lundi 13 avril 2026

La chute d’Orban vue de Buenos Aires [ici]

"La Hongrie a toujours été proche [de nous], dit le gros titre
de l'édition locale de Página/12
(à La Plata, capitale de la Province de Buenos Aires)
sur cette photo de Mileí avec Orban le 21 mars à Budapest
Ce titre cite un des messages officiels de félicitation à Peter Magyar
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Hier, Victor Orban a été balayé par les électeurs hongrois, malgré le soutien appuyé de plusieurs tenants de régimes autoritaires qui n’ont pas hésité à envoyer leurs plus prestigieuses figures faire de l’ingérence à Budapest dans la campagne électorale.

L'info est annoncé dans l'encadré rouge de droite
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La semaine dernière, J. D. Vance, vice-président des États-Unis, participait à un meeting électoral où il a eu l’audace de soutenir cette proposition absurde : il faut mettre un terme à l’ingérence illégitime de l’Union européenne dans les affaires de la Hongrie, alors que ce pays est précisément membre de la dite Union et doit donc se conformer à ses règles établies et librement consenties par chaque État membre, tandis qu’il ne fait pas partie de l’État fédéral dont provenait ce jeune et ridicule orateur barbu, si imbu de sa personne, qui n’a de cesse de nous insulter.

Clarín a accordé sa photo de Une à Peter Magyar
lors de l'annonce de sa victoire hier soir
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Le 21 mars, c’est Javier Mileí qui était venu soutenir son pote hongrois, l’un des rares dirigeants européens présents à sa prestation de serment (1) en décembre 2023.

Sondage publié par Página/12 aujourd'hui
(cohérent avec les sondages
publiés par d'autres médias)
Question : Voteriez-vous pour réélire Javier Milei ?

Sans parler de Poutine, qui en a fait de tonnes en pure perte, ni des représentants de l’extrême-droite qui sont dans l’opposition en Europe.

Les raisons du vote : la situation économique arrive en premier à 47,7%
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Autrement dit, la cuisante défaite de Victor Orban et les scènes de jeunesse en liesse sur la rive du Danube, rappelant la place de la Bastille le 10 mai 1981, apparaissent comme la promesse d’un retour aux principes de la démocratie et de l’État de droit autant aux États-Unis qui préparent leurs élections de mi-mandat, qu’en Argentine, où seule l’ingérence ouverte et menaçante de Donald Trump a pu renforcer la position politique de Milei l’année dernière en Argentine.

"Soulagement en Europe : l'opposant hongrois
Magyar écrase le scrutin et Orban quitte le pouvoir
au bout de 16 ans", dit le titre secondaire
sous la photo des deux hommes
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L’état déplorable dans lequel la politique libertarienne de ce fou, corrompu jusqu’à la moelle, a jeté le pays fait que ce matin, en dépit de la distance géographique, historique et culturelle entre l’Amérique du Sud et l’Europe centrale, c’est un certain soulagement qui s’exprime jusque dans la presse de droite (après tout, le nouveau Premier ministre hongrois s’annonce comme un conservateur classique) : le cauchemar antidémocratique peut prendre fin, surtout avec la politique, ouvertement insensée et incohérente, de Trump qui vient de subir un indéniable revers militaire et diplomatique puisqu’il n’a pas fait plier l’Iran, même s’il prétend le contraire (ce qui n’était pas encore le cas en octobre dernier, lors des élections de mi-mandat argentines). En Argentine, ce Waterloo électoral en Hongrie s’affiche donc sur toutes les Unes.

Et les sondages démontrent la nette dégradation de l’image de Milei dans la population. Deux tiers des Argentins disent qu’ils ne voteront pas pour lui et la raison majeure avancée est la situation économique du pays, auquel Milei avait pourtant promis monts et merveilles grâce à ses dérégulations à tout-va. Comme dans le cas d’Orban, cette politique autoritaire conduit le pays à la ruine.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Une de Página/12
lire l’article de Une de Buenos Aires/12, l’édition locale de la province de Buenos Aires, pour l’heure bastion de la gauche de gouvernement argentine
lire l’article de La Prensa (qui classe Orban dans l’extrême-droite européenne, alors que cette rédaction argentine soutient elle-même des positions de l’extrême-droite locale. Elle est en effet assez peu critique envers la dernière dictature militaire, pour ne pas dire qu’elle exprime une certaine nostalgie pour ce « bon vieux temps »)
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación sur la victoire électorale de Peter Magyar
lire l’article de La Nación sur le champ de bataille politique argentin après cet échec du candidat soutenu par le président
lire le portrait de Peter Magyar dans La Nación


