mardi 20 février 2018

Cucuza fait sa rentrée ce soir à Villa Urquiza [à l'affiche]



Le chanteur Cucuza Castiello fait sa rentrée ce soir, mardi 20 février 2018, à 20h30, au Centro Cultural 25 de Mayo (ex-teatro homonyme), avenue Triumvirato 4444, dans le quartier de Villa Urquiza, dans l'ouest de Buenos Aires. Ce sera dans la grande salle.

Entrée libre et gratuite. Encore faut-il retirer les places, une heure avant le spectacle, au guichet du théâtre. Prévoyez une longue file d'attente. Allez-y sans trop attendre !

Habanera et Tango : quand Cuba influençait la musique à Paris, à Buenos Aires et à Montevideo [ici]



Le samedi 10 mars 2018, à 16h, à la Maison de la Culture et des Loisirs de Gretz-Armainvilliers (77), dans le cadre des Journées Culture du Monde, je donnerai une conférence sur l'histoire du tango et de la habanera dans la musique populaire et la musique savante (Habanera et tango - quand Cuba influençait la musique à Paris, à Buenos Aires et à Montevideo).

A l'issue de la causerie, vente et dédicace de mes livres sur la culture et l'histoire argentines. Il est recommandé de faire l'appoint ou d'établir son chèque à l'ordre des Editions du Jasmin (les prix des livres sont annoncés sur les page Livres de mon site internet, sous le lien ci-dessus)

Entrée libre et gratuite.

Cette année, les Journées Cultures du Monde ont Cuba comme pays invité d'honneur.

Au programme : plusieurs conférences, un exposition, des repas thématiques, un concert, une dégustation gastronomique sur le thème des Caraïbes.

Les informations sont à lire sur le site Internet de la ville et sur l'affiche.

Autres dates à retenir dans cette reprise, après la trêve de l'été austral :

Jacqueline Sigaut et Victor Simón vendredi à Pista Urbana [à l'affiche]



Après-demain, vendredi 23 février 2018, à 21h30, la chanteuse Jacqueline Sigaut et son accompagnateur attitré, le pianiste Victor Simón, se produiront à Pista Urbana, un petit café concert de la rue Chacabuco, à Monserrat.

Leur répertoire mêlera le tango et le folklore de cet immense pays encore à moitié en vacances d'été qu'est l'Argentine.

L'établissement n'est pas grand. Mieux vaut réserver à l'avance à l'adresse mail annoncée sur l'affiche.

samedi 17 février 2018

La chambre d'accusation maintient l'inculpation de Chocobar [Actu]

Página/12 utilise une image figée de la vidéo de surveillance
des faits incriminés

Malgré l'appui constant du gouvernement pour légitimer l'acte de violence homicide commis par le policier Luis Chocobar, la justice argentine a décidé de confirmer l'inculpation de ce dernier. Une bonne nouvelle pour la démocratie dans ce pays et la séparation de pouvoirs.

La chambre d'accusation (Cámara del Crimen) a alourdi le chef d'inculpation, qui passe d'excès de légitime défense, choisi par le juge d'instruction, à homicide aggravé et abus de l'accomplissement du devoir.

Le gouvernement et tout particulièrement son chef, Mauricio Macri, a renouvelé son appui à l'inculpé. De la part de l'exécutif, cela constitue incontestablement un manque de respect pour la magistrature et la justice et une conception plus que douteuse de la séparation des pouvoirs, pourtant rappelée solennellement par le chef de l'Etat lors de sa prestation de serment le 10 décembre 2015.

Rappelons que la victime, un jeune délinquant armé d'un couteau dont il s'était servi contre un passant pour lui dérober ses biens, avait dix-sept ans et que le Président Macri avait osé recevoir le policier mis en cause au lendemain de son inculpation par un juge des mineurs (la justice des mineurs étant compétente parce que la victime n'avait pas 18 ans).
Le gouvernement est donc pour la peine de mort, sans limite d'âge, et surtout sans procès ! Même si le coupable n'a pas lui-même donné la mort.

Clarín a préféré traiter l'affaire dans un tout petit titre
en bas à droite
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Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 sur le verdict de la chambre d'accusation
lire l'article de Página/12 sur les commentaires du président et de sa ministre de la Sécurité
lire l'article de La Prensa sur le verdict
lire l'article de La Prensa sur les commentaires de la ministre
lire l'analyse parue dans La Prensa pour justifier le comportement du policier à base de mensonge sur les procédures respectées entre autres en France et en Angleterre, où selon l'auteur, ces faits ne seraient pas poursuivis par la Justice (quel mensonge et quelle volonté de tromper le citoyen argentin pour justifier l'injustifiable... Ignoble !)
lire l'article de La Nación sur les commentaires du président
lire l'article de La Nación sur les commentaires de la ministre
lire l'article de Clarín sur le verdict
lire l'article de Clarín sur les commentaires du gouverneur de Salta, Juan Manuel Urtubey, un péroniste ligne historique (dans l'opposition) qui cultive le dialogue avec le gouvernement : il dénonce le fait que l'exécutif commente des décisions de justice

Ajouts du 18 février 2018 :
lire l'article de Página/12 qui analyse les désaccords qui se développent entre les membres du gouvernement, les alliés de Cambiemos et entre les deux pouvoirs, exécutif et judiciaire, après le soutien présidentiel renouvelé au policier inculpé, thème traité en manchette sur la une de ce dimanche
lire l'article de Página/12 sur l'analyse du verdict par deux associations de droits de l'homme qui approuvent la nouvelle qualification
lire l'article de Clarín sur la nouvelle stratégie de Mauricio Macri contre le juge argentin Raúl Eugenio Zaffaroni, qu'il ne peut démettre de la Cour Interaméricaine des Droits de l'Homme (quelque envie qu'il en ait), et contre les "garantistas", les partisans du respect des droits de tous, y compris des hors-la-loi, à une justice démocratique et équitable, comme les appelle avec mépris la droite sécuritaire, vers laquelle penche clairement le président.

