jeudi 30 juillet 2026

Dolores Solá présente son nouveau disque au Torquato Tasso [à l’affiche]


La chanteuse et compositrice Dolores Solá, qui s’est fait connaître dans le groupe de tango alternatif La Chicana, qu’elle dirigeait avec son ex-compagnon, Acho Estol, avant leur séparation il y a quelques années, présentera samedi prochain, le 1er août 2026, à 22 h, au Centro Cultural Torquato Tasso, Defensa 1575, dans le quartier de San Telmo., un nouveau disque personnel intitulé Corazón de Perro (cœur de chien). La salle ouvre ses portes à 20 h, comme d’habitude.

Prix des places : 30.000 $ (pesos argentins).

Comme toujours, il faut aussi prévoir les consommations et le repas en sus.
Les tables sont partagées et les places attribuées dans l’ordre d’arrivée des clients.

Dolores Solá s’était lancée dans une première phase de carrière soliste il y a une dizaine d’années avec son premier disque solo, Salto Mortal. Aujourd’hui, elle sort donc un nouvel album d’une dizaine de morceaux avec la participation de plusieurs autres artistes, dont Teresa Parodi, une auteure-compositrice-interprète du folklore de la province de Corrientes (nord-est de l’Argentine), et Daniel Melingo, chanteur et compositeur qui nous a quittés au début du mois.


Le disque présente un répertoire hétéroclite avec un seul tango et des chansons de diverses autres origines, y compris en provenance de la guerre civile espagnole, côté républicain bien entendu. L’ensemble reste marqué par le caractère contestataire qui a toujours été celui de l’artiste.

Pour l’occasion, elle a accordé une longue interview à Página/12.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

Cristina porte sa cause devant l’ONU [Actu]

Le titre peut se traduire de diverses manières
puisque le futur en Argentine peut être utilisé
pour signifier l'espoir ou l'attente :
Que justice soit faite
Justice sera faite
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L’ancienne présidente Cristina Kirchner est en prison à domicile, avec bracelet électronique et interdiction de sortir de chez elle, sauf urgence médicale, depuis une bonne année. De plus, elle a été déclarée inéligible à vie. Les motifs de cette condamnation, validés par la Cour suprême dans des délais exceptionnellement courts et avec un raisonnement juridique pour le moins étrange, sont contestés et très contestables : elle a en effet été en quelque sorte reconnue solidaire d’actes de corruption de plusieurs de ses subordonnés lorsqu’elle était présidente de la Nation sous prétexte qu’en tant que cheffe de l’État, elle n’avait pas le droit d’ignorer ce que faisaient les personnes formant la chaîne hiérarchique placée sous sa autorité suprême. C’est d’autant plus étrange qu’elle est une femme, qui plus est la première élue à la présidence (et réélue), et que des hommes, chefs d’État eux aussi mais de droite, ont pour leur part échappé, miraculeusement, à toutes les procédures ouvertes contre eux, le dernier en date étant Mauricio Macri, qui lui a succédé à la Casa Rosada. Et je laisse de côté le cas du président actuel, Javier Milei, dont la corruption est plus que patente (comme celle de sa sœur), et dont il n’est même pas question de la moindre tentative de destitution.

Dans la gauche kirchneriste, on peine à voir se détacher une personnalité d’envergure dont la présidentiabilité s’impose d’emblée dans le paysage politique national. Aussi a-t-on repéré depuis quelques semaines des coups de sonde de la part des kirchneristes qui évoquaient le devoir de faire revenir Cristina Kirchner dans la course. Ce qui est dommage, soit dit en passant, parce qu’elle a déjà plus de 70 ans et qu’il serait donc grand temps de renouveler le personnel politique à gauche (comme à droite).

