lundi 27 septembre 2021

La finale du Mundial au pied de l’Obélisque [à l’affiche]

Les deux couples champions du monde
(photo Juan Tessone, pour Clarín)


Samedi dernier, en fin de journée, sous le crépuscule printanier, le Mundial de Tango a coupé la circulation sur la plan large avenue du monde, la 9 de Julio. La scène était installée dans l’axe de la Diagonal Norte, qui relie Plaza de la República, où trône l’obélisque du 400e anniversaire de la fondation de Buenos Aires, à Plaza de Mayo, où la ville a été fondée en 1580 et où le régime colonial a été renversé le 25 mai 1810.

Diagonal Norte, samedi soir avant le coucher du soleil


Les deux finales de la compétition se sont donc jouées au pied de l’Obélisque pour les danseurs qualifiés qui concouraient les uns sur scène, les autres en ligne, chez eux, au Japon, en Colombie, en Allemagne ou en France, à l’heure argentine.

Une de La Prensa hier
Le titre secondaire se passe de traduction !


Cette année, du fait de la crise sanitaire, le concours ne se composait que de deux catégories, baptisées Pista (tango salón dans les éditions d’avant le covid) et Escena (le traditionnel style acrobatique des grands shows professionnels). Il n’y avait pas de catégories par âge cette année. Il n’y avait de place que pour des jeunes !

Les deux couples sacrés champions du monde concouraient sur place. Ils sont interviewés aujourd’hui dans les colonnes de Clarín.

Tout au long de la soirée, la communauté tanguera a rendu hommage à quelques figures historiques du genre : le danseur disparu Juan Carlos Copes (il a été victime du covid) et son ancienne partenaire et ex-femme (toujours bien en vie), María Nieves. Plusieurs grandes formations musicales animaient le concours, parmi lesquelles on pouvait écouter le Sexteto Mayor, l’un des groupes les plus prestigieux du tango contemporain.

© Denise Anne Clavilier

Pour en savoir plus :

lire l’article de Página/12
lire l’article de Clarín (édition dominicale)
lire l’article de Clarín (édition d’aujourd’hui)
lire l’article de La Nación
La Prensa est le seul quotidien national à avoir fait sa une d’hier sur l’événement mais la rédaction n’a pas mis l’article correspondant sur son site Internet.

Le Festival de Tango de Buenos Aires a rendu hommage à Maradona [à l’affiche]

Final du spectacle (capture d'écran de La Nación)


Mardi dernier, pour le premier jour du printemps, le Festival de Tango de Buenos Aires a rendu hommage au regretté Diego Maradona dans le cadre de l’amphithéâtre Eva Perón, dans le Parque del Centenario. Une grande soirée à l’air libre dont la presse du lendemain et du surlendemain rendait compte. On a chanté plusieurs tangos composés en l’honneur de Maradona, la plupart d’entre eux de son vivant.

Parmi ces œuvres, l’éternel Para verte gambetear, hymne maradonien par excellence composé par le regretté Alorsa que j’ai eu la chance de connaître et j’ai compté parmi mes amis (1), chanté par Cucuza et Walter el Chino Laborde, amis personnels de Alorsa.

Cucuza pendant le concert

Le spectacle a duré une petite heure et il est disponible en replay sur le site Internet du ministère de la Culture portègne, Vivamos Cultura.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :



(1) J’ai intégré Para verte gambetear (pour te voir jouer des flûtes [sur le terrain]) dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, disponibles en commande dans toutes les bonnes librairies et désormais sur le site Internet de l’éditeur (www.editions-du-jasmin.com). J’ai aussi inclus une dizaine de ses chansons dans Deux cents ans après, le Bicentenaire de l’Argentine à travers le patrimoine littéraire du tango, paru juste après sa mort, en août 2010, chez Tarabuste Éditions.

samedi 25 septembre 2021

Juan Vattuone remonte sur scène ce soir [à l’affiche]


Ce soir, samedi 25 septembre 2021, à 21h, l’auteur-compositeur interprète Juan Vattuone remonte sur scène, au Teatro Reducci, Saenz Peña 1442, pour présenter son nouveau disque, Papel Picado. Juan sera ce soir entouré de ses deux filles et de quelques musiciens qui sont aussi des amis proches et ce sera un exploit.

