dimanche 15 mars 2026

Pinocchio s’était bien fait acheter par le créateur de $Libra [Actu]

"Cinq millions de motifs", dit le gros titre
En haut à droite : l'article sur les réactions des familles
de disparus qui ont retrouvé trace des leurs à La Perla
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Beaucoup de gens en avaient la conviction mais il manquait encore la preuve matérielle. On vient de la trouver : un accord entre Javier Mileí et l’escroc qui a créé la crypto-monnaie $ Libra que le président avait accepté de promouvoir, un accord pour un dessous-de-table de 5 millions de dollars. Rien que ça ! Le texte de l’accord se trouvait dans le dossier des notes prises sur le téléphone d’un trader qui s’est entremis entre l’escroc et le président.

Mileí : Vous savez, Monsieur le Président... Le scandale Adorni m'inquiète
Trump : Mais dis-moi, ce Adorni, il est impliqué avec Epstein ?
Mileí : Non
Trump : Il a fait des trucs débiles pour dissimule l'affaire Epstein ?
Mileí : Non
Trump : Est-ce qu'il a mené le monde au bord d'une guerre mondiale ?
Mileí : Non
Trump : Vous vous noyez dans un verre d'eau, vous !
Dessin de Daniel Paz et Rudy, à la Une de Página/12 ce matin
Traduction © Denise Anne Clavilier
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Pendant qu’en Argentine, le pot-aux -oses est mis à jour, le chef de l’État suspect de corruption se trouve en Espagne, où il assure la conclusion d’une grande rencontre d’extrême-droite autour d’une thématique économique. Comme à son habitude lorsqu’il est dans la Péninsule, il a abondamment insulté Pedro Sánchez, chef de l’exécutif espagnol. Il a aussi insulté les industriels argentins qu’il couvre d’injures depuis plusieurs jours. En revanche, comme à son habitude aussi, il a couvert d’éloges le locataire de la Maison Blanche en le remerciant d’être « en train de débarrasser le monde du socialisme » (or il se pourrait bien que tout ce chaos provoqué par Trump redonne des couleurs à la gauche et au centre aux États-Unis comme en Europe).

"Révélation : un accord pour 5 millions de dollars
pour lancer $ Libra", dit le gros titre
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Ce trader en crypto-monnaie, un certain Novelli, était aussi le conseiller de Javier Mileí dans ce domaine. C’est le même homme avec lequel il a multiplié les échanges écrits dans la nuit du 14 au 15 février 2025 au moment où $ Libra a été lancée publiquement et s’est effondrée en quelques heures, au bénéfice de ses promoteurs qui ont empoché les investissements des épargnants hispanophones qui avaient fait confiance à la recommandation de Mileí.

En gros titre : le scandale des nouvelles
compétences des services de renseignement
(ils peuvent espionner les journalistes,
les économistes et les opposants)
En  haut de la colonne de droite :
le scandale $ Libra : "On a trouvé
des références à un accord supposé avec Mileí
pour 5 millions de dollars", dit le titre
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L’accord prévoyait des versements en trois étapes, d’abord 1,5 millions à l’accord de Mileí, 1,5 millions lorsque Mileí aurait lancé son message de recommandation sur les réseaux sociaux et 2 millions par la suite lorsqu’un contrat aurait été signé en personne par Mileí lui-même. Le document implique le gouvernement argentin et la sœur du président, censé apporter leur appui à l’opération.

