lundi 11 mai 2026

Manifestation demain pour l’université, l’éducation supérieure et la recherche [Actu]

"Ce ne sont pas les motifs qui nous manquent",
dit le gros titre sur cette photo d'une manifestation précédente
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Demain, 12 mai 2026, tous niveaux, toutes spécialités et tous métiers confondus, les universitaires lancent un appel national à la manifestation pour réclamer du gouvernement qu’il lâche enfin les sous !

Clarín hier : en gros titre, les suites des affaires Adorni
en photo, l'un des universitaires qui boucle son budget
avec des courses de chauffeur de plateforme
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En Argentine, l’enseignement supérieur et la recherche se meurent faute de budget et d’investissement de la part de l’État alors que le pays était leader dans le sous-continent dans ces domaines. Le mépris de ce gouvernement libertarien pour le secteur non-marchand dans son ensemble (culture, santé, recherche, école, infrastructures) menace l’avenir du pays et provoque depuis deux ans une fuite des cerveaux considérable et d’autant plus dramatique que le « marché » est engorgé un peu partout : les Argentins ne sont pas les seuls à tenter d’aller voir ailleurs si la recherche se porte mieux. Les États-uniens le font aussi et en très grand nombre, tandis qu’un peu partout ces budgets nationaux sont en difficulté à cause des transferts d’investissement à réaliser au profit de la défense, qu’on soit au Canada, au Japon, en Corée du sud ou en Europe, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Union Européenne.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 de ce jour
lire l’article de Cash, le supplément économique hebdomadaire de Página/12
lire l’article de Clarín du 8 mai sur les universitaires obligés de cumuler les emplois pour boucler leurs fins de mois

Scandale à la Cour suprême : un notaire désespéré laisse une lettre accusatrice [Actu]

"A petite Cour, grand enfer", dit le gros titre
sur cette photo des trois magistrats en fonction
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Ce n’est pas à proprement parler une révélation : que la Cour suprême argentine juge sur des critères destinés à favoriser, sans que cela se voit trop ou même si cela se voit, les intérêts des classes possédantes qui dirigent l’économie du pays est un fait connu depuis la création de l’organisme au 19e siècle, même si, bien entendu, les représentants de ces mêmes classes sociales rejettent obstinément ces accusations avec une panoplie d’arguments et d’arguties enrichie par des décennies de pratique du droit, de la jurisprudence et des arcanes de la constitution.

A chaque fois que la gauche a occupé le pouvoir, c’est-à-dire depuis 1916, elle a cherché à nommer des juges aux profils différents de façon à équilibrer la composition de la Cour et à limiter les effets de cette triste tradition. De surcroît, dans la magistrature des niveaux subalternes, des collectifs se sont formés pour militer en faveur d’une justice authentiquement égale pour tous. Cependant, les habitudes ont la vie dure, confortées qu’elles sont par le système de sélection du personnel judiciaire : puisqu’on fait plus souvent du droit lorsqu’on vote à droite que lorsque l’on vote à gauche, le choix des candidats est plus nourri à droite qu’à gauche à tous les échelons du système, y compris pour les postes d’enseignant à l’université. La même constatation peut être faite aussi en France, où, cela s’illustre tragiquement au seul niveau du crime de sang, avec les disparitions dites « de l’Yonne » qui n’ont pas donné lieu à des enquêtes dignes de ce nom depuis le début des années 1970 jusqu’aux années 2000 et même 2010. Cependant, dans une démocratie plus ancienne comme la France, les principes sont un peu mieux défendus, ne serait-ce que parce qu’une presse durablement plus libre, dans le service public comme dans le secteur privé, est en mesure de dénoncer les distorsions dans l’application du droit, ce qui est manifestement plus difficile en Argentine.

Cette fois, à Buenos Aires, ces mécanismes de distorsion viennent d’être décrits, noir sur blanc, dans une lettre qu’un notaire, proche d’un des trois juges de la Cour, a laissée le 5 mai dernier avant de tenter de se donner la mort. La lettre d’adieu explique les systèmes de pression et d’influence occulte qui président aux arrêts rendus par la plus haute autorité judiciaire du pays, laquelle est durablement affaiblie par le petit nombre de ses membres (fonctionner à trois juges n’est pas normal pour cet organe et la persistance de cette situation, qui dure depuis des années, révèle un blocage politique assez peu compréhensible par ailleurs).

