mercredi 28 octobre 2020

Quand Martín Fierro s’en mêle [Humour]

Pendant qu’une bonne partie de l’Argentine, ployant sous le poids de la pandémie, attend la décision en appel sur l’occupation de l’estancia Casa Nueva à Santa Elena, dans la Province de Entre Ríos (audience retransmise en direct sur la chaîne Youtube de la justice provinciale), quand Luis Miguel Etchevere, ancien ministre de l’Agriculture du gouvernement de Mauricio Macri (2015-2019), poursuit sa propre sœur pour une histoire, passablement sordide, d’héritage et de gros sous (par foncier interposé), Daniel Paz et Rudy ont résumé de main de maître, à la une de Página/12, l’actualité fraternelle qui fait exploser la droite et le monde des affaires depuis quelques semaines.


Mauricio Macri (au téléphone) : Cher Etchevere, comme dit le poète (1) «  que les États soient unis car c’est là le premier des commandements »
Etchevere, à l'autre bout du fil : C’est « les frères » (2)
Macri : Oh ! Les frères, c’est la plaie !
Etchevere : Tu as raison
Traduction © Denise Anne Clavilier

Les deux hommes sont en conflit ouvert l’un avec un frère, l’autre avec une sœur, pour des motifs similaires : le frère et la sœur révèlent au grand public des malversations que les grandes familles tenaient secrètes, sous le couvert d’une solidarité de classe qui est en train de voler en éclats sous les coups du grand ras-le-bol des peuples devant la corruption qui empêche les États de fonctionner au profit du développement général et devant le machisme qui broie les femmes dans nos cultures.


Joli montage avec le sixain complet et la photo de José Hernández en prime


© Denise Anne Clavilier

Pour suivre les nouveaux épisodes de ce Dallas des pampas argentines :



(1) José Hernández, auteur de El gaucho Martín Fierro (1872) et La vuelta de Martín Fierro (1879). Ces deux épopées en octosyllabes sont à l’Argentine ce que le Don Quichotte est à l’Espagne ou l’œuvre de Molière à la France.
(2) « Los hermanos sean unidos / Porque esa es la ley primera ». Deux vers où Martín Fierro, le pauvre gaucho analphabète, donne un avertissement à ses enfants.

mardi 27 octobre 2020

Paz et Rudy résument l’affaire Etchevere [Humour]

Le gros oligarque : Quelle horreur ! L’Argentine, la Bolivie, le Chili, l’Espagne,
ça se trouve, les
États-Unis aussi... Je veux m’en aller.
Son caddie derrière lui : Pour aller où ?
L’oligarque : Je ne sais pas. Un pays sans péronisme.
Traduction © Denise Anne Clavilier

L’occupation par le Proyecto Artigas de l’estancia de Dolores Etchevere et la violence avec laquelle réagissent ses frères, sa mère et leurs amis (voir mon article d'hier) se trouvent résumée ce matin dans la vignette de Daniel Paz et Rudy, à la une de Página/12.

Au fond du fond, cette réaction n’est rien d’autre que le refus pur et simple de la part de l’oligarchie droitière du retour de la gauche au pouvoir sur le continent, à l’état d’ébauche à ce jour : la gauche est revenue en Argentine (et les estancieros y sont en majorité hostiles), elle vient de revenir en Bolivie d’une façon incontestable, la victoire écrasante du référendum pour une nouvelle constitution au Chili semble lui ouvrir la voie des urnes, lors des prochaines échéances électorales. La gauche gouverne en Espagne depuis un bon moment, grâce à l’appui de la gauche radicale, et les États-Unis pourraient basculer la semaine prochaine dans le camp du progressisme si les sondages ne se trompent pas et si un système électoral fédéral arriéré ne détourne pas le résultat du vote individuel comme cela s’est produit il y a quatre ans.

Dans la dispute familiale et patrimoniale autour de Santa Elena dont je vous parlais hier, le ton continue de monter. Dolores annonce que ses frères sont prêts à l’empoisonner en envoyant les avions d’épandage survoler la propriété et y répandre des produits phytosanitaires, qui sont très toxiques en Argentine (c’est bien pire qu’en Europe). Ses partisans se sont manifestés dans la province de Entre Ríos et jusque dans l’enceinte portègne de la Sociedad Rural (l’institution du patronat agraire), qui sert de parc des expositions à la capitale argentine.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12 sur la mobilisation en faveur de Dolores Etchevere et du Proyecto Artigas à Santa Elena
lire l’article de Página/12 sur les craintes exprimées par Dolores Etchevere, qui a répondu par Zoom à la convocation de la justice puisqu'elle est retenue contre son gré chez elle par ses frères qui assiègent son domicile
lire l’article de Página/12 sur la manifestation en faveur du Proyecto Artigas à Buenos Aires
lire l’entrefilet de La Prensa sur la manifestation à Buenos Aires
lire l’article de Clarín sur la famille Etchevere et son histoire.

