lundi 18 octobre 2021

Mêli-mélo de fêtes [Coutumes]

Une d'aujourd'hui
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution


Hier, le 17 octobre, deux fêtes se heurtaient de plein fouet : d’une part c’était la fête de la Loyauté (Día de la Lealdad), une fête exclusivement péroniste qui commémore un fait historique (et qui par conséquent tombe toujours le 17 octobre), et d’autre part, c’était, pour tout le pays, la fête des Mères (qui tombe le 3e dimanche d’octobre).

Une d'hier
"Joyeuse fête" proclame le gros titre secondaire
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Cette coïncidence se laisse lire à les unes des journaux : Página/12 n’en a que pour la Loyauté (au gouvernement). La Prensa, Clarín et La Nación ont préféré s’émouvoir devant les mamans avec le ton sirupeux habituel à cette célébration, essentiellement commerciale.

Une d'hier
En photo principale : une mère adoptive et son fils :
"Heureux avec Maman, neuf ans après son adoption"
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Le président a dû être présent sur les deux fronts à la fois. Il a salué et encouragé les électeurs de la majorité, qu’il s’agit de mobiliser pour le premier tour (effectif) des élections de mi-mandat, qui aura lieu dans un mois. Il a aussi envoyé sur les réseaux sociaux un message pour saluer le courage des mères et annoncer, par la même occasion, que sa femme attendait un petit garçon (on savait déjà depuis quelques semaines qu’elle était enceinte).

Les manifestations politiques ont été une réussite : beaucoup de monde sur les places où les militants étaient invités à se rassembler alors qu’ils avaient, semble-t-il, fait l’isoloir buissonnier il y a un mois (si on en croit les résultats très favorables à l’opposition dans une grande partie du pays).

A Buenos Aires, Plaza de Mayo a connu une foule assez dense, même si cette place historique a connu des rassemblements encore plus importants (voir la une de Página/12). Et il a fallu que quelques électrons libres péronistes, présents sur Plaza de Mayo, fassent publiquement la preuve de leur peu de goût pour la conciliation : quelques uns ont piétiné, pour ne pas dire vandaliser, le monument improvisé par l’opposition à la veille des primaires pour rappeler, devant la Casa Rosada et au pied de la statue d’un des pères de la patrie (Manuel Belgrano), ses morts du covid (pas ceux des autres surtout) et insinuer ainsi que le gouvernement portait la responsabilité de la tragédie.

"Le cristinisme a rempli les cérémonies du 17 octobre
et il y a eu des critiques contre Fernández", dit le gros titre
à côté de la photo de cet homme qui emporte des pancartes
déposées en hommage aux morts du covid au pied de Manuel Belgrano
(Entendez : Les partisans de Cristina Kirchner étaient partout hier
et ils ont critiqué le président Alberto Fernández)
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

A cette provocation sectaire et contestable dans sa forme (elle a confisqué un monument appartenant à tous), ces quelques militants péronistes sans cervelle ont donc répondu par une autre provocation tout aussi sectaire et tout aussi odieuse. Ils auraient pu respecter le souvenir des morts, fussent-ils de droite. Bref, il n’y en a pas un pour racheter l’autre.

La CGT, l’un des fers de lance du Día de la Lealtad, a condamné ces profanations. C’est tout à son honneur.

© Denise Anne Clavilier

Le même bonhomme dans son œuvre de vandalisme
avec un copain !
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

vendredi 15 octobre 2021

A 3,5 %, l’inflation de septembre défie les pronostics [Actu]

Synthèse générale ouvrant le rapport
Cliquez sur l'image pour une haute résolution


Entre la crise économique propre au pays et préexistant à la pandémie d’une part et la crise que produit partout dans le monde la reprise simultanée de l’activité d’autre part, l’Argentine s’achemine tout droit vers une inflation annuelle qui dépassera le niveau (51 %) auquel elle était parvenue à la fin de 2019, la dernière année de la présidence ultra-libérale de Mauricio Macri, alors que jusqu’en mai, quand l’arrivée des doses de vaccins a commencé de s’améliorer, l’actuel gouvernement (de gauche) avait réussi à ralentir le phénomène et à le maintenir autour de 40 à 45 %.

Synthèse des variations dans le temps
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Ainsi donc les relevés de l’INDEC (institut national de statistiques) publiés hier donnent un taux d’inflation de 3,5 % pour le mois de septembre, soit un point de plus qu’en août, qui était le cinquième mois de ralentissement de cette hausse folle et continue des prix dans tout le pays.

Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Curieusement, cette fois-ci, les journaux de droite reconnaissent l’existence de ces cinq mois d’amélioration, qu’ils se gardaient bien de souligner de mai à septembre, lorsqu’ils commentaient le rapport mensuel de l’INDEC…Comme le pays est en campagne électorale, l’occasion est trop belle et le gros titre de Clarín (1) le montre assez bien.

A la une de Página/12, le duo Daniel Paz (dessin) et Rudy (texte)
ont choisi d'en rire !
Lui : Jeff Bezos a atteint la stratosphère
Elle : Nos magnats, eux qui fixent les prix, aussi
Traduction © Denise Anne Clavilier
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

La variation interannuelle, d’octobre 20 à septembre 21, grimpe à 52,5 tandis que l’inflation cumulée depuis janvier (soit 9 mois) atteint les 37 %.

Variations régionales
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

En revanche, les écarts entre régions reviennent à la normale : c’est Buenos Aires et sa banlieue qui présentent le taux le plus élevé, avec 3,8 %. Quant à l’alimentation, elle n’est pas le poste qui a le plus augmenté : son taux correspond à la moyenne générale alors que septembre correspond au début du printemps et à l’arrivée d’une multitude de fruits et légumes frais. Au niveau des régions, c’est souvent le tabac, dont le prix est libre, qui mène la danse, ce qui n’est pas courant (sans doute un problème d’approvisionnement en grandes marques des États-Unis).

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :



(1) C’est la deuxième fois pendant cette campagne que Clarín utilise en gros titre une expression qui pourrait lui revenir en boomerang. Si en effet l’inflation a échappé au gouvernement le mois dernier, c’est que depuis le changement de majorité, les pouvoirs publics parvenaient à contenir le phénomène. De même, il y a quelques semaines, à l’annonce de la démission de l’unique femme juge à la Cour suprême, le tabloïd a clamé que « le président [avait] perdu son seul juge à la Cour », ce qui laissait entendre que les quatre autres juges étaient acquis à l’opposition, ce que le président Alberto Fernández n’avait pas manqué de souligner puisque ce gros titre semblait un aveu de la partialité des magistrats.

jeudi 14 octobre 2021

La télévision argentine fête ses 70 ans [à l’affiche]

"Et un jour arriva la télévision", dit le titre
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution


Le 17 octobre est une date symbolique forte en Argentine, dans la mouvance péroniste : c’est la fête de la Loyauté (Día de la Lealtad), en souvenir de ce jour de 1945 où une foule immense s’est rassemblée sur Plaza de Mayo pour exiger du gouvernement le retour de Juan Domingo Perón, qui venait d’être renvoyé de son poste au sein de l’Exécutif et expédié au bagne dans une île au large de Buenos Aires où l’on espérait qu’il serait vite oublié. Grosse erreur ! La foule était si dense que le général fut ramené dare-dare dans la capitale, rétabli dans ses fonctions politiques et vers minuit, dans cette chaude nuit de printemps,, il put apparaître au balcon de la Casa Rosada pour saluer ses partisans massés au pied du palais présidentiel et les rassurer sur son sort.

Or ce 17 octobre 2021 marquera aussi les 70 ans de la première émission de télévision en Argentine : il s’agissait, en ce jour déjà anniversaire et ultra-militant, d’un discours au ton tragique et révolutionnaire délivrée par Eva Perón alors que, très affaiblie par le cancer qui allait l’emporter quelques mois plus tard, elle renonçait à être candidate au poste de vice-présidente aux côtés de son mari qui allait briguer un deuxième mandat. Pour l’occasion, le régime avait laissé à cette figure déjà iconique l’honneur d’inaugurer la première chaîne nationale et ce discours enflammé est resté si célèbre que son évocation dimanche prochain est de nature à remobiliser les militants et les sympathisants.

Une occasion à ne pas manquer, par conséquent, pour l’actuelle majorité à quelques jours du premier tour des élections législatives de mi-mandat qui s’annoncent difficiles.

Les chaînes montées par certaines universités nationales, qui dans leur majorité penchent à gauche, organisées en réseau, le RENAU (réseau national audiovisuel universitaire), ont produit 38 courts-métrages documentaires qui seront donc diffusés dimanche par Canal Encuentro, la chaîne culturelle et éducative du service public national.