Juan Vattuone a échappé à une agression physique à la suite de laquelle il a failli perdre la vie et qui lui a valu une amputation partielle de la jambe droite. Au moment des faits, il était en plein enregistrement de son disque, lui qui n’en sort qu’au compte-goutte. C’est seulement le 4e album dans une carrière de plus de quarante ans.

Ce soir, il sera toutefois sur scène en fauteuil roulant. C’est ce que nous apprend l’article que Página/12 lui consacre avec une interview dans laquelle le journaliste ne lui tire que quelques confidences sur le drame qu’il vient de traverser, sur quoi la pandémie est venue se greffer.

Juan Vattuone, c’est de la chanson engagée dans les causes à peu près perdues (ou rarement gagnées), à fond à gauche, péroniste et rebelle à 100 %. Sur scène, c’est une présence forte dont j’espère qu’il l’a conservée. C’est aussi un militant de la cause des Mères de la Place de Mai. J’ai moi-même appris toutes ces nouvelles par la presse et j’attends de plus amples informations que j’ai demandées à Buenos Aires.

Que cet article soit ici le témoignage de mon amitié et de mon admiration pour le talent de cet artiste inimitable et attachant. La photo de Página/12 nous le montre comme je l’ai toujours connu, avec son sourire invaincu et chaleureux et son éternel bonnet enfoncé jusqu’aux oreilles ! Il n’a pas pris une ride et pourtant, cela fait plusieurs années que je n’ai pas eu l’occasion de le voir en chair et en os...

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

mercredi 22 septembre 2021

Régime sanitaire allégé [Actu]

Une d'opposition :
En haut : "Plus de flexibilisations"
Et en dessous : photo de groupe de l'opposition
qui "prévient" (advierte)
Sur la gauche : le discours à distance du président
devant l'assemblée générale de l'ONU
Cliquez sur l'image pour une haute résolution


Hier, le nouveau Premier ministre, Juan Manzur, ex-gouverneur de la province de Tucumán, et la ministre de la Santé, Carla Vizzotti, maintenue à son poste après le remaniement, ont annoncé lors d’une conférence de presse conjointe un allègement prudent d’une poignée de mesures sanitaires.

En effet, depuis plus de trois mois, la contagion régresse dans l’ensemble du pays. Il reste 1 440 patients en soins intensifs contre près de 8 000 au plus haut de la vague en mai dernier, au début de l’hiver, lorsque 95 % des capacités était utilisé. La vaccination, de son côté, progresse : 64 % des Argentins sont vaccinés (première dose au moins) et 45 % ont reçu les deux doses. Par ailleurs, le variant delta, présent depuis plusieurs mois dans le pays, est resté cantonné à quelques cas que l’on peut dénombrer. Contrairement à ce que tout laissait craindre, il ne s’est pas répandu comme il l’a fait en Europe ou, bien plus près de l’Argentine, au Pérou où il a causé des ravages certains. En Argentine comme sur l’ensemble du sous-continent, ce sont les variants gamma (la très agressive mutation détectée à Manaus) et lambda qui continuent de prédominer.

"Rien n'est jamais éternel", dit le gros titre
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Dans ces conditions, en profitant des beaux jours qui s’annoncent (le printemps arrivent dans l’hémisphère sud), le gouvernement a décidé d’autoriser à compter du 1er octobre la circulation des personnes à visage découvert dans l’espace public en plein air, pour autant que les gens ne se rassemblent pas.

A partir de vendredi, la jauge passe à 100 % dans les commerces, les lieux de loisir et l’exercice du sport et on va pouvoir retrouver les gradins pour encourager son équipe de foot préférée dans un stade rempli à moitié seulement.

"Avec un œil sur les élections, le gouvernement
relâche les mesures contre la pandémie", dit le gros tite
En dessous : la fête du printemps où les lycéens et les étudiants
se divertissent dans les parcs
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Pour accompagner cet abandon de l’obligation du masque à l’extérieur et ces élargissements de jauge, le gouvernement a aussi annoncé un plan progressif d’ouverture des frontières pour laquelle les pouvoirs publics appellent leurs administrés à la plus grande prudence. Il ne s’agit pas de faire redémarrer un nouveau cycle épidémique à l’approche de l’été et des fêtes de fin d’année. A cette heure, cinq provinces ont annoncé qu’elles maintiendraient toutefois le statu quo (elles en ont le droit).

