en Russie, en Chine et même aux États-Unis, le grand défenseur pendant plus d’un siècle, au moins dans le discours et parfois dans les faits, de la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes. J’espère donc que l’année démentira ses sombres débuts et que nous parviendrons ensemble, tous les démocrates de tous les pays, à commencer à faire reculer le monstre partout où il se manifeste en ce moment, presque partout en Afrique, le long de la côte occidentale du Pacifique, dans l’Océan Indien, autour de la Mer Caspienne et de la Mer Rouge, sur la rive orientale de la Méditerranée, en Europe, dans l’Océan Arctique et dans toute l’Amérique d’un pôle à l’autre.

Historiquement, en Argentine et en Uruguay, le tango a été le véhicule d’une revendication sociale et politique pour la liberté de tous dans les deux pays et une plus juste répartition des richesses et de leurs fruits. A la fin de novembre dernier, l’historien argentin de la musique et du spectacle qu’est Sergio Pujol a publié chez Planeta Argentina une analyse biographique de plusieurs grands artistes du genre pour montrer comment cette musique et ses acteurs, compositeurs, poètes et interprètes, témoignent des enjeux de leur temps.

Sergio Pujol a ce matin les honneurs de la Une
de Cultura & Espectáculos, le supplément culturel
quotidien de Página/12
En gros titre : "D'abord il faut savoir",
le premier vers écourté de Naranjo en Flor (oranger en fleurs),
un tango classique de Virgilio Expósito pour la musique
et Homero Expósito, son frère, pour les paroles,
un poète anarchiste...
Primero hay que saber sufrir
Después amar, después partir
...
D'abord il faut savoir souffrir,
et puis aimer, et puis partir...
Naranjo en flor fait partie du corpus littéraire
que j'ai traduit dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins,
publié aux Editions du Jasmin
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Cet angle d’attaque n’est pas très fréquent en Argentine où les chercheurs en sciences sociales a du mal à déployer une analyse historique transversale ailleurs que dans de rares articles scientifiques sur des thématiques très strictement limitées. Cet ouvrage est donc très précieux, surtout dans les temps agités que traverse le pays, notamment en matière d’économie de la connaissance : budget de la recherche réduit à presque rien, monde de la culture abandonné par l’État fédéral, école publique gratuite délaissée au profit de l’école privée payante, politique de la santé laissée pour compte, sous l’impulsion toxique de Javier Mileí qui s’abrite sous l’aile agressive de Donald Trump, que son Congrès peine encore à contraindre.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire la présentation de l’ouvrage sur le site internet de l’éditeur

mardi 23 décembre 2025

Pause de fin d’année sur Barrio de Tango [ABT]


Comme mes fidèles lecteurs l’auront remarqué, depuis deux ans, la culture populaire argentine, qui est le sujet principal de ce blog, ne se porte pas à merveille.

Il y a deux ans, dans un scrutin national, une majorité d’Argentins a fait un choix aberrant et indigne, sans doute très mal éclairé aussi, celui d’abdiquer leur liberté politique et de mettre en péril leur État de droit et la souveraineté de leur pays après quarante ans de démocratie continue qu’ils avaient difficilement installée à l’issue de la plus terrible dictature que le pays ait jamais connue. Le résultat est désormais une catastrophe dans toutes les dimensions qui constituent la culture populaire : la vie artistique, l’école, la santé, la recherche scientifique, les droits sociaux, les droits de l’Homme, la constitution, le patrimoine, vendu au plus offrant, l’histoire et même la mémoire, menacée par un révisionnisme gouvernemental de plus en plus agressif. Il est à craindre que ce pays, qui a été un phare pour son continent, s’achemine vers une nouvelle forme de dictature, celle de l’argent le plus cynique, de la rentabilité dérégulée au profit d’un tout petit nombre de privilégiés et au détriment de la majorité des habitants du pays.