Par chance pour notre pauvre notaire et pour la démocratie, il a échappé à la mort et il se rétablit. Il nous reste à espérer qu’un procureur de première instance aura le courage de se saisir de ces aveux et d’ouvrir une instruction afin de tirer au clair les pratiques illégales dont témoigne cet écrit.

Et comme on pouvait s’y attendre, il n’y a eu qu’un journal de gauche pour se faire l’écho du scandale. A droite, la presse (et ses propriétaires) semblent se satisfaire encore et toujours des bonnes vieilles traditions judiciaires qui donnent toujours raison à La Fontaine : « Selon que vous serez puissant ou misérable ». Je laisse à mon lecteur le soin de réciter tout seul le dernier vers des Animaux malades de la peste.

En Une, hier, prenant ses désirs pour des réalités, Página/12 parlait de « bombe pour la Cour ». Pour le moment, on est au mieux devant un pétard mouillé.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

mercredi 6 mai 2026

Cette année, à Cannes, l’Argentine enverra un film des années 50 ! [ici]

Affiche originale du film


Au prochain festival de Cannes, l’Argentine ne proposera aucune œuvre nouvelle. Aucune production de ce pays ne participera à un concours de la manifestation et il y en a pourtant plusieurs.

En lieu et place d’un film sorti dans l’année, le pays envoie une copie restaurée d’un film de Leopoldo Torre Nilsson, un des grands réalisateurs des années 1940 et 1950, La Casa del Angel, qui date de 1957.

Une photo tirée du film

On a là le résultat désastreux de la destruction méthodique de l’INCAA, l’institut national du cinéma, et de son absence de financement public depuis l’arrivée au pouvoir de Javier Milei, il y a presque deux ans et demi. C’est la première fois que depuis très très très longtemps que l’Argentine sera absente du festival comme pays de création actuelle !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

L’accès à l’hôpital public en danger à Buenos Aires [Actu]

La rigueur dans la santé rend malade, dit la banderole
de cette manifestation d'hospitaliers


Après une réunion de leurs instances dirigeantes, ce sont les médecins des six hôpitaux universitaires de Buenos Aires qui sonnent le tocsin depuis quelques jours : la baisse du financement public de leurs établissements et des instituts de formation médicale est si considérable qu’elle menace à très court terme la prise en charge des patients.

En bas, au centre : Hôpitaux en danger, dit le titre
Au-dessus : une affiche électorale de 2023
pour constater la force du soutien du président
à son Premier ministre englué dans les scandales de corruption
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Si rien ne bouge, ces hôpitaux de la UBA (Universidad de Buenos Aires) ne pourront plus soigner personne dans 45 jours, soit vers le 20 juin. Ces hôpitaux soignent environ 700 000 personnes par an. Les patients habitent à Buenos Aires, dans la banlieue et même très loin, ailleurs, dans le pays lorsqu’ils consultent pour des pathologies qui demandent un grand degré de spécialisation.

En bas, à droite : "On tire le signal d'alarme.
Les hôpitaux de la UBA bientôt paralysés"
La photo principale est consacrée au
navire de croisière foyer d'hatavirus
et parti de la Patagonie argentine
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Les conférences de presse données par les médecins n’ont pourtant trouvé que difficilement leur place dans la presse. Un article était en ligne hier sur le site de Página/12 mais il était alors réservé aux abonnés. Le quotidien reprend le thème aujourd’hui et le publie en accès libre. Les articles ne sont guère mis en avant par les journaux, même si Pagina/12, La Prensa et La Nación évoquent la question aujourd’hui en Une, assez discrètement, il est vrai (surtout La Prensa).

Hier, les articles en lien ci-dessous n’étaient pas encore en ligne lorsque j’ai fait ma revue de presse quotidienne.

Les médecins tirent la sonnette d'alarme au pied d'un des hôpitaux

Le modèle politique et économique libertarien n’est pas viable. Tout le monde le sait, sauf Javier Milei et sa clique ainsi que quelques autres dirigeants du même acabit aux États-Unis ou, depuis peu, au Chili.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

Un miel est le premier produit argentin certifié conforme à l’« Accord Mercosur » [ici]

Photo EFE


C’est un miel de Concordia, dans la Province de Entre Ríos, dans le nord du pays, qui a obtenu le premier certificat commercial argentin lui permettant d’être exporté sans droit de douane sur le territoire de l’Union européenne selon les conditions de l’accord avec le Mercosur que Ursula von der Leyen a fait entrer en vigueur « temporairement », sans attendre que le Parlement européen se prononce comme celui-ci l’avait exigé.