Au secours, l'ONU, dit le gros titre
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D’un autre côté, Cristina est aussi poursuivie dans un autre procès, pour corruption là encore, l’affaire dite des « Carnets », qui a connu il y a quelques mois un retournement spectaculaire : plusieurs témoins-clé, placés sous le statut de « repenti », ont en effet apporté la preuve incontestable que leurs aveux leur avaient été extorqués par le procureur et/ou par le juge d’instruction (décédé depuis), il y a de cela des années. Au vu de ces rebondissements, la cour aurait dû interrompre le procès et lancer au moins un complément d’enquête, sinon de relancer l’instruction depuis le début. Or elle n’en fait rien. Le procès se poursuit comme si rien ne s’était passé.

Pour une seule et même justiciable, cela fait tout de même beaucoup d’irrégularités. D’après Cristina et nombre de ses partisans, il ne s’agit de rien d’autre que de l’écarter définitivement de la vie politique parce qu’elle garde, encore aujourd’hui, un prestige et un charisme exceptionnels qui pourraient bien la faire réélire (comme cela s’est passé avec Lula au Brésil).

Clarín choisit une mise en page plus discrète :
l'info est annoncée au milieu de la colonne de droite
"Cristina cherche à revenir et porte plainte
auprès des Nations Unies"
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Hier, les avocats de Cristina ont convoqué une conférence de presse pour annoncer qu’ils en appelaient au Comité des droits de l’homme de l’ONU à Genève, devant lequel ils vont faire valoir qu’elle a été victime d’un complot judiciaire et politique destiné à l’écarter du débat à partir d’accusations dénuées de fondement. Là encore, c’est ce qu’il s’est produit dans le cas de Lula, avec cette différence qu’au Brésil, c’est le système judiciaire qui a annulé la condamnation sans passer par des instances internationales. En toute souveraineté.

"Cristina fait appel à l'ONU pour pouvoir
être candidate et provoque des tensions
au sein du PJ" [son parti], dit le gros titre
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Cristina se fait désormais assister d’un nouveau duo de défenseurs, un juriste brésilien et un autre de nationalité espagnole, pour présenter sa cause devant l’instance onusienne qui vient de réélire son dirigeant. Si le Conseil reconnaît que cette condamnation est contraire à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme (ce qui est vraisemblable, au regard de la composition du Conseil), Milei et sa Cour suprême reconnaîtront-ils la validité de l’avis ainsi formulé ? Pour le moment, on peut raisonnablement en douter.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article principal de Página/12
lire la lettre de Cristina Kirchner intégralement publiée par Página/12 (l’ex-présidente n’a rien perdu de sa redoutable efficacité rhétorique. Ce n’est pas une ancienne avocate pour rien)
lire l’article de La Prensa

La communauté scientifique internationale prend fait et cause pour la recherche argentine [Actu]

Le Conicet en lutte


De nombreux chercheurs scientifiques de plusieurs pays, dont 24 prix Nobel, viennent d’adresser à Javier Milei et son gouvernement une lettre où ils leur demandent instamment de préserver et de financer l’appareil scientifique et technologique du pays, qui perd huit postes de travail tous les mois depuis l’arrivée au pouvoir de l’actuel président.

La pétition continue à rassembler des signatures et le secteur de la recherche et de l’innovation argentin continue quant à lui à s’asphyxier, faute de financement public. C’est donc l’avenir du pays, qui était en pointe sur le continent dans ces domaines, qui est menacé.

L'image réelle de l'étoile de mer
avec tous les paramètres de l'observation (en anglais)

Le personnel du CONICET, le centre national de recherche et de technologie, l’équivalent argentin du CNRS français, est en lutte depuis des mois. Pour symbole de la cause, il affiche une étoile de mer qui a fait le buzz il y a un an lorsque l’organisme diffusait en streaming, y compris sur une chaîne de télévision, les magnifiques images vidéo d’une campagne d’exploration des fonds marins dans le Mar Argentino, dans les eaux territoriales du pays.

En Argentine, tout le monde s’est pris d’affection pour cette estrella culona (culo, c’est les fesses en espagnol d’Argentine – attention : ce n’est pas le cas en Espagne !)

