vendredi 16 novembre 2018

Centenaire de l'Armistice : l'édition du 16 novembre 1918 de Caras y Caretas [Histoire]

Caricature de Guillaume II, Caras y Caretas, 16.11.1918
Cliquez sur l'image pour une haute résolution


La page suivante est consacrée à cette délicieuse publicité
pour le thé Lipton, "le seul dont le type n'a pas varié
et dont la qualité ne s'est pas dégradée
Aujourd'hui plus que jamais : le meilleur que la terre produit"

Le 16 novembre 1918, l'illustré portègne Caras y Caretas (1) rendait compte à ses lecteurs de la fin du conflit en Europe en se mettant résolument du côté des vainqueurs malgré la composition de la population, qui s'enrichissait depuis 1880 de toutes les nationalités du Vieux Monde.

Défilé de joie dans les rues de Buenos Aires le 11 novembre 1918
Au centre on reconnaît nettement le drapeau français
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Les caricatures de Guillaume II sont féroces, les photos des vainqueurs avantageuses. Mêmes les publicités sont astucieusement placées pour vanter les produits britanniques !

Quelques grandes figures politiques ou intellectuelles qui ont appuyé les alliés
en haut, à gauche, le leader socialiste Alfredo Palacios
en haut à droite, Ricardo Rojas, futur recteur de l'Université de Buenos Aires
et futur auteur de El Santo de la Espada,
une vie [très] romancée de San Martín que beaucoup d'Argentins prennent
pour une biographie fiable
Au centre, le plus bas des deux : l'écrivain Leopoldo Lugones
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

"Le retour à la maison" pour Trieste et Trente
représentées par les deux petites filles se jetant dans la bras de Mère Italie
Deux villes dont le sort semble intéresser l'illustré davantage que Strasbourg
C'est normal : il y a plus d'Italiens parmi ses lecteurs que de Français
En arrière plan, les chefs militaires italiens
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Un numéro plus développé devait paraître la semaine suivante pour mieux rendre compte des événements. De toute évidence, la rédaction avait été surprise par la signature du 11 novembre.

Merci à la Bibliothèque Nationale Espagnole d'avoir mis à disposition des Internautes l'intégralité de la collection historique de Caras y Caretas.



(1) Le groupe médiatique Octubre, auquel appartient Página/12, s'est réapproprié récemment le titre pour faire vivre une revue qui n'a plus rien à voir avec l'originale mais affecte de croire le contraire.

Deux reprises de Enrique à San Telmo [à l'affiche]


Le musicien et écrivain Luis Longhi rend en ce moment hommage à Enrique Santos Discépolo (1901-1951), à travers une nouvelle pièce de théâtre évocatrice : elle s'intitule sobrement Enrique et présente le maître du tango et du théâtre des années 40 dans l'éventail de ses talents. Enrique Santos Discépolo était poète, compositeur, comédien de théâtre et réalisateur de cinéma.

Le spectacle se tient demain soir, samedi 17 novembre 2018, à 20h30, au centre Caras y Caretas, Venezuela 330, à Montserrat (1). Autre représentation : le 24 novembre à la même heure et au même endroit.

Entrée : 200 $ (tarif raisonnable).

Luis Longhi et Nicolás Cucaro sont seuls en scène pour faire revivre un personnage haut en couleurs,  écorché vif, anarchiste désespéré converti en péroniste passionné et mort en 1951, à la veille de Noël, un an et demi après son ami, le poète Homero Manzi, qui lui avait rendu hommage quelques mois plus tôt avec un tango immortel : Discepolín (2).


En avril, Página/12 avait rendu compte de la pièce, qui se présentait alors dans sa version originale avec plus de monde en scène.

Luis Longhi va bientôt reprendre une autre de ses pièces tangueras, Marío Cardenás, autour de la figure d'une vieille gloire fictive du tango qui ferait son retour médiatique après une carrière triomphale dans les années 60 et 70.

Pour en savoir plus :



(1) Il s'agit de l'autre salle de spectacle du groupe Octubre.
(2) Discepolín et une dizaine de tangos de Discépolo font partie du corpus de textes que j'ai traduits dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, paru aux Editons du Jasmin.

