lundi 9 décembre 2019

Macri façon ardoise magique ! [Actu]

En haut, le salut de Macri à Fernández sur le parvis
de la basilique de Luján pour la fête de l'Immaculée Conception
En bas, Riquelme dans le bureau de vote au siège de Boca Juniors
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Du soir au matin, ce lundi révèle la disparition de deux symboles du macrisme avant même la transmission du pouvoir entre Mauricio Macri et Alberto Fernández : les grilles (très chères), qui isolaient la Casa Rosada et la statue de Belgrano du reste de la place de Mai afin que les manifestants ne viennent plus casser les oreilles de Monsieur le Président sous ses fenêtres avec leurs cris et leurs tambours, ont commencé à être enlevées cette nuit, devant quelques noctambules qui prenaient des photos. Ainsi les cérémonies institutionnelles de mardi se dérouleront devant une place où le peuple pourra aller et venir à sa guise.

"Messe pour la paix", allusion à la messe à Luján
(mais la rédaction a choisi une photo qui dessert Macri)
En bas à gauche : les élections à Boca Juniors

Au même moment, dans le sud populaire de la ville, la gouvernance du Club Atlético Boca Juniors passait à l’opposition interne, dont la liste, plus féministe qu’à l’ordinaire qui plus est (1), propose comme vice-président le joueur vedette, Juan Ramón Riquelme, qui prend prochainement sa retraite de footballeur. Pourtant, c’est depuis la présidence de cette institution footballistique que Macri, il y a une vingtaine d’années, avait lancé sa carrière politique à Buenos Aires. De surcroît, malgré de longues files d’attente hier matin, près de 40.000 sociétaires, dont beaucoup de femmes, se sont déplacés pour voter, ce qui correspond à un taux de participation très élevé pour un club sportif de quartier doté d’une équipe de foot professionnelle.

La Plaza de Mayo est de nouveau libre ! (photo La Prensa)

Si même Boca Juniors rejette Macri, l’avenir politique de celui-ci semble fort compromis d’autant qu’il avait déjà perdu l’appui des entrepreneurs industriels au niveau national et que celui des exploitants agricoles, sa base électorale « naturelle » dans le patronat, vacillait depuis une bonne année. Il semblerait qu’il vienne donc de perdre sa base populaire dans la capitale (2) et pour comble de malheur pour lui, le chef de gouvernement de cette même capitale, qu’il considérait comme son dauphin local il y a quatre ans, lui tourne le dos en faisant enlever avant même qu’il rende les clés de la Casa Rosada des grilles qu’il lui avait fait poser au début de son mandat.

Pour aller plus loin :
sur les élections à Boca Juniors
lire l’article de Página/12 (sur la une)
lire l’entrefilet de La Prensa (sur la une)
lire l’article de La Nación (sur la une)
sur Plaza de Mayo



(1) Sous des allures élégantes de gentleman à l’européenne, Macri est un machiste plus que pesant qui croit, par exemple, que les femmes apprécient d’être sifflées dans la rue, entre autres réflexions grossières dont il a émaillé ses mandats d’abord à la tête de la Ville Autonome de Buenos Aires ensuite aux commandes du pays tout entier. Imaginez ce qu’il peut en être dans un club tracté par une équipe de foot masculine professionnelle...
(2) Il recueille là la monnaie de sa pièce. Celle de sa politique sociale et d’un certain nombre d’actes publics dont le dernier, vendredi dernier, quand il n’a rien trouvé de mieux à faire que d’aller prendre congé du Régiment des Grenadiers à cheval dans leur caserne de Palermo (un quartier citadin très bourgeois). En soi, il n’y a pas de quoi soulever un scandale ni la réprobation populaire puisque ce régiment est l’escorte présidentielle et qu’il jouit d’un grand prestige dans toutes les classes sociales. Mais il a voulu en profiter pour se mettre en valeur : monté à cheval, il a prit part à quelques exercices dans la carrière équestre régimentaire, faisant ainsi étalage de ses capacités dans ce sport réservé, dans le milieu urbain dont il est issu, à l’élite qui peut se payer des cours d’équitation et des séances d’entraînement en club hippique. Il aurait tapé dans la balle en short et maillot avec une équipe de foot composée de grenadiers du rang ou de sous-officiers, il aurait évité d’exhiber ce déplaisant visage de fils de famille plein de fric et de morgue. Les sociétaires de son club, qui sont souvent des travailleurs très modestes, qu’ils habitent le quartier de La Boca ou ailleurs, en général plutôt au sud de la ville, ont dû apprécier à sa juste valeur le symbole social, à l’avant-veille de leurs élections !

