mardi 12 mai 2026

Un pot-pourri de musique populaire argentine les mardis soir à San Telmo [à l’affiche]


Ce soir, mardi 12 mai 2026, puis les deux mardis suivants, à 21h (ouverture des portes une heure plus tôt), la Orquesta Típica Di Pasquale présentera son nouveau disque, ¿Que pasa con la música popular hoy? (que se passe-t-il avec la musique populaire aujourd’hui) qui donne leur titre aux trois soirées programmées à La Carbonera, un nouveau restaurant qui a ouvert il y a quelques mois dans une vieille maison typique du San Telmo du 19e siècle complètement retapée, rue Carlos Calvo 299, à l’angle de la rue Balcarce, à 200 mètres environ au nord de là où je descends lorsque je suis à Buenos Aires… Aux dernières nouvelles, c’était un quartier très sympa. J’espère qu’il l’est resté.

Le principe retenu par le pianiste et compositeur Juan Di Pasquale est de mélanger tous les genres de la musique populaire argentine : le tango, le jazz, le rock, tous les rythmes du folklore, qui constituent le patrimoine musical des immenses zones rurales du pays.

Chaque soir, le musicien et son orchestre partageront la scène avec des invités et aujourd’hui, il y aura, entre autres, le compositeur et percussionniste de jazz Pipi Piazzolla, le petit-fils de son grand-père…

Les places sont chères et il faut prévoir le dîner en sus.

30 000 pesos si vous réservez à l’avance, 40 000 si vous achetez votre place en arrivant et si vous êtes portègne. Si vous ne l’êtes pas, on vous la fait à 35 000 pesos.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 sur le concert, avec une interview de Juan Di Pasquale
lire l’article de Clarín sur le restaurant, ses spécialités et son décor moderne qui respecte l’architecture vintage du bâtiment.

Une chaîne de pharmacies low-cost baisse le rideau [Actu]

Le rideau baissé de la pharmacie de l'avenue Corrientes,
dans le quartier de Villa Crespo, pas très loin du monument
à Osvaldo Pugliese (l'image est gravée dans ma mémoire)


Dr. Ahorro (Dr. Épargne) est une chaîne de pharmacies low-cost d’origine mexicaine arrivée en Argentine il y a un quart de siècle et que l’on voit partout dans tout le pays. A Buenos Aires, il y a une boutique à tous les coins de rue, à 300 m. de la pharmacie la plus proche, qu’elle appartiennent à la même enseigne ou à une autre, comme le veut à la législation locale. La chaîne est si présente qu’elle avait fini par faire partie de l’identité visuelle urbaine de la capitale argentine.

Le 5 mai dernier, la holding a annoncé par écrit et d’un ton assez badin que les succursales allaient toutes fermer et que les salariés étaient priés, « jusqu’à nouvel ordre », de ne pas se rendre sur leur lieu de travail. Comme une fermeture générale et le licenciement collectif qu’elle entraîne suivent des règles précises prévues par la loi, qui exige au minimum qu’un télégramme personnel soit adressé à chaque salarié licencié, les pharmaciens et les simples vendeurs sont allés au travail hier matin et chacun a trouvé le volet de sa pharmacie fermé avec un cadenas de sûreté dont aucun membre de l’équipe n’avait la clé.

Les salariés ont scotché des feuilles écrites
à la main pour protester contre les manières de voyou
de leur employeur sur un rideau fermé à Buenos Aires
Cliquez sur l'image pour lire les déclarations

Impossible pour eux d’entrer, ne serait-ce que pour récupérer leurs affaires personnelles, le gilet ou le parapluie qu’on apporte sur son lieu de travail au cas où, une paire de chaussures confortables pour passer toute la journée debout à aller et venir, un nécessaire de maquillage pour se repoudrer après le déjeuner, un mug qui rappelle des souvenirs ou un paquet de biscuits pour apaiser les petites fringales. Ces salariés déclarés se retrouvent dépossédés de tout, ils ont perdu leur travail, leur salaire (qui ne sera selon toute vraisemblance pas versé), leur couverture sociale et même ces petites choses apportées de la maison parce qu’à la pharmacie, ils se sentaient chez eux, comme tous les gens qui aiment leur travail.

