mercredi 13 mai 2026

La Feria del Libro a connu un vrai succès d’affluence [Disques & Livres]

Contre vents et marées, dit le gros titre
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Un succès que l’on n’attendait pas à ce niveau, eu égard à la morosité de la situation économique du pays et en particulier de celle de la classe moyenne dont le pouvoir d’achat fond comme neige au soleil depuis deux ans et demi alors que le prix des livres grimpe à une vitesse vertigineuse.

1 340 000 visiteurs ont arpenté les allées du centre des expositions de la Rural, à Palermo, pendant les dix-neuf jours qu’a duré la manifestation. C’est un record absolu dans les cinquante ans d’existence du salon. Rappelons que l’événement a perdu ses subventions publiques depuis l’arrivée au pouvoir de Javier Milei. Cette affluence a donc dû aider à renflouer les caisses !

Côté chiffre d’affaires des exposants, les résultats sont inégaux : comme cela se produit souvent en France depuis le covid sur ce genre de manifestation, les grandes maisons d’édition, celles qui sont identifiées comme telles par le grand public et qui raflent souvent les signatures les plus « vendeuses » du marché, ont fait de bonnes, voire de très bonnes affaires. Les maisons de taille moyenne et les petites, indépendantes et artisanales, beaucoup moins, le public hésitant sans doute à prendre des risques avec des ouvrages qui sortent des sentiers battus...

Hier et aujourd’hui, la presse écrite fait le bilan. L’article de Página/12 fait la Une du complément culturel de ce jour, Cultura & Espectáculos, mais sur le site Internet du journal, il est réservé aux abonnés.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

La justice déboute la Casa Rosada au profit de la liberté de la presse [Actu]

Les grilles de la Casa Rosada


Un procureur fédéral (fiscal federal) vient de débouter la Maison militaire du président Javier Milei dont le chef avait accusé deux journalistes de la chaîne d’information continue TN (groupe Clarín) d’avoir divulgué des secrets dont aurait dépendu la sécurité du pays, du fait de sa diplomatie qui épouse parfaitement, sans même l’espace d’une lame de couteau, celle des États-Unis et d’Israël, ce qui pourrait mettre en danger le président qui pourrait être la cible d’un attentat iranien. Vous suivez ? C’est un raisonnement un peu tiré par les cheveux, j’en conviens, mais la présidence n’avait rien trouvé de mieux pour ester en justice et, allez savoir pourquoi, ça n’a pas convaincu le magistrat.

Selon le galonné, qui a été choisi par Javier Milei pour ses positions assez peu hostiles à la dictature militaire et à son négationnisme sur cette période historique, les journalistes auraient montré dans leur reportage comment on peut se déplacer dans la Casa Rosada et par conséquent par quelle voie un responsable pourrait fuir en cas de danger.

Extrait du réquisitoire
pour débouter la Casa Rosada
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Sans prendre beaucoup de pincettes, le juge a écarté ces sottises, annulant ainsi la légitimité du refus d’accès à la Casa Rosada opposé aux journalistes accrédités, comme par hasard le jour où Javier Milei avait accordé une audience à Peter Thiel, le facho-libertarien de la Silicon Valley qui soutient la carrière politique de J.D. Vance. Étant donné que le patron de Palantir a encore été reçu à la Casa Rosada hier par le ministre de l’Économie et quelques autres alors que la population manifestait bruyamment dehors, on peut en inférer que le gouvernement a des intérêts importants liés au sulfureux milliardaire et ne voulait en aucun cas que le moindre journaliste capte quoi que ce soit de cette réunion au contenu ultra-secret, peut-être lié à des moyens de surveillance de la population, ce dont Thiel est le grand manitou et Milei un grand partisan.

A noter que l’officier à l’origine de la plainte en justice a depuis reçu une promotion. Comme quoi, à quelque chose fayotage est bon.

Une conférence de presse à la Casa Rosada avec les journalistes accrédités

Et comme l’écrit non sans humour un lecteur de Página/12 dans le chat de l’article du jour, on en sait plus sur l’intérieur de la Casa Rosada avec les selfies que prennent « ces crétins de libertariens » dans le palais qu’avec tous les reportages du monde sur le sujet…

© Denise Anne Clavilier


Avec une confraternité qui fait chaud au cœur, les trois quotidiens nationaux rapportent en chœur cette nouvelle excellente pour la liberté de la presse en Argentine.