Dino Saluzzi ce soir au Centre culturel du groupe Octubre [à l'affiche]


Le bandonéoniste et compositeur saltègne Dino Saluzzi revient à Buenos Aires avec un répertoire correspondant à El Valle de la Infancia, son dernier disque sorti en Europe en 2014 (la vallée de l'enfance). Dino Saluzzi se présente ce soir, vendredi 16 novembre 2018, à 21h30, à Caras y Caretas 2037, Sarmiento 2037, le centre culturel du groupe Octubre dans le quartier de Balvanera.

Le musicien de 84 ans se produira avec son quintette familial composé de lui-même au bandonéon, de José María Saluzzi (guitare), Felix Saluzzi (saxo ténor et clarinette), Matías Saluzzi (basse électrique) et U.T. Gandhi (batterie et percussions).

Places : 500 et 450 $ ARG. Ce n'est déjà plus à la portée de tout le monde !

Mais Saluzzi est un des grands artistes très représentatifs de l'actualité artistique de Salta et du nord-ouest dont il est natif.

Pour l'occasion, Página/12 publie une longue interview de l'artiste qui en profite pour faire quelques déclarations de principe politique en phase avec la ligne idéologique du quotidien du groupe Octubre, façon vieux sage.

Pour aller plus loin :

Un domaine militaire historique devient un espace vert [Actu]

C'est joli tout plein, au printemps !
Mauricio Macri, ce matin, à Campo de Mayo, flanqué de ses ministres :
à sa droite, Oscar Aguad (Défense), à sa gauche, Sergio Bergman (Ecologie)
Photo Casa Rosada
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Le président Mauricio Macri vient d'annoncer que, conformément au programme politique qu'il avait lancé à la rentrée de mars dernier, le Campo de Mayo, un domaine militaire, au nord-ouest de Buenos Aires, où ont fonctionné quatre centres de détention clandestine sous la dernière dictature militaire, sera transformé en un parc public urbain, dans une zone déjà fort bien lotie en matière de grands espaces verts, grâce au delta du Paraná qui s'apprête à se jeter dans le Río de la Plata. L'installation des forces armées sur ce domaine de 8.000 hectares remonte à 1901, l'époque où cette région de la banlieue chic de Buenos Aires a connu son plein développement résidentiel pour familles patriciennes des plus huppées.

L'idée de convertir en parc naturel ce lieu où l'on a torturé, assassiné, volé des bébés à leur naissance, avait rassemblé contre elle toutes les associations de victimes de la dictature : Abuelas, Madres, H.I.J.O.S, Familiares, etc.

Elle se fera sans passer par le Congrès, en évitant donc un débat très conflictuel. Le parc restera sous la responsabilité du ministère de la Défense. Il sera censé bénéficier à 10 millions d'habitants du Gran Buenos Aires, mais c'est une fiction : les pauvres, qui habitent le sud, n'auront pas les moyens de faire tout ce chemin pour aller se balader dans un parc situé à plus de 40 km de chez eux.

Página/12, très attaché à la mémoire des victimes de la dictature, s'en étrangle.
La Prensa, beaucoup moins sensibles à ce passé sanglant, raconte la cérémonie au cours de laquelle le président, en compagnie de quelques ministres, a fait son petit effet devant les autorités militaires rassemblées en affirmant que les Argentins étaient tous d'accord sur le thème de l'écologie. Ce qui est faux : il n'y a qu'à voir les querelles que déclenchent l'usage des pesticides ! Et l'habillage écologique ne marchera jamais devant les partisans des droits de l'homme.

Et pour l'occasion, on a vu réapparaître le très discret, quasi-transparent, inodore et incolore (gouvernementalement parlant) Secrétaire d'Etat à l'Ecologie, le rabbin Sergio Bergman avec son habituelle kippa multicolore.

Pour aller plus loin :

jeudi 15 novembre 2018

Jacqueline Sigaut et Virginia Janza chantent pour un roman noir [à l'affiche]


Les chanteuses Jacqueline Sigaut et Virginia Janza, accompagnées à la guitare par Juan Martínez, seront demain, vendredi 16 novembre 2018, à 21h30, au resto-bar culturel Cusca Risun, San Lorenzo 365, à San Telmo. Elles participeront à une nouvelle présentation d'un roman policier dont la presse a encore fort peu parlé : Breve manual de instrucciones para asaltar un banco (Petit manuel sur la meilleure façon d'attaquer une banque), de Fernando Musante, paru en juin au Grupo Editorial Sur.

