lundi 20 avril 2026

María Nieves ne dansera jamais plus sur scène [Actu]

María Nieves vers 2023-2024


María Nieves était dans sa 92e année. La grande danseuse est morte hier, dimanche 19 avril 2026. Connue dans toute l’Amérique latine et, au-delà, dans toute l’hémisphère nord comme la co-vedette du spectacle Tango Argentino qui avait parcouru le monde pendant les années 1990, quand le président Carlos Menem finançait sans compter ces grandes productions somptueuses destinées aux publics étrangers, au point que des médias de chez nous lui ont rendu hommage ce matin : Le Figaro, RFI ou RTS, entre autres titres.

María Nieves avait partagé la scène avec son partenaire d’excellence, Juan Carlos Copes, qui avait aussi été son mari avant des séparations et des réconciliations qui ont finalement abouti à un divorce définitif. Lui est mort du covid pendant la pandémie et elle a poursuivi sa carrière presque jusqu’à la fin, obtenant des hommages mérités au Festival International de Tango de la Ville de Buenos Aires en 2023 et à la Academia Nacional del Tango de la República Argentina l’année suivante, toujours dans le cadre du festival.

María Nieves avec Gabriel Soria, président de la Academia Nacional del Tango
Soirée autour de la danseuse en 2024 au Salón de los Angelitos Horacio Ferrer

Elle avait aussi consacré beaucoup d’énergie à la transmission de son art aux générations suivantes. Cette femme née dans une famille nombreuse très humble était connue pour son caractère joyeux et rieur.

Une grande dame s’en est allée. Elle sera veillée au Salón Montevideo de la Legislatura de Buenos Aires, après la veillée autour de son cadet, l’acteur Luis Brandoni, décédé ce matin.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

Hommage à Jorge Donn au BAFICI [à l’affiche]

Jorge Donn dans la scène finale
de Les uns et les autres de Claude Lelouch


Indissociable de l’œuvre et de la vie de Maurice Béjart (Marseille, 1927 – Lausanne, 2007), dont il fut à la fois le danseur inspirateur et l’amant (en tout cas, l’un d’entre eux), Jorge Donn était né en Argentine, du côté de Morón dans la banlieue populaire à l’ouest de la capitale, Buenos Aires, en 1947. Il est décédé en 1992, à Lausanne, en Suisse, où il avait suivi le chorégraphe lorsque celui-ci, privé de ses subventions publiques au Théâtre de la Monnaie, à Bruxelles, suite à un changement de direction générale, s’y installa avec le Ballet du XXe Siècle mué en Béjart Ballet Lausanne.

Formé à la danse classique au Teatro Colón, où il avait rencontré le Ballet du XXe Siècle en tournée en 1963, Jorge Donn (1) a fait toute sa carrière avec Béjart, presque jusqu’à sa mort, et n’a réalisé que quelques courtes excursions dans son pays natal. Il y a fait forte impression notamment en 1981, lors de la sortie en Argentine du film de Claude Lelouch, Les uns et les autres, où il joue le rôle d’un grand danseur soviétique du Bolchoï qui meurt au combat pendant la « Grande Guerre Patriotique » puis de son fils, autre grand danseur, qui choisit la liberté en France, comme le fit Rudolf Noureiev, et participe à la grande soirée finale du film, au pied de la Tour Eiffel, qui rassemble tous les artistes dont le film a suivi les épopées familiales depuis l’accession au pouvoir d’Hitler et où il danse le Boléro de Ravel, dans la version splendide qu’en donna Béjart, et dans une émission de télévision, où il était l’invité du grand chanteur de tango, Robert Goyeneche, dit El Polaco, et dont les Argentins qui l’ont vu se souviennent encore !

Jorge Donn et El Polaco pendant l'émission
(archive de la télévision argentine intégrée au documentaire)

Deux cinéastes ont rassemblé des archives sur et autour de Jorge Donn pour monter un documentaire intitulé Donn, instrumento de Dios (une paraphrase du titre d’un des ballets de Béjart, en hommage au grand danseur des Ballets Russes, Vaslav Nijinski, rôle créé par et pour Donn). On y suit l’artiste dans son métier, l’exercice de son art et sa vie personnelle, dominée par la relation complexe avec son Prométhée qui n’était pas d’une fidélité à toute épreuve à son égard.