Pour aller plus loin :

Marée humaine pour l’université et la science [Actu]

Le gros titre est très difficile à traduire.
On pourrait dire "L'Argentine en grand"
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C’est une marée humaine qui a défilé pacifiquement dans toutes les villes d’Argentine hier, alors que le gouvernement refuse depuis 203 jours de mettre en œuvre la loi votée par le Congrès sur le budget des universités, sous des prétextes fallacieux, dont l’un est que dans les deux grandes universités publiques que sont la UBA (Universidad de Buenos Aires) et la UNLP (Universidad Nacional de La Plata), la moitié des étudiants seraient étrangers et n’acquitteraient pas de droits d’inscription différenciés parce que les conseils d’administration des ces institutions « le refusent par pure idéologie ».

Analyse par La Nación de la composition politique
et syndicale de la manifestation
alors qu'elle arrive sur Plaza de Mayo
Le toit rouge en croix est celui de la cathédrale (18e s.)
La coupole grise sur le flanc est celle
de la chapelle qui abrite la tombe du général José de San Martín
ajoutée en 1880 pour accueillir les restes du héros
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En fait, les chiffres sont d’un peu plus de 4 % toutes disciplines confondues et de 28 % en médecine, signe que la formation médicale argentine est l’une des plus réputées d’Amérique du Sud.

Une manifestante de Salta, d'origine visiblement amérindienne,
raconte que son père est maçon et sa mère simple employée
elle est la première universitaire de sa famille

On estime à 1,5 millions le nombre de manifestants sur l’ensemble du territoire national. Cela fait beaucoup pour une population générale qui n’atteint pas encore les 50 millions d’habitants

Banderole à travers Avenida de Mayo :
"Milei, respecte la loi"
Plus loin, le même slogan mais regardant de l'autre côté

Les banderoles portaient des slogans souvent simples et clairs : « Sans université, pas d’avenir » ou « Mileí, respecte la loi ». Plus émouvant, de nombreux participants portaient des pancartes racontant l’histoire de leur famille : ici, une fille d’ouvriers heureuse d’avoir pu accéder à une formation supérieure grâce à la gratuité de l’enseignement universitaire, ailleurs des descendants d’Amérindiens revendiquant l’ascenseur social qu’est l’université même dans leur lointaine province, ailleurs encore des moqueries contre Adorni et la corruption qui prospère dans les rangs gouvernementaux, tuant le savoir, la recherche et la culture.

"L'opposition s'approprie la revendication universitaire"
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Pendant ce temps-là, plusieurs ministres et autres courtisans se sont réunis au palais pour se plaindre d’y être « assiégés » par des « perturbateurs professionnels » qui « ne veulent pas comprendre » la logique de réduction du déficit public qui présiderait (sans aucune dimension idéologique, vous pensez bien !) à ces coupes claires dans le secteur non-marchand alors qu’en fait, le résultat ciblé par ces mesures est, comme aux États-Unis, l’enrichissement d’une petite coterie d’oligarques dont Javier Milei aimerait bien faire partie un jour et dont les rejetons peuvent aller se former au commerce, au management ou à la haute finance à l’étranger, surtout aux États-Unis, tandis qu’eux-mêmes peuvent y faire soigner leur cancer et tant pis si les pauvres en crèvent !

"Application de la loi du financement universitaire tout de suite" 


Ce qui est intéressant, c’est de constater que contrairement à une tradition tenace jusqu’en 2023, qui voulait que, dans la rédaction des articles comme dans le choix des photos, la presse de droite minimise le succès des manifestations plutôt classées à gauche (et celle-là en est une) et grossissent celui des défilés classés à droite, les journaux, qu’ils appartiennent à l’une ou l’autre partie de l’éventail politique démocratique, tombent d’accord sur plusieurs points d’analyse, reconnaissent et même montrent qu’il y avait vraiment beaucoup de monde dans la rue. Les journaux de droite poussent la loyauté jusqu’à reproduire certaines pancartes assez accusatrices. C’est intéressant parce que cela se répète souvent depuis deux ans que cette politique libertarienne est mise en œuvre et que cette harmonisation soudaine des quotidiens pourrait bien signifier que la droite argentine a conscience que ce gouvernement n’est pas un gouvernement de droite comme les autres et qu’il met bel et bien en danger le pays, sa réputation internationale, sa prospérité, son avenir et sans doute même s’inquiète-t-elle pour la démocratie elle-même.

