samedi 23 mai 2026

Le pourquoi des rencontres de Milei avec Peter Thiel [Actu]

"Le véritable grand frère", dit le gros titre
en référence à une émission populaire, El Gran Hermano
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Le ministère du Capital humain vient d’annoncer un projet d’intelligence artificiel qui utilisera les données des Argentins dont disposent les services publics sous prétexte de rendre plus fluides la gestion de l’État et la définition des politiques publiques. D’après la ministre, il s’agit de doter l’État d’une capacité d’anticipation qu’il n’aurait pas aujourd’hui.

Seul Página/12 se fait l’écho ce matin de ce projet qui laisse craindre les pires dérives, notamment de surveillance de la population. On peut aussi imaginer, vu ce que le personnage montre de lui-même depuis son arrivée au pouvoir, que Javier Milei peut avoir des intérêts économiques dans cette affaire, alors qu’il a reçu officiellement à deux reprises Peter Thiel, le magnat nord-américain qui fait commerce d’à peu près tout ce qui peut exister sous le ciel et dirige Palantir, la société de surveillance généralisée. Pour assurer la confidentialité de ces conversations, Milei avait même interdit l’accès à la Casa Rosada aux journalistes accrédités sous des prétextes fantaisistes...

Le même jour, la presse argentine rapporter la confirmation de la découverte dans le portable du conseiller en crypto-monnaie de Milei d’un contrat qui attribuait 5 millions de dollars au président et à sa sœur si Milei promouvait la monnaie $ Libra d’un financier états-unien, ce qu’il a fait. A partir de là, on peut tout imaginer et la rédaction de Página/12 tire donc le signal d’alarme.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 sur le projet d’IA du ministère du Capital humain
lire l’article de Página/12 sur le contrat de 5 millions de dollars pour Milei
lire l’article de La Nación sur ce contrat.

vendredi 22 mai 2026

Les Prix Tango 21e siècle ont été remis hier [à l’affiche]

Tous les artistes primés cette année
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Hier, à Hasta Trilce, une salle qui accueille souvent des soirées de musique populaire à Buenos Aires, la seconde cérémonie des Premios Tango Siglo XXI s’est tenue en présence de la chanteuse Amelita Baltar, ancienne compagne et muse de Astor Piazzolla, créatrice de Balada para un loco et autre Chiquilín de Bachín, sur des textes du génial et regretté Horacio Ferrer. A 85 ans et avec une trajectoire artistique bien à elle, elle a reçu un hommage spécial pour l’ensemble de sa carrière (Félicitations, Madame !)(1)

Amelita Baltar hier à Hasta Trilce
(Il ne doit pas faire chaud en ce moment à Buenos Aires)

La crème du tango contemporain était réunie là, dont plusieurs de mes amis dont vous entendez moins parler dans ce blog depuis que Javier Milei est arrivé aux affaires et qu’il détruit systématiquement les conditions de développement d’une vie culturelle et artistique populaire qui tienne la route sur le plan économique.

Parmi eux, le chanteur Cucuza Castiello (sur la photo d’ensemble, c’est le chauve habillé en noir, au premier rang, à gauche).

Cucuza hier

Ces prix permettent aux « professionnels de la profession » de ne pas dépendre uniquement des institutions bien établies et d’accompagner l’évolution des métiers au plus près des aventures artistiques actuelles en couvrant l’ensemble du genre, ce qui n’est pas toujours le cas des prix traditionnels.

La liste des catégories est longue, puisqu’elle couvre toute l’expression tanguera, compositeurs, musiciens, chanteurs, orchestres, danseurs, etc. Les listes des récompensés est trop longue pour que je la répète ici mais La Nación a intégré à son compte-rendu sur son site toutes les vidéos de la soirée. Vous pouvez donc en profiter presque comme si vous y étiez !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12
lire l’article de Tiempo Ar, un journal digital
consulter l’article de La Nación et régalez-vous !

Ce soir et demain, la France propose la Noche de las Ideas à Buenos Aires et ailleurs [à l’affiche]


A travers ses représentations diplomatique et culturelle, la France propose ce soir et demain, les 22 et 23 mai 2026, à l’avant-veille de la fête nationale du 25 Mai, des rencontres et des débats philosophiques et politiques dans plusieurs grandes villes d’Argentine, à Buenos Aires (au Teatro Colón, mazette !), à Mendoza, à Córdoba (dont l’université est la plus ancienne du pays), à Rosario, Santa Fe, La Plata, Mar del Plata, Tandil, Pinamar et Jujuy. Jusqu'à présent, la manifestation n'existait que dans la capitale fédérale. Pour ses dix ans, elle se décentralise...