Vendredi 17 avril 2026, le documentaire est sorti en Argentine dans le cadre du festival du cinéma de Buenos Aires, le BAFICI, qui se tient depuis une semaine dans la capitale argentine.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de La Nación
lire la présentation du film sur le site du festival



(1) Il doit son nom à sa mère dont la légende dit qu’arrivée toute petite en Argentine, elle ne savait prononcer que ce mot lorsqu’on lui demandait son nom, qu’elle ne connaissait pas encore, et qu’on a donc fini par donner à la famille toute entière. Le Don est ce fleuve qui coule de la Russie vers l’Ukraine, en arrosant au passage la ville de Rostov-sur-le-Don (Russie) et en laissant son nom à son bassin principal, le Donbass (Ukraine). Les Donn étaient une famille juive venue d’Ukraine. Jusqu’à leur fuite vers l’Amérique du Sud, ils avaient vécu dans la zone dite « de résidence », où, sous le régime tsariste, tous les juifs de l’empire avaient obligation de résider. Cette zone correspondait à la ceinture occidentale de l’empire russe, une zone frontière qui allait de l’Estonie au nord à l’Ukraine au sud (hors péninsule de Crimée).

Entre teuf et rave : l’hommage à François devant « sa » cathédrale [à l’affiche]

"François vit dans la rencontre", telle est le nom de la fête


Samedi 18 avril 2026, on a fait la fête sur Plaza de Mayo au bord de laquelle se dresse la cathédrale de Buenos Aires : il s’agissait de rendre hommage au pape François, qui fut aussi l’archevêque de la ville, à l’occasion du premier anniversaire de sa disparition, le 21 avril 2025, un Lundi de Pâques au petit matin.

Vue de drone de Plaza de Mayo
En bleu profond : la scène de DJ Padre Guilherme
En bleu clair, le Cabildo, l'hôtel de ville colonial,
aujourd'hui musée de la Révolution
Le fronton de temps grec à gauche, c'est la façade de la cathédrale
(la façade est inspirée de la Madeleine à Paris)

La fête, énorme et très populaire, faisait partie d’une tournée mondiale d’un prêtre DJ, un Portugais dont la vie et la mission religieuse ont été transformées, dit-il, par l’enseignement du pape argentin. Avec ses platines et ses montages de pensées spirituelles, au milieu des jeux de lumière et des projections aux couleurs éclatantes, DJ Padre Guilherme a fait danser jusqu’à pas d’heure une foule dense (100 000 personnes estimées), en préambule de quatre jours pendant lesquels les catholiques argentins se recueillent dans le souvenir du pontife défunt.

Une des projections géantes de la soirée :
"Merci, pape François. Intercède pour nous"
On est ici dans une formule de prière qui tend à introduire
une future démarche pour faire reconnaître le Saint Père défunt
comme Serviteur de Dieu, la première étape du procès de canonisation

Les célébrations culmineront demain, le 21 avril 2026, à la basilique de Luján, où l’on vénère la sainte patronne du pays, une Vierge miraculeuse qui a choisi de faire sa demeure dans ce coin perdu d’Argentine au 17e siècle. Tous les évêques du pays se retrouveront sur place pour une messe solennelle. Ils y tiennent déjà l’assemblée générale de la Conférence épiscopale argentine. Luján se trouve à 70 km environ à l’ouest de Buenos Aires. C’est une sorte de Lourdes argentine.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Clarín sur la fête de samedi dernier
lire l’article de Infovaticana sur le même sujet
lire l’article de Página/12 sur les différentes célébrations du premier anniversaire de la mort de François

Le comédien Luis Brandoni a quitté la scène [Actu]