La comédienne Stella Matute sera également aux cotés de l'auteur.


Une rencontre à savourer avec les oreilles, le cerveau et le palais, l'établissement proposant une cuisine familiale argentine traditionnelle : ragoûts, empanadas, tamales (spécialité du Nord-Ouest), frites et steak, charcuteries et snacking et même, en dessert, un gâteau au Fernet Branca, l'apéritif que les Argentins adorent déguster en cocktail avec du Coca Cola (1).

4ème de couverture à lire
Cliquez sur l'image pour une haute résolution


Le livre n'a pas encore reçu de critique mais on peut au moins lire la 4ème de couverture sur le site Internet de l'éditeur, où il est achetable en ligne, au prix de 580 $ ARG en Argentine ou 18,31 € (sans les frais de port). Le roman noir est un genre qui commence à exister dans le paysage littéraire argentin. Il a mis beaucoup de temps à se faire une place au soleil chez les éditeurs.



(1) Dans des proportions variables. Il y a ceux qui préfèrent un peu de Fernet avec beaucoup de Coca et d'autres qui confectionnent leur verre en inversant les proportions !

ARA San Juan : un an sans nouvelle [Actu]

La famille d'un des sous-mariniers du San Juan, sur la plage de Mar del Plata
au fond, les bâtiments du front de mer
Photo Mara Sosti (pour La Nación)
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Il y a un an que le sous-marin ARA San Juan ne répond plus. Selon deux rapports d'experts étrangers, le bâtiment a souffert d'une implosion en grande profondeur mais officiellement, le gouvernement argentin continue à ne rien savoir de sûr. Les familles refusent que les membres d'équipage soient déclarés morts, car ils pensent qu'alors l'Etat argentin cessera les recherches, qui d'ailleurs ne donnent rien, quelque soient les moyens mis en œuvre. Ils préfèrent donc qu'ils soient portés disparus jusqu'à ce qu'on retrouve l'épave, qu'on ne retrouvera sans doute jamais.

L'instruction judiciaire continue, sous la conduite d'une juge qui dit travailler sans trêve mais sans aussi sans hâte pour réaliser un travail rigoureux et inattaquable.

Les familles manifestant dans le port de pêche de Mar del Plata
Photo
Página/12
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

Aujourd'hui, le président Mauricio Macri doit rendre hommage aux 44 sous-mariniers disparus et il est fort possible qu'il soit chahuté par les familles.

Dimanche dernier, tous les journaux nationaux consacraient des pages à ce drame. Et aujourd'hui, ils remettent le sujet à l'honneur mais seul Página/12 consacre un espace de sa une à cette triste affaire.

Pour aller plus loin :
dimanche :
lire l'article de La Prensa sur la position de l'état-major de la Marine
lire l'article de La Prensa sur la juge d'instruction
lire l'article de La Nación sur les recherches qui ont encore échouées, malgré la présence du père d'un des disparus, lui-même ancien officier de marine, parmi les experts
lire l'article de La Nación sur la juge d'instruction et son travail
aujourd'hui :
consulter le dossier mis en ligne par La Nación sur l'année écoulée
lire l'article de La Nación

Ajout du 16 novembre 2018 :
Comme on pouvait s'y attendre, les familles ont assez mal vécu le discours convenu du Président Macri, hier, à la Base navale de Mar del Plata. Platitudes habituelles : je suis de tout cœur avec vous depuis le début (alors qu'il ne les a jamais reçues pendant qu'elles squattaient Plaza de Mayo, au pied du Palais du Gouvernement), je n'aurais de cesse qu'on les retrouve (alors que la recherche a été maintes fois abandonnée), etc.

Quand Jean-Pierre Léaud et Pierre Richard sont à la une à Buenos Aires [à l'affiche]

"Je suis une légende", c'est Jean-Pierre Léaud qui le dit en toute modestie !

Petit cocorico pas bien méchant !
Jean-Pierre Léaud est l'un des invités d'honneur du Festival International de Cinéma de Mar del Plata : il y présente le film où il incarne Louis XIV sur son lit de mort.
A cette occasion, il a accordé une interview à Página/12, le quotidien de l'actuelle opposition (de gauche).