"Exigence massive en faveur
de la loi du financement universitaire", dit le gros titre
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Acharné à maintenir son cap mortifère, l’exécutif prétend en appeler à la Cour suprême parce que celle-ci s’est toujours montrée opposée aux politiques de redistribution et qu’elle n’est aujourd’hui composée que de trois juges très à droite, tous nommés par Mauricio Macri, président néolibéral, reagano-tatcherien (mais raisonnablement démocrate), qui, de 2016 à 2019, a précédé dans la fonction le centriste de gauche Alberto Fernández (2019-2023).

"Encore une exigence massive des universitaires :
C'est une manifestations d'opposants, dit le gouvernement"
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Les manifestants en ont donc appelé à la haute cour pour qu’elle respecte, comme c’est son devoir et sa raison d’être, le travail du Congrès et la loi qu’il a votée. L’avenir nous dira s’ils auront été entendus.


© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article national de Página/12 sur la manifestation
lire l’article de Página/12 sur les différentes manifestations dans l’Intérieur (comme on appelle tout ce qui n’est pas Buenos Aires)
lire l’article de Página/12 sur la réaction de la Casa Rosada
lire l’article de Página/12 sur la réunion d’une poignée de ministres avec Peter Thiel, le PDG de Palantir, qui réside en ce moment dans une propriété qu’il possède à Buenos Aires, alors même que la foule occupait Plaza de Mayo à 40 mètres de la façade de la Casa Rosada (c’est le deuxième rendez-vous que l’inquiétant milliardaire de la Silicon Valley a avec les décideurs argentins – la première avait été dissimulée au public grâce à un refus d’accès au palais opposé aux journalistes accrédités auprès de la présidence, sous un prétexte cousu de fil blanc et avancé par la maison militaire du président. Il est donc probable qu’ils ne parlent pas seulement recette de la sauce chimichurri !)
lire l’article de La Prensa sur la manifestation
lire l’article de La Prensa sur l’appel des protestataires à la Cour suprême
lire l’article de Clarín sur la manifestation
lire l’article de Clarín sur l’impasse que le gouvernement s’entête à emprunter sur la question universitaire
lire l’article de La Nación sur la participation à la manifestation
lire l’article de La Nación sur l’immobilisme du gouvernement

Acharnement : prouver envers et contre tout que Nisman a été assassiné [Actu]

La procureure Viviana Fein


Le procureur fédéral Alberto Nisman est décédé de mort violente un jour d’été il y a plus de onze ans maintenant. Un dimanche soir, dans la nuit, il a été retrouvé par sa mère baignant dans son sang, en pyjama, dans sa salle de bain. Le lendemain, il devait réaliser une prise de parole publique solennelle au cours de laquelle on pensait qu’il allait accuser la présidente Cristina Kirchner de complicité politique avec l’Iran, dont les dirigeants étaient les probables commanditaires de l’attentat à la bombe contre l’AMIA, la mutuelle juive argentine, en 1994 (86 morts, 300 blessés dont bon nombre de handicapés à vie).

Le magistrat avait passé ce dimanche d’été sans donner signe de vie à ses gardes du corps qui n’avaient pas osé aller aux infos, eu égard à son caractère plutôt difficile et à sa vie privée, dont on a découvert beaucoup plus tard qu’elle était assez olé-olé et qu’il n’était peut-être pas le bourreau de travail qu’on avait pu croire. L’autopsie a démontré que la mort était due à une balle dans la tête (certains ont prétendu que la balle était entrée par l’arrière du crâne), que la mort avait été immédiate et qu’il avait encore dans l’estomac une petite dose d’un alcool blanc dont la digestion n’avait pas commencé, ce qui laisse à penser qu’il s’était donné du courage quelques minutes avant d’attenter à ses jours.

Dans son coffre, on a retrouvé deux brouillons de réquisitoire aux raisonnements opposés, l’un accusant la présidente, l’autre la disculpant complètement. On a aussi constaté qu’il allait sans doute assez mal du point de vue psychique et qu’il était peut-être atteint d’une forme de paranoïa car, loin de faire confiance à son administration, il avait embauché, à ses frais, sans en prévenir personne, un jeune informaticien au rôle assez opaque et à qui il avait demandé, le samedi précédent, de lui confier son propre revolver, or la balle qui l’a tué avait été tirée par cette arme, retrouvée dans la salle de bain.