Cet ensemble de productions diverses et variées, qui tourne autour des conditions de création de la télévision nationale, s’intitule Tenemos tele (nous avons la télé), parodie de la célèbre formule vaticane. Il fait la une aujourd’hui du supplément Universidad de Página/12.

Allez savoir pourquoi, La Nación (journal de la droite libérale) préfère aujourd’hui rappeler l’histoire du foot en direct au cours de ces soixante-dix années. Il est vrai que le sujet a de quoi occuper !

© Denise Anne Clavilier

Pour en savoir plus :

Gel des prix pour compenser l’inflation qui repart en flèche [Actu]

"Gel de plus de mille produits parce que l'inflation
reprend son ascension", dit le gros titre
mais la photo principale est consacrée
à des faits divers sanglants
Cliquez sur l'image pour une haute résolution


Comme partout ailleurs dans le monde depuis la brutale reprise d’activité à la fin des vacances d’été septentrionales, l’inflation se manifeste en Argentine avec cette particularité qu’elle y était déjà très forte depuis l’endettement record contracté auprès du FMI en juin 2018. Pire : le phénomène intervient en pleine campagne électorale de mi-mandat et après des primaires qui augurent mal de la suite des opérations pour l’actuelle majorité. Comme partout ailleurs, l’Argentine connaît en outre des difficultés d’approvisionnement et d’écoulement de sa production.

Les données des prix à la consommation observées en septembre dernier devraient être publiées demain par l’institut national de statistiques, l’INDEC. On s’attend néanmoins à une remontée du taux mensuel à 3 % alors qu’il avait descendu en août à 2,5. Ce qui nous donnerait pour l’ensemble de l’année une inflation de 50 %.

Página/12 préfère faire sa une sur une victoire diplomatique :
le G20 vient de demander que le FMI baisse (bajar) ses taux (tasas)
pour les pays en difficulté.
Vous avez déjà compris le jeu de mots !
En haut, au centre : "Des prix au freezer"
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

Le nouveau secrétaire d’État au Commerce intérieur a donc réuni les représentants des producteurs industriels et ceux de la grande distribution et convenu avec eux, de manière plus ou moins consensuelle, d’un gel des prix pendant 90 jours, soit jusqu’au 7 janvier prochain, avec rétroactivité au 1er octobre de cette année.

Ce gel concerne 1 247 produits de base qui figurent dans le programme Precios Cuidados (prix surveillés) et constituent le panier de première nécessité qui sert à mesurer le seuil d’indigence dans le pays.

L'info est traitée très discrètement
Tout en bas, au centre "On impose le gel des prix"
En haut à gauche : la prochaine béatification de Jean-Paul 1er
(la guérison reconnue s'est produite en Argentine)
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Sans surprise, la nouvelle est saluée avec soulagement par Página/12 qui soutient la politique sociale, de gauche, de la majorité au pouvoir et avec plus que du scepticisme par la presse de droite, dont font partie La Prensa, Clarín et La Nación.

"Malaise dans les entreprises à cause
du gel de plus de 1200 produits", dit le gros titre
Avec en-dessous les faits divers des derniers jours
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Cette mesure est-elle de nature à renverser la tendance politique qui s’est manifestée à l’issue du scrutin il y a un mois ? On peut raisonnablement en douter mais tout dépendra des abstentionnistes et des motifs pour lesquels ils ont refusé de se rendre aux urnes dans un pays où le vote est obligatoire (sur le papier – l’Argentine est beaucoup moins coercitive en la matière que la Belgique !).

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

Julieta Laso présente son nouveau disque solo à la Ciudad Konex [à l’affiche]


Julieta Laso, qui de 2013 à 2018 a été la chanteuse de la Orquesta Típica Fernández Fierro (en plein Buenos Aires), s’est depuis quelques temps réinstallée dans sa province natale, la lointaine et andine Salta, une terre-clé pour la musique populaire argentine, l’un des berceaux de la culture rurale du pays.

C’est là-bas, dans son village de La Caldera, qu’elle a conçu et enregistré son deuxième disque soliste et elle est revenue dans la capitale fédérale pour le présenter ce soir, jeudi 14 octobre 2021, à 20 h, à la Ciudad Cultural Konex, Sarmiento 3131.