Un supplément spécial Néstor Kirchner pour les dix ans de sa mort [Actu]


Il y a dix ans disparaissait le président Néstor Kirchner, le 27 octobre 2010, peu de temps après avoir remis l'écharpe présidentielle à sa successeure démocratiquement élue (son épouse, Cristina Kirchner). Il est resté très populaire dans la mémoire péroniste de gauche.

C’est en effet le premier chef d’État qui a fait reprendre les procès contre les bourreaux de la dictature militaire des années 1976-1982, après que le premier président du retour à la démocratie et à la constitutionnalité y avait mis fin parce qu’il fallait bien que l’État continue de tourner, que les militaires et les policiers se mettent au travail sans avoir peur d’être inquiétés par leurs activités sous le régime illégal de la Junte. C’est lui aussi qui a relancé une politique de redistribution sociale des richesses alors qu’il a été élu en 2003, après la catastrophe économique de Noël 2001. C’est lui qui a remis l’Argentine sur les rails, ce que conteste bien entendu les deux droites, l’ultralibérale et la catholique réactionnaire (1).

Página/12 publie ce jour un supplément spécial dont Daniel Paz signe la une dessinée dans les deux couleurs nationales, le bleu ciel et le blanc.

© Denise Anne Clavilier



(1) Il existe aussi un catholicisme social en Argentine comme partout ailleurs en Amérique du Sud.

lundi 26 octobre 2020

Santa Elena, c’est « Dallas » ! [Actu]

"Bande de hooligans VIP", dit le gros titre
sur cette photo de Luis Etchevere au geste menaçant
Une de Página/12 hier

Luis Etchevere, ancien ministre de l’agriculture (dans le gouvernement de Mauricio Macri), appartient à une richissime famille de propriétaires fonciers. Il a trois frères et une sœur. Celle-ci, Dolores, en révolte contre la famille (1), aurait renoncé à ses droits de succession devant notaire (affirme ledit tabellion) à moins qu’elle n’ait revendu ses parts aux autres héritiers (si l'on en croit sa mère). Il y a quelques temps, elle s’est installée sur l’immense domaine familial de Santa Elena, dans la très fertile province agricole de Entre-Ríos, dans la grande boucle du Paraná, au nord du pays. Elle affirme en être la propriétaire et en tant que telle, elle a installé dans cette estancia un projet d’économie agraire, solidaire et durable, le Proyecto Artigas, porté par des paysans sans terre organisés sous des drapeaux associatifs, politiques et syndicaux.

Considéré comme le père de l’indépendance de l’Uruguay, José Gervasio Artigas (Montevideo, 1764 – Asunción, 1850) est une immense figure de la gauche. Il a soulevé et organisé le nord-est de l’Argentine en la liant à l’actuel Uruguay (Banda Oriental) pour en faire le territoire de la très fédéraliste Ligue des Peuples Libres qui s’opposait les armes à la main au centralisme de Buenos Aires. La Ligue des Peuples Libres fut la seconde manifestation d’irrédentisme au sein des Provinces-Unies qui ont succédé en 1810 au vice-royaume du Río de la Plata (2). Inutile de vous préciser que cet intitulé, Proyecto Artigas, est une véritable provocation pour la famille Etchevere, enracinée dans ses convictions de droite réactionnaire, dominatrice, affairiste, inégalitaire et profondément machiste.

Grosses bagnoles d'estancieros assiégeant la propriété
où se déploie le Proyecto Artigas à Santa Elena
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Soutenus par leur mère, particulièrement remontée et très hostile à sa fille, Luis Etchevere et ses frères ont fait appel à la justice, laquelle n’est pas à leurs ordres. Elle ne bouge donc pas assez vite à leur goût et ne vas pas dans leur sens. Depuis quelques jours, avec des amis du secteur du patronat estanciero venus dans leurs gros quatre-quatre polluants, ils font le siège de la propriété, empêchant le ravitaillement d’entrer et menaçant d’y pénétrer par la force à tout moment. Avec des trognes patibulaires qui respirent la vindicte politique, ces millionnaires meuglent leur rage et leur hargne devant la clôture du domaine, sur laquelle flotte la bannière de la Ligue des Peuples Libres (le drapeau de la toute première déclaration d’indépendance, celle de 1815). Ils se donnant ainsi l’apparence des « sauvages » fédéraux qui suivaient Artigas en son temps et pour lesquels cette droite professe, depuis toujours, le plus ignominieux mépris.

