samedi 19 juin 2021

Demain, c’est la fête du Drapeau : tout le monde devant la télé [Actu]

Manuel Belgrano dans la série Zamba
A côté de lui, l'esclave noire qui vient de coudre le drapeau
Tout autour, le campement de l'armée du Nord commandée par Belgrano
(Zamba est le petit personnage en blanc, à gauche)
Tous les enfants argentins s'identifient à ce petit écolier


Demain, les Argentins fêtent leur drapeau, à la date anniversaire de la mort ou plutôt du passage à l’immortalité de Manuel Belgrano (1770-1820), son créateur, à Rosario, en 1812.

C’est d’ordinaire un jour férié mais demain, ce sera dimanche. Donc le jour férié ne se fera guère sentir. Et en plus, l’Argentine se trouve en confinement, plus ou moins serré selon le lieu, la province, voire la municipalité.

Les chaînes de télévision publiques sortent donc le grand jeu et vont toutes participer à la célébration de la mémoire du héros et de l’événement…

Página/12 nous donne ce matin le programme au complet : Canal Encuentro, la chaîne culturelle qui ressort son biopic (on n’est pas obligé d’aimer), Pakapaka qui fait appel à un dessin animé didactique très bien fait et qui a permis aux enfants de s’approprier l’histoire en s’amusant beaucoup plus qu’à l’école où l’histoire est ultra-barbante (le petit Zamba fait son excursion au monument au Drapeau de Rosario). Même Depor-TV, la chaîne du sport (deporte), participera à sa mesure.

Une bonne occasion de découvrir ces chaînes, qui ont des fenêtres sur Internet, malgré le décalage horaire.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

Macri en promo (et en campagne) : bolsonarisme et rétropédalage [Actu]

Une une presque monothématique :
En haut, les propos polémiques avec une photo fort peu souriante
En bas, la photo de l'annonce d'une nouvelle loi
qui revalorisera le métier d'infirmier, avec cette citation présidentielle :
"La santé ne peut pas être laissée aux mains du marché"


Hier, Mauricio Macri était à Mendoza pour la promotion de son livre, Primer tiempo (première mi-temps), consacré à sa présidence (2015-2019). Il devait se sentir en terre conquise puisque Mendoza est gouvernée à droite (opposition nationale). Il s’est donc lâché.

Il a en effet déclaré quil n'aurait jamais pu croire que l’irruption de cette maladie, qui est un peu plus grave qu’une grippe, pourrait empêcher qui que ce soit de dormir. Alors que tous les chefs d’exécutif partout dans le monde, mis à part quelques pays dirigés par des autocrates irresponsables, ont bousculé leurs projets pour faire face à la crise sanitaire.

Et tout cela arrive dans un contexte déjà chargé. Il y a d’abord eu récemment sa vaccination à Miami qui a scandalisé nombre de ses compatriotes. Dans le même élan, on a appris qu’à l’époque de la transmission du pouvoir, il avait conseillé à son successeur de ne pas se tuer à la tâche et lui avait donné en exemple son propre emploi du temps : réveil à 7 h, travail de 9 h à 18 h (19 h au plus tard), et ensuite il n’y a plus qu’à buller parce que la charge de la présidence serait « tout à fait épuisante » (vous parlez d’un scoop !). Il y a quelques jours, lors d’une émission de télévision aussi snob que célèbre, on a vu Mauricio Macri confirmer tout cela et se vanter d’avoir passé la plupart de ses soirées de président à engloutir des séries Netflix en s’interdisant de s’intéresser à quoi que ce soit en rapport avec sa charge publique jusqu’au réveil le lendemain matin. Peu après le second tour, il avait aussi recommandé à son successeur de prendre des vacances toutes les deux semaines, ce qu’il avait lui-même fait sans jamais se cacher. Bien au contraire : il se montrait très souvent sur les réseaux sociaux en pleine détente en famille, dans l’une ou l’autre de ses somptueuses résidences secondaires, étendu sur une chaise longue.

Macri posant avec son livre, à Mendoza

En Argentine, on comptera bientôt 90 000 morts du covid pour une population totale de 44 millions d’habitants. Les propos de l’ancien président ont donc soulevé un tollé tel qu’il a dû présenter ses excuses quelques heures plus tard, ce qui est passé par les réseaux sociaux. Cette énième bourde politique, en pleine campagne électorale, a été commentée par tous les journaux, même les plus favorables à l’opposition.