Vignette de Pati dans Página/12 aujourd'hui
La journaliste télé : Trump a affirmé qu'il n'aimait pas le
nouveau guide iranien et qu'il pense à quelqu'un d'autre..."
Traduction © Denise Anne Clavilier
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D’un autre côté, comme le montre la Une de La Nación qui en fait son gros titre, le gouvernement a modifié les domaines de compétences des services du renseignement national : désormais, la SIDE aura le droit de surveiller les opposants, les journalistes et les économistes, c’est-à-dire tous ceux qui ont l’autorité de mettre à mal les stratégies du président qui, comme son homologue à Washington, use et abuse du mensonge et de l’invraisemblance. Le 24 février prochain, l’Argentine va commémorer le 50e anniversaire du coup d’État militaire de Videla et consorts !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

samedi 14 mars 2026

Pinocchio à la Casa Rosada [Actu]

"Appel fatal" titre Página/12 sur cette photo
de Mileí accro à son portable
En haut, le scandale de Manuel Adorni
continue à nourrir l'actualité
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Le vendredi 14 février 2025, dans le calme de l’été, en fin de journée, Javier Mileí a lancé sur ses réseaux sociaux une recommandation concernant une crypto-monnaie dans laquelle il conseillait d’investir. L’instrument financier s’est effondré six heures plus tard, entraînant la ruine de nombreux épargnants hispanophones qui avaient fait confiance dans la parole d’un chef d’État se présentant lui-même comme un économiste diplômé.

Devant le scandale, Mileí avait prétendu n’avoir rien à voir avec l’opération et n’avoir diffusé l’information qu’à titre personnel, comme l’aurait fait un particulier quelconque, sans avoir d’intérêt dans l’affaire.


Au milieu de la colonne de droite :
"Une preuve relie Mileí à l'opération
de lancement de la cryptomonnaie $Libra"
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Toutefois, les analyses de différents téléphones portables saisis par la justice lors de perquisitions chez les promoteurs de cette cripto-monnaie, $ Libra, démontrent qu’il a existé quantités d’échanges de messages entre Mileí et des personnes impliquées dans des conditions et à des horaires qui démontrent clairement une complicité. Si Mileí n’avait pas été mis dans la confidence longtemps à l’avance, il n’avait aucune raison d’échanger de manière aussi frénétiques ce soir et cette nuit-là alors que tout s’écroulait et que les promoteurs du truc s’en mettaient plein les poches.

Le président est donc convaincu de mensonges et de lourds soupçons pèsent sur lui et sur son intégrité, ce qui n’est guère une surprise… On savait déjà en effet que Mileí avait rencontré longtemps avant le lancement de la crypto-monnaie l’un de ses promoteurs nord-américains qui présente un profil assez clair d’escroc qui n’en serait pas à son premier coup.

Le gros titre dit : "Une expertise téléphonique
contredit la version de Mileí sur l'affaire $ Libra"
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Tous les quotidiens nationaux mettent l’info à la Une. Et cela, c’est assez rare ! Les révélations sont si choquantes que l’on retrouve les éléments des expertises techniques reproduits dans les colonnes des quotidiens imprimés.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

La Maison de l’Argentine à Paris sert de QG à l’extrême-droite [ici]

Comme tous les pavillons de la CIUP, la Maison de l'Argentine
arbore les deux drapeaux et cela en dit long sur son statut.


La Nación publie aujourd’hui un article assez approfondi sur les graves dérives politiques qui affectent la Maison de l’Argentine à la Cité Internationale Universitaire de Paris qui rassemble des pavillons de nombreux pays dans un esprit d’ouverture culturelle et de rencontres fraternelles, tous ces institutions étrangères hébergeant des étudiants du monde entier. Le campus a en effet été fondé en 1925 dans le courant pacifiste et optimiste qui a suivi la Grande Guerre.

La CIUP est aujourd’hui présidée par Jean-Marc Sauvé, ancien vice-président du Conseil d’État qui s’est fait connaître du grand public lorsqu’il a présidé, avec courage et droiture républicaine, la commission d’enquête sur les violences pédo-criminelles dans l’Église catholique en France. Le haut fonctionnaire a fait publiquement état de ses inquiétudes concernant le pavillon argentin qui s’affranchit allègrement des règles du campus et de celles de la République.