Samedi prochain, l'acteur français, qui aime être une légende (c'est lui qui le dit), sera à Buenos Aires, pour présenter, au MALBA, le musée d'art moderne latino-américain situé à Palermo, une version des 400 coups de Truffaut, à 20h. La soirée cinématographique se prolongera à 22h avec la projection d'un court-métrage.

Pierre Richard, tout à fait reconnaissable !
En revanche, l'arrière-fonds ne nous est guère familier
Il l'est bien davantage aux Argentins
C'est le célèbre front de mer de Mar del Plata
Photo de Fabián Gastariena pour Clarín
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Pierre Richard, présenté comme un « fou sympa lâché dans Mar del Plata », a quant à lui les honneurs de Clarín avec une interview dans les pages intérieures et une manchette sur la une !


Grand, blond et objet d'un hommage, dit la manchette à côté de la photo de P. Richard
La photo principale montre un couple suspecté d'avoir posé une bombe
au cimetière de la Recoleta (Buenos Aires) sur la tombe
d'un homme politique assassiné par des anarchistes en 1909
Les deux ont été arrêtés, elle a été blessée dans sa propre opération
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Pour aller plus loin :

Viviana Scarlassa et Karina Beorlegui à Flores [à l'affiche]

Cliquez pour une très haute résolution

Demain soir, vendredi 16 novembre 2018, à 21h30, dans le cadre d'une série de concerts consacrés à l'écrivain portègne Roberto Arlt, les chanteuses Viviana Scarlassa et Karina Beorlegui se partageront la scène de La Turba, Varela 503, accompagnées de Fernando Díaz, Hernán Ielapi et Pablo Kovacevic.

A La Turba, on peut aussi voir une exposition consacrée à l'histoire du tango dans ce quartier populaire historique de la capitale argentine et déguster une gastronomie familiale maison, en l'arrosant d'une bière artisanale (que les Argentins réalisent de mieux en mieux).

Entrée libre et gratuite.

Plus d'informations sur les artistes en cliquant sur leurs noms dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ce qui fait remonter en première page tous les articles les concernant dans Barrio de Tango.

Mieux vaut en rire ! [Actu]


Página/12 ne perd jamais son humour, un humour dans la grande tradition caustique du carnaval : le gouvernement a obtenu assez facilement le vote de son budget 2019, le premier après le nouvel endettement auprès du FMI. Alors bien sûr, les députés et sénateurs de l'opposition ont fait tous leurs efforts pour argumenter contre ce projet de loi, Cristina Kirchner en tête (dont j'ai écouté ce matin la longue prise de parole - elle n'a rien perdu de son éloquence, même si elle semble physiquement quelque peu marquée par les incessantes difficultés judiciaires qu'elle traverse depuis trois ans) mais plusieurs membres de cette même opposition ont donné leur voix à la majorité.
Bien sûr, il y a eu des manifestations sur la Plaza de Congreso dans la journée d'hier, sans dégât matériel cette fois-ci, semble-t-il, mais sans ébranler les parlementaires.

La vignette de ce jour de Daniel Paz et Rudy fait allusion à une vidéo
publiée il y a quelques jours par Macri sur les réseaux sociaux
Il s'y montre s'appliquant une lotion contre la calvitie
L'homme debout : Macri a essayé un produit contre la chute des cheveux
L'homme assis : Ce serait bien qu'il en essaye un contre la chute de l'emploi
Traduction © Denise Anne Clavilier

Página/12 n'a donc pas d'autre solution que de tâcher d'en rire avec cette une où une paire de ciseaux jaune (1) coupe dans tout, la santé, l'éducation, la culture, les travaux publics, le logement et même dans le titre du quotidien, et occupe toute la une. Avec pour gros titre un nouveau jeu de mot : "Pour toucher le fond" [monétaire international]. En dessous du titre, la rédaction a ajouté cette étrange phrase du ministre de l'Economie, Nicolás Dujovne : « Jamais on n'a fait une politique de rigueur d'une telle amplitude sans que le gouvernement ne tombe ». Et en manchette, les titreurs ont choisi une interview d'une dirigeante d'Attac, alors que le gouvernement laisse entendre que les altermondialistes prépareraient des manifestations violentes (façon black blocks) contre les chefs d'Etat du G20 qui doivent se réunir à Buenos Aires le 30 novembre, et un article sur le sort du sous-marin ARA San Juan, dont on ne sait toujours pas ce qu'il est devenu, un an après sa disparition des radars quelque part dans l'Atlantique sud.