L’ambassade a fait venir pour l’occasion des intellectuels français.

C’est la dixième manifestation de cette nature et certaines soirées tourneront autour du 50e anniversaire du coup d’État de Videla et consorts, en mars 1976.

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Bien entendu, dans le contexte politique glauque qui est le nôtre, l’expression, ultra-festive il y a dix ans, de « nuit des idées », sonne de bien mauvais augure lorsque toute la vie intellectuelle, culturelle et scientifique est menacée et définancée partout en Argentine et qu’elle est aussi menacée d’extinction en France même !

Dans la même édition de Página/12, on trouve donc une Une sur ces soirées de débat dans le supplément culturel quotidien, Cultura & Espectáculos, et un billet de dernière page, qui raconte le dernier épisode en date de la saga Bolloré, à savoir l’éviction de Pierre Nora de la direction des Éditions Grasset au profit d’un homme d’affaires et de confiance de l’oligarque réactionnaire catho-breton qui a mis la main sur l’ensemble du groupe Hachette sans que notre parlement et notre exécutif ne fassent rien pour éviter la constitution de dangereux bastions hégémoniques de l’information (ou de la désinformation) et de la culture, comme cela a été le cas il y a un demi-siècle lorsque le groupe Hersant a été démantelé.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 sur la Noche de las Ideas
lire le billet de Página/12 sur la situation culturelle en France
consulter le site Internet de la Noche de las Ideas

Opération Plat chaud à la fac de médecine [Actu]


Des étudiants et des diplômés de la faculté de médecine de la UBA (Universidad de Buenos Aires) ont décidé d’organiser une distribution, au pied de la fac, de plats chauds (platos calientes) pour les sans-abris de Buenos Aires, alors que ceux-ci sont confrontés au froid de l’hiver qui arrive et à l’hostilité des pouvoirs publics, qu’il s’agisse de la politique de Javier Mileí ou de celle de la Ville, elle-même gouvernée de plus en plus à droite par un cousin germain de l’ex-président Mauricio Macri.

Les menus sont composés par la section Diététique et nutrition de la faculté et les plats sont cuisinés par des volontaires, lesquels se chargent aussi de les distribuer à la nuit tombée, depuis hier, 18h.

Cremona et pancitos (petits pains)

De son côté, la radio généraliste du Grupo Octubre (auquel appartient Página/12), la AM 750, va accueillir devant son siège, mercredi prochain, une vente à prix raisonnable de produits de boulangerie, pains, brioches, viennoiseries, collectés par La Mesa Economía Social y Popular (la table Économie sociale et populaire). Ils seront vendus au profit des travailleurs jetés à la rue depuis environ huit mois par l’entreprise ILVA dont la fermeture laisse 300 familles sur le carreau. Dans cette terrible crise qui ravage l’économie de tout le pays et voit de nombreuses PME locales réduire leur personnel ou mettre tout simplement la clé sous la porte, ces travailleurs abandonnés par leur employeur bloquent l’accès à leur usine de porcelaine en réclamant leurs impayés de salaire. L’un d’entre eux s’est donné la mort au début de ce mois.


L’opération commencera à 8h et s’achèvera vers 16h, le jour même.

Quelques facturas (viennoiseries) typiquement argentines

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 sur l’opération de la faculté de médecine
lire l’article de Página/12 sur l’opération de la radio.

Affaire des Carnets : les faux témoignages s’avouent et se ressemblent [Actu]

"Un scandale incarnets", dit le gros titre
avec le jeu de mots habituel à la Une de ce journal
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Ces derniers jours, on a vu 27 chefs d’entreprise revenir sur leurs aveux désormais anciens dont ils disent qu’ils ont été obtenus par chantage de la part des deux magistrats chargés de l’instruction, lesquels voulaient coûte que coûte faire condamner pour corruption l’ex-présidente Cristina Kirchner et plusieurs de ses partenaires politiques. Devant les juges du siège, qui n’ont pas daigné interrompre le cours du procès pour autant, ces hommes ont produit des attestations rédigées et datées qu’ils avaient fait enregistrer en leur temps par un notaire afin de prouver qu’ils n’avaient jamais participé au réseau de corruption censément dirigé par Cristina et son mari, décédé en 2010, alors qu’elle était présidente juste après lui.