Nommé par le gouvernement argentin, son directeur est un avocat binational. Sa profession permet de dire qu’il sait donc parfaitement ce qu’il fait quand il agit comme il agit. Il refuse en effet de signer les engagements que doivent signer tous les directeurs de tous les pavillons, dont aucun ne bénéficie du statut d’extra-territorialité. Tous les pavillons relèvent en effet du droit français comme n’importe quelle autre institution sur le territoire de ce pays. Or ce monsieur prétend qu’il ne peut pas « signer en conscience » la Charte des Valeurs de la CIUP, car elle fait référence aux principes de la laïcité à la française et au refus de toute discrimination, notamment envers les femmes et les personnes transgenres. Or lui n’y croit pas, donc il ne veut pas s’engager à respecter ces principes (lesquelles valent aussi en Argentine, soit dit en passant).

Qui plus est, ce directeur viole aussi délibérément les règles de bonne conduite qui organisent la Cité en faisant de « son » pavillon un centre d’activités politiques, ce qui est strictement interdit (ni propagande politique, ni prosélytisme religieux). S’y tiennent, dans le grand salon d’honneur, des séminaires à accès restreint, sur invitation nominative, qui rassemblent des proches de Marion Maréchal, dont il est un proche (il enseigne dans son école pour futurs leaders politiques à Lyon), des membres du PIS (le parti Droit et Justice en Pologne) et du Fidesz (le parti d’Orban en Hongrie). Activités dont les étudiants qui logent dans la maison ont vent et qui les scandalisent.

Enfin dernier élément d’inquiétude pour les autorités de la Cité Universitaire : le directeur de la Maison de l’Argentine a fait retirer d’un mur dans le hall d’entrée une plaque à la mémoire des 30 000 disparus de la dernière dictature militaire. Or on sait que l’extrême-droite en Argentine développe et diffuse des thèses négationnistes sur ces crimes contre l’humanité et que l’actuel gouvernement rêve d’une procédure de grâce ou d’amnistie pour les sbires de la dictature qui ont été condamnés par la justice argentine. Et les explications fournies par le ministère du Capital Humain dont dépend fonctionnellement la Maison de l’Argentine ne sont pas de nature à calmer les esprits. Le ministère prétend que la plaque a été décrochée pour libérer les murs qui vont faire l’objet d’une rénovation complète. Or rien n’a bougé sur ces murs, sauf cette plaque dont nul ne sait ce qu’elle est devenue.

Le 9 mars dernier, Le Monde a publié un article sur le sujet (en ligne, il est réservé aux abonnés du journal). Ce texte a été mis à jour le 12 mars sur le site du quotidien. La correspondante en France de La Nación y fait allusion dans son article de ce matin car ce scandale se tient sur le sol d’un pays qui compte plusieurs de ses ressortissants parmi les disparus de la dictature, notamment les deux religieuses qui en sont les figures les plus emblématiques.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

vendredi 13 mars 2026

Le Premier ministre dans de beaux draps [Actu]

Montage de Une pour servir de gros titre :
"Nous sommes tous Adorni", prétend Mileí
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Depuis quelques mois, Manuel Adorni est le Jefe de Gabinete (chef du Cabinet), un terme emprunté au système institutionnel britannique. Il désigne le gouvernement (l’ensemble des ministres, hors chef d’État), un emploi attesté dans la France de l’Ancien Régime quand on parlait du cabinet du Roi. En terminologie francophone, c’est donc le Premier ministre. Cependant son champ d’action est bien plus restreint que celui de son homologue de la Ve République. Le Jefe de Gabinete se contente de coordonner le travail des ministres entre eux et d’assurer la liaison entre ceux-ci et le président, dont il est en quelque sorte le porte-parole. En aucun cas, il n’est le chef de la majorité (si tant est qu’elle existe comme telle, ce qui n’est pas le cas actuellement). Le Jefe de Gabinete ne joue aucun rôle, même pas fictif, dans le choix des ministres et il ne répond que de lui-même devant le président, en toutes circonstances, comme devant le Congrès, lors des séances de questions au gouvernement. S’il démissionne, il n’entraîne personne avec lui.