Le Premier ministre a condamné en des termes sévères et ciselés avec précision l’insensibilité dont l’ancien chef de l’État a de nouveau fait preuve envers ses compatriotes éprouvés :

« Es un hombre poderoso y rico, y piensa que tiene acceso a los mejores médicos, tratamientos, que puede ir al exterior a vacunarse, y viajar por el mundo cuando todos estábamos aquí, haciendo contención del virus. »

« C’est un homme de pouvoir et un homme riche. Il pense qu’il a accès aux meilleurs médecins, aux traitements, qu’il peut partir à l’étranger pour se faire vacciner et voyager dans le monde entier au moment où nous tous, nous étions ici, à lutter pour contenir le virus. »
Traduction © Denise Anne Clavilier

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12, le seul journal à avoir mis l’info à sa une
lire l’article de La Prensa
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación

vendredi 18 juin 2021

Bientôt, un billet à l’effigie de Güemes [Actu]

Hier, le président au milieu des autorités locales de Salta
(Photo Casa Rosada)
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Le président argentin l’a annoncé hier dans son discours en hommage à Martín Güemes dont Salta (et toute l’Argentine) commémorait le bicentenaire de la mort : dans les choix qui seront faits pour la nouvelle série de billets de banque, Güemes aura sa place. Ce sera la première fois que son effigie arrivera sur cet outil d’unité nationale.

Une une entièrement consacrée aux cérémonies
et aux incidents périphériques
Ces gens qui manifestent en hurlant sont des représentants
d'associations populaires exclues exceptionnellement des cérémonies
Le président les a laissés passer. Sans quoi, tout le monde aurait hurlé à la censure
Le responsable local des mesures sanitaires a donné sa démission
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Actuellement, il reste en circulation un bon nombre de billets anciens, qui datent d’avant la présidence de Mauricio Macri, mais les nouveaux, qui devraient disparaître ou être remplacés peu à peu au cours du présent mandat, portent des effigies d’animaux sauvages. C’était une idée de Macri qui prétendait ainsi éviter les clivages politiques. De la cancel-culture de droite quelques années avant que cette idée états-unienne de gauche envahisse le monde. Du négationnisme de l’histoire en général !

La photo souvenir de l'émission philatélique
La présidente de Correo, le président de la République, le gouverneur

Avec Güemes, c’est aussi San Martín et Belgrano qui doivent revenir dans les portefeuilles des Argentins. On a du mal à le croire mais Mauricio Macri avait aussi écarté ces deux hommes (en démonétisant les deux billets correspondants), qui sont pourtant les figures les plus consensuelles de toute l’histoire du pays !

Dans le même ordre symbolique, Correo Argentino, la poste publique, a émis un timbre pour philatéliste. Ensemble, le président et le gouverneur de Salta ont oblitéré les premiers exemplaires.


"Mauvais moment pour relativiser le droit
à la propriété privée", rouspète le gros titre
Sur cette une très agressive, La Prensa
réduit les propos du Pape à l'OIT au seul contexte argentin
Le pays serait en train de sombrer dans le "socialisme"
En dessous, la photo du discours présidentiel à Salta
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Par ailleurs, ce bicentenaire a été gâché par des manifestations politiques ultra-partisanes et les journaux s’en font l’écho, la presse de droite se précipitant pour souligner tous les couacs et en faire porter la responsabilité au président et à sa visite officielle sur place. Cette attitude est d’autant plus dérangeante que les manifestants protestaient surtout contre les mesures sanitaires (fermeture des restaurants et des écoles, limitation du tourisme, restrictions à la participation aux cérémonies), comme s’il y avait d’autres solutions à mettre en œuvre !

© Denise Anne Clavilier
www.barrio-de-tango.blogspot.com

Pour aller plus loin :

lire le communiqué officiel de Correo Argentino (qui n’a pas encore mis le nouveau timbre dans sa boutique en ligne)

En mai, le seuil de pauvreté est resté inférieur à l’inflation générale [Actu]

Infographie INDEC
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Au lendemain du rapport sur l’inflation (IPC, indice des prix à la consommation), l’INDEC a publié hier son étude mensuelle sur les seuils de pauvreté et d’indigence à partir de l’étude de deux paniers de produits et biens de consommation courants disponibles sur Buenos Aires et sa grande couronne.