Contrairement aux apparences,
ce ne sont pas des cow-boys sous la pluie
mais tout plein de JR dans la pampa argentine !
"Escalade dans le conflit pour l'occupation à Entre Ríos :
grand concours de drapeaux et menace de barrages routiers"
dit le gros titre
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La dispute familiale tourne à présent au défi manu militari à l’ordre public de la part de cette partie de l’élite argentine qui, au pouvoir pendant quatre ans jusqu’à la fin de l’année dernière, a prétendu incarner ce même ordre contre le « bazar péroniste » (pour le dire en termes plus polis que les siens). Même la presse de droite reste bouche-bée devant la dérive impudente et cynique de cet étalage de violence verbale et de moins en moins symbolique et de ces menaces d’employer bientôt la force illégale contre cette femme qui squatterait le lieu.

Le juge en charge de l’affaire a convoqué la famille à une audience de conciliation. Les quatre hommes n’ont pas daigné s’y présenter, comme s’ils revenaient au « bon vieux temps » de la tristement célèbre Generación del 80, longue période où le pouvoir oligarchique a fait régner la loi de la jungle sur toute l’Argentine, de 1880 à 1916, et où il était de bon ton pour les grands propriétaires d’ignorer la justice ou d’acheter les juges.

"Nous n'avons pas peur" dit le gros titre
reprenant les slogans des JR de Santa Elena
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Ce sont donc deux familles tenantes de grandes richesses productives qui sont en train de se déchirer devant le public et les médias : la famille Macri, active dans les travaux publics, la finance et les concessions de service public (notamment les autoroutes et la poste nationale argentine) et la famille Etchevere, protagoniste du monde rural, représentante de la vieille oligarchique traditionnelle dont les us et coutumes remontent à l’époque coloniale, avec tout ce que cela charrie de pratiques anti-républicaines et anti-démocratiques.

© Denise Anne Clavilier

Pour en savoir plus :
lire l’article de Página/12 aujourd’hui (pour le journal de gauche, le rassemblement patronal d’hier devant la porte d’entrée du domaine a été minable)
lire l’article de Clarín (pour lequel le rassemblement patronal a été très important – un récit des faits à l’opposé de celui de Página/12 comme c’est souvent le cas)



(1) Dolores Etchevere donne volontiers des interviews à Página/12 où elle déverse sur ses frères des accusations sordides : ils n’auraient jamais travaillé de leur vie et se seraient toujours organisé pour gagner beaucoup d’argent en contournant la loi, en pratiquant l'évasion fiscale et en ne payant jamais les biens dont ils se rendaient acquéreurs. Des propos que La Prensa reprend ce matin.
(2) Le premier mouvement a réussi, il a donné l’indépendance du Paraguay, dès 1811, comme je l’ai raconté dans Manuel Belgrano – L’inventeur de l’Argentine (Éditions du Jasmin). Le troisième détachera le Haut-Pérou des Provinces-Unuies : il deviendra la Bolivie en 1825. Le quatrième, qui est la suite de la Ligue, donnera l’indépendance de l’Uruguay en 1830.

Maradona a 60 ans [Actu]

Cette semaine, Diego Maradona soufflera ses soixante bougies.

L’image du héros est très esquintée. Maradona a divorcé non sans scandale, il s’est remarié, il est fâché (mais ce qu’il s’appelle être fâché) avec ses filles. On lui a découvert toute une palanquée d’enfants illégitimes, avec toutes sortes de procès à la clé. Son talent d’entraîneur n’est pas toujours à la hauteur de celui du footballeur mais il n’en reste pas moins un mythe et une figure toujours populaire.

Página/12 lui consacre cette semaine une partie de son supplément spécialisé, Líbero, avec cette image de shoot du pied gauche, un élément iconique de la légende maradonienne.

C’était un trait que mon ami Alorsa, qui nous a malheureusement quittés en 2009, avait travaillé dans son hymne Para verte gambetear, que j’ai traduit, avec son accord et son soutien, dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins (Éditions du Jasmin).


© Denise Anne Clavilier

Pour en savoir plus :
lire l’article principal de Líbero de cette semaine où tout est décliné sous le chiffre 60 (citations, anecdotes, etc.)