Pour aller plus loin :


(1) Le jaune est la couleur du parti du président Macri, le PRO.

Samedi, Tango Mío chez Jacqueline [à l'affiche]


Ce samedi 17 novembre 2018, à 21h30, la chanteuse Jacqueline Sigaut accueille chez elle, selon son habitude, deux autres artistes, la chanteuse Luján Vera et le guitariste Fernando Acedo, qui ont composé leur duo, Tango Mío, en 2012. Ils viennent présenter leur répertoire qui mélangent les grands classiques du tango et les œuvres de quelques grands poètes et musiciens de l'actualité.

Le duo vient de sortir son premier album, intitulé Tango y Mugre, le titre d'un tango écrit par le poète Raimundo Rosales (1).

Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Il faut s'inscrire par mail auprès de l'hôtesse selon la procédure signalés sur le tract numérique ci-dessus.



(1) Ce texte est inclus dans mon anthologie parue chez Tarabuste Editions, comme numéro spécial 2010 de la revue Triages : Deux cents ans après, le Bicentenaire de l'Argentine à travers lepatrimoine littéraire du tango.

Le ciné se rebiffe [Actu]

"Le cinéma répond à l'ancien ministre de la Culture"

Alors que se tient à Mar del Plata le traditionnel festival international du cinéma, un collectif qui fédère tous les organismes de défense et de promotion du septième art, a tenu une conférence de presse où il a rendu public son désaccord décidé avec les propos lénifiants et triomphalistes tenus par Pablo Avelluto, ex-ministre et actuel secrétaire d'Etat à la Culture (sous l'autorité du ministère de l'Education), lors de la cérémonie d'ouverture, samedi dernier (voir mon article du 10 novembre 2018)

Les réalisateurs et producteurs dénoncent le manque de respect du mode de fonctionnement officiel de l'INCAA, l'institut national du cinéma et des arts audiovisuels. Celui dispose en effet d'un conseil artistique censé co-diriger l'organisme mais l'avis de ce Consejo Asesor (CA) ne serait que rarement sollicité. C'est ainsi que le budget de l'année prochaine a été envoyé au gouvernement sans être passé par le CA.

Les artistes et producteurs ont signalé la baisse du nombre des films tournés chaque année depuis l'arrivée au pouvoir de l'actuelle majorité, la non-exécution des budgets accordés et l'abandon progressif de la filière courts-métrages, qui permet à des jeunes d'entrer dans le métier, et de la conservation du patrimoine cinématographique national. Bref, une gouvernance qui décapite le secteur et lui fait perdre la mémoire, ce que les historiens ont pu constater à chaque fois que la droite a tenu les commandes en Argentine depuis 1930.

De son côté, le secteur du livre continue à manifester son mécontentement après le rapport très alarmiste du CAL (syndicat des éditeurs et libraires indépendants) sur la perte de vitesse de l'activité des libraires et des éditeurs (voir mon article du 1ernovembre 2018).

Pour en savoir plus :
lire l'article de Página/12 sur le secteur cinématographique
lire l'article de Página/12 sur le secteur du livre ("Ce que veut ce gouvernement, c'est un pays d'ignorants")
consulter la page Facebook des réalisateurs du CA (qui pratique l'écriture inclusive, qui utilise le X pour remplacer le O masculin et le A féminin)

Inculpée pour avoir couvert le président [Actu]

Une une inventive et agressive, caractéristique de ce quotidien

Laura Alonso, la toujours souriante et éternellement fringante Madame Anti-Corruption du gouvernement de Mauricio Macri, vient de se faire épingler par la justice argentine qui l'a inculpée pour manquement au devoir de sa charge parce qu'elle a étouffé une enquête sur des affaires suspectes de l'actuel président : le groupe industriel et financier de la famille Macri a pris le contrôle de la poste nationale argentine (Correo Argentino) en en obtenant (légalement) la concession pendant le mandat présidentiel de Carlos Menem. Or le groupe Macri n'a pas acquitté la dette ainsi contractée, qui se montait déjà en 2001 à près de 300 millions de pesos.