Comme l’une des caméras du hall de son immeuble de luxe, dans le quartier nouveau et ultra-chic de Puerto Madero, était en panne (ça arrive, même chez les riches, surtout en plein été quand le réparateur est en vacances), beaucoup de commentateurs en ont conclu qu’il s’agissait d’un assassinat mais depuis onze ans, on n’a encore jamais pu en apporter la preuve. Or l’histoire nous enseigne que lorsqu’on met les moyens pour chercher une vérité judiciaire ou politique ou de quelque autre nature qu’elle soit, on la trouve toujours et assez vite ! De plus, l’ex-femme du défunt, elle-même juge fédérale à San Isidro, dans la banlieue chic de Buenos Aires, s’était portée partie civile au nom de ses deux filles, alors mineures, et au bout de quelques années où l’instruction n’avait pas pu prouver l’homicide, elle avait décidé de se désister. Or en droit argentin, si elle se désistait, elle entraînait l’incapacité perpétuelle de ses filles d’être jamais partie civile dans le procès sur la mort de leur propre père. Pour que cette femme, si persévérante et si hargneuse dans sa volonté de faire la lumière (politique) sur ce décès, ait ainsi abandonné la partie, il fallait qu’il n’y ait vraiment rien à tirer qui aille dans son sens.

Cependant, la justice fédérale est restée attachée à prouver une fois pour toutes que l’homme a bien été assassiné car s’il l’a été, alors la coupable est toute trouvée : c’est la présidente en fonction à cette date ! On pourra ainsi l’envoyer au zonzon pour le restant de ses jours. Derrière les barreaux, « la Cristina » ! En taule, alors qu’on la laisse pour le moment se prélasser dans le « confort » de la prison domiciliaire dans un appartement du centre historique de Buenos Aires qui lui appartient. J’écris confort entre guillemets parce que les juges ont imposé des conditions si restrictives à cet aménagement de peine, pour faits de corruption de ses subordonnés,soit dit en passant, qu’elle a en fait des conditions de vie très dures à supporter pour elle au jour le jour.

Le procureur qui instruit l’affaire de la mort de Nisman a donc trouvé le moyen de relancer les opérations et de gagner du temps sur les délais de prescription : il vient d’inculper Viviana Fein, la procureure locale, de la justice de Buenos Aires, qui avait conduit l’enquête après la découverte du corps. Elle est aujourd’hui à la retraite depuis plusieurs années mais les magistrats fédéraux ne l’ont jamais lâchée du regard. Ils l’ont toujours eue dans le collimateur parce qu’ils souhaitaient que l’affaire leur soit transférée, ce qui n’était pas légitime, une mort violente étant du ressort de la justice locale, sauf si la preuve est apportée qu’il s’agit d’un attentat politique contre une personnalité d’envergure nationale. Or sous les yeux, on avait une scène de suicide. A charge pour la justice fédérale de prouver qu’il s’agissait du maquillage d’un meurtre. Ce qu’elle n’a jamais fait et ce qui n’a pas empêché à une juridiction d’appel d’ordonner le dépaysement et le transfert au niveau fédéral, il y a quelques années.

L’actuel procureur fédéral accuse donc sa consœur locale d’entrave à la découverte de la vérité. Elle aurait dénaturé, volontairement, la scène du crime en exerçant mal ses compétences procédurales dans cette affaire. Or la scène du crime, si crime il y a eu, a été piétinée par la mère du défunt, puis par les secours qu’elle a appelés ainsi que par les gardes du corps, bref par une grande quantité de personnes. Viviana Fein est arrivée après, quand on a bien voulu prévenir les autorités compétentes, à une heure très avancée de la nuit, et elle ne peut pas être tenue responsable ni des désordres apportés par les premiers intervenants ni des opérations qui étaient du ressort de la police technique, qui n’a peut-être pas relevé la scène avec toute la rigueur qui s’imposait. Ce sont hélas des choses qui arrivent. On ne peut pas parler de sabotage pour autant.

