mardi 28 avril 2026

Manuel Adorni : de Charybde en Scylla mais toujours sous la protection des Milei, frère et sœur [Actu]

"Très vite pour les mandats", dit le gros titre
en jouant sur le nom d'une des principales plateformes
de livraison, Rappi, sur ce montage de Adormi sur une motocyclette
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La presse, en l’occurrence Página/12, continue le travail d’enquête sur le patrimoine et les revenus du Premier ministre argentin, Manuel Adorni, qui doit demain répondre aux questions de la Chambre alors que l’opposition (majoritaire en sièges mais désunie, ne l’oublions jamais) aimerait bien l’interroger sur les manquements à la probité révélés par les journaux et qui ont conduit un procureur à se saisir des faits et à entamer une instruction le concernant.

Le président Javier Milei a déjà annoncé sa présence dans les tribunes pour soutenir son favori tandis que Karina, sa sœur et Première dame, multiplie les gestes de soutien, se faisant photographier aux côtés du suspect ou l’invitant à sa table dans les dîners en ville.

Or ce matin, Página/12 sort une affaire encore plus lamentable et, pourquoi ne pas le dire, encore plus grotesque que celle des biens immobiliers non déclarés, acquis grâce à des emprunts au noir faits auprès de particuliers, qui plus est peu fortunés, plutôt qu’à l’aide de prêts bancaires normaux, sans doute parce qu’ils ont le malheur de laisser des traces comptables. Cette fois-ci, le journal a découvert qu’avant d’entrer au gouvernement à l’investiture de Milei, alors que Adorni était toute la semaine sur le plateau de la chaîne La Nación + (du groupe La Nación), où il gagnait grassement sa vie comme animateur de talk-show, le futur Premier ministre s’était déclaré auprès des autorités fiscales comme autoentrepreneur en sa qualité de livreur à vélo d’une société fantôme dont les deux fondateurs, l’un paraguayen, l’autre péruvien, croupissent actuellement en prison pour trafic de drogue.

Attendez ! Ce n’est pas tout. Il y a mieux encore…

Comme travailleur de plateforme, Adorni a adhéré à un syndicat spécialisé, dont il a réussi à devenir le secrétaire-général adjoint. La société fantôme, qui est une coquille vide, sans aucune activité économique réelle, semble n’avoir été fondée, en 2018, que pour permettre à Adorni de se prévaloir d’un travail (fantôme lui aussi) lui permettant d’adhérer à ce syndicat. Or, il y a quelques semaines, le gouvernement a fait passer une réforme très régressive du code du Travail, réforme qui a retiré à ces livreurs ultra-précaires, pour ne pas dire réduits en servitude, le peu de droits sociaux qu’ils avaient. Étonnant,non ? Qui plus est, ce gouvernement prône une politique assez peu accueillante vis-à-vis des travailleurs immigrés...

Or ce n’est pas la première fois que des proches de Milei sont associés à des trafiquants de drogue. Mais tout ça en même sur un seul bonhomme, on n’avait encore jamais vu !

Demain, devant les députés, Adorni aurait l’intention, comme l’a fait en son temps Jérôme Cahuzac à Paris, de ne répondre à aucune question, en prétendant que toutes les informations relèvent du secret de l’instruction et qu’il réserve ses réponses au juge…

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 qui a fait sa Une du jour sur ce nouveau scandale.

1976 – Ecos de la Memoria, une série documentaire présentée à la Feria del Libro [à l’affiche]


Hier, à la Feria del Libro, le groupe Octubre a présenté sur son stand une série documentaire en quatre épisodes de 50 mn qu’il a produit et dont il a lancé la diffusion sur la chaîne progressiste Canal 9 au jour du cinquantenaire du coup d’État de Videla et consorts, le 24 mars dernier.