Depuis quelques temps, l’enseigne n’allait pas très bien. On avait vu que différents produits de snacking et de parapharmacie avaient déserté les rayons en libre-service et on pouvait même parfois au comptoir manquer de tel ou tel médicament. Au-delà des querelles familiales dans l’actionnariat mexicain qui n’ont pas dû aider, c’est le modèle commercial de la chaîne qui n’aura pas survécu au régime de cheval que Milei impose à son pays, entraînant un pouvoir d’achat des consommateurs en chute libre depuis deux ans et demi.

Dans la rue Uruguay, dans le centre de Buenos Aires

Dr. Ahorro s’adressait surtout aux travailleurs sans couverture sociale, ces très nombreuses personnes, à peu près la moitié des actifs, qui travaillent au noir pour un employeur ou sous statut d’auto-entrepreneur et peinent à boucler leurs fins de mois (llegar a fin de mes). Ils trouvaient là des médicaments génériques pour la plupart, vendus à prix très bas puisque la chaîne assurait sa rentabilité avec le volume et la différence entre prix d’achat et prix de vente au particulier. Chez Dr. Ahorro, il n’y avait pas de tiers payant. L’argent passait directement de la main du client au tiroir-caisse de la pharmacie. L’effondrement du marché du travail et celui du pouvoir d’achat qui l’a suivi ont donc signé l’arrêt de mort de l’entreprise qui se retire du marché argentin comme un voleur ou, ce qui revient au même, comme un patron voyou, tout aussi voyou que le gouvernement du pays qu’elle quitte.

Outre les nombreux salariés qui restent sur le carreau du jour au lendemain, ce sont aussi un grand nombre de locaux commerciaux vides et abandonnés qui vont d’un coup enlaidir les villes argentines. Paysage urbain cafardeux qui va accroître encore la détresse des habitants affrontés à une situation économique générale désastreuse.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12
lire l’article de La Nación
lire l’article de Infobae, le quotidien en ligne le plus lu en Argentine
lire l’article de Ambito, un quotidien économique
lire l’article de Pharmabiz, un quotidien économique sectoriel

Milei joue avec les nerfs des gens comme un chat avec une souris [Actu]

"Milei appelle à manifester", ironise le gros titre
sur cette reprise d'une photo folle de Milei
un jour où il a ouvert la séance à Wall Street
avec cette expression démente
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Non content de ne pas verser aux universités les subventions prévues par la loi votée par le Congrès l’année dernière et revalidée par les deux chambres après que Javier Milei y avait posé son veto, lequel est donc nul et non avenu, le président argentin vient d’annoncer de nouvelles coupes budgétaires dans le secteur de l’enseignement supérieur et de la recherche. Les universités, le CONICET (équivalent argentin du CNRS français) et la CONAE (l’équivalent du CNES) sont dans son viseur.

"La longue marche", dit le gros titre
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Précisément les institutions dont les personnels et les partisans descendent dans la rue en grand nombre cet après-midi pour une quatrième Marcha Federal depuis que Milei occupe la Casa Rosada, le 10 décembre 2023.

Milei déteste le secteur non-marchand dans son ensemble et la science en particulier. Il s’acharne dessus comme un enfant capricieux et hargneux qui casse les jouets des autres.

"Nouvelle coupe dans les budgets de l'éducation
avant la manifestation des universitaires", dit le gros titre
La photo porte sur les cours donnés au grand public
sur l'espace public, ici à Buenos Aires
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Aujourd’hui des chercheurs, des personnels administratifs et techniques, des étudiants mais aussi des artistes, des journalistes, des intellectuels, des cadres et sans doute aussi des patrons battent le pavé dans toutes les petites et grandes villes du pays, remontés à bloc par cette énième provocation, cruelle et méprisante, du chef de l’État, une décision de restriction budgétaire « vertueuse » qui côtoie des scandales de corruption abyssaux déclenchés par des ministres, des parlementaires, des conseillers et des copains qui affichent le plus parfait cynisme à l’heure de rendre des comptes puisqu’ils affirment qu’ils n’ont jamais rien fait de mal.