Ajout du 20 février 2018 :
lire l'article de Página/12 sur les commentaires de l'Association des Magistrats, une organisation professionnelle proche de Cambiemos (alliance de gouvernement au pouvoir), qui critique la prise de position partisane hostile à la Justice de la part du président

jeudi 15 février 2018

Un autre géant en Patagonie [Actu]

Authentique panneau d'accueil à Villa El Chocón
Photo Alex Rebolledo

Un nouveau dinosaure gigantesque a été trouvé en Patagonie, dans la province de Neuquén, et il est partiellement exposé depuis hier au Museo Ernesto Bachmann, de Villa El Chocón, un très beau musée municipal de paléontologie à la lisière entre la Province de Neuquén et celle de La Pampa, au cœur de la "Steppe des Dinosaures" (Estepa de los Dinosaurios), puisqu'un important gisement de fossiles y a été découvert dans les années 1990.


Ce musée est l'une des perles touristiques et culturelles de la Patagonie, à 80 km de la capitale provinciale, dans une ville nouvelle érigée en 1969, pour accueillir le personnel d'un complexe hydro-électrique tout proche et tout ce qui accompagne ce genre d'infrastructure : écoles, commerces, services... La bourgade, à côté de son grand lac de retenue, est si petite qu'elle n'a pas de site Internet et son musée non plus ! Administrativement, elle dépend de la ville de La Confluencia, actuellement en plein festival de musique. Tout près de là, se trouvent les fameux Cerros Colorados, un massif montagneux connu pour les multiples couleurs des roches qui le composent.

Edith Simón (photo communication de la découverte)

Le nouveau mastodonte, baptisé Choconsaurus Baileywillisi, a pu être découvert grâce à une habitante de Villa El Chocón qui, un jour de 1995, l'année même de l'inauguration du musée, a retrouvé un morceau d'os fossilisé dans le sol mais ce n'est qu'en 2001 qu'un chantier de fouille a été ouvert, sous la direction de la paléontologue Edith Simón et par la volonté des autorités municipales. Il aura fallu trois campagnes de fouille pour dégager 54 os, soit 25% du squelette de l'animal vivant, qui mesurait entre 18 et 20 mètres de long, balançait sa petite tête d'herbivore à 20 mètres d'altitude et pesait 25 tonnes tout mouillé. Le spécimen découvert est vieux de 91 à 93 millions d'années. Son nom combine le nom de la localité et celui de Bailey Willis (1857-1949), un géologue nord-américain qui, au début du XXe siècle, avait conseillé au gouvernement argentin l'exploitation hydroélectrique du Río Limay.

Pour aller plus loin :

Prochaine dédicace à Bussy-Saint-Georges [ici]



Le samedi 3 mars 2018, de 10h à 18h, à Bussy Saint-Georges (77), retrouvons-nous autour d'un bon mate argentin pour découvrir la culture et l'histoire de ce pays sur le stand des Editions du Jasmin où je dédicacerai mes livres.

La manifestation est coorganisée par la ville de Bussy St-Georges et le Lions Club local, au Gymnase Maurice Herzog, 21-23 bld des Genêts.

Entrée libre et gratuite.

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Le samedi suivant, 10 mars, je sera à nouveau dans le département, cette fois-ci à Gretz-Armainvilliers, aux Journées Cultures du Monde, pour y donner, à 16h, une conférence sur les liens entre habanera, tango et opéra, dans un week-end consacré à Cuba.
Plus d'informations dès que la communication municipale sera prête !


Extrait de la partition de la habanera de Carmen, de Georges Bizet

samedi 10 février 2018

La rentrée des classes se lance dans l'économie collaborative [Actu]

Image institutionnelle d'une organisation sociale (syndicat du secteur public)
qui distribue des kits scolaires à ses affiliés


Après s'être intéressé il y a quelques jours au succès du modèle coopératif, le journal de droite libérale La Nación se penche aujourd'hui sur l'apparition de l'économie collaborative dans la préparation de la rentrée des classes qui aura lieu à la fin de ce mois.

Tout existe sur ce marché parallèle de troc, d'achat collectif et de revente d'occasion : fournitures scolaires, blouses blanches pour les uniformes (en vigueur dans l'enseignement public) (1) et vêtements de tous les jours.

Cette montée de l'économie alternative semble un assez bon symptôme de l'échec jusqu'à présent de la politique économique du Gouvernement qui promettait, il y a deux ans, d'apporter la prospérité à tous les secteurs sociaux. Ce n'est clairement toujours pas le cas.

Pour en savoir plus :



(1) A l'école publique, l'uniforme traditionnel est la blouse blanche, portée par les élèves et les professeurs. Dans la plupart des écoles privées, il existe aussi des uniformes. Ils s'inspirent souvent de la tradition des public schools anglaises. Les enfants et adolescents portent du vert et du bleu marine, avec des coupes très strictes, qui ne correspondant pas du tout à la culture argentine.