Faire-part de l'association des acteurs argentins sur ses réseaux sociaux


Tôt ce matin, après que les quotidiens aient tous bouclé leur édition papier, l’acteur et comédien Luis Brandoni est décédé dans une clinique de Villa Crespo, dans l’ouest de Buenos Aires. Il avait 86 ans et une soixantaine d’années de carrière derrière lui. Il était hospitalisé depuis une dizaine de jours après avoir fait chez lui une chute qui l’avait blessé à la tête. Après quelques jours d’espoir au point qu’on avait cru qu’il aurait été capable mercredi prochain, le 22 avril, de remonter sur les planches dans son spectacle en cours, son état s’était soudain aggravé, inquiétant vivement son entourage au point que l’issue fatale n’est pas vraiment une surprise. Elle arrive cependant trop tard pour qu’il ait les Unes des journaux.

Sa veillée funèbre se tient en ce moment à la Legislatura de Buenos Aires, tout près de Plaza de Mayo. Après la levée du corps dont l’heure semble avoir été remontée (il était prévu que la veillée se prolongerait jusqu’à minuit aujourd’hui), le même Salón Montevideo doit accueillir vers 17h le cercueil de la danseuse María Nieves. En fin de journée, le corps du comédien sera porté en terre au cimetière de la Chacarita, à l’extrême-ouest de Buenos Aires, dans le caveau de l’Association des Acteurs argentins dont il était membre.

Les nécrologies, parfois plusieurs articles l’un derrière l’autre dans tel ou tel quotidien, retracent sa carrière au cinéma, à la télévision et au théâtre, où il jouait donc juste avant sa chute fatale. Quelques articles abordent ses positions politiques. Dans les années 1970, il avait en effet subi la persécution péroniste de la Triple A (un groupement illégal de barbouzes fondé par Isabel Perón au retour de son mari au pouvoir afin de pourchasser les « communistes » de la manière forte). Brandoni avait dû s’exiler pendant plusieurs années mais il n’en avait pas moins connu la prison pour son engagement politique non pas au sein du parti communiste mais chez les radicaux, des nationalistes alors encore à gauche (ou au centre-gauche) et passé maintenant à droite au point que nombre d’entre eux font actuellement la courte échelle à Javier Milei.

Au retour de la démocratie, en 1983, Brandoni avait soutenu la présidence du radical Raúl Alfonsín. Ces dernières années, il avait soutenu l’ultra-libéral Mauricio Macri, en exprimant une acrimonie assez fielleuse envers Cristina Kirchner et ses soutiens. La situation actuelle et la personnalité incohérente et inconséquente de Javier Mileí semblaient l’inquiéter au plus haut degré pour l’avenir du pays.

Luis Brandoni rêvait de faire du théâtre jusqu’au dernier jour. Il aura été presque exaucé… Ce matin, sa disparition a davantage inspiré la presse de droite que celle de gauche/

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12
lire l’article de La Prensa
lire l’article principal de Clarín
lire l’article principal de La Nación

mercredi 15 avril 2026

Daniel Binelli fête ses 80 printemps au CCK ce soir [à l’affiche]

Photo tirée du site de l'artiste


Le bandonéoniste Daniel Binelli fête ce soir ses quatre-vingts ans en bonne compagnie et dans une salle prestigieuse de Buenos Aires, lui qui vit à l’étranger depuis de nombreuses années.

Le concert se tiendra ce soir, mercredi 15 avril 2026 à 20 h, à l’Auditorio Nacional du Palacio Libertad, l’ex-Centro Cultural Kirchner, ou CCK, que Javier Milei a voulu débaptiser pour un seul motif : s’efforcer d’humilier Cristina Kirchner qui avait inauguré la transformation de l’ancien Correo Central en centre de spectacles et de culture et lui avait donné le nom de son mari défunt, ancien président de gauche.

Daniel Binelli sera accompagné par son épouse, la pianiste d’origine uruguayenne Polly Ferman, et de la Orquesta Nacional de Música Argentina.