L'Office Anti-Corruption (AO) aurait donc dû mener une enquête avec rigueur et longueur de temps mais Laura Alonso a très vite fermé le dossier sous prétexte que l'affaire ne relevait d'aucun conflit d'intérêts. Un argument qui ne tient pas debout puisqu'il s'agit de la famille du chef de l'Etat et d'une concession de service public.

Trois parlementaires de l'opposition ont donc porté l'affaire devant la justice et une procureure fédérale demande désormais des comptes à la dignitaire. C'est la juge Servini de Cubría qui prend en charge l'instruction. Elle est bien connue pour le rôle qu'elle a joué dans plusieurs restitutions d'identité à des adultes enlevés en bas âge à leur famille par la dictature.

La Nación était hier matin le seul quotidien national à ne pas aborder le sujet dans son édition imprimée et Página/12 le seul à en faire sa une.

Pour aller plus loin :

lundi 12 novembre 2018

La Martino présentait hier son nouveau disque à la Usina del Arte [Disques & Livres]


Hier, à la Usina del Arte, le grand complexe culturel municipal au cœur de la Boca, la Martino Orquesta Típica, une formation de jeunes musiciens, fondée en 2012 par Nehuén Martino, présentait son deuxième album, Plural, édité uniquement en format numérique, sans disque physique.

Le groupe partageait la scène avec la chanteuse Patricia Malanca.

Des artistes à découvrir grâce aux articles que leur consacrait hier Página/12 et, en ce qui concerne l'orchestre, à travers son site Internet et sa page Facebook.

Pour en savoir plus :
lire l'article de Página/12 sur la Martino
lire l'article de Página/12 sur Patricia Malanca

Egalité au match aller, avantage pour River [Actu]

Une du supplément sportif hebdomadaire de Página/12

La une de Clarín unifie le gros titre et la photo

Finalement, après une suspension samedi soir à cause de la pluie torrentielle qui a ravagé certains quartiers de Buenos Aires et une bonne partie de la banlieue sud, le classique des classiques qui opposait en match aller de la finale de la Coupe des Libérateurs les clubs Boca Juniors (en bleu et jaune) et River Plate (en blanc et rouge) s'est terminé sur un score à égalité de 2 à 2.

La Nación a quant à elle partagé sa une entre photo et gros titre

Le match retour, tout aussi serré, se jouera le 24 novembre, à 17h, heure locale, au stade Monumental, dans le quartier de Belgrano, sans supporters extérieurs, et avec un bon avantage pour le club résident (River Plate).

La Prensa est le seul quotidien national à faire une place en une
à la préparation du G20 le 30 novembre,
à la commémoration de l'Armistice (avec la trogne disgracieuse de Trump)
et à la tragédie des incendies géants en Californie

Pour en savoir plus :
consulter la galerie de photos publiée en ligne par Clarín

samedi 10 novembre 2018

A Buenos Aires, la Nuit des Musées jusqu'à 3h du matin [à l'affiche]


Pour la quinzième année consécutive, les musées de Buenos Aires ouvrent leurs portes ce soir jusqu'à 3h du matin demain pour la Noche de los Museos.

Visites gratuites. Parcours thématiques pour les petits et les grands.

A cette occasion, la Confitería El Molino, en pleine opération de restauration, ouvrira ses portes sur Plaza del Congreso.

Trente musées supplémentaires se sont joint cette année à la manifestation.

Pour la première fois, cette date correspond aussi à un super-clásico du foot : la rencontre ce soir à 17h au stade de La Boca, la Bombonera, du match aller de la finale (grandiose) de la Copa Libertardores, l'équivalent du championnat d'Europe des clubs : un match qui opposera Boca Juniors à River Plate... Et en plus, le ciel semble hostile : il risque fort de pleuvoir beaucoup.

