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"Rit bien qui rit le dernier", dit le gros titre sur cette photo des deux leaders qui ont nationalisé YPF et voient leur politique légitimée Cliquez sur l'image pour une haute résolution |
Javier Mileí a beau tenter de
s’attribuer cette victoire, il est clair qu’elle n’est pas la
sienne. Dès le début de son mandat, en décembre 2023, le président a même osé faire des déclarations publiques qui auraient pu
fragiliser la défense des intérêts de son pays dans cette affaire,
notamment lorsqu’il a affirmé que toute expropriation était par
définition illégitime et que ce type d’opération devrait être
illégal.
Or le dossier YPF repose tout
entier sur une nationalisation qui a entraîné l’expropriation des
porteurs d’actions privés, institutionnels, constitutives du
capital de la compagnie pétrolière argentine, YPF (pour Gisements
pétroliers fédéraux), créée il y a un siècle par le premier
gouvernement de gauche, celui du président Hipólito Yrigoyen, le
leader des radicaux, alors un parti de nationalistes de classe
moyenne, partisans d’une redistribution des richesses. Cette
nationalisation a été menée à bien par Cristina Kirchner et son
ministre de l’Économie,
Axel Kiciloff, aujourd’hui gouverneur de la Province de Buenos
Aires (tous deux en Une de Página/12), et elle avait pour objectif de récupérer un groupe privatisé
quelques années auparavant dans la grande privatisation de Carlos
Menem, le président préféré de Mileí, l’un des plus corrompus
aussi (comme par hasard !).
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"Le procès YPF, laissé en héritage par le kirchnerisme, est fini Nous n'aurons pas à payer 18 milliards de dollars", dit le gros titre Cliquez sur l'image pour une haute résolution |
Dans son discours très solennel,
hier à la Casa Rosada, entouré de son gouvernement et avec à sa
droite Manuel Adorni, son exécré Premier ministre qui se débat dans un
inextricable scandale de corruption à tiroirs, Javier Mileí s’est
donc attribué le mérite de la victoire (qu’il n’avait pourtant
pas souhaitée) tout en crachant un flot de critiques absurdes sur
Cristina Kirchner et Axel Kiciloff, dont il a dit qu’ils avaient
précipité le pays dans la catastrophe, laquelle a été déclenchée
non pas par eux mais par les deux puissants groupes financiers qui
ont porté plainte, puisque l’actionnaire privé principal de YPF,
la compagnie pétrolière espagnole Repsol, avait rapidement accepté l’accord
négocié il y a de nombreuses années avec le gouvernement argentin.
Hier, ce procès en appel a donc
abouti à la reconnaissance, par la justice de l’État de New York,
saisie par les plaignants, de la légalité de l’expropriation au
profit de l’intérêt général argentin, que contestaient les deux
actionnaires minoritaires. De ce fait, le verdict reconnaît
également la légitimité de cette décision politique. La justice
de New York reconnaît par conséquent la souveraineté de
l’Argentine et son droit de décider librement et seule de
l’exploitation de son sous-sol. Toute chose qui va clairement à
l’encontre de la politique de Mileí et s’oppose formellement aux
visions impérialistes délirantes de Trump (sur le Venezuela par
exemple, mais aussi sur l’Argentine que Mileí lui offre sur un
plateau d’argent, et sans doute sur l’Iran) et de son âme damnée
du Kremlin, auquel Trump, suivi comme un toutou par Mileí, rêve de
livrer le Donbass tout cuit et tant qu’à faire l’Ukraine tout
entière, si c’est possible (dans les deux cas, ça résiste,
l’Iran et l’Ukraine).
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"Verdict historique en faveur de notre pays : la condamnation à cause de YPF a été annulée aux Etats-Unis", dit le gros titre Cliquez sur l'image pour une haute résolution |
L’Argentine risque encore que
les plaignants contestent cette décision d’appel et la porte
devant la Cour suprême fédérale (un brin trumpienne sur les bords)
ou, bien pire encore si c’est possible, devant un tribunal arbitral
international, c’est-à-dire une justice privée, ce que Mileí est
assez peu susceptible de refuser. Ces plaignants sont en effet deux
fonds spéculatifs, que les Argentins, du côté péroniste, ont
surnommé les fonds vautours. Ils savent faire et ils ont les moyens
de continuer le combat.
© Denise Anne Clavilier
Pour aller plus loin :
Ajouts du 30 mars 2026 :
lire
l’article
de Página/12
sur les déclarations de Kiciloff concernant les affirmations de
Mileí qui continue à donner raison aux plaignants contre la
nationalisation de la compagnie pétrolière lire
l’article
de Página/12
sur les positions de l’actuel ministre de l’Économie
qui continue lui aussi à vilipender la nationalisation de la
compagnie, jouant ainsi contre les intérêts judiciaires du pays
lire l’article
de Clarín sur les positions de Kiciloff