Avec Polly Ferman

Au programme : les Tres movimientos concertantes para bandonéon y orquesta de Daniel Binelli lui-même et deux œuvres classiques, l’un de Piazzolla, Oblivión, l’autre de Horacio Salgán, A fuego lento (à feu doux).

Entrée libre et gratuite à raison de deux places par personne qui réserve.

Le concert sera retransmis en direct sur la radio numérique du Centre (à écouter sous le lien).

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

L’inflation déjoue le poker menteur de Milei [Actu]

"Gonflés" dit le gros titre
en parlant du président et de son ministre de l'Economie
Pour une fois, le jeu de mots fait sens aussi en français
Inflados a avoir avec l'inflation
et gonflés en français familier veut dire "sin vergüenza"
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Cela fait dix mois maintenant que l’inflation remonte après la baisse spectaculaire du début du mandat due aux coupes claires effectuées partout dans l’appareil d’État et à une baisse des prix qui étaient le fait des commerçants qui essayaient de relancer la consommation dans leur clientèle appauvrie par la politique du gouvernement. En mars, l’INDEC, qui a dû maintenir des critères de calcul qui ne sont plus pertinents, a annoncé hier une inflation mensuelle de 3,9, ce qui, sur l’année glissante, donne une inflation à 9,4 % annuelle.


"L'inflation de mars est de 3,4%, le taux
le plus élevé en un an", dit le gros titre
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Il y a quelques mois, l’INDEC devait mettre à jour ses critères de calcul pour tenir compte des changements dans la société et la structuration de la consommation de la population, ce que Milei a empêché en contraignant à la démission le directeur de l’institut. On a fait les simulations avec les critères de mise à jour : l’inflation aurait alors été mesurée à 3,65 % sur le mois. Or même sans toucher à ces critères, on peut repairer sur les graphiques que la courbe s’est accentuée en mars !

"L'inflation est montée à 3,4 en mars et Milei
demande de la patience parce que elle va s'effondrer",
dit le gros titre
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Javier Milei, qui se vante d’en finir complètement avec le phénomène grâce à sa politique de désengagement de l’État dans la vie économique et de dérégulation tous azimuts, a déclaré qu’il était mécontent de ces chiffres mais qu’il n’en maintiendrait pas moins sa politique (rien ne le fera la réformer : il est comme Trump, il a toujours raison même quand la réalité lui donne tort). Milei a même eu une formule qui prête à rire : « ce n’est pas de l’inflation mais les prix ont fait un bond ».

L'inflation de mars a atteint les 3,4%.
Cela ne me plaît pas, a dit Milei, mais
ça va aller mieux", dit le gros titre
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Les chiffres du mois d’avril promettent d’être pires qu’en mars, même avec les critères actuels.

Dessin de Alfredo Sábat ce matin pour La Nación
A noter que la corrida n'existe nulle part en Argentine

Ce matin, tous les journaux évoquent la situation en Une et il n’y en a pas un pour exonérer le gouvernement de sa responsabilité dans la reprise de l’inflation.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article principal de Página/12 (intitulé : « L’inflation de Milei s’effondre vers le haut »)
lire l’article secondaire de Página/12
lire l’article de Clarín sur les chiffres de l’inflation
lire l’article de Clarín sur le seuil de pauvreté publié lui aussi par l’INDEC
lire l’article de La Nación

Pour la Cour suprême de La Plata, les livreurs des plateformes sont des salariés [Actu]

Photo publicitaire pour le recrutement de livreurs de Pedidos Ya
(qui se comprend comme "Mes commandes sont déjà arrivées"


La Cour suprême de la province de Buenos Aires, siégeant dans la capitale provinciale, La Plata, vient de requalifier le statut des travailleurs des plateformes de livraison rapide en Argentine : ce ne sont pas des indépendants comme le prétendent leurs donneurs d’ordre, ce sont des salariés, en droit argentin des travailleurs en situation de dépendance.

C’est un gros revers pour les plateformes, notamment après le vote de la réforme libertarienne du code du travail qui précarise tous les travailleurs, y compris les indépendants, selon les souhaits entre autres de ces acteurs du marché, et dont un autre tribunal argentin a déjà déclaré inconstitutionnelles certaines dispositions majeures.