"Milei réduit la dépense de presque 2,5 milliards
avec de fortes réductions dans l'éducationet la santé"n
dit le gros titre
En dessous, une photo d'une exposition à New York
sur le scandale Epstein
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Dans leurs pages intérieures, les journaux rapportent la contre-performance du président dans les sondages. Comme son modèle et idole Donald Trump, Javier Milei a désormais perdu le vote d’une grande partie des électeurs qui l’ont porté au pouvoir en octobre et novembre 2023.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12, édition nationale, sur les dernières mesures budgétaires
lire l’article de Página/12, édition de La Plata (province de Buenos Aires), sur les raisons de la manifestation vue de la capitale provinciale (c’est la province la plus dotée en universités publiques)
lire l’article de Página/12, édition de Rosario, sur la mobilisation locale
lire l’article de La Prensa sur la Marcha Federal dont tout le monde s’accorde à dire qu’elle devrait être très fournie
lire l’article de Clarín sur ce sujet
lire l’article de La Nación sur l’attitude belliqueuse qu’adopte le gouvernement et surtout le président face à l’expression du mécontentement populaire
lire l’article de Página/12 sur les mauvais chiffres de popularité (les graphiques des sondages sont assez parlants)
lire l’article de La Prensa sur le même sujet

La ANDIS : une corruption qui défie l’imagination [Actu]

Manifestation de handicapés à Buenos Aires
"L'urgence pour les handicapés, c'est maintenant"


Dirigée par des personnes incompétentes car choisies pour leur proximité personnelle avec le président et ses intérêts, avec la sœur de celui-ci, Karina Milei, toujours dans les parages (ne l’a-t-on pas surnommer « Madame 3% ?), l’agence nationale pour le handicap (Agencia Nacional de Discapacidad) a fait étrangement l’objet d’un audit du ministère du Capital Humain, qui traite de tout le secteur non-marchand (l’école, la culture, la santé, etc.).

Les auditeurs ont trouvé un budget d’achat pour du matériel destiné aux handicapés (fauteuils roulants, déambulateurs, implants, équipements orthopédiques, etc.) qui avait dépassé de 4 239 % (sic) la somme des prix de référence trouvés de manière indépendante sur des sites marchands spécialisés dans ces produits.

Cela fait peut-être un peu beaucoup, non ? C’est ce qu’on a dû se dire au ministère puisque le rapport a été transmis à la justice qui enquête déjà sur des surfacturations concernant des médicaments achetés au cours de l’or ou du diamant pour être distribués aux bénéficiaires de l’Agence.

En Ukraine, le scandale Midas fait presque petit-bras à côté… Pourtant à Kiyv, tout cela a coûté leurs postes aux responsables ministériels soupçonnés d’être impliqués dans ces sinistres magouilles. Une vice-ministre est même sous les verrous depuis plusieurs mois. Que je sache, Karina Milei joue toujours les Premières dames au bras de son grand frère...

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lundi 11 mai 2026

Manifestation demain pour l’université, l’éducation supérieure et la recherche [Actu]

"Ce ne sont pas les motifs qui nous manquent",
dit le gros titre sur cette photo d'une manifestation précédente
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Demain, 12 mai 2026, tous niveaux, toutes spécialités et tous métiers confondus, les universitaires lancent un appel national à la manifestation pour réclamer du gouvernement qu’il lâche enfin les sous !

Clarín hier : en gros titre, les suites des affaires Adorni
en photo, l'un des universitaires qui boucle son budget
avec des courses de chauffeur de plateforme
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En Argentine, l’enseignement supérieur et la recherche se meurent faute de budget et d’investissement de la part de l’État alors que le pays était leader dans le sous-continent dans ces domaines. Le mépris de ce gouvernement libertarien pour le secteur non-marchand dans son ensemble (culture, santé, recherche, école, infrastructures) menace l’avenir du pays et provoque depuis deux ans une fuite des cerveaux considérable et d’autant plus dramatique que le « marché » est engorgé un peu partout : les Argentins ne sont pas les seuls à tenter d’aller voir ailleurs si la recherche se porte mieux. Les États-uniens le font aussi et en très grand nombre, tandis qu’un peu partout ces budgets nationaux sont en difficulté à cause des transferts d’investissement à réaliser au profit de la défense, qu’on soit au Canada, au Japon, en Corée du sud ou en Europe, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Union Européenne.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 de ce jour
lire l’article de Cash, le supplément économique hebdomadaire de Página/12
lire l’article de Clarín du 8 mai sur les universitaires obligés de cumuler les emplois pour boucler leurs fins de mois