Dans cette affaire, Página/12 a presque toujours inclus parmi les solutions raisonnables la thèse du suicide. C’est en effet la plus vraisemblable dans une salle de bain dont la porte était fermée de l’intérieur et qui ne disposait d’aucune autre voie d’accès permettant à un être humain de s’y introduire et d’en sortir, qui plus est en passant inaperçu. La Prensa, Clarín et La Nación de leur côté ont toujours privilégié et parfois défendu avec la dernière énergie la thèse de l’assassinat, quand bien même les données techniques viennent la contredire. C’est l’opposition que l’on retrouve encore aujourd’hui, onze ans après les faits, entre les différents articles de ce jour. Mais l’instruction n’en est pas moins relancée… C’est comme l’affaire Grégory mais avec une dimension bassement partisane en sus !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

mardi 12 mai 2026

Un pot-pourri de musique populaire argentine les mardis soir à San Telmo [à l’affiche]


Ce soir, mardi 12 mai 2026, puis les deux mardis suivants, à 21h (ouverture des portes une heure plus tôt), la Orquesta Típica Di Pasquale présentera son nouveau disque, ¿Que pasa con la música popular hoy? (que se passe-t-il avec la musique populaire aujourd’hui) qui donne leur titre aux trois soirées programmées à La Carbonera, un nouveau restaurant qui a ouvert il y a quelques mois dans une vieille maison typique du San Telmo du 19e siècle complètement retapée, rue Carlos Calvo 299, à l’angle de la rue Balcarce, à 200 mètres environ au nord de là où je descends lorsque je suis à Buenos Aires… Aux dernières nouvelles, c’était un quartier très sympa. J’espère qu’il l’est resté.

Le principe retenu par le pianiste et compositeur Juan Di Pasquale est de mélanger tous les genres de la musique populaire argentine : le tango, le jazz, le rock, tous les rythmes du folklore, qui constituent le patrimoine musical des immenses zones rurales du pays.

Chaque soir, le musicien et son orchestre partageront la scène avec des invités et aujourd’hui, il y aura, entre autres, le compositeur et percussionniste de jazz Pipi Piazzolla, le petit-fils de son grand-père…

Les places sont chères et il faut prévoir le dîner en sus.

30 000 pesos si vous réservez à l’avance, 40 000 si vous achetez votre place en arrivant et si vous êtes portègne. Si vous ne l’êtes pas, on vous la fait à 35 000 pesos.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 sur le concert, avec une interview de Juan Di Pasquale
lire l’article de Clarín sur le restaurant, ses spécialités et son décor moderne qui respecte l’architecture vintage du bâtiment.

Une chaîne de pharmacies low-cost baisse le rideau [Actu]

Le rideau baissé de la pharmacie de l'avenue Corrientes,
dans le quartier de Villa Crespo, pas très loin du monument
à Osvaldo Pugliese (l'image est gravée dans ma mémoire)


Dr. Ahorro (Dr. Épargne) est une chaîne de pharmacies low-cost d’origine mexicaine arrivée en Argentine il y a un quart de siècle et que l’on voit partout dans tout le pays. A Buenos Aires, il y a une boutique à tous les coins de rue, à 300 m. de la pharmacie la plus proche, qu’elle appartiennent à la même enseigne ou à une autre, comme le veut à la législation locale. La chaîne est si présente qu’elle avait fini par faire partie de l’identité visuelle urbaine de la capitale argentine.

Le 5 mai dernier, la holding a annoncé par écrit et d’un ton assez badin que les succursales allaient toutes fermer et que les salariés étaient priés, « jusqu’à nouvel ordre », de ne pas se rendre sur leur lieu de travail. Comme une fermeture générale et le licenciement collectif qu’elle entraîne suivent des règles précises prévues par la loi, qui exige au minimum qu’un télégramme personnel soit adressé à chaque salarié licencié, les pharmaciens et les simples vendeurs sont allés au travail hier matin et chacun a trouvé le volet de sa pharmacie fermé avec un cadenas de sûreté dont aucun membre de l’équipe n’avait la clé.