L'autre grande plateforme :
Rappi (rapide) qui est devenu Rappi Turbo

Le seul quotidien imprimé national qui se fasse l’écho de cet arrêt est, comme d’habitude, Página/12. Cependant, Infobae, un média en ligne pas vraiment à gauche, en parle aussi… A saluer !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

Cuacci-Agri : un duo tanguero sur la scène du Colón ce soir [à l’affiche]

Les deux musiciens posent sur fond d'obélisque à Buenos Aires
Le barbu est Cuacci, Pablo Agri est à sa gauche.


Le pianiste Juan Esteban Cuacci, fils du chef d’orchestre Juan Carlos Cuacci et de Inés Rinaldi, la sœur de la grande chanteuse Susana Rinaldi, aujourd’hui retirée de la scène, et le violoniste Pablo Agri, tous deux compositeurs et arrangeurs, se présenteront ce soir, mercredi 15 avril 2026, à 17h30, avec plusieurs amis sur la scène du Salón Dorado du Teatro Colón, l’opéra de Buenos Aires.

Le concert s’intitule Tango en perspectiva. Les places coûtent 30 000 pesos argentins (c’est un chiffre effarant et qui rend compte de l’intense inflation qui frappe le pays depuis la fin de la pandémie). Il reste encore des places si j’en crois le site du théâtre qui n’a pas bloqué ma requête de réservation.

Au programme de ce récital : du Piazzolla (Lo que vendrá), du Troilo (La cantina), du Carlos Gardel (El día que me quieras) et tout le reste sera de Agri et de Cuacci. Un concert qui doit durer environ une heure.

Le duo se connaît depuis longtemps mais ne forme que rarement pour des concerts ou des enregistrements. Pablo Agri vit en effet à Buenos Aires tandis que Juan Esteban Cuacci s’est installé en Espagne.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

mardi 14 avril 2026

Qui a financé le récital hurlant du président ? [Actu]

"Le rock des dessous-de-table" dit le gros titre
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Hier, Página/12 a publié un article sur une archive audio que la rédaction a identifié et où une femme donne des informations jusque là inconnues sur la source de l’argent qui avait permis, pendant la campagne des élections législatives de mi-mandat, en octobre dernier, de réserver pour le président Javier Milei une grande salle de spectacle de Buenos Aires, la Movistar Arena, où il est allé présenter son dernier livre, modestement intitulé La construcción del Milagro (la construction du miracle), le miracle en question étant la revitalisation économique de l’Argentine, dont on sait qu’il s’agit non pas d’un miracle mais d’un mirage dont seuls Milei et ses sbires sont victimes. Le reste de la population argentine voit bien que la situation politique, économique, sociale et géopolitique du pays se dégrade de mois en mois depuis l’arrivée au pouvoir de cette bande.

Au cours de cette pseudo-présentation d’ouvrage, Milei a dialogué, pour ne pas dire grand-chose, avec Manuel Adorni, alors porte-parole de la présidence et aujourd’hui Premier ministre embourbé dans un scandale de corruption à tiroirs, puis il avait revêtu son habit de rocker pour s’époumoner avec un groupe de son choix. Milei se croit grand gardien de but et grand chanteur mais en fait, il ressemble plus à Néron, version Tacite plus que version historique.

Or l’enquête de Página/12 montre que la salle a été louée officiellement par la maison d’édition du chef de l’État mais que l’argent, 70 000 dollars, a été en fait versé à l’éditeur par les propriétaires de Droguería Suizo Argentina, le grossiste en médicaments qui a emporté le marché de la ANDIS, l’agence nationale du handicap, un marché aujourd’hui dans le collimateur de la justice parce qu’il a donné lieu à des commissions occultes versées à des proches du président, dont sa propre sœur qui aurait perçu 3 % de chaque transaction entre la Droguería Suizo Argentina et l’agence publique. Cela commence à faire compliqué, non ?