C’est un travail qui a réuni trois auteurs, le cinéaste Tristán Bauer, ancien président de l’INCAA, l’institut national du cinéma que Javier Milei est en train de tuer, le spécialiste de la pédagogie et de la transmission qu’est Daniel Filmus et la réalisatrice télévisuelle Carolina Scaglione. Tous les trois ont rassemblé les témoignages de nombreux acteurs survivants de la lutte pour la démocratie, l’État de droit, contre cette dictature sanglante et inique qui a fait 30 000 disparus et a arraché environ 500 enfants à leur famille légitime, dont plus de la moitié ignore encore leurs origines familiales et leur histoire.

Étaient présents, entre autres, la présidente de Madres de Plaza de Mayo Línea Fundadora ainsi que Bauer et Filmus.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 du 24 mars 2026 qui contient une interview des réalisateurs
lire le compte-rendu dans Página/12 de la projection d’hier
consulter le site Internet de la série, qui a vocation à s’enrichir avec le temps.

C’est une épidémie : un autre haut responsable « oublie » de déclarer ses propriétés à Miami [Actu]


Depuis quelques semaines, on découvre l’existence de très hauts responsables du gouvernement qui ont malencontreusement oublié de déclarer aux autorités publiques leurs propriétés immobilières à Miami et ailleurs. Comme on peut s’en douter, il s’agit pourtant là de « signes extérieurs de richesse ». Miami, ce n’est pas donné !

Le premier démasqué travaillait au Ministère de l’Économie et l’ampleur du scandale ainsi que l’absence d’un soutien politique aussi ferme que celui dont bénéficie Manuel Adorni l’a obligé à présenter sa démission. Il vient d’être remplacé à son poste de coordinateur des infrastructures au sein du ministère. Avant de démissionner, Carlos Frugoni a reconnu posséder la bagatelle de sept propriétés immobilières et deux sociétés commerciales aux États-Unis.

Et voici que, l’encre du décret de nomination de son remplaçant encore humide, on découvre un deuxième pot-aux-roses de même nature. Cette fois-ci, c’est à la ARCA que travaille l’intéressé, ce qui ne manque pas de sel. La ARCA est l’une des deux grandes administrations fédérales qui doit recevoir les déclarations des responsables politiques et administratives lorsqu’ils prennent possession de leur poste. C’est l’équivalent du Trésor public en France. Avant Javier Milei, cela s’appelait l’AFIP. Ce brave contribuable marron est à la tête de l’organisme, dont la mission première est tout de même de percevoir les impôts et de diriger le travail des douanes.

La justice administrative s’est emparée de l’affaire et va enquêter sur toutes les propriétés et participations dudit sieur à l’étranger, ce qui s’annonce juteux.

Le concernant, on a repéré déjà des mouvements de fonds au noir entre l’Argentine, Miami et les Émirats. A Miami, ses trois appartements cumuleraient une valeur de 2,1 millions de dollars

Incroyable, ces pertes de mémoire !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12, qui prend le parti d’en rire pour ne pas en pleurer
lire l’article de Clarín sur le cas Frugoni
lire l’article de La Nación sur l’enquête financière qui débute contre le deuxième personnage, Andrés Vázquez

lundi 27 avril 2026

Le cinéma argentin passe de deuil en deuil : Adolfo Aristarain nous a quittés [Actu]

Cinéaste authentique, dit le gros titre
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Né dans le quartier de Parque Chas, dans l’ouest de Buenos Aires, en octobre 1943, le cinéaste Adolfo Aristarain est mort dans sa ville natale sans que les raisons de son décès n’aient été rendues publiques. Il avait quitté le monde du spectacle en 2004, après un grand succès cinématographique, son dernier film, Roma, qui compte aujourd’hui parmi les grands classiques argentins.


Plus que bousculé par l’instabilité constitutionnelle dans son pays tout au long de sa vie, il a vécu tantôt en Argentine tantôt en exil et il a travaillé en Espagne et à Hollywood, la patrie d’un de ses maîtres, John Ford.


On lui doit onze films qu’il a réalisés, dans des productions argentines ou internationales, et trente autres, dont il était l’assistant-réalisateur. Plus souvent récompensé à l’étranger que dans son propre pays, il y a toutefois accumulé les nominations.