Scandale à la Cour suprême : un notaire désespéré laisse une lettre accusatrice [Actu]

"A petite Cour, grand enfer", dit le gros titre
sur cette photo des trois magistrats en fonction
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Ce n’est pas à proprement parler une révélation : que la Cour suprême argentine juge sur des critères destinés à favoriser, sans que cela se voit trop ou même si cela se voit, les intérêts des classes possédantes qui dirigent l’économie du pays est un fait connu depuis la création de l’organisme au 19e siècle, même si, bien entendu, les représentants de ces mêmes classes sociales rejettent obstinément ces accusations avec une panoplie d’arguments et d’arguties enrichie par des décennies de pratique du droit, de la jurisprudence et des arcanes de la constitution.

A chaque fois que la gauche a occupé le pouvoir, c’est-à-dire depuis 1916, elle a cherché à nommer des juges aux profils différents de façon à équilibrer la composition de la Cour et à limiter les effets de cette triste tradition. De surcroît, dans la magistrature des niveaux subalternes, des collectifs se sont formés pour militer en faveur d’une justice authentiquement égale pour tous. Cependant, les habitudes ont la vie dure, confortées qu’elles sont par le système de sélection du personnel judiciaire : puisqu’on fait plus souvent du droit lorsqu’on vote à droite que lorsque l’on vote à gauche, le choix des candidats est plus nourri à droite qu’à gauche à tous les échelons du système, y compris pour les postes d’enseignant à l’université. La même constatation peut être faite aussi en France, où, cela s’illustre tragiquement au seul niveau du crime de sang, avec les disparitions dites « de l’Yonne » qui n’ont pas donné lieu à des enquêtes dignes de ce nom depuis le début des années 1970 jusqu’aux années 2000 et même 2010. Cependant, dans une démocratie plus ancienne comme la France, les principes sont un peu mieux défendus, ne serait-ce que parce qu’une presse durablement plus libre, dans le service public comme dans le secteur privé, est en mesure de dénoncer les distorsions dans l’application du droit, ce qui est manifestement plus difficile en Argentine.

Cette fois, à Buenos Aires, ces mécanismes de distorsion viennent d’être décrits, noir sur blanc, dans une lettre qu’un notaire, proche d’un des trois juges de la Cour, a laissée le 5 mai dernier avant de tenter de se donner la mort. La lettre d’adieu explique les systèmes de pression et d’influence occulte qui président aux arrêts rendus par la plus haute autorité judiciaire du pays, laquelle est durablement affaiblie par le petit nombre de ses membres (fonctionner à trois juges n’est pas normal pour cet organe et la persistance de cette situation, qui dure depuis des années, révèle un blocage politique assez peu compréhensible par ailleurs).

Par chance pour notre pauvre notaire et pour la démocratie, il a échappé à la mort et il se rétablit. Il nous reste à espérer qu’un procureur de première instance aura le courage de se saisir de ces aveux et d’ouvrir une instruction afin de tirer au clair les pratiques illégales dont témoigne cet écrit.

Et comme on pouvait s’y attendre, il n’y a eu qu’un journal de gauche pour se faire l’écho du scandale. A droite, la presse (et ses propriétaires) semblent se satisfaire encore et toujours des bonnes vieilles traditions judiciaires qui donnent toujours raison à La Fontaine : « Selon que vous serez puissant ou misérable ». Je laisse à mon lecteur le soin de réciter tout seul le dernier vers des Animaux malades de la peste.

En Une, hier, prenant ses désirs pour des réalités, Página/12 parlait de « bombe pour la Cour ». Pour le moment, on est au mieux devant un pétard mouillé.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :


Ajout du 12 mai 2026 :