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12, le seul quotidien d’envergure nationale à rendre compte aujourd’hui de cette pétition internationale.

lundi 27 juillet 2026

Après Pedro Sánchez, c’est Lula qui en prend plein la figure : la diplomatie boute-feu de Milei [Actu]

"La honte", dit le gros titre en portugais
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Samedi, Javier Milei s’est rendu à São Paulo au Brésil pour soutenir Flavio Bolsonaro, aujourd’hui sénateur et héritier désigné par son père, l'ex-président d'extême-droite Jair Bolsonaro, qui lançait sa campagne pour l’élection présidentielle de l’année prochaine. Milei a participé au meeting et il en a profité pour insulter dans des termes orduriers le président sortant, Lula, qui entend se représenter (lui qui a déjà fait deux mandats, avant sa condamnation illégale pour corruption puis sa réhabilitation au terme d’une procédure de cassation qui a mis en évidence le complot monté de toutes pièces contre lui par quelques magistrats de droite, agissant sur ordre des pouvoirs en place).

Jair Bolsonaro purge actuellement une peine de prison non pas pour des faits de corruption ou d’atteinte à la probité mais, et c’est encore plus grave, pour tentative de coup d’État lorsqu’il avait, comme Trump avant lui, tenté d’utiliser ses partisans pour renverser le gouvernement légitime de Lula tout juste investi chef de l’État.

Même pas besoin de traduire le gros titre
en bas, la photo de Milei à l'inauguration du Salon  de l'agriculture
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Milei n’a pas eu le droit de lui rendre visite en prison, précisément à cause du motif de haute trahison qui lui a valu son incarcération : personne ne doute au Brésil que Milei entend appuyer, y compris par la violence, toute opération susceptible de renverser Lula et de le remplacer par l’un ou l’autre des Bolsonaro.

A São Paulo, Milei ne s’est pas contenté d’insulter son homologue. Il a aussi couvert d’injures le plus haut magistrat du Brésil, celui qui a cassé le jugement pénal contre Lula avant que celui-ci soit à nouveau élu président.

Depuis des décennies, c’est la première fois qu’un chef d’État de l’un des deux pays insulte son homologue et nie sa légitimité. Jusqu’à présent, la coopération entre les deux pays avait toujours été cultivée avec soin quelle que soit l’appartenance politique des deux gouvernements en place, les intérêts des deux pays passant largement au-dessus des éventuels différends idéologiques entre eux.

Il y a quelques mois, en visite privée en Argentine, Lula est allé rendre visite à Cristina Kirchner, incarcérée à domicile sous bracelet électronique pour des faits de corruption et avec des attendus contestés et très largement contestables (elle a été condamnée pour ne pas avoir su que certains de ses subordonnés étaient coupables de faits de corruption, un motif inacceptable dans un État de droit où personne ne peut être tenu responsable pénalement des actions d’autrui, hors les parents de mineurs et encore dans des cas très circonscrits). Cristina n’a donc pas été reconnue coupable d’un crime contre la démocratie mais contre la probité (comme l’avait été Lula, envoyé en prison lui aussi). Et en entrant comme en sortant de cette entrevue, le président brésilien n’avait fait aucune déclaration politique : aucune parole de nature à porter atteinte à l’honneur du président argentin ou à l’un quelconque de ses ministres n’était sortie de ses lèvres.

"Escalade de la tension avec le Brésil :
après les insultes, Lula rappelle
son ambassadeur pour consultation"
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Devant l’ingérence de Milei dans le débat politique interne au Brésil, celui-ci rappelle pour consultation son ambassadeur à Buenos Aires et convoque celui de l’Argentine au ministère des Affaires étrangères pour lui exprimer sa réprobation. Il est possible que l’ambassadeur brésilien ne retourne pas en Argentine, comme cela était arrivé à l’ambassadrice d’Espagne qui n’a plus jamais remis les pieds à Buenos Aires après son rappel pour consultation à Madrid, pour les mêmes motifs : Milei avait insulté l’Espagne et son gouvernement légitime, celui de Pedro Sánchez, traité lui aussi de voleur, de vermine socialiste, de lâche, je vous en passe et des meilleures.