Hier, c’est le gardien de l’immeuble où vivait Cristina Kirchner à Palermo, dans le nord chic de Buenos Aires, à l’époque des témoignages en question, qui est venu dire à la barre qu’il avait lui aussi dû faire un faux témoignage alors que les deux magistrats exerçaient sur lui la même pression que sur les chefs d’entreprise en proférant les mêmes menaces contre sa famille : jamais, dit-il à présent, il n’a vu circuler et échanger des sacs d’argent dans les parties communes de l’immeuble dont il avait la charge. L’homme de nationalité uruguayenne et non pas argentine n’a pas fourni la preuve de ce qu’il avance. Sans doute n’a-t-il pas pu recourir à la procédure notariée, faute de la culture juridique qu’avaient les chefs d’entreprises choisis par feu le juge Claudio Bonadio et le procureur de l’époque, toujours en vie, pour compromettre l’ancienne présidente (de gauche).

Comme d’habitude, seul Página/12 rapporte ce rebondissement du procès. Les quotidiens de droite préfèrent parler d’autre chose. Le même phénomène s’observe d’ailleurs en France avec le procès Sarkozy, portant sur ce qu’on appelle « l’Affaire libyenne », que ce soit en première instance ou actuellement en appel. Les journalistes et experts, ou soi-disant tels, de la quasi-totalité des médias appartenant à des grands groupes sont muets sur le sujet et vont se réveiller, comme l’année dernière, au prononcé du jugement pour le contester si l’ancien président est à nouveau condamné (comme c’est probable) ou pour crier victoire dans le cas contraire, les mêmes qui hurlaient contre Cahuzac (de gauche ou supposé tel) pendant son audition parlementaire puis pendant son procès...

A Buenos Aires, il faut le noter, ces témoins qui se reprennent le font dans un contexte politique très peu favorable à leur retournement. Javier Milei, il l’a dit ouvertement, veut voir Cristina condamnée à la prison ferme, si possible à vie, effectivement incarcérée et dépouillée de tout son patrimoine par confiscation judiciaire, parce qu’il veut que disparaisse du paysage politique une personnalité charismatique qui, à plus de 70 ans, lui fait toujours de l’ombre. Ces hommes agissent donc à contre-courant du pouvoir en place.

Sans doute ne serait-il pas inutile de suspendre le procès pour engager un complément d’enquête et voir si par hasard l’accusation n’aurait pas été viciée à un moment ou à un autre. Or ce n’est pas du tout ce que font les magistrats chargés de juger les prévenus, dont Cristina qu’ils obligent à s’exprimer en visio, depuis chez elle, où elle est en prison domiciliaire avec bracelet électronique, interdiction de sortir, de minuit à minuit, et droit de visite réduit à deux heures et deux personnes par semaine (pour des faits, rappelons-le, qui ne lui ont pas été imputés personnellement mais qu’elle aurait dû connaître parce que le chef de l’État doit savoir tout ce que font ses subordonnés, selon une jurisprudence inventée pour elle et qui, curieusement, ne s’applique pas en ce moment à Milei). A titre d’illustration, en France, lorsque Sarkozy était sous bracelet électronique pour une condamnation ferme dans une autre affaire, les autorités judiciaires avaient aménagé ses horaires de sortie pour qu’il puisse se rendre au palais de justice et faire face à ses juges en chair et en os.

