jeudi 5 mars 2026

Otage au Venezuela : le gouvernement argentin double en côte [Actu]

"Avant que chante le coq", dit le gros titre
avec un jeu de mot sur le nom de l'otage libéré
(gallo : coq)
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Nahuel Gallo est un jeune caporal de la gendarmerie argentine. En décembre 2024, il était en poste à Mendoza, au pied des Andes. Sa compagne venezuelienne ayant dû rentrer au pays pour des raisons personnelles, en emmenant leur bébé, il a décidé d’aller passer ses vacances avec eux, en famille. Il a pris pour cela un chemin détourné assez compliqué mais moins cher qu’un vol direct. En Colombie, il a emprunté le pont international qui relie les deux pays mais arrivé de l’autre côté de la frontière, il a été arrêté par la police venezuelienne sous une accusation sans fondement de terrorisme et autres balivernes sans nom. Il s’est retrouvé en prison, sans effet personnel, sans argent, sans téléphone, sans qu’aucun procès ne se dessine jamais à l’horizon. C’est sa famille, inquiète de n’avoir plus de nouvelles, qui a alerté la presse et les pouvoirs publics. Nahuel était devenu l’otage de Maduro dans le conflit de ce dernier avec Javier Mileí qui avait coupé les relations diplomatiques avec Caracas.

La semaine dernière, les relations entre la fédération de football argentine et son homologue venezuelienne, d’usage à tout moment de l’année mais encore plus à la veille d’une Coupe du Monde, ont permis, à la faveur des changements politiques imposés par Trump à Caracas, de faire libérer le jeune homme qui a pu rentrer en Argentine lundi et y retrouver brièvement sa famille, notamment sa femme et son fils, avant d’être retenu plusieurs jours dans une enceinte militaire, avec des contacts restreints avec ses proches et aucun contact avec la presse.

L’arrivée du jeune homme à l’aéroport avait déjà soulevé plusieurs questions : pourquoi avait-il été présenté à la presse en tenue militaire alors qu’il avait voyagé dans un avion affrété par la AFA (la fédération de foot) avec sur le dos le maillot de l’équipe nationale, ce qui était son droit puisqu’il était parti au Venezuela hors service, en civil, en vacances ? Et pourquoi était-il alors entouré de plusieurs personnalités politiques de premier rang, comme le ministre des Affaires étrangères ou l’ancienne ministre de la Sécurité, maintenant sénatrice, alors qu’il était manifeste que le gouvernement n’était même pas au courant des tractations qui ont abouti à la libération du jeune homme et tout aussi manifeste que ses tentatives diplomatiques pour le libérer avaient été ou infructueuses ou très rares ? Etaient ensuite venus ces jours de silence et de réclusion dans l’enceinte militaire puis à l’hôpital militaire central pour un bilan de santé, qui a semblé trop long par rapport à son état de santé apparent. Cela s’est accompagné d’une communication officielle contradictoires et erratique puisque les pouvoirs publics ont fait des pieds et des mains pour tenter d’effacer des consciences l’intervention de la AFA et de son président, aujourd’hui en conflit ouvert avec Javier Mileí et sa clique libertaire qui veulent à tout prix transformer les clubs de foot, qui sont aujourd’hui des associations sans but lucratif, en sociétés commerciales comme c’est le cas, hélas, en Europe, avec les dérives affairistes et la corruption que l’on connaît.

Le gros titre est pour le sous-marin iranien
coulé par la marine US
Nahuel Gallo a droit à la photo centrale
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Cette propagande, digne de Poutine, a toutefois échoué : tout le monde sait que le gouvernement n’est pour rien dans cette libération et que c’est bien le réseau international de Claudio Chiqui Tapia, le président de la AFA, qui a permis, d’une manière des plus hétérodoxes, de faire revenir l’otage.

Hier, le gouvernement a donc organisé une conférence de presse avec le jeune homme, en uniforme, et avec interdiction formelle aux journalistes de poser des questions (on se croirait en Russie, non ?). Nahuel Gallo a dit quelques banalités comme en disent à peu près tous les ex-otages. Sa parole ne semblait pas vraiment libre. Ses faits et gestes non plus, encore aujourd’hui. Et le gouvernement s’est bien entendu attribué tout le mérite de ce retour au pays.

La chasse à l’homme continue contre Chiqui Tapia, sur qui pleuvent les accusations de corruption, tandis que le monde du football s’est mis en grève, peut-être illimitée, pour défendre son président, qui reste le champion du statut des clubs contre la voracité affairiste du président et de sa clique.