Et pourtant, ce n’est pas fini. Le travail en commun mené par Página/12 et la chaîne de télévision généraliste du groupe Octubre, C5N, nous apprend que la maison d’édition n’avait pas, jusqu’à l’année dernière vocation à publier les manifestes libertariens du président (qu’on aurait attendu publié plutôt par un géant de l’édition comme Planeta ou Penguin) mais qu’on a fait miroiter à son patron les sous qu’il pourrait se faire grâce à la vente du bouquin aux grupies de l’auteur (ou du signataire) et les quelques dessous-de-table qui iraient avec.

Le schéma mis à jour par le groupe médiatique (de gauche) s’apparente à des dessous-de-table qui constituent dans le droit argentin une infraction pénale à part puisqu’ils impliquent un apport financier au bénéfice d’un haut-commis de l’État (funcionario), et qui plus est, dans le cas présent, le plus haut dignitaire de l’édifice.

Lorsque tout cela a commencé à sentir le roussi, les personnes impliquées ont cherché à faire disparaître les preuves de leurs agissements. Des liasses de billets verts ont ainsi été placées dans une benne à ordures avant d’y être récupérées après une perquisition judiciaire et un téléphone portable a été jeté dans le Río de la Plata pour qu’il ne puisse être ni saisi ni analysé.

C’est le juge Daniel Rafecas qui a hérité du dossier et l’avocat de l’une des parties intéressées dans l’affaire vient de lui adresser des demandes d’actes d’investigation contre les dirigeants de Droguería et leur porte-parole (la dame que l’on entend dans le document audio) dont il aimerait que le téléphone professionnel soit soumis à une expertise, le tout pour tirer au clair la nature exacte et l’ampleur des atteintes à la probité dont semble bien s’être rendu coupable tout ce beau monde. Or le juge Rafecas est un magistrat qui tient bon devant les intimidations du pouvoir exécutif qui aimerait bien que ce genre de juge cesse de lui empoisonner l’existence.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 d’hier, sur l’audio accusateur découvert par la rédaction
lire l’article de Página/12 d’aujourd’hui sur la suite de la procédure en cours.

Le juge Rafecas relance l’enquête sur l’attentat contre la AMIA [Actu]

L'immeuble de la AMIA en 1994 (photo Télam)

Le juge fédéral Daniel Rafecas, encore lui, je vous en parle depuis deux jours sans discontinuer, a repris il y a quelque temps l’instruction de l’attentat contre l’institution juive AMIA, qui fait office de mutuelle et de consistoire central, attentat à la bombe qui avait fait 85 morts et 300 blessés dans la rue Pasteur dans le centre de Buenos Aires en 1994.

Cet attentat, le plus sanglant des attentats antisémites commis jusqu’alors, avait été, l’enquête l’a montré il y a de nombreuses années, commandité depuis Téhéran, soit directement par le régime iranien soit par le biais de ses proxis libanais, ceux-là même que Tsahal traque depuis plusieurs jours et entend éliminer en abattant des immeubles résidentiels dans tout Beyrouth et au-delà.

Le suspect à gauche, feu Khamenei à droite

La justice argentine a émis contre un certain nombre d’individus, iraniens et libanais, des notices rouges d’Interpol qui n’ont encore rien donné de concret. Hier, le juge Rafecas a publié un mandat d’arrêt international contre un nouveau suspect, l’un des assistants directs de feu l’ayatollah Khamenei, un certain Sered Ali-Asghar Mir-Hejazi, qui, si ce mandat n’aboutissait pas, pourrait bien être jugé avec les autres par contumace puisque l’Argentine s’est dotée il y a quelques temps d’une procédure ad hoc pour traiter ce genre de situation.

Peut-être aura-t-on donc un jour une audience de jugement pour ce qui fut et qui reste une tragédie dans laquelle le président argentin en fonction à l’époque, Carlos Menem, avait été inculpé de complicité avec les terroristes (sa mort a toutefois éteint l’action à son égard).