Ce film a reçu une récompense en Espagne

Adolfo Aristarain a touché à de nombreux genres, dont le film policier, avec La parte del león en 1978, le romantisme militant des horizons immenses et des racines, avec Un lugar en el mundo (1992) (comprendre : quelque part dans le monde), dont l’action se passe dans les Andes de la province de San Juan, et, en 1995, le film d’aventure sur fond historique avec La ley de la frontera (où tout se passe dans les années 1910 entre la Galice espagnole et le Portugal).

Il a aussi travaillé sur la série des Pepe Carvalho, produite par la télévision espagnole, d’après les romans policiers de l’écrivain barcelonais Manuel Vázquez Montalbán.


On l’avait vu pour la dernière fois en public en 2024 lorsqu’il avait été récompensé par l’Académie du cinéma en Espagne.

A l’heure de sa disparition, la presse argentine et les médias espagnols lui rendent hommage avec la même affection et la même émotion.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

En Argentine :
lire l’article de Página/12, qui lui consacre la Une de son supplément culturel quotidien, Cultura y Espectáculos
lire l’article secondaire de La Nación
Tous les titres nationaux argentins et plusieurs titres régionaux ont mis sa photo à la Une dont le gros titre se partage toutefois entre l’attentat raté d’avant-hier contre Trump et la démonstration de F1 en plein Buenos Aires par Colapinto, le nouveau Fangio, pour qui les Argentins deviennent fous d’admiration.

En Espagne (sélection) :

lire l’article de El País
En Espagne, les unes ne parlent pas de cette disparition.

Commémoration de la mort de François à la UCA ce soir [Actu]

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Ce soir, lundi 27 avril 2026, à 17 h, la Universidad Católica Argentina, université pontificale dont le cardinal Jorge María Bergoglio fut recteur en sa qualité d’archevêque de Buenos Aires, jusqu’à son élection à Rome, mais où il n’a cependant jamais étudié lui-même, lui rendra hommage dans le cadre des célébrations entourant le premier anniversaire de son décès, le 21 avril 2025.

Située dans ce qui fut le port de Buenos Aires transformé à présent en une très agréable promenade dans un environnement plutôt luxueux (le prix des restaurants et des cafés, dans le coin !), la UCA clôt ainsi le cycle commémoratif commencé il y a dix jours.

© Denise Anne Clavilier

vendredi 24 avril 2026

C’est pas beau de copier sur le voisin [Actu]

"Interdit d'entrer sans perruque", dit le gros titre
sur un montage photographique
(il n'y a aucune grille aussi loin de la façade de la Casa Rosada)
La peluca du titre est un mot-clé pour désigner Mileí et les libertariens
sans doute à cause de la tignasse du président
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De retour de Jérusalem où il a tenu des propos incendiaires contre l’Iran, à propos duquel il a déclaré que l’Argentine (pays traditionnellement neutre) était en guerre (sic), le Liban (le Hezbollah) et Gaza (le Hamas) et promis une nouvelle fois d’installer l’ambassade à Jérusalem (re-sic), qui se trouve, ne l’oublions jamais, en territoire occupé (encore faudrait-il y trouver des locaux), avant d’allumer les torches de l’Indépendance de l’État hébreu, honneur insigne exceptionnellement accordé à un chef d’État étranger, Javier Milei est rentré à Buenos Aires où, pris d’un nouvel accès de trumpisme aigu, il n’a rien trouvé de plus urgent à faire que de rencontrer le patron de Palantir et parrain politique de J.D. Vance, l’oligarque facho-libertarien Peter Thiel venu passer deux mois dans son luxueux hôtel particulier portègne, et de fermer la Casa Rosada aux journalistes accrédités, sous prétexte de lutter contre de prétendues pratiques d’espionnage (exactement comme l’a fait Pete Hegseth au Pentagone).

