mercredi 11 mars 2026

Un demi-siècle après le coup d’État, la justice identifie douze victimes de la dictature [Actu]

"Le passé, présent !" clame le gros titre
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La justice argentine a annoncé qu’elle avait pu identifier douze corps dans des fosses communes liées à un centre de détention clandestine de la dictature militaire de 1976-1983, à La Perla, dans la province de Córdoba, dans le centre de l’Argentine.

Cet ancien centre de torture est devenu un lieu de mémoire et continue à faire l’objet de fouilles pour rechercher des disparus de la dictature.

"Identification de 12 personnes disparues
dans l'ex-centre clandestin de La Perla"
dit le visuel publié par la justice argentine

Pour le moment, les identités des suppliciés n’ont pas été révélées. La justice ne le fera que lorsque les familles auront été informées et uniquement si elles y consentent.

Página/12 en fait sa Une alors que le gouvernement de Mileí s’efforce de passer l’éponge sur les crimes du régime, qui sont des crimes contre l’humanité et à ce titre sont imprescriptibles, et de ralentir le travail de la justice. Face aux nettes tendances négationnistes du président, de son entourage politique et de ses alliés, la rédaction du journal de gauche affiche les faits établis comme autant d’antidotes à ces nouveaux mensonges officiels.

L'autre côté du visuel officiel

A titre d’exemple, à la Cité Internationale Universitaire de Paris, la direction libertaire du pavillon argentin, qui dépend du ministère argentin du Capital Humain, a fait récemment retirer une plaque commémorative dédiée aux trente mille personnes assassinées par la dictature...

Parmi les journaux de droite, seule La Prensa se fait l’écho de la macabre découverte.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

En Argentine, les entreprises tombent comme des mouches [Actu]


Página/12 rend compte aujourd’hui de la fermeture d’un grand centre commercial de Mar del Plata, le principal port argentin sur l’Océan atlantique (port commercial, port militaire, port de pêche et de plaisance) et principale ville balnéaire du pays. C’est dire si les centres commerciaux y ont leur place !

Celui-ci, Los Gallegos (les Galiciens), vient pourtant de fermer définitivement ses belles portes vitrées… 250 salariés risquent de se retrouver au chômage dans les semaines qui viennent.


Dans un autre domaine, l’agro-alimentaire, le groupe laitier Verónica (lait, beurre, crème fraîche, dulce de leche, préparation fromagère à tartiner, fromages et autrefois yaourts), fondé en 1923, a fermé plusieurs centres de production, laissant sans revenu leurs salariés. Verónica, c’est pourtant une référence importante dans les linéaires de la distribution, grande et petite. Si ma mémoire est bonne, c’est sous cette marque que j’avais trouvé, il y a plusieurs années, avant le covid, le premier et seul yaourt nature que je pouvais acheter à Buenos Aires, un yaourt épais, de type grec, indiqué pour la cuisine – para cocinar et qui avait disparu deux ans plus tard (yogur para cocinar parce qu’il ne viendrait à la tête d’aucun Argentin de manger du yaourt nature, sans sucre ni parfum).

Décidément, le « miracle de l’Argentine », vanté hier par certains participants au lancement de la Argentina Week à New York, a tout du mirage…

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 sur la fermeture des Gallegos
lire l’article de Página/12 sur Verónica.

Hommage à Osvaldo Pérez Esquivel en ce cinquantenaire du coup d’État [Disques & Livres]

Adolfo Pérez Esquivel, hier, à la Legislatura de Buenos Aires


Alors que le 24 mars prochain, l’Argentine des droits de l’homme commémorera le cinquantième anniversaire du coup d’État de Videla et ses sbires. Les premières manifestations s’organisent autour des acteurs et des témoins de la résistance démocratique.


C’est ainsi qu’hier, la Legislatura de Buenos Aires, le parlement de la Ville autonome, a rendu hommage à Adolfo Pérez Esquivel, le prix Nobel de la Paix argentin, qui a prononcé un discours sur l’obscurité politique qui s’abat en ce moment même sur l’Argentine, autrefois phare international de la lutte contre la dictature et ses crimes.


Cet hommage, qui s’est tenu dans le splendide Salón Montevideo (ci-dessus), accompagnait la sortie du nouveau livre de Pérez Esquivel, La otra mirada – Relatos (l’autre regard – récits), qui a été déclaré « de Interés » par la Commission sociale de la Ville.