(1) Milei avait aussi invité Volodymyr Zelensky. Le président ukrainien avait profité de cette occasion, rare pour lui, pour s’entretenir avec les autres chefs d’État du sous-continent et pour créer un précédent (c’était en effet la première fois qu’un président ukrainien posait le pied sur le sol argentin et même sud-américain). Depuis ce 10 décembre 2023, Zelensky a pris discrètement et astucieusement ses distances avec le président argentin, lequel a de son côté démontré au-delà du doute raisonnable qu’il n’avait en fait jamais eu la moindre intention de tenir ses promesses insincères de soutenir l’Ukraine dans son combat contre l’envahisseur russe. Le temps a en effet révélé que ces promesses n’avaient eu pour seul objectif que de démarquer sa candidature de la diplomatie timorée et ambiguë de son prédécesseur, Alberto Fernández, toujours resté en bons termes avec Vladimir Poutine, dans l’illusion difficilement compréhensible que la Russie était un champion de l’anti-impérialisme, ce qui est le comble du contresens géopolitique. Quant à l’invitation faite à Zelensky d’assister à son investiture, elle semble ne lui avoir servi qu’à faire mettre en Une de la presse des pays démocratique sa prestation de serment qui, sans cette figure prestigieuse et appréciée dans nos pays, n’aurait été traitée que par la presse des pays voisins dont il s’est ensuite désolidarisé dans les semaines qui ont suivi Avec la présence de Zelensky à son discours inaugural, Mileí a réussi une entrée fracassante dans la conscience politique des opinions publiques de pays dont il espérait se rapprocher – et qui l’ont à présent en horreur : les États-Unis, alors sous administration démocrate, la Grande-Bretagne alors sous gouvernement conservateur, l’Allemagne (pour son industrie et son ample marché), l’Italie, pour les beaux yeux de Georgina Meloni, la Hongrie (pour ceux de Victor Orban), et peut-être aussi les Pays-Bas mais, dans ce cas, uniquement pour la reine Máxima, d’origine argentine.

La justice ne capitule pas : perquisition à la recherche d’archives de la dictature [Actu]

Les secrets du général, dit le gros titre
En haut, à gauche : "L'extrême-droite international
vient de se casser la figure", dit le titre en caractères bleus
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Le juge fédéral Daniel Rafecas, que d’aucuns (à droite) soupçonnent d’être de gauche, vient de procéder à une perquisition en règle du domicile de feu le général Suárez Mason, important dignitaire de la dictature militaire de 1976-1983. Le juge recherchaient des documents sur les crimes contre l’humanité commis par le régime putschiste : arrestations extrajudiciaires, actes de torture et d’exécution, disparitions forcées, vols de bébés à leurs véritables familles.

Ce nouvel acte de procédure prend place dans les enquêtes qui n’ont jamais vraiment cessé pour établir la preuve des crimes commis et rechercher la trace des 30 000 disparus qu’a fait ce régime dictatorial, couvert à l’époque par les administrations étatsuniennes successives. Cette démarche est d’autant plus importante qu’elle intervient dans un moment où l’exécutif de Javier Milei ne cache pas sa volonté d’imposer un récit corrompu sur la dictature, d’en nier le caractère inconstitutionnel, antidémocratique et criminel et de falsifier les discours historique et mémoriel qui ont été bâti en plus de quarante ans de démocratie.

Signe qu’il y a encore dans la magistrature fédérale argentines des personnes qui résistent à l’intimidation gouvernementale et défendent avec courage les principes de l’État de droit.

La perquisition a permis de mettre sous scellés des notes manuscrites et des documents militaires classés qui n’auraient jamais dû se trouver dans un domicile privé s’il ne s’était pas agi d’affaires inavouables… Les pièces saisies vont maintenant être examinées et analysées par le juge au sein de son cabinet d’instruction.