A côté de ce scandale dans cette procédure contre Cristina en première instance, Página/12 révèle aujourd’hui ce que l’on pouvait soupçonner depuis un bon moment, à savoir que la cour de Cassation fédérale siégeant à Buenos Aires est tenue par un certain nombre de magistrats qui manquent à leur devoir d’impartialité et d’équité : en octobre 2010, on a déploré le meurtre d’un jeune cheminot, militant au Partido Obrero (trotskyste), tué sur une voie de chemin de fer qu’il occupait avec plusieurs camarades dans le cadre d’une manifestation. Il avait été assassiné par une milice privée, illégale (d’extrême-droite), et le meurtrier a été protégé par les magistrats de la Cour, qui avaient eux-mêmes truqué le tirage au sort pour se faire désigner sur ce dossier, qui arrivait devant eux quinze ans après la mort du jeune homme. De surcroît, ils ont couvert des transferts d’argent impliquant la SIDE, les services de renseignement de la République argentine. Or si en Argentine l’attribution des affaires aux juges se fait par tirage au sort, c’est précisément pour éviter la partialité et les dessous-de-table, deux des maux qui affectent la magistrature argentine depuis sa création, laquelle remonte à l’époque coloniale et, dans sa forme actuelle, à la moitié du 19e siècle, lorsqu’une constitution a enfin été adoptée et appliquée.... Il faut croire qu’au palais de justice fédéral, cette précaution procédurale ne suffit pas. Un magistrat et un greffier viennent d’être condamnés pour avoir, en toute connaissance de cause, faussé le traitement ultime de cette affaire avec mort d’homme.

© Denise Anne Claviler


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 à la Une de ce jour sur les nouvelles déclarations du gardien d’immeuble
lire l’article de Página/12 sur l’affaire de la Cour de Cassation.

jeudi 21 mai 2026

Milei cède les eaux territoriales aux États-Unis [Actu]

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Le gouvernement argentin vient de signer avec les États-Unis un mémorandum d’intention permettant à la marine des USA, sous les ordres du général nord-américain à la tête du Comando Sur, de patrouiller librement pendant cinq ans dans la Mer argentine (Mar Argentino), cette partie de l’océan Atlantique qui constitue les eaux territoriales du pays le long de son littoral occidental. A cette occasion, l’Argentine déclare officiellement et toute honte bue que la Mer Argentine est désormais un « bien commun global ».

Or c’est au fond de cette mer que repose le ARA San Juan, un sous-marin argentin qui a accidentellement coulé sous le mandat de Mauricio Macri, qui n’a alors rien fait pour porter secours à l’équipage en péril ni par la suite pour venir en aide aux familles endeuillées. C’est le fond de cette mer qui a été exploré en direct sur streaming il y a quelques mois par une équipe scientifique du CONICET (l’équivalent argentin du CNRS français), un streaming qui a produit des images de la vie sous-marine dans ce recoin de notre planète, images toutes plus éblouissantes les unes que les autres, ce qui a valu un prix de télévision à l’organisme scientifique...

Clarín fait son gros titre sur la suppression
des subventions du gaz de chauffage dans les zones froides
Cuba est traité dans la colonne de droite, au centre
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Rappelons juste le droit international : les eaux territoriales font partie intégrante du territoire d’un État souverain et par conséquent elles sont placées sous la responsabilité exclusive de l’État en question. L’Argentine vient donc de céder aux États-Unis sa souveraineté sur cette partie de son territoire. Rappelons aussi à titre d’exemple que les États-Unis n’ont pas pu survoler l’Espagne pour aller frapper l’Iran, faute d’en avoir obtenu l’autorisation de la part des autorités espagnoles (l’espace aérien fait aussi partie du territoire souverain d’un État) et pourtant les deux pays appartiennent à une même alliance militaire, l’OTAN, et aucun des deux n’est neutre. Rappelons enfin que l’Allemagne conserve le droit de récupérer intégralement et à tout moment le territoire de Ramstein où l’armée américaine a pourtant établi depuis des années un camp entièrement urbanisé où les militaires américains se comportent au jour le jour comme dans une enclave extraterritoriale, avec ses commerces pleins de produits venus directement des USA sans que personne n’acquitte de droits de douane, et les clients y payent leurs achats en dollars et non pas en euros. A se demander même s’ils savent que cette devise existent dans le pays où ils vivent.

Cette nouvelle concession de l’Argentine aux États-Unis de Trump est donc d’autant plus scandaleuse que le pays est traditionnellement neutre et que l’annonce en a été faite non pas par le gouvernement argentin mais par l’ambassade américaine à Buenos Aires.