dimanche 8 décembre 2019

Mauricio Macri a-t-il raté sa sortie ? [Actu]

Gros titre sur l'air de O Bella Ciao

Hier soir, sur Plaza de Mayo, le président Mauricio Macri a fait ses adieux à ses électeurs dans un climat de fin de règne assez morose, avec des sondages qui indiquent que sa popularité est en berne jusque chez ceux qui avaient voté pour lui.

Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Ce matin, dans la presse, on ne trouve que fort peu de photos, pour ne pas dire aucune, montrant la place dans son ensemble : on voit une foule importante mais pas assez nombreuse pour que la circulation automobile ait été complètement interrompue (on note en particulier sur le côté sud des véhicules au milieu de la chaussée vide). La foule occupe le début de avenida de Mayo, ce qui n’était pas le cas en août, lorsque le camp politique de la droite néolibérale a tenté de se dénombrer sans grand succès. La presse montre aussi que le président a été porté en triomphe par quelques partisans proches du podium. Página/12 insiste sur le peu de succès rencontré par la cérémonie où on a poussé à fond le volume de la musique peut-être pour cacher la frilosité des applaudissements et des vivats et de fait, la bande son des vidéos est saturée par la musique et on n’entend pas le public qui réagit pourtant autour de Macri. Les autres titres cherchent à montrer ou à démontrer le contraire.

Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Désormais, seul l’avenir nous dira si Macri pourra ou non se relever de cette défaite cinglante, par l’écart de voix au premier tour et par l’effondrement de l’économie, qui est tout le contraire de ce que ce camp espérait de son arrivée au pouvoir. Pour l’heure, il semble que d’autres ambitieux soient soucieux de prendre d’assaut la direction de la droite libérale fragilisée par ces quatre ans de mandat présidentiel et le peu de panache avec lequel Macri quitte la magistrature suprême.

Pour aller plus loin :
voir la galerie de photos publiée par Clarín (pas vraiment de nature à nous convaincre que la fête a été enthousiaste, surtout si on garde en mémoire ce qu’elle avait été lorsque Cristina Kirchner était venue saluer ses partisans dans les mêmes circonstances en décembre 2015)

Litto Nebbia sort un coffret autour de Libertad Lamarque [Disques & Livres]


Ce matin, à la une des pages culturelles de Página/12, Litto Nebbia publie un article sur son travail de ré-éditeur de l’œuvre discographique de la chanteuse Libertad Lamarque (1908-2000), une grande artiste du tango et du cinéma des années Perón.

Grand admirateur de l’artiste, il dispose d’une information de première main sur son œuvre puisqu’il a épousé sa petite-fille. Un travail de production et de famille tout à la fois. Et un hommage à Rosario, la ville qui vit naître Libertad Lamarque mais aussi Litto Nebbia !

Pour en savoir plus :
consulter les pages que Todo Tango consacre à Libertad Lamarque.

Autre découverte argentine, en médecine cette fois [Actu]


Malgré les restrictions budgétaires qui affectent la recherche publique argentine, un groupe de chercheurs en biologie qui travaillent à Rosario viennent de co-signer avec des homologues australiens, coréens et allemands un article dans Nature, l’une des grandes revues internationales, sur la biochimie du cerveau dans la maladie de Parkinson.

Très fière, la rédaction de Clarín a choisi avant-hier de mettre en avant l’équipe argentine, conduite par Claudio Fernández, dans une longue interview accompagnée de photos de laboratoire.

Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Pour en savoir plus :
Les spécialistes pourront aussi consulter l’article scientifique de Nature (en anglais, comme il se doit).