Il s’agit d’un chargement de 20 tonnes à destination de l’Allemagne. Cela marque une étape importante pour les Argentins qui attendaient l’entrée en vigueur de cet accord avec impatience.

Un certificat historique, publié sur ses réseaux
sociaux par le ministre des Affaires étrangères argentin

Pour ma part, j'ose espérer qu’il ne nous vaudra que des produits de cette qualité et non pas du grand n’importe quoi et du très bas de gamme pourri aux pesticides dissimulé dans notre nourriture industrielle et dans la restauration, qu’elle soit collective ou commerciale...

Un miel historique, dit le titre sur fond rose pâle
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La Prensa en parle en Une mais, comment souvent, l’article est introuvable sur le site du quotidien.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de La Nación
lire l’article de Ambito, un quotidien économique

Une nouvelle Feria Francesa ce week-end [à l’affiche]

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Ce week-end, à l’occasion des 15 ans de l’association Lucullus, qui l’organise, et en l’honneur de la fête nationale argentine le 10 mai, se tiendra à la Roseraie de Palermo, dans le nord de Buenos Aires, une nouvelle édition de la Feria Francesa, cette fête de la gastronomie française que les Portègnes aiment beaucoup fréquenter.

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Achat et dégustations sur les nombreux stands montés sur la place et activités gratuites autour des recettes et des traditions françaises. Une bonne façon pour les artisans et commerçants établis en ville et spécialisés dans la gastronomie de notre pays de se faire connaître : croissants, macarons, fromages, baguette et sandwiches à gogo.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

mardi 5 mai 2026

Un témoin enfonce Adorni [Actu]

"Le noir est à la mode", dit le gros titre
sur cette photo d'un Manuel Adorni grimaçant
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L’artisan auquel Manuel Adorni a confié les travaux d’aménagement dans sa maison de week-end tout récemment acquise pour un prix étonnamment bas, soit une bâtisse moderne de 400 m² dans un country (quartier privé et fermé), cet artisan a donc été convoqué par la justice et il a témoigné dans le cadre de l’instruction en cours. Il a décrit la nature et communiqué le montant des travaux, qui n’ont pas donné lieu à l’établissement d’une facture et ont été réglés en espèces, de la main à la main, pour la somme considérable de 245 000 dollars US.

En révélant ces faits, l’artisan avoue avoir fraudé car en Argentine, la facture doit être établie et de la TVA est due. L’homme a donc travaillé au noir (en negro, dit-on là-bas).

"Surprise du fait d'une nouvelle révélation sur Adorni :
le gouvernement est prié de l'écarter", dit le gros titre
sur cette double photo du ministre à gauche et de l'artisan
hier à sa sortie du palais de justice
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Les travaux correspondaient à des aménagements luxueux dont une piscine climatisée et une cascade dans le jardin.

"Un artisan a déclaré que Adorni l'avait payé
245000 dollars en espèce pour des travaux d'aménagement",
dit le gros titre
La photo en dessous correspond à un fait divers
sans rapport avec le scandale politique
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Lors d’une conférence de presse, devant les journalistes accrédités et réadmis dans la Casa Rosada, à condition de n’accéder ni aux couloirs ni aux bureaux, le Premier ministre a tenté de s’expliquer. Il a surtout accumulé les mensonges et les invraisemblances, tant et si bien que des rumeurs circulent désormais dans les cercles du pouvoir : Manuel Adorni serait sur un siège éjectable…

Acceptons-en l’augure !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article principal de Página/12 (la plupart des quotidiens consacrent plusieurs articles à ces nouvelles révélations)
lire l’entrefilet de La Prensa
lire l’article principal de Clarín
lire l’éditorial de Carlos Pagni en Une de La Nación

Ajouts du 6 mai 2026 :
Une députée de l’opposition avait demandé l’arrestation de Manuel Adorni mais le procureur l’a déboutée de sa demande.
A ce propos, lire l’article de Página/12
lire l’article de La Prensa
lire cet article de Clarín sur les orientations politiques de l’artisan, un anti-péroniste très marqué vivant dans une commune gouvernée par les péronistes en coalition avec le parti local dans lequel il milite (son positionnement politique pourrait-il ou devrait-il exonérer le Premier ministre ?)
lire l’article de La Nación sur le soutien que le couple présidentiel maintient à son chouchou en dépit de la cascade de révélations toutes plus infamantes les unes que les autres (ce soutien commence à intriguer tout le monde et suscite les pires soupçons contre le président lui-même)
lire l’article de La Nación sur les toutes récentes déclarations judiciaires d’un nouveau témoin, l’ancien propriétaire de l’appartement de Buenos Aires, dans le quartier de Caballito, qui parle du paiement au noir, en espèces, d’une partie du prix, pour un montant de 65 000 dollars.