En Argentine, comme les clubs sont des organisations sans but lucratif et que l’activité rapporte beaucoup, beaucoup, beaucoup d’argent, les bons joueurs, leurs soigneurs, leurs entraîneurs sont très bien payés par les clubs professionnels, les dirigeants aussi, qui sont élus par les socios (les adhérents-supporters) et qui ont souvent des avantages en nature somptueux (qui peuvent devenir des sources de corruption). Ce qu’il reste de l’argent est mis au service des socios : cours du soir gratuits ou à prix réduit, dispensaire médical gratuit, assistance juridique gratuite, cours de danse et pour les clubs les plus riches, une école gratuite pour les gamins, une clinique gratuite pour les familles, parfois une pharmacie, des infrastructures de sport, des loisirs, voire des aides au logement ou au retour à l’emploi pour les chômeurs… C’est tout cela qui disparaîtrait à court terme si les clubs changeaient de statut. Et les Argentins ne veulent pas que leurs clubs servent à enrichir des oligarques nationaux ou étrangers alors qu’aujourd’hui, ils sont un lien socio-économique indispensable pour à peu près tout le monde.

Il faut donc faire disparaître Chiqui dans un cul de basse-fosse et la AFA avec ! Même si la fédération a le soutien de Gianni Infantino et de la FIFA. Même s’il faut réduire au silence un petit caporal de la gendarmerie qui vient de vivre 448 jours d’enfer dans les prisons du régime de Maduro.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12, qui met à jour la magouille gouvernementale
lire l’article de La Prensa, qui ne dit pas un mot des questions que pose cette mise en scène
lire l’article de Clarín, lui aussi très discret sur le sujet
lire l’article de La Nación, qui n’a pas mis cette info à sa Une
lire l’article de La Nación sur les déclarations de l’épouse du gendarme, qui suit elle aussi la ligne du parti et critique ceux qui « prétendent » avoir permis la libération de son mari. Mais alors, pourquoi celui-ci est-il rentré dans un avion affrété par la AFA ? C’est bizarre, quand même…

C’est ça, le règne de la liberté ?

mercredi 4 mars 2026

Une autre grande entreprise argentine en danger en cette rentrée sociale [Actu]

Le titre est un jeu de mots intraduisible :
"dar el cuero", littéralement "le cuir donne"
signifie "avoir les moyens", avoir assez d'argent pour...
Autrement dit : "Galperín n'a plus les moyens"
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Marcos Galperín est le petit-fils d’un industriel allemand qui a immigré en Argentine où il a développé il y a quatre-vingts ans une grande tannerie, la SADESA, pour envoyer du cuir en Europe. Il compte parmi les principaux représentants du patronat de Argentine, l’un des tenants d’une politique très peu sociale avec le moins de redistribution possible. Tout en restant à la tête de l’entreprise familiale, il a investi une bonne partie de sa fortune dans une entreprise innovante, la vente en ligne, Mercado Libre qui a longtemps dominé le marché argentin jusqu’à ce que Javier Mileí ouvre toutes les frontières et laisse ses gigantesques concurrents internationaux comme Amazon, Ali Express, Temu et autres du même genre opérer en toute liberté dans le pays.

Hier, Marcos Galperín a annoncé publiquement que la tannerie n’avait plus les moyens de régler sa cotisation à son organisation patronale sectorielle, laquelle ne s’élève qu’à 360 000 pesos. C’est une somme considérable pour un budget familial mais c’est vraiment très peu pour une entreprise industrielle de la classe de la SADESA. La vieille tannerie se trouve donc au bord du dépôt de bilan tandis que l’existence de Mercado Libre est menacé par la concurrence internationale et son application pour téléphone menacée par le développement de l’intelligence artificielle.

"La UIA répond à Mileí et les chefs d'entreprise
de la AEA demande du dialogue", dit le gros titre
L'image est elle consacrée à la guerre contre l'Iran
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Dimanche soir dernier, lors de la traditionnelle ouverture de la session parlementaire du 1er mars, Mileí a prononcé un discours très agressif contre l’opposition et contre l’Union des Industries Argentines, la UIA, qui constate depuis quelques temps que les activités de l’ensemble du secteur sont en danger partout dans le pays. Si Página/12, quotidien de gauche, fait sa Une sur la situation de la tannerie, qui a employé jusqu’à 2000 salariés et n’en compte plus que 400, les deux autres journaux nationaux (de droite, eux), Clarín et La Nación, préfèrent parler des déclarations de la UIA qui dénonce les propos hostiles du président, lequel a annoncé dimanche soir son projet de faire passer 80 nouvelles lois pour parachever la dérégulation de toute l’économie en vue de ramener l’Argentine à ce qu’elle était au 19e siècle, un pays dont toute l’économie reposait, comme à l’époque coloniale, sur le secteur primaire, essentiellement l’agriculture et l’exportation de produits bruts, cuir compris. Halluciné, Mileí est persuadé qu’à cette époque-là, l’Argentine était une puissance mondiale, ce qu’elle n’a jamais été. Il confond le PIB par tête avec la constitution de la puissance internationale. Certes, le PIB par tête était très élevé mais la redistribution était à peu près nulle, donc la population était très précaire et le pays, très peu peuplé, était très mal équipé pour se faire respecter dans les domaines qui assoient la puissance d’un pays : l’équité dans les échanges internationaux (or l’Argentine vendait beaucoup de produits bruts donc à bas prix tout en achetant la quasi-totalité des produits élaborés, donc très chers, dont elle avait besoin), l’influence diplomatique et la capacité d’intervention militaire, deux domaines dans lesquels l’Argentine était fort peu reconnue par les autres États, que ce soit en Europe ou en Amérique du Nord (à l’époque seuls les États-Unis et le Mexique, puisque le Canada est encore un dominion britannique, comme l’Australie et la Nouvelle-Zélande, et que Cuba vient tout juste de se détacher de l’Espagne), tandis que le reste du monde, mis à part le Japon, ne comptait pas puisque l’Afrique, l’Asie et le Moyen-Orient étaient encore sous régime colonial.