Pour titre, elle a choisi un terme qui est à la fois le nom du village où elle vit et l’allusion à la marmite des sabbats de sorcières. Elle affiche en effet sa rébellion contre l’ordre patriarcal qui règne traditionnellement en Argentine : elle est féminine et lesbienne et le revendique en militant pour toutes les réformes sociétales concernant la condition des femmes et des LGTB.

Ce disque renferme donc des œuvres d’auteurs contestataires, le plus souvent des contemporains, sauf bien sûr le très portègne et très citadin Enrique Santos Discépolo (l’auteur entre autres de Cambalache). Un album transgenre qui rassemble du tango, du rock et du folklore...

Prix des places : 800 $ ARG.

Le nom de Julieta Laso n’est pas encore clairement identifié par le public (ses trois ans à l’OTFF n’y ont pas vraiment aidé). Il reste donc de la place pour ce soir.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

mercredi 13 octobre 2021

Antonio Berni à la une de Caras y Caretas [Disques & Livres]

Cliquez sur l'image pour une haute résolution


Le 13 octobre 1981, le peintre Antonio Berni nous quittait. Il était déjà considéré comme ce qu’il reste quarante ans plus tard : l’un des plus grands artistes plastiques argentins du XXe siècle.

Né à Rosario, le 14 mai 1905, formé en Europe dans les Années Folles, à Madrid puis à Paris, grâce à l’obtention d’une bourse du Jockey Club de Buenos Aires, marié à une Française, il s’est particulièrement penché sur le peuple argentin et sa vie quotidienne. En cela, il a suivi ce qui était déjà une tradition en Argentine avec Prilidiano Pueyrredón, Ernesto De La Cárcova au XIXe siècle et un contemporain de Berni, le peintre portègne Benito Quinquela Martín (mort en 1976).

A la toute fin des années 1950, Antonio Berni a inventé deux personnages que l’on retrouve dans des séries thématiques, Juanito Laguna et Ramona Montiel, symboles des classes populaires, deux personnages qui ont acquis aujourd’hui dans la sensibilité et l’imaginaire argentins, un statut emblématique de symboles des classes populaires et des bidonvilles qui pullulent autour des grandes villes.

A Buenos Aires, dans les années 1920, avant même de partir pour l’Europe, Antonio Berni s’était intégré au groupe Florida, un ensemble d’intellectuels et d’artistes engagés parmi lesquels se trouvait aussi Jorge Luis Borges. C’est alors qu’il eut ses premières critiques dans la presse, notamment dans La Nación, qui rappelle son œuvre aujourd’hui, et La Prensa, sur le site duquel on ne trouvait rien ce matin.

Plus tard, dans les années 1960, sous la présidence de Arturo Frondizi, l'un des rares chefs d'Etat démocratiques de cette époque-là, il occupa le poste de Directeur de la Culture au sein du ministère des Affaires étrangères, d’où il œuvra à faire connaître à l’étranger les artistes argentins à travers le réseau diplomatiques et les manifestations internationales.

Son œuvre se répartit aujourd’hui dans de nombreuses collections privées partout dans le monde et quelques musées, nationaux, provinciaux et municipaux, en Argentine.

Página/12, qui apprécie l’engagement social de l’artiste à travers sa peinture et ses collages, lui consacre le numéro d’octobre de sa revue mensuelle culturelle Caras y Caretas.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 annonçant le nouveau numéro de Caras y Caretas la semaine dernière
lire l’article principal de Caras y Caretas
A marquer d’une pierre blanche : les deux articles dans les deux périodiques sont du même auteur, Fernando García !

dimanche 10 octobre 2021

La milonga du Parakultural vient de rouvrir [à l’affiche]

Milonga del Parakultural (photo Monteleone Tango)


Omar Viola a enfin pu rouvrir la milonga qu’il anime à San Telmo, un célèbre rendez-vous fréquenté par les Portègnes.

Le protocole sanitaire a été mis en place : les danseurs portent un masque et on ne change pas de partenaire pendant la soirée. Deux éléments lourds dans la tradition portègne où tous les couples se séparent pour la durée du bal. Ne pas changer de partenaire est considéré comme un comportement grossier et mal élevé.

Página/12 met l’info à la une de son supplément hebdomadaire consacré à la culture underground, Яadar.