Les salariés ont scotché des feuilles écrites
à la main pour protester contre les manières de voyou
de leur employeur sur un rideau fermé à Buenos Aires
Cliquez sur l'image pour lire les déclarations

Impossible pour eux d’entrer, ne serait-ce que pour récupérer leurs affaires personnelles, le gilet ou le parapluie qu’on apporte sur son lieu de travail au cas où, une paire de chaussures confortables pour passer toute la journée debout à aller et venir, un nécessaire de maquillage pour se repoudrer après le déjeuner, un mug qui rappelle des souvenirs ou un paquet de biscuits pour apaiser les petites fringales. Ces salariés déclarés se retrouvent dépossédés de tout, ils ont perdu leur travail, leur salaire (qui ne sera selon toute vraisemblance pas versé), leur couverture sociale et même ces petites choses apportées de la maison parce qu’à la pharmacie, ils se sentaient chez eux, comme tous les gens qui aiment leur travail.

Depuis quelques temps, l’enseigne n’allait pas très bien. On avait vu que différents produits de snacking et de parapharmacie avaient déserté les rayons en libre-service et on pouvait même parfois au comptoir manquer de tel ou tel médicament. Au-delà des querelles familiales dans l’actionnariat mexicain qui n’ont pas dû aider, c’est le modèle commercial de la chaîne qui n’aura pas survécu au régime de cheval que Milei impose à son pays, entraînant un pouvoir d’achat des consommateurs en chute libre depuis deux ans et demi.

Dans la rue Uruguay, dans le centre de Buenos Aires

Dr. Ahorro s’adressait surtout aux travailleurs sans couverture sociale, ces très nombreuses personnes, à peu près la moitié des actifs, qui travaillent au noir pour un employeur ou sous statut d’auto-entrepreneur et peinent à boucler leurs fins de mois (llegar a fin de mes). Ils trouvaient là des médicaments génériques pour la plupart, vendus à prix très bas puisque la chaîne assurait sa rentabilité avec le volume et la différence entre prix d’achat et prix de vente au particulier. Chez Dr. Ahorro, il n’y avait pas de tiers payant. L’argent passait directement de la main du client au tiroir-caisse de la pharmacie. L’effondrement du marché du travail et celui du pouvoir d’achat qui l’a suivi ont donc signé l’arrêt de mort de l’entreprise qui se retire du marché argentin comme un voleur ou, ce qui revient au même, comme un patron voyou, tout aussi voyou que le gouvernement du pays qu’elle quitte.

Outre les nombreux salariés qui restent sur le carreau du jour au lendemain, ce sont aussi un grand nombre de locaux commerciaux vides et abandonnés qui vont d’un coup enlaidir les villes argentines. Paysage urbain cafardeux qui va accroître encore la détresse des habitants affrontés à une situation économique générale désastreuse.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12
lire l’article de La Nación
lire l’article de Infobae, le quotidien en ligne le plus lu en Argentine
lire l’article de Ambito, un quotidien économique
lire l’article de Pharmabiz, un quotidien économique sectoriel

Milei joue avec les nerfs des gens comme un chat avec une souris [Actu]

"Milei appelle à manifester", ironise le gros titre
sur cette reprise d'une photo folle de Milei
un jour où il a ouvert la séance à Wall Street
avec cette expression démente
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Non content de ne pas verser aux universités les subventions prévues par la loi votée par le Congrès l’année dernière et revalidée par les deux chambres après que Javier Milei y avait posé son veto, lequel est donc nul et non avenu, le président argentin vient d’annoncer de nouvelles coupes budgétaires dans le secteur de l’enseignement supérieur et de la recherche. Les universités, le CONICET (équivalent argentin du CNRS français) et la CONAE (l’équivalent du CNES) sont dans son viseur.

"La longue marche", dit le gros titre
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Précisément les institutions dont les personnels et les partisans descendent dans la rue en grand nombre cet après-midi pour une quatrième Marcha Federal depuis que Milei occupe la Casa Rosada, le 10 décembre 2023.

Milei déteste le secteur non-marchand dans son ensemble et la science en particulier. Il s’acharne dessus comme un enfant capricieux et hargneux qui casse les jouets des autres.

"Nouvelle coupe dans les budgets de l'éducation
avant la manifestation des universitaires", dit le gros titre
La photo porte sur les cours donnés au grand public
sur l'espace public, ici à Buenos Aires
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Aujourd’hui des chercheurs, des personnels administratifs et techniques, des étudiants mais aussi des artistes, des journalistes, des intellectuels, des cadres et sans doute aussi des patrons battent le pavé dans toutes les petites et grandes villes du pays, remontés à bloc par cette énième provocation, cruelle et méprisante, du chef de l’État, une décision de restriction budgétaire « vertueuse » qui côtoie des scandales de corruption abyssaux déclenchés par des ministres, des parlementaires, des conseillers et des copains qui affichent le plus parfait cynisme à l’heure de rendre des comptes puisqu’ils affirment qu’ils n’ont jamais rien fait de mal.