Pérez Esquivel a été arrêté et torturé en 1977. Il est resté prisonnier pendant plus d’un an. Il a pu échapper à un vol de la mort, qui jetait dans le Río de la Plata ou dans l’océan les opposants, drogués ou assommés, mais encore vivants. L’artiste a aujourd’hui 95 ans et il a tenu à partager cette soirée d’hommage avec d’autres survivants de ce régime meurtrier.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

voir la présentation de l’ouvrage sur le site des Ediciones Ciccus.

Mileí fait le show à New York dans les locaux de la JP. Morgan [Actu]

"A New York, Mileí reprend ses invectives contre
Rocca et Madanes", dit le gros titre
en référence aux insultes proférées par le président
contre deux représentants éminents du patronat industriel argentin
En dessous : la guerre contre l'Iran dont on ne voit pas la fin
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Hier, à New York, où il lançait la Semaine Argentine (Argentina Week), Javier Mileí a fait l’article sur les richesses du sous-sol national devant un parterre d’investisseurs potentiels dans les locaux de la puissante banque JP Morgan, d’où est sortie la majorité de ses ministres et autres conseillers.

"Mileí crée la surprise avec son discours
agressif contre les entrepreneurs argentins à New York",
dit le gros titre
Au-dessous : l'inauguration d'un salon de l'agriculture
dans la province de Buenos Aires
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Le président argentin en a profité pour lancer de nouvelles flèches contre l’ensemble du patronat argentin dont il a traité à nouveau les principales personnalités de prébendiers et de corrompus. Drôle de façon de faire valoir son pays pour un chef d’État ! Ce matin, même La Nación s’étonne de ce comportement présidentiel.

"Mileí s'en est pris aux chefs d'entreprise
lors d'une rencontre avec des investisseurs
et a provoqué un fort malaise", dit le gros titre
En dessous, les machines agricoles,
qui font l'objet du salon de l'agriculture qui vient d'ouvrir
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Une fois son numéro terminé, Mileí a repris l’avion pour se rendre à Santiago du Chili où il assiste aujourd’hui à l’investiture de Kast, le nouveau président chilien qui affiche sa nostalgie pinochetiste.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

mardi 10 mars 2026

Hier, grande manifestation pour le droit des femmes et celui du travail [Actu]

La marée de retour, dit le gros titre
sur cette photo prise au-dessus de Plaza de Mayo
au cœur de Buenos Aires
La statue représente la république et la liberté
de la Révolution de 1810 (d'où le bonnet phrygien)
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Hier, les Argentins ont tâché d’unir toutes les luttes à l’occasion de la Journée internationale du droit des femmes en appelant à une nouvelle grève générale le 9 mars, le 8 tombant un dimanche.

La manifestation n'a droit qu'à la photo
en haut à droite
Le reste est pour les Etats-Unis où Mileí
est allé signer un nouvel accord avec Trump,
le "bouclier des Amériques"
qui veut mettre les armées des Etats signataires
au service de la lutte contre le trafic de drogues
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A la grève générale, contre la réforme du code du travail votée au Congrès, s’est donc ajoutée une manifestation très suivie dans plusieurs grandes villes, dont Buenos Aires. Les images sont impressionnantes. Le résultat risque toutefois d’être très maigre. Javier Mileí ne semble avoir aucune capacité à écouter son opinion publique et encore moins à changer de politique à son contact.

Les deux ans à venir vont très probablement être de plus en plus cruels.

La manifestation d'hier à Rosario
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Prochain rendez-vous des militants des droits des gens dans tous les domaines, ce 24 mars pour le 50e anniversaire du coup d’État de Videla et consorts qui a installé la plus sanglante dictature qu’ait jamais connue l’Argentine.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 qui en a fait sa Une nationale
lire l’article de Clarín

vendredi 6 mars 2026

L’effondrement des grandes enseignes, ça continue [Actu]

"Moi, le leader suprême", dit le gros titre
sur ce montage de Trump en ayatollah..
En bas, l'annonce des catastrophes économiques
dans la grande distribution
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La justice a prononcé la liquidation complète de Garbarino, la grande enseigne d’électro-ménager et de hi-tech, aussi prestigieux et populaire qu’est en France Darty ou la FNAC. Les actuels administrateurs ont l’interdiction de quitter le territoire national, ce qui est de droit en Argentine afin d’éviter l’éventuelle fuite d’auteurs de faillite frauduleuse, et sont interdits de gérer des entreprises.