Un petit-fils retrouvé au ministère de l’écologie et du développement durable, un cinéaste à la culture et un cuervo au sport et au tourisme [Actu]

"Les voilà, ce sont eux !" titre Página/12 sur la photo de la conférence de presse
assez inhabituelle de Alberto Fernández
En haut, à droite, les grilles de Plaza de Mayo
qui vont disparaître et qui n'auraient jamais dû exister

Vendredi, le président élu Alberto Fernández a présenté son gouvernement au grand complet, où il a fait entrer son ex-femme, ce qui fait bien rigoler la presse désormais d’opposition (Clarín, La Nación, La Prensa).

A la culture, qui redevient un ministère à plein titre, il a nommé un cinéaste qui a dirigé l’INCAA (institut national du cinéma et des arts audiovisuels) puis le groupe de l’audiovisuel public sous la présidence de Cristina Kirchner, Tristán Bauer. Le cinéaste vient tout juste de sortir un documentaire sur les grands traits du kirchnerisme.

Cliquez sur l'image pour une haute résolution

A l’écologie et au développement durable, Alberto Fernández a nommé Juan Cadanbie, parlementaire très actif du kirchnérisme et petit-fils retrouvé par Abuelas de Plaza de Mayo. Cadanbie est le fils d’un couple d’opposants à la dernière dictature militaire, il a été enlevé à sa famille biologique pour être confié en adoption à d’autres parents jusqu’à récupérer son identité réelle grâce au combat des grands-mères de la Place de Mai. C’est la première fois qu’une victime de la dictature de cette génération accède à un poste de l’exécutif nationale. Cette nomination marque une étape dans la digestion, difficile, des traumatismes de ces années de plomb. Cadanbie a lui aussi rang de ministre plein. Cela va sans doute nous changer de Sergio Bergman, un rabbin mondain et zébulonesque complètement incompétent dans ce domaine.

Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Au ministère du sport et du tourisme (une étrange connexion à nos regards d’Européens), le président a choisi le président du Club Atlético de San Lorenzo, le club du pape, le club qui vient de récupérer son ancien site à Boedo et dont les adhérents sont surnommés los Santos ou los Cuervos (les corbeaux, à cause de la soutane du fondateur, un lazariste du début du 20e siècle), un juriste qui a été vaincu au second tour à l’élection du chef de gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires. Sa secrétaire en charge du sport sera une ancienne championne de hockey. C’est la première fois qu’une femme tiendra le maroquin du sport !

Pour connaître la liste complète du gouvernement qui prend ses fonctions mardi et lire les commentaires que cela suscite dans la presse quotidienne :
lire l’article de Página/12 sur les déclarations du prochain président
lire l’article de Página/12 sur Juan Cabandie

samedi 7 décembre 2019

On n’est jamais si bien servi que par soi-même [Actu]


Jeudi dernier, Mauricio Macri s’est invité à la télévision publique pour faire une allocution de départ où il s’est tressé des lauriers et a déployé un tableau très flatteur de ses réussites à la tête du pays, attribuant à pas de chance les quelques ratés qu’il a daigné évoquer. Un monceau de contre-vérités puisqu’il laisse un pays en moins bon état que celui qu’il a reçu sur tous les plans : endettement record alors que l’Argentine était sur le point de se désendetter, inflation plus que doublée, inégalités sociales creusées, taux de pauvreté et d’indigence largement augmenté, fuite des chercheurs, institutions culturelles criant misère. Et de nouvelles âneries historiques comme cette prétention à avoir conduit le premier gouvernement non-péroniste (1) depuis 100 ans ! (2)

Taux d'indigence évalué à partir des revenus et réparti par tranche d'âge
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

C’était la seconde fois qu’il se prêtait à cet exercice de haute-voltige et de langue de bois après son intervention à COP 25 à Madrid où il est allé faire un dernier petit tour pour raconter tous les progrès que l’Argentine aurait accomplis en matière d’environnement pendant son mandat (on les cherche encore !) et pour se faire photographier une dernière fois à côté de don Felipe et doña Letizia (les têtes couronnées, il adore !).