Faute de protocole sanitaire consensuel à Buenos Aires, les milongas étaient toutes fermées depuis la mi-mars 2020.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

Quand Simone de Beauvoir inspirait le féminisme argentin [Disques & Livres]

"Simone éclaire", dit le gros titre
Cliquez sur l'image pour une haute résolution


Il y a deux jours, en vue des nouvelles manifestations féministes qui se tiennent ce week-end à Buenos Aires, Página/12 a voulu consacrer une grande partie de son supplément féministe hebdomadaire, Las 12, à la figure de Simone de Beauvoir et à l’influence qu’elle a eue, à travers son essai Le second sexe, sur les mouvements en Argentine.

Le livre de Beauvoir a été traduit en Argentine en 1954, cinq ans après sa parution en France, et il a provoqué alors un bon nombre de rejets et de condamnations de la bien-pensance locale, à un an du coup d’État qui allait renverser Perón et son gouvernement autoritaire, militariste, policier, ouvriériste, passablement féministe (surtout grâce à l’influence de Eva Duarte de Perón, sa femme déjà disparue) et constitutionnel (quand bien même cela nous paraîtrait contradictoire et impossible).

Couverture de la première traduction argentine

Aujourd’hui paraît, chez Marea Editorial, une compilation qui rassemble tout ce que le livre de Beauvoir a suscité en Argentine. C’est ce nouvel ouvrage qui fait l’objet de l’article de Página/12.


Le livre est en vente, en format papier, sur le site de Marea au prix de 1 390 $ ARG. Il existe en version numérique sur la plupart des plateformes internationales.

Le site Internet de la maison d’édition propose les vingt-deux premières pages de l’ouvrage en téléchargement gratuit.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

samedi 9 octobre 2021

FETAA : un nouveau festival militant à Almagro [à l’affiche]

 

Une affiche avec le nom de tous les artistes participants
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Deux coins de Buenos Aires, menacés par une gentrification galopante (la municipalité est à droite depuis plus de trois mandats), Almagro et Abasto, s’associent pour offrir à partir d’aujourd’hui et pendant trois jours un festival de tango militant pour la culture populaire authentique, l’égalité des genres et le soutien aux artistes, si durement touchés par les conséquences économiques de la crise sanitaire, qui fait peu à peu régresser la vaccination qui s’étend à tous les habitants, de tous âges (les enfants de plus de trois ans commencent à être vaccinés).

Le programme d'aujourd'hui, samedi
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Pendant ce long week-end (lundi sera férié), concerts de tango underground, milongas, cours divers et variés, conférences et tables-rondes, sous la présidence d’honneur du chanteur octogénaire Osvaldo Peredo, un vrai militant de gauche qui n’a jamais été attiré par le tango à touristes, certes un peu plus rémunérateur mais au prix de quelles concessions culturelles !

Voilà ce qu'est l'Abasto
Une image revendicative reprise
par la communication du festival

Un festival qui s’annonce féministe et social et qui revendiquera par tous les moyens le caractère populaire du quartier...

Le programme toujours bien fourni
de demain, dimanche
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

La manifestation s’appelle Festival émergent de Tango de l’Abasto et d’Almagro (l’acronyme évoque un célèbre fromage grec, une bonne idée eu égard au caractère traditionnellement cosmopolite du coin) et convoque le souvenir du grand Carlos Gardel, qui a vécu toute sa vie dans ce district de Buenos Aires.

Le festival se distribue sur de très nombreux points : salles de spectacle, places et cafés...


Programme d'après-demain, lundi, jour férié
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

Le Teatro Argentino de La Plata rouvre ce soir pour Piazzolla [à l’affiche]


Ce soir, samedi 9 octobre 2021, le Teatro Argentino, la grande salle publique de la Province de Buenos Aires, dans sa capitale, La Plata, rouvre ses portes après le cauchemar du covid.

Ce concert inaugural rendra hommage au centenaire provincial, Astor Piazzolla, né en mars 1921 à Mar del Plata, le grand port maritime de la Province. Le spectacle s’intitule les « Huit saisons » (Ocho Estaciones) et reprendra les Quatre Saisons de Vivaldi puis celles de Piazzolla… Joli clin d’œil de printemps au compositeur tanguero régional, connu dans le monde entier au même titre que son homologue, baroque et italien.

Comme les beaux jours sont là, ces deux premiers concerts, ce soir et demain dimanche à 18h, se tiendront en plein air, sur une scène montée à cet effet sur la place proche du théâtre. L’orchestre résident interprétera les œuvres citées, avant d’aller dans la capitale fédérale répéter l’opération au Centre Cultural Kirchner, le 15 octobre prochain.