D’un autre côté, l’enseigne de la grande distribution, Chango Más (comprenez Chariot +), a fait savoir qu’elle rencontre de grandes difficultés et procède à des réductions de personnel, qui sont les prémices d’une fermeture prochaine très probable.

Un magasin de petite taille en pleine ville
ici, à Buenos Aires, à la station de métro Juramento
(sur la photo, vous pouvez apercevoir le plan du quartier :
c'est cette sorte d'échiquier que l'on voit sous le nom de la station)

Carrefour, quant à lui, n’a pas trouvé pour son réseau d’acquéreur à un prix qui lui convienne. L’enseigne française se maintient donc en Argentine pour le moment. Cet échec à vendre tendrait à montrer que le secteur ne se porte pas très bien…

La façade d'un hypermarché de l'enseigne Chango Más

Bref, à part tout ça, si l’on en croit Javier Mileí, l’Argentine est sur la bonne voie et la croissance est au coin de la rue.

Ben voyons !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de La Nación
Página/12, le seul à réunir le sort des deux enseignes, a réservé à ses abonnés son article en ligne. Il est toutefois le seul quotidien à mettre l’info sur sa Une (tout en bas : Grandes cadenas en rojo : Les grandes enseignes dans le rouge).

jeudi 5 mars 2026

Otage au Venezuela : le gouvernement argentin double en côte [Actu]

"Avant que chante le coq", dit le gros titre
avec un jeu de mot sur le nom de l'otage libéré
(gallo : coq)
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Nahuel Gallo est un jeune caporal de la gendarmerie argentine. En décembre 2024, il était en poste à Mendoza, au pied des Andes. Sa compagne venezuelienne ayant dû rentrer au pays pour des raisons personnelles, en emmenant leur bébé, il a décidé d’aller passer ses vacances avec eux, en famille. Il a pris pour cela un chemin détourné assez compliqué mais moins cher qu’un vol direct. En Colombie, il a emprunté le pont international qui relie les deux pays mais arrivé de l’autre côté de la frontière, il a été arrêté par la police venezuelienne sous une accusation sans fondement de terrorisme et autres balivernes sans nom. Il s’est retrouvé en prison, sans effet personnel, sans argent, sans téléphone, sans qu’aucun procès ne se dessine jamais à l’horizon. C’est sa famille, inquiète de n’avoir plus de nouvelles, qui a alerté la presse et les pouvoirs publics. Nahuel était devenu l’otage de Maduro dans le conflit de ce dernier avec Javier Mileí qui avait coupé les relations diplomatiques avec Caracas.

La semaine dernière, les relations entre la fédération de football argentine et son homologue venezuelienne, d’usage à tout moment de l’année mais encore plus à la veille d’une Coupe du Monde, ont permis, à la faveur des changements politiques imposés par Trump à Caracas, de faire libérer le jeune homme qui a pu rentrer en Argentine lundi et y retrouver brièvement sa famille, notamment sa femme et son fils, avant d’être retenu plusieurs jours dans une enceinte militaire, avec des contacts restreints avec ses proches et aucun contact avec la presse.

L’arrivée du jeune homme à l’aéroport avait déjà soulevé plusieurs questions : pourquoi avait-il été présenté à la presse en tenue militaire alors qu’il avait voyagé dans un avion affrété par la AFA (la fédération de foot) avec sur le dos le maillot de l’équipe nationale, ce qui était son droit puisqu’il était parti au Venezuela hors service, en civil, en vacances ? Et pourquoi était-il alors entouré de plusieurs personnalités politiques de premier rang, comme le ministre des Affaires étrangères ou l’ancienne ministre de la Sécurité, maintenant sénatrice, alors qu’il était manifeste que le gouvernement n’était même pas au courant des tractations qui ont abouti à la libération du jeune homme et tout aussi manifeste que ses tentatives diplomatiques pour le libérer avaient été ou infructueuses ou très rares ? Etaient ensuite venus ces jours de silence et de réclusion dans l’enceinte militaire puis à l’hôpital militaire central pour un bilan de santé, qui a semblé trop long par rapport à son état de santé apparent. Cela s’est accompagné d’une communication officielle contradictoires et erratique puisque les pouvoirs publics ont fait des pieds et des mains pour tenter d’effacer des consciences l’intervention de la AFA et de son président, aujourd’hui en conflit ouvert avec Javier Mileí et sa clique libertaire qui veulent à tout prix transformer les clubs de foot, qui sont aujourd’hui des associations sans but lucratif, en sociétés commerciales comme c’est le cas, hélas, en Europe, avec les dérives affairistes et la corruption que l’on connaît.