"Ils ne passeront pas (les journalistes",
se moque la rédaction en utilisant le mot d'ordre
des communistes espagnols pendant la guerre civile
Remarquez la proximité de la façade derrière la grille
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En fait, surtout depuis que l’empereur Donald Ier est revenu à la Maison Blanche, le baron Milei n’en finit pas d’insulter la presse et de traiter les journalistes en ennemis, les jetant en pâture aux forces de l’ordre, de plus en plus brutales, quand ils couvrent des manifestations, ce qui se traduit souvent par du bris de matériel et des contusions, quand ce ne sont pas des blessures graves avec de lourds séjours hospitaliers à la clé.

Copie d'écran d'un message partagé par Milei :
"Excellente mesure : toutes les accréditations
ont été retirées aux journalistes de la Casa Rosada
pour espionnage illégal"
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Hasard ou coïncidence, il se trouve que certains détenteurs de la carte de presse découvrent, à la vitesse de l’éclair, des pratiques passibles des tribunaux chez le président et dans son entourage, du plus proche au plus éloigné. Ils mettent ainsi au jour de répugnants systèmes de corruption et d’atteinte à la probité de la part de Milei, de sa sœur, secrétaire-générale et Première dame réunies, de ses ministres, de ses conseillers et même de plusieurs libertariens élus au Congrès, avec ou sans la complicité de leurs assistants parlementaires. Or le président argentin continue de vouloir proclamer que les corrompus sont à chercher et encore plus à pourchasser dans les rangs de l’opposition et surtout pas de son côté. Comme Trump. Pourtant, le moins qu’on puisse dire est que ses prédécesseurs et leurs ministres, lorsqu’ils étaient corrompus, ce qui a certes pu arriver, avaient sinon assez de décence du moins suffisamment le sens de la loi pour dissimuler leurs forfaits sous plusieurs couches, plutôt hermétiques, de camouflage bien opaque. Milei et consorts, pas du tout ! Comme Trump, sa famille et toute leur clique.

Clarín préfère titre sur une décision judiciaire transitoire
qui suspend la suspension de la réforme du Code du travail
en appel... Le refus d'accès au palais présidentiel
pour la presse n'a droit qu'à un titre secondaire,
en haut, à droite : "Milei a fermé les portes de la Casa Rosada
à tous les journalistes"
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Avant la prestation de serment de ce personnage dépravé, l’Argentine occupait le 40e rang sur 180 pays analysables dans le classement de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. L’année dernière, elle n’était plus qu’au 66e rang. Aujourd’hui, elle se traîne à la 87e position. 47 places perdues en deux ans et demi à peine d’exercice du pouvoir ! Voilà ce qui s’appelle un exploit mais à l’opposé des promesses électorales du candidat à la tronçonneuse qui s’était engagé à en finir avec la corruption de la « caste » (on dirait peut-être « l’establishment » en bon franglais) pour faire régner la liberté (et la prospérité) dans tout le pays. A titre de comparaison, le Brésil voisin, après un mandat de Bolsonaro, était au 82e rang en 2024 et il a escaladé jusqu’à la 63e place en 2025.

Même politique à la rédaction de La Nación
à ceci près qu'il y a une photo et une photo très significative
sur cette Une
"La Casa Rosada interdit l'accès aux journalistes",
dit le titre secondaire sous la photo
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Ainsi donc, pour la liberté, on a vu : Milei mentait massivement. Comme Trump. Quant à la prospérité, au lendemain de la faillite de SanCor, tout le monde devrait désormais savoir à quoi s’en tenir ! Comme avec Trump.

Le FOPEA dénonce la décision d'interdire l'accès
des journalistes accrédités à la Casa Rosada,
dit le communiqué diffusé sur les réseaux sociaux
La photo représente le palais présidentiel
avec la statue de Belgrano (qu'on voit à peine)
et le drapeau qui l'accompagne
(puisque Belgrano est l'inventeur du drapeau national)
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C’est pas beau de copier sur le voisin...