"Après les critiques de Mileí, les grandes entreprises
exigent que le gouvernement les respecte", dit le gros titre
La photo est consacrée à un effondrement
dans un groupe d'immeubles à Buenos Aires
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Fondée en 1941, la SADESA a été la plus grande tannerie du monde. Elle fournit en cuir des marques comme Nike et Adidas. Il est probable que le gouvernement argentin ne lèvera pas le petit doigt pour la sauver, comme il a refusé de sauver l’entreprise pneumatique Fate, qui a cessé toute activité à la mi-février dernier. Pourtant, une grande partie de ce haut patronat argentin a voté pour Mileí ou au moins contre son adversaire de gauche, Sergio Massa, il y a deux ans et demi.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :


"Nous ne vivons pas de prébendes", dit le gros titre
citant le patron des petits patrons à La Plata
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Ajouts du 5 mars 2026 :
lire cet article de La Prensa sur la chute spectaculaire de l’activité industrielle en ce début d’année
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación
Página/12 (ci-dessus) a consacré la Une de son édition de La Plata (capitale de la province de Buenos Aires) aux déclarations du président du syndicat patronal des PME qui contredit le discours insultant du président Mileí devant le Congrès dimanche 1er mars (l’article n’est pas disponible en ligne)

Les militants des droits de l’homme demandent justice pour Cristina [Actu]


Hier, dans une annexe de la Chambre des Députés, les associations des droits de l’homme accompagnées par Adolfo Pérez Esquivel, le prix Nobel de la Paix argentin, ont tenu une conférence de presse pour réclamer que justice soit rendue à Cristina Kirchner, qui subit depuis plusieurs mois une lourde peine d’incarcération à domicile sous bracelet électronique, avec des conditions qui ne cessent de s’alourdir au point que l’ex-présidente n’a même plus le droit de sortir sur la terrasse de son appartement portègne (alors qu’on est encore en été), qu’elle n’a droit à la visite que de quatre personnes par semaine pour deux rencontres de deux heures maximum chacune alors que d’autres condamnés, à des peines beaucoup plus lourdes (réclusion criminelle à perpétuité pour crimes contre l’humanité) ont maintenant droit à une détention à domicile, sans bracelet et sans restrictions ni pour sortir ni pour recevoir du monde.

Les militants ont montré des documents prouvant que les sbires de la dictature militaire désormais revenus à la maison se la coulent douce, avec fête d’anniversaire en toute liberté et en tout cynisme.

Ils ont répété qu’il y avait là deux poids deux mesures, d’autant qu’ils estiment que l’ancienne présidente constitutionnelle, élue à deux reprises lors d’élections libres, est innocente des méfaits pour lesquels elle a été condamnée, ce qui est exact puisqu’elle l’a été sous le prétexte qu’en tant que chef d’État, elle aurait dû savoir tout ce que faisait l’ensemble des personnes composant la structure hiérarchique dépendant de son autorité, ce qui est humainement insoutenable et qui prouve que la Justice n’a pas trouvé contre elle de faits véritablement incriminants puisque sa condamnation repose sur des agissements dont ses subordonnés se sont rendus coupables et non pas elle.

Cette conférence de presse faisait suite aux insultes et aux menaces dont Javier Mileí a parsemé, dimanche soir, son très long discours d’ouverture de la session parlementaire (le président argentin a tout fait pour égaler en durée et en chaos le discours sur l’état de l’Union de Trump, son modèle).