Ces deux concerts sont le signal de départ d’une saison artistique enfin libérée (en tout cas on l’espère) de ce maudit covid qui a mis en coma artificiel tout le monde du spectacle vivant en Argentine comme ailleurs dans le reste du monde.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

Le fisc argentin s’attaque à l’évasion fiscale [Actu]

"Se rendre compte", dit le gros titre
(le double ou triple sens est identique en français)
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution


Dès l’arrivée au pouvoir de la nouvelle majorité en janvier 2020, le ministère des Finances (AFIP) a lancé une grosse opération de contrôle de cohérence sur les déclarations des gros contribuables afin de détecter les cas d’évasion fiscale, dont l’existence n’a jamais été un secret pour personne, certains parmi les plus fortunés s’en vantant même publiquement.

Les personnes physiques et morales dont les noms sont apparus cette semaine dans les articles des Pandora Papers auront droit à un examen en règle de leur situation fiscale.

2 521 résidents argentins ont en effet été identifiés par le consortium des journalistes comme bénéficiaires finaux de comptes off-shore mais, selon les conventions fiscales internationales que l’Argentine a signés avec d’autres pays, ce sont environ six cent mille résidents argentins qui auraient des comptes non déclarés à l’étranger.

Alors que la campagne électorale a repris son rythme de croisière après les primaires qui ont abouti à l’annonce d’une défaite spectaculaire de l’actuelle majorité, seul Página/12 évoque la question et quitte à être le seul quotidien à en parler, la rédaction a décidé d’en faire sa une afin que nul n’en ignore dans aucun kiosque à journaux du pays !

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

vendredi 8 octobre 2021

Non-lieu pour Cristina Kirchner dans l’affaire iranienne [Actu]

"Absence d'infraction", dit le gros titre
sur cette photo qui montre Cristina aux côtés de Héctor Timerman,
son ministre des Affaires étrangères
qui a succombé à un cancer, qui n'a pas pu être soigné à temps
(par les médecins des Etats-Unis qui l'avaient pris en charge initialement)
Cliquez sur l'image pour une haute résolution


Sous le mandat présidentiel de Mauricio Macri, son opposant n°1 lorsque Cristina Kirchner était elle-même locataire de la Casa Rosada, la justice argentine avait inculpé cette dernière, ainsi que plusieurs de ses ministres et conseillers politiques, pour un accord avec l’Iran qui avait pour objet juridique de permettre à un magistrat argentin de se rendre sur le territoire de la République islamique et d’y entendre deux ressortissants iraniens suspectés d’être les commanditaires du gigantesque attentat antisémite contre l’AMIA à Buenos Aires (85 morts et 300 blessés, dont beaucoup handicapés à vie) et sur lesquels pesait (et pèse toujours) un avis de recherche international déposé par le gouvernement de Cristina Kirchner auprès d’Interpol. Les deux hommes ne quittent plus leur pays, or en Argentine, le code de procédure pénale interdit de tenir un procès en l’absence des accusés. Il fallait donc un accord international pour poursuivre l’instruction.

Cet accord a été négocié et signé par les autorités exécutives argentines et iraniennes, il a ensuite été ratifié par le Congrès argentin. En revanche, il ne l’a pas été par le parlement iranien. Il n’est donc jamais entré en vigueur. Les deux ressortissants iraniens sont hors de portée des magistrats argentins.

"Cristina bénéficie d'un non lieu dans l'affaire
du mémorandum avec l'Iran", dit le gros titre
au-dessus d'une photo du match Argentine-Paraguay d'hier
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Alberto Nisman, procureur en charge de l’instruction de l’attentat jusqu’à sa mort suspecte il y a six ans (1), avait bâti une accusation contre Cristina Kirchner fondé sur un véritable procès d’intention (2), au sens littéral de l’expression : l’accord international aurait eu pour objectif secret de faire lever l’avis de recherche internationale contre les deux Iraniens. Comme il n’est jamais entré en vigueur, cette intention cachée, si toutefois elle a existé, est restée purement virtuelle et elle ne peut donc pas être constitutive d’un crime quel qu’il soit et encore moins d’une haute trahison.