La Nación a fait l'inverse :
gros titre sur Cuba
titre secondaire à la même place sur le prix du gaz
et dans les deux cas, la presque même photo footeuse
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Si Página/12, champion médiatique de la souveraineté nationale, s’insurge ce matin en Une, la presse de droite a choisi de se montrer très discrète. Elle préfère braquer les projecteurs sur la dernière entourloupe de Donald Trump et de son ministère de l’Injustice : l’inculpation de Raúl Castro, le dernier survivant de la fratrie dirigeante cubaine, pour des faits datant des années 1990 et qui n’avaient alors entraîné aucune poursuite pénale extraterritoriale dans la mesure où elle aurait été dirigée contre une autorité légitime d’un pays étranger. En effet, Cuba a abattu au-dessus de ses eaux territoriales, par conséquent dans son espace aérien, des petits avions états-uniens dont il avait déjà repéré le manège suspect et pour lesquels le gouvernement de l’île avait averti Washington qu’il ne le tolérerait pas très longtemps. Ce qui est normal, légitime et légal de la part d’un État souverain, qui avait subi entre autres au début des années 1960 des tentatives d’invasion non dissimulées de la part de son puissant voisin… L’ex-président Raúl Castro a maintenant 94 ans. Il s’est volontairement retiré de la vie politique. Qu’est-ce que Trump va encore lui pourrir la vie en le menaçant de prison à perpétuité, voire de la peine capitale sur le territoire des États-Unis ? D’accord, Cuba est dirigée par une dictature mais ce n’est pas à Washington d’y faire la loi. C’est aux Cubains de s’en occuper. Et si les Cubains ont quelque chose à reprocher à leur ancien chef d’État, ce qu’ils ont à coup sûr, ce n’est certainement pas d’avoir fait abattre ces avions qui avaient violé leur espace aérien.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

L’archevêque de Buenos Aires défend Santa Catalina et ce quartier historique [Actu]

Messe à l'air libre dans le patio de l'église Santa Catalina hier


Hier, l’archevêque de Buenos Aires, Monseigneur García Cuerva, a célébré la messe en plein air, sur le parvis de l’église Santa Catalina de Siena que le curé de la paroisse vient de fermer à cause des dégâts que des travaux dans la rue mitoyenne, qui doit devenir piétonne, ont infligés à la structure du vénérable édifice.

Le prélat a insisté sur la gravité de la situation, fruit d’une politique urbanistique irresponsable qui met en péril des monuments historiques qui sont l’histoire du peuple. Il a fait allusion à des décisions affairistes qui volent leur mémoire aux gens pour le plus grand profit d’une petite poignée d’ultra-riches. Il a déclaré qu’il était opposé à l’édification du temple gigantesque que la justice locale vient d’autoriser en appel au bénéfice des mormons et qu’il serait tout aussi opposé à un projet d’église destinée au culte catholique. Voilà qui est dit mais il n’est pas sûr que cela renverse la situation.

La Prensa, le journal catholique réactionnaire,
a mis l'info en Une : tout en bas, au centre, sur fond orange
mais l'article n'est pas sur son site internet
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De leur côté, trois membres de la Commission nationale des monuments historiques ont posé hier leur démission pour protester contre cette décision judiciaire aberrante qui a été prise malgré le fait que l’ancien monastère, devenu centre pastoral diocésain, et l’église, désormais paroissiale, soient protégés par la loi qui les a inscrits au patrimoine national en 1942, pour l’église, et 1975 pour le monastère. Cet ensemble historique du 18e siècle ne peut donc pas légalement être menacé ni sur le plan esthétique ni sur le plan structurel par la construction de deux bâtiments démesurés qui vont nécessairement modifier les qualités mécaniques du sol et l’équilibre urbanistique et architectural de l’environnement immédiat.

Aujourd’hui, la Commission doit venir faire une visite sur place pour relever les dégâts existants.

L’affaire pourrait donc connaître de nouveaux développements.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Clarín sur la visite de l’archevêque sur place
lire l’article de Clarín sur les dégâts subis par la structure de l’église
lire l’article de La Nación sur la Commission et ses membres démissionnaires

Ajout du 23 mai 2026 :

lire cet article de La Nación sur un nouveau recours aux tribunaux pour empêcher la construction du mégatemple mormon après la découverte des dégâts provoqués sur la structure de l’église Santa Catalina par des travaux dans la rue Viamonte voisine.
Hier, La Prensa mettait en Une (ci-dessous) une info sur la réaction du diocèse de Buenos Aires à la situation architecturale de la veille église mais l’article n’est pas disponible sur le site Internet du journal.