Bien sûr, seul Página/12 a rendu compte de cette conférence de presse.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

jeudi 19 février 2026

925 personnes sur le carreau : fermeture d’un fabriquant de pneus [Actu]

"Mileí l'a fait", dit le gros titre
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Le pneumatique argentin Fate, 80 ans d’existence, faisait travailler beaucoup de monde à San Fernando, dans la province de Buenos Aires. Il avait compté jusqu’à 2000 salariés et depuis que Javier Mileí avait ouvert les frontières aux produits d’importation, l’usine était en difficulté.

Hier matin, les ouvriers ont trouvé porte close au moment de prendre leur poste et un communiqué accroché aux grilles d’entrée pour expliquer succinctement la situation.

En Argentine, le marché du pneu est aujourd’hui tenu à 75 % par des produits d’importation venus de pays, surtout la Chine, qui ont encore moins d’obligations sociales que l’Argentine, laquelle, avant Mileí, avait un système beaucoup moins généreux qu’en Europe mais encore trop par rapport à d’autres acteurs sous d’autres cieux.

Aujourd’hui, c’est 925 personnes qui vont se retrouver à la rue, sans travail, sans perspective d’avenir et avec des aides très très faibles dans un bassin d’emploi sinistré comme partout dans le pays. Selon la UIA, l’union patronale industrielle, l’Argentine a perdu 65 000 postes de travail depuis l’arrivée au pouvoir de Mileí.

"Annonce surprise de Fate :
son usine de pneumatiques ferme
et 920 salariés sont licenciés", dit le gros titre
sur cette photo des ouvriers montés sur le toit de l'usine
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Le gouvernement a ordonné une période de 15 jours de conciliation qui n’aboutira pas à grand-chose. Peut-être les salariés arracheront-ils des primes de travail convenables mais si l’entreprise a perdu ses parts de marché, ce n’est pas une conciliation patron-salariés qui va les lui redonner. Malgré les portes closes, les ouvriers ont forcé l’entrée et actuellement, ils occupent l’usine et le terrain qui l’entoure.

Pendant ce temps, Mileí est aux États-Unis pour le lancement du prétentieux Conseil de la Paix dont Trump est le tout puissant grand patron régnant sur sa cour de vassaux dictateurs et autres chefs d’État ou de gouvernement autoritaires.

Aujourd’hui, une grève générale paralyse toute l’Argentine contre la réforme du code du Travail actuellement en débat au Congrès, une réforme qui, si elle est adoptée en l’état, détruirait tous les droits sociaux acquis par les salariés et même les indépendants depuis l’arrivée en 1916 du premier gouvernement de gauche. La grève semble très suivie alors que le pays est dans l’équivalent de notre mois d’août. C’est le plein été dans l’hémisphère sud.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 qui fait sa Une et qui ne paraît pas en kiosque aujourd’hui par respect pour la protestation générale contre la politique du gouvernement

mercredi 11 février 2026

Pour faire baisser la fièvre, pas la peine de casser le thermomètre : l’inflation repart bel et bien [Actu]

"Un morceau dur à avaler" dit le titre
avec une tournure idiomatique
On pourrait traduire aussi : "Il y a comme un os"
En dessous, la photo d'une famille dont
trois membres viennent d'écoper d'une
lourde peine pour le féminicide de la belle-fille
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Même si nos Pythies de plateau télévisés disent le contraire ici, la politique économique de Javier Mileí continue à faire des dégâts. C'est un échec et un échec prévisible. Alors qu’il avait jusqu’à il y a neuf mois réussi à réduire les taux mensuels de l’inflation, c’est-à-dire non pas à la supprimer mais seulement à la ralentir, voilà que depuis huit mois, elle reprend de la vitesse. Les taux montent de mois en mois.

"L'inflation de janvier a été de 2,9%
et c'est le cinquième mois de hausse", dit le gros titre
En dessous, des images d'une manifestation de policiers
à Santa Fe, pour une revalorisation des salaires
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C’est ainsi qu’en janvier, l’inflation mensuelle aura été de 2,9 % en moyenne dans le pays et de 3,1 % dans la capitale fédérale, avec un poste alimentation (hors alcool) qui a bondi à 4,7 % et le poste hôtels et restaurants est à 4,1. Tout cela pour un seul mois. Calculez ce que ces données cumulées sur l’année pourraient donner pour 2026 !

Un rayon yaourts et crèmes dessert dans un supermarché
Rendez-vous compte du peu de choix disponible
dans un pays de forte production laitière
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Sachant cela, Mileí tente de manipuler à son avantage (et une nouvelle fois) les paramètres de mesure du phénomène. Ce qui ne trompe bien entendu pas grand-monde dans le pays. L’inflation retrouve son dynamisme antérieur et détruit le pouvoir d’achat des Argentins ordinaires.