Taux d'indigence évalué à partir des revenus et réparti par région
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Or Macri avait demandé qu'on juge son action à l'aune de la pauvreté qui existerait quatre ans après sa prise de fonction...
En haut :
gros titre sur l'annonce de la composition du prochain gouvernement
En bas :
le sortant pendant sa prestation télévisuelle
"Nous laissons un pays où il est plus difficile de voler"
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Ce petit exercice laisse une gêne palpable à droite et fait franchement rigoler à gauche. En effet, il constitue la dernière violation en date de ses promesses de campagne, dont l’une était que jamais il ne se servirait de l’audiovisuel public pour faire de la propagande au profit de son gouvernement. Et il est arrivé très mal à propos : le même jour, l’Observatoire de la Dette Sociale de l’Université Catholique Argentine (UCA) sortait son bilan trimestriel et ses chiffres astronomiques concernant la pauvreté dans le pays, la malnutrition des enfants, l’habitat insalubre, le manque d’accès à l’éducation et à la santé… La pauvreté touche désormais 40,8 % de la population totale de l’Argentine et les graphiques de la UCA montrent les inégalités territoriales manifestes : la ville de Buenos Aires est favorisée par rapport au reste du pays et surtout à sa banlieue.

Pour aller plus loin :
sur l’allocution télévisée :
sur le rapport de l’UCA sur la pauvreté :



(1) C’est oublier bien entendu les gouvernements de fait, issus des nombreux coups d’État de droite, et les gouvernements radicaux dont celui de Raúl Alfonsín, qui fut celui du retour à la démocratie constitutionnelle. Une paille ! Ce qui est le plus drôle dans cette déclaration culottée, c’est l’adoption de la grammaire péroniste par le président quand ça l’arrange : entre les deux tours de 2015 quand il avait fait des pieds et des mains pour l’emporter au second tour sur Daniel Scioli (ce qui était loin d’être acquis) et récemment, en août, après sa défaite cuisante à l’élection primaire qui annonçait sa défaite au premier tour, ses gestes au balcon de la Casa Rosada, qui imitait une célèbre apparition à ce même balcon de Perón après le coup d’État avorté le 17 octobre 1945 !
(2) Perón est entré dans le champ politique en 1943.

A la santé des auteurs [à l’affiche]


Ce week-end, les 7 et 8 décembre 2019, la Biblioteca de la Estación, à l’angle des rues Perón et Gallo, non loin de la gare de Once, dans le quartier de Balvanera, propose une rencontre originale avec des écrivains en liant un salon du livre et un salon de producteurs vinicoles : 11 vignerons présentent leur travail en présence de 40 auteurs, journalistes et écrivains. Une excellente idée à l'heure où le livre subit une crise phénoménale à cause de la paupérisation et de la précarisation de la classe moyenne.

Cliquez sur l'image pour une haute résolution

C’est la deuxième fois que l’expérience est tentée après la toute première en août dernier.

Cliquez sur l'image pour une haute résolution

L’entrée est libre et gratuite.

Pour aller plus loin :

Trois députés de droite se font la malle [Actu]

"Petits PROulets en fuite" titre Página/12 à côté d'une photo
d'un Mauricio Macri menaçant !

Au cours de cette semaine assez intense sur le plan politique en Argentine, avec les séances inaugurales des chambres législatives au niveau national et provincial et les prestations de serment en début de mandat, trois députés nationaux, élus sous l’étiquette Juntos por el Cambio (ensemble pour changer), la coalition de la majorité sortante, connue pendant quatre ans sous le nom de Cambiemos (changeons), viennent de rejoindre un inter-groupe parlementaire à la Chambre où ils font leurs premiers pas. Sous l’influence de Sergio Massa, ancien (éphémère) premier ministre de Cristina Kirchner, péroniste réformateur (et opportuniste) et nouveau président de la chambre basse, ils vont appuyer la politique proposée par la nouvelle majorité péroniste et de gauche.

Mauricio Macri, le chef d'Etat sortant, perd donc trois sièges pour animer l’opposition et mener la vie dure à ceux qui viennent de l’éjecter du pouvoir. Inutile de vous dire qu’il est furieux. Il a même demandé, sans l’obtenir, que les députés en question démissionnent pour qu’il y ait de nouvelles élections dans leurs circonscriptions. L’une de ces élus lui a répondu par presse interposée que leur décision était politique et que le plus traître des quatre était bien lui, pour avoir mis le pays dans l’état dans lequel il le laisse, diamétralement à l’opposé de ses promesses électorales de 2015.