L’Argentine face au oui chilien [Actu]

Un drapeau chilien revu et corrigé
avec un cliché des manifestations festives de Plaza Italia
hier à Santiago
Quant au mot de Cambronne, il a la même polysémie qu'en France
Il porte bonheur en Argentine aussi !

Hier les Chiliens ont voté au cours d’un référendum sur la réforme complète de la Constitution qui date de 1980 et liait l’ensemble du pays à une organisation reagano-thatchero-pinochetiste ultra-libérale qui a détruit tous les services publics et tous les systèmes de protection sociaux.

Au Chili, les transports publics, l’éducation initiale et supérieure, la recherche, la santé fonctionnent plus que mal. Les couvertures sociales sont privées et ne protègent que les riches, voire les très riches.

Hier, les Chiliens se sont prononcés à une très ample majorité. Elle était de 78,20 % des votes exprimés lorsque les journaux argentins ont bouclé leur édition du jour et 86 % des votes étaient dépouillés. Cela ne laisse donc aucun doute sur le sens de la consultation.

La Prensa a mis l’information à la une et comme très souvent, cet article n’apparaît pas sur son site Internet (ce n’est pas sa priorité).

Nul ne sera étonné de voir que cette nouveauté transandine écrase la une de Página/12 et fasse la joie de la rédaction.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :
lire l’article principal de Página/12
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación

samedi 24 octobre 2020

Épidémie en Argentine : les restrictions s’assouplissent là et se renforcent ailleurs [Actu]

"Isolés, mais on a vu pire", dit le gros titre
Elle : L'isolement continue
Lui : oui, mais réduit. Disons, un petit isolement.
Traduction © Denise Anne Clavilier
Sur le sigle ASPO, lire l'article ci-dessous

Hier, le président Alberto Fernández s’est rendu dans l’extrême-nord-est argentin, dans la province de Misiones, pour inaugurer des travaux publics avec le gouverneur local. C’est de là-bas qu’il a annoncé les mesures qui seront en vigueur jusqu’au 8 novembre pour lutter contre l’épidémie.

Partout en Argentine, il est imposé aux Argentins de s’isoler chez eux, de limiter au strict minimum leurs relations sociales, de n’inviter personne chez soi. Le télétravail est de rigueur pour tous les métiers qui le permettent, les transports publics et les déplacements sont réservés aux professionnels exerçant des professions indispensables (santé, commerce alimentaire, entretien des infrastructures, production dans l’agroalimentaire, l’énergie, l’eau potable, l’agriculture, etc.). A Buenos Aires et dans la province homonyme, où les chiffres ont entamé leur courbe descendante, les musées, les théâtres et les salles de sport vont pouvoir rouvrir. Une partie des écoles accueille désormais certains niveaux de début et de fin de cycle dans des classes improvisées, parfois en plein air, dans la cour, un jardin ou un parc public.

En revanche, dans huit provinces, les mesures vont se renforcer : elles rassemblent à elles seules 55 % des contaminations : Santa Fe, Córdoba, San Luis (qui a longtemps été épargnée), Mendoza, Tucumán, Neuquén, Chubut et Río Negro.

A Buenos Aires, dans la province homonyme et dans les huit nommées ci-dessus, règne le régime connu sous le sigle ASPO (isolement social préventif obligatoire).

Les taux de mortalité par covid-19 en Amérique
(Données Casa Rosada)

D’autres provinces, Misiones, Corrientes, Formosa, Entre Ríos, Catamarca, Jujuy, San Juan et La Pampa, passent en régime DISPO (distanciation sociale préventive obligatoire), un peu moins exigeant : il y a plus d’activités mais elles doivent respecter des protocoles stricts pour que les gens soient à distance les uns des autres.

Taux d'incidence cumulée par province
à comparer avec les chiffres du début du mois
(Données Casa Rosada)

Voilà sept mois maintenant que l’Argentine vit au ralenti. Les gens commencent à perdre patience et courage. Je le perçois dans les mails et les conversations que j’ai avec mes amis qui vivent là-bas. Le printemps est là, avec la chaleur et tous les désirs de sortir, de respirer, de voir la nature à nouveau fleurie. Alors que certains gouverneurs préparent déjà la saison touristique d’été, le président a averti tout le monde que ces perspectives sont soumises aux conditions sanitaires. Sans doute a-t-il vu ce qu’il s’est passé en Europe où dans beaucoup de pays beaucoup d’entre nous ont voulu profiter des beaux jours et où l’on voit arriver une seconde vague encore plus redoutable peut-être, d’autant qu’elle va se combiner avec le reste des pathologies habituelles de l’hiver et avec la vie à l’intérieur, à l’abri du froid, sans aération suffisante dans les lieux de vie.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

jeudi 22 octobre 2020

Une leçon de vie : Estela, bon pied bon œil, a 90 ans [Actu]