L'homme debout : Qu'est-ce que Peter Thiel est venu faire en Argentine ?
L'autre : Je ne sais pas mais on lui a dit qu'ici, il y a de vastes gisements
d'un produit très utile pour ses affaires.
L'homme debout : Du lithium ? De l'eau ?
L'autre : De la crétinerie
Traduction © Denise Anne Clavilier
Dessin de Une de Página/12 ce matin
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© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :
lire l’article de Une de Página/12
lire l’entrefilet lilliputien de La Prensa (qui fait pourtant sa Une sur cette information)
lire l’article (un peu plus développé) de La Prensa sur la réaction officielle d’une organisation professionnelle, le Foro de Periodismo Argentino ou FOPEA (Forum du journalisme argentin).
lire l’article de Une de Clarín
lire l’article de Une de La Nación
consulter le classement international de la liberté de la presse sur le site de RSF


Ajouts du 28 avril 2026 :
lire cet article de Página/12 sur le soutien des évêques argentins aux journalistes toujours interdits d’accès à la Casa Rosada
lire l’article de Clarín

Deux Argentines portent plainte en Espagne pour l’exil forcé de leur aïeul, un combattant républicain [Actu]

"Grand-père Luis", dit le gros titre
au-dessus du document attestant la qualité
de combattant mobilisé du républicain espagnol
réfugié en Argentine
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Deux argentines de la Province de Buenos Aires ont porté plainte contre l’État espagnol, devant un tribunal de Barcelone, pour l’exil auquel leur grand-père, Luis Francisco Robles (Barcelona, 1905 – Avellaneda, 1984), versé dans une brigade républicaine pendant la guerre civile, a été contraint à l’exil par la répression menée par Franco et ses acolytes après leur victoire sur les institutions constitutionnelles espagnoles.

C’est une première et donc un précédent judiciaire. Les deux femmes, dont l’une est historienne et dirige le musée des Malouines de Avellaneda, dans la banlieue de Buenos Aires, s’appuient sur la loi espagnole de la mémoire démocratique de 2022, lorsque le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a décidé d’expulser le corps de Franco du mausolée de la Valle de los Caídos, qu’il a fait convertir en une nécropole pour les victimes des deux camps alors qu’il était consacré depuis 1975 à la seule gloire du Caudillo et de ses sbires, et d’exhumer l’histoire de la guerre civile espagnole ainsi que les blessures encore vives causées par les crimes contre l’humanité commis par la dictature franquiste, puisqu’ils sont inaliénables. Or l’exil de ce monsieur, en 1939, avec un grand nombre de Barcelonais et autres Catalans qui avaient combattu ou simplement milité pour la République espagnole, fait partie, pour ses petites-filles argentines, de ces crimes perpétrés contre la population locale.

Comme de bien entendu, seul Página/12 rend compte de cette information qui ouvre en Argentine une autre malle à souvenirs traumatiques, cette fois-ci pour les descendants des républicains espagnols qui ont pris le bateau pour débarquer à Buenos Aires en 1939 et les années suivantes. La dernière vague de migrants espagnols à venir former le peuple argentin. Qui descend des bateaux, selon une plaisanterie bien connue !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 (édition nationale)
lire l’article de Buenos Aires/12, édition locale de la Province de Buenos Aires

jeudi 23 avril 2026

La Feria del Libro fête ses cinquante ans [à l’affiche]

Une du supplément culturel de Página/12 aujourd'hui
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La Feria del Libro, traditionnel rendez-vous entre lecteurs, éditeurs et auteurs, ouvre ses portes aujourd’hui, à la Rural, le grand parc des expositions situé dans le quartier de Palermo, et fête ses cinquante ans d’existence.

De nombreux auteurs sont invités de très nombreux pays. La France, la Belgique, l’Allemagne et l’Ukraine seront entre autres représentées dans cette édition dont le pays invité d’honneur est le Pérou.

Un thème central cette année : le cinquantenaire du coup d’État de Videla et la mémoire blessée de toute cette société.