Il y a près de 20 ans, j’ai fondé Barrio de Tango pour rendre compte des efforts du pays pour construire sa démocratie, pour s’approprier et revendiquer une culture nationale en cours d’élaboration depuis deux siècles, un phénomène qui s’étale toujours et partout sur une vingtaine de générations. L’Argentine avait alors beaucoup de choses à nous dire, nous, Français et Européens, qui dormions alors sur nos lauriers. Nous étions sans crainte pour notre liberté politique et nos cultures nationales respectives. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, ni pour ce que l’Argentine, pillée de l’intérieur, a à nous dire (parce qu’elle est devenue aphone) ni pour ce dont nous avons besoin alors que se fissurent de partout notre avenir démocratique et la paix dans laquelle, sur notre sol, nous vivons depuis 80 ans, soit un peu plus de trois générations.


Au cours de cette vingtaine d’années de recherche originale et de vulgarisation de la culture argentine, à travers la musique, l’humour, le théâtre, le cinéma et l’histoire, j’ai trouvé un vrai bonheur à découvrir et vous faire découvrir des répertoires d’une richesse que, vue d’ici, nous n’imaginons pas et des géants de l’histoire comme les généraux Manuel Belgrano (1770-1820) et José de San Martín (1778-1850). Il est hors de question pour moi d’abandonner à leur triste sort les acteurs de la vie culturelle argentine qui sont devenus mes amis. Je vais donc continuer à rendre compte de leur lutte pour ramener dans leur magnifique pays des mœurs politiques civilisées. Sous le coude, issues de mes recherches dans les archives, j’ai encore quelques éléments inédits sur San Martín. Je songe à les publier sans doute en français et en espagnol, à coup presque sûr dans Barrio de Tango au cours de l’année qui vient.


Toutefois il est peu probable que, dans un avenir prévisible en tout cas, ce blog renoue avec le rythme de parution d’avant le Covid, au moins tant que Javier Mileí restera au pouvoir, puisqu’il a entrepris de tout détruire avec un acharnement pervers. « Une tragédie », m’a dit l’un de mes amis de Buenos Aires en octobre, après ce scrutin de mi-mandat, où Trump a pu, in extremis, relancer le succès électoral du bonhomme dont la cote de popularité était pourtant au plus bas. Ce qu’il se passe également aux États-Unis est pour le moins très préoccupant pour le monde démocratique. Et le reste de la planète aussi puisque l’odieuse ingérence de Trump dans les pays tiers est peut-être en train de redonner de la légitimité même à un leader comme Maduro.


A la rentrée, courant janvier, bien entendu sans abandonner Barrio de Tango, je lancerai un autre blog qui portera sur des problématiques historiques similaires mais ailleurs sur la planète. Mes préoccupations ne changent guère : qu’est-ce que la démocratie ? Qu’est-ce que la souveraineté d’un peuple ? Comment un pays s’extirpe-t-il de l’emprise coloniale ? Sans oublier la culture populaire et toutes ses dimensions : la musique, la poésie, la littérature, le théâtre, la langue elle-même, l’humour, la cuisine et la gastronomie, le patrimoine à constituer ou à reconstituer, le soft-power à bâtir et à déployer… Quels rapports dialectiques entretiennent la mémoire et l’histoire ? Quelles articulations entre la démocratie et l’organisation de l’économie permettent à toute une société de vivre mieux et de progresser ?

En lisant ce blog depuis tant d’années ou tant de mois, vous avez dû le constater : je nourris une égale passion pour l’histoire et pour les langues. J’en exploite quelques unes dans mon travail quotidien. Je savoure les autres dans mes loisirs. Cette fois-ci, tout se passera en Europe. Là encore, il s’agit d’une culture que nous, les Européens, nous connaissons très mal et sur laquelle nous faisons contresens sur contresens, aidés en cela par des médias assez paresseux, de moins en moins rigoureux et rarement polyglottes. Une culture riche et passionnante dont les mille ans d’histoire ont beaucoup à nous enseigner.


Cette fois-ci, la pause de fin d’année sur Barrio de Tango sera totale, quoi qu’il se passe. Pour mieux me consacrer à ce nouveau projet, tout en profitant des fêtes en famille, je ne publierai rien pendant la pause des confiseurs.

© Denise Anne Clavilier

Joyeux Noël à tous
Feliz Navidad a todos
Merry Christmas everybody
Buon Natale
Vrolijk Kerstfeest voor iedereen
Всім щасливого Різдва