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

Le nouveau procès contre les médecins de Maradona s’ouvre aujourd’hui [Actu]

Les fans demandent "la justice pour D10S", avec le traditionnel
jeu de mot entre Dios (Dieu) et El Diez (le n° 10)


Les médecins, psychologues et infirmiers qui étaient chargés de veiller sur Diego Maradona dans les derniers jours de sa vie, après une intervention chirurgicale au cerveau dont l’utilité est très contestée, reviennent devant le tribunal aujourd’hui à San Isidro, dans la banlieue chic de Buenos Aires où l’idole a tristement fini ses jours.

Le précédent procès de première instance a été interrompu en cours de route lorsque l’on s’est aperçu que l’une des magistrates avait secrètement contracté avec une équipe de tournage pour un documentaire entièrement scénarisé (jusqu’au verdict). La juge en question a été révoquée il y a quelques temps et c’est un tribunal composé d’autres magistrats qui va reprendre la procédure orale depuis le début et non pas là où elle a été arrêtée. Tout ce qu’il s’est passé lors du premier procès a en effet été reconnu nul et non avenu. Les accusés peuvent donc avoir changé du tout au tout leur stratégie de défense...


Les admirateurs du footballeur, et ils sont très nombreux, attendent que justice lui soit rendue contre des soignants qui semblent avoir, pour le moins, manqué de professionnalisme et d’éthique.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lundi 13 avril 2026

La chute d’Orban vue de Buenos Aires [ici]

"La Hongrie a toujours été proche [de nous], dit le gros titre
de l'édition locale de Página/12
(à La Plata, capitale de la Province de Buenos Aires)
sur cette photo de Mileí avec Orban le 21 mars à Budapest
Ce titre cite un des messages officiels de félicitation à Peter Magyar
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Hier, Victor Orban a été balayé par les électeurs hongrois, malgré le soutien appuyé de plusieurs tenants de régimes autoritaires qui n’ont pas hésité à envoyer leurs plus prestigieuses figures faire de l’ingérence à Budapest dans la campagne électorale.

L'info est annoncé dans l'encadré rouge de droite
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La semaine dernière, J. D. Vance, vice-président des États-Unis, participait à un meeting électoral où il a eu l’audace de soutenir cette proposition absurde : il faut mettre un terme à l’ingérence illégitime de l’Union européenne dans les affaires de la Hongrie, alors que ce pays est précisément membre de la dite Union et doit donc se conformer à ses règles établies et librement consenties par chaque État membre, tandis qu’il ne fait pas partie de l’État fédéral dont provenait ce jeune et ridicule orateur barbu, si imbu de sa personne, qui n’a de cesse de nous insulter.

Clarín a accordé sa photo de Une à Peter Magyar
lors de l'annonce de sa victoire hier soir
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Le 21 mars, c’est Javier Mileí qui était venu soutenir son pote hongrois, l’un des rares dirigeants européens présents à sa prestation de serment (1) en décembre 2023.

Sondage publié par Página/12 aujourd'hui
(cohérent avec les sondages
publiés par d'autres médias)
Question : Voteriez-vous pour réélire Javier Milei ?

Sans parler de Poutine, qui en a fait de tonnes en pure perte, ni des représentants de l’extrême-droite qui sont dans l’opposition en Europe.

Les raisons du vote : la situation économique arrive en premier à 47,7%
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Autrement dit, la cuisante défaite de Victor Orban et les scènes de jeunesse en liesse sur la rive du Danube, rappelant la place de la Bastille le 10 mai 1981, apparaissent comme la promesse d’un retour aux principes de la démocratie et de l’État de droit autant aux États-Unis qui préparent leurs élections de mi-mandat, qu’en Argentine, où seule l’ingérence ouverte et menaçante de Donald Trump a pu renforcer la position politique de Milei l’année dernière en Argentine.