Malgré son âge avancé, Raúl Zaffaroni, ancien magistrat de la Cour suprême, ouvertement de gauche, par ailleurs reconnu au niveau international comme un juriste éminent comme le prouve sa belle carrière universitaire notamment en Espagne, prend la parole pour faire savoir que la cour (tribunal oral, TO, en droit argentin) qui juge actuellement l’affaire des Carnets a le devoir de suspendre le procès en cours, pour faire droit aux révélations des 27 patrons ex-repentis. L’instruction doit en effet reprendre sur les nouvelles bases ainsi créées. Ce que ces juges ne font même pas mine d’envisager puisque ces révélations spectaculaires n’ont produit aucun effet sur le cours du procès. Selon Zaffaroni, en agissant ainsi, les trois magistrats du siège se rendent coupables au mieux d’entrave à la justice, au pire de complicité avec le juge d’instruction et le procureur qui ont délibérément faussé les débats en y introduisant des aveux mensongers.
A ce sujet, lire l’article de Página/12

mercredi 6 mai 2026

Cette année, à Cannes, l’Argentine enverra un film des années 50 ! [ici]

Affiche originale du film


Au prochain festival de Cannes, l’Argentine ne proposera aucune œuvre nouvelle. Aucune production de ce pays ne participera à un concours de la manifestation et il y en a pourtant plusieurs.

En lieu et place d’un film sorti dans l’année, le pays envoie une copie restaurée d’un film de Leopoldo Torre Nilsson, un des grands réalisateurs des années 1940 et 1950, La Casa del Angel, qui date de 1957.

Une photo tirée du film

On a là le résultat désastreux de la destruction méthodique de l’INCAA, l’institut national du cinéma, et de son absence de financement public depuis l’arrivée au pouvoir de Javier Milei, il y a presque deux ans et demi. C’est la première fois que depuis très très très longtemps que l’Argentine sera absente du festival comme pays de création actuelle !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

L’accès à l’hôpital public en danger à Buenos Aires [Actu]

La rigueur dans la santé rend malade, dit la banderole
de cette manifestation d'hospitaliers


Après une réunion de leurs instances dirigeantes, ce sont les médecins des six hôpitaux universitaires de Buenos Aires qui sonnent le tocsin depuis quelques jours : la baisse du financement public de leurs établissements et des instituts de formation médicale est si considérable qu’elle menace à très court terme la prise en charge des patients.

En bas, au centre : Hôpitaux en danger, dit le titre
Au-dessus : une affiche électorale de 2023
pour constater la force du soutien du président
à son Premier ministre englué dans les scandales de corruption
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Si rien ne bouge, ces hôpitaux de la UBA (Universidad de Buenos Aires) ne pourront plus soigner personne dans 45 jours, soit vers le 20 juin. Ces hôpitaux soignent environ 700 000 personnes par an. Les patients habitent à Buenos Aires, dans la banlieue et même très loin, ailleurs, dans le pays lorsqu’ils consultent pour des pathologies qui demandent un grand degré de spécialisation.

En bas, à droite : "On tire le signal d'alarme.
Les hôpitaux de la UBA bientôt paralysés"
La photo principale est consacrée au
navire de croisière foyer d'hatavirus
et parti de la Patagonie argentine
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Les conférences de presse données par les médecins n’ont pourtant trouvé que difficilement leur place dans la presse. Un article était en ligne hier sur le site de Página/12 mais il était alors réservé aux abonnés. Le quotidien reprend le thème aujourd’hui et le publie en accès libre. Les articles ne sont guère mis en avant par les journaux, même si Pagina/12, La Prensa et La Nación évoquent la question aujourd’hui en Une, assez discrètement, il est vrai (surtout La Prensa).

Hier, les articles en lien ci-dessous n’étaient pas encore en ligne lorsque j’ai fait ma revue de presse quotidienne.

Les médecins tirent la sonnette d'alarme au pied d'un des hôpitaux

Le modèle politique et économique libertarien n’est pas viable. Tout le monde le sait, sauf Javier Milei et sa clique ainsi que quelques autres dirigeants du même acabit aux États-Unis ou, depuis peu, au Chili.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

Un miel est le premier produit argentin certifié conforme à l’« Accord Mercosur » [ici]

Photo EFE


C’est un miel de Concordia, dans la Province de Entre Ríos, dans le nord du pays, qui a obtenu le premier certificat commercial argentin lui permettant d’être exporté sans droit de douane sur le territoire de l’Union européenne selon les conditions de l’accord avec le Mercosur que Ursula von der Leyen a fait entrer en vigueur « temporairement », sans attendre que le Parlement européen se prononce comme celui-ci l’avait exigé.