Ce matin, chaque titre de presse argentin consacre plusieurs articles à ce très grave incident diplomatique provoqué en toute connaissance de cause par le président argentin, Página/12 étant le quotidien (d’envergure nationale) le plus remonté contre l’insupportable comportement de cet homme, qui se montre une nouvelle fois tout à fait indigne de sa fonction.

Ce week-end, Milei ne s’est pas contenté de s’aliéner le puissant voisin brésilien. Il est aussi allé provoquer et mécontenter le grand patronat agricole (qui a pourtant voté pour lui) en allant inaugurer un de ses principaux salons pour y tenir un discours plein d’autosatisfaction et de vagues promesses, celles qu’il répète depuis trois ans sans jamais les tenir, pour répondre aux préoccupations économiques concrètes du secteur. Pourtant, Milei devrait chouchouter ce patronat, puisqu’il veut désindustrialiser le pays afin de transformer son économie en imposant un système de sous-développement : une économie reposant sur l’exportation des matières premières (agricoles et minérales) et l’importation des produits transformés, comme à l’époque coloniale… Deux cents ans d’effort national pour sortir de ce piège d’Ancien Régime pour y revenir, à l’heure de la mondialisation !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article principal de La Nación
lire l’article de Página/12 sur le discours devant le patronat rural

vendredi 24 juillet 2026

Vendepatria ! Patricia remet le couvert [Actu]

Cette Une n'a même pas besoin de traduction !
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Déjà quatre tentatives de faire voter la loi de la « propriété intégrale » et quinze modifications du projet sans succès. La chef de la majorité au Sénat, Patricia Bullrich, qui fut en sa jeunesse une révolutionnaire d’extrême-gauche, et le ministre de la dérégulation se sont réunis pour examiner la meilleure stratégie pour faire enfin adopter la mesure.

Une nouvelle loi qui abroge la « loi des terres rurales » qui a pour objectif de protéger le domaine agraire national d’une main-mise de capitaux étrangers, le tout afin de garantir l’approvisionnement alimentaire du marché national avec des Argentins ou des résidents légaux capables d’exploiter leurs propres ressources pour en tirer un revenu correct.

Actuellement, de nombreuses parcelles agricoles sont la propriété d’étrangers, quelques personnes physiques mais surtout des personnes morales à l’envergure gigantesque. La plus connue de ces grands groupes est l’italien Benetton qui élève des moutons en Patagonie pour assurer et contrôler ses approvisionnements en laine de qualité mais Benetton est loin d’être le seul et c’est à cause de cette aliénation croissante des terres agricoles qu’un gouvernement précédent (de gauche bien sûr) avait pris des dispositions protectrices.

Vignette de Miguel Rep aujourd'hui pour Página/12
Le dessin se passe de traduction, là encore !
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Javier Milei veut balayer tout cela et vendre à des étrangers le sol et même le sous-sol (d’où la dimension « intégrale » de la propriété). Exit par conséquent la loi qui protège les glaciers, notamment dans la province de Santa Cruz, qui est aussi une province pétrolifère et qui est aussi le fief des Kirchner. Si cette nouvelle loi passe, on va pouvoir exploiter des gisements de toutes natures prisonniers des glaces qui fondent pourtant à vue d’œil à cause du réchauffement climatique, dont Milei nie farouchement l’existence.

Ce qui se prépare avec ces nouvelles règles dérégulées, c’est une catastrophe économique, sociale et écologique.

Cette politique libertarienne menée par un président déchaîné et qui n’accepte aucun contre-pouvoir commence à inquiéter jusqu’aux think tanks ultra-libéraux qui voient les conséquences de ces décisions sur l’économie réelle : c’est un désastre pour la production (un nombre considérable d’entreprises ont déposé le bilan) et pour la consommation, en chute libre depuis l’arrivée au pouvoir de Milei. Les mêmes actions provoquant les mêmes effets, on observe la même dégringolade de la consommation aux États-Unis depuis l’arrivée de Trump à la Maison Blanche.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article secondaire de Página/12 sur le même sujet
lire l’article de Página/12 sur les explications données par Patricia Bullrich qui prétend que ces nouvelles dispositions ne mettent pas en danger la souveraineté nationale (ben voyons !)
lire l’article de Página/12 sur le rapport économique qui dément le discours triomphaliste de Milei et consorts
lire l’article de La Prensa
lire l’article de Clarín sur la baisse continue de la consommation
lire l’article de La Nación sur ce projet de loi de « propriété intégrale »