L'info est traitée à gauche, dans l'encadré orange
Le gros titre porte sur une pseudo reprise d'activité
manufacturière...
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La Chambre supprime des subventions d’hiver dans 14 provinces [Actu]

Une de l'édition de la province de Buenos Aires
de Página/12 hier, avec reprise de la Une de la veille
sur la manifestation du secteur de la santé
"Le plan Refroidir", dit le gros titre
sur la même photo horrible de Milei
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Dans un certain nombre de régions en Argentine, notamment dans les Andes et en Patagonie, on disposait jusqu’à présent d’un système de subventions dans la distribution du gaz domestique pour permettre aux habitants des zones froides de se chauffer l’hiver à moindre coût, ce qui établissait une certaine équité entre tous les habitants du pays (au nord, les Argentins n’ont presque jamais besoin de chauffage).

Le gouvernement veut revenir sur ce dispositif d’équité et la Chambre des députés vient d’en voter la suppression pour un bon nombre de zones réparties dans quatorze provinces, dont la province de Buenos Aires et celle du centre du pays, qui sont soumises à un climat continental sévère, comme Mendoza ou Córdoba.

Dans la province de Buenos Aires, dont le sud connaît des hivers très rudes, le gouvernement provincial, de gauche, envisage de se porter en justice pour faire annuler la mesure. Dans les régions concernées, cette nouvelle loi arrive en effet en même temps que les premiers frimas. Les gens n’ont donc même pas eu le temps de prendre la moindre disposition compensatrice. C’est de la cruauté pure et simple…

Pour entrer en vigueur, le vote doit être confirmé au Sénat. Tout espoir n’est donc pas perdu mais au train où Milei et ses ministres achètent, avec des plats de lentilles, les votes de leurs « alliés », on peut imaginer que le combat pour maintenir le statu quo est loin d’être gagné.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 édition nationale
lire l’article de Página/12 édition de la province de Buenos Aires
lire l’article de La Prensa
lire l’article de Clarín

Ajout du 22 mai 2026 :
lire cet article de Página/12 sur le plaidoyer d’une députée en faveur du rétablissement par le Sénat des dispositions Zonas Frías

Al gran pueblo argentino salud [Actu]

Une de l'édition bonaerense de Página/12 hier
"Le plan rendre malade", dit le gros titre
sur cette photo de Milei grimaçant
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Ni pour l’affluence ni pour l’écho médiatique, la manifestation en faveur du système de santé gratuit et public, qui avait lieu hier, n’a eu le même succès que celle en faveur de la recherche et de l’université publique la semaine dernière. Il est vrai que cette fois-ci, on n’avait affaire qu’à une seule discipline (et beaucoup de spécialités), que les Argentins ont grand besoin d’aller travailler et même de travailler beaucoup pour parvenir à boucler leurs fins de mois alors que les produits et services de première nécessité (dont les soins de santé) leur sont de moins en moins accessibles et que l’actualité politique, avec ses scandales en tout genre, a bousculé la Une de tous les journaux, de droite comme de gauche.

Avenida de Mayo, à Buenos Aires, a toutefois été bien remplie et l’approche de la fête nationale, lundi prochain, a inspiré quelques pancartes savoureuses comme celle qui reprend l’un de vers de l’hymne national et fait jeu de mot : Al gran pueblo argentino salud (salut / santé au grand peuple argentin).

Les manifestants hier dans Avenida de Mayo, à la hauteur
du très récent Museo del Mate
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Ce vers reprend le cri de fraternité qu’en 1812, lorsque qu’un concours a été lancé pour créer cette chanson patriotique, le poète a imaginé que « les peuples libres du monde » entier adressaient aux révolutionnaires qui venaient d’abolir l’Ancien Régime deux ans plus tôt… Cette solidarité internationale fait maintenant singulièrement défaut et l’Argentine s’enfonce dans l’abandon et la perte de tout ce qu’elle avait acquis pendant toutes ces années de démocratie : système de santé, système de formation, vie culturelle florissante, patrimoine culturel matériel et immatériel, liberté de la presse, liberté d’expression et même lutte contre la corruption…

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

Madame 3 % dans le collimateur de la justice [Actu]

Manifestation d'hier, Avenida de Mayo, Buenos Aires
pour le système de santé gratuite et publique
La pancarte montre le couple présidentiel,
lui avec le scandale de la crypto-monnaie S Libra
elle avec ses trois pour cent sur les factures de l'agence pour le handicap
En haut, on lit : "La fraude, c'est de supprimer des droits et d'appeler ça liberté"
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La justice s’intéresse désormais à un contrat signé par la Première dame d’Argentine, Karina Milei, la petite sœur du président, qui a embauché sa meilleure amie pour occuper, aux frais de la princesse, la République argentine, ce qui ressemble furieusement à ce qu’en France on appelle un emploi fictif.