La manifestation se tient jusqu’au 11 mai prochain. Un long salon du livre comme on le voit, à faire pâlir d’envie son plus modeste équivalent parisien.

Les entrées sont de 8 000 pesos du lundi au jeudi et de 12 000 pesos du vendredi au dimanche.

Le passe pour trois jours coûte quant à lui 18 000 pesos.

Les visiteurs se voient offrir avec leur entrée payante des bons de réduction pour acheter des livres sur place ainsi qu’un chèque-cadeau de 12 000 pesos pour acheter des livres au cours de l’année, après la fermeture du salon, dans des librairies participantes.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :


Ajouts du 24 avril 2026 :
lire ce compte-rendu de Página/12 sur l’inauguration de la Feria, qui a pris cette année la forme d’une table-ronde entre trois participantes, une nouvelle formule qui remplace le traditionnel discours d’un unique invité d’honneur. Quand il est, comme tous les ans, monté au pupitre, le sous-ministre de la Culture a été passablement chahuté : cris, vociférations, sifflets… Belle prestation en revanche et très applaudie de l’auteur-compositeur interprète de rock Fito Páez en préambule
lire le compte-rendu de Clarín
lire le compte-rendu de La Nación

Une autre marque emblématique disparaît [Actu]

Une toute petite sélection des produits de la marque


SanCor avait été fondée en 1938 lorsque seize coopératives des provinces de Santa Fe et de Córdoba (d’où son nom) ont fusionné pour donner ce grand de l’industrie laitière argentine qui produisait de tout : des fromages variés (la notion de terroir n’est pas encore très développée en Argentine, ni pour les vins, ni pour les fromages, la production est donc industrielle), des préparations à tartiner, des yaourts, des laits nature ou parfumés, avec ou sans lactose, pour les bébés et pour les autres, des crèmes-dessert, des crèmes renversées et bien sûr du dulce de leche, dans les deux versions, le tartinable et le pastelero, qu’on emploie pour fourrer les gâteaux, notamment les alfarores (pour lesquels la notion de terroir commence à exister).

En haut, au-dessus du titre : "La fin d'une marque traditionnelle"
Gros titre : "Un autre lapin sorti du chapeau"
allusion à un autre prêt octroyé au Premier ministre
par un particulier aux revenus modestes
pour dissimuler ses opérations patrimoniales
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Depuis une dizaine d’années, l’entreprise traversait des difficultés mais jamais comme c’est le cas depuis deux ans. SanCor a été mis en redressement judiciaire en 2025 mais le cumul des dettes, qui s’élève maintenant à 120 millions de dollars contractés auprès de près de 3000 créanciers à quoi s’ajoutent les 8 mois de salaire non versés, a convaincu les administrateurs de retourner auprès du tribunal de commerce pour déclarer la maison en faillite.

L'entrepôt qui dessert la province de Buenos Aires
dans les années 1970 sans doute

Cette marque disparaît donc des rayons des magasins, elle faisait pourtant partie du paysage et du patrimoine industriel du pays. Elle était fiable et les produits étaient bons.

Le même de nos jours

SanCor s’ajoute donc à la longue liste des marques et des entreprises qui n’auront pas survécu au traitement de cheval imposé par le gouvernement à un pays qui se relevait difficilement du blocage de son économie pendant la pandémie.


Encore un désastre ! Mais à part ça, tout va bien en Argentine et nos journalistes économiques peuvent se réjouir et nous donner en exemple ces méthodes funeste qui détruisent le marché argentin.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de La Prensa
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación
Cette nuit, j’ai pu lire en lecture ouverte l’article de Página/12 mais j’ai découvert ce matin qu’il était passé en accès payant (réservé aux abonnés).