"Au milieu de la polémique au sujet
des mesures de l'INDEC, l'inflation de janvier
est montée à 2,9%" dit le gros titre
En dessous, la manifestation des policiers de Santa Fe
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Plutôt donc que d’obéir au ministre qui voulait lui interdire de publier les chiffres obtenus avec des paramètres révisés et plus conformes à la réalité économique du pays, le directeur de l’institut national des statistiques, pourtant nommé par Mileí, a démissionné il y a quelques jours et hier, l’institut, l’INDEC, a publié ses résultats obtenus avec le même indice que le mois dernier. Et patatras, ils sont mauvais. Même avec une méthode de calcul inadaptée !

"Caputo [le ministre de l'Economie], l'indice ne lui
a pas réussi !", dit le gros titre
avec un jeu de mot entre "indice" et "index"
en haut, une manifestation contre la réforme
ultra-libérale du code du Travail actuellement en débat
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Ajoutez à cela que, pour comble de cynisme, le ministre de l’Économie s’est vanté il y a quelques semaines de ne jamais acheter ni porter le moindre vêtement produit en Argentine. Ce monsieur ne s’habille qu’à l’étranger, c’est plus chic ! A croire qu’il pense que c’est la meilleure façon de relancer la production locale et de maintenir l’emploi ?


Mileí (devant) : On a des trucs en commun, Trump et moi...
Tous les deux, on veut que ça se passe bien pour quelques uns
et que le reste du monde aille se faire f..."
Son conseiller : "D'accord, mais pour Trump,
toi, tu es une partie du "reste du monde"
Traduction © Denise Anne Clavilier
Dessin de Une de Página/12 ce matin
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Ne parlons même pas de créer des postes de travail et de la richesse nationale. Ce sont là des choses dont le ministre et le président se moquent comme de l’An 40...

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

mardi 10 février 2026

Réédition d’un grand classique pour un centenaire [Disques & Livres]

1971 : les deux artistes sont vivants
en bas, El Polaco, en haut, Pichuco
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Un célèbre album de Roberto Goyeneche dit El Polaco vient d’être réédité sous le format vinyle ! Il s’agit d’un disque intitulé ¿Te acordás, Polaco? (Tu te souviens, Polaco ?) enregistré par le chanteur au sommet de sa puissance vocale avec le bandonéoniste et compositeur Aníbal Troilo, dit Pichuco, en 1971.

Ce disque, dont le titre cite un vers d’un célèbre tango (Te acordás, hermano – tu te souviens, mon frère), a marqué la carrière du chanteur à une époque où le tango reprenait difficilement des couleurs grâce notamment grâce à sa voix superbe et à son phrasé reconnaissable entre mille ainsi qu’à la révolution que Astor Piazzolla et Horario Ferrer apportaient au genre et au répertoire.


2026
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Cette réédition bien venue marque le centième anniversaire de la naissance de Roberto Goyeneche.

A découvrir si vous ne connaissez pas déjà !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

Corruption au sommet de l’État : l’instruction suit son cours [Actu]

La cometa est une carte de jeu qui compte double
Sur la photo, on voit Spagnuolo avec Mileí
en toute intimité amicale
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Nous voici revenus au scandale de fausses factures de médicaments à l’ANDIS, l’agence nationale du handicap (discapacidad en espagnol), découvert au début du mandat de Javier Mileí.

"Spagnuolo poursuivi pour pots-de-vin et fraude
à l'ANDIS", dit le gros titre
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Y sont mouillés l’ancien directeur de l’institution, un dénommé Diego Spagnuolo, proche du président Mileí, qui est inculpé, le président de la Chambre des Députés, qui est l’un des petits-fils de Carlos Menem, chef de l’État dans les années 1990 impliqué dans toutes sortes de scandales de corruption et de crimes anti-démocratiques, ainsi que la sœur de l’actuel président, Karina Mileí, qui sert de secrétaire-générale de la Casa Rosada, de chef de parti pour son frère et de Première dame, elle qui aurait prélevé 3 % sur chaque facture de médicaments achetés en gros par l’agence, chargée de les redistribuer aux handicapés.

Pour le moment, la justice enquête surtout sur l’ex-directeur de l’agence et quelques uns de ses partenaires dans le réseau des fausses factures. La Cour de Cassation vient en effet de rejeter un recours destiné à arrêter l’instruction mais la Cour a débouté les demandeurs.

"Spagnuolo poursuivi pour association de malfaiteurs,
fraude et dessous-de-table à la Andis", dit le gros titre
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Pour l’heure, on n’ose pas encore parler d’inculpation ni du président de la Chambre ni de la Première dame qui cumule les rôles dans le plus parfait népotisme. Il n’est cependant pas dit que l’instruction ne se développera pas dans leur direction. Le fait que les investigations se poursuivent malgré les efforts déployés pour arrêter la marche de la justice est déjà en soi une bonne nouvelle pour l’avenir démocratique de l’Argentine, alors que, dans un mois et demi, la partie du pays restée fidèle à l’État de droit commémorera les cinquante ans du dernier coup d’État qui avait mis en place un gouvernement militaire dictatorial.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article principal de Página/12
lire l’article de Página/12 sur l’arrêt de la Cour de Cassation
lire l’article de La Prensa
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación sur les liasses de billets découverts dans une perquisition effectuée dans le cadre de l’enquête
lire l’article de La Nación sur l’épée de Damoclès au-dessus de l’entourage immédiat du président.