Ajouts du 30 juillet 2026 :

lire cet article de Página/12 sur l’appel de l’épiscopat contre l’aliénation de la terre agricole, qui ne saurait « être une marchandise »
lire cet article de La Prensa

L’image de l’Argentine ruinée par le Mundial et Milei [Actu]

"La patrie en danger", dit le gros titre tout en haut
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Hier, Página/12 consacrait deux articles en ligne à la détérioration récente et brutale de l’image de l’Argentine dans l’opinion publique internationale, une détérioration qui s’est spectaculairement aggravée pendant et depuis la Coupe du Monde de football, où l’équipe nationale a gagné le mépris de très nombreux spectateurs, et à la politique débridée de Javier Milei, dont les décisions lui ont aliéné la plupart des gouvernements africains (à cause de son refus de voter la résolution de l’ONU visant à condamner le commerce triangulaire et l’esclavage qui en a résulté) ainsi que le monde arabo-musulman (à cause de son alignement sans réserve sur Trump et Netanyahu).

Aujourd’hui, La Prensa fait sa Une sur ce phénomène inquiétant pour les Argentins sans que l’article correspondant soit disponible sur son site Internet.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 sur la politique de Milei
lire l’article de Página/12 sur l’hostilité dont les Argentins font l’expérience à l’étranger (l’article parle surtout d’événements intervenus à Barcelone).

mercredi 22 juillet 2026

Les librairies en danger en Argentine [Actu]

Vignette de Miguel Rep aujourd'hui dans Página/12 :
l'enfant bleu est un personnage récurrent dans l'oeuvre du dessinateur
"Un bon ami arrive dans les moment difficiles, l'enfant bleu
Un bon ami t'emmène en promenade
Un bon ami te fait la conversation
Un bon ami t'emmène chez lui te reposer au milieu des siens"
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Traduction © Denise Anne Clavilier


L’Argentine a adopté il y a plusieurs années une variation de la loi Lang française : elle fixe le prix du livre et réglemente tout le secteur du livre, en protégeant en particulier les librairies, ce qui permet aux petites maisons d’édition indépendantes d’exister et de garantir la diversité dans le monde de l’édition. Comme en France.

Alors que la Une s'attarde sur le sort des travailleurs
de plateforme, le sort des librairies a droit à
un article secondaire : en bas à droite
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Actuellement, le gouvernement argentin envisage une nouvelle loi de déréglementation sauvage qui mettra fin à ce régime des librairies et au prix unique du livre, le tout devant profiter aux géants du secteur de l’édition, qui seront les seuls à pouvoir tirer leur épingle du jeu, à savoir les filiales argentines du groupe espagnol Planeta et du groupe états-unien Penguin, et les grandes enseignes de la grande distribution et du commerce en ligne.

Les pharmacies sont elles aussi menacées puisqu’il est question de permettre la vente de médicament directement dans la grande distribution. Ce qui revient à mettre une bonne partie de la population en danger puisque les médicaments, y compris ceux vendus sans ordonnance, ne sont pas des produits anodins. Il faut savoir quoi acheter et quoi vendre à qui. En d’autres termes, ce ne sont pas des bonbons !

La Nación en parle en Une (en haut à droite)
pour s'en inquiéter
mais je n'ai pas pu trouver l'article en ligne
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Troisième marché visé par ce projet : le courtage en immobilier dont il est question de baisser voire d’éliminer le niveau de qualification obligatoire pour l’exercice du métier. A l’avenir, avoir de l’argent à investir dans l’activité et une carte d’identité pourrait suffire pour se lancer.