Clarín a consacré un titre secondaire à cette affaire
(en haut et à droite, sous la manchette)
La photo représente la rencontre
entre la vice-présidente sortante, Grabriela Michetti,
et Cristina Kirchner (à gauche) qui va lui succéder mardi
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Il est possible que Mauricio Macri ait du mal à revenir de la dérouillée électorale qu’il a reçue en octobre et que la droite libérale change de chef de file au profit de Horacio Rodríguez Larreta, le chef de gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires, qui s’est fait réélire brillamment, unique cacique de sa famille politique à avoir sauvé son siège. Rodríguez Larreta vient d’ailleurs de s’entendre avec le président élu, Alberto Fernández, pour retirer au plus vite les grilles que Mauricio Macri lui avait fait poser sur Plaza de Mayo, pour que la Casa Rosada ne soit plus confrontée aux manifestations… Et comme par hasard, quand en août, il y avait eu une marche de soutien à Macri, celui-ci avait fait ouvrir les grilles. Bizarre, bizarre, vous avez dit bizarre ? Comme c’est bizarre !

Pour en savoir plus :

lundi 2 décembre 2019

Reconnaissance à Héctor Larrea, un grand de la radio argentine [à l’affiche]

Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Ce soir, lundi 2 décembre 2019, pour son avant-dernier plenario de l’année, la Academia Nacional del Tango remettra un Gobbi de Oro à Héctor Larrea, un grand producteur et animateur de radio. C’est aussi un grand serviteur du tango, qui connaît très bien les artistes et les met en valeur.

Ce soir, il recevra le Gobbi d’or, la distinction que l’académie a inventé sur l’initiative de son fondateur, Horacio Ferrer. Ce sera son successeur, le président Gabriel Soria, qui le lui remettra au cours de cette soirée, d’accès libre et gratuit, ouverte à tous au siège de l’institution, juste à côté du Gran Café Tortoni, sur Avenida de Mayo.

Le tango rituel est un morceau composé par Osvaldo Pugliese, décédé en 1995, et qui porte le nom du producteur ! Il a été enregistré par l'orchestre Color Tango.

samedi 30 novembre 2019

La Noche de los Templos ce soir [à l’affiche]

Le maison des Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola,
que fit construire dans les dernières années avant l'indépendance
Sor María Antonia de San José, déclarée bienheureuse par François
et qui sera un personnage important de mon prochain livre à paraître à la fin de l'hiver

Ce soir, samedi 30 novembre 2019, à partir de 20h, tous les lieux de culte de Buenos Aires ou presque tous ouvrent leurs portes pour des visites commentées, des présentations des traditions et des activités culturelles. On pourra ainsi voir des églises catholiques historiques, des églises orthodoxes, des temples protestants, une mosquée (qui porte le nom du roi Fahd d’Arabie), plusieurs synagogues, un temple bouddhiste et un temple de culture afro-américain, un syncrétisme typique de l’Argentine, de l’Uruguay et du Brésil.

Le temple Iemanja Bomi
(religion et traditions cultuelles afro-argentines)

C’est la quatrième fois que les lieux cultuels organisent cette manifestation sur le modèle de La Noche de los Museos.

Mosquée roi Fahd

La Nación a passé en revue les musts de la nuit et Clarín a préféré s’intéresser aux grands orgues qui existent à Buenos Aires et qui donneront des concerts ce soir.

Après 15 ans de gauche, l’Uruguay revient à la droite de toujours [Actu]

Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Avant-hier, la cour électorale d’Uruguay a communiqué les résultats effectif de l’élection présidentielle : c’est bien le candidat de la droite, Luis Lacalle Pou, qui l’emporte pour 40.000 voix de plus que son adversaire du Frente Amplio.

"Ils ont fait la fête", titre El Observador,
sur cette photo du QG du candidat élu

Lacalle Pou prendra ses fonctions le 1er mars comme le veut la tradition. Ainsi prend fin une période de quinze ans où la gauche a dominé l’échiquier politique national. C’était la première fois que la gauche gouvernait le pays.

"Fumée blanche : nous avons un président"

Le prochain président uruguayen est juriste de formation. Il est relativement jeune. Espérons qu’il ne cache aucune nostalgie de la dictature militaire qu’il a à peine connue ! La gauche a quelques craintes sur ce point.