Le complot contre Cristina exposé au grand jour [Actu]

Le dossier des Carnets résumé dans ce montage de La Nación

En 2018, un journaliste de La Nación sort des photocopies de carnets d’un chauffeur de taxi qui prétend avoir transporté régulièrement de hauts responsables du gouvernement de Cristina Kirchner vers des lieux où de l’argent liquide leur aurait été remis, ce dont visiblement ces gens ne se cachaient pas devant lui.

L’authenticité de ces documents a été, c’est le moins qu’on puisse dire, très contestée. Des experts les ont validés, d’autres experts ont déclaré qu’il s’agissait de faux, voire de faux grossiers. Poursuivie depuis toutes ces années dans cette affaire, Cristina Kirchner a toujours nié les agissements que les magistrats lui attribuent.


Or il y a quelques années, on a vu apparaître un grand nombre d’entrepreneurs qui ont avoué avoir participé à ce grand schéma de corruption, sous le statut, créé pour cette affaire, de « repentis », statut emprunté à l’Italie qui l’a inventé pour lutter contre la Mafia, la Ndrangueta et la Camorra. Sur la foi de ces aveux, les inculpations ont poussé comme des champignons dans le cabinet d’instruction du très contesté juge Claudio Bonadio, aujourd’hui décédé. Il y en a eu jusqu’à 87, dont beaucoup ont aujourd’hui abouti à des casiers judiciaires chargés pour des personnes qui semblent bien avoir été innocentes.

Or depuis quelques jours, voilà que ces hommes d’affaires reviennent sur leurs aveux et apportent la preuve que ceux-ci ont été obtenus sous la contrainte, un chantage qu’exerçaient contre eux le procureur, Claudio Stornelli, 66 ans aujourd’hui, et le juge d’instruction. Les deux hommes leur avaient mis un marché en mains : reconnaître leur participation au système de corruption ou être envoyé en détention à la suite immédiate de leur audition. Beaucoup d’entre eux sont alors allés voir leur notaire pour déposer chez lui une déclaration attestant de cette situation irrégulière dans l’attente de jours meilleurs. Sous seing privé, ils déclaraient donc s’apprêter à faire des faux témoignages pour éviter la prison. L’un d’entre eux a refusé le chantage et il en a payé le prix, ce qui a fait peur aux autres. Ce monsieur s’est effectivement retrouvé derrière les barreaux en un rien de temps, avec à la clé de lourdes condamnations, puisqu’il s’est vu confisquer sa liberté et ses biens.

Il vient de raconter son histoire au micro de Radio 750 du Groupe Octubre, auquel appartient aussi le quotidien Página/12. Ce qu’il décrit correspond à ce qu’on appelle en Amérique latine du lawfare, ce système anti-démocratique qui permet à la droite de se débarrasser des personnalités les plus en vue de l’opposition de gauche en les envoyant dans un cul de basse-fosse, comme Jair Bolsonaro l’a fait avec Lula jusqu’à ce que le pot-aux-roses soit révélé, ce qui a abouti à la libération puis à l’annulation de la condamnation prononcée contre l’ancien président.