La semaine dernière, le titulaire du poste, qui estime « se casser le dos » (me deslomo) au service du pays, a emmené avec lui, pour se sentir moins seul (ce sont ses propres explications), son épouse dans un voyage aux États-Unis, d’abord du côté de Miami pour signer l’accord du prétendu Bouclier des Amériques avec Donald Trump et les autres chefs d’État d’extrême-droite du continent, puis à New York où se tenait la Argentina Week, destinée à attirer en Argentine des investisseurs états-uniens. La dame a donc voyagé à bord de l’avion présidentiel puis elle a été logée avec son époux dans des palaces d’un standing inouï. Le tout aux frais du contribuable, même si Adorni s’époumone en cherchant à nous démontrer le contraire.

La presse de droite préfère traiter le sujet en seconde place
Ici, en haute à gauche, avec une photo du ministre
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Or, avant d’être ministre, Adorni n’avait pas de mot assez acide contre la casta, la caste, l’establishment dirait-on en franglais, l’élite au pouvoir ; il s’agissait alors des péronistes entourant Alberto Fernández et Cristina Kirchner. Ces gens qui osaient, paraît-il, voyager aux frais du contribuable pour aller s’amuser un peu partout sur la planète, critique que Adorni formulait aussi contre des voyages tout ce qu’il y avait de plus officiel. Or le nombre de déplacements des ministres actuels semblent battre tous les records, les chiffres du précédent gouvernement inclus. Pris le doigt et même les deux mains dans le pot de confiture, Manuel Adorni ne sait plus à quel saint se vouer pour s’en sortir.

Clarín a mis son titre secondaire en haut à droite
et préféré mettre l'accent sur l'inflation
et sur l'enquête pour corruption contre
le président de la Fédération de Football, la AFA
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Ajoutez à cette triste situation qu’il n’est guère aidé par ceux de ses amis dont la langue fourche, volontairement ou non. C’est ainsi qu’un animateur de télévision pro-Mileí, appartenant au cercle intime du ministre, qui avait invité le couple d’amoureux il y a quelques temps dans le manoir rural qu’il possède en Uruguay, a avoué que Adorni avait payé l’avion-taxi ami qu’il lui avait recommandé avec « l’argent de l’État ». Les autres ministres ont beau jurer, la main sur le cœur, « croix de bois, croix de fer, si je mens, je vais en enfer » que le très cher Manuel a bien réglé tout seul la facture du voyage de sa dulcinée aux États-Unis ou que le surcoût en a été si faible qu’on ne le distingue même pas dans la facture globale, que le scandale prend de l’ampleur dans toute l’Argentine. Même la presse de droite se moque des lamentables explications du ministre. Le scandale vient de déboucher sur une plainte devant les tribunaux. L’enquête est ouverte.

Manuel Adorni pourrait donc bien avoir à répondre un jour devant un magistrat de l’emploi qu’il fait de l’argent public. Lui et à peu près tous ses collègues puisqu’on ne peut que constater que le train de vie des membres du gouvernement ne correspond en rien à ce qu’il devrait être, surtout en cette période de coupe budgétaire à tous les étages, sous prétexte de résorber le déficit budgétaire national.