Ajouts du 28 avril 2026 :

lire cet article de La Prensa sur la disparition de près de 80 000 postes de travail dans l’industrie depuis l’arrivée au pouvoir de Milei, il y a deux ans et demi
lire l’article de Clarín sur la débâcle du mois de février et les signes de reprise que le gouvernement dit percevoir en mars.

mercredi 22 avril 2026

Disparition d’un grand du cinéma argentin : Luis Puenzo [Actu]

"Le cinéma comme art de vivre", dit le gros titre
du supplément culturel quotidien de Página/12
sur cette photo du cinéaste
devant l'affiche du film multirécompensé
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Le 15 mars 1986, deux ans après le retour de la démocratie en Argentine, Luis Puenzo, qui vient de nous quitter à l’âge de 80 ans, aura été, le premier réalisateur argentin récompensé aux Oscars. Celui du meilleur film étranger pour un long-métrage de fiction qui a marqué l’histoire cinématographique et politique. C’est en effet dans La historia oficial que la thématique ultra-sensible des bébés volés, de la recherche de l’identité et de la vérité, celles qui caractérisent depuis cinquante ans la lutte de Abuelas de Plaza de Mayo, fait son entrée dans le patrimoine cinématographique argentin et mondial. Après Puenzo, seul un autre réalisateur argentin a eu droit au même honneur, Juan José Campanella, pour El secreto de sus ojos (Dans ses yeux en français), en 2009. La historia oficial fut aussi récompensée au festival de Cannes.

L’histoire officielle dont parle le titre, c’est le récit présenté par le régime pour justifier et travestir sa politique, un récit que le personnage principal commence par accepter comme une évidence. Peu à peu, cette femme, professeure d’histoire tranquille dont le mari entretient une amitié personnelle avec un criminel de la dictature, en vient à se douter que sa fille adoptive de cinq ans pourrait bien être celle de disparus politiques et elle s’embarque alors dans une quête exigeante et douloureuse, qui est, depuis les premiers soupçons de disparition en 1976, l’année même du putsch militaire, celle qui n’a pas cessé de travailler le pays tout entier.

La première affiche, à la sortie du film,
avant les récompenses internationales

Mais il n’y a pas que ce film dans la carrière de Luis Puenzo, il y en a beaucoup d’autres, et il n’y a pas non plus que la réalisation. Le cinéaste fut en effet l’un de ceux qui, parmi les professionnels, dont son aîné, le regretté Pino Solanas, mort du covid à Paris en novembre 2020, imaginèrent et mirent en forme la loi de 1994 sur le cinéma (sous Carlos Menem), une loi devenue lettre morte ou peu s’en faut avec le gouvernement libertarien actuel. En 2004, Puenzo fonda, avec d’autres, de la Academia de las Artes y Ciencias Cinematográficas de la Argentina. De 2019 à 2022, il fut enfin le président de l’INCAA, l’institut national du cinéma et des arts audiovisuels, qui, avant Javier Milei, avait pour mission d’encourager et de soutenir la création, la diffusion et la distribution cinématographiques et télévisuelles nationales et qui a été depuis dépouillé de son budget et de la plupart de ses compétences dans le secteur. Hélas pour lui, une cabale politique, venue de la gauche qui plus est, devait le conduire à démissionner de son poste, épisode final et douloureux que rappelle La Nación aujourd’hui. Luis Puenzo a enfin été également producteur de cinéma.

Né dans le quartier de Floresta en février 1946, à Buenos Aires, il a fait ses toutes premières armes dans la publicité où il s’est distingué par des très courts formats qui ont marqué les esprits avant d’écrire et de réaliser son premier long-métrage de fiction en 1973, quand l’histoire du pays basculait à nouveau dans la tragédie, trois ans avant le dernier coup d’État, celui de Videla et consorts. L’idée de La historia oficial, qui allait transformer sa vie et sa carrière, lui était venue dès 1982. Pour les besoins du projet, il se rapprocha de l’association Abuelas de Plaza de Mayo afin de comprendre la mécanique cynique qui avait conduit à ces crimes contre l’humanité, un système génocidaire que l’on connaissait encore très mal à la sortie de la dictature (10 décembre 1983). Le film fut tourné sous le mandat, démocratique, de Raúl Alfonsín.