C’est carnaval de part et d’autre du Río de la Plata [à l’affiche]

Photo officielle du carnaval de Concordia
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Depuis hier, Página/12 nous emmène au Carnaval qui vient de débuter de part et d’autre du Río de la Plata. Le quotidien argentin met l’accent sur les racines afro-américaines remises en valeur cette année par les différentes comparsas qui animent les rues nocturnes de Montevideo, Concordia (dans la province de Entre-Ríos, dans la région nord-est de l’Argentine et même de Lincoln, petite cité de la province de Buenos Aires.

Photo officielle du carnaval de Lincoln
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Si la composante afro-américaine est très présente dans la culture uruguayenne (comme dans la culture brésilienne voisine), elle est restée beaucoup plus discrète dans celle de l’Argentine dont les classes dominantes l’ont durement combattue tout au long du 19e siècle et jusqu’il y a quelques années seulement. Sous Javier Mileí, l’Argentine officielle renoue avec un racisme presque assumée, comme à la Maison Blanche, et s’efforce à nouveau d’étouffer cette réalité historique indéniable.

Le carnaval est donc toujours ce lieu où le peuple défie les puissants et critiquent les gouvernants.

Une du supplément culturel quotidien de Página/12 d'hier
sur le Carnaval de Montevideo
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Le carnaval va se déployer jusqu’à la fin du mois même si la tradition voudrait qu’il s’arrête le Mardi-Gras mais cela fait longtemps que l’arrivée du Carême (mercredi, la semaine prochaine) ne joue plus aucun rôle dans ce calendrier festif.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 d’hier sur l’entrée en carnaval de Montevideo
lire l’article de Página/12 d’hier sur l’entrée en carnaval de Lincoln
lire l’article de Página/12 d’aujourd’hui sur l’entrée en carnaval de Concordia

jeudi 5 février 2026

Sera-ce suffisant pour relancer le tourisme dans la Ville Heureuse ? [à l’affiche]

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Ce week-end, la ville de Mar del Plata, dite La Feliz, propose à ses touristes, beaucoup moins nombreux qu’avant l’élection de Javier Mileí et la catastrophe économique et politique qui s’en est suivie, une sortie gourmande, gratuite et ouverte à tous : la troisième édition du festival de la Medialuna, une sorte de croissant argentin confectionné avec beaucoup moins de beurre que son homologue français et partant plus brioché que feuilleté.

Cela n’en est pas moins délicieux. Et un peu plus sucré que le croissant pour la version medialuna de manteca, celle que l’on voit sur l’affiche. Il en existe une autre version, presque salée, la medialuna de grasa, confectionnée avec de la margarine ou du saindoux.

Au programme, de nombreux stands de pâtissiers et autres traiteurs, des animations musicales, des rencontres et des dégustations. Dimanche soir, le clou de l’événement sera la présentation de la plus grosse medialuna du monde.

La cité balnéaire qui a vu naître Astor Piazzolla vous attend mais il est assez peu probable que le festival permettra de rattraper la saison estivale, qui était déjà mal partie dès novembre quand le Festival international du Cinéma s’y est tenu sans attirer le public habituel. Et pour cause : il a été intégralement définancé par les pouvoirs publics !

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

Le cinéma et l’audiovisuel argentins contre la réforme du code du Travail [Actu]

"Un cri d'avertissement", dit le gros titre en jaune
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Les professionnels du cinéma et de l’audiovisuel se sont rendus hier au Congrès pour expliquer aux élus et à la presse le danger qu’encourent leurs secteurs respectifs, cinéma grand écran, télévision et radio publiques, puisqu’il est vrai que le diable se cache dans les détails. En l’occurrence, tel un bernard-l’hermite, le dit diable squatte deux petits articles de la grande et très dangereuse réforme du code du Travail par laquelle Javier Mileí et ses sbires veulent priver tous les travailleurs, salariés comme indépendants, des droits sociaux qu’ils ont laborieusement acquis depuis une centaine d’années.