Photo Leandro Teysseire (Página/12)

Estela de Carlotto, la radieuse présidente de Abuelas de Plaza de Mayo (Grands-mères de la Place de Mai), vient de souffler ses quatre-vingt-dix bougies et Página/12 a pris contact avec elle, confinée dans sa maison de La Plata, grâce à Internet et nous offre aujourd’hui une longue interview écrite et vidéo dans les pages de son site.

Elle est un symbole de la résistance à la dictature et de la lutte pour la récupération de leur identité de naissance de tous les enfants volés par le système répressif des années de plomb, aujourd’hui des quarantenaires souvent eux-mêmes parents. Politiquement radicale d’origine et donc foncièrement antipéroniste, avec le temps, elle s’est rapprochée de cette gauche péroniste qui est revenue au pouvoir le 10 décembre 2019.

© Denise Anne Clavilier

Pour en savoir plus :

Un pape gay-friendly, ça secoue dans le bastingage ! [Actu]

"François surprend", dit le gros titre (en bas)
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Une seule phrase du pape François, isolée par la presse du monde entier (ou à peu près) dans un documentaire projeté au festival de cinéma de Rome, et la presse argentine se met à bouillir. Hier soir, tous les sites des quotidiens projetaient sur leur page d’accueil le soutien de l’ancien archevêque de Buenos Aires à l’instauration d’un cadre juridique (qu’il appelle union civile) qui puisse protéger les couples homosexuels. Or l’actuel pape s’était opposé fermement au gouvernement kirchneriste lorsqu’en Argentine celui-ci avait fait voter une loi permettant à ces couples d’accéder au mariage (civil) dans une parfaite égalité de traitement avec les couples hétérosexuels.

L'info est dans le titre secondaire
en bas à droite
Pour une très haute résolution, cliquez sur l'image


Coup de théâtre pour tout le monde (ici aussi, d’ailleurs).

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Página/12, que cette déclaration ravit, a fait appel à une théologienne évangélique pour démontrer qu’il ne s’agit pas d’un revirement de la part de l’actuel pontife : comme archevêque de Buenos Aires, Jorge Bergoglio avait des contacts très fréquents et une excellente relation humaine avec les communautés évangéliques de la capitale argentine. Il développait alors une politique d’œcuménisme au long cours.

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Certains journaux,
La Nación en Argentine ou El País en Uruguay, traitent la nouvelle à la une de leur édition ce matin.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :
presse argentine :
lire le billet de Página/12 sur la constance des positions du pape
presse uruguayenne :

Témoin gênant [Disques & Livres]

Página/12 a choisi d'opposer sur sa une
un ex (Macri) et un nouveau (Luis Arce, président élu de Bolivie)

Une dizaine de mois après le changement de majorité, les couteaux sont sortis à droite : la sœur du ministre de l’agriculture de l’ex-président de droite Mauricio Macri a dénoncé les manœuvres du ministre et Mariano Macri, frère de l’ancien chef d’État, a fait des confidences compromettantes à un journaliste de Página/12, Santiago O’Donnell, le journal le plus remonté contre la politique ultra-libérale du mandat qui s’est achevé le 10 décembre dernier.

Depuis plusieurs jours, Página/12 mène une véritable campagne pour promouvoir ce livre dont il est l’un des très rares quotidiens à parler, contrairement à ce qu’il se passerait en Europe atlantique et dans de nombreuses démocraties. Mais si la presse se fait discrète, les libraires ont déjà fourbi leurs armes sur leurs sites Internet.

L’ouvrage se présente comme le plus ardents brûlots de l’année, qui fut pourtant fertile en scandales politiques de toutes sortes, avec de nombreuses révélations sur la façon dont Mauricio Macri, son gouvernement et sa majorité auraient mis les moyens de l’État au service d’intérêts privés, ceux de la famille Macri, propriétaire d’une holding financière et multi-métiers et d’une classe d’hommes d’affaires et d’entreprises travaillant à l’échelle de la planète. Certains de ces scandales font d’ores et déjà l’objet d’instructions judiciaires, d’autres ne font, pour l’heure, qu’alimenter les colonnes et les ondes des média du groupe Octubre.