Il s’agit d’un chargement de 20 tonnes à destination de l’Allemagne. Cela marque une étape importante pour les Argentins qui attendaient l’entrée en vigueur de cet accord avec impatience.

Un certificat historique, publié sur ses réseaux
sociaux par le ministre des Affaires étrangères argentin

Pour ma part, j'ose espérer qu’il ne nous vaudra que des produits de cette qualité et non pas du grand n’importe quoi et du très bas de gamme pourri aux pesticides dissimulé dans notre nourriture industrielle et dans la restauration, qu’elle soit collective ou commerciale...

Un miel historique, dit le titre sur fond rose pâle
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La Prensa en parle en Une mais, comment souvent, l’article est introuvable sur le site du quotidien.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de La Nación
lire l’article de Ambito, un quotidien économique

Une nouvelle Feria Francesa ce week-end [à l’affiche]

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Ce week-end, à l’occasion des 15 ans de l’association Lucullus, qui l’organise, et en l’honneur de la fête nationale argentine le 10 mai, se tiendra à la Roseraie de Palermo, dans le nord de Buenos Aires, une nouvelle édition de la Feria Francesa, cette fête de la gastronomie française que les Portègnes aiment beaucoup fréquenter.

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Achat et dégustations sur les nombreux stands montés sur la place et activités gratuites autour des recettes et des traditions françaises. Une bonne façon pour les artisans et commerçants établis en ville et spécialisés dans la gastronomie de notre pays de se faire connaître : croissants, macarons, fromages, baguette et sandwiches à gogo.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

mardi 5 mai 2026

Un témoin enfonce Adorni [Actu]

"Le noir est à la mode", dit le gros titre
sur cette photo d'un Manuel Adorni grimaçant
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L’artisan auquel Manuel Adorni a confié les travaux d’aménagement dans sa maison de week-end tout récemment acquise pour un prix étonnamment bas, soit une bâtisse moderne de 400 m² dans un country (quartier privé et fermé), cet artisan a donc été convoqué par la justice et il a témoigné dans le cadre de l’instruction en cours. Il a décrit la nature et communiqué le montant des travaux, qui n’ont pas donné lieu à l’établissement d’une facture et ont été réglés en espèces, de la main à la main, pour la somme considérable de 245 000 dollars US.

En révélant ces faits, l’artisan avoue avoir fraudé car en Argentine, la facture doit être établie et de la TVA est due. L’homme a donc travaillé au noir (en negro, dit-on là-bas).

"Surprise du fait d'une nouvelle révélation sur Adorni :
le gouvernement est prié de l'écarter", dit le gros titre
sur cette double photo du ministre à gauche et de l'artisan
hier à sa sortie du palais de justice
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Les travaux correspondaient à des aménagements luxueux dont une piscine climatisée et une cascade dans le jardin.

"Un artisan a déclaré que Adorni l'avait payé
245000 dollars en espèce pour des travaux d'aménagement",
dit le gros titre
La photo en dessous correspond à un fait divers
sans rapport avec le scandale politique
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Lors d’une conférence de presse, devant les journalistes accrédités et réadmis dans la Casa Rosada, à condition de n’accéder ni aux couloirs ni aux bureaux, le Premier ministre a tenté de s’expliquer. Il a surtout accumulé les mensonges et les invraisemblances, tant et si bien que des rumeurs circulent désormais dans les cercles du pouvoir : Manuel Adorni serait sur un siège éjectable…

Acceptons-en l’augure !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article principal de Página/12 (la plupart des quotidiens consacrent plusieurs articles à ces nouvelles révélations)
lire l’entrefilet de La Prensa
lire l’article principal de Clarín
lire l’éditorial de Carlos Pagni en Une de La Nación

Ajouts du 6 mai 2026 :
Une députée de l’opposition avait demandé l’arrestation de Manuel Adorni mais le procureur l’a déboutée de sa demande.
A ce propos, lire l’article de Página/12
lire l’article de La Prensa
lire cet article de Clarín sur les orientations politiques de l’artisan, un anti-péroniste très marqué vivant dans une commune gouvernée par les péronistes en coalition avec le parti local dans lequel il milite (son positionnement politique pourrait-il ou devrait-il exonérer le Premier ministre ?)
lire l’article de La Nación sur le soutien que le couple présidentiel maintient à son chouchou en dépit de la cascade de révélations toutes plus infamantes les unes que les autres (ce soutien commence à intriguer tout le monde et suscite les pires soupçons contre le président lui-même)
lire l’article de La Nación sur les toutes récentes déclarations judiciaires d’un nouveau témoin, l’ancien propriétaire de l’appartement de Buenos Aires, dans le quartier de Caballito, qui parle du paiement au noir, en espèces, d’une partie du prix, pour un montant de 65 000 dollars.