Même stratégie à La Nación :
Un gros titre sur l'inflation
Une grosse photo du président de la AFA
et un titre secondaire en haut à droite
sur "Le gouvernement [qui] serre les rangs
pour soutenir Adorni face au scandale"
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Ainsi donc, pendant qu’à l’étranger, les puissants font trempette dans les piscines à jacuzzi d’hôtels de luxe, l’économie du pays s’effondre dans à peu près tous les secteurs, l’inflation remonte, le chômage et le travail au noir grimpent, la consommation plonge en eaux profondes et le ministre de l’Économie, Toto Caputo, se vante de ne jamais acheter le moindre vêtement en Argentine, quand la plupart des hommes d’État des pays démocratiques se font un devoir et un honneur de porter du « made chez nous » pour mettre en valeur le savoir-faire national ! C’est ainsi, ces derniers temps, que le lunetier choisi par Macron, quand il avait un problème oculaire, a vu son carnet de commande exploser et que les couturiers et autres artisans qui habillent autant Zelensky que son épouse ont du mal à suivre, qu’ils travaillent le t-shirt de coupe militaire, la vychyvanka (chemise et chemisier brodés), le collier traditionnel ou les produits de maquillage à base d’ingrédients 100 % ukrainiens…

Tout est fermé dans ce quartier fermé (barrio cerrado) :
la bibliothèque, le centre culturel, la librairie, le théâtre, le cinéma,
le club sportif et l'académie de musique (l'équivalent du conservatoire)
Dessin de Miguel Rep, hier, dans Página/12

Même politiquement, ça ne va pas : 2 Argentins sur 3 condamnent la guerre déclenchée par Trump et Netanyahu contre l’Iran, alors que Mileí la soutient à fond (sans toutefois y mettre ni soldat ni armement), se vantant même, à New York, d’être « le président le plus sioniste du monde ». Si seulement il prenait un peu plus le parti de son propre pays, avant de s’occuper d’Israël, ce ne serait déjà pas si mal...

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Une de Página/12
lire l’entrefilet de La Prensa
lire l’entrefilet de La Prensa sur le paiement de l’avion-taxi pour Punta del Este, en Uruguay
lire l’article de Clarín sur le pédalage du ministre
lire l’article de Clarín sur l’ouverture de l’enquête au sujet des deux voyages suspects du ministre (Punta del Este et États-Unis)
lire l’article de La Nación

Ajout du 14 mars 2026 :
Même La Nación se penche sur les détails des contradictions de Manuel Adorni !
Lire à ce sujet l’article de La Nación de ce jour.

Ajout du 15 mars 2026 :
lire cet article de Página/12 sur les pataquès des explications de Manuel Adorni qui ne s’en sort décidément pas
lire cet article de Clarín
lire cet article de La Nación
Cette affaire commence vraiment à ressembler au scandale des époux Fillon...

Mar del Plata a connu sa pire saison depuis la pandémie [Actu]

"Mar sans argent" dit le gros titre
en faisant le calembour sur le nom de la ville,
Mar del Plata (mer d'argent)
et le lion de mer qui est le symbole de la cité
auquel on a donné une peau dorée et des grosses larmes...
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Comme on s’y attendait, la saison estivale de Mar del Plata, la plus grande station balnéaire de la côte atlantique argentine, a été catastrophique. On estime à un peu moins d’un demi-million le déficit d’estivants ayant séjourné cet été dans la station. Quant à ceux qui sont venus, ils ont limité de manière draconienne leurs dépenses, notamment sur la plage où transats et parasols à louer ont trouvé beaucoup moins de preneurs que lors des saisons précédentes.

Ces données économiques ont été établies par la Province de Buenos Aires, dont la majorité locale est péroniste. Il n’en faut pas plus pour que la droite conteste ces chiffres. Pourtant la fermeture récente d’un des grands centres commerciaux de la ville, dont j’ai parlé cette semaine, Los Gallegos, semble bien confirmer cette tendance, qui avait été constatée dès le mois de novembre, quand le festival du cinéma, qui lance d’habitude la saison estivale, avait nettement marqué le pas.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 dont l’édition provinciale de La Plata (province de Buenos Aires) a fait sa Une, avec le jeu de mot habituel au journal.

mercredi 11 mars 2026

Un demi-siècle après le coup d’État, la justice identifie douze victimes de la dictature [Actu]

"Le passé, présent !" clame le gros titre
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La justice argentine a annoncé qu’elle avait pu identifier douze corps dans des fosses communes liées à un centre de détention clandestine de la dictature militaire de 1976-1983, à La Perla, dans la province de Córdoba, dans le centre de l’Argentine.