Ce matin, le quotidien de gauche publie une interview exclusive de Mariano Macri par l’auteur du livre de révélation, intitulé Hermano (frère) et édité par Sudamericana. Página/12 affirme que Mauricio Macri a fait et continue de faire pression pour que le livre ne sorte pas.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

Inquiétude pour Pino Solanas [ici]

Le couple Solanas-Correa reçu en octobre 2016 par le pape François

L’ambassadeur d’Argentine à l’UNESCO, le cinéaste Fernando « Pino » Solanas, est hospitalisé depuis quelques jours. Sa femme, Angela Correa, et lui sont atteints par le covid. Pendant que son époux était conduit à l’hôpital, elle restait confinée chez eux selon les conseils du médecin. Et Pino annonçait lui-même à travers les réseaux sociaux son hospitalisation et son bon moral.

La photo publiée par ses soins le montrait alité, vêtu du sempiternel pyjama de l’AP-HP, et le nez équipé de lunettes à oxygène. Tous les journaux avaient reporté ce fait le 17 octobre, alors que dans toute l’Argentine, la rue se remplissait de voitures conduites par des militants péronistes faisant la fête avec les précautions d’usage pour le Día de la Lealtad. Dix jours avant son hospitalisation, il avait été reçu en audience à Rome par le pape François, ce qui a fait craindre que le Souverain pontife soit lui-même cas contact (mais le Saint Père ne semble pas en avoir tenu compte puisqu’il a maintenu sans changement son programme d’activités et de rencontres).

Au-delà de son œuvre cinématographique, Pino Solanas est aussi le fondateur du parti politique Proyecto Sur (projet sud) que l’on peut ranger dans la gauche radicale argentine. D’abord très hostile au péronisme dans sa version kirchneriste sous les deux mandats de Cristina Kirchner, Proyecto Sur a rejoint les rangs du Frente de Todos, l’alliance qui a porté au pouvoir l’actuelle majorité il y a un an. Après le traumatisme de la présidence néolibérale de Mauricio Macri, une grande partie de la gauche a en effet compris que l’union était la seule garantie de la victoire électorale et c’est à la suite de celle-ci que Pino Solanas a été nommé à Paris pour remplacer le radical macriste Rodolfo Terragno, qui avait quitté son poste dès avant la prestation de serment d’Alberto Fernández. Solanas était arrivé à Paris peu après le confinement en France.

Ce matin, deux quotidiens relaient le nouveau message de l’ambassadeur où celui-ci reconnaît que sa santé devient délicate et que son épouse a finalement été hospitalisée elle aussi. Pino Solanas assure aussi à ses abonnés qu’il est très bien soigné et leur recommande la plus grande prudence dans leur vie quotidienne.

Dans ce blog, je ne peux que leur souhaiter à tous les deux le plus prompt et complet rétablissement. Pino Solanas aura quatre-vingt-cinq ans en février prochain. Sénateur jusqu’en décembre dernier, il avait été élu en octobre 2019 à Buenos Aires comme député pour la présente législature nationale.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :
le 17 octobre :
aujourd’hui :

jeudi 15 octobre 2020

Les 75 ans du 17 octobre se préparent [Coutumes]

Dans l'arc de cercle bleu et blanc : "C'est l'anniversaire de Perón"
En bas, sous la photo historique de Plaza de Mayo :
"Un jour péroniste"

Après-demain samedi, il y aura soixante-quinze ans que les Portègnes ont envahi Plaza de Mayo pour exiger le retour au gouvernement de Juan Domingo Perón, qui s’était rendu très populaire comme secrétaire d’État au Travail et venait d’être écarté du pouvoir (1) par une petite camarilla d’officiers de droite au sein d’un groupe de militaires qui s’étaient installés par la force à la tête de l’Argentine en 1943 pour éviter à celle-ci d’entrer dans la seconde guerre mondiale et résister à la pression des États-Unis. C’était le printemps et il faisait déjà sérieusement chaud. Certains manifestants décidèrent de faire trempette dans le bassin qui embellissait la place et cette image des gens assis sur le bord de la fontaine et les pieds nus dans l’eau (patas en la fuente) est restée comme un symbole de ce mouvement de loyauté envers Perón (d’où le nom de ce 17 octobre : Día de la Lealtad). Une grande fête pour tous ceux qui se réclament de Perón, ce qui est le cas des actuels gouvernants. Ce 17 octobre 1945 est considéré comme le jour où le péronisme est né. Ce jour-là, Perón comprit qu’il pourrait se présenter à l’élection présidentielle et pour se préparer, il épousa quelques jours plus tard celle qui n’était jusque là que sa maîtresse, Evita Duarte (2).

