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Manu cruel : main cruelle, dit le titre C'est aussi celui d'un célèbre tango Cliquez sur l'image pour une haute résolution |
C’est la triste nouvelle qui
m’a cueillie au réveil dans les premiers rais de lumière filtrant
à travers la fenêtre ouverte pour un peu de fraîcheur
post-caniculaire : hier,
l’un de ses enfants a
trouvé Daniel Melingo inanimé,
chez lui, dans un quartier ordinaire de Buenos Aires, alors qu’il
luttait contre une pathologie pulmonaire sans remède (il était en
soins palliatifs à
domicile), ce qui ne
l’empêchait nullement de bâtir de nouveaux projets musicaux,
qu’il ne réalisera pas. Le rocko-tanguero à la voix cassée par
les intoxications de sa jeunesse était
déjà mort. Il n’avait
que 68 ans.
Ce qui m’a frappée à la
lecture des journaux
en ce petit matin parisien, c’est l’abondance des articles dans
la presse argentine.
J’avoue ma surprise car l’artiste était aimé et apprécié par
une partie du public mais ouvertement détesté, voire méprisé, par
une autre, qui allait jusqu’à lui dénier tout talent.
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| Daniel Melingo en mai 1983, jouant au sein des Abuelos de la Nada |
Or du talent, Melingo
en avait et, pour autant que je puisse en juger, il en avait à
revendre. Le timbre même de sa voix brisée, il s’en servait pour
susciter l’émotion, au moins aux oreilles des auditeurs sensibles
à cette esthétique décapante. Or il faut croire que ces auditeurs
sensibles sont beaucoup plus nombreux que ce que j’aurais imaginé
car aujourd’hui, ce n’est pas seulement Página/12
qui publie plusieurs articles sur Melingo. C’est aussi Clarín
(si, si) et La Nación !
Issu d’une famille d’origine
grecque, Daniel Melingo avait commencé la musique par des études
classiques au conservatoire, où il s’est formé, d’une manière
très rigoureuse, à la musicologie et à la clarinette. Baigné dès
sa naissance dans l’univers sonore et esthétique du tango, déjà
bousculé par la révolution introduite par Astor Piazzolla (en 1955)
et bientôt par Piazzolla associé au poète Horacio Ferrer (en
1968), Melingo, passionné par la musique de Aníbal Troilo, le
maître des deux précités, avait renoncé assez tôt au bandonéon,
l’instrument fétiche des deux compositeurs, eux-mêmes maître et
disciple : on lui en avait bien offert un mais il ne parvenait
pas à en tirer le son auquel il aspirait. Il était donc allé chez
un brocanteur l’échanger pour autre chose et cette autre chose fut
une clarinette, qui changea le cours de son destin musical.
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Une de ses dernières photos dans un café typique de Buenos Aires |
Très vite, Melingo bascule du
côté du rock, avec une bande de copains musiciens comme lui. Ils
forment le groupe Los Abuelos de la Nada (les grands-pères du néant
– en fait, il s’agit d’un jeu de mot avec le patronyme d’un
des musiciens, Abuelo). Le groupe a laissé sa trace dans l’histoire
du rock argentin et hispano-américain. On est alors dans les années
1980. Melingo se laisse happer par les paradis artificiels, le fléau
du rock depuis les années 1960. Il boit et se drogue et cela finira
par se voir dans son corps et par s’entendre dans sa voix qui
s’éraille. Arrivé à la moitié de la décennie, qui vit revenir
la démocratie et l’État de droit en Argentine, Melingo la quitte
et s’en va vivre en Espagne, alors que la Péninsule découvre la
démocratie et intègre le Marché Commun. C’est le temps d’autres
rencontres musicales qui viennent nourrir son expérience artistique
et son répertoire.
Melingo fait encore partie d’un
autre groupe de rock avant de retrouver son berceau, le tango, mais
ce sera un tango à sa façon, rude, rugueux, asocial, fantasque,
définitivement en-dehors des clous, tant dans la manière de le
chanter que dans le contenu du répertoire. Il se lie d’amitié
avec Edmundo Rivero et l’inspiration qu’il a puisée dans
l’observation du grand chanteur s’est ressentie jusqu’à ce
jour. Il fait aussi la connaissance du poète Luis Alposta (à qui
j’envoie toute mon amitié en ce jour de deuil). Melingo met en
musique ses textes caustiques et théâtraux aux chutes ciselées et
spectaculaires. De son côté aussi, lui-même écrit une partie du
répertoire qu’il enregistre.
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L'adieu d'un ami musicien "C'est pas possible, l'ami T'es parti sans prévenir ! Il nous manque le clip vidéo Bon voyage jusqu'au ciel, Dani" |
Daniel Melingo nous laisse de
nombreux disques au contenu décalé comme il l’était lui-même,
dont un Tango Rebetiko,
où il avait marié la tradition portègne dans laquelle il avait
grandi et celle de la Grèce dont provenaient ses ancêtres. Les
articles en ligne de Página/12,
Clarín
et La Nación
intègrent de nombreuses archives sonores et filmées de ses
spectacles et de ses albums.
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| Le message du grand rocker qu'est Fito Paéz |
Au lendemain d’une disparition
qui semble tous les avoir surpris, ses amis musiciens lui rendent
hommage avec des textes ou des images aussi poignants les uns que les
autres. Pour contesté qu’il ait pu être, c’est bien un grand du
tango et de la musique populaire urbaine qui vient de nous quitter.
© Denise Anne Clavilier
Pour aller plus loin :