Les deux articles dénoncés par les professionnels de l’audiovisuel suppriment certaines taxes qui servaient à financer leurs secteurs respectifs, l’INCAA pour le cinéma et les films télévisuels, Radio Nacional et Televisión Pública, menacées toutes les deux d’une privatisation imminente. Le produit des taxes restantes cesserait d’être affecté à ces secteurs mais constituerait une réserve de recettes que le gouvernement serait libre d’employer à son entière discrétion. Or, avant Mileí, l’INCAA, l’institut national du cinéma et des arts audiovisuels, avait pour mission essentielle de soutenir la production nationale ainsi que les grands événements cinématographiques du pays, dont le célèbre Festival Internacional del Cine de Mar del Plata, la plus importante rencontre du genre sur le continent sud-américain. Radio Nacional et Televisión Pública étaient, là encore avant Mileí, des acteurs essentiels pour faire vivre ces secteurs grâce à la commande publique et à la puissance de diffusion nationale et internationale (la chaîne culturelle et pédagogique Canal Encuentro avait ainsi pu signer, il y a quelques années, un accord de partenariat avec le groupe France Télévision et on a vu, notamment sur France 5, plusieurs documentaires issus de son catalogue).

Priver ces institutions de leur rôle dans le domaine, c’est réduire au chômage les professionnels du secteur et tous les travailleurs qui bénéficient de la création de postes induits autour de l’activité audiovisuelle stricto-sensu, réduire la capacité de production culturelle nationale et donc de soft-power pour le pays, réduire enfin l’attractivité touristique et économique induite, laquelle bénéficie au pays dans son ensemble ainsi qu’à ses différentes régions en particulier. Faire cela, c’est jouer perdant à coup sûr, ce qu’a toujours fait l’actuel gouvernement depuis la prise de fonction de Javier Mileí il y a un peu plus de deux ans, à l’image de ce que fait Donald Trump aux États-Unis, lui dont la politique de prétendue restauration de la grandeur nationale a les mêmes effets délétères sur le pays et son attractivité.

Les professionnels du secteur rassemblées hier seront-ils arrivés à se faire entendre ? Il faut l’espérer mais le contexte n’incite guère à l’optimisme.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 qui a fait de ce thème la Une de son supplément culturel quotidien, Cultura & Espectáculos.

mardi 3 février 2026

Le sabre de San Martín déménage encore une fois [Actu]

Le sabre et sa gaine au Museo Histórico Nacional
avec une reproduction du drapeau de l'Armée des Andes (1817)
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Le Sable Corvo (le sabre courbe) du général José de San Martín (1778-1850) a été légué au peuple argentin en 1897 par Manuela Rosas de Terrero, la fille de Juan Manuel de Rosas, qui était gouverneur de Buenos Aires à la mort du général en 1850, raison pour laquelle celui-ci avait disposé dans son testament que cette arme emblématique des luttes pour l’indépendance devait lui revenir.

Alfredo Carranza, fondateur du Museo Histórico Nacional (MHN) à Buenos Aires, avait personnellement sollicité ce legs de Manuela Rosas et de son époux, seul le mari étant habilité à l’époque à gérer le patrimoine d’une femme mariée. Manuelita, comme elle reste nommée dans le souvenir populaire en Argentine, avait accédé à cette demande alors qu’elle touchait à la fin de sa vie (elle est décédée l’année suivante dans son exil en Angleterre).

Au 20e siècle, à la suite de deux vols successifs à deux ans de distance et au regard de l’organisation architecturale du musée, qui, dans les années 1960, ne permettait guère d’assurer à ce trésor national la sécurité qui lui convenait, il avait été décidé par un gouvernement dictatorial et anticonstitutionnel de confier l’arme à la garde du Régiment des Grenadiers à Cheval (RGC), fondé par San Martín le 16 mars 1812 et, à ce titre, dépositaire de la mémoire du héros, sans descendance depuis 1924. Or Manuelita Rosas avait précisément légué le sabre au Museo Histórico Nacional (MHN), en précisant, sous la signature de son mari et au nom d’elle-même et de leurs enfants, que l’objet (« ese monumento de gloria ») était offert à « la Nación Argentina ».

C’est la raison pour laquelle en 2015, la présidente Cristina de Kirchner, qui comme tout péroniste qui se respecte vénère la mémoire et l’héritage de Rosas (que la droite hait, méprise et vomit de toutes ses forces), avait décidé la réinstallation de ce sabre au Museo Histórico Nacional où l’attendait une splendide salle toute neuve, conçue pour lui, à sa mesure, où il est depuis admirablement mis en valeur et en sécurité, avec la présence constante d’une garde d’honneur de deux grenadiers à cheval, un homme et une femme, de chaque côté d’une magnifique vitrine.


A l’époque, je me souviens que j’avais assisté en direct à ce transfert solennel grâce à la chaîne You Tube de la télévision publique argentine. Ce déménagement ne m’avait alors inspiré qu’une montagne de doutes parce que mes visites au MHN m’avaient laissé le souvenir d’un musée poussiéreux et horriblement mal conçu alors que le reliquaire inséré dans le mur, à gauche, dans le vaste hall d’entrée de la caserne du RGC, m’avait parfaitement permis à chacune de mes visites de l’admirer, certes d’un seul côté (ce qui était fréquent dans la muséologie au début des années 2010). En compagnie de la conservatrice du musée du régiment, j’avais même pu m’en approcher, avec respect, sous l’œil vigilant de deux sentinelles présentes en permanence.