Le procès des carnets (la causa de los cuadernos) tenait surtout sur les aveux des repentis. Les révélations de ces jours-ci devraient donc marquer le début du détricotage de l’affaire. Elles devraient aboutir à la fin des poursuites et à une condamnation au moins professionnelle du procureur Stornelli si toutefois les magistrats fédéraux parviennent à respecter les principes démocratiques de leur métier et de leur fonction.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :


Ajout du 6 mai 2026 :
lire l’article de La Nación sur la déposition de son journaliste devant la justice au cours de laquelle il a redit sa certitude que les carnets sont des originaux. Deux autres journalistes de la rédaction sont convoqués dans les jours qui viennent.

samedi 2 mai 2026

L’existence d’une officine trumpienne contre la gauche latino-américaine révélée [Actu]

"Milei nous soutient avec 350000 dollars",
dit le gros titre


Un média espagnol créé et dirigé par Pablo Iglesias, l’homme politique qui a longtemps dirigé le mouvement Podemos, allié à un média hondurien, Hondurasgate, vient de révéler l’existence de conversations enregistrées entre un ancien président hondurien de droite, condamné aux États-Unis à 45 ans de prison pour trafic de drogue et gracié récemment par Donald Trump, au grand scandale des citoyens américains non-MAGA, et son successeur, l’actuel président (de droite), Nasry Asfura, et sa vice-présidente. Dans ces échanges à trois, il est question de convaincre le gouvernement hondurien d’apporter sa participation à une officine de désinformation, maquillée en agence de presse, montée aux États-Unis, où vit toujours l’ex-président gracié qui veut convaincre son successeur et son équipe, et dirigée par un membre de l’Administration Trump, organisation dont la mission est « d’attaquer et d’extirper le cancer de la gauche du Honduras et de toute l’Amérique latine », le tout avec une participation financière conséquente de Javier Mileí déjà acquise.

Nasry Asfura, qui est totalement aligné sur Trump (comme l’est Mileí), a été élu il y a peu dans des circonstances suspectes puisque la présidente en fonction à l’époque, Xiomara Castro, personnalité de gauche, avait dénoncé l’existence d’une ingérence états-unienne dans le processus électoral, ce qui est un mécanisme connu et largement expérimenté par les pays d’Amérique latine puisqu’il a été mis en place et régulièrement activé par les États-Unis sur tout le continent tout au long de la Guerre froide, souvent avec succès (à une exception notoire et historique, l’Argentine, où les manœuvres de l’Oncle Sam n’ont pas empêché la victoire écrasante de Perón et son maintien au sommet de l’État de 1946 à 1952).

Dans ces conversations, issues de Whatsapp, Signal (déjà impliqué dans le scandale de Pete Hegseth s’exprimant par écrit dans une boucle dans laquelle un journaliste avait été inclus) et Telegram, une application d’origine russe, il est question :

  • d’une opération d’influence électorale déjà couronnée de succès au Chili avec la victoire il y a quelques mois du pinochetiste Kast (et il est vrai que son élection a beaucoup interrogé les observateurs à qui cela a rappelé les opérations de Cambridge Analytica lors du vote du Brexit et de la première compagne de Trump) ;
  • d’une contribution de Milei à hauteur de 350 000 dollars ;
  • de manœuvres diverses et variées pour nuire à la présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum, et au président de la Colombie, Gustavo Petro, tous deux de gauche, contre lesquels Trump n’a pas de mots assez durs ni de mesures assez arbitraires pour les humilier et tenter de les discréditer ;
  • de complots à venir contre Cuba et le régime castriste, dont tout le monde se doute qu’il est la prochaine cible de Trump maintenant qu’il en a, paraît-il, fini avec la guerre en Iran (vu la défaite militaire qu’il a essuyé, il ne fait guère de doute qu’il voudra se rattraper dans les Caraïbes) ;
  • d’apports financiers de diverses personnalités juives en vue de soutenir Israël (ou Netanyahy ?). Que ce soit le pays ou l’homme politique, il s’agit du grand allié de Trump et de ses soutiens évangéliques millénaristes en attente du Jugement Dernier et du retour du Christ sur terre, des motifs politiques délirants dans lesquels Mileí s’est lui-même glissé alors que les pays d’Amérique latine sont traditionnellement assez proches de la cause palestinienne du fait d’une longue et déplorable judéophobie qui remonte à l’interdiction de séjour des juifs en terre espagnole depuis 1492, une tradition qui a été suivie dans les colonies puis par ces pays constitués jusque plusieurs décennies après leur indépendance (ce à quoi l’Argentine d’aujourd’hui offre un contre-exemple puisqu’elle abrite la plus importante population juive de tout le sous-continent).


Le moins que l’on puisse dire est que rien de tout cela ne sent très bon.