Cet ancien centre de torture est devenu un lieu de mémoire et continue à faire l’objet de fouilles pour rechercher des disparus de la dictature.

"Identification de 12 personnes disparues
dans l'ex-centre clandestin de La Perla"
dit le visuel publié par la justice argentine

Pour le moment, les identités des suppliciés n’ont pas été révélées. La justice ne le fera que lorsque les familles auront été informées et uniquement si elles y consentent.

Página/12 en fait sa Une alors que le gouvernement de Mileí s’efforce de passer l’éponge sur les crimes du régime, qui sont des crimes contre l’humanité et à ce titre sont imprescriptibles, et de ralentir le travail de la justice. Face aux nettes tendances négationnistes du président, de son entourage politique et de ses alliés, la rédaction du journal de gauche affiche les faits établis comme autant d’antidotes à ces nouveaux mensonges officiels.

L'autre côté du visuel officiel

A titre d’exemple, à la Cité Internationale Universitaire de Paris, la direction libertaire du pavillon argentin, qui dépend du ministère argentin du Capital Humain, a fait récemment retirer une plaque commémorative dédiée aux trente mille personnes assassinées par la dictature...

Parmi les journaux de droite, seule La Prensa se fait l’écho de la macabre découverte.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :


Ajout du 13 mars 2026 :
L’identité de l’un des douze disparus de La Perla a été révélée par la justice. Página/12 en rend compte dans son édition de ce matin. Il s’agit de Mario Nivoli dont la fille se dit enfin soulagée de savoir ce qu’il est advenu de son papa. Pour elle-même et pour ses propres enfants. Le 14 février 1977, lorsqu’il avait été arrêté arbitrairement, Mario Nivoli avait 28 ans et il étudiait pour devenir ingénieur en chimie.

Ajout du 14 mars 2026 :
lire cet article de Página/12 sur deux nouvelles personnes dont les identités ont pu être révélées. Il s’agit de Ramiro Bustillo Rubio et Oscar Omar Reyes, arrêtés le 18 octobre 1977. Au moment de leur disparition, ils avaient respectivement 27 et 45 ans
lire cet entrefilet de La Prensa (c’est assez rare pour être souligné – la rédaction n’est pas à 100 % hostile à la dictature militaire de 1976-1983)

Ajout du 15 mars 2026 :
Les révélations des identités continuent. On en est à six personnes dont le nom a été publié.
A ce sujet, lire l’article de Página/12 de ce matin
lire dans Página/12 ce témoignage poignant de la veuve d’un des assassinés à La Perla à qui les autorités viennent d’annoncer qu’on a retrouvé le médaillon avec sa photo qu’elle avait donné à son mari lorsque la persécution de la dictature avait commencé à les menacer, avant leur arrestation. Elle a survécu. Lui se trouve très probablement quelque part dans cette fosse commune où les enquêteurs ont retrouvé 12 personnes identifiables
lire l’article de La Nación

En Argentine, les entreprises tombent comme des mouches [Actu]


Página/12 rend compte aujourd’hui de la fermeture d’un grand centre commercial de Mar del Plata, le principal port argentin sur l’Océan atlantique (port commercial, port militaire, port de pêche et de plaisance) et principale ville balnéaire du pays. C’est dire si les centres commerciaux y ont leur place !

Celui-ci, Los Gallegos (les Galiciens), vient pourtant de fermer définitivement ses belles portes vitrées… 250 salariés risquent de se retrouver au chômage dans les semaines qui viennent.