On y découvre que le panier de base (produits alimentaires) a augmenté de 2,8 % en mai, contre une inflation moyenne générale de 3,3 %. En revanche, sur douze mois, cette même sélection a augmenté de 53,4 %, ce qui est très largement supérieur à l’inflation sur la même durée (48 %).

Ce panier de base permet de déterminer les revenus nécessaires pour dépasser le seuil d’indigence, que l’organisme calcule par foyer de 3, 4 ou 5 membres.

Le seuil de pauvreté a quant à lui augmenté dans des proportions moindres : 2,4 % par rapport à avril et 49,6 sur les douze derniers mois.

Le rayon viande dans un hypermarché de l'enseigne argentine Coto
On peut voir les prix (photo Rafael Mario Quinteros, pour Clarín)
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Le gouvernement argentin envisage de répartir des aides financières aux plus pauvres, notamment aux titulaires des petites retraites. Il serait aussi sur le point de signer un accord avec les producteurs de viande pour rouvrir les frontières à l’exportation contre la garantie d’une fourniture de viande suffisante et à prix raisonnables sur le marché intérieur.

© Denise Anne Clavilier

Pour en savoir plus :

jeudi 17 juin 2021

A Salta, la nuit dernière, à minuit [Bicentenaire]

Une de El Tribuno (édition de Salta)
En bas, la photo officielle avec le gouverneur et le président


C’est aujourd’hui le bicentenaire de la mort de Martín Miguel Güemes, le gouverneur de Salta à l’époque de la guerre d’indépendance. Le seul chef de la révolution qui ait, en Argentine, trouvé la mort de la main des partisans du régime colonial. Le président argentin Alberto Fernández a fait le déplacement et il est arrivé hier dans la nuit, sous un froid intense tel qu’on le connaît rarement si près du tropique du Cancer, pour participer à la cérémonie traditionnelle au pied de la statue du héros : la guardia bajo las estrellas (la garde aux étoiles). Il a été accueilli au pied de l’avion par le gouverneur de la province, qui a considéré cette visite comme un honneur, et la maire de Salta.

Affiche officielle de la Province

Par la suite, le chef d’État a croisé des comités d’accueil beaucoup moins agréables : quelques centaines de manifestants qui ont osé politiser l’hommage à celui qu’ils disent être le héros local de la probité et du courage. Insultes, cris hostiles, pancartes, klaxon et concert de casseroles.

Dans la presse nationale, Página/12 ne parle aujourd’hui que de la cérémonie tandis que Clarín et La Nación se régalent devant les manifestations hostiles. Tout est bon dans la campagne électorale !

La garde d'honneur hier à minuit
dans leur uniforme historique, dit des Infernales de Güemes
Photo Gouveernorat de Salta

Le quotidien local, El Tribuno de Salta, équilibre les deux événements et rend compte de la visite qui continue aujourd’hui avec d’autres cérémonies traditionnelles. Le journal reproduit en vidéo la garde de nuit.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

Par ailleurs, La Nación profite de l’occasion pour publier une interview de l’historien Miguel Angel De Marco qui fait du même coup la publicité de sa biographie du héros saltègne tandis que El Tribuno propose à son lectorat un supplément de 55 pages, téléchargeable gratuitement, intitulé Güemes, el legado de un patriota.

Le monument à San Martín en cours de restauration après plusieurs actes de vandalisme [Actu]

Quand on connaît ce monument et qu'on le voit en cage comme ça,
cela donne envie de pleurer !


Sur Plaza San Martín, dans le quartier de Retiro, au nord de Buenos Aires, s’élève un superbe ensemble sculptural en hommage au grand Libérateur du continent. Depuis le début du confinement, le monument fait l’objet de nombreux actes de vandalisme sur cette place entourée d’immeubles où il a beaucoup de bureaux, privés et officiels, et un peu moins d’appartements et où de nombreux arbres peuvent cacher ce qu’il se passe autour de la statue.