Le nouveau Premier ministre qui a prêté serment lundi dernier vient donc de faire une entrée en fonction tonitruante avec cette annonce si longtemps désirée par tout le monde. Peut-être une manière pour lui de s’imposer dans ce nouveau rôle où une bonne partie de l’opinion publique l’attend au tournant. A l’intérieur du gouvernement lui-même, il a tout de suite imprimé sa marque en instituant une réunion systématique de tous les ministres sous sa conduite chaque semaine et ça n’a pas tardé : ce premier conseil se tient aujourd’hui. Or l’Argentine ne connaît pas le Conseil des Ministres stricto-sensu, tel qu’il est institué dans la plupart des pays européens. Il est possible que la décision de Manzur représente une nouvelle étape dans la structuration de la manière dont le pouvoir exécutif national fonctionne. On peut en tout cas souhaiter que cette nouveauté apporte à l’administration du pays un peu de fluidité et un soupçon d’efficacité supplémentaire. Si ça pouvait ne serait-ce qu’éviter les couacs, ce serait très bien !

"Levée des restrictions sanitaires
et assouplissement de toutes les activités", dit le gros titre
En dessous : la tragédie des Haïtiens qui traversent le Río Grande
et se font traiter comme du bétail par les flics texans
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Il va sans dire que l’analyse de l’opposition et des journaux de droite est très différente. Après avoir réclamé à cor et à cris l’assouplissement des « mesures liberticides », les opposants, politiques et journalistes, ne voient dans tout cela qu’une pitoyable gesticulation purement électoraliste. Certains éditorialistes poussent même le sens de la contradiction jusqu’à dénoncer le caractère trop précoce et donc potentiellement dangereux de cette mesure pourtant très limitée.

Tout va bien et rien ne change : nous sommes toujours bien en campagne électorale.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

L’inflation ralentit et vaille que vaille, le seuil de pauvreté se stabilise [Actu]

Indice des prix à la consommation
tableau général
Cliquez sur l'image pour une haute résolution


Au milieu de la semaine dernière, l’INDEC, l’institut national de statistiques, a publié, les 14 et 16 septembre, ses traditionnels rapports de mi-mois : l’indice des prix à la consommation et le montant des paniers-témoins qui permettent de définir, pour le bassin démographique de Buenos Aires et ses alentours, les seuils de pauvreté et d’indigence.

Indice des prix à la consommation
Tableau synthétique des données intermédiaires
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

On remarque donc que l’inflation ralentit : en août, elle a atteint 2,5 %, contre 3 % en juillet et 3,2 en juin. Cela nous donne un cumul de 32,3 % sur huit mois (depuis janvier) et de 51,4 % en taux interannuel (depuis septembre 2020). Bien entendu, pour la vie quotidienne, cela reste difficilement supportable mais c’est néanmoins le chiffre le plus bas depuis janvier (qui affichait un taux de 4%).

Indice des prix à la consommation
Variations régionales
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

L’inflation est tirée vers le haut par la santé et l’éducation (le mois d’août est celui de la rentrée intermédiaire, après les petites vacances d’hiver) tandis que pour le deuxième mois consécutif, l’alimentation (le panier indispensable et celui des extras que sont les boissons alcoolisées et le tabac) affiche des taux de 2 et de 1,5, sans doute grâce à l’intervention de l’État dans cette branche de l’économie, comme dans le secteur de l’énergie où le gouvernement a mis en place des tarifs adaptés pour les zones froides du pays, plus gourmandes en chauffage (souvent du gaz et du fioul) et en électricité (éclairage).

Le seuil de pauvreté quant à lui évolue moins vite que l’inflation pour ce mois d’août où il n’a progressé que de 1,2 %, tandis que le seuil d’indigence marque le pas : en août, il a monté de 0,7 %. Les cumuls interannuels sont en revanche effrayants : + 50,3 % pour la pauvreté et + 55,5 pour l’indigence. Ces deux seuils ne sont calculés par l’organisme que pour la région capitale, celle où traditionnellement les prix sont les plus élevés et celle où se trouve la plus grande concentration d’habitat populaire.