Dans un autre domaine, l’agro-alimentaire, le groupe laitier Verónica (lait, beurre, crème fraîche, dulce de leche, préparation fromagère à tartiner, fromages et autrefois yaourts), fondé en 1923, a fermé plusieurs centres de production, laissant sans revenu leurs salariés. Verónica, c’est pourtant une référence importante dans les linéaires de la distribution, grande et petite. Si ma mémoire est bonne, c’est sous cette marque que j’avais trouvé, il y a plusieurs années, avant le covid, le premier et seul yaourt nature que je pouvais acheter à Buenos Aires, un yaourt épais, de type grec, indiqué pour la cuisine – para cocinar et qui avait disparu deux ans plus tard (yogur para cocinar parce qu’il ne viendrait à la tête d’aucun Argentin de manger du yaourt nature, sans sucre ni parfum).

Décidément, le « miracle de l’Argentine », vanté hier par certains participants au lancement de la Argentina Week à New York, a tout du mirage…

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 sur la fermeture des Gallegos
lire l’article de Página/12 sur Verónica.

Ajout du 12 mars 2026 :
lire cet entrefilet de Página/12 sur la situation économique des boulangeries, alors que 2000 d’entre elles ont déjà fermé leurs portes depuis l’arrivée au pouvoir de Mileí

Ajout du 13 mars 2026 :

lire cet article de Página/12, édition de Rosario, sur un nouveau phénomène dans les boulangeries : certains clients commencent à payer comme au supermarché : avec une carte de crédit qui permet d’étaler la dépense sur plusieurs semaines ou plusieurs mois. En Argentine, on ne paye pas souvent les courses du quotidien avec une carte bancaire. On paye en liquide et si vous sortez votre carte à la caisse du supermarché ou de l’hypermarché, on vous demande si vous voulez payer « en cuotas » (avec paiement étalé).

Hommage à Osvaldo Pérez Esquivel en ce cinquantenaire du coup d’État [Disques & Livres]

Adolfo Pérez Esquivel, hier, à la Legislatura de Buenos Aires


Alors que le 24 mars prochain, l’Argentine des droits de l’homme commémorera le cinquantième anniversaire du coup d’État de Videla et ses sbires. Les premières manifestations s’organisent autour des acteurs et des témoins de la résistance démocratique.


C’est ainsi qu’hier, la Legislatura de Buenos Aires, le parlement de la Ville autonome, a rendu hommage à Adolfo Pérez Esquivel, le prix Nobel de la Paix argentin, qui a prononcé un discours sur l’obscurité politique qui s’abat en ce moment même sur l’Argentine, autrefois phare international de la lutte contre la dictature et ses crimes.


Cet hommage, qui s’est tenu dans le splendide Salón Montevideo (ci-dessus), accompagnait la sortie du nouveau livre de Pérez Esquivel, La otra mirada – Relatos (l’autre regard – récits), qui a été déclaré « de Interés » par la Commission sociale de la Ville.


Pérez Esquivel a été arrêté et torturé en 1977. Il est resté prisonnier pendant plus d’un an. Il a pu échapper à un vol de la mort, qui jetait dans le Río de la Plata ou dans l’océan les opposants, drogués ou assommés, mais encore vivants. L’artiste a aujourd’hui 95 ans et il a tenu à partager cette soirée d’hommage avec d’autres survivants de ce régime meurtrier.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

voir la présentation de l’ouvrage sur le site des Ediciones Ciccus.

Mileí fait le show à New York dans les locaux de la JP. Morgan [Actu]

"A New York, Mileí reprend ses invectives contre
Rocca et Madanes", dit le gros titre
en référence aux insultes proférées par le président
contre deux représentants éminents du patronat industriel argentin
En dessous : la guerre contre l'Iran dont on ne voit pas la fin
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Hier, à New York, où il lançait la Semaine Argentine (Argentina Week), Javier Mileí a fait l’article sur les richesses du sous-sol national devant un parterre d’investisseurs potentiels dans les locaux de la puissante banque JP Morgan, d’où est sortie la majorité de ses ministres et autres conseillers.