Depuis quelques semaines, elle a été entourée de grilles imposantes, si travaillées qu’on peut douter qu’elles soient destinées à disparaître. Tout l’effet fédérateur du monument a disparu : ce n’est plus un lieu où tout le monde pouvait se rassembler, quelle que soit sa classe sociale. C’est devenu un colosse intouchable. Le but de ces grilles est bien sûr de protéger ce qu’il reste de cet ensemble qui a perdu plusieurs éléments de la statue équestre (on lui a volé son sabre : il faut être pervers pour faire ça !). Les plaques commémoratives ont aussi disparu (elles sont en bronze en général et attire de plus en plus les margoulins). Plusieurs éléments symboliques, en particulier des casques antiques en bas-relief, sont eux aussi aux abonnés absents.

Le monument tel que peuvent le voir les personnes
qui ont le droit de pénétrer dans l'enceinte

Les services du patrimoine sont donc occupés à restaurer le monument, pièce par pièce.

Clarín publie ce matin un reportage sur cette catastrophe, avec de nombreuses photos. Le 17 août, c’est là qu’on rend hommage à San Martín, pour l’anniversaire de sa mort à Boulogne-sur-Mer, en 1850.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

Nette inflexion de l’inflation [Actu]

Synthèse générale
Infographie INDEC
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Au mois de mai, l’inflation a marqué une légère mais nette inflexion : 3,3 % en moyenne sur le mois contre 4,1 le mois dernier. Et pour la première fois depuis longtemps, il a fallu que l’INDEC, l’institut national de statistiques, créé des colonnes négatives pour tenir compte de quelques reculades, certes modestes mais très rares, dans le Gran Buenos Aires et la région de Cuyo (provinces de Mendoza, San Luis et San Juan).

Variations interannuelles et par catégorie
Infographie INDEC
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En interannuel, le taux d’inflation atteint toutefois les 48 % tandis que le cumul depuis le mois de janvier s’élève à 21;5 %.

Ce mois-ci, ce sont les transports et la santé qui ont connu les plus fortes augmentations.

L'inflation et les variations générales
Infographie INDEC
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Autre nouveauté : les variations régionales sont peu prononcées en moyenne et ce n’est pas Buenos Aires et son bassin urbain qui mènent le bal.

© Denise Anne Clavilier
www.barrio-de-tango.blogspot.com

Pour aller plus loin :

accéder à l’ensemble du rapport sur le site de l’INDEC

Reconnaissance officielle pour La Pompeya [Actu]

La petite équipe de la pâtisserie


La Pompeya est une boulangerie-pâtisserie du quartier de San Cristóbal, à Buenos Aires. Elle a été fondée en 1920 et n’a jamais cessé ses activités. Elle fabrique et vend des spécialités napolitaines (d’où son nom) qui régalent tout le quartier.

La Pompeya vient de recevoir une reconnaissance officielle : la petite boutique a été déclarée lieu d’intérêt culturel par la Legislatura de Buenos Aires.

Une petite vitrine qui n’a l’air de rien et pour laquelle il faut être initié pour avoir l’idée d’ouvrir la porte tant ses délices sont mal mis en valeur. A croire que les patrons les cachent ! Désormais, à gauche de la porte d’entrée, une plaque attirera l’attention de tous, y compris celle des passants qui ne vivent pas à proximité…

Assortiment de spécialités

L’actuel patron, qui a repris le commerce il y a huit ans, est né à Naples. Il est arrivé à Buenos Aires en 1979, quand il avait neuf ans. Il parle donc aussi bien l’argentin que sa langue natale. C’est par sa mère qu’il a connu la boutique : elle venait y acheter les spécialités du pays lointain. Plus tard, c’est là qu’il est entré en apprentissage et lorsque le patron est décédé, sa veuve lui a laissé l’affaire qu’il fait prospérer en famille.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

Les 20 ans de Teatro por la Identidad en visioconférence [à l’affiche]

"Les livres de bonne mémoire"


Il y a vingt ans, l’association Abuelas de Plaza de Mayo a lancé son opération culturelle, Teatro por la Identidad (Théâtre pour l’identité), afin de diversifier ses moyens de toucher les personnes impliquées dans le trafic de bébés qui a détruit de nombreuses familles d’opposants sous la dernière dictature militaire de 1979 à 1983.

