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"La honte", dit le gros titre en portugais Cliquez sur l'image pour une haute résolution |
Samedi, Javier Milei s’est rendu à
São Paulo au Brésil pour
soutenir Flavio Bolsonaro, aujourd’hui sénateur et héritier
désigné par son père, l'ex-président d'extême-droite Jair Bolsonaro, qui lançait sa campagne pour l’élection
présidentielle de l’année prochaine. Milei a participé au
meeting et il en a profité pour insulter dans des termes orduriers
le président sortant, Lula, qui entend se représenter (lui qui a
déjà fait deux mandats, avant sa condamnation illégale pour
corruption puis sa réhabilitation au terme d’une procédure de
cassation qui a mis en évidence le complot monté de toutes pièces
contre lui par quelques magistrats de droite, agissant sur ordre des
pouvoirs en place).
Jair Bolsonaro purge actuellement une peine de
prison non pas pour des faits de corruption ou d’atteinte à la
probité mais, et c’est encore plus grave, pour tentative de coup
d’État lorsqu’il avait, comme Trump avant lui, tenté d’utiliser
ses partisans pour renverser le gouvernement légitime de Lula tout
juste investi chef de l’État.
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Même pas besoin de traduire le gros titre en bas, la photo de Milei à l'inauguration du Salon de l'agriculture Cliquez sur l'image pour une haute résolution |
Milei n’a pas eu le droit de
lui rendre visite en prison, précisément à cause du motif de haute
trahison qui lui a valu son incarcération : personne ne doute
au Brésil que Milei entend appuyer, y compris par la violence, toute
opération susceptible de renverser Lula et de le remplacer par l’un
ou l’autre des Bolsonaro.
A São
Paulo, Milei ne s’est pas contenté d’insulter son homologue. Il
a aussi couvert d’injures le plus haut magistrat du Brésil, celui
qui a cassé le jugement pénal contre Lula avant que celui-ci soit à
nouveau élu président.
Depuis des décennies, c’est la
première fois qu’un chef d’État de l’un des deux pays insulte
son homologue et nie sa légitimité. Jusqu’à présent, la
coopération entre les deux pays avait toujours été cultivée avec
soin quelle que soit l’appartenance politique des deux
gouvernements en place, les intérêts des deux pays passant
largement au-dessus des éventuels différends idéologiques entre
eux.
Il y a quelques mois, en visite
privée en Argentine, Lula est allé rendre visite à Cristina
Kirchner, incarcérée à domicile sous bracelet électronique pour
des faits de corruption et avec des attendus contestés et très
largement contestables (elle a été condamnée pour ne pas avoir su
que certains de ses subordonnés étaient coupables de faits de
corruption, un motif inacceptable dans un État
de droit où personne ne peut être tenu responsable pénalement des
actions d’autrui, hors les parents de mineurs et encore dans des
cas très circonscrits). Cristina n’a donc pas été reconnue
coupable d’un crime contre la démocratie mais contre la probité
(comme l’avait été Lula, envoyé en prison lui aussi). Et en
entrant comme en sortant de cette entrevue, le président brésilien
n’avait fait aucune déclaration politique : aucune parole de
nature à porter atteinte à l’honneur du président argentin ou à
l’un quelconque de ses ministres n’était sortie de ses lèvres.
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"Escalade de la tension avec le Brésil : après les insultes, Lula rappelle son ambassadeur pour consultation" Cliquez sur l'image pour une haute résolution |
Devant l’ingérence de Milei
dans le débat politique interne au Brésil, celui-ci rappelle pour
consultation son ambassadeur à Buenos Aires et convoque celui de
l’Argentine au ministère des Affaires étrangères pour lui
exprimer sa réprobation. Il est possible que l’ambassadeur
brésilien ne retourne pas en Argentine, comme cela était arrivé à
l’ambassadrice d’Espagne qui n’a plus jamais remis les pieds à
Buenos Aires après son rappel pour consultation à Madrid, pour les
mêmes motifs : Milei avait insulté l’Espagne et son
gouvernement légitime, celui de Pedro Sánchez, traité lui aussi de
voleur, de vermine socialiste, de lâche, je vous en passe et des
meilleures.
Ce matin, chaque titre de presse
argentin consacre plusieurs articles à ce très grave incident
diplomatique provoqué en toute connaissance de cause par le
président argentin, Página/12 étant le quotidien
(d’envergure nationale) le plus remonté contre l’insupportable
comportement de cet homme, qui se montre une nouvelle fois tout à
fait indigne de sa fonction.
Ce week-end, Milei ne s’est pas
contenté de s’aliéner le puissant voisin brésilien. Il est aussi
allé provoquer et mécontenter le grand patronat agricole (qui a
pourtant voté pour lui) en allant inaugurer un de ses principaux
salons pour y tenir un discours plein d’autosatisfaction et de
vagues promesses, celles qu’il répète depuis trois ans sans
jamais les tenir, pour répondre aux préoccupations économiques
concrètes du secteur. Pourtant, Milei devrait chouchouter ce
patronat, puisqu’il veut désindustrialiser le pays afin de
transformer son économie en imposant un système de
sous-développement : une économie reposant sur l’exportation
des matières premières (agricoles et minérales) et l’importation
des produits transformés, comme à l’époque coloniale… Deux
cents ans d’effort national pour sortir de ce piège d’Ancien
Régime pour y revenir, à l’heure de la mondialisation !
© Denise Anne Clavilier
Pour aller plus loin :