La justice argentine en zig-zag : deux pas à droite, deux pas à gauche [Actu]


Deux affaires occupent actuellement les observateurs judiciaires en Argentine :
  • qu'adviendra-t-il du sous-officier Luis Chocobar, inculpé pour mauvais usage de la légitime défense ayant abouti à la mort d'un délinquant et criminel mineur d'âge ?
  • et jusqu'où le ministre de l'Agriculture sera-t-il poursuivi pour le paiement d'une soi-disant prime, aussi généreuse qu'apparemment fictive, qu'il a récemment remboursée en intégralité à la Sociedad Rural, la fédération patronale agraire dont il était le président avant de se voir attribué, il y a deux ans, le portefeuille de l'Agriculture ?

Dans l'affaire Chocobar, le procureur et l'avocat de la défense font la même requête à la Chambre criminelle devant laquelle ils ont fait appel de la décision du juge d'instruction (de la justice des mineurs car la victime, et non l'auteur, est un mineur) : un non-lieu pour le policier !
Incroyable mais vrai : le ministère public et la défense ont la même interprétation des faits, alors qu'il y a eu mort d'un adolescent par un policier qui n'était ni en service ni en uniforme.
De surcroît, la nouvelle doctrine que la ministre de la Sécurité veut mettre en place, à savoir le libre exercice de la violence par la police à qui le doute devrait toujours profiter (ce qui est contraire à toute l'histoire du droit pénal démocratique partout sur le globe), semble avoir déjà été appliquée, à Quilmes, dans la banlieue sud et populaire de Buenos Aires, par une formation d'élite de la Bonaerense qui a, à nouveau, tué, de nuit, un adolescent de 17 ans. Sans doute encore une fois tout le contraire d'un enfant de chœur mais néanmoins c'était un mineur.
Le garçon a été abattu de trois balles, dont l'une dans le dos et une autre dans la jambe, et laissé agonisant sur le sol, sans que les secours soient appelés pour le soigner, lui sauver la vie et lui permettre plus tard de comparaître devant les tribunaux pour les faits dont les policiers le soupçonnaient. Quant au fonctionnaire qui a tiré, il n'est pas question pour l'instant d'un procès à son encontre et pourtant, il faudrait qu'une action judiciaire soit ouverte, pour faire la lumière sur ce qu'il s'est passé.
Il semblait bien, pourtant, que la Gouverneure, María Eugenia Vidal, n'était pas tout à fait d'accord avec cette politique du tout répressif qu'un autre cacique de Cambiemos, Esteban Bullrich, connu pour ses déclarations inconsidérées (1), vante à temps et à contretemps.

Página/12 fait sa une avec une photo du ministre de l'Agriculture
et un calembour maison (le remboursement : le retour, comme pour une série cinématographique)
et une manchette sur la grimpette politique de la ministre de la Sécurité
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Dans le scandale de corruption Etchevehere, comme se nomme ministre de l'Agriculture, un juge a osé l'inculper pour soupçon d'enrichissement illégal et le siège de la Rural a été perquisitionné pour comprendre l'opération incriminée et qui porte sur le transfert, sur le compte personnel du ministre, d'un demi-million de pesos argentins (ce n'est pas rien !). Nous verrons bien jusqu'où ira l'instruction et si l'affaire aboutira ou non devant une instance de jugement.

Dans le même temps, la justice a mis en prison des membres de l'ancienne majorité, élus municipaux de la ville de Curuzú Cuatiá (2), dans la Province de Corrientes, pour malversations et abus d'argent public. Traitera-t-on avec la même sévérité les deux dossiers ? Wait and see, comme on dit dans un autre pays...

Le meilleur dans tout cela, c'est le propos de Graciela Fernández Meijide, une militante des droits de l'homme qui reste à part, éloignée des associations chouchoutées par les Kirchner pendant les douze années de leurs trois mandats respectifs : intervenant dans une émission d'actualité à l'antenne de La Nación, elle a rappelé que les forces de police ne peuvent pas perdre leur sang-froid en intervention, que leurs membres ne peuvent pas se comporter comme des citoyens lambda qu'ils ne sont pas, qu'ils doivent d'abord et avant tout respecter la loi, que la ministre ne devrait pas soutenir systématiquement  et avec autant d'emphase n'importe qui et n'importe quoi avant même que les enquêtes aient permis de comprendre le déroulement des faits et qu'au lieu de prendre parti pour la police, avec précipitation comme elle le fait, elle serait plus avisée de se pencher sur la qualité de l'instruction initiale qui est dispensée aux agents des forces de sécurité et celle de leur entraînement physique et psychique au long cours.
Comme quoi, les Argentins sont tout à fait capables de raisonner sur ces sujets et que l'emballement actuel n'est pas une fatalité de je ne sais quel tempérament national passionné ! A écouter avec attention sur le site Internet de La Nación (ce n'est pas long, cela dure environ 2 minutes).