Pour en savoir plus :

Dernières manœuvres avant le départ [Actu]

"Un déménagement avec témoins compris"

Avant de quitter le pouvoir le 10 décembre prochain, Mauricio Macri vient de créer, par décret, une agence spéciale de protection des témoins et inculpés, pour gérer les dossiers et le statut des repentis de la corruption, un statut juridique qu’il a mis en place en début de son mandat pour faire poursuivre en justice les hauts responsables politiques de l’opposition.

Cette création tardive soulève bien entendu le soupçon : elle servirait à empêcher les juges d’examiner les dossiers et les interrogatoires qui contiendraient de nombreuses irrégularités, affirme Página/12. Et il faut bien dire que la manœuvre est tellement acrobatique qu’elle ne peut que relever d’un coup tordu.

Plusieurs juges de la cour de Cassation ont déjà réagi pour souligner l’inconstitutionnalité de la mesure ou en tout cas son manque de transparence et de sens démocratique. On peut imaginer que le décret sera abrogé prochainement lorsque la nouvelle majorité aura pris ses fonctions à la tête du pays.

Dans le même ordre d’idées, les ministres multiplient les nominations et placent leurs amis ou leurs affidés à des postes clés en comptant sur le manque d’argent dans les caisses pour empêcher le prochain gouvernement de modifier cette distribution des cartes. C’est aussi le cas du ministre des Affaires étrangères qui nomme ses collaborateurs sur des postes très lointains, Madrid et Amsterdam, ce qui entraînera des coûts conséquents pour payer les déménagements de ces diplomates si on les déplace prochainement ! Le pouvoir corrompt, il n’y a pas de doute là-dessus.

Pour en savoir plus :
lire l’article de Página/12 sur les commentaires des membres de la cour de Cassation
La Nación n’a pas rendu compte de cette information.

jeudi 28 novembre 2019

Festival de Tango de La Boca [à l’affiche]


Ce soir, pour trois jours, la République de La Boca fait son festival de tango, un festival riche de contenu politique au sens fort du terme : idéologique anarchiste (traditionnel dans ce quartier habité par les syndicalistes italiens de la grande immigration), féminisme, participation des jeunes musiciens encore peu reconnus sur la scène de la ville.

Au programme : une grande milonga ce soir, jeudi 28 novembre 2019, des conférences, des tables-rondes, des concerts, du cinéma, de cours et des ateliers, le tout sous le patronage de l’historien anarchiste Osvaldo Bayer, décédé l’année dernière et qui avait porté ce festival, si l’on peut dire, sur les fonts baptismaux.

Cliquez sur l'image pour une haute résolution

C’est la 10e édition de la manifestation et pour l’occasion, elle a choisit de se présenter sous la forme d’un ballon et d’un numéro de butteur !

Pour en savoir plus :

Fable moderne du dino et du maté [Actu]

Photo Agustín Martínez

Avant-hier, l’université nationale del Comahue, dans la province de Neuquén, a communiqué à la presse la découverte de deux vertèbres fossilisées d’un titanosaure d’il y a 85 ans. La découverte a été réalisée sur le campus de l’université grâce à la fille d’une étudiante qui était en train de prendre le maté sur ce terrain quelque peu dénudé. Soudain quelque chose sur le sol a attiré son attention et cette chose s’est révélée être un fossile.

Les deux os pèsent chacun environ 200 kg.

La découverte va faire l’objet de publication scientifique. Malgré les terribles restrictions budgétaires qui affectent la recherche en Argentine depuis l’arrivée au pouvoir de Mauricio Macri, la science avance en particulier dans ce domaine de la paléontologie grâce au sol richissime du pays.

Pour en savoir plus :
lire l’article de La Mañana de Neuquén du 25 novembre 2019.

Méga-verdict contre des prêtres violeurs d’enfants handicapés à Mendoza [Actu]

Deux photos sur deux sujets connexes
En bas : le Pape au Japon avec un jeune rescapé de Fukushima
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Lundi, un grand procès a pris fin à Mendoza, celui de deux prêtres et d’un jardinier laïc qui avaient violé des enfants sourds dans un foyer-école confessionnel appelé Instituto Próvolo, aujourd’hui fermé et transformé en espace public.