Página/12 sonne le tocsin !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 d’hier sur les trois secteurs concernés
lire l’article de Página/12 d’aujourd’hui sur le marché du livre

Ajout du 24 juillet 2026 :

lire cet article de Página/12 sur les conséquences prévisibles de la libéralisation des médicaments : plus d’automédication et des produits pharmaceutiques plus chers

lundi 20 juillet 2026

Des Unes bravaches et des pages intérieures qui laissent la place à la critique [Actu]

Les larmes de Messi devant les supporters
qui l'acclamaient malgré la défaite hier soir
pour faire la Une du quotidien sportif Olé (groupe Clarín)
En-dessous : "Que soient éternels".
Il s'agit d'une citation d'un vers de la fin de l'hymne argentin
(Que soient éternels, les lauriers que nous avons su gagner)
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En Espagne : Une d'un des quotidiens sportifs de la Péninsule, 
Marca (entendez Score)
Le gros titre dit : "Superstars !"
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Sur cette finale de coupe du Monde de football calamiteuse pour une équipe du niveau des albicelestes et brillantissime pour son adversaire européen, la presse argentine préfère jeter un voile pudique dans ses Unes, qui rappellent toutes ce que le pays doit à Lionel Messi dont c’était le dernier match sous le maillot bicolore.

D'ici à l'éternité, clame le gros titre
sur cette autre photo du joueur ému
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Dans le futur, les expositions commémoratives montreront surtout les Unes de la presse. Alors autant qu’elles brillent de mille feux.

Le gros titre paraphrase la même phrase de l'hymne
Ils sont éternels, les lauriers que tu as su gagner
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Pourtant, dans ce match, l’Argentine, elle, n’a pas brillé.

En contraste : la Une d'un autre quotidien sportif espagnol,
As (sans besoin de traduction) :
Le monde est à nous
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L’équipe s’est même déshonorée de la première à la dernière seconde de la soirée par son agressivité envers les joueurs espagnols, la mauvaise foi de ses propres joueurs, le manque d’élégance de leur comportement en général, jusqu’à la cérémonie protocolaire finale où ils ont affiché et même revendiqué leur manque de fair-play alors que dans tous les domaines, mis à part les performances de leur gardien de but, leur jeu s’était distingué par sa pauvreté : mauvaise coordination de l’équipe, tirs rarissimes, possession de balle aux abonnés absents, capitaine-vedette qui n’a vraiment joué qu’en deuxième partie du temps additionnel, laissant même à Kylian Mbappé la place de meilleur butteur du tournoi avec 10 ballons dans les filets contre 8 pour Messi.

"Ils ont tout donné, dit le gros titre,
il n'y a rien à leur reprocher"
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Ajoutons à cela un arbitre central qui semble n’avoir rien vu des croche-pieds répétés, des coup de poings dans le dos, des coups de pied ou de coude dans l’estomac ou la figure de l’adversaire ni même cet Argentin qui est allé délibérément se placer sur la trajectoire d’un Espagnol en pleine course, afin de provoquer l’incident et de se rouler ensuite par terre et feindre d’être victime de la Roja. Un arbitre qui a de l’autre côté raté aucune des fautes des Espagnols et les a sanctionnées avec fermeté. Heureusement, ce monsieur a fini par retrouver une meilleure vue et par sortir de sa poche les cartons jaunes et rouge qui faisaient dodo, de sorte que les Argentins ont fini le match à 10. Hier, ils auraient pu le finir à huit ou sept sans que personne ne puisse crier à l’injustice caractérisée.

Une de El País, le quotidien de centre-gauche espagnol
Sur cette photo où Trump s'attarde encore,
ce gros titre : Champions
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Les albicelestes auraient-ils par hasard cru qu’ils avaient partie gagnée avant même d’entrer sur la pelouse ?