Comme presque toujours dans ces cas-là, Página/12, qui fait de cette information sa Une du jour, est seul à mentionner ette perquisition dans ses colonnes aujourd’hui. Les trois autres quotidiens nationaux, deux de droite libérale et l’autre d’extrême-droite catho (de type « vielle Argentine » ou vincent Bolloré), n’en disent pas un mot.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

samedi 11 avril 2026

La crème des universitaires fait cours sur Plaza de Mayo [Actu]

L'université de Plaza de Mayo, dit le gros titre
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Comme le gouvernement refuse d’appliquer la loi sur le financement des universités, loi à laquelle le président Javier Milei a mis son veto, veto qui a ensuite été annulé par le Congrès qui a définitivement validé la loi, les organisations universitaires ont décidé d’investir Plaza de Mayo, sous les fenêtres du palais présidentiel, la Casa de Gobierno ou Casa Rosada, et des grands scientifiques argentins y donnent des cours à ciel ouvert à tous ceux qui veulent bien prendre place devant eux…

Et pendant que les universitaires s’efforcent de manifester de façon pacifique, efficace et inventive, on découvre chaque jour davantage l’ampleur de la corruption des membres du gouvernement et des élus qui soutiennent Mileí. C’est une véritable appropriation de la richesse collective. On découvre que des ministres ont bénéficié de prêts très avantageux de la part du Banco Nación, la branche commerciale de la Banque d’Argentine, qui compte une autre société, Banco Central de la República Argentina (qui veille sur la devise nationale et ssur les réserves du pays).

Quant à la femme de Manuel Adorni, dans la tourmente comme son mari pour leur train de vie très luxueux et assez peu en accord avec leurs revenus déclarés, Página/12 révèle aujourd’hui qu’elle a fondé sa propre société de coaching au moment où son mari entrait au gouvernement, qu’elle a pour client des institutions publiques et qu’elle leur vend du vent, comme le font beaucoup de ces sociétés de consulting, sous la forme d’un fatras de conseils bidon et interchangeables, à base de méthodes infantilisantes et ridicules.

L’argent qui ne va pas aux universités et à la recherche n’est donc pas perdu pour tout le monde mais le gouvernement reste muet devant les révélations qui s’amoncellent. Comme s’ils n’avaient pas d’argument pour démonter ces accusations.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin ;

lire l’article de Página/12 sur les prêts avantageux accordés aux dirigeants du pays
lire l’article de Página/12 sur le beurre que se fait la peu scrupuleuse épouse du Premier ministre avec de l’argent public et celui de certaines entreprises privées qui fayottent.
Les autres quotidiens n’évoquent pas cette manifestation sur Plaza de Mayo.
Fermez les yeux et imaginez pendant quelques secondes que cela se soit produit à Paris sur la place de la Bastille ou la place de la République ou à Bruxelles sur la Grand-Place et qu’il n’y ait qu’un seul journal pour en faire mention le lendemain !

vendredi 10 avril 2026

Adorni : la justice lève les secrets bancaire et fiscal du couple [Actu]

"Tout nus", se moque le gros titre
sur des photos des visages de deux époux
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Hier, à la demande du magistrat instructeur, qui, dans ce cas, est un procureur, un juge du siège a ordonné la levée des secrets bancaire et fiscal du couple Adorni afin que les enquêteurs puissent comparer le train de vie des époux avec leurs revenus déclarés correspondant à leurs activités officielles. Toutes les données devraient pouvoir être croisées, si les secrets sont effectivement levés par les autorités qui en sont dépositaires.

Avant-hier, la notaire du couple avait été interrogée par le procureur faisant office de juge d’instruction et il semble qu’elle n’ait fait que lui raconter des sornettes sur les opérations immobilières de ces dernières années dont elle a authentifié les actes d’achat et de vente alors qu’elle n’aurait pas dû le faire tant les montages financiers laissaient deviner leur provenance douteuse. En écoutant son récit, n’importe qui aurait soupçonné que ces flux passaient par des prête-noms et non par les véritables propriétaires et acquéreurs, or il semble que ces situations étranges n’aient jamais éveillé ses soupçons.