"Soulagement en Europe : l'opposant hongrois
Magyar écrase le scrutin et Orban quitte le pouvoir
au bout de 16 ans", dit le titre secondaire
sous la photo des deux hommes
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L’état déplorable dans lequel la politique libertarienne de ce fou, corrompu jusqu’à la moelle, a jeté le pays fait que ce matin, en dépit de la distance géographique, historique et culturelle entre l’Amérique du Sud et l’Europe centrale, c’est un certain soulagement qui s’exprime jusque dans la presse de droite (après tout, le nouveau Premier ministre hongrois s’annonce comme un conservateur classique) : le cauchemar antidémocratique peut prendre fin, surtout avec la politique, ouvertement insensée et incohérente, de Trump qui vient de subir un indéniable revers militaire et diplomatique puisqu’il n’a pas fait plier l’Iran, même s’il prétend le contraire (ce qui n’était pas encore le cas en octobre dernier, lors des élections de mi-mandat argentines). En Argentine, ce Waterloo électoral en Hongrie s’affiche donc sur toutes les Unes.

Et les sondages démontrent la nette dégradation de l’image de Milei dans la population. Deux tiers des Argentins disent qu’ils ne voteront pas pour lui et la raison majeure avancée est la situation économique du pays, auquel Milei avait pourtant promis monts et merveilles grâce à ses dérégulations à tout-va. Comme dans le cas d’Orban, cette politique autoritaire conduit le pays à la ruine.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Une de Página/12
lire l’article de Une de Buenos Aires/12, l’édition locale de la province de Buenos Aires, pour l’heure bastion de la gauche de gouvernement argentine
lire l’article de La Prensa (qui classe Orban dans l’extrême-droite européenne, alors que cette rédaction argentine soutient elle-même des positions de l’extrême-droite locale. Elle est en effet assez peu critique envers la dernière dictature militaire, pour ne pas dire qu’elle exprime une certaine nostalgie pour ce « bon vieux temps »)
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación sur la victoire électorale de Peter Magyar
lire l’article de La Nación sur le champ de bataille politique argentin après cet échec du candidat soutenu par le président
lire le portrait de Peter Magyar dans La Nación

Ajout du 14 avril 2026 :

lire cet article de La Prensa sur le sondage concernant la popularité en berne du président



(1) Milei avait aussi invité Volodymyr Zelensky. Le président ukrainien avait profité de cette occasion, rare pour lui, pour s’entretenir avec les autres chefs d’État du sous-continent et pour créer un précédent (c’était en effet la première fois qu’un président ukrainien posait le pied sur le sol argentin et même sud-américain). Depuis ce 10 décembre 2023, Zelensky a pris discrètement et astucieusement ses distances avec le président argentin, lequel a de son côté démontré au-delà du doute raisonnable qu’il n’avait en fait jamais eu la moindre intention de tenir ses promesses insincères de soutenir l’Ukraine dans son combat contre l’envahisseur russe. Le temps a en effet révélé que ces promesses n’avaient eu pour seul objectif que de démarquer sa candidature de la diplomatie timorée et ambiguë de son prédécesseur, Alberto Fernández, toujours resté en bons termes avec Vladimir Poutine, dans l’illusion difficilement compréhensible que la Russie était un champion de l’anti-impérialisme, ce qui est le comble du contresens géopolitique. Quant à l’invitation faite à Zelensky d’assister à son investiture, elle semble ne lui avoir servi qu’à faire mettre en Une de la presse des pays démocratique sa prestation de serment qui, sans cette figure prestigieuse et appréciée dans nos pays, n’aurait été traitée que par la presse des pays voisins dont il s’est ensuite désolidarisé dans les semaines qui ont suivi Avec la présence de Zelensky à son discours inaugural, Mileí a réussi une entrée fracassante dans la conscience politique des opinions publiques de pays dont il espérait se rapprocher – et qui l’ont à présent en horreur : les États-Unis, alors sous administration démocrate, la Grande-Bretagne alors sous gouvernement conservateur, l’Allemagne (pour son industrie et son ample marché), l’Italie, pour les beaux yeux de Georgina Meloni, la Hongrie (pour ceux de Victor Orban), et peut-être aussi les Pays-Bas mais, dans ce cas, uniquement pour la reine Máxima, d’origine argentine.