Les deux prêtres ont été condamnés à 45 et 12 ans de prison. L’un a 59 ans, l’autre 83. Le jardinier, de 49 ans, a écopé de 18 ans de réclusion.

Clarín a choisi de faire son gros-titre sur un sénateur
qui vient de se retirer après avoir été accusé d'attouchements sexuels par sa nièce
En bas, la tête des deux criminels condamnés la veille
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Ce verdict, qui a été applaudi par le public et surtout par les plaignants, intervient après trois mois de débat et trois ans d’instruction. L’Église s’est retrouvée au cœur de la tempête dans cette sinistre affaire parce que le magistère, c’est le moins qu’on puisse dire, n’a pas pris les devants ni pour soutenir les victimes, ni pour participer à l’enquête ni pour enclencher des poursuites canoniques contre les deux prêtres. C’est maintenant fait : le procès canonique qui devrait aboutir à leur reconduction à l’état laïc est en cours et le Vatican a même présenté hier des excuses pour le mal commis par des deux prêtres mais refuse de considérer que l’Église a jamais couvert les coupables de ces crimes.

C’est la deuxième fois en Argentine qu’un tel procès aboutit à un verdict de prison ferme.

Au même moment, l’ex-évêque d’Orán, dans le nord-ouest argentin, accusé lui aussi de viol, qui avait fui grâce à une nomination opportune (mais brève) au Vatican, qui avait beaucoup choqué l’Argentine (on le comprend), est rentré pour répondre de ses actes après que la justice argentine ait émis contre lui un mandat d’arrêt international.

Pour en savoir plus :
Aujourd’hui :
lire l’article de Clarín sur les excuses présentées par le Vatican
lire l’article de La Nación sur le sujet.

vendredi 22 novembre 2019

Dédicaces au Salon du livre jeunesse de Montreuil [ici]


Le mercredi 27 matin, der 9h à 12h, et le samedi 30 novembre 2019 après-midi, de 14h à 17h30, je serai présente au Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil, à l’Espace Paris-Est, M° Robespierre, à Montreuil (93), sur le stand des Editions du Jasmin.

Exceptionnellement, pas de dégustation de mate sur le stand (la taille des tables ne le permet pas).

Après le général San Martín qui sera mis en vedette demain samedi 23 novembre à Tours, au salon La Plume et l’Epée, l’accent sera mis à Montreuil sur Contes animaliers d’Argentine.

Entrée libre et gratuite pour les moins de 18 ans.
Entrée à 5 € (dont un chèque livre de 4 €) pour les adultes.
Tout visiteur doit aller chercher sur le site Internet de la manifestation son pass entrée pour avoir accès aux lieux.

jeudi 21 novembre 2019

Nouvelle découverte paléontologique en Patagonie [Actu]

Extrait de l'article scientifique (Science Advances)
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

C’est dans la province de Río Negro que les paléontologues argentins viennent de faire une nouvelle découvertes : celle d’un reptile d’il y a 100 millions d’années à pattes et à corps de serpent. On a trouvé le fossile d’une tête et d’un corps d’une lisibilité émouvante à une telle distance temporelle. L’article marque un repère important dans l’histoire de l’évolution des reptiles qui a donné lieu hier à la publication d’un article en ligne dans le magazine Science Advances.

Résumé de l'article scientifique
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Página/12 a interviewé en espagnol l’un des chercheurs argentins signataires de ce papier international partagé entre des scientifiques de l’Université de l’Alberta au Canada et de la Fondation Félix Azara, du nom d’un immense savant espagnol du dix-huitième siècle qui a exploré les actuels territoires de l’Argentine, du Paraguay et de l’Uruguay.

Il est assez réconfortant de voir comment les Argentins sont parvenus à accumuler des publications internationales malgré la chute vertigineuse des budgets de la recherche publique sous le mandat de Mauricio Macri.

Pour aller plus loin :
accéder à l’article scientifique en anglais sur le site Internet de la revue.

Une dernière pierre dans la marre aux canards [Actu]

Evidemment, Página/12 se marre !