En jaune, le panier témoin de l'indigence
(uniquement consacré à l'alimentation)
En orange, celui de la pauvreté
(il comprend aussi un certain nombre de services)
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Voilà plusieurs mois que ces deux rapports montrent une amélioration constante mais très lente de la situation, si lente qu’il est impossible au citoyen de s’en rendre compte au milieu de l’instabilité des prix qu’il subit au quotidien. J’étais moi-même en Argentine en août 2018 lorsque la crise de l’emprunt au FMI venait d’éclater et j’ai fait l’expérience d’avoir perdu complètement mes repères lorsque je faisais mes courses quotidiennes. Il y a de quoi devenir fou !

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

sur l’inflation
lire l’article de Página/12

lundi 20 septembre 2021

« Una cosita más » (J’allais oublier, encore un petit détail) : un flic de Los Angeles fête ses cinquante ans dans Página/12 [à l’affiche]

Le gros titre se passe de traduction
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution


Aujourd’hui, Página/12 consacre la une de son supplément culturel quotidien, C&E, au phénomène Columbo, transformé le 15 septembre 1971 en une série télévisée, après plusieurs mises en scène et tournages isolés que l’article cite sans en tenir compte pour déterminer la date de naissance de ce mythe international.

Pour l’occasion, la rédaction a demandé une assez longue et excellente analyse à un journaliste de The Independant, en Grande-Bretagne, Kevin E.G. Perry, et le publie en exclusivité.

Un authentique régal pour les columbophiles du monde entier, à condition de lire l’espagnol !

Dans les années 1970, l’Argentine a été une véritable éponge à absorber la production télévisuelle, cinématographique et musicale des États-Unis, au point qu’une bonne partie de sa culture nationale a été sérieusement mise en danger par ce système économique écrasé par l’Oncle Sam. Tant et si bien que« J’allais oublier, encore un petit détail » est aussi connu en Argentine qu’en Europe ou en Amérique du Nord. Et gloire à Peter Falk qui nous a offert ce personnage qui se bonifie en vieillissant !

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

Le dépit de Messi s’affiche partout en une [ici]

"Des regardes qui tuent"
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution


Depuis qu’il a atterri à Paris, la presse argentine ne lâche pas Lionel Messi d’un iota et scrute ses premières prestations dans sa nouvelle équipe.

La une la plus discrète : juste une petite photo
en haut à gauche
Le reste, c'est surtout de la politique et une pensée
pour les Espagnols des Canaries
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Hier, avec son trio gagnant international, Messi, Mbappé et Neymar, le PSG affrontait l’Olympique Lyonnais. Tous les commentateurs argentins se penchent donc aujourd’hui sur les réactions de l’étoile de Rosario qui a donné tous les signes d’avoir mal vécu de devoir céder sa place sur le terrain à un coéquipier à la 75e minutes.

"Maintenant, même Messi se fait sortir du terrain"
En haut : "Avec de nouveaux ministres et plus d'argent,
le gouvernement tente de renverser la défaite des PASO"
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Comme de surcroît, l’entraîneur du Paris Saint-Germain est argentin lui aussi, ça a fait entre les deux quelques étincelles dont les journaux semblent se régaler ce matin.

Ainsi, l’incident occupe-t-il toute la une du supplément sportif hebdomadaire de Página/12, Líbero, dont l’image apparaît même en titre secondaire sur la première page générale du quotidien, qui se concentre tout de même sur l’actualité politique post-électorale de l’actuelle majorité.

"Après avoir vu Cristina, Kiciloff remanie son gouvernement",
dit le gros titre
Dessous : "Messi et Pochettino : polémique et emportement à Paris"
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Clarín et La Nación, pour leur part, en ont fait leur photo principale (la même) en une générale, faisant passer au second plan le remaniement du gouvernement de la province de Buenos Aires, un remaniement qui fait suite à celui qui vient d’affecter le gouvernement national, le tout une fois encore à l’instigation de Cristina Kirchner, s’il faut en croire les journalistes.