"Le secret sur les comptes bancaires de Adorni levé",
dit le gros titre.
En dessous, la photo est consacré aux obsèques d'un
enfant de 4 ans, sans doute tué par sa mère, à laquelle
il venait d'être confié à nouveau par la justice.
Or cette mère s'était déjà vu retirer la garde de cet enfant
et d'un autre parce qu'elle se montrait violente avec eux.
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Les trois grands journaux nationaux rendent scrupuleusement compte de ces avancées majeures de l’enquête autour de cette de plus en plus probable corruption du chef des ministres fédéraux, une corruption dont l’étendue intrigue, surtout lorsque l’on prend en considération qu’elle implique des acteurs politiques qui n’ont pas de mot assez dur pour dénoncer la corruption des équipes gouvernementales kirchneristes. Pour l’heure, on dirait que la justice tient bon, qu’elle continue d’assumer son rôle régulateur alors que l’exécutif fait tout pour que la démocratie et l’État de droit régressent en Argentine pour mieux disparaître à moyen terme au profit d’un régime autoritaire, dont les tenants pourront s’approprier l’ensemble des richesses nationales.

Des trois journaux nationaux, La Nación
se montre le plus timoré.
Juste un titre secondaire, en bas à droite :
"La levée du secret bancaire a été ordonnée
contre Adorni"
La photo montre les problèmes rencontrés
par les usagers dans les transports en commun à Buenos Aires
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Et pendant que Adorni et son épouse vivent sur un très grand pied, Página/12 se penche incidemment sur le cas d’un professeur titulaire de l’un des plus prestigieux lycées de Buenos Aires, un professeur à qui son seul salaire de fonctionnaire de l’État ne permet plus de vivre. Par conséquent, il enseigne le jour et, la nuit, il fait des livraisons à vélo sur une plateforme qui exploite la misère du monde pour se faire un maximum de pognon.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 sur les avancées du dossier Adorni
lire l’article de Página/12 sur la vie du professeur au Colegio Nacional de Buenos Aires (connu comme El Nacional)
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación

jeudi 9 avril 2026

Que la planète aille se faire pendre ailleurs : la Chambre vote le droit à polluer les glaciers éternels [Actu]

"La loi des glaciers, on n'y touche pas" dit ce panneau au premier plan
et la grande banderole bleue - Manifestation à Buenos Aires


Très tôt ce matin, dans la nuit, à temps toutefois pour le bouclage des quotidiens, la Chambre, par une très confortable majorité et seulement 3 abstentions (sur 251 députés présents), a approuvé une réforme qui, si le Sénat l’approuve à son tour, permettra sous peu aux industries minières d’exploiter les sous-sols des glaciers de Patagonie et, qui sait, peut-être aussi ceux de l’Antarctique, que, depuis plusieurs années, la loi argentine avait érigés en réserve naturelle, notamment pour préserver leur immense richesse en eau potable, une initiative due en son temps à la sénatrice Cristina Kirchner, qui devait devenir plus tard présidente de la Nation et aujourd’hui bête noire du couple présidentiel (Mileí et sa frangine, dite « Madame 3% »)

"Glaciers : les députés ont voté cette nuit
la loi qui ouvre la porte aux investissements millionnaires",
dit le gros titre
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Or ces glaciers, épais parfois de plusieurs kilomètres, fondent à vue d’œil été après été et leur rétractation, qui fait la une des médias à chaque effondrement ou chaque recul constaté in situ ou sur des images satellitaires, inquiète de nombreux secteurs, au premier rang desquels on trouve bien entendu les glaciologues et les climatologues du monde entier mais aussi, d’une manière plus immédiatement intéressée, l’industrie locale du tourisme dont ces gigantesques et spectaculaires masses de glace terrestre sont un des atouts régionaux. Sans parler naturellement des écologistes et autres citoyens informés qui savent que les glaciers et les pré-glaciers patagoniens constituent l’une des plus importantes ressources d’eau douce du pays et de la planète.

Pendant le débat, des députés ont affiché des pancartes hostiles :
en bleu : Oui à l'eau, non au saccages des sociétés minières
en rouge : Dehors des corrompus - Mileí, Adorni, Karina
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Voilà plusieurs jours que des manifestants se relaient autour du Congrès à Buenos Aires mais aussi dans toutes les grandes villes du pays pour tenter de faire pression sur les élus et de sensibiliser l’opinion publique à la gravité de ce vote et du débat qui le précède. Et ce matin, comme à chaque fois, dans la capitale argentine, la répression policière s’est abattue sur eux.