Hier, le gouvernement sortant de l’Argentine a publié par décret les nouvelles modalités de l’avortement légal (dit avortement non pénalisable) : c’était un petit chef d’œuvre d’hypocrisie (1) mais cela avait le mérite de proposer une solution momentanée à l’actuelle impasse législative montée en mayonnaise par Mauricio Macri qui avait envoyé au Congrès un projet de loi ouvrant la voie à la dépénalisation de l’IVG, tout en disant que lui-même était hostile, ce qui ne manqua pas de créer une bataille idéologique qui a renforcé les anti-IVG qui se disent "pro-life", les mêmes qui soutiennent par ailleurs les idées folles de la ministre de la Sécurité (et du président) qui prône la présomption de légitime défense dès qu’un policier fait usage de son arme et tue quelqu’un dans l’exercice (ou hors de l’exercice) de sa mission de service public…

Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Aujourd’hui la population argentine se partage entre les foulards bleu-ciel (anti-IVG) et les foulards verts (pro-dépénalisation).

Le président élu, Alberto Fernández, a récemment déclaré qu’il allait ouvrir le droit à l’avortement, n'hésitant pas à affronter l'opposition de l'Eglise, dont une bonne partie du magistère l'avait soutenu pour sa politique sociale et sa préoccupation pour les pauvres, victimes de la crise économique qui frappe le pays, surtout depuis deux ans (le candidat s'était bien gardé de se prononcer sur le thème d'une manière aussi claire mais son électorat ne laissait aucun doute sur la position qu'il prendrait). Fernández considère en effet qu’il s’agit non pas d’une question morale mais d'un sujet de santé publique, les femmes pauvres étant soumises à des pratiques clandestines d’une redoutable dangerosité. Depuis plusieurs années, les scandales se sont accumulés : des femmes mortes à cause de faiseurs/ses d’ange et des petites filles (12 ou 11 ans) obligées par des adultes (médecins, « bonnes âmes » bien pensantes, juges mâles) de garder leur enfant, qui sont nés gravement prématurés et qui n’ont pas vécu.

Cliquez sur l'image pour une haute résolution

L'opinion publique a beaucoup évolué en une dizaine d'années sur ce sujet. Lorsque Cristina Kirchner avait pris ses fonctions présidentielles, elle se disait profondément hostile à la dépénalisation et puis les mouvements féministes et sanitaires ont fait leur travail militant et la majorité argentine semble avoir maintenant accepté l'idée de retirer aux juges tout pouvoir sur cette question considérée comme intime. Cristina elle-même, alors sénatrice et bientôt vice-présidente, a prit la mesure du changement et elle s'était prononcée en faveur du projet de loi envoyé par Macri, auquel il n'a finalement manqué que quelques voix pour être adopté.

Donc pour une fois, Mauricio Macri avait pris une décision pas idiote. Mais il a dû retirer le décret devant la fureur des anti-IVG, qui forment une partie de son électorat résiduel. Publiées le matin, les nouvelles normes ont été annulées le soir même.

Evidemment, cela fait jaser dans les chaumières et dans la presse à vingt jours de la passation de pouvoir entre les deux présidents, sortant et entrant.

Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12 sur le nouveau scandale à droite
lire l’article de Página/12 sur les normes annulées
lire l’article de La Prensa (journal catholique de droite)



(1) Selon ces nouvelles normes, il aurait suffi à une femme voulant avorter de faire une déclaration sur l’honneur selon quoi elle était victime d’une relation sexuelle non voulue pour qu’un praticien hospitalier puisse pratiquer sur elle une IVG sans qu’aucun juge ou aucune autre autorité ne puisse s’y opposer. Ces normes créaient une présomption d’innocence pour la femme en tenant compte du fait que la jurisprudence a établi depuis environ un siècle que la grossesse provoquée par un viol ou un inceste pouvait être interrompue. Encore fallait-il qu’un juge reconnaisse le lien de cause à effet entre la grossesse et le viol, ce qui obligeait la femme ou la petite fille à comparaître dans des délais très courts devant un magistrat, qui, assez souvent, ne reconnaît pas le bien-fondé de la demande, y compris contre des fillettes violées par un membre de leur famille. Avec les nouvelles normes, toutes les femmes pauvres ou pas très riches, n’ayant pas les moyens de se rendre au Canada ou en Europe pour avorter légalement ni vu ni connu, auraient eu une amélioration de leur espérance de vie.