Cette année, comme l’année dernière, la sévérité de la situation sanitaire interdit les manifestations publiques. C’est donc via Internet que l’association fêtera les vingt ans de cette idée qui a depuis réuni de très nombreux artistes de la scène argentine : il s’agira donc d’un congrès en ligne.

Página/12, toujours aussi concerné par ces luttes de réparation des crimes imprescriptibles, en a fait la une de ses pages culturelles ce matin.

© Denise Anne Clavilier

Pour en savoir plus :


Ajout du 18 juin 2021 :

mercredi 16 juin 2021

Un nouveau musée historique à Santa Fe [Actu]

Photo service de presse de la Province de Santa Fe


Omar Perotti (ci-dessus), gouverneur de Santa Fe (allié politique du président), a inauguré hier la maison, restaurée, de son prédécesseur de l’époque indépendantiste, Estanislao López (1786-1838). Elle abrite désormais un musée consacré à cet officier et homme politique qui fut l’un des acteurs de la guerre civile (1820-1880) qui suivit la déclaration d’indépendance (9 juillet 1816).

Estanislao López a combattu dans les rangs des fédéraux, majoritaires dans l’Intérieur du pays et en particulier dans cette province, contre le jacobinisme et l’impérialisme interne de Buenos Aires, que le camp des unitaires a dominée la plupart du temps. López a vécu dans cette maison depuis son mariage en 1819 jusqu’à sa mort, un 15 juin. C’est donc cette date symbolique que le gouverneur a choisie pour saluer les travaux effectués par la province et lancer les nouvelles missions de l’institution.

Estanislao López fut l’un des lieutenants du général Manuel Belgrano (1770-1820) lors de sa campagne du Nord puis son interlocuteur lorsque le second eut pour mission en 1819 de rétablir la paix dans ce coin de l’Argentine. López fut aussi un allié politique de José de San Martín (1778-1850), qui ne rompit jamais le dialogue avec lui puisqu’il chercha continûment à rapprocher les deux camps indépendantistes en passe de devenir ennemis. C’est ainsi que López lui montra sa gratitude en lui sauvant la vie au cours de l’hiver 1823. Lorsque San Martín, désormais retiré des affaires publiques, voulut quitter Mendoza pour rejoindre Buenos Aires où sa femme, atteinte de tuberculose, était à l’agonie, le gouverneur de Santa Fe eut vent d’un guet-apens que des affidés du gouvernement de Buenos Aires s’apprêtait à lui tendre sur la route. En l’avertissant, López le sauva d’une mort certaine. Sans cette intervention, San Martín eût en effet été fait prisonnier, conduit comme un brigand de grand chemin jusqu’à Buenos Aires où l’un de ses ennemis politiques, le ministre unitaire Bernardino Rivadavia (1780-1845), se serait fait un plaisir de le faire fusiller pour avoir refusé en 1818 de jeter l’armée de Andes, levée au service exclusif de l’indépendance, dans la guerre fratricide entre l’État central installé à Buenos Aires et la Ligue des Peuples Libres, dont López faisait partie et qui s’était établie à Santa Fe.

Par la suite, López joua un rôle très important dans la définition de sa province comme État républicain au sein de la Confédération argentine. C’est en grande partie dans sa capitale et par son impulsion qu’on été jetées les bases du fédéralisme argentin.


Le bâtiment s’élève dans le cœur historique de la ville de Santa Fe, capitale provinciale et ville de naissance et de mort du héros : elle occupe l’un des angles entre les avenues 9 de Julio et General López. La province veut en faire une attraction pour le tourisme culturel au niveau national. C’est l’une des rares demeures patriciennes qui soit parvenue complète jusqu’à nous en Argentine où la préservation de ce patrimoine architectural est une préoccupation récente.

López ayant combattu dans les rangs des fédéraux, qui, la fin des fins, ont perdu la guerre civile, même si la première et seule constitution mise en œuvre fait de la République argentine un État fédéral (1853), il ne fait pas vraiment partie intégrante du panthéon national. Rien d’étonnant donc qu’aujourd’hui, seul Página/12, dans son édition locale Rosario/12, rende compte de l’inauguration d’hier. Même El Litoral, le principal quotidien de la province, reste muet sur cette actualité sur son site Internet (il a publié un reportage sur sa chaîne Youtube).