"Mileí crée la surprise avec son discours
agressif contre les entrepreneurs argentins à New York",
dit le gros titre
Au-dessous : l'inauguration d'un salon de l'agriculture
dans la province de Buenos Aires
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Le président argentin en a profité pour lancer de nouvelles flèches contre l’ensemble du patronat argentin dont il a traité à nouveau les principales personnalités de prébendiers et de corrompus. Drôle de façon de faire valoir son pays pour un chef d’État ! Ce matin, même La Nación s’étonne de ce comportement présidentiel.

"Mileí s'en est pris aux chefs d'entreprise
lors d'une rencontre avec des investisseurs
et a provoqué un fort malaise", dit le gros titre
En dessous, les machines agricoles,
qui font l'objet du salon de l'agriculture qui vient d'ouvrir
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Une fois son numéro terminé, Mileí a repris l’avion pour se rendre à Santiago du Chili où il assiste aujourd’hui à l’investiture de Kast, le nouveau président chilien qui affiche sa nostalgie pinochetiste.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :


Façade du siège de la UIA à Buenos Aires

Ajouts du 12 mars 2026 :
Le patronat industriel a décidé de répondre au président. Il l’a fait à travers un communiqué officiel et une vidéo de 40 secondes qui s’achève sur une interrogation : si les industriels sont des voleurs, alors où va l’argent qu’ils payent à l’État sous la forme de taxes et d’impôts sur les bénéfices ? Cette question est articulée alors que le Premier ministre se débat dans un scandale d’abus de biens publics (il s’est fait accompagner par son épouse lors du voyage à New York, elle a voyagé dans l’avion présidentiel et logé dans l’hôtel de grand luxe retenu pour les fonctions de son mari et, malgré les dénégations assez ridicules du ministre, il est assez clair que le couple n’a pas payé sur ces propres deniers les frais de cette participation supplémentaire)
lire cet article de Página/12 sur la réponse de la UIA
lire cet article de Página/12 sur la situation des fabricants dans le domaine du textile et de la chaussure (qui présente une émission de radio sur la AM 750)
lire cet article de La Prensa sur la réponse de la UIA à Mileí
lire cet article de La Nación

mardi 10 mars 2026

Hier, grande manifestation pour le droit des femmes et celui du travail [Actu]

La marée de retour, dit le gros titre
sur cette photo prise au-dessus de Plaza de Mayo
au cœur de Buenos Aires
La statue représente la république et la liberté
de la Révolution de 1810 (d'où le bonnet phrygien)
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Hier, les Argentins ont tâché d’unir toutes les luttes à l’occasion de la Journée internationale du droit des femmes en appelant à une nouvelle grève générale le 9 mars, le 8 tombant un dimanche.

La manifestation n'a droit qu'à la photo
en haut à droite
Le reste est pour les Etats-Unis où Mileí
est allé signer un nouvel accord avec Trump,
le "bouclier des Amériques"
qui veut mettre les armées des Etats signataires
au service de la lutte contre le trafic de drogues
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A la grève générale, contre la réforme du code du travail votée au Congrès, s’est donc ajoutée une manifestation très suivie dans plusieurs grandes villes, dont Buenos Aires. Les images sont impressionnantes. Le résultat risque toutefois d’être très maigre. Javier Mileí ne semble avoir aucune capacité à écouter son opinion publique et encore moins à changer de politique à son contact.

Les deux ans à venir vont très probablement être de plus en plus cruels.

La manifestation d'hier à Rosario
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Prochain rendez-vous des militants des droits des gens dans tous les domaines, ce 24 mars pour le 50e anniversaire du coup d’État de Videla et consorts qui a installé la plus sanglante dictature qu’ait jamais connue l’Argentine.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 qui en a fait sa Une nationale
lire l’article de Clarín