L'Espagne invincible, dit le gros titre
du quotidien de la droite catholique
(Avant le pape François, on disait de ABC
qu'il était le quotidien de l'épiscopat,
Depuis, les évêques ont acquis une plus grande
sensibilité sociale et démocratique)

En effet, au cours d’une interview enregistrée à brûle-pourpoint peu de temps avant le match, Trump venait de se déclarer favorable à leur victoire, lui qui hait l’Espagne de toutes ses forces parce que le gouvernement du pays ose opposer sa souveraineté à son rêve de toute-puissance alors que ce bon vassal de Milei, qui était absent hier au stade, lui offre le sien sur un plateau d’argent. Or plus personne sur cette terre n’ignore que la coupe, celle-ci, celle de 2026, était pleine ! Pleine de cette corruption assumée qu’une FIFA dévergondée déverse à grands flots, en passant en particulier tous ses caprices au gros bébé sénile qui depuis dix-huit mois partage sa vie entre la Maison Blanche et Mar-a-Lago.

"L'Argentine a donné tout et elle est
une fierté nationale", dit le gros titre
alors que le quotidien est le plus critique
de tous contre Messi et ses camarades !
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Il faut donc oublier ces Unes qui sont des pansements sur les blessures des supporters argentins (que ne ferait-on pas pour vendre du papier !) et lire les analyses contenues dans les pages intérieures des quotidiens. Les articles, très nombreux dans chaque titre, y sont moins flatteurs.

Hier, le dessinateur de Página/12, Miguel Rep, donnait ce résumé
de la future rencontre qui devait se ternir dans l'après-midi
à New York. Je vous laisse juger de la pertinence du dessin...

Côté officiel, il a été question jusqu’à ce matin de déclarer un jour férié pour le retour de l’équipe en Argentine mais ce rêve n’aura pas fait long feu : il y aura seulement une cérémonie officielle de réception à l’aéroport et aucun autre grand rassemblement. D’ailleurs, l’équipe n’arrive pas au complet. Messi lui-même ne rentre pas en Argentine et plusieurs de ses compagnons ont choisi les uns de partir en vacances, les autres de rejoindre immédiatement leur club.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article principal de Página/12
lire l’analyse du match dans La Prensa
lire l’analyse de Clarín
lire l’article de La Nación sous forme de revue de presse internationale (et la presse étrangère ne fait pas de cadeau à cette sélection argentine en-dessous de tout)
lire l’article de La Nación qui analyse la situation à partir des gros titres de la presse étrangères, photos à l’appui
lire l’article impitoyable de La Nación qui fusille Messi en invoquant une « imposture » de la part d’un joueur qui a voulu faire croire à 48 millions d’Argentins qu’à bientôt 40 ans, il était toujours le même miracle qu’il y a 22 ans.

vendredi 17 juillet 2026

Milei rate son coup au Sénat : champs et prairies resteront argentins [Actu]

"Les Malouines sont argentines
(le reste du pays aussi)" dit le gros titre
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Depuis plusieurs mois, Javier Milei veut faire passer un projet de loi, baptisée loi de la « propriété intégrale », qui permettra d’aliéner, sans recours, des terres agricoles au profit d’acquéreurs étrangers, personnes physiques ou morales, alors qu’elle sont actuellement protégées de ces achats incontrôlés par une loi que Milei veut abroger. En France, on sait à quel point cela met en danger l'agriculture familiale, celle qui alimente le marché intérieur, et déstabilise l'économie de vastes zones habitées.

Hier, le président n’a pas obtenu que le Sénat lui donne la majorité nécessaire pour une demi-sanction de son projet de loi (le Congrès se compose de deux chambres). Ce projet contesté et contestable reviendra donc dans l'hémicycle au début du mois d’août. Et ce sera comme ça jusqu’à ce que cette disposition passe.

Même un journal de droite comme La Nación
met cet échec à la Une : en haut de la colonne de droite
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Cet échec parlementaire n’a pas empêché le président de faire hier une intervention passablement allumée à la Bourse où il a annoncé qu’il serait réélu à l’issue de ce mandat et que l’Argentine est convertie au libéralisme pour un siècle.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

jeudi 16 juillet 2026

La Mano de Dios à la sauce 2026 [Actu]

Une fois n'est pas coutume : c'est donc la Une
de La Prensa qui ouvre cet article...
pour cette pointe d'humour dont le journal n'est pas coutumier
Il a osé paraphraser l'hymne national pour faire un jeu de mot
Si, si !
Le dernier vers de la strophe principale :
A sus plantas rendido un león
([avec] un lion à ses pieds)
Et en plus, on peut le chanter (la métrique est parfaite)
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Quarante ans après, les équipes d’Argentine et d’Angleterre se retrouvaient hier dans une coupe du monde.