Le media de Pablo Iglesias, Diario Red (entendez Quotidien Réseau, sans écarter le jeu de mot avec l'adjectif anglais red, rouge), et son associé hondurien affirment avoir expertisé les enregistrements audio et être certains de leur authenticité. Ils promettent d’ailleurs de les mettre d’ici quelques jours à disposition de tout le monde pour que tout expert puisse lui-même ou elle-même en faire l’examen technique.

Ce qui est un peu curieux et contradictoire et qui doit donc nous tenir en alerte, c’est que l’on parle aujourd’hui en Argentine de l’arrestation et de l’expulsion d’un citoyen russe, entré dans le pays avec un visa de tourisme et que les autorités accusent d’avoir voulu diffuser de la désinformation russe. Il a été arrêté à Lanús, dans la banlieue populaire de Buenos Aires et exhibé devant la presse, menotté et encadré par deux policiers dans la tradition obscène de communication de la lutte contre le grand banditisme. Or Trump soutient la politique et la désinformation russes. Pire, il propage lui-même les mensonges russes à travers ses discours, ses interviews, ses réseaux sociaux et il veille sur les intérêts de la Russie ou probablement plutôt sur ceux de Poutine à travers ses décisions diplomatiques. Et pas Trump tout seul, mais aussi JD. Vance, Pete Hegseth, Monsieur Gendre et son acolyte, l’âme damnée du beau-père, l’investisseur immobilier Witcoff.

Certes, ce ne serait pas la première fois que la politique de Trump et de ses suiveurs latino-américains serait contradictoire, incohérente et confuse. Par ailleurs, cela ne pourrait-il pas relever d’un contre-feu à ces révélations ?

Mileí se rend aux États-Unis aujourd’hui, pour la quatrième fois de l’année. Il doit prendre la parole mercredi prochain dans un colloque organisé en Californie par un think-tank de droite, comme il le fait tous les ans depuis son arrivée au pouvoir, à titre personnel (ce n’est pas un voyage diplomatique).

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12
lire l’article de Página/12 sur le voyage de Mileí à Los Angeles
lire l’article de La Prensa sur le voyage de Milei
lire l’article de La Prensa sur l’arrestation du Russe
lire l’article de Clarín sur le voyage présidentiel, constituant un titre secondaire en Une
lire l’article de Clarín sur l’arrestation

Ajouts du 6 mai 2026 :

Un député exige des explications sur les fonds consacrés aux opérations de désinformation pour discréditer les présidents mexicains et colombiens.
A ce sujet, lire l’article de Página/12
Par ailleurs, hier, une journaliste de Diario Red, Valeria Duarte, a décrit son enquête au micro de Radio 750 (grupo Octubre, comme Página/12).
A ce sujet, lire l’article de Página/12

Un peu de confraternité ne saurait nuire à la liberté de la presse [Actu]

"Guerre des bureaux dans la Casa Rosada", dit le bandeau
sur cette silhouette de Adorni de dos sortant du bâtiment


Il y a une semaine, le palais présidentiel refusait l’accès aux journalistes accrédités, prétendant qu’il y avait eu de la part de la chaîne d’info continue TN, du groupe Clarín, une tentative d’espionnage au sein de la Casa Rosada.

Plainte a été déposée dans ce sens devant la justice pour tenter d’impressionner les journalistes mais aujourd’hui, Karina Mileí, la sœur du président, et sa secrétaire-générale, vient de rouvrir la salle de presse du palais, mais sous conditions et avec des contrôles renforcés.

Image Google View Street de la galerie qui entoure le patio principal

La Nación en profite pour démonter les arguments présidentiels en montrant les images tournées par le journaliste de TN, d’un groupe concurrent, images qui ne présentent aucun risque pour la sécurité de la présidence. Le reportage portait en fait sur des querelles de corne-cul au sujet de l’attribution des bureaux entre les différents hauts responsables de l’institution, dont le Premier ministre lui-même. Cela ne faisait pas chic dans le paysage.

Sur son site Internet, La Nación met donc côte à côte le reportage de TN et le parcours virtuel dans la Casa Rosada disponible sur Google Street View.