En haut, en bleu : un titre sur la loi des Glaciers
"L'eau a perdu contre le lobby minier"
En gros titre principal : "Des comptes à dormir debout", dit le calembour
traditionnel du gros titre, sur cette photo peu flatteuse de la notaire
qui a authentifié les acquisitions immobilières pas très nettes du Premier ministre
Manuel Adorni et qui a raconté des balivernes devant le procureur
chargé de l'instruction sur tous ces flux suspects.
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De jour en jour, le pays semble irrémédiablement sombrer dans une tragédie qui en englobe d’autres puisque ce qui se passe en Argentine aura des conséquences sur la planète entière, que cela concerne, comme ce matin, le saccage de l’environnement ou, comme presque tous les jours depuis le 10 décembre 2023 et l’arrivée aux affaires de Javier Mileí, de sa sœur (Karina) et de leur clique (dont Adorni), la brutalité exercée contre des êtres humains et la violation de leurs droits fondamentaux (liberté d’expression et d’information, droit du travail, droit à l’identité et à la famille, droit à la santé, à une alimentation saine, à l’éducation, à la culture, etc.).

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 paru en ligne sur la séance de ce matin à l’aube
lire l’article de Página/12 dans son édition de Salta (province située dans le nord-ouest du pays, à la frontière avec la Bolivie, aux antipodes des glaciers australs)
lire l’article de Página/12 sur la répression contre les manifestants
lire l’article de La Prensa
lire l’article de Clarín qui affiche cyniquement le caractère affairiste et, pour tout dire, obscène de ce vote (on va gagner des sous ! Et c’est là le plus important, non ? L’avenir de l’humanité n’arrêtera pas la quête du profit…)
lire l’article de La Nación, l’autre journal de droite, celle de l’oligarchie agraire et industrielle, dont la Une fleure bon elle aussi l’odeur du profit à venir au détriment de tout le reste...

Sortie simultanée en Argentine et en Italie d’un documentaire bilingue sur François [à l’affiche]

Affiche de Rosario 3
pour présenter le documentaire
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La Argentina de Francisco est un long-métrage documentaire, tourné en espagnol en Argentine sur les pas du pape François décédé le lundi de Pâques, l’année dernière, sous-titré en italien, dirigé par un réalisateur italien et produit par le dicastère de la Communication du Vatican (institué par François) et la chaîne télévisuelle catholique italienne Telepace (comprenez la télé de la Paix, celle du Christ naturellement). D’autres partenaires, notamment plusieurs diocèses, se sont joints au projet.

Le film retrace le parcours spirituel et pastoral du futur pape dans son pays d’origine, depuis sa vocation sacerdotale, lorsqu’il était adolescent et qu’il a reçu l’appel au sacerdoce dans la basilique San José de Flores, dans son quartier, jusqu’à sa mission d’archevêque à Buenos Aires, qui osa ériger en doyenné les paroisses présentes dans les quartiers périphériques et abandonnés, les bidonvilles qu’on appelle en Argentine las villas miserias, qui se caractérisent pas l’absence de services publics (pas d’école, pas de transports, pas de pharmacie, pas de cabinet médical, pas d’enseigne de la grande distribution mais des échoppes branlantes, pas d’infrastructures de sport mais un terrain vague où les gamins tapent dans les boîtes de conserve, pas de réseaux d’énergie mais de la débrouille à tous les étages et sous toutes les formes). Le film revient aussi sur la façon dont, spirituellement et pastoralement, cet archevêque peu ordinaire a investi le football et en particulier son club de prédilection, le San Lorenzo de Almagro, fondé par des religieux de l’ordre de saint Jean Bosco au début du 20e siècle, pas très loin de son quartier natal (aujourd'hui en grande difficulté administrative). Puisqu’il avait dans l’Italie du nord des cousins et des cousines de sa génération qui avaient eux-mêmes des enfants et qu’il a pu fréquentés pendant toute la durée de son pontificat, cette partie de sa famille a elle aussi participé au documentaire.