Le gros titre est pour le sous-marin iranien
coulé par la marine US
Nahuel Gallo a droit à la photo centrale
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Cette propagande, digne de Poutine, a toutefois échoué : tout le monde sait que le gouvernement n’est pour rien dans cette libération et que c’est bien le réseau international de Claudio Chiqui Tapia, le président de la AFA, qui a permis, d’une manière des plus hétérodoxes, de faire revenir l’otage.

Hier, le gouvernement a donc organisé une conférence de presse avec le jeune homme, en uniforme, et avec interdiction formelle aux journalistes de poser des questions (on se croirait en Russie, non ?). Nahuel Gallo a dit quelques banalités comme en disent à peu près tous les ex-otages. Sa parole ne semblait pas vraiment libre. Ses faits et gestes non plus, encore aujourd’hui. Et le gouvernement s’est bien entendu attribué tout le mérite de ce retour au pays.

La chasse à l’homme continue contre Chiqui Tapia, sur qui pleuvent les accusations de corruption, tandis que le monde du football s’est mis en grève, peut-être illimitée, pour défendre son président, qui reste le champion du statut des clubs contre la voracité affairiste du président et de sa clique.

En Argentine, comme les clubs sont des organisations sans but lucratif et que l’activité rapporte beaucoup, beaucoup, beaucoup d’argent, les bons joueurs, leurs soigneurs, leurs entraîneurs sont très bien payés par les clubs professionnels, les dirigeants aussi, qui sont élus par les socios (les adhérents-supporters) et qui ont souvent des avantages en nature somptueux (qui peuvent devenir des sources de corruption). Ce qu’il reste de l’argent est mis au service des socios : cours du soir gratuits ou à prix réduit, dispensaire médical gratuit, assistance juridique gratuite, cours de danse et pour les clubs les plus riches, une école gratuite pour les gamins, une clinique gratuite pour les familles, parfois une pharmacie, des infrastructures de sport, des loisirs, voire des aides au logement ou au retour à l’emploi pour les chômeurs… C’est tout cela qui disparaîtrait à court terme si les clubs changeaient de statut. Et les Argentins ne veulent pas que leurs clubs servent à enrichir des oligarques nationaux ou étrangers alors qu’aujourd’hui, ils sont un lien socio-économique indispensable pour à peu près tout le monde.

Il faut donc faire disparaître Chiqui dans un cul de basse-fosse et la AFA avec ! Même si la fédération a le soutien de Gianni Infantino et de la FIFA. Même s’il faut réduire au silence un petit caporal de la gendarmerie qui vient de vivre 448 jours d’enfer dans les prisons du régime de Maduro.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12, qui met à jour la magouille gouvernementale
lire l’article de La Prensa, qui ne dit pas un mot des questions que pose cette mise en scène
lire l’article de Clarín, lui aussi très discret sur le sujet
lire l’article de La Nación, qui n’a pas mis cette info à sa Une
lire l’article de La Nación sur les déclarations de l’épouse du gendarme, qui suit elle aussi la ligne du parti et critique ceux qui « prétendent » avoir permis la libération de son mari. Mais alors, pourquoi celui-ci est-il rentré dans un avion affrété par la AFA ? C’est bizarre, quand même…

C’est ça, le règne de la liberté ?

mercredi 4 mars 2026

Une autre grande entreprise argentine en danger en cette rentrée sociale [Actu]

Le titre est un jeu de mots intraduisible :
"dar el cuero", littéralement "le cuir donne"
signifie "avoir les moyens", avoir assez d'argent pour...
Autrement dit : "Galperín n'a plus les moyens"
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Marcos Galperín est le petit-fils d’un industriel allemand qui a immigré en Argentine où il a développé il y a quatre-vingts ans une grande tannerie, la SADESA, pour envoyer du cuir en Europe. Il compte parmi les principaux représentants du patronat de Argentine, l’un des tenants d’une politique très peu sociale avec le moins de redistribution possible. Tout en restant à la tête de l’entreprise familiale, il a investi une bonne partie de sa fortune dans une entreprise innovante, la vente en ligne, Mercado Libre qui a longtemps dominé le marché argentin jusqu’à ce que Javier Mileí ouvre toutes les frontières et laisse ses gigantesques concurrents internationaux comme Amazon, Ali Express, Temu et autres du même genre opérer en toute liberté dans le pays.