Le quotidien n’est d’ailleurs pas en odeur de sainteté auprès du gouvernement libertarien puisque celui-ci lui cherche actuellement des noises, accusant le groupe La Nación de malversations dans la gestion de Movistar Arena dont il est l’un des usufruitiers.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de La Nación sur la réouverture de la salle de presse
lire l’article de La Nación sur les images de TN

jeudi 30 avril 2026

Prochaine dédicace, demain, au Salon L’Autre Livre, à Paris [ici]

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Demain, vendredi 1er mai 2026, de 17h à 21h, je serai à la Halle des Blancs Manteaux, 48 rue Vieille du Temple, à Paris (4e) sur le stand des Éditions du Jasmin pour y dédicacer mes livres sur l’Argentine et sa culture. Je ne l’ai appris que ce matin. Il faut dire que la manifestation a été un peu bousculée puisqu’elle prévue au début du mois d’avril mais que la halle a été réquisitionnée au dernier moment par les pouvoirs publics.

Le salon continuera le samedi et le dimanche et en fonction de l’agenda du stand et de mes camarades auteurs et autrices, j’y retournerai peut-être faire un petit bout de signature dimanche. Mais je ne saurai cela que demain.

En tout cas, ce sera un plaisir de retrouver ce très beau lieu, l’un des marchés du 1er Empire encore debout dans Paris, et les passionnés de l’écrit qui s’y rencontrent des trois côtés, parmi les lecteurs, les écrivains et les petits éditeurs indépendants (ce sont eux les organisateurs).

Samedi, le salon se tiendra de 11h à 19h et dimanche, les portes s’ouvriront à 11h pour fermer à 18h.

Entrée libre et gratuite.

© Denise Anne Clavilier

Disparition d’une maison d’édition emblématique : Ediciones de La Flor [Disques & Livres]

Mafalda sur une photo de la Feria del Libro


Ediciones de la Flor est l’une des rares maisons argentines qui ont pu dépasser les frontières du pays pour arriver dans les librairies de tout le monde hispanophone grâce à plusieurs énormes succès du livre d’humour. Ce sont les Editions de la Flor qui ont publié tous les albums de Mafalda, de Quino. Dans leur catalogue, on trouvait aussi l’humoriste Roberto Fontanarrosa, natif de Rosario, l’auteur Rodolfo Walsh (une figure de l’opposition à la dictature argentine) et Nik, le seul vivant de cette liste, un dessinateur qui a inventé le personnage de Gaturro, qui est à la culture hispanophone ce que le Chat de Philippe Geluck est à la culture francophone.

Le stand de La Flor avant le départ des héritiers de Quino (2025)

Les Ediciones de la Flor ont été fondées en 1966 à Buenos Aires par un couple, Daniel Divinsky (aujourd’hui décédé) et Kuki Miller, qui ont dû se résoudre à l’exil temporaire pour éviter de terminer leurs jours dans un centre de torture clandestin pendant la dictature. Le couple a divorcé en 2009 mais tous les deux sont restés dans la maison que Daniel a finalement quittée en 2015, laissant son ex-femme seule aux commandes.

Le stand cette année

Au cours des dernières années, Nik et les ayant-droits des autres auteurs-phares de la maison ont fait le choix d’un autre éditeur. Ils se sont répartis entre Planeta, le géant espagnol, et Penguin (Sudamericana), le concurrent anglo-saxon. Ils ont laissé tomber la maison qui avait accompagné leurs débuts puis leurs succès ou ceux de leurs père, oncle, grand-père ou grand-oncle. Des choix pour le moins indélicats et très égoïstes car leurs succès permettaient à d’autres auteurs, moins connus, d’être édités.

Quino sur le stand de son éditeur à la Feria del Libro
pour les 50 ans de Mafalda

Kuki Miller n’a pas trouvé de repreneur pour sa société. Sa fille, qui s’est investie dans un tout autre secteur, ne veut pas reprendre le flambeau. Et tous ces départs fragilisent économiquement la maison. Kuki Miller, 82 ans maintenant, a donc choisi d’annoncer sur son stand de la Feria del Libro qu’elle allait mettre fin aux activités de La Flor, qui ne publie déjà plus de nouveaux ouvrages et ne met plus rien sous presse. La Flor ne sera pas vendue. Elle fermera seulement ses portes et cessera d’exister d’ici à la fin de l’année 2026.


Une copie d'écran de La Flor avant le départ de tous ces auteurs
Gaturro est à gauche (le personnage jaune)

C’est une grande émotion pour tout le monde du livre hispanophone dont la presse en espagnol témoigne assez éloquemment ces jours-ci.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

en Argentine :
lire l’article de BaeNegocios (journal économique)
lire l’article de El Diario AR
en Uruguay :
lire l’article de LR21 (ex-La República)
En Espagne :