Épidémie oblige, cette année, les célébrations se tiendront en ligne. Un site Internet a donc été créé pour l’occasion et il a déjà reçu un nombre record de visites anticipées. De nombreux sympathisants et militants dotés du sens de l’humour ont organisé ou vont le faire la scène des pieds dans l’eau chez eux devant leur webcam…

Humour péroniste "façon maison"


En réaction aux manifestations très agressives de la droite qui ont eu lieu un peu partout dans le pays le 12 octobre, un leader syndical appelle aussi à une manifestation en voiture pour ne pas abandonner la voie publique aux seuls militants de droite des banderazos (les grands rassemblements où l’on agite le drapeau, bandera, national). Ils ne semblent pas nombreux à vouloir le suivre. On verra donc ce qu’il en est samedi.

Toujours est-il que de façon un peu surprenante, tous les journaux, y compris les trois titres phares de toutes les droites argentines, parlent déjà aujourd’hui de cette fête très particulière de la Loyauté, particulière à cause de la contagion et à cause du récent retour des péronistes au pouvoir.

Página/12 en fait la une de son supplément hebdomadaire sur le monde universitaire.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12 au sujet du site Internet de la fête



(1) Perón avait été arrêté la veille et envoyé manu militari au bagne militaire de l’île Martín García, située à la hauteur de Buenos Aires, confetti argentin au milieu des eaux territoriales uruguayennes. Devant la foule qui s’agglutinait devant Plaza de Mayo le 17, la junte du Mouvement des Officiers Unis l'envoya chercher et peu après minuit, libéré, il apparut au balcon de la Casa Rosada, autre photo symbolique d’un tournant historique pour le pays. N’importe qui qui, aujourd’hui, se montre à ce balcon s’inscrit dans cette histoire. La foule ne se dispersa qu’après avoir longuement acclamé son champion.
(2) A cette époque-là, la Constitution argentine, qui n’allait pas tarder à être rétablie, exigeait que le président soit catholique. Il était donc dans l’obligation de régulariser sa situation, sans quoi l’épiscopat aurait pu peser de tout leur poids (et il était considérable) contre sa candidature. Il se maria donc dans la cathédrale de La Plata, la capitale de la province de Buenos Aires.

L’inflation grimpe mais elle prend son temps [Actu]

Synthèse générale
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L’INDEC a publié hier les chiffres des prix à la consommation de septembre. Ils ont augmenté de 2,8 % par rapport au mois d’août (où le taux était de 2,7). On peut donc en conclure que l’inflation, malgré la crise économique et le ralentissement des activités à cause de la pandémie, est en voie de stabilisation.

Rappelons que pour l’année 2019, de janvier à décembre, elle s’était élevée à plus de 53 %.

En cumul depuis janvier, le taux actuel est donc de 22,3 % sur neuf mois. Il semblerait qu’il y ait donc un progrès et que plus personne ne contestant les chiffres de l’INDEC, ce progrès soit effectif. On ne peut pas imaginer que la presse d’opposition laisse si belle occasion de s’en prendre au gouvernement si ces chiffres étaient sensiblement faux. On est à 36,6 % d’augmentation par rapport à septembre 2019.

Tableau synthétique 2
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Comme le montrent les synthèses publiées par l’INDEC, c’est la rubrique habillement qui tire l’inflation vers le haut avec 5,8 % d’augmentation sur les vêtements et les chaussures, derrière lesquels viennent les boissons alcoolisées et le tabac (+4,3%). En revanche, l’éducation et les communications (téléphonie, Internet, télévision par câble et satellite) ont à peine bougé en septembre.

© Denise Anne Clavilier
www.barrio-de-tango.blogspot.com

Pour aller plus loin :
lire le rapport intégral de l’INDEC (à consulter ou à télécharger en format pdf)

Les transports longue distance reprennent sur terre et dans les airs [Actu]

Les deux ministres pendant leur annonce à l'aéroport El Palomar

Le ministre des transports et celui de l’écologie ont annoncé hier à l’aéroport de El Palomar, d’où partent les vols privés et les vols low-cost de la province de Buenos Aires, que les activités du transport allaient pouvoir reprendre pour permettre aux Argentins de se déplacer de province en province pour raison professionnelle ou médicale.

Il n’est pas encore question de faire du tourisme à ce stade de l’épidémie.