Hier, Marcos Galperín a annoncé publiquement que la tannerie n’avait plus les moyens de régler sa cotisation à son organisation patronale sectorielle, laquelle ne s’élève qu’à 360 000 pesos. C’est une somme considérable pour un budget familial mais c’est vraiment très peu pour une entreprise industrielle de la classe de la SADESA. La vieille tannerie se trouve donc au bord du dépôt de bilan tandis que l’existence de Mercado Libre est menacé par la concurrence internationale et son application pour téléphone menacée par le développement de l’intelligence artificielle.

"La UIA répond à Mileí et les chefs d'entreprise
de la AEA demande du dialogue", dit le gros titre
L'image est elle consacrée à la guerre contre l'Iran
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Dimanche soir dernier, lors de la traditionnelle ouverture de la session parlementaire du 1er mars, Mileí a prononcé un discours très agressif contre l’opposition et contre l’Union des Industries Argentines, la UIA, qui constate depuis quelques temps que les activités de l’ensemble du secteur sont en danger partout dans le pays. Si Página/12, quotidien de gauche, fait sa Une sur la situation de la tannerie, qui a employé jusqu’à 2000 salariés et n’en compte plus que 400, les deux autres journaux nationaux (de droite, eux), Clarín et La Nación, préfèrent parler des déclarations de la UIA qui dénonce les propos hostiles du président, lequel a annoncé dimanche soir son projet de faire passer 80 nouvelles lois pour parachever la dérégulation de toute l’économie en vue de ramener l’Argentine à ce qu’elle était au 19e siècle, un pays dont toute l’économie reposait, comme à l’époque coloniale, sur le secteur primaire, essentiellement l’agriculture et l’exportation de produits bruts, cuir compris. Halluciné, Mileí est persuadé qu’à cette époque-là, l’Argentine était une puissance mondiale, ce qu’elle n’a jamais été. Il confond le PIB par tête avec la constitution de la puissance internationale. Certes, le PIB par tête était très élevé mais la redistribution était à peu près nulle, donc la population était très précaire et le pays, très peu peuplé, était très mal équipé pour se faire respecter dans les domaines qui assoient la puissance d’un pays : l’équité dans les échanges internationaux (or l’Argentine vendait beaucoup de produits bruts donc à bas prix tout en achetant la quasi-totalité des produits élaborés, donc très chers, dont elle avait besoin), l’influence diplomatique et la capacité d’intervention militaire, deux domaines dans lesquels l’Argentine était fort peu reconnue par les autres États, que ce soit en Europe ou en Amérique du Nord (à l’époque seuls les États-Unis et le Mexique, puisque le Canada est encore un dominion britannique, comme l’Australie et la Nouvelle-Zélande, et que Cuba vient tout juste de se détacher de l’Espagne), tandis que le reste du monde, mis à part le Japon, ne comptait pas puisque l’Afrique, l’Asie et le Moyen-Orient étaient encore sous régime colonial.

"Après les critiques de Mileí, les grandes entreprises
exigent que le gouvernement les respecte", dit le gros titre
La photo est consacrée à un effondrement
dans un groupe d'immeubles à Buenos Aires
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Fondée en 1941, la SADESA a été la plus grande tannerie du monde. Elle fournit en cuir des marques comme Nike et Adidas. Il est probable que le gouvernement argentin ne lèvera pas le petit doigt pour la sauver, comme il a refusé de sauver l’entreprise pneumatique Fate, qui a cessé toute activité à la mi-février dernier. Pourtant, une grande partie de ce haut patronat argentin a voté pour Mileí ou au moins contre son adversaire de gauche, Sergio Massa, il y a deux ans et demi.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :


"Nous ne vivons pas de prébendes", dit le gros titre
citant le patron des petits patrons à La Plata
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Ajouts du 5 mars 2026 :
lire cet article de La Prensa sur la chute spectaculaire de l’activité industrielle en ce début d’année
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación
Página/12 (ci-dessus) a consacré la Une de son édition de La Plata (capitale de la province de Buenos Aires) aux déclarations du président du syndicat patronal des PME qui contredit le discours insultant du président Mileí devant le Congrès dimanche 1er mars (l’article n’est pas disponible en ligne)