Pour aller plus loin :
sur l'affaire Chocobar
lire l'article de Página/12 sur les événements de Quilmes
lire le billet de Claudio Avruj, secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme, publié aujourd'hui dans La Nación, où il soutient que la procédure suit son cours (en ce moment, c'est assez difficile à croire)
lire l'article de La Prensa sur l'invraisemblable ligne commune entre le parquet et la défense de l'inculpé
lire l'article de La Nación sur l'équilibre des forces politiques au sein du gouvernement où Patricia Bullrich semble avoir gagné du poids depuis l'énonciation de sa doctrine sur la légitime défense (elle vient en plus de négocier un accord de coopération internationale entre la PFA, Policia Federal Argentina, avec le FBI, qui va former les officiers de la Federal – une bonne chose, car le FBI a une longue tradition, constitutionnelle et en partie légendaire, de lutte contre le crime)
lire l'article de Clarín sur l'invitation de Claudio Avruj adressée à la mère, célibataire, du jeune homme tué par Chocobar
lire l'article de Página/12 sur le refus que cette femme, issue du prolétariat, oppose au ministre puisqu'elle veut être reçue par le Président de la Nation puisqu'il a reçu en audience le meurtrier de son fils (il semble bien que cette mère ait été complètement dépassée par le comportement de son rejeton et qu'elle l'est tout autant par le raffut médiatique orchestré autour de sa mort. Il fait assez peu de doutes qu'elle soit plus ou moins manipulée par des formations d'opposition qui s'emparent de cette tragédie comme elles l'ont fait en août, en pleine campagne électorale, avec l'affaire Maldonado)
Sur l'affaire Etchevehere :
lire l'article de La Nación, qui a le grand mérite d'aborder cette information qui ne doit pas lui plaire (La Nación est historiquement proche de la Rural)
Sur l'affaire de Curuzú Cuatiá :
lire l'article de La Nación, qui illustre complaisamment avec le menottage de ces anciens élus, piétinant sans aucun scrupule toute présomption d'innocence, comme le fait généralement la presse argentine.

Ajout du 12 février 2018 :
lire, dans Página/12, cette longue interview du prix Nobel de la Paix Adolfo Pérez Esquivel où le vieux sage analyse, avec inquiétude, la dérive du gouvernement argentin, de ses décisions et de ses éléments de langage qui renouent avec des relents du dix-neuvième siècle. Le regard précis et lucide d'un homme de 86 ans respecté de tous les côtés (sauf les gens de très, très, très mauvaise foi).



(1) Pendant la campagne électorale, alors qu'il se présentait comme sénateur pour la Province de Buenos Aires, l'ancien ministre national de l'Education (et ministre portègne auparavant) a lancé devant Vidal qu'il se réjouissait de vivre dans un pays qui mettait chaque jour un gamin de plus en prison ("un pibe más que está preso"). Les 15 secondes vidéo de cette déclaration aussi sotte que méchante s'est viralisée dans la journée et reste en Argentine un grand classique de You Tube. Vous la trouverez facilement en tapant le morceau de phrase que je viens de citer. Et on a vu la gouverneure se retourner en sursautant pour le regarder avec une mine effarée. Plus tard, Esteban Bullrich a pris conscience de sa bévue et il est parti dans des explications embarrassées qui n'ont convaincu que ceux qui étaient ses inconditionnels. Le mal était fait et Sátirale complément satyrique de Página/12, s'en amuse aujourd'hui pour cette entrée en carnaval.
(2) Curuzú Cuatíá est pourtant une ville fondée en 1812 par l'un des plus intègres des fondateurs de l'Argentine indépendante, Manuel Belgrano (1770-1820). Le pauvre doit se retourner dans son urne, dans son gigantesque monument, sur le parvis de la Basilique du Saint-Rosaire, à Buenos Aires !

vendredi 9 février 2018

Amores Tango sort un nouveau disque pour le Carnaval [Disques & Livres]



Le quatuor Amores Tango présente son troisième album, intitulé Fronteabierta, ce soir, vendredi 9 févier 2018, à 21h, à La Tangente, Honduras 5317, dans le quartier de Palermo. Les réservations sont déjà presque épuisées. Amores Tango est une formation de clavier, violon, guitare et accordéon. Ce soir, ils ont invité le chanteur el Negro Falótico (pour le tango portègne) et Ibrahim Ferrer junior (pour la musique brésilienne).

Entrée : 250 $ ARG.

Le nouveau disque, en écoute libre sans téléchargement sur le site Internet du groupe, prend en effet l'accent brésilien sur quelques morceaux, celui du jazz manouche et de la musique klezmer sur une Milonga Gypsie et marie ailleurs le tango avec diverses traditions du folklore de l'Intérieur argentin. Un album qui bouscule les habitudes sans scandaliser personne.

Comme le disent les artistes dans l'interview publiée ce matin dans Página/12, « le tango s'entend bien avec les autres musiques ». Il s'agit là cependant d'une tendance récente car le genre a longtemps cultivé son quant-à-soi musical...

La chanteuse de tango Julia Zenko a accepté de prêter sa voix à leur arrangement du grand classique tanguero qu'est Nada, de José Dames et Horacio Sanguinetti (1944). Autre classique qui s'invite sur cet album : Vuelvo al sur, le morceau composé par Astor Piazzolla pour un film de Pino Solanas, qui a signé les paroles et qu'a créé Roberto Goyeneche el Polaco (1).

Après le concert de carnaval de ce soir, les quatre musiciens s'envolent pour une tournée en Europe.

Disque à découvrir sur le site Internet du quatuor.

Pour aller plus loin :
découvrir le groupe sur Facebook



(1) Vuelvo al Sur fait partie du corpus que j'ai traduit dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, publié aux Editions du Jasmin, en 2010.