Reprennent donc les vols nationaux, les lignes de car (qui se sont substituées depuis les années 1990 aux lignes de train fermées par le gouvernement de Carlos Menen, un contresens historique dont l’Argentine n’est toujours pas remise - des "cars Macron" en quelque sorte et en beaucoup plus luxueux et confortable) et le peu de trains qui circulent encore dans la province de Buenos Aires.

© Denise Anne Clavilier

Pour en savoir plus :

Alberto Fernández rassemble sans se lasser [Actu]

"En visite", dit le gros titre de ce matin

Hier, depuis son bureau personnel de la résidence privée à Olivos, le président Alberto Fernández a ouvert le 56e colloque du patronat argentin, IDEA (idée), dans son effort pour rassembler ses concitoyens, de toutes les classes sociales, au-delà des différences politiques et idéologiques, soucieux qu’il est d’instaurer partout un dialogue pacifique, d’autant plus que cette capacité à échanger est indispensable dans la situation particulière créée par la crise économique (héritée du mandat de la droite libérale) et la crise sanitaire (intervenue quelques mois après la prise de fonction, le 10 décembre 2019).

Le président a profité de cette manifestation pour annoncer aux participants un certain nombre de décisions et les quelques principes qui guident sa politique économique. Il en a été bien mal récompensé puisque les patrons n’ont pas hésité à couvrir le mur de leur manifestation en ligne de propos désobligeants à son égard et que les quotidiens de droite en ont rajouté hier en ligne ou ce matin dans leur édition papier une couche de la même peinture, eux qui ne cessent d’accuser ce nouveau chef de l’État qui ne leur plaît pas de creuser, par son fanatisme (sic), le fossé entre les citoyens.

Une telle mauvaise foi laisse sans voix. Jugez-en vous-mêmes.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :
lire l’éditorial de Página/12 (Mario Wainfeld attaque dès son titre avec une ironie mordante : ce patronat ne change pas d’idée et n’en a pas beaucoup)
lire le communiqué officiel de la Casa Rosada, qui propose le texte intégral du discours présidentiel.

mardi 13 octobre 2020

Mes prochaines conférences à Paris sous conditions [ici]


Toutes les propositions publiques
qui se préparent actuellement dépendent jusqu’au dernier moment de la situation sanitaire du pays et de la région ainsi que des décisions des pouvoirs publics. Notez donc sur votre agenda au crayon à papier et s’il le faut dans quelques jours, vous pourrez gommer.

Si la situation de Paris s’améliore d’ici un mois, je dois donner deux conférences au salon L’autre Livre, où je dédicacerai mes livres sur le stand des Éditions du Jasmin les 13, 14 et 15 novembre après-midi.

Le salon se tiendra dans la Halle des Blancs-Manteaux, un ancien et très beau marché couvert bâti sous Napoléon et situé 48 rue Vieille-du-Temple, Paris IV (M° Saint-Paul ou Hôtel de Ville). Le salon du livre se trouve au rez-de-chaussée et les conférences dans la salle Bodoni, au 1er étage en mezzanine.

Cliquez sur l'image pour une haute résolution

La première conférence, Belgrano, trois vies en une, se tiendra le samedi 14 novembre 2020 à 15h. J’ai déjà donné une causerie sous ce titre à l’Ambassade d’Argentine le 27 février mais ce ne sera pas la même puisque je ne répète jamais la même conférence. C’est l’un des avantages de ne pas préparer de powerpoint : on est libre de s’adapter au public et d’improviser ce que l'on dit si on maîtrise son sujet.

La seconde portera sur la tradition orale des contes animaliers que j’ai adaptée dans un recueil destiné à un public de lecteurs enfants et adultes francophones. Ce sera le lendemain, dimanche 15 novembre 2020, à 16h, dans la même salle, sous le titre Sous les animaux, l’histoire du peuple, puisque les contes choisis l’ont été parce qu’ils transmettent la mémoire que le peuple rural argentin conserve du passé, depuis la conquête espagnole jusqu’au vingtième siècle.

© Denise Anne Clavilier

Entrée libre et gratuite.
Masque et gestes barrière obligatoires, comme de bien entendu.

Ajout du 20 octobre 2020 :
Comme on pouvait s'y attendre, l'événement a été annulé pour raison sanitaire.
Les Editions du Jasmin se réorganisent pour proposer au public les conférences et les présentations de ses auteurs sous un format virtuel (vidéo). Ces modifications feront l'objet de nouveaux articles sur ce blog dès que le programme aura été déterminé.