"Milei réduit la dépense de presque 2,5 milliards
avec de fortes réductions dans l'éducationet la santé"n
dit le gros titre
En dessous, une photo d'une exposition à New York
sur le scandale Epstein
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Dans leurs pages intérieures, les journaux rapportent la contre-performance du président dans les sondages. Comme son modèle et idole Donald Trump, Javier Milei a désormais perdu le vote d’une grande partie des électeurs qui l’ont porté au pouvoir en octobre et novembre 2023.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12, édition nationale, sur les dernières mesures budgétaires
lire l’article de Página/12, édition de La Plata (province de Buenos Aires), sur les raisons de la manifestation vue de la capitale provinciale (c’est la province la plus dotée en universités publiques)
lire l’article de Página/12, édition de Rosario, sur la mobilisation locale
lire l’article de La Prensa sur la Marcha Federal dont tout le monde s’accorde à dire qu’elle devrait être très fournie
lire l’article de Clarín sur ce sujet
lire l’article de La Nación sur l’attitude belliqueuse qu’adopte le gouvernement et surtout le président face à l’expression du mécontentement populaire
lire l’article de Página/12 sur les mauvais chiffres de popularité (les graphiques des sondages sont assez parlants)
lire l’article de La Prensa sur le même sujet

La ANDIS : une corruption qui défie l’imagination [Actu]

Manifestation de handicapés à Buenos Aires
"L'urgence pour les handicapés, c'est maintenant"


Dirigée par des personnes incompétentes car choisies pour leur proximité personnelle avec le président et ses intérêts, avec la sœur de celui-ci, Karina Milei, toujours dans les parages (ne l’a-t-on pas surnommer « Madame 3% ?), l’agence nationale pour le handicap (Agencia Nacional de Discapacidad) a fait étrangement l’objet d’un audit du ministère du Capital Humain, qui traite de tout le secteur non-marchand (l’école, la culture, la santé, etc.).

Les auditeurs ont trouvé un budget d’achat pour du matériel destiné aux handicapés (fauteuils roulants, déambulateurs, implants, équipements orthopédiques, etc.) qui avait dépassé de 4 239 % (sic) la somme des prix de référence trouvés de manière indépendante sur des sites marchands spécialisés dans ces produits.

Cela fait peut-être un peu beaucoup, non ? C’est ce qu’on a dû se dire au ministère puisque le rapport a été transmis à la justice qui enquête déjà sur des surfacturations concernant des médicaments achetés au cours de l’or ou du diamant pour être distribués aux bénéficiaires de l’Agence.

En Ukraine, le scandale Midas fait presque petit-bras à côté… Pourtant à Kiyv, tout cela a coûté leurs postes aux responsables ministériels soupçonnés d’être impliqués dans ces sinistres magouilles. Une vice-ministre est même sous les verrous depuis plusieurs mois. Que je sache, Karina Milei joue toujours les Premières dames au bras de son grand frère...

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lundi 11 mai 2026

Manifestation demain pour l’université, l’éducation supérieure et la recherche [Actu]

"Ce ne sont pas les motifs qui nous manquent",
dit le gros titre sur cette photo d'une manifestation précédente
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Demain, 12 mai 2026, tous niveaux, toutes spécialités et tous métiers confondus, les universitaires lancent un appel national à la manifestation pour réclamer du gouvernement qu’il lâche enfin les sous !