Un livre sur le rock jujeño [Disques & Livres]



Un journaliste de Jujuy, Edgardo Gutiérrez, vient de publier chez Intravenosa (tout un programme pour une maison d'édition - intraveineuse) un livre de chansons qui présente le mouvement de la création rock actuel dans sa province.

Le livre sera disponible sur le stand de la province à la prochaine Feria del Libro de Buenos Aires, au moins d'avril. Il est préfacé par le chroniqueur de musique de La Nación, Gabriel Plaza, lui-même DJ à ses heures (et un bon, qui plus est).

La province de Jujuy se trouve à l'extrême nord-ouest de l'Argentine, dans les Andes. Elle fait partie de ces provinces périphériques, très riche du point de vue folklorique mais très éloignée du centre bouillonnant qu'est Buenos Aires.

Página/12 a consacré, ce matin, un article au livre et à son auteur dans son supplément sur la culture under-ground No.

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 - le titre fait un calembour comme la maison  les adore, La puna que lo parió (comprenez : "La Puna qui l'a mis au monde". La Puna est le nom géographique des plateaux andins de la province de Jujuy et l'expression pastichée s'emploie tantôt pour s'émerveiller tantôt pour insulter avec véhémence, la puta que lo (te) parió - en français, "fils de p...")

Flores Negras fait l'ouverture de saison chez Jac [à l'affiche]


Le quatuor vocal féminin Flores Negras est l'invité spécial de Jacqueline Sigaut qui reprend les soirées musicales chez elle à Palermo, tout près de Plaza Italia, demain, samedi 10 février 2018, à 21h30, en ce début de long week-end (1).


Cecilia Bonardi, Laura Esses, Alejandra Cañoni et Laura Hatton seront accompagnées pour l'occasion par Rodolfo Gorosito à la guitare. Les chansons du répertoire auront été arrangées par Oscar Laiguera.

Comme d'habitude, il faut s'inscrire pour participer selon les indications fournies par le visuel.



(1) Depuis plusieurs années, les Argentins ont récupéré le caractère férié des jours de carnaval, le lundi et le mardi gras, qui étaient traditionnellement consacrés aux festivités débridés d'avant le carême. Depuis longtemps, le carnaval déborde de ces quelques jours et occupent, selon les régions et les villes, tout ou partie du mois de février, le second mois des longues vacances d'été.

jeudi 8 février 2018

Conférence sur San Martín à Strasbourg, le 7 mars [ici]



Le mercredi 7 mars 2018, à 18h30, je donnerai une conférence intitulée San Martín, libérateur de l'Amérique du Sud, dans le cadre des conférences du Souvenir Napoléonien (Délégation Alsace), au restaurant L'Ancienne Douane, 6 rue de la Douane, 67000 Strasbourg. Une façon de découvrir qu'il n'y a pas que Bolívar dans cette partie du continent, loin de là ! Nous serons, de surcroît, à un mois du bicentenaire de l'écrasante victoire de Maipú, qui a scellé le sort du Chili, à une vingtaine de kilomètres au sud de Santiago, et assuré définitivement l'indépendance de la jeune république contre les forces absolutistes qui avaient déjà subi un coup des plus rudes un an plus tôt, lors de la bataille de Chacabuco, le 12 février 1817, après l'exploit de la Traversée des Andes (Cruce de los Andes) qui avait laissé l'opinion publique européenne bouche-bée.

Après avoir ainsi libéré le Chili, San Martín, né dans la future Argentine en 1778, devait porter ses armes jusqu'à Lima, dont il déclara l'indépendance en 1821, avec le soutien militaire et politique du gouvernement chilien présidé par son grand ami, le général Bernardo O'Higgins (1778-1842). C'était l'accomplissement de ce qu'on a appelé par la suite le Plan Continental, cette formidable campagne qu'il avait imaginée depuis Córdoba, en Argentine, pendant l'hiver 1814, alors qu'il était en convalescence d'une maladie qui sembla, à plusieurs reprises, le conduire au seuil de la mort et qui ne le détourna jamais de son projet d'émancipation de tout le sud du continent (1).

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Rappelons aussi que San Martín, une fois sa tâche accomplie, avait quitté sa terre natale, en proie à une guerre civile à laquelle il ne voulait avoir aucune part, et qu'il a passé ses dernières années sur le sol français, à Paris jusqu'à la Révolution de Février puis à Boulogne-sur-Mer, où il est décédé le 17 août 1850, dans une maison proche de la place Dalton qui est devenue plus tard un musée argentin extraterritorial (visitable du mardi au samedi, entrée gratuite).

Comme d'habitude, la conférence, d'environ 45 minutes, sera suivie d'un échange avec la salle et accompagnée d'une vente de mes ouvrages par un libraire présent sur place, en particulier les deux livres que j'ai consacrés à ce monument de l'histoire du Nouveau Monde, San Martín, à rebours des conquistadors (126 €) et San Martín par lui-même et par ses contemporains, (24,90 €), tous deux sortis aux Editions du Jasmin.


Entrée libre et gratuite, que l'on soit adhérent ou non.
Pour vous inscrire, prévenez par mail le délégué du Souvenir Napoléonien à Strasbourg, Monsieur Michel FONTANIE (micheletnicolefontanie#orange.fr).
Si vous voulez dîner ensuite (spécialités alsaciennes), il est conseillé de réserver auprès du restaurant.