En haut à gauche : "SORTI. Poche a remplacé
Messi par un latéral. Le score était de 1 à 1 à la 75e minute"
Cliquez sur l'image pour une haute résolution


Quant au PSG, il semble se préparer des jours pas très sereins avec un monstre sacré de ce genre en son sein !

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

Ajout du 22 septembre 2021 :
lire cet article de La Nación intitulé non sans une certaine colère « Qui achète un Picasso pour le laisser dans le garage ? »

samedi 18 septembre 2021

Les éléphants du PJ sont de retour [Actu]

"Les voilà, ce sont eux", dit le gros titre
Cliquez sur l'image pour une haute résolution


Dimanche dernier, le pré-premier tour, dit PASO (primaire obligatoire pour tous les candidats et tous les partis), a abouti à une défaite inattendue et sévère pour l’actuelle majorité. Par manque de recul devant l’inédit de l’actuelle pandémie et de ses possibles effets à court, moyen et long terme sur nos sociétés, on se perd en conjectures sur les raisons de cette défaite dont rien ou presque rien n’annonçait l’ampleur.

Les résultats pour les candidats députés nationaux (source : Página/12)
En bleu, l'actuelle majorité
En orange, l'alliance ultra-libérale et centre-droit
Cliquez sur l'image pour une haute résolution


Toujours est-il que, si ces résultats correspondent à un revirement effectif de l’électorat et non pas à un « simple » mouvement d’humeur ou à une mobilisation générale à droite pendant que la gauche serait restée chez elle pour bouder, le contrôle du Congrès pourrait échapper au gouvernement en place pour les deux ans qui restent du mandat (1).

"Cristina gagne du terrain dans le gouvernement :
Manzur entre, Aníbal F. revient à la Sécurité
et De Pedro reste"
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Dès lundi, ont éclaté au grand jour plusieurs fragilités de la majorité que le président avait réussi jusqu’à présent à peu près sinon à dissimuler, du moins à rafistoler, à commencer par les désaccords entre lui et la vice-présidente, Cristina Kirchner, à laquelle la droite et la partie machiste de la gauche a fait depuis longtemps une solide réputation de femme avide de pouvoir et qui n’a rien trouvé de mieux dans ces circonstances que de publier une lettre ouverte pour forcer le chef de l’État à mener sa politique à elle. Autrement dit, elle a donné du grain à moudre à l’opposition et de quoi nourrir la haine que celle-ci lui voue. Pour couronner le tout, elle a été aidée dans cette opération par plusieurs ministres qui ont posé publiquement leur démission, non pour marquer leur déférence envers l’autorité du président mais pour lui lancer un défi et désavouer sa politique générale.

Résultats pour les candidats sénateurs nationaux (source : Página/12)
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Pour limiter la casse, Alberto Fernández a donc dû remanier son équipe en quatrième vitesse, d’autant que ce n’est pas la première fois que la vice-présidente critique publiquement le chemin qu’il prend. Hier, l’annonce du nouveau gouvernement a donc vu revenir sur le devant de la scène quelques poids lourds du Partido Justicialista version Kirchner qui avaient déjà occupé des ministères significatifs sous Cristina et même sous le mandat de son défunt mari, Néstor Kirchner, dont Alberto Fernández avait été le Premier ministre (jefe de gabinete, dit-on en Argentine), poste où il s’était déjà sérieusement frité avec Cristina. Ce remaniement ramène à Buenos Aires quelques barons locaux du péronisme et laisse les provinces concernées aux mains un peu moins expertes de vice-gouverneurs et autres suppléants locaux quand la répartition provinciale issue des élections de 2019 apportait sur un plateau à l’actuelle majorité nationale un solide réseau pour relayer fidèlement sa politique sur presque tout le territoire.