L'affiche officielle, made in Vatican

La Argentine de Francisco, c’est donc la genèse d’un pontificat disruptif qui devait bousculer l’Église universelle pendant treize ans comme l’homme avait bousculé son diocèse natal, avec toutefois un retentissement médiatique bien moindre, puisque la gauche argentine l’a toujours pris pour un réactionnaire fou furieux et ne l’a découvert et adopté qu’une fois qu’il vivait à Rome, tandis que la droite catholique lui en a beaucoup voulu de n’avoir pas privilégié l’Argentine au cours de son pontificat, comme si le Conclave en le choisissant aurait dû en faire un pape pour l’Argentine plutôt que pour le monde.

Ce film est le premier d’une série de documentaires, actuellement en tournage ou en post-production, dont la sortie est prévue en ce premier semestre 2026 autour du premier anniversaire de sa disparition.

Pour ma part, j’ai le souvenir de l’avoir brièvement rencontré au cours d’une messe de semaine (vingt paroissiens à tout casser) dans l’église de son baptême, dans le quartier de Almagro, alors qu’il était l’archevêque du lieu et j’ai été très heureuse lorsque son nom a été prononcé au balcon de Saint-Pierre et si j’ai rejeté ses déclarations répétées et plus qu’ambiguës sur la guerre de la Russie contre l’Ukraine et ses positions absurdes et si dépourvues de sens politique sur la réalité de la guerre dont, à rebours d’une tradition de morale politique ininterrompue depuis l’Antiquité, il refusait qu’elle puisse être « juste », ce qui revient dans les faits à condamner les peuples agressés à se laisser faire sans se défendre, cet irénisme à la Gandhi, lequel avait, de très loin, il est vrai, l’Inde, conseillé aux juifs de l’Europe occupée de ne pas résister aux nazis, j’avoue que François me manque bigrement avec son attention aux injustices socio-économiques et géopolitiques du temps présent et sa manière, au quotidien, d’envoyer valser le protocole impérial adopté par la Curie romaine depuis un Moyen-Age européen dont il ignorait à peu près tout - sauf saint François d’Assise - mais auquel son successeur, au demeurant fort sympathique et très courageux, fait beaucoup de concessions, qui n’ont pourtant rien à voir avec l’Évangile auquel on pourrait peut-être revenir au 21e siècle, maintenant que Charlemagne, saint Louis, Charles Quint, Louis XIV et quelques autres ont quitté cette vallée de larmes...

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

mercredi 8 avril 2026

La diplomatie aberrante de Trump dans la presse rioplatense [Actu]

"Le fou de guerre" dit le gros titre
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"Cessez-le-feu bilatéral", dit le gros titre
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L’opinion publique en Argentine et en Uruguay se sentait moins concernée par la politique menée au Moyen Orient par Donald Trump. Moins inquiète que de notre côté de l’Atlantique, elle n’en était pas moins effarée par le déchaînement de violence affiché par ce président dont il est de plus en plus évident qu’il souffre d’une forme de démence sénile, qui n’est certes pas Alzheimer mais qui n’en affecte pas moins gravement sa capacité de jugement et ses décisions.

"Trump et l'Iran s'accordent sur une trève
de deux semaines pour négocier" dit le gros titre
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"Cessez-le-feu pour deux semaines. Le détroit
d'Ormuz rouvre" dit le gros titre
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Les Unes rioplatenses sont donc moins spectaculaires qu’en Europe mais toutes font allusion en gros titre à l’arrêt conditionné et temporaire des combats et à la réouverture du détroit d’Ormuz à la navigation marchande. Beaucoup d’articles constatent la défaite des États-Unis contre un pays du « Sud global », avec l’aide des diplomates de l’un de ses voisins, le Pakistan, malgré le triomphalisme obscène qui règne dans la propagande gouvernementale de Washington mais, semble-t-il, sans convaincre grand-monde. On se croirait au lendemain de la victoire du Japon sur la Russie tsariste en 1905 et peut-être y sommes-nous...