Pour accéder à l'invitation en pdf, cliquez ici
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Le Souvenir Napoléonien est réparti sur tout le territoire métropolitain et il est présent ou représenté dans plusieurs pays d'Europe et d'Amérique. Chaque délégation régionale propose des activités diverses, conférences, voyages et excursions sur les lieux liés aux deux empereurs Bonaparte.


4e de couv. de San Martín par lui-même et par ses contemporains
2e édition
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Rappel :
mon article sur Miranda, un Vénézuélien qui fut général de la Première République Française, Francisco de Miranda, héros des trois révolutions, est paru dans la Revue du Souvenir Napoléonien, n° 513, janvier-mars 2018, en vente au Souvenir Napoléonien jusqu'à épuisement du numéro et actuellement disponible en vente en ligne (15 €) - voir l'entrée du 29 décembre dernier dans Barrio de Tango.


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Cet article a fait suite à une conférence que j'ai donnée à Paris, le 20 octobre 2016, dans le programme de la Délégation Paris-Ile-de-France, à la Mairie du VIIIe arrondissement.

* * *

Le samedi suivant, 10 mars 2018, je serai à Gretz-Armainvilliers, en Seine-et-Marne, pour une conférence qui se tiendra à 16h, à la Maison de la Culture et des Loisirs (avenue Armainvilliers) sur un tout autre sujet : les influences de la habanera sur le tango et sur d'autres musiques, depuis l'Argentine jusqu'à la France, dans le cadre d'un week-end de découverte de la culture de Cuba.

Plus d'information dès que le programme de la manifestation sera bouclé et diffusé par l'adjoint au maire chargé de la culture, qui est aussi le délégué francilien du Souvenir Napoléonien.

Pour connaître le Souvenir Napoléonien, visitez son site Internet
Pour découvrir l'Ancienne Douane, visitez son site
Pour connaître les activités de Gretz-Armainvilliers, consultez le site de la Ville
Pour vous faire une idée de mes conférences, vous pouvez en écouter en ligne quelques exemples sur mon site, ainsi que plusieurs interviews données à différentes radios et télévisions, en français et en espagnol (elles aussi sont disponibles en ligne sur mon site).



(1) San Martín souffrait d'asthme depuis août 1808, une maladie qui s'était déclarée immédiatement après la victoire (espagnole) de Bailén (contre les forces napoléoniennes). Par la suite, en Amérique, il développa un ulcère à l'estomac. Avec tout cela, il est tout de même monté jusqu'à 5000 mètres d'altitude dans les cols andins pour aller libérer le Chili retombé aux mains des absolutistes en 1814 ! Il lui a fallu beaucoup de courage et de détermination pour mener ses projets à bonne fin.

mardi 6 février 2018

L'Argentine prend une pente dangereuse [Actu]

Photo Communication du Ministère de la Sécurité argentin

Le Premier ministre argentin, Marcos Peña, vient de reconnaître qu'au moment de l'audience que le Président Mauricio Macri a accordée au policier inculpé, Luis Chocobar, il y a quelques jours, en en faisant un objet de communication politique ultra-médiatisé, le gouvernement avait connaissance des enregistrements de vidéo-surveillance du 8 décembre dernier qui montrent clairement que le policier a abattu un jeune malfaiteur de La Boca (17 ans) alors qu'il n'était pas en situation de légitime défense et qu'il n'était ni en service ni dans sa juridiction territoriale. C'est déjà très grave et d'autant plus choquant que ce gouvernement et cet homme politique avaient toujours déclaré qu'ils sanctionneraient les excès de violence policière, pour établir la confiance entre le peuple et ses forces de l'ordre et élever le pays à la hauteur des pays européens auxquels il brûle tant de ressembler depuis le milieu du XIXème siècle (et même avant).

La ministre de la Sécurité, Patricia Bullrich, comme à l'accoutumée aussi aimable qu'une porte de prison (c'est le cas de le dire), vient de déclarer très ouvertement, dans une interview à la radio, que le gouvernement souhaitait modifier la loi relative à la légitime défense dans un sens plus favorable à la police. Dans le projet gouvernemental, la charge de la preuve serait renversée en faveur du policier et le doute lui bénéficierait systématiquement, ce qui laisserait à l'agent des forces de l'ordre tout loisir de faire usage de son arme lorsqu'il poursuit un malfaiteur, ce qui met aussi en danger la vie des simples citoyens qui se trouveraient à portée de tir dans les alentours des faits. Elle précise que l'affaire Chocobar n'est pas un cas d'abus de la légitime défense car le sous-officier aurait agi comme le recommande la doctrine opérationnelle de sa profession !

Pour motiver sa vision paranoïaque des choses, la ministre donne pour exemple les deux cas les plus emblématiques qui soient de violence policière dans le pays, l'une supposée, l'autre incontestablement prouvée, les deux scandales qui viennent, tout au long de ces six derniers mois, de secouer l'Argentine et de la fracturer profondément, à savoir la noyade, sans doute accidentelle, de Santiago Maldonado, après une manifestation qui avait tourné à l'affrontement avec la Gendarmerie, et la mort violente, par balle et dans le dos, du jeune militant mapuche (ou supposé tel) Rafael Nahuel (1).

Pour lever tout ce qui pourrait rester de doute, elle justifie l'audience que Mauricio Macri a accordée au policier placé sous le régime de l'inculpation par un magistrat et elle la justifie alors que les vidéos qui montrent le comportement indéfendable et clairement illégal (dans l'état du droit) de, cet homme viennent d'être divulguées. Enfin, elle révèle l'ampleur de son mépris pour le magistrat instructeur.

Un cynisme sidérant, tellement en contradiction avec les belles promesses de la révolution de la joie, selon le joli slogan qui présidait à la prise de fonction du nouveau président en décembre 2015, quand tant de gens étaient sortis dans la rue pour l'acclamer sans agressivité envers l'ancienne majorité déchue.

Pour en savoir plus :
lire l'entrefilet de Página/12 sur les contradictions du Premier ministre
lire l'article de La Nación (qui semble avoir un peu de mal à encaisser les propos de la ministre transformée en harpie)
lie l'article de La Prensa
lire l'article de Clarín qui reproduit les propos de la ministre
lire l'analyse de Clarín sur l'ascendant que Patricia Bullrich semble prendre sur le chef de l'Etat au point de se substituer à lui sur cette affaire

Ajout du 10 février 2018 :
lire cet article de La Prensa sur la position commune du parquet et de la défense de Chocobar qui demandent tous deux un non-lieu au bénéfice du sous-officier qui a fait usage de son arme, tué un délinquant mineur, alors qu'il n'était ni en service ni dans sa juridiction. Que le parquet et la défense s'accordent dans une telle circonstances est scandaleux... Le parquet pourrait au moins, pour ne pas dire qu'il devrait faire mener le dossier jusqu'à la juridiction de jugement, à qui il appartient de droit de prononcer l'acquittement si les faits le permettent.

Ajouts du 12 février 2018 :
lire cet article d'hier dans Clarín où le Premier ministre Marcos Peña soutient, non sans cynisme, le "changement de doctrine" proposée par la titulaire du porte-feuille de la Sécurité
lire aussi, dans Página/12 de ce jour, cette interview approfondie de Adolfo Pérez Esquivel, le prix Nobel de la Paix argentin, qui analyse cette dérive de l'actuel gouvernement auquel il n'était pas d'emblée hostile lorsqu'il a pris ses fonctions en décembre 2015

Ajout du 13 février 2018 :
lire cette analyse d'une sociologue de l'Université Nationale de Quilmes publiée par Página/12



(1) Et dire que ce gouvernement prétend pouvoir accueillir le Pape François qui a mis comme condition à sa visite pastorale à son pays natal la réduction de la division du pays en deux et l'engagement de la population dans un chemin de réconciliation. Ils font tout ce qu'ils peuvent depuis le mois d'octobre pour diviser le pays et provoquer l'opposition au lieu de la respecter ! Estela de Carlotto, l'une des opposantes les plus en vue, à la tête de Abuelas de Plaza de Mayo, vient de faire savoir qu'elle serait reçue jeudi en audience à Rome par le Souverain Pontife qui vient de recevoir ce week-end le nouveau bureau de la Conférence Episcopale argentine qui n'a même pas pour l'occasion renouveler l'invitation officielle à venir visiter le pays.

dimanche 4 février 2018

Politique et violence policière en Argentine [Actu]

Une de La Nación vendredi dernier
On voit le président accueillir un policier inculpé
et lui serrer la main en souriant
Le gros titre dit :
"Geste fort du Gouvernement pour soutenir les policiers
et débouter les juges garantistas"
(trop scrupuleux dans l'application de la loi)
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Les faits :
Le 8 décembre dernier, un touriste nord-américain qui se promenait entre Caminito et le stade de La Bombonera à la Boca -ce qu'il ne faut jamais faire, surtout en touriste (1)- a été attaqué par deux jeunes malfrats d'une vingtaine d'années dont l'un lui a donné une dizaine de coups de couteau pour le dépouiller. Un sous-officier de la Bonaerense, la police provinciale de la Province de Buenos Aires, alors que la Boca appartient à la Ville Autonome de Buenos Aires et non pas à la Province homonyme et limitrophe, a tenté de poursuivre les malfrats alors qu'il était en civil et se trouvait hors de sa juridiction. Ce policier, Luis Chocobar (son nom est partout dans la presse) a sorti son arme de service, a fait -dit-il- les sommations d'usage (mais sans le port de l'uniforme qui rendait reconnaissable sa qualité de policier) et il a tiré, blessant mortellement l'un des deux dangereux délinquants, qui n'avait que dix-sept ans. L'autopsie comme la vidéo de rue montrent que le garçon a été touché dans le dos, alors qu'il fuyait et qu'il n'y avait donc pas proportionnalité de la réponse de la part du policier. Le sous-officier, âgé de trente ans, a été inculpé pour "excès dans l'exercice de la légitime défense" et le juge d'instruction (issu de la justice des mineurs, vu l'âge de la victime) lui a imposé la mise sous séquestre d'une grosse somme d'argent avant de le laisser en liberté (c'est la pratique légale qui remplace notre régime de liberté sous contrôle judiciaire). Et cependant, très vite après, vendredi dernier, sans donc laisser à la justice beaucoup de temps pour dérouler sa procédure, le gouvernement, président et ministre de la Sécurité en tête, a couvert d'éloge le policier à la gâchette facile (gatillo fácil, comme on dit en Argentine).
Dans cet uniforme qu'il ne portait pas le jour des faits, l'homme a même été reçu en audience, avec son supérieur hiérarchique, par Mauricio Macri, dans son bureau, à la Casa Rosada, sous le regard des médias et en présence de la ministre Patricia Bullrich, laquelle lui a ensuite tressé des lauriers lors d'une prise de parole publique. Il a été dit officiellement que ce sous-officier avait fait preuve de courage. Bref, il a été traité en véritable héros dans le discours officiel, malgré la mort d'un gamin (qui n'était pas un enfant de chœur, tout le monde est d'accord là-dessus, mais qui n'avait que 17 ans et aurait donc pu retrouver le bon chemin avec une sanction et un accompagnement adaptés).

Il ne semble pas illégitime de se demander en quoi tirer avec une arme à feu sur un adolescent armé d'un couteau, qui vous tourne le dos et se trouve à sept mètres de distance est une preuve de courage (surtout pour un professionnel des forces de l'ordre) et comment, après cela, le gouvernement pourra continuer à prétendre qu'il respecte la séparation des pouvoirs et laisse faire les magistrats, en toute indépendance, sans exercer aucune pression sur leur travail !

Même photo à la une de Clarín ce même vendredi 2 février
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Par la suite, la mère de l'adolescent tué a pris tous les journalistes qui voulaient bien l'entendre à témoin de ce que le criminel n'était pas son fils mais le sous-officier de la Bonaerense. De là à en faire un innocent, il n'y avait qu'un pas. C'était un peu trop ! Ce genre de sortie médiatique a, là-bas comme ici, le don de révolter la partie de l'opinion publique qui croit à la vertu de la répression (la mano dura) tandis que l'autre partie, que la première a tôt fait de taxer avec mépris de "garantista" (militants des garanties de la procédure pénale), croit qu'un Etat de droit se reconnaît à son respect scrupuleux des droits de la défense et donc, en premier lieu, à celui du droit à la vie. D'autant que dans cette circonstance, le touriste nord-américain n'est pas mort, il est même bien vivant, il a quitté l'hôpital assez vite et il marche sur ses deux jambes, même s'il est plus que probable qu'il conserve et conservera longtemps des traces de cette agression, qu'elles soient physiques et/ou psychiques. Une rencontre a été organisée devant la presse entre lui et le sous-officier inculpé et les deux hommes sont tombés dans les bras l'un de l'autre, ce qui a donné du grain à moudre aux démagogues qui instrumentalisent l'insécurité au lieu de lutter contre elle intelligemment.

Une de Página/12 ce matin
L'info est traitée tout en haut, au-dessus du titre :
Un par un, [tous] les mensonges du gouvernement dans l'affaire Chocobar

Dès le lendemain de l'audience contestée (et contestable), la chaîne de télévision C5N, toujours dans l'opposition malgré la mutation de son capital, a diffusé des images de deux caméras de surveillance, lesquelles font clairement apparaître qu'il n'y avait pas de légitime défense. Tous les journaux ont repris l'info. A gauche, on dénonce l'appui du gouvernement au sous-officier. A droite, on s'interroge sur la précipitation dont le gouvernement dans son ensemble et surtout Mauricio Macri ont fait preuve en prenant position en faveur du policier, pour ne pas dire en faisant l'éloge de son comportement, qui, après examen de ces bandes, n'en semble vraiment pas digne dans une démocratie.

Pour aller plus loin :
lire l'analyse des mesures prises par le magistrat instructeur dans La Nación
lire l'analyse de l'argumentaire du juge, que Clarín rapproche des positions du juge Raúl Zaffaroni, la tête de turc garantista préférée de la droite dure
lire l'article de Página/12 le 2 février dernier immédiatement après l'audience du policier à la Casa Rosada
lire l'article d'aujourd'hui où un journaliste de Página/12 tâche de démonter l'opération médiatique montée par le gouvernement autour de ce fait divers qui sert une partie de ses intérêts politiques du moment
lire l'article d'aujourd'hui de La Nación qui analyse les résultats de l'autopsie qui incriminent Luis Chocobar, avec un gros titre qui ne laisse pas de place au doute en faveur du policier
lire l'article d'aujourd'hui de ClarínHoracio Rodríguez Larreta, chef du Gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires (Cambiemos), prend encore la défense du sous-officier de la Bonaerense



(1) L'Ambassade de France en Argentine (et elle n'est pas la seule) est très claire à ce sujet : il ne faut pas se rendre à pied à La Bombonera. Cette section de voie publique n'est pas sûre. La police n'y est pas présente et un touriste, et cette qualité se remarque au premier coup d'œil averti (appareils photos et/ou smartphone dernier cri, vêtements de l'hémisphère nord, façon de regarder le paysage urbain autour de soi, allure du pas qui n'est pas celle de l'habitant du coin, etc.), est une proie idéale pour les délinquants à l'affût, prêts à bondir, seul ou en bandes organisées, sur les imprudents qui s'échappent de la zone toute proche et ultra-sécurisée de Caminito, un must touristique hideux et définitivement vulgaire, à l'inverse de tout ce que voulait mettre en place dans les années 1960 son concepteur, le grand peintre Benito Quinquela Martín, dont le musée se trouve à cinquante mètres de là et est le plus fréquentable du monde (allez-y en taxi ou en bus).
La ville de Buenos Aires ne semble pas s'intéresser le moins du monde à la sécurité dans cette partie du territoire municipal et c'est ainsi depuis de très nombreuses années. Je n'ai jamais connu une seule année où il n'était pas fermement recommandé de ne pas y mettre les pieds.