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

Retour sur le coup d’État de 1955 [à l’affiche]

"Pluie de mort", dit le gros titre
sur une photo de la Casa Rosada sous les bombes
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Un documentaire mis gratuitement à la disposition des internautes revient sur le premier coup d’État de 1955 qui tenta de mettre fin, le 16 juin, au second mandat présidentiel de Juan Domingo Perón et fit 300 morts à Buenos Aires dont le cœur historique reçut neuf tonnes de bombes larguées par une quarantaine d’appareils de l’aviation mutinée contre le président de la République. C’est en septembre de la même année qu’une seconde tentative de putsch réussit à renverser Perón, président élu constitutionnellement en 1946, le premier à l’avoir été depuis septembre 1930.

Le sociologue Alejandro Covello sort donc un film intitulé Piloto de caza (pilote de chasse). Lui-même officier d’aviation, il s’est penché sur ces tristes événements qui entachent l’arme dans laquelle il sert. Parmi les officiers de cette époque déjà lointaine, il a découvert la figure d’un militaire loyal à la constitution, Ernesto Adradas. Le film reconstitue sa vie.

Página/12 a interviewé Alejandro Covello en une de ses pages culturelles.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

mardi 15 juin 2021

Mini-série documentaire pour le bicentenaire de la mort de Güemes [à l’affiche]


Jeudi prochain, pour le bicentenaire de la mort de Martín Miguel Güemes (1785-1821), l’un des grands héros de l’indépendance argentine, particulièrement fêté dans sa ville natale de Salta, l’INCAA, l’institut national du cinéma et des arts audiovisuels, sort une mini-série de docu-fiction, Güemes, el Sueño de una América libre, à travers laquelle les auteurs disent vouloir rendre justice à l’historicité de la figure mythique et à son enracinement local.

Les quatre épisodes de 26 minutes chacun passeront donc sur la chaîne CINEAR, du 17 au 20 juin, tous les soirs, à 19h30. Le visionnage est gratuit et retransmis en replay sur plusieurs réseaux sociaux et la plateforme audiovisuelle gratuite Cine.ar Play (sur laquelle vous pouvez tout regarder à condition de créer un compte). La série a commencé à être diffusée hier localement, sur différentes chaînes couvrant la province de Salta.



Tournés exclusivement sur le territoire de la province, dans des décors naturels qui mettent en valeur les paysages à couper le souffle de cette région andine au nord-ouest de l’Argentine, les 4 épisodes représentent Güemes sous les traits de l’acteur saltègne Andrés Araya García et sa femme, Carmen Puch, qui se laissa mourir après l’assassinat de son époux, sous ceux de l’actrice, saltègne elle aussi, Leila Jorge Elías.



La série est réalisée par Emmanuel Moscoso et Javier Flores et produite, avec des fonds provinciaux, par Mariano Rosa.

Par ailleurs, sur une chaîne nationale de service public, Canal Encuentro, on pourra voir un autre documentaire, un moyen métrage intitulé Ensayo para Güemes (répétition pour Güemes). Une initiative du ministère national de la Culture, dirigé par le cinéaste et homme de télévision Tristán Bauer. Bref, cette semaine, une bonne partie de l’Argentine se met à l’heure du Nord-Ouest en juin 1821.

Jeudi, le président Alberto Fernández doit se rendre à Salta pour participer à des célébrations réduites à cause de la situation sanitaire et apporter l’hommage de la Nation au héros disparu. Les manifestations traditionnelles du 17 juin (jour férié sur place), dont les très spectaculaires défilés à cheval des associations traditionalistes de gauchos (1), sont annulées afin d’éviter la constitution de grands rassemblements sans masque ni geste barrière. Un vrai crève-cœur comme ce fut déjà le cs l’année dernière pour le bicentenaire de la mort de Manuel Belgrano !

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 sur la série documentaire saltègne (paru dans l’édition locale Salta/12)
lire l’article de Página/12 sur le documentaire de Canal Encuentro (paru dans les pages culturelles de l’édition nationale)
lire le communiqué officiel de la Province de Salta sur la sortie de la mini-série.



(1) Ces associations, parfois tellement attachées à leurs traditions qu’elles en deviennent fanatiques, sont fort mécontentes de voir leur beau programme annulé. Le président de l’une d’entre elles a même proféré des menaces contre l’ordre public, avant de se raviser, au grand soulagement du plus grand nombre de ses concitoyens.