Or depuis 2015, le MHN a continué de se remodeler avec, qui plus est, une vraie intelligence muséographique qui lui permet ces dernières années de réunir dans la même exposition permanente et des salles dédiées trois souvenirs emblématiques de la période de l’Indépendance : un somptueux joyau en argent offert au général Manuel Belgrano (1770-1820) lors de sa campagne dans l’actuelle Bolivie et aussitôt légué par lui à ce qui était en train de devenir la nation argentine, ce sabre de San Martín ainsi que l’original du daguerréotype pour lequel le même San Martín avait posé, probablement à la demande de sa fille, à l’occasion de ses soixante-dix ans, à Paris, peut-être le 25 février 1848, avant que la Révolution de Février ne le pousse à quitter la capitale pour Boulogne-sur-Mer où il espérait protéger sa famille de la violence parisienne et où il est finalement décédé le 17 août 1850.

Le MHN présente cet avantage supplémentaire sur la caserne de Palermo qu’il est normalement ouvert au public tandis que la caserne, surtout celle du RGC, reste une enceinte militaire. On n’y entre pas comme dans un musée. Il faut prendre rendez-vous et montrer ses papiers d’identité à la police militaire dans la guérite qui se trouve à l’imposante grille d’entrée, au pied du grand escalier qui caractérise le bâtiment (comme il faut le faire à Paris pour visiter le musée homologue, celui de la Garde républicaine, au quartier des Célestins). Toute cette procédure fait que ce musée militaire est essentiellement accessible aux écoles, aux historiens (pas très nombreux) et aux associations. Et encore ! Pas toutes, parce que peu de gens connaissent l’existence de ce musée et encore moins les procédures à suivre pour le visiter. Sans compter les mauvais souvenirs de la Dictature militaire de 1976-1983 qui s’attachent aux casernes situées dans ce quartier de Buenos Aires et qui font qu’encore aujourd’hui, cinquante ans après le coup d’État, il y a encore des gens qui ne veulent pas y mettre les pieds et cela se comprend.

Or, Javier Mileí a choisi la date d’aujourd’hui, l’anniversaire de la victoire de San Lorenzo, seul engagement de San Martín sur l’actuel territoire argentin, le 3 février 1813, un combat qui est à l’Argentine ce que Valmy est à la France, Mileí donc a choisi ce jour pour publier au Journal officiel un de ses maudits décrets : aujourd’hui, il ordonne la réinstallation du sabre à la caserne du Régiment des Grenadiers à Cheval, avec des arguments débiles et qui n’appellent que le mépris puisqu’il ose prétendre que l’objet y serait plus en sécurité que dans le musée en prenant l’exemple des deux vols des années 60, comme si le MHN n’avait pas évolué depuis (d’autant que si le musée n’est pas sûr, c’est sa faute ; c’est à lui et à son gouvernement d’incapables qu’il incombe de mettre les moyens pour qu’il le soit !).

Sous une forme déguisée, cet apprenti dictateur vient donc de privatiser à nouveau une pièce symbolique du patrimoine historique argentin. C’est dégueulasse, comme d’habitude !

En apprenant que son musée perdait la plus prestigieuse pièce de sa collection, et pour quelles raisons encore, la directrice du musée a donné sa démission. Elle avait pourtant été nommée par Mileí. Son prédécesseur, le très bon historien Gabriel Di Meglio, avait quant à lui été révoqué du jour au lendemain en mai 2024 pour avoir refusé de sortir le sabre de San Martín de sa vitrine à la demande du président qui voulait faire joujou avec lors de la fête nationale, le 25 mai, date anniversaire de la Révolution de 1810 qui avait mis fin au régime colonial. Il semblerait que Mileí reviendrait à son caprice premier : il est en effet prévu que le transfert se fasse le 7 février dans l’hélicoptère qui l’emportera jusqu’à San Lorenzo, à côté de Rosario, où il remettra lui-même l’arme au détachement du régiment stationné sur l’ancien champ de bataille, pour un anniversaire célébré hors date.

Les descendants de Manuelita Rosas ne sont pas en reste : ils ont présenté aujourd’hui une demande en référé devant la justice argentine pour empêcher ce déplacement contraire aux dispositions légataires des époux Terrero-Rosas, leurs aïeux.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 (tant qu’il reste en ligne)
lire l’article La Prensa
lire l’article de Clarín, qui ne consacre pas moins de 4 articles à cette affaire sur son site Internet