"Pour les Malouines,
Pour Diego,
Pour le dernier [Mundial] de Leo"
clame le gros titre
avec une structure de Une bousculée
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En 1986, au Mexique, quelques années après la fin de la guerre des Malouines (mai-juin 1982) et la victoire militaire de la Grande-Bretagne qui avait repris le contrôle territorial de l’archipel, Diego Maradona avait utilisé sa main pour marquer un but et l avait expliqué ensuite aux journalistes qu’il s’agissait de la « main de Dieu », une allusion politique très claire à sa prise de position en faveur du droit inaliénable de l’Argentine sur ces îles, prises par la force, par surprise et sans déclaration de guerre par une escadre de la Royal Navy en janvier 1833.

"La manivelle de Dieu", dit le gros titre
de ce quotidien du ballon rond du groupe Clarín

Aujourd’hui, Maradona n’est plus et Messi va prendre sa retraite de joueur international à l’issue de la compétition. Le score d’hier, 1 pour l’Angleterre et 2 pour l’Argentine, sonne donc comme une nouvelle victoire qui compense, sur le terrain de foot, la cruelle double défaite sur le champ de bataille en 1833 et en 1982.

Une photo de Mike Steward pour l'agence AP

Malgré les interdictions prononcées par la FIFA, qui refuse les déclarations politiques au cours de ses compétitions mais offre à Donald Trump un prix de la Paix créé pour lui, les joueurs argentins ont étendu sur la pelouse d’Atlanta une toile sur laquelle on lisait clairement la formule argentine rituelle : Las Malvinas son argentinas. Or il se trouve que Milei est hostile à cette revendication, qu’il ne cache pas son admiration et sa tendresse pour feue Margaret Thatcher, celle-là même qui a lancé sa marine contre l’Argentine en 1982, et tente actuellement de capituler en douce devant Londres : il est visiblement prêt à abandonner la souveraineté nationale de jure sur ces îles et à reconnaître comme légitime la situation de facto.

Vignette de Miguel Rep pour Página/12 ce matin
"Pardon, ma chère Margaret. Pardon. Des vrais sauvages",
déplore Milei
Traduction © Denise Anne Clavilier

D’où un malaise palpable du côté présidentiel, chez lui et chez sa sœur, ainsi que pour le reste du gouvernement tandis que la vice-présidente, en froid avec eux, a profité de l’événement pour faire entendre sa voix divergente et essayer de récolter du même coup un peu d’approbation populaire. Quel spectacle lamentable !

Miracle au football, maintenant, pour la 4e fois,
dit le gros titre
sur une Une elle aussi déstructurée
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Milei a annoncé qu’il ne ferait pas le déplacement aux États-Unis pour assister à la finale contre l’Espagne. Pour quelqu’un qui prétend avoir été gardien de but, c’est particulièrement minable. Dimanche, le roi Felipe, qu’on a vu récemment dans la télé, chez lui, fêter la victoire sur la France, en compagnie de la reine, de la princesse des Asturies et de l’Infante, tous les quatre revêtus du maillot de la sélection, sera donc probablement le seul chef de l’État dans les tribunes.

Nul besoin de traduire
Encore une Une déstructurée pour l'occasion
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Inutile de vous dire qu’en Argentine, tous les titres de presse consacrent plusieurs pages à l’événement. Si l’heure n’est évidemment pas à l’humilité, les jeux de mots se bousculent sur les Unes triomphantes.

"Las Malvinas son argentinas", projection sur le balcon de
l'ancienne présidente de gauche, Cristina Kirchner,
qui est sortie pour saluer la foule
régulièrement présente au pied de son immeuble pour la soutenir,
depuis qu'elle est détenue à domicile, pour un dossier vide contre elle
La carte de l'archipel accompagne la formule rituelle
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© Denise Anne Clavilier


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