Solange Bazely vous parle cinéma [ici]

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Solange Bazely continue sa série de conférences payantes par Zoom. Cette semaine, elle vous parle du tango dans le cinéma, muet puis parlant.

Pour 10 € la séance, il faut en profiter : Solange est une grande connaisseuse du sujet et ils ne sont pas légion, surtout du côté francophone.

Donc dimanche, vous allez déposer votre/vos bulletin(s) dans l’urne et vous revenez vous mettre à l’abri devant votre écran et un petit mate (il faut s’hydrater quand passe une vague de chaleur !)

Trêve de conseils dont vous n’avez que faire ! A ne pas rater non plus : Solange continue aussi sa série d’exposés sur Carlos Gardel, l’autre Toulousain à la voix d’or… Celui qui chantait Mi Buenos Aires querido. L’autre chantait sa chère ville de Toulouse et il était plus porté sur le jazz de Louis Armstrong que Gardel qui est mort trop tôt pour pouvoir le connaître.

© Denise Anne Clavilier


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lundi 14 juin 2021

Mort de Maradona : les auditions des suspects commencent [Actu]

Une photo saisie par Bernardino Avila pour Página/12
dans la foule des supporters en deuil le jour de la veillée funèbre


Les procureurs en charge de l’instruction sur la mort de Diego Maradona, qualifiée d’homicide volontaire, entament aujourd’hui une quinzaine qui sera consacrée aux premiers interrogatoires des sept suspects. Il s’agit de trois infirmiers, d’un psychologue, de deux médecins et d’un cadre de santé employé par la société d’assurance médicale qui avait obtenu le contrat d’hospitalisation à domicile de la star du football quelques jours à peine après une opération cérébrale dont les experts disent maintenant qu’elle n’était sans doute pas indiquée.

Cette phase procédurale devrait se prolonger jusqu’au 28 juin, date où doit être entendu le docteur Leopoldo Luque, qui est accusé davoir établi des faux pour faire sortir précocement son patient de la clinique où il avait été opéré et qui a par la suite échangé avec la psychiatre un grand nombre de SMS qui mettent au jour leur parfaite connaissance de la gravité de l’état de Maradona et leur détermination à ne rien faire pour empêcher ni même retarder l’issue fatale. Cest le principal mis en cause dans cette affaire.

Aujourd’hui, c’est l’infirmier de nuit qui est entendu, lui qui avait laissé son patient sans aucun soin pendant toute la dernière nuit avant sa mort en espérant pouvoir se décharger de sa responsabilité sur sa consœur de jour, qui s’est bien gardée elle aussi d’entrer dans la chambre du malade en prenant son service. Il semblerait qu’ils n’avaient pas la formation pour traiter un malade aussi difficile que celui-là et qu’ils avaient une peur bleue de ses accès de colère et de sa violence, dus à un mauvais protocole de sevrage toxicologique mis en place par la psychiatre.

Les sept suspects devraient sortir de cette quinzaine formellement inculpés ou relaxés.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :


Ajouts du 15 juin 2021 :

L’infirmier a passé cinq heures dans le cabinet du procureur.
Pour aller plus loin :
lire cet article de Página/12
lire cet article de Clarín

Ajouts du 17 juin 2021 :
l’infirmière de jour, entendue hier, a affirmé devant le procureur n’avoir jamais eu le droit de donner le moindre soin à Maradona et avoir dû passer toutes ses journées assise dans le couloir. Son rôle se limitait à confier au neveu de Maradona les médicaments qu’il devait prendre et c’était ce parent qui entrait dans la chambre. Les conditions techniques et matérielles d’une hospitalisation à domicile n’ont jamais été remplies.
Pour en savoir plus :
lire l’article de Página/12
lire l’article de Clarín

Ajouts du 19 juin 2021 :
Hier, le cadre de santé était entendu par le procureur en charge de l’instruction. Il s’est défendu en déclarant que les consignes qui avaient été données pour l’hospitalisation à domicile était de ne déranger Maradona et de ne pas envahir son intimité. Aucune information n’aurait été communiquée concernant ses antécédents cardiaques.
Pour aller plus loin :
lire l’article de La Prensa
lire l’article de Clarín