Le juge veut savoir en quoi consiste ce travail rémunéré et quelles en sont les modalités d’exercice : description des missions, horaires et lieu de travail, avantages sociaux annexes, etc.

Madame 3 %, comme la surnomment les Argentins, n’est donc pas sortie de l’auberge. Et tant mieux ! Il y a bien un moment où toute cette corruption devra recevoir son salaire. Mérité celui-là.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Clarín (qui a décidément une dent contre la Casa Rosada)

mercredi 20 mai 2026

Clarín se rebiffe [Actu]

Copie d'écran du site de Clarín
Le journal a rassemblé les sigles des entreprises
que le général aurait favorisées dans les marchés
dont il a la responsabilité


Il y a quelques semaines, le groupe Clarín a été visé par la Casa Rosada et s’est vu accusé devant les tribunaux par le chef de la Maison militaire du président Javier Milei pour une supposée atteinte à à la sécurité de l’État pour avoir, dans un reportage de la chaîne TN, diffusé des images de l’intérieur du palais présidentiel. Il aurait ainsi révélé au grand jour les chemins que pourraient prendre les responsables de l’État en cas d’attaque par l’Iran, avec lequel Javier Milei a dit, aux États-Unis, que « l’Argentine était en guerre », puisqu’il suit aveuglément la diplomatie de Trump (alors que le pays est neutre).

Cette manœuvre invraisemblable s’était traduite par l’interdiction soudaine à tous les journalistes accrédités d’accéder à la Casa Rosada pendant une semaine, pendant laquelle Milei a reçu un oligarque du technofachisme proche de J.D. Vance. La plainte en justice n’a pas fait long feu puisqu’un juge du siège, en accord avec le parquet, vient de débouter le général -et la présidence par la même occasion.

Clarín s’est donc mis à enquêter sur ce général qui lui veut du mal pour voir ce que pouvait bien cacher cette plainte ahurissante et la rédaction publie aujourd’hui des informations compromettantes pour ce haut gradé puisque le journal affirme qu’il est impliqué dans un trafic de dessous-de-table… Ce qui ne serait pas plus étonnant que cela puisque la Casa Rosada est noyée sous les scandales de corruption en tout genre, tous plus voyants les uns que les autres, depuis les premières semaines de la présidence de Javier Milei.

Le journal n'a pas poussé l'audace jusqu'à mettre l'affaire à sa Une, ce que Página/12 n'aurait pas hésité à faire !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

mardi 19 mai 2026

Le travail va reprendre à La Suipachense [Actu]

L'occupation des lieux


La Suipachense était une petite usine de produits laitiers qui a fermé à Suipacha dans la province de Buenos Aires il y a neuf mois. Les ouvriers ont occupé les lieux pour empêcher que le matériel disparaisse et avec lui la capacité de reprendre l’activité un jour, si l’opportunité, ardemment recherchée, s’en présentait.

Or l’opportunité s’est présentée : une nouvelle société vient de se créer et la production va redémarrer. Les travailleurs commencent à être réembauchés. C’est un espoir qui renaît à Suipacha où cette usine était le principal employeur local. Ses produits étaient présents dans les rayons de nombreuses grandes surfaces de la province.

Une image du passé

Les yaourts, le lait, les crèmes desserts porteront désormais une autre marque mais ce sera à nouveau du fait sur place.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12
lire l’article de Clarín
lire l’article de TN, la chaîne d’info continue du groupe Clarín
lire l’article de La Nación
lire l’article de Iprofesional, un site spécialisé argentin

L’affaire Machado-Espert : suite et fin du volet texan [Actu]

Même calembour qu'en français : expert/Espert
"Esperts en blanchiment", dit le gros titre
Espert est à gauche, Machado à droite
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Fred Machado est un trafiquant de drogue argentin qui était réclamé par la justice texane à laquelle les autorités de son pays l’ont livré. Sur le plan politique, l’homme avait financé un député libertarien, José Luis Espert, le premier élu de cette mouvance, avant l’apparition du phénomène Milei dans le paysage politique du pays. Il vient de plaider coupable de blanchiment d’argent et de fraude, ce qui a entraîné l’abandon des chefs d’inculpation pour trafic de drogue.