Les militants des droits de l’homme demandent justice pour Cristina [Actu]


Hier, dans une annexe de la Chambre des Députés, les associations des droits de l’homme accompagnées par Adolfo Pérez Esquivel, le prix Nobel de la Paix argentin, ont tenu une conférence de presse pour réclamer que justice soit rendue à Cristina Kirchner, qui subit depuis plusieurs mois une lourde peine d’incarcération à domicile sous bracelet électronique, avec des conditions qui ne cessent de s’alourdir au point que l’ex-présidente n’a même plus le droit de sortir sur la terrasse de son appartement portègne (alors qu’on est encore en été), qu’elle n’a droit à la visite que de quatre personnes par semaine pour deux rencontres de deux heures maximum chacune alors que d’autres condamnés, à des peines beaucoup plus lourdes (réclusion criminelle à perpétuité pour crimes contre l’humanité) ont maintenant droit à une détention à domicile, sans bracelet et sans restrictions ni pour sortir ni pour recevoir du monde.

Les militants ont montré des documents prouvant que les sbires de la dictature militaire désormais revenus à la maison se la coulent douce, avec fête d’anniversaire en toute liberté et en tout cynisme.

Ils ont répété qu’il y avait là deux poids deux mesures, d’autant qu’ils estiment que l’ancienne présidente constitutionnelle, élue à deux reprises lors d’élections libres, est innocente des méfaits pour lesquels elle a été condamnée, ce qui est exact puisqu’elle l’a été sous le prétexte qu’en tant que chef d’État, elle aurait dû savoir tout ce que faisait l’ensemble des personnes composant la structure hiérarchique dépendant de son autorité, ce qui est humainement insoutenable et qui prouve que la Justice n’a pas trouvé contre elle de faits véritablement incriminants puisque sa condamnation repose sur des agissements dont ses subordonnés se sont rendus coupables et non pas elle.

Cette conférence de presse faisait suite aux insultes et aux menaces dont Javier Mileí a parsemé, dimanche soir, son très long discours d’ouverture de la session parlementaire (le président argentin a tout fait pour égaler en durée et en chaos le discours sur l’état de l’Union de Trump, son modèle).

Bien sûr, seul Página/12 a rendu compte de cette conférence de presse.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

jeudi 19 février 2026

925 personnes sur le carreau : fermeture d’un fabriquant de pneus [Actu]

"Mileí l'a fait", dit le gros titre
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Le pneumatique argentin Fate, 80 ans d’existence, faisait travailler beaucoup de monde à San Fernando, dans la province de Buenos Aires. Il avait compté jusqu’à 2000 salariés et depuis que Javier Mileí avait ouvert les frontières aux produits d’importation, l’usine était en difficulté.

Hier matin, les ouvriers ont trouvé porte close au moment de prendre leur poste et un communiqué accroché aux grilles d’entrée pour expliquer succinctement la situation.

En Argentine, le marché du pneu est aujourd’hui tenu à 75 % par des produits d’importation venus de pays, surtout la Chine, qui ont encore moins d’obligations sociales que l’Argentine, laquelle, avant Mileí, avait un système beaucoup moins généreux qu’en Europe mais encore trop par rapport à d’autres acteurs sous d’autres cieux.

Aujourd’hui, c’est 925 personnes qui vont se retrouver à la rue, sans travail, sans perspective d’avenir et avec des aides très très faibles dans un bassin d’emploi sinistré comme partout dans le pays. Selon la UIA, l’union patronale industrielle, l’Argentine a perdu 65 000 postes de travail depuis l’arrivée au pouvoir de Mileí.

"Annonce surprise de Fate :
son usine de pneumatiques ferme
et 920 salariés sont licenciés", dit le gros titre
sur cette photo des ouvriers montés sur le toit de l'usine
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Le gouvernement a ordonné une période de 15 jours de conciliation qui n’aboutira pas à grand-chose. Peut-être les salariés arracheront-ils des primes de travail convenables mais si l’entreprise a perdu ses parts de marché, ce n’est pas une conciliation patron-salariés qui va les lui redonner. Malgré les portes closes, les ouvriers ont forcé l’entrée et actuellement, ils occupent l’usine et le terrain qui l’entoure.

Pendant ce temps, Mileí est aux États-Unis pour le lancement du prétentieux Conseil de la Paix dont Trump est le tout puissant grand patron régnant sur sa cour de vassaux dictateurs et autres chefs d’État ou de gouvernement autoritaires.