"Trump accepte une trêve avec l'Iran après
des menaces qui ont fait trembler le monde" dit le gros titre
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Pendant ce temps-là, les Libanais continuent à souffrir et à mourir puisque Israël refuse d’appliquer le cessez-le-feu sur ce théâtre d’opération.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

En Uruguay :
l
ire l’article de El País
lire l’article de El Observador
lire l’article de Grupo Multimedio (ex-La República)
Seule la Une de El País est disponible en image.

mardi 31 mars 2026

L’Argentine façon USA [Actu]

La malédiction des armes, dit le gros titre
sur cette photo issue de la caméra de sécurité
qui veille sur l'établissement scolaire
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Hier, dans la province de Santa Fe, au nord de Buenos Aires, un gamin de 15 ans, victime de harcèlement scolaire et pris dans de graves problèmes familiaux, s’est emparé du fusil de son grand-père, qu’il a caché dans un étui de guitare, avant de se rendre au collège pour tirer dans le tas avec du petit plomb de chasse. D’après l’avocat de la famille, l’adolescent aurait été sous traitement médicamenteux.

Un de ses camarades de 13 ans est mort et huit autres ont été blessés, heureusement sans extrême gravité sur le plan physique. Ils ont été soignés à l’hôpital local.

Avec un fusil, un gamin a déclenché l'horreur
dans son école : un mort de 13 ans, dit le gros titre
sur une photo de ces élèves dans leur école
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Le modèle nord-américain si apprécié par Javier Mileí commence donc bel et bien à se répandre en Argentine. Ce président sans honneur n’a pas daigné prendre la parole depuis cette tragédie. Les habitants de la bourgade ont quant à eux organisé aussitôt une marche blanche en l’honneur de l’adolescent décédé.

La Nación a préféré titrer sur le scandale
qui implique les autorités du football,
que Javier Mileí a voulu et provoqué
La tragédie est traitée par la photo centrale
avec ce titre : Le pays choqué : un gamin de 15 ans
apporte un fusil à l'école et tire à volonté
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Le jeune tireur ne sera pas poursuivi. La loi argentine, encore en vigueur pour quelques mois, dispose en effet que les mineurs de moins de 16 ans ne peuvent pas être passibles des tribunaux. Le Congrès a tout récemment baissé ce seuil à 14 ans mais cette nouvelle loi n’entrera en vigueur que dans six mois.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12
lire l’article de La Prensa
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación
lire l’article de El Litoral, le principal quotidien local, qui voit dans cet accès de violence mortelle un problème structurel que la société civile doit résoudre

Une attaque sur fond de globalisation, dit le gros titre
de la Une de l'édition locale de Página/12
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Mise à jour du 9 avril 2026 :

L’enquête a conduit récemment à la mise en cause de plusieurs autres mineurs qui, avec le jeune tireur, partageaient sur les réseaux sociaux une fascination pour les crimes de sang. Parmi les adolescents impliqués, se trouve un garçon de 16 ans, actuellement en détention préventive (à son âge, il est passible des tribunaux et d’une lourde condamnation).
L’hypothèse initiale sur les causes de la tuerie, celle d’un adolescent en détresse psychique ou en rupture de traitement qui aurait soudainement décompensé, est désormais écartée. La réalité est sans doute beaucoup plus grave encore puisque l’enquête révèle un réseau international de partage d’une passion pour la violence et d’incitation au passage à l’acte dont l’étendue dépasse l’imagination et qui correspond bel et bien à la violence que Trump, Netanyahu, Poutine, Mileí et consorts ont installée et comme légitimée dans l’espace public, chacun à sa façon, en paroles et en actes.
A ce sujet, lire l’article de Página/12 dans l’édition de Rosario

samedi 28 mars 2026

YPF : l’Argentine a gagné son procès à New York [Actu]

"Rit bien qui rit le dernier", dit le gros titre
sur cette photo des deux leaders qui ont
nationalisé YPF et voient leur politique légitimée
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Javier Mileí a beau tenter de s’attribuer cette victoire, il est clair qu’elle n’est pas la sienne. Dès le début de son mandat, en décembre 2023, le président a même osé faire des déclarations publiques qui auraient pu fragiliser la défense des intérêts de son pays dans cette affaire, notamment lorsqu’il a affirmé que toute expropriation était par définition illégitime et que ce type d’opération devrait être illégal.