Affiche française du film
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En 1992, en transportant l’action du roman dans un port d’Amérique du Sud, Luis Puenzo tourna une adaptation de La Peste de Camus, un film franco-britannico-argentin distribué par Gaumont, avec, entre autres, Sandrine Bonnaire et Jean-Marc Barr.

C’est donc une grande figure du 7e Art qui vient de disparaître, un jour après l'acteur Luis Brandoni, veillé puis porté en terre par le ban et l’arrière-ban de la culture et de la politique nationales. Aujourd’hui, la presse quotidienne ne dit pas un mot de la veillée funèbre et des obsèques qui pourtant se tiennent très vraisemblablement aujourd’hui. Sans doute Luis Puenzo n’avait-il pas le bon profil pour que la majorité politique actuelle, à Buenos Aires comme au niveau fédéral, lui ouvre les portes d’un salon institutionnel.

Le cinéaste a transmis le virus du cinéma à ses deux fils et ce patronyme n’a donc pas fini d’apparaître sur les génériques.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

Sur les Unes, la messe de Luján en mémoire de François, cérémonie qui a démontré par l’image la désunion féroce du pays, incapable de se réunir même pour ce motif, relègue ce matin la disparition du cinéaste dans les petites photos et les titres très secondaires.

mardi 21 avril 2026

L’hommage au pape François dans la presse en ce jour anniversaire [Act

Annonce de l'archidiocèse de Buenos Aires
pour la messe qui sera célébrée ce soir à 20h
à San José de Flores


Aujourd’hui marque le premier anniversaire de la mort de François. La presse argentine publie donc des articles commémoratifs de diverses natures tandis que plusieurs messes sont célébrées aux quatre coins du pays et principalement à Luján, la grande ville mariale argentine, et à Buenos Aires, dans la basilique de Flores où tout jeune homme, Jorge Bergoglio avait reçu sa vocation sacerdotale, un 21 septembre, qui correspond à la fête du printemps dans l’hémisphère sud.

Programme de la journée à San José de Flores
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A Flores, la messe sera accompagnée de la plantation d’un olivier et du dévoilement d’une œuvre murale en style mosaïque représentant François, qui sera d’ici quelques jours installée dans la station de métro la plus proche, celle qui porte le nom de ce quartier, pour que tout le monde en profite. La même chose existe en hommage à Carlos Gardel dans le centre de Buenos Aires à la station Abasto, quartier où le chanteur a grandi, où il a fait ses débuts artistiques et où il a vécu adulte, avec sa mère, jusqu’à la fin.

La dernière interview accordée à La Nación
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Pour l’occasion, La Nación a puisé dans ses archives et en a ressorti la dernière interview donnée par le Saint-Père à Elizabetta Piqué, sa correspondante en Italie. L’entretien a eu lieu en 2023 dans la bibliothèque de l’appartement pontifical et il a été filmé. Le défunt pape y aborde en particulier son hostilité à la « théorie du genre », étrange attitude que la sienne puisque la dite théorie n’existe nulle part. Il ne s’agit que du nom - erroné - que les médias ou certaines officines réactionnaires ont donné à un ensemble de phénomènes sociaux et culturels touchant les évolutions récentes de la conception des identités sexuelles des hommes et des femmes dans les pays de culture européenne, américano-européenne, japonaise et sud-coréenne et le regard nouveau qu’une partie croissante de ces sociétés porte sur le mal-être dont elle constate qu’une minorité de leurs membres souffre en lien avec l’identité sexuelle qui leur a été assignée à la naissance.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de La Nación sur Manuel Adorni, le Premier ministre toujours englué dans les scandales immobiliers et patrimoniaux, qui prendra la tête de la délégation gouvernementale pour assister à la célébration eucharistique de Luján. Pour l’anecdote, rappelons que l’ancien archevêque de Buenos Aires était l’un des grands dénonciateurs de la corruption qui ravage les institutions publiques en Argentine et que le même homme, après son élection au trône de saint Pierre, a poursuivi ce combat au Vatican.