"Cristina s'impose : Manzur et Aníbal Fernández
obtiennent une ministère et De Pedro reste"
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Des ministères aussi importants que les Affaires étrangères, la Défense, la Sécurité (notre Intérieur), l’Agriculture, l’Éducation nationale, la Recherche scientifique et le porte-parolat du gouvernement changent de patron. Des ministères cruciaux dans la crise sanitaire et économique actuelle gardent tout de même le leur (ce qui veut peut-être dire que le président a pu résister à la pression cristiniste) : l’Économie (Martín Guzman s’était fait reconnaître dans le monde entier lorsqu’il avait brillamment réussi à restructurer la dette argentine envers les investisseurs privés au tout début de l’année dernière), le Développement productif, le Travail, la Santé et la Culture. Le secrétariat d’État au Commerce conserve sa responsable (une universitaire brillante arrivée dans les bagages du président en décembre 2019) et la Justice son ministre, un kirchneriste éprouvé issu d’un précédent remaniement, avec à la clé une éventuelle réforme du système fédéral dont on ne sait ni quand ni comment le Congrès, partiellement renouvelé, pourra la traiter. Le nouveau gouvernement a perdu la belle parité qu'il avait en décembre 2019 entre hommes et femmes.

Même Página/12 met en une le conflit à la tête de l'Etat
"Front à front" (comme on dit face à face), dit le gros titre
dans le soleil choisi comme logo par le Frente de Todos
(tous ensemble), la formation électorale de la majorité
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Bref, l’Argentine n’avait pas besoin de cet énième épisode de la guerre des chefs à un moment où un peu de stabilité institutionnelle remettrait en selle la confiance, sinon intérieure du moins extérieure (et elle n’est pas à négliger). Les membres de l’actuelle majorité qui n’ont pas disjoncté dans la nuit de dimanche à lundi espèrent encore qu’il est possible de renverser ce mauvais résultat en faisant revenir vers les urnes les électeurs fidèles qui les ont désertées, au mieux par peur de la contagion.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

Ajout du 20 septembre 2021 :

lire cet entrefilet de Página/12 sur l’analyse donnée sur les ondes de Radio 10 par un politologue, surpris lui aussi par l’ampleur de la défaite.



(1) Beaucoup de facteurs pourraient expliquer cette défaite, qui reste pour l’heure relative puisque les PASO ne font qu’écarter des candidats qui n’arrivent pas en tête de leur formation ou qui ne recueillent pas le taux de voix exprimées fixé pour la participation au premier tour ; les PASO, qui se tiennent deux mois avant le premier tour, ne permettent donc en aucun cas d’élire qui que ce soit. Par conséquent, ce scrutin peut offrir à l’électeur en colère un défouloir qu’il croit sans risque, comme c’est le cas des élections européennes dans presque toute l’Union. Parmi les facteurs qui pourraient expliquer ce qu’il s’est passé dimanche, on peut d’ores et déjà citer, sans craindre de se tromper, l’exaspération de beaucoup de gens privés par les protocoles sanitaires de tout ou partie de leurs activités économiques et/ou de loisir, le seuil de rationalité individuelle et collective que la pandémie abaisse partout dans le monde avec la montée corollaire d’un complotisme et d’une crédulité qui nous ramènent aux grandes épidémies du Moyen-Age, le poids au quotidien de l’inflation dont le ralentissement ne peut pas se sentir dans la vie quotidienne, la forte abstention dans un pays où le vote est obligatoire (22 millions de votants pour 34 millions d’inscrits), la kyrielle d’infox servie notamment par la droite (les politiques Patricia Bullrich et Mauricio Macri ou l’intellectuelle Beatriz Sarlo), quelques gaffes retentissantes de certaines personnalités de la majorité (une candidate qui parle de relations sexuelles comme s’il s’agissait d’un point de son programme, une ministre, brillante universitaire pourtant, qui, à propos du sentiment d’insécurité ressenti par de nombreux citoyens, lance un mot d’esprit on ne peut plus déplacé au détriment de la Suisse, explosant par là-même tous les compteurs intérieurs et extérieurs de l’impair politique), sans oublier bien entendu les deux « affaires » impliquant le gouvernement : la vaccination VIP (passe-droit pour des copains du ministre de la Santé, aussitôt démis par le président) et la petite fête d’anniversaire de la Première dame avec dix invités dans un palais gouvernemental pendant le confinement, qui fait depuis l’objet d’une instruction judiciaire. On a aussi repéré des résultats aberrants comme le score écrasant d’un agitateur politique d’extrême-droite, dont la vulgarité, la violence, l’agressivité et même l’invraisemblable coupe de cheveux rappellent celles de Trump, dans un des bidonvilles de Buenos Aires traditionnellement ancré à gauche.