Or le dossier YPF repose tout entier sur une nationalisation qui a entraîné l’expropriation des porteurs d’actions privés, institutionnels, constitutives du capital de la compagnie pétrolière argentine, YPF (pour Gisements pétroliers fédéraux), créée il y a un siècle par le premier gouvernement de gauche, celui du président Hipólito Yrigoyen, le leader des radicaux, alors un parti de nationalistes de classe moyenne, partisans d’une redistribution des richesses. Cette nationalisation a été menée à bien par Cristina Kirchner et son ministre de l’Économie, Axel Kiciloff, aujourd’hui gouverneur de la Province de Buenos Aires (tous deux en Une de Página/12), et elle avait pour objectif de récupérer un groupe privatisé quelques années auparavant dans la grande privatisation de Carlos Menem, le président préféré de Mileí, l’un des plus corrompus aussi (comme par hasard !).


"Le procès YPF, laissé en héritage par le kirchnerisme, est fini
Nous n'aurons pas à payer 18 milliards de dollars", dit le gros titre
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Dans son discours très solennel, hier à la Casa Rosada, entouré de son gouvernement et avec à sa droite Manuel Adorni, son exécré Premier ministre qui se débat dans un inextricable scandale de corruption à tiroirs, Javier Mileí s’est donc attribué le mérite de la victoire (qu’il n’avait pourtant pas souhaitée) tout en crachant un flot de critiques absurdes sur Cristina Kirchner et Axel Kiciloff, dont il a dit qu’ils avaient précipité le pays dans la catastrophe, laquelle a été déclenchée non pas par eux mais par les deux puissants groupes financiers qui ont porté plainte, puisque l’actionnaire privé principal de YPF, la compagnie pétrolière espagnole Repsol, avait rapidement accepté l’accord négocié il y a de nombreuses années avec le gouvernement argentin.

Hier, ce procès en appel a donc abouti à la reconnaissance, par la justice de l’État de New York, saisie par les plaignants, de la légalité de l’expropriation au profit de l’intérêt général argentin, que contestaient les deux actionnaires minoritaires. De ce fait, le verdict reconnaît également la légitimité de cette décision politique. La justice de New York reconnaît par conséquent la souveraineté de l’Argentine et son droit de décider librement et seule de l’exploitation de son sous-sol. Toute chose qui va clairement à l’encontre de la politique de Mileí et s’oppose formellement aux visions impérialistes délirantes de Trump (sur le Venezuela par exemple, mais aussi sur l’Argentine que Mileí lui offre sur un plateau d’argent, et sans doute sur l’Iran) et de son âme damnée du Kremlin, auquel Trump, suivi comme un toutou par Mileí, rêve de livrer le Donbass tout cuit et tant qu’à faire l’Ukraine tout entière, si c’est possible (dans les deux cas, ça résiste, l’Iran et l’Ukraine).

"Verdict historique en faveur de notre pays :
la condamnation à cause de YPF a été annulée
aux Etats-Unis", dit le gros titre
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L’Argentine risque encore que les plaignants contestent cette décision d’appel et la porte devant la Cour suprême fédérale (un brin trumpienne sur les bords) ou, bien pire encore si c’est possible, devant un tribunal arbitral international, c’est-à-dire une justice privée, ce que Mileí est assez peu susceptible de refuser. Ces plaignants sont en effet deux fonds spéculatifs, que les Argentins, du côté péroniste, ont surnommé les fonds vautours. Ils savent faire et ils ont les moyens de continuer le combat.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de La Prensa, qui rend compte des circonvolutions de Mileí pour s’attribuer ce succès
lire l’article de Clarín sur le verdict, qui libère l’Argentine du paiement d’une indemnisation pharaonique qui aurait achevé d’abattre les finances publiques, déjà plus que mal en point
lire l’article de Clarín sur le discours triomphaliste de Mileí
lire l’article de Une de La Nación sur le verdict
lire l’article de La Nación sur le discours de Mileí

Ajouts du 30 mars 2026 :

lire l’article de Página/12 sur les déclarations de Kiciloff concernant les affirmations de Mileí qui continue à donner raison aux plaignants contre la nationalisation de la compagnie pétrolière
lire l’article de Página/12 sur les positions de l’actuel ministre de l’Économie qui continue lui aussi à vilipender la nationalisation de la compagnie, jouant ainsi contre les intérêts judiciaires du pays
lire l’article de Clarín sur les positions de Kiciloff