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| "Maintenant et pour toujours", dit le gros titre sur cette photo récente de la disparue Cliquez sur l'image pour une haute résolution |
Fille d’un militaire qui fit carrière dans la cavalerie et se retira avec le grade de lieutenant-colonel, Lidia Estela Mercedes Miy Uranga, dite Taty, était née le 28 juin 1930. Elle vient de nous quitter à l’âge de 95 ans dans son sommeil, entourée des deux enfants qu’il lui restait, sa fille et l’un de ses deux fils, à l’Hôpital Italien, où elle avait été admise il y a trois semaines.
Taty Almeida était tout à la fois ce qu’on appelle en français familier « une sacrée bonne femme » (on ne la lui faisait pas !) et une adorable minuscule vieille dame qui vous donnait envie de la serrer dans vos bras... Jusqu’à son dernier jour, elle est restée une militante active des Droits de l’Homme, une résistante dans l’âme. Elle était la présidente de l’association Madres de Plaza de Mayo Línea Fundadora, celle des deux associations issues du mouvement des Mères [de disparus] de 1976 qui est inclusive, tolérante et sans option partisane autre que celle de la démocratie et de l’État de droit, même si Taty Almeida s’est montrée aux côtés de Cristina Kirchner, surtout à partir du moment où l’ancienne présidente a été en but à des manœuvres judiciaires et médiatiques déloyales destinées à la faire condamner coûte que coûte pour l’écarter des processus électoraux (où elle a toujours gardé des chances d’être élue).
Taty Almeida avait rejoint le mouvement des Mères de la Place de Mai parce qu’elle recherchait son fils qui est toujours porté disparu à ce jour. Elle avait bien entendu compris depuis longtemps qu’il était mort et elle n’aura hélas jamais pu le porter en terre.
Elevée dans une famille militaire, elle-même mariée avec un officier, dont elle a divorcé avant le coup d’État en 1970, elle était politiquement opposée au péronisme et cela n’a pas suffi à épargner sa famille sous le régime dictatorial de la Junte militaire de 1976-1983, dont la plupart des victimes appartenaient au vaste mouvement du péronisme, lequel se développe sous des formes multiples, qui va de la gauche révolutionnaire à la droite autoritaire en passant par la gauche de gouvernement dans le cadre démocratique (pour les effectifs les plus nombreux).
De profession, Taty Almeida (du nom de son mari et donc de ses enfants) était enseignante (comme l’était d’ailleurs aussi Estela de Carlotto, présidente de Abuelas de Plaza de Mayo). Son fils disparu, Alejandro, avait commencé sa vie professionnelle comme journaliste à la défunte agence de presse nationale Télam puis en 1974, il était entré à l’institut national de météorologie (que Milei est en train de détruire) tout en faisant parallèlement des études de médecine. Sans rien dire à sa mère, qu’il savait opposée à cette option, Alejandro Almeida avait rejoint un groupe révolutionnaire péroniste qui n’hésitait pas à utiliser la violence contre la dictature et, un jour, il a disparu le 17 juin 1974, neuf mois avant le coup d’État de Videla et consorts, sans doute victime de la Triple A, l’association argentine anti-communiste fondée par le couple Perón, Juan et Isabel qui lui succéda après le décès de son mari. Taty Almeida a frappé à toutes les portes des militaires qu’elle connaissait par son parcours familial et personnel. En vain. En 1976, elle s’est fait violence pour se rapprocher de l’association Madres de Plaza de Mayo qui l’a accueillie avec une empathie et une sororité qu’elle n’avait pas imaginées. Elle a alors connu une sorte de conversion politique. Abandonnant ses préjugés idéologiques, elle a rejoint la lutte pour les droits de l’Homme au sein de cette association alors unitaire.
En Argentine, le mot « gorila » (gorille en français) désigne les anti-péronistes. Avec un sourire, elle aimait dire d’elle-même qu’elle était une « gorille épilée » (ou rasée). Après la répression militaire, en 1983, l’horizon démocratique lui avait redonné de l’espoir jusqu’à l’élection de Javier Milei, qui porte en lui, avec ses alliés, la volonté de réhabiliter la Junte et son régime de répression sanglante.
En avril dernier, devant ses enfants survivants et ses petits-enfants, la UBA (Universidad de Buenos Aires) l’avait faite Docteure honoris causa, ce qui l’avait émue aux larmes. Taty Almeida avait pris part aux célébrations du cinquantenaire du coup d’État de 1976 organisées par Página/12 et, dans ce cadre, en décembre dernier, elle avait accordé une interview au quotidien qui la republie aujourd’hui sur son site Internet (ici en vidéo).
Samedi, elle semblait aller mieux. Elle s’était même maquillée pour une séance de photo. La veille de sa mort, elle avait téléphoné à Página/12, comme elle le faisait très fréquemment, pour signaler une activité à venir des militants des droits de l’Homme. Pourtant hier matin, ses enfants ont pu constater qu’elle allait vraiment très mal. Elle s’est éteinte hier soir à 19h30.
Taty Almeida sera veillée aujourd’hui, de 14h à minuit puis demain de 8h à midi, à la Fédération des Ouvriers et Salariés Téléphoniques de la République Argentine (FOETRA), dans le quartier central de Balvanera, à Buenos Aires.
La famille a demandé qu’il n’y ait pas de fleurs. Un seul hommage est recevable : un don à Madres de Plaza de Mayo Línea Fundadora pour que celles-ci continuent la lutte dans le contexte très hostile développé par les actuels pouvoirs publics tant au niveau fédéral qu’à celui de la Ville autonome de Buenos Aires.
Pour aller plus loin :










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