Le complot contre Cristina exposé au grand jour [Actu]

Le dossier des Carnets résumé dans ce montage de La Nación

En 2018, un journaliste de La Nación sort des photocopies de carnets d’un chauffeur de taxi qui prétend avoir transporté régulièrement de hauts responsables du gouvernement de Cristina Kirchner vers des lieux où de l’argent liquide leur aurait été remis, ce dont visiblement ces gens ne se cachaient pas devant lui.

L’authenticité de ces documents a été, c’est le moins qu’on puisse dire, très contestée. Des experts les ont validés, d’autres experts ont déclaré qu’il s’agissait de faux, voire de faux grossiers. Poursuivie depuis toutes ces années dans cette affaire, Cristina Kirchner a toujours nié les agissements que les magistrats lui attribuent.


Or il y a quelques années, on a vu apparaître un grand nombre d’entrepreneurs qui ont avoué avoir participé à ce grand schéma de corruption, sous le statut, créé pour cette affaire, de « repentis », statut emprunté à l’Italie qui l’a inventé pour lutter contre la Mafia, la Ndrangueta et la Camorra. Sur la foi de ces aveux, les inculpations ont poussé comme des champignons dans le cabinet d’instruction du très contesté juge Claudio Bonadio, aujourd’hui décédé. Il y en a eu jusqu’à 87, dont beaucoup ont aujourd’hui abouti à des casiers judiciaires chargés pour des personnes qui semblent bien avoir été innocentes.

Or depuis quelques jours, voilà que ces hommes d’affaires reviennent sur leurs aveux et apportent la preuve que ceux-ci ont été obtenus sous la contrainte, un chantage qu’exerçaient contre eux le procureur, Claudio Stornelli, 66 ans aujourd’hui, et le juge d’instruction. Les deux hommes leur avaient mis un marché en mains : reconnaître leur participation au système de corruption ou être envoyé en détention à la suite immédiate de leur audition. Beaucoup d’entre eux sont alors allés voir leur notaire pour déposer chez lui une déclaration attestant de cette situation irrégulière dans l’attente de jours meilleurs. Sous seing privé, ils déclaraient donc s’apprêter à faire des faux témoignages pour éviter la prison. L’un d’entre eux a refusé le chantage et il en a payé le prix, ce qui a fait peur aux autres. Ce monsieur s’est effectivement retrouvé derrière les barreaux en un rien de temps, avec à la clé de lourdes condamnations, puisqu’il s’est vu confisquer sa liberté et ses biens.

Il vient de raconter son histoire au micro de Radio 750 du Groupe Octubre, auquel appartient aussi le quotidien Página/12. Ce qu’il décrit correspond à ce qu’on appelle en Amérique latine du lawfare, ce système anti-démocratique qui permet à la droite de se débarrasser des personnalités les plus en vue de l’opposition de gauche en les envoyant dans un cul de basse-fosse, comme Jair Bolsonaro l’a fait avec Lula jusqu’à ce que le pot-aux-roses soit révélé, ce qui a abouti à la libération puis à l’annulation de la condamnation prononcée contre l’ancien président.

Le procès des carnets (la causa de los cuadernos) tenait surtout sur les aveux des repentis. Les révélations de ces jours-ci devraient donc marquer le début du détricotage de l’affaire. Elles devraient aboutir à la fin des poursuites et à une condamnation au moins professionnelle du procureur Stornelli si toutefois les magistrats fédéraux parviennent à respecter les principes démocratiques de leur métier et de leur fonction.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :


Ajout du 6 mai 2026 :
lire l’article de La Nación sur la déposition de son journaliste devant la justice au cours de laquelle il a redit sa certitude que les carnets sont des originaux. Deux autres journalistes de la rédaction sont convoqués dans les jours qui viennent.