 |
Le projet remis sur les rails En blanc, au centre, le temple En gris, à gauche, l'immeuble En rouge, à gauche, le toit de Santa Catalina Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution |
Un tribunal administratif de
Buenos Aires vient de faire droit aux mormons qui veulent édifier
sur une friche urbaine qu’ils ont achetée, en plein cœur de
Buenos Aires, un gigantesque temple au détriment du cadre d’un des
rares témoins de l’histoire pré-indépendance, qui est aussi l’un
des vestiges exceptionnels de l’architecture coloniale :
l’ensemble monastique Santa Catalina, premier monastère féminin
institué à Buenos Aires au tout début du 18e siècle.
Pour que les sœurs puissent vivre tranquillement et s’adonner
sereinement à la contemplation qui était leur vocation, ce tout
premier monastère féminin avait été installé à dessein tout au
nord de la ville, hors du bâti urbain qui l’a depuis largement
rattrapé et dépassé.
La jolie petite église baroque,
à la façade blanche, est devenue une paroisse et les bâtiments
monacaux, avec le cloître et son très paisible et très joli
jardin, ont été transformés en centre pastoral diocésain. Il y
règne une paix extraordinaire au milieu de toute l’agitation de la
mégapole. On y entend à peine le bruit de la ville.
 |
La Prensa s'indigne en Une L'éditorial est annoncé en bas à gauche, dans un cadre violet Cliquez sur l'image pour une haute résolution |
Le centre Santa Catalina est
pourtant situé à proximité immédiate d’une très grande galerie
marchande qui s’élève sur trois étages, une architecture
exceptionnellement belle et un lieu très fréquenté par les
Portègnes et par les touristes, installé dans ce qui fut le
bâtiment de fondation du Museo Nacional de Bellas Artes à la fin du
19e siècle : les Galerías Pacífico.
Aussitôt connu le projet
mégalomane de la secte états-unienne, qui ne compte qu’un très
petit nombre d’adeptes en Argentine, les riverains ont tenté de
faire valoir l’importance patrimoniale et historique du lieu et ont
réclamé qu’on en préserve les caractéristiques urbanistique et
le calme. Sur la friche, ils proposaient de créer un espace vert, ce
dont le centre de Buenos Aires a le plus grand besoin pour affronter
le réchauffement climatique dont les effets locaux s’aggravent
d’année en année. En première instance, l’année dernière,
ils ont gagné. Le projet pharaonique de l’Église de Jésus Christ
des Saints des Derniers Jours a été paralysé mais les mormons ont
invoqué leur liberté religieuse dont la décision de première
instance aurait, selon eux, constitué une violation et en appel, ils
viennent d’emporter la décision du tribunal. Or c’est l’un des
très grands problèmes de l’Argentine qu’elle ne sait pas
transmettre sa mémoire ni enseigner son histoire ni protéger son
patrimoine culturel comme naturel, et encore moins sous la présidence
actuelle puisque Javier Milei ne comprend même pas le concept. Or
sans racines, un peuple ne peut pas construire son avenir.
Le projet urbanistique de la
secte rappelle la folie des grandeurs d’un Donald Trump occupé à
transformer la Maison Blanche en palais façon Disneyland, le très
mauvais goût et l’inculture crasse de Mar-a-Lago en prime. Les mormons entendent
construire deux gratte-ciels côte à côte, le plus petit serait
leur temple et l’autre une sorte de Trump Tower à leur sauce.
Horrifiés et ensemble, les
quatre journaux nationaux s’en offusquent ce matin…
© Denise Anne Clavilier
Pour aller plus loin :
Ajout du 18 mai 2026 ;
lire l’article
de La
Nación
sur le détail des plans nouvellement révélés
Ajout du 19 mai 2026 :
lire l’article
de La Nación sur la
fermeture temporaire de l’église Santa Catalina parce que les
travaux ordonnés par la Ville dans la rue limitrophe ont occasionné
des dégâts sur la structure bicentenaire de ce monument historique.
On imagine ce que cela sera avec les travaux gigantesques prévus par
les mormons dans le plus proche avenir. Le curé de la paroisse a
fait visiter l’intérieur de l’église et a fait constater les
dégâts (l’article les montre à travers des photos très
parlantes).
Ajout du 20 mai 2026 :
La Nación a mis l'affaire à la Une de son édition de ce matin !
 |
La photo principale montre une vue aérienne du site tel qu'il se présente actuellement En haut, avec le toit en tuile rouges, le monument historique Cliquez sur l'image pour une haute résolution |