Le tribunal devant lequel Cristina Kirchner, elle-même avocate de profession, a présenté sa défense il y a plusieurs mois, vient de dicter un arrêt de non lieu en sa faveur et en faveur de tous les autres inculpés, ses ministres (dont un qui est décédé depuis) et ses conseillers. Pour ces trois magistrats, qui ont rédigé un arrêt unanime, aucune loi n’a été violée par cet accord. Tout au plus peut-on reprocher à l’ancienne présidente une erreur ou une faute politique, ce qui ne relève pas de la justice mais du vote des électeurs.

"A la fin, Cristina bénéficie d'un non lieu
dans l'affaire lancée par Nisman", dit le gros titre
au-dessus d'une photo du même match
Tout en haut, la photo de Sandra Arroyo Salgado,
la juge qui hérite de l'instruction sur l'anniversaire
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Le parquet et les parties civiles (DAIA, la fédération des organisations juives argentines, et l’AMIA elle-même) peuvent encore faire appel de ce non lieu. Il y a fort à parier que la DAIA va le faire, d’abord parce que ses autorités ont aussitôt condamné l’arrêt de la cour et ensuite parce que l’organisme est très partisan (il se confond avec la droite argentine, qui veut à tout prix voir Cristina Kirchner derrière des barreaux).

Très aligné sur ces positions, Clarín vomit aujourd’hui un éditorial d’autant plus agressif (et insultant pour la cour) qu’on est en campagne électorale de mi-mandat et qu’il faut à tout prix discréditer la gauche aujourd’hui au pouvoir. En revanche, Página/12 se frotte les mains (on le ferait à moins à gauche). Quant à La Prensa et La Nación, deux quotidiens de droite (l’un catholique, l’autre libéral), ils prennent la nouvelle avec plus de recul journalistique (et même de dignité) que leur concurrent tabloïd.

"Non lieu pour Cristina Kirchner dans l'affaire
du pacte avec l'Iran", dit le gros titre
au-dessus d'une autre photo du même match
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Pendant ce temps-là, à qui revient l’instruction de l’anniversaire de la Première dame en plein confinement dans un des palais de la République ? Précisément à la juge fédérale Sandra Arroyo Salgado, l’ex-femme de Nisman, la mère de ses filles, la Pasionaria (de droite) qui a martelé pendant des années que la mort de son ex-mari était un magnicidio (assassinat d’un magistrat dans l’exercice de ses fonctions). Et cette juge est bien décidée à faire sentir son pouvoir aux dix personnes impliquées dans ce scandale mineur (une réunion festive de dix convives pendant le confinement, ce n’est pas bien mais on est loin d’un crime de haute trahison).

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article principal de Página/12, qui reproduit les 138 pages de l’arrêt
lire l’article de La Prensa
lire l’article de Clarín
lire l’éditorial de Clarín (« un arrêt honteux pour assurer à Cristina son rêve d’impunité »)
lire l’article de La Nación

Ajout du 9 octobre 2021 :

devant les argumentaires juridiques que développe la droite dans les médias qui lui sont inféodés pour contester la décision de justice, des arguments assez fumeux et répétitifs, faute de pouvoir être correctement structurés, Página/12 a décidé de consacrer ce matin un article complet pour les démonter les uns derrière les autres.
Pour aller plus loin :



(1) Vraisemblablement, il s’est suicidé un dimanche matin, en plein été, à la veille de présenter devant le Congrès ses accusations (mal bâties) contre la présidente. Cependant sa famille et la droite exploitent depuis la découverte du corps l’idée qu’il s’agit d’un assassinat ourdi par le gouvernement kirchneriste. Sandra Arroyo Salgado, l’ex-femme du procureur, qui représentait les deux filles mineures qu’elle avait eues avec le défunt, s’est retiré de l’affaire en se désistant de sa plainte et le code de procédure lui interdit désormais de se reconstituer partie civile pour la suite de l’affaire. Elle a renoncé au procès parce que l’instruction, avait-elle fait savoir publiquement, n’avait pas pu faire la preuve du suicide.

(2) Après la mort du magistrat, on a fouillé son cabinet et découvert dans son coffre-fort deux réquisitoires, l’un qui argumentait en faveur de Cristina Kirchner et défendait son action politique envers l’Iran, et l’autre qui motivait sa mise en accusation pour la même action. Le monde juridique s’était demandé alors si le procureur n’avait pas souffert d’un trouble psychique profond pour développer ainsi deux argumentations opposées l’une à l’autre dans une affaire aussi grave.