Aujourd’hui, une grève générale paralyse toute l’Argentine contre la réforme du code du Travail actuellement en débat au Congrès, une réforme qui, si elle est adoptée en l’état, détruirait tous les droits sociaux acquis par les salariés et même les indépendants depuis l’arrivée en 1916 du premier gouvernement de gauche. La grève semble très suivie alors que le pays est dans l’équivalent de notre mois d’août. C’est le plein été dans l’hémisphère sud.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 qui fait sa Une et qui ne paraît pas en kiosque aujourd’hui par respect pour la protestation générale contre la politique du gouvernement

mercredi 11 février 2026

Pour faire baisser la fièvre, pas la peine de casser le thermomètre : l’inflation repart bel et bien [Actu]

"Un morceau dur à avaler" dit le titre
avec une tournure idiomatique
On pourrait traduire aussi : "Il y a comme un os"
En dessous, la photo d'une famille dont
trois membres viennent d'écoper d'une
lourde peine pour le féminicide de la belle-fille
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Même si nos Pythies de plateau télévisés disent le contraire ici, la politique économique de Javier Mileí continue à faire des dégâts. C'est un échec et un échec prévisible. Alors qu’il avait jusqu’à il y a neuf mois réussi à réduire les taux mensuels de l’inflation, c’est-à-dire non pas à la supprimer mais seulement à la ralentir, voilà que depuis huit mois, elle reprend de la vitesse. Les taux montent de mois en mois.

"L'inflation de janvier a été de 2,9%
et c'est le cinquième mois de hausse", dit le gros titre
En dessous, des images d'une manifestation de policiers
à Santa Fe, pour une revalorisation des salaires
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C’est ainsi qu’en janvier, l’inflation mensuelle aura été de 2,9 % en moyenne dans le pays et de 3,1 % dans la capitale fédérale, avec un poste alimentation (hors alcool) qui a bondi à 4,7 % et le poste hôtels et restaurants est à 4,1. Tout cela pour un seul mois. Calculez ce que ces données cumulées sur l’année pourraient donner pour 2026 !

Un rayon yaourts et crèmes dessert dans un supermarché
Rendez-vous compte du peu de choix disponible
dans un pays de forte production laitière
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Sachant cela, Mileí tente de manipuler à son avantage (et une nouvelle fois) les paramètres de mesure du phénomène. Ce qui ne trompe bien entendu pas grand-monde dans le pays. L’inflation retrouve son dynamisme antérieur et détruit le pouvoir d’achat des Argentins ordinaires.

"Au milieu de la polémique au sujet
des mesures de l'INDEC, l'inflation de janvier
est montée à 2,9%" dit le gros titre
En dessous, la manifestation des policiers de Santa Fe
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Plutôt donc que d’obéir au ministre qui voulait lui interdire de publier les chiffres obtenus avec des paramètres révisés et plus conformes à la réalité économique du pays, le directeur de l’institut national des statistiques, pourtant nommé par Mileí, a démissionné il y a quelques jours et hier, l’institut, l’INDEC, a publié ses résultats obtenus avec le même indice que le mois dernier. Et patatras, ils sont mauvais. Même avec une méthode de calcul inadaptée !

"Caputo [le ministre de l'Economie], l'indice ne lui
a pas réussi !", dit le gros titre
avec un jeu de mot entre "indice" et "index"
en haut, une manifestation contre la réforme
ultra-libérale du code du Travail actuellement en débat
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Ajoutez à cela que, pour comble de cynisme, le ministre de l’Économie s’est vanté il y a quelques semaines de ne jamais acheter ni porter le moindre vêtement produit en Argentine. Ce monsieur ne s’habille qu’à l’étranger, c’est plus chic ! A croire qu’il pense que c’est la meilleure façon de relancer la production locale et de maintenir l’emploi ?


Mileí (devant) : On a des trucs en commun, Trump et moi...
Tous les deux, on veut que ça se passe bien pour quelques uns
et que le reste du monde aille se faire f..."
Son conseiller : "D'accord, mais pour Trump,
toi, tu es une partie du "reste du monde"
Traduction © Denise Anne Clavilier
Dessin de Une de Página/12 ce matin
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Ne parlons même pas de créer des postes de travail et de la richesse nationale. Ce sont là des choses dont le ministre et le président se moquent comme de l’An 40...

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :