mercredi 5 août 2020

La presse rioplatense pleure sur Beyrouth [ici]

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La tragique explosion d’hier soir dans le port de Beyrouth marque l’actualité en Argentine et en Uruguay comme dans n’importe quel autre pays du globe.

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Située à deux kilomètres de l’explosion, l’Ambassade argentine a été presque entièrement détruite sans qu’on déplore aucune victime. Le bâtiment n’appartient pas au pays, il est loué. Les photos le montrent en piteux état : cloisons explosées, portes arrachés, plafonds effondrés, le matériel bureautique et les meubles sont couverts de gravats et de poussière. A cette heure, le ministère des Affaires étrangères argentin n'a connaissance d'aucune victime parmi ses ressortissants. La Résidence de l’ambassadeur n'a pas été touchée et le diplomate a pu s'entretenir avec son ministre.


La plupart des journaux, sur l’une et l’autre rive du Río de la Plata, publient en ligne des albums photo du désastre et reproduisent les quelques vidéos amateurs qui ont saisi l’instant du sinistre.

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Plusieurs quotidiens, mais pas tous, consacrent leur une à l’événement.
Les chiffres qu'ils avancent dépendent de l'heure à laquelle l'édition a été bouclée. Assurément, le bilan sera encore bien plus lourd ce soir et dans les jours à venir.

Pour en savoir plus :
En Argentine :
lire l’article de La Prensa, depuis Le Caire
En Uruguay :
lire l’article de LR21 (le journal exclusivement numérique du même groupe que le précédent)

mardi 4 août 2020

Dette argentine : accord signé ! [Actu]

Sur la façade du New York Stock Exchange ce matin (photo France 24)

Après des négociations très compliquées et de multiples reports d’échéance, le gouvernement argentin et les créanciers privés de l’Argentine, dominés par la holding spéculative Black Rock, ont fini par signer un accord qui devra maintenant être approuvé par le Congrès. Comme la majorité parlementaire est acquise au gouvernement, le risque est quasi-inexistant. Sitôt connu l’événement, trois des grandes valeurs argentines cotées à Wall Street ont gagné 13 % à l’ouverture et la Bourse de New York a même hissé le drapeau argentin à côté de celui des États-Unis, comme en témoigne France 24 (le canal en anglais ou plus vraisemblablement celui, tout récent, en espagnol) dont l’image est reprise par Ambito, le quotidien argentin (du lundi au vendredi) du monde des affaires. Le taux de risque pays a été recalculé à la baisse (- 120 points en une seule nuit !)

Une de Ambito, ce matin
L'information n'était pas encore officielle

Pour Alberto Fernández que son opposition, surtout son aile dure, conduite par Patricia Bullrich, Mauricio Macri et jusqu’à il y a peu le radical Alfredo Cornejo, commençait à accuser de ne rien faire et d’être embourbé dans la crise sanitaire sans savoir où aller, c’est plus qu’une belle revanche : en quelques jours, il envoie au bureau du Congrès un ambitieux projet de loi qui restructure la justice fédérale (au grand dam de cette même opposition) et obtient une renégociation financière qui sauve le pays de la faillite publique (default en anglais), qui l’aurait peut-être exclu du G20 (1). C’eût été la onzième fois en deux cents dix ans d’existence que le pays aurait été déclaré en cessation de paiement.

Même un ancien ministre des finances de Mauricio Macri, et pas l’un des moins idéologues de l’équipe, a salué cet accord et l’a taxé de « grand ». On ne peut pas faire plus beau compliment que lorsque l’opposition elle-même, faisant taire ses ressentiments partisans, reconnaît la réussite.

L'info est traitée en titre secondaire, tout en haut
Le gros titre et la photo concernent l'affaire Santiago Maldonado,
militant mapuche noyé dans un torrent de Patagonie
et dont la mort est maintenant attribué à un conseiller de Patricia Bullrich,
lorsqu'elle était la très va-t-en-guerre ministre de la Sécurité de Mauricio Macri

Mais l’annonce de l’accord est intervenue trop tard par rapport au bouclage des quotidiens dont aucun, même Página/12, n’a pu le mettre en bonne place en une. Les plus chanceux ont pu titrer en manchette, d’autres ont mis l’info au conditionnel, comme Ambito, le journal des milieux d’affaires (les plus impliqués pourtant pour les répercutions immédiates).

Pour aller plus loin :
lire l’article principal de Página/12 qui fait toutefois sa une sur un autre sujet (la relance de l’instruction sur la mort d’un manifestant mapuche qui fuyait à pied une charge de gendarmerie et s’est noyé dans un torrent glacé de Patagonie il y a quatre ans)
lire l’éditorial de Ambito intitulé « Gúzman [le nom du ministre de l’Économie] a cloué le bec à tout le monde »



(1) Il n’est pas impossible que les règles du G20 s’assouplissent après le traumatisme de la pandémie subi par tous les membres.

La chute de Juan Carlos ne laisse pas la presse argentine indifférente [ici]

Le Congrès de Tucumán a eu beau dire le 9 juillet 1816 (1), voilà nos Argentins aussi midinettes que nous devant les péripéties de la « cour d’Espagne ». A ceci près que la monarchie ne relève dans leur imaginaire de rien de particulier : elle n’est pas présente dans leurs films en costumes (qui ne prennent le train de l’histoire qu’à partir de 1810), ni dans leur littérature, ni dans leur peinture même monumentale, ni dans leur architecture, ni dans leur patrimoine. A peine l’est-il dans le nom de quelques villes, comme San Luis (nommée ainsi en l’honneur de l’ancêtre capétien canonisé) ou San Carlos (en honneur du saint de baptême de Carlos III).

La une de ce matin,
alors que la grande nouvelle argentine n'était pas encore officielle
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Et pourtant, à l’heure où Juan Carlos perd le peu de prestige qu’il lui restait, depuis la désastreuse chasse à l’éléphant au Botswana en 2012, et que son rôle majeur dans l’histoire de l’Espagne aurait dû lui garantir pour de longs siècles, il n’est pas en Argentine un titre de presse qui ne s’attarde sur l’exil volontaire mais peu glorieux du restaurateur du trône des Bourbons et de la démocratie dans la « Mère Patrie » comme on dit toujours là-bas.

Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12 (très antimonarchique)
lire l’article de La Prensa (qui diffuse l’idée d’une Argentine au catholicisme rétrograde… C’est à peine si le quotidien tient compte du concile Vatican II)
lire l’article de Clarín, tout fasciné par un prestige de papier glacé
lire l’article de La Nación qui reproduit par ailleurs un article de El País, le quotidien espagnol (pourtant dans une ligne idéologique différente puisque El País, comme Le Monde en France, n’a pas encore tout oublié de ses racines de gauche).



(1) Date de la déclaration d’indépendance où les constituants ont déclaré le pays libre de tout lien avec Fernando VIII et ses successeurs.

Macri à Paris : chassez le naturel, il revient (presque) au galop [Actu]


Entre 250 et 300 Argentins et autres manifestants (1) ont répondu hier à l’appel du collectif scandalisé par la conduite de Mauricio Macri. Sans doute les journaux argentins s’attendaient-ils à un rassemblement plus fourni, sans tenir compte du fait que l’immigration argentine n’est pas très importante en France (sur le plan démographique en tout cas) et qu’on est en plein été, à un moment donc où ceux qui ne rentrent pas tous les ans passer leurs vacances au pays en janvier ou février (en été donc) et ceux qui se doutent bien qu’il ne sera pas facile de s’y rendre pour Noël ou le carnaval ont sans doute, comme beaucoup de Franciliens, quitté la capitale pour gagner un lieu de villégiature ailleurs en France ou dans les pays frontaliers. L’angle d’attaque a donc changé depuis hier et la fracture idéologique a resurgi presque comme avant.

Une de ce matin de l'hebdomadaire people le plus lu en Argentine
On est bien à Paris : les bornes anti-stationnement en font foi !
Admirez Madame en jeans déchiré du dernier chic...
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Página/12 continue de stigmatiser le comportement de l’ancien mandataire (et son correspondant en France, Eduardo Febbro, reprend la plume pour compter 300 manifestants) tandis que Clarín analyse la stratégie bêtement partisane du bureau, encore en place, de Juntos para el Cambio (l’alliance électorale qui avait soutenu Macri et que son aile dure continue de diriger malgré les grosses vagues qui chahutent le bateau) et que La Nación, à travers son magazine people hebdomadaire ¡Hola!, préfère parler des vagabondages parisiens supposés chics de la famille en présentant une ville peu représentative et parfois imaginaire (2) et en s’attardant, comme toujours, sur les détails des tenues estivales de l’ex-Première dame (alors que Buenos Aires grelotte de froid – et je ne vous parle pas des régions plus au sud !).

La manifestation parisienne d'hier soir - photographie publiée par Ambito
quelques minutes après le début du rassemblement
Comme on peut le voir aux drapeaux déployés, il n'y avait pas que des Argentins
lesquels occupent toutefois le premier rang
(la toile bleu ciel, c'est la partie supérieure du drapeau national)

Sur la page d’accueil du site Internet du quotidien économique Ambito (3), on retrouve toutefois un article d’hier sur les inquiétudes de Macri et sa réunion de la semaine dernière, avec ses porte-flingues les plus dévoués : l’ordre du jour était de savoir jusqu’à quel point la majorité actuelle (représentée par leur bête noire, Cristina Kirchner) était informée des détails de l’instruction menée contre lui. Après quoi, toujours d’après le journal des milieux d’affaires, il a quitté le pays pour éviter d’y subir les rudesses du confinement – c’est Ambito qui parle. Le pauvre ! La famille Macri possède d’immenses et coquettes propriétés où grands et petits, toutes générations confondues (car il est grand-père), ont largement de quoi se promener et faire du sport. Tout le monde y dispose, de surcroît, de tous les moyens de s'informer, de se divertir et de se cultiver.

L’avenir politique de Macri n’est donc pas aussi sombre qu’on pouvait le penser hier. Ses partisans résistent encore.

Pour aller plus loin :
lire l’article d’aujourd’hui de Página/12 sur la manifestation parisienne
lire l’article d’hier de Ambito sur la même manifestation
lire l’article de Página/12 sur la réunion par Zoom de Macri avec le bureau politique de son camp où les roquets de la droite ont mis au point une stratégie contre la réforme de la justice (qui ne va évidemment pas dans le sens de leurs intérêts politiques et privés immédiats)
lire l’article de Clarín sur ces préoccupations assez sordides dans le contexte actuel
lire l’article de une de ¡Hola! repris sur le site de La Nación



(1) Non pas selon la police et les organisateurs, comme nous aimons à le dire par plaisanterie, mais selon la droite et la gauche (argentines, cela va de soi).
(2) On y voit un car de police stationné devant l’hôtel de luxe choisi par les Macri et qu’ils ont dû quitter sous la pression de l’opinion publique. Leur protection mobilise donc nos forces de l’ordre qui sont déjà fort sollicitées, à tel point que bon nombre de fonctionnaires ont vu leurs congés d'été annulés. Sur une autre page, l’ancien président est photographié avec sa fille, sortant visiblement d’une boutique Paul présentée aux lecteurs comme une grande boulangerie traditionnelle (la légende de la photo indique même l’année de fondation qu'on peut lire sur tous les points de vente du groupe) alors que c’est une chaîne certes de bonne qualité mais tout ce qu’on fait de plus industriel. Et voilà comment cette presse fait prendre des vessies pour des lanternes à des Argentins qui n’ont pas les moyens de venir voir par chez nous ce qu’il s’y passe vraiment et qui rêvent à une vie plus insouciante en parcourant les pages de ce machin.
(3) C’est lui qui ne compte que 250 manifestants sur l’esplanade des Droits de l’Homme au Trocadéro.

Le procès de Cristina reprend à distance mais sans elle [Actu]

Le procès contre Cristina Kirchner, démarré l’année dernière, avant les élections, à grand renfort de directs médiatiques, et où elle doit répondre de ses actes dans des affaires de travaux publics en province de Santa Cruz, la province natale de son mari, où il est enterré et où elle garde des attaches puissantes (dont plusieurs propriétés), vient de reprendre via une connexion Internet.

L’actuelle vice-présidente a toutefois annoncé qu’elle n’y participerait pas, laissant à son avocat le soin de la représenter et de la défendre dans cette phase procédurale. Elle avait en effet obtenu du tribunal le droit de ne pas comparaître lorsque les travaux du Sénat, qu’elle préside, requièrent sa présence.

Clarín, adversaire acharné des Kirchner, mari, femme et enfants, est curieusement le seul quotidien national à ne pas s’intéresser à ce rebondissement dans ce que Página/12 croit depuis toujours être une machination de l’ancienne majorité dans le cadre du lawfare, cette manière d’utiliser la justice pour éliminer des adversaires politiques que la droite et les intérêts économiques puissants qui l’appuient auraient trouvé, selon des analyses de gauche, pour débarrasser les pays d’Amérique latine de courants politiques trop hostiles à la mondialisation financière.

Pour aller plus loin :

lundi 3 août 2020

Marisa Vásquez a sorti un nouveau disque de tango [Disques & Livres]

En cette année de vaches [très] maigres pour tous les artistes, surtout dans le spectacle vivant, la chanteuse et compositrice de tango Marisa Vázquez sort, sur les grandes plateformes, son nouvel album, intitulé Arde (ça brûle), où elle aborde des problèmes d’actualité dans la grande tradition du tango engagé, le tango testimonial comme l’appellent les Argentins : l’album aborde les deux grands thèmes de l’actualité que sont la violence policière (le gatillo fácil, gâchette facile en français) et la violence de genre ou féminicides.


Marisa Vázquez porte sur ces questions un triple regard : celui d’une féministe, celui d’une artiste et celui d’une avocate spécialisée en droit pénal (elle a un doctorat en la matière).

L’artiste répond ce matin à une interview de Página/12.
Son nouveau disque va concourir aux Premios Gardel, l'équivalent argentin des Victoires de la Musique.

La chanteuse avait présenté Arde dès septembre dans des concerts en public. La pandémie est venu gâcher tout son travail de promotion.

Mauricio Macri en France : vacances anodines ou fin de partie politique [Actu]

"Paris vaut bien une [élection] interne"
[à l'alliance électorale Juntos por el Cambio]

Le scandale ne fait que croître dans le monde politique argentin, surpris en plein week-end par le voyage de l’ex-président sans foi ni loi qui, avec sa femme et sa fille de dix ans, étale ses moyens financiers et se rit des mesures prises par les pouvoirs publics pour freiner une épidémie qui fait des ravages.

Página/12, cela ne surprendra personne, est le quotidien qui enfonce le plus le clou en mettant l’affaire à la une (ci-dessus) avec un montage photographique dont il est facile de repérer la structure (il suffit de remarquer l’antique 2CV rouge au fond du champ pour comprendre que le couple Macri ne s’est pas pris en selfie ce week-end) mais cette illustration fait tout de même son petit effet.

Sans mettre autant en valeur le sujet sur leurs éditions respectives, les autres quotidiens, d’habitude plus favorables à Macri, ne ménagent pas leurs critiques et citent sans hésitation les déclarations des hommes politiques de droite qu’ils ont pu glaner au cours des dernières heures. Visiblement, dans le camp libéral, on se réjouit de la faute politique que vient de commettre l’ancien président puisqu’elle le discrédite sans doute pour longtemps et dégage par conséquent le terrain pour ses rivaux et éventuels successeurs, surtout parmi les « dialoguistes », ceux qui pratiquent et plaident pour une concertation avec la majorité nationale afin d’administrer au mieux cette situation exceptionnelle et de limiter les dégâts tant démographiques qu’économiques et sociaux.

Il est probable que la presse et le monde politique attendent de voir ce qu’il se passera ce soir à Paris, vers 18h (heure française) : une manifestation importante et ce sera l’hallali contre l’ancien président. Si la manifestation, en revanche, est clairsemée, Macri pourra peut-être encore croire à ses chances en 2021, aux élections de mi-mandat. Après tout, c’était bien à cette occasion, il y a près de trois ans, que Cristina Kirchner était revenue dans la danse. Encore n’avait-elle pas été battue à plate couture à l’issue de son mandat !

Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12 sur les réactions à droite
lire l’éditorial politique de Página/12 sur cette erreur magistrale de Macri
lire l’éditorial de Clarín qui dresse le bilan de la semaine politique avec des phrases sévères pour le dirigeant libéral
lire l’article de Luisa Corradini, la correspondante en France de La Nación, qui consacre son article du jour aux mille et un subterfuges déloyaux que leur fortune offre aux plus riches de ce monde pour se désolidariser du reste de leurs compatriotes et de l’humanité en cette période de crise planétaire (sous sa plume, c’est étonnant : elle ne nous a pas habitués à la voir s'acharner ainsi sur les turpitudes de ce milieu social).

Interdictions des réunions privées dans toute l’Argentine - Article n° 6300 [Actu]

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Afin de ralentir la contagion au sars-cov-2, le président Alberto Fernández s’est résolu à publier aujourd’hui au Bulletin Officiel un décret qui interdit tout type de réunion privée dans tout le pays, y compris au domicile des particuliers. Terminés les anniversaires, aucun cercle d’amis ou de famille autour d’un mate, pas d’asado même le dimanche.
Jusqu’au 16 août, chacun reste chez soi et n’en sort, obligatoirement masqué dans Buenos Aires et ses alentours, que pour aller travailler (si son activité est essentielle et ne peut être exercée à distance) et pour se ravitailler.

Alors que le pays est en phase 3 de déconfinement, cette nouvelle mesure qui impacte la vie sociale de tout un chacun, dit assez la situation catastrophique dans laquelle se trouve l’Argentine.

Pour aller plus loin :
lire l’article de La Nación

Ajouts du 4 août 2020 :
lire cet article de Página/12 sur la campagne de communication sur les nouvelles mesures pour laquelle on a fait appel à des vedettes du spectacle
lire cet article de La Nación qui analyse l'aggravation de la fracture scolaire du fait du confinement et de l'enseignement à distance

Émission en ligne pour fêter la Pachamama [à l’affiche]

Capture d'écran (chaîne You Tube du Folklore Club)

Un nombre considérable de musiciens de tout le nord de l’Argentine, est et ouest confondus, se sont réunis pour enregistrer une émission de télévision, grâce au soutien de la Fundación Atahualpa Yupanqui (du nom d’un des plus grands auteurs-compositeurs-interprète du folklore argentin), puis la mettre en ligne, gratuitement et pour le monde entier, sur la chaîne You Tube de Folklore Club.

Il s’agit d’une réalisation très professionnelle, un long-métrage d’un peu plus d’une heure et demie qui rassemble interviews et prestations musicales et permet de vivre la fête « comme si vous y étiez ». Les artistes y exposent leur vécu et ce que signifie pour eux cet intense rendez-vous de la vie culturelle et cultuelle de la grande région septentrionale, qui est aussi le berceau d’une bonne partie de la tradition rurale argentine.

La manifestation est aussi une prise de parole politique contre toutes les activités qui dégradent l’environnement de ces régions : mines à ciel ouvert ultra-polluantes, incendies volontaires de la forêt subtropicale sous prétexte de dégager du terrain agricole, utilisation massive de produits phytosanitaires chimiques qui font grimper en flèche le taux de cancer et autres maladies dans les populations humaines qui vivent à proximité des gigantesques champs de soja transgénique avec lequel les riches propriétaires terriens se font des fortunes insolentes en dollars US.

Página/12 ne pouvait pas manquer une telle initiative et lui consacre un bel article dans ses pages culturelles de ce jour.

Sur la page You Tube, les organisateurs ont publié les coordonnées du compte bancaire sur lequel les téléspectateurs peuvent faire un don en pesos argentins. Citer la devise nationale est une autre façon de resserrer les liens de la communauté culturelle qui se reconnaît dans cette démarche et dans cette fête populaire. Cela a tout de même meilleure allure que de quémander des dons en dollars ou en euros !

Pour aller plus loin :
visiter la chaîne You Tube du Folklore Club.

dimanche 2 août 2020

La crise sanitaire pour les nuls, par Miguel Rep [Jactance & Pinta]

En ce dimanche matin, la page d’accueil de Página/12 affiche un éditorial dont la synthèse est un dessin signé Miguel Rep, désormais bien connu de mes fidèles lecteurs (mot-clé Rep, dans le bloc Pour chercher para buscar, to search).

Petit détail pour mieux goûter son humour et son sens de la formule : en Argentine, quand quelqu’un éternue, on lui souhaite « Santé » (salud) (1) comme en France on répond « à tes souhaits ! » sans plus comprendre d’ailleurs le sens de ces quatre phonèmes qui, dans notre esprit, en sont venus à ne plus former qu’un seul mot.

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En bleu : Atchoum !
Dans la bulle : Économie !
Commentaire : Non, c’est pas ça qu’on dit.
En rouge : Atchoum !
Commentaire : Quand ça arrive, on dit :
Dans la bulle : Santé !
Traduction @ Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :



(1) Pour corser le tout et pénétrer tous les degrés de lecture de cette alternative qui anime actuellement tant de nos débats à nous aussi, en Europe, à la télévision, à la radio, dans les journaux et au comptoir là au moins où les cafés sont ouverts, il faut savoir que ce terme « salud », dans son sens fort désormais vieilli de « salut », figure en bonne place dans le texte de l’hymne national (1813), dont la droite argentine a un peu trop souvent oublié le sens : Y los libres del mundo responden | Al gran pueblo argentino salud (et les hommes libres du monde répondent : « Au grand peuple argentin, salut »).
Un peu comme si, dans un dessin français, on évoquait de « féroces soldats » ou des « fils et des compagnes ». Ce qui bien sûr est impossible pour nous pour illustrer cette idée. La citation la rend d’autant plus forte au moment où un ancien chef de l’État argentin vient baguenauder à Paris, en méprisant les épreuves du pays qu’il a gouverné.

Macri à Paris : la suite (à 1 800 € la nuit) avec Deux Magots par-dessus le marché [Actu]

En Argentine, ça chauffe pour son matricule : la petite virée à Paris, la descente dans l’un des palaces les plus luxueux de la capitale, avenue Gabriel, et les petites phrases assassines contre l’actuel gouvernement pendant que le pays se bat pour ne pas couler, rien de tout cela ne passe inaperçu dans le paysage politique et médiatique argentin.

Luisa Corradini, la correspondante à Paris de La Nación, qui n’est guère accoutumée à taper comme une sourde sur des dirigeants de droite, a elle-même nourri le feu et sa rédaction en chef avec elle en publiant le résultat de son enquête dans la capitale française : nom et adresse de l’hôtel, prix (exorbitant) des suites dans une ville où le secteur HO-RE-CA subit une crise sans précédent depuis l’Occupation, luxe des prestations offertes aux clients puis détails sur l’après-midi parisienne de la famille, qui s’est achevée par un dîner estival sur la terrasse d’Aux deux Magots (Mauricio Macri doit ignorer ce que veut dire ce nom).

Ni une ni deux, la communauté argentine en France s’est enflammée et des appels à une « manifestation » contre le séjour de Macri en France ont fleuri sur les réseaux sociaux. Un collectif appelle à un rassemblement sur l’esplanade des Droits de l’Homme au Trocadéro, demain, lundi 3 août, à l’heure de sortie des bureaux, de 18h à 20h.

Le texte est intéressant : il est en espagnol mais il reprend le terme si français de "manifestation"
(en Argentine, on parle de protesta)
Si nos amis argentins connaissent bien le français, demain, face à la Tour Eiffel,
on devrait lire des panneaux du type " Macri, rends les deux magots"
le privé (celui du groupe familial, celui de ses amis qui ont profité sous sa présidence)
et le public (prêts indus de Banco Nacional, concession de la poste et des autoroutes, etc.)
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Cette colère, dont se font écho tous les quotidiens argentins, de quelque bord idéologique qu’ils soient, sauf La Prensa (qui, toute honte bue, préfère titrer sur le « régime soviétisé » qui s’appliquerait désormais au pays), s’est fait entendre jusque dans les couloirs feutrés du palace et la famille de l’ancien chef d’État a dû plier bagage et se réfugier chez des amis, qui possèdent un appartement dans ces mêmes beaux quartiers où le commun de la population ne met jamais les pieds. Mais ils ne devraient pas s’y attarder puisque Macri entendait « continuer sa quarantaine » (1) sur la Côte d’Azur, à Nice, jusqu’à la mi-août où il doit se rendre à Zurich, au siège de la FIFA.

Le pire de tout est qu’au milieu de la triple crise que traverse son pays, crise sanitaire, financière et sociale, il est entré en France avec son passeport italien puisqu’il a la double nationalité (ce qui en soi n’a rien de choquant : il est né en Argentine mais son père avait conservé sa nationalité italienne qu’il a transmise à sa descendance selon la loi péninsulaire). Il est donc européen et venant d’Argentine, il est passé par les postes de contrôle réservés aux passeports UE (ça va plus vite) et il peut se promener dans l’espace Schengen comme n’importe quel autre citoyen de la Botte. Dont acte. Mais tout de même, quelle impudence de sa part ! Répudier ainsi la nationalité du pays qu’il a eu l’honneur de diriger pendant quatre ans après en avoir dirigé la capitale pendant huit ans pour aller prendre du bon temps en France, quelle honte pour un homme qui, il y a neuf mois, réclamait encore les suffrages d’un peuple qui aujourd’hui ne sait pas comment il pourra survivre demain !

Dans les rangs de la droite argentine, cet insolent et luxueux voyage fait grincer bien des dents. Des hommes qui le soutenaient encore avant-hier ruent maintenant dans les brancards. Macri semble avoir perdu en quelques jours toute légitimité.

Il est donc temps pour lui de se reconvertir au football dans une fondation dont l’activité ne convainc personne (2). Après tout, il avait entamé sa conquête du pouvoir depuis la présidence du Club Boca Juniors, qui, peu avant le confinement, a tourné le dos au bureau dirigeant qui s’était mis en place après son départ pour les sphères politiques locales.

Pour en savoir plus :
lire l’article de Página/12 sur les réactions en Argentine
lire l’article de Página/12 sur les réactions en France
lire le billet d’opinion de Página/12 sur le cynisme des milliardaires profiteurs argentins



(1) Il se moque du monde et dans les grandes largeurs.
(2) La fondation de la FIFA a pour officiellement pour objet d’aider les pays en voie de développement à s’équiper d’infrastructures sportives dignes de ce nom. Comme ses réalisations dans ce domaine se comptent sur les doigts d’une main, de mauvaises langues émettent l’hypothèse qu’il pourrait s’agir en fait d’une lessiveuse financière ou d’un distributeur de cash à tous les potentats corruptibles du monde. Seules de vraies réalisations sur le terrain, notamment en Afrique et en Amérique latine, lèveraient cette hypothèque mais personne ne peut raisonnablement attendre de tels résultats d’un président qui, lorsqu’il était à la tête de son pays, avec tous les moyens d’un État à sa disposition, en fait l’usage que l’on sait : économie à terre, écart creusé entre les pauvres et les riches, augmentation de la pauvreté et précaires précipités dans l’indigence, enfin un taux d’inflation qui a plus que doublé en quatre ans d’un mandat catastrophique. A son crédit toutefois : l’institut national des statistiques est maintenant doté d’outils et de procédures de recueil de données et d’analyse tels que plus personne ne conteste ses rapports.

samedi 1 août 2020

Statu quo jusqu’à la mi-août [Actu]

Diapo projetée et commentée par le président hier
Dans l'encart, Buenos Aires et sa région
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Hier, à Olivos, le président Alberto Fernández, flanqué comme à l’accoutumée des deux chefs des exécutifs locaux, le gouverneur de la Province de Buenos Aires et le chef de gouvernement de la Ville autonome homonyme, a présenté les nouvelles données de l’épidémie : le pic n’est toujours pas atteint et le chiffre des cent morts par jour est désormais dépassé. La courbe grimpe à une vitesse impressionnante et comme auparavant, l’épidémie fait rage essentiellement à Buenos Aires et dans sa banlieue, même si l’on voit la situation s’aggraver dans les provinces de Chaco et de Mendoza.

Un graphique un peu étonnant : le plus grand nombre de morts journaliers daterait du 22 juillet avec 84 cas
Pourtant cette semaine, à plusieurs reprises, les pouvoirs publics ont annoncé
des chiffres au-dessus de 100 et même de 150.
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Les trois hommes ont décidé d’un commun accord de maintenir jusqu’au 16 août le régime actuel de distance physique obligatoire ("Dispo") et de port du masque partout en dehors du domicile. Les transports en commun restent réservés aux personnes qui exercent des activités indispensables. Il n’y a toujours ni sport collectif ni célébrations religieuses. Le télétravail reste privilégié pour tous les métiers qui le permettent et les écoles ne rouvrent pas : les cours reprennent en ligne et via la télévision scolaire, comme depuis la fin mars.

Le taux de mortalité détaillé en fonction des territoires.
La ville de Buenos Aires est en tête, vient ensuite la petite ceinture puis la grande.
L'ensemble du pays est en bleu
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Bien entendu, c’est une catastrophe économique et psychique.

Devant cette crise, Miguel Rep en appelle à la coccinelle
qu'en Argentine on appelle el bichito de la suerte (bestiole porte-bonheur)
"Un petit effort en plus, les coccinelles !"
Traduction © Denise Anne Clavilier
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Le président a insisté sur le respect des mesures de prévention, les seuls moyens pour normaliser la situation en l’absence de médicaments efficaces et de vaccin. On pense en effet que la discipline s’est relâchée, que de nombreuses personnes font des fêtes et des rencontres larges à domicile, ce qui expliquerait l’inefficacité relative du confinement, plus ou moins strict, qui dure depuis le 20 mars.

Pour en savoir plus :
lire le communiqué de la Casa Rosada qui comprend la vidéo de l’intégralité de la conférence du président.

Cette année, la Pachamama se fêtera en ligne et en petits comités [Coutumes]

Rites des offrandes à la Pachamama à San Antonio de los Cobres
On voit une libation de lait, beaucoup de préparations culinaires et quelques produits manufacturés

La Pachamama est une entité divine vénérée par les peuples premiers vivant dans les provinces du nord-ouest de l’Argentine et en Bolivie.

Dans la province de Salta, la fête de la Pachamama occupe tout le mois d’août. Salta a fait de ces festivités très pittoresques et colorées un grand moment de son calendrier culturel et économique. Hélas, cette année, la fête sera réduite à son expression minimale, y compris pour les peuples aborigènes pour lesquels c’est encore et toujours une véritable célébration religieuse, un rite propitiatoire de fécondité où, au cœur de l’hiver, les hommes demandent à la Terre nourricière une nouvelle année de récoltes abondantes.

Photo Gouvernorat de Salta

Cette année, les autorités provinciales recommandent de faire des célébrations en ligne (pour conduire des sacrifices et des libations, c’est un peu difficile) et réduites au cercle familial alors que les rites concernent d’ordinaire l’intégralité de la communauté.

Hier, le ministère de la Culture de Salta a publié un programme pour ce mois d’août qui sera agrémenté d’une série de quatre très courts métrages publiés sur la chaîne Youtube de la province et sur TV Pública.

Pas un mot de tout cela dans la presse mainstream de Buenos Aires. Seul Página/12 en parle assez longuement d’ailleurs.


Salta n’est pourtant pas la province la plus affectée par la pandémie, encore que le nombre de cas ait grossi rapidement ces deux dernières semaines. Aussi la plus grande prudence est-elle de mise pour les autorités. Espérons que les pratiquants observeront une sage réserve dans ces circonstances exceptionnelles (1).

Ajout du 2 août 2020 :
lire l'article de Clarin sur les rites et les recettes propres à la célébration de la Pachamama




(1) Les maladies infectieuses venues d’Europe ont fait de très nombreuses victimes parmi les Amérindiens à l’époque de la Conquête espagnole et pendant le premier siècle de l’époque coloniale.