Pour en savoir plus :

Un premier pas vers la séparation de l'Eglise et de l'Etat [Actu]

Une de La Prensa ce matin
Le journal a choisi de suggérer que la décision vient de Rome
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

La conférence épiscopale d'Argentine vient de tenir pendant une semaine l'une de ses assemblées plénières, à Pilar, dans la province de Buenos Aires. Au menu des discussions, il y avait plusieurs points à dimension politique : les besoins de redistribution dans une société argentine où la paupérisation gagne à cause de la grave crise que traverse le pays et l'engagement très progressif d'un sevrage économique de l'Eglise, qui s'apprête à renoncer aux financements publics.

Une de La Nación ce matin
La photo porte sur la forêt tropicale du nord-ouest
une zone du pays où les enfants sont très défavorisés
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Cette grande réforme devrait conduire à terme à une séparation de l'Eglise et de l'Etat, appelée de ses vœux par le pape François lui-même, non pas pour l'Argentine seule mais pour tous les pays, à condition, dit le Saint Père, que soit garantie la liberté du culte par l'Etat. Une séparation structurelle garantira aussi la liberté de l'Eglise, sa liberté d'action et de parole, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui en Argentine, où le financement public entraîne des querelles politiques sans fin au moindre désaccord qui se fasse jour avec la majorité au pouvoir.

Cette réforme se mettre en place lentement car l'Eglise ne peut pas d'un seul coup déséquilibrer ses comptes, d'autant que l'institution a des frais fixes et exerce encore aujourd'hui des missions de bienfaisance qui pallient l'inertie d'un Etat Providence dont l'action est pour le moins fragile (développée hier sous les Kirchner et réduite à très peu de choses aujourd'hui sous Macri). L'objectif pour l'Eglise catholique est de passer à un financement pris entièrement en charge par les fidèles alors que les prélats sont salariés par l'Etat, les évêques gouvernant ayant droit à une rémunération d'environ 46.000 pesos mensuels contre 40.000 pour un évêque auxiliaire. La plupart des évêques ne gardent pas ces sommes pour eux mais en versent une bonne partie à leur diocèse, lesquels effectuent une péréquation pour que les diocèses riches aident les diocèses moins favorisés sur le plan économique.

Une de Clarín dimanche dernier
Les journaux annonçaient déjà la décision de l'épiscopat
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

La décision de la CEA répond à une polémique publique déclenchée par le Premier ministre, Marcos Peña, qui avait pris en mars dernier l'opinion publique à témoin des revenus des évêques dans une volonté manifeste de semer le doute sur l'honnêteté des prélats alors que ceux-ci commençaient à dénoncer avec sévérité les effets désastreux de la politique sociale et économique du gouvernement. La subvention que l'Etat verse à l'Eglise catholique s'élève actuellement à 130 millions de pesos. La religion catholique est considérée comme religion d'Etat. Le protocole prévoit un Te Deum pour toutes les fêtes nationales, notamment le 25 mai et le 9 juillet. Là encore, cette cérémonie fait l'objet de polémiques systématiques tous les ans.

Une de La Prensa de dimanche dernier
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

La baisse des subventions publiques commencera en 2020. L'année est en effet trop avancée pour que la mesure soit mise en œuvre sur l'exercice 2019.

Cette assemblée plénière de la CEA a été suivie avec une attention assez inhabituelle par les journalistes de tous bords depuis dimanche.

Pour en savoir plus :
dimanche 4 novembre
lire l'article de La Nación qui se penchait sur l'analyse de la crise économique plutôt que sur les rumeurs concernant la renonciation aux financements publics
mardi 6 novembre
lire l'article de Página/12 sur les préoccupations sociales de la CEA
lire l'article de Clarín qui préférait revenir sur une messe célébrée par l'évêque de Mercedes (en province de Buenos Aires) dans la basilique nationale de Luján à la demande du leader historique de la CGT, le camionneur Hugo Moyano, en difficulté judiciaire, ce qui a fâché tout rouge les catholiques de droite et tout le gouvernement, qui a pris en grippe celui qui fut au début l'un de ses alliés
Aujourd'hui :
lire l'article de La Nación

Ajout du 11 novembre 2018 :
lire l'éditorial de Página/12

Ajout du 12 novembre 2018 :
lire l'article de Clarín sur l'analyse du gouvernement concernant le renoncement de l'Eglise (-7% de subsides publics en 2020)