Universités en Argentine et télé-étudiants en Europe [ici]

"Etudier ici depuis l'étranger"
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution


Avant-hier, Página/12 a consacré la une de son supplément hebdomadaire sur la vie des universités à l’attractivité de certains établissements argentins qui, malgré la pandémie, ont gardé des étudiants étrangers, notamment européens, qui ont suivi leurs cours à distance, chez eux, grâce à la mise en place de l’enseignement en ligne.

Et ce malgré le décalage horaire !

Página/12 publie les témoignages d’un Colombien, d’une Espagnole et d’une Anglaise, qui cumule pour sa part toutes les difficultés : décalage horaire, différence culturelle et altérité linguistique alors qu’elle continue à baigner dans sa langue maternelle. Belle performance !

Les universités concernées sont toutes les trois des établissements publics, deux très importants et très prestigieux dans le paysage universitaire argentin, à savoir la UBA (Universidad de Buenos Aires) et la UNLP (Universidad Nacional de La Plata), et une autre, de notoriété bien plus modeste, la UNLZ (Universidad Nacional de Lomas de Zamora), dans la banlieue de Buenos Aires.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

vendredi 17 septembre 2021

Le Festival de Tango de Buenos Aires, c’est en ligne ! [à l’affiche]

En gros titre principal : "Le peuple payera les pots cassés"
(au sujet de la première phase des élections de dimanche)
En dessous : "La Ville s'habille en tango"
Cliquez sur l'image pour une haute résolution


Hier, le Festival de Tango de Buenos Aires s’est ouvert hier avec un peu de public à la Usina del Arte (le grand complexe municipal de spectacle) et beaucoup de distanciel, grâce à la chaîne Youtube officielle Vivamos Cultura (Vivons Culture).

Une soirée d’ouverture qui rendait hommage à Aníbal Troilo, une façon très consensuelle de lancer la manifestation, ce qui est de bon augure en pleine période électorale.

Tous les événements sont gratuits et leur retransmission leur donne un retentissement plus large que les années précédentes.

Au programme cette année : un hommage à Piazzolla (dont c’est le centenaire) et un autre à Maradona (mort il y a quelques mois), un concert pour les 80 ans du pianiste José Colángelo et un autre pour ceux de la chanteuse María Garay, la participation de plusieurs chanteurs bien connus des lecteurs de Barrio de Tango (Cucuza, El Chino Laborde, Cardenal Domínguez), une conférence-visite de l’atelier du fileteador Jorge Muscia (1). Et beaucoup d’autres, malgré les restrictions dues à la crise sanitaire.

Programme officiel
Cliquez sur l'image
pour une haute résolution

Le festival se répartit sur plusieurs quartiers et de très nombreux lieux, dont plusieurs milongas qui rouvrent pour la première fois leurs portes à cette occasion (avec enfin la mise au point de protocoles consensuels). Le Teatro Colón lui-même sera mis à contribution au cours de la semaine.

Le festival et le Mundial s’achèveront dans dix jours, le 26 septembre.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article principal de Página/12
lire l’article de La Prensa (le seul quotidien national qui ait mis l’événement à sa une hier)
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación
accéder au site Internet Vivamos Cultura (du ministère de la Culture de la Ville Autonome de Buenos Aires).

Ajout du 22 septembre 2021 :

lire cet article de La Nación, sous la plume de Mauro Apicella, sur l’hommage à Maradona hier au festival, où a bien sûr résonné l’hymne tanguera à D10s qu’est Para verte gambetear, du regretté Alorsa, une chanson que j’ai traduite dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, paru en 2010 aux Éditions du Jasmin (la maison d’édition vient de mettre en place sur son site la vente en ligne de tous ses titres).



(1) Jorge Muscia est membre de la Academia Nacional del Tango, qu’il a contribué à mettre en place aux côtés de Horacio Ferrer, qui nous a quittés en 2014. Jorge est l’auteur du logo de l’institution. C’est lui qui m’a fait l’honneur d’accepter d’illustrer la couverture de mon premier livre, Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins (Éditions du Jasmin).