L'affaire a droit à un titre secondaire,
au milieu de la colonne de droite
"Un financeur de Expert se déclare coupable
de fraude et de blanchiment d'argent", dit le titre
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Cet accord judiciaire texan n’est pas pour alléger la situation de l’ex-député qui a dû renoncer à son mandat devant l’ampleur du scandale de corruption.

Titre encore plus modeste ici :
tout en bas de la colonne de droite
"La déclaration de culpabilité de Machado
est acceptée", dit le titre secondaire
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Cela n’empêche pas Javier Milei de tenter de le récupérer en l’exonérant de l’accusation de complicité dans le trafic de drogue. Le goût de cet homme pour l’illégalité est incurable !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lundi 18 mai 2026

L’OMS traite le départ de l’Argentine en plein scandale du hantavirus [Actu]

"Les rats quittent le navire", dit le gros titre
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L’OMS est réunie aujourd’hui en assemblée générale.

A l’ordre du jour de cette session, est inscrit le traitement de la sortie de l’Argentine de l’organisme. En effet, le retrait d’un État-membre n’est prévu dans les statuts de l’OMS que pour les États-Unis qui n’avaient adhéré en 1948 qu’à la condition de pouvoir s’en retirer à tout moment, puisque ce pays toujours eu en horreur les contraintes du multilatéralisme, organismes comme traités internationaux, les autres États-membres, dont l’Argentine de Perón, comprenant parfaitement à cette époque l’utilité d’une telle coopération internationale.

Le retrait de l’Argentine apparaît d’autant plus scandaleux que le monde est suspendu à un risque certes très mesuré mais toutefois bien réel d’une épidémie d’une pathologie pulmonaire virale transmise par des rongeurs qui vivent en Argentine, dans le sud du pays, un agent infectieux dont il existe, en Argentine, des spécialistes en médecine et en biologie, spécialistes reconnus et que Javier Milei a rendus impuissants à faire progresser la connaissance du virus en question puisqu’il les a privés de budget de manière parfaitement consciente et cynique.

Ce retrait de l’OMS correspond à une imitation servile de Milei à l’égard de Trump et à leur mépris partagé pour les sciences et pour la santé publique. L’assemblée générale de l’OMS doit aujourd’hui accepter ce départ pour que celui-ci soit effectif. La déclaration unilatérale de Milei ne suffit pas (malgré ses rêves obscènes, il n’est pas Donald Trump).

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L’OMS a pour objectif d’imaginer et de coordonner entre tous ces membres, soit presque l’ensemble de la planète, des stratégies de santé publique, notamment en cas de pathologies contagieuses, avant qu’elles ne donnent lieu à une épidémie ou après que l’épidémie soit déclarée.

Samedi, Página/12 faisait sa Une sur la réduction draconienne des budgets des programmes de santé notamment dans le domaine du cancer, d’accès aux médicaments de première nécessité, des maladies sexuellement transmissibles et des maladies chroniques. Le secteur de la santé s’apprête à son tour à manifester dans les rues après l’ensemble des universités et de la recherche.

© Denise Anne Clavilier


Pour en savoir plus :

lire l’article de Página/12 qui, hier, en a fait sa Une
lire l’article de Página/12 sur la mobilisation des professionnels de la santé

Chasse aux rongeurs dans la garrigue andine de Tierra del Fuego
(photo La Nación)

Ajouts du 20 mai 2026 :

Malgré les coupes budgétaires et le mépris gouvernemental pour toute recherche, médicale ou autre, l’institut national d’étude des infections contagieuses, el Malbrán, est en Patagonie, avec une équipe de biologistes en tenue de haute protection. Dans le bosquet d’altitude de Tierra del Fuego, ils piègent des rongeurs porteurs de l’hantavirus et analysent le phénomène sanitaire dans un laboratoire de campagne installé sous une tente, alors que l’hiver est déjà mordant dans le grand sud argentin.
A ce propos, lire l’article de La Nación
lire l’article de La Prensa du 18 mai

Retour au camp de base pour les analyses biologiques
(photo La Nación)
Et vive la recherche !