Clarín hier : en gros titre, les suites des affaires Adorni
en photo, l'un des universitaires qui boucle son budget
avec des courses de chauffeur de plateforme
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En Argentine, l’enseignement supérieur et la recherche se meurent faute de budget et d’investissement de la part de l’État alors que le pays était leader dans le sous-continent dans ces domaines. Le mépris de ce gouvernement libertarien pour le secteur non-marchand dans son ensemble (culture, santé, recherche, école, infrastructures) menace l’avenir du pays et provoque depuis deux ans une fuite des cerveaux considérable et d’autant plus dramatique que le « marché » est engorgé un peu partout : les Argentins ne sont pas les seuls à tenter d’aller voir ailleurs si la recherche se porte mieux. Les États-uniens le font aussi et en très grand nombre, tandis qu’un peu partout ces budgets nationaux sont en difficulté à cause des transferts d’investissement à réaliser au profit de la défense, qu’on soit au Canada, au Japon, en Corée du sud ou en Europe, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Union Européenne.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 de ce jour
lire l’article de Cash, le supplément économique hebdomadaire de Página/12
lire l’article de Clarín du 8 mai sur les universitaires obligés de cumuler les emplois pour boucler leurs fins de mois

Scandale à la Cour suprême : un notaire désespéré laisse une lettre accusatrice [Actu]

"A petite Cour, grand enfer", dit le gros titre
sur cette photo des trois magistrats en fonction
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Ce n’est pas à proprement parler une révélation : que la Cour suprême argentine juge sur des critères destinés à favoriser, sans que cela se voit trop ou même si cela se voit, les intérêts des classes possédantes qui dirigent l’économie du pays est un fait connu depuis la création de l’organisme au 19e siècle, même si, bien entendu, les représentants de ces mêmes classes sociales rejettent obstinément ces accusations avec une panoplie d’arguments et d’arguties enrichie par des décennies de pratique du droit, de la jurisprudence et des arcanes de la constitution.

A chaque fois que la gauche a occupé le pouvoir, c’est-à-dire depuis 1916, elle a cherché à nommer des juges aux profils différents de façon à équilibrer la composition de la Cour et à limiter les effets de cette triste tradition. De surcroît, dans la magistrature des niveaux subalternes, des collectifs se sont formés pour militer en faveur d’une justice authentiquement égale pour tous. Cependant, les habitudes ont la vie dure, confortées qu’elles sont par le système de sélection du personnel judiciaire : puisqu’on fait plus souvent du droit lorsqu’on vote à droite que lorsque l’on vote à gauche, le choix des candidats est plus nourri à droite qu’à gauche à tous les échelons du système, y compris pour les postes d’enseignant à l’université. La même constatation peut être faite aussi en France, où, cela s’illustre tragiquement au seul niveau du crime de sang, avec les disparitions dites « de l’Yonne » qui n’ont pas donné lieu à des enquêtes dignes de ce nom depuis le début des années 1970 jusqu’aux années 2000 et même 2010. Cependant, dans une démocratie plus ancienne comme la France, les principes sont un peu mieux défendus, ne serait-ce que parce qu’une presse durablement plus libre, dans le service public comme dans le secteur privé, est en mesure de dénoncer les distorsions dans l’application du droit, ce qui est manifestement plus difficile en Argentine.

Cette fois, à Buenos Aires, ces mécanismes de distorsion viennent d’être décrits, noir sur blanc, dans une lettre qu’un notaire, proche d’un des trois juges de la Cour, a laissée le 5 mai dernier avant de tenter de se donner la mort. La lettre d’adieu explique les systèmes de pression et d’influence occulte qui président aux arrêts rendus par la plus haute autorité judiciaire du pays, laquelle est durablement affaiblie par le petit nombre de ses membres (fonctionner à trois juges n’est pas normal pour cet organe et la persistance de cette situation, qui dure depuis des années, révèle un blocage politique assez peu compréhensible par ailleurs).

Par chance pour notre pauvre notaire et pour la démocratie, il a échappé à la mort et il se rétablit. Il nous reste à espérer qu’un procureur de première instance aura le courage de se saisir de ces aveux et d’ouvrir une instruction afin de tirer au clair les pratiques illégales dont témoigne cet écrit.

Et comme on pouvait s’y attendre, il n’y a eu qu’un journal de gauche pour se faire l’écho du scandale. A droite, la presse (et ses propriétaires) semblent se satisfaire encore et toujours des bonnes vieilles traditions judiciaires qui donnent toujours raison à La Fontaine : « Selon que vous serez puissant ou misérable ». Je laisse à mon lecteur le soin de réciter tout seul le dernier vers des Animaux malades de la peste.

En Une, hier, prenant ses désirs pour des réalités, Página/12 parlait de « bombe pour la Cour ». Pour le moment, on est au mieux devant un pétard mouillé.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :


Ajout du 12 mai 2026 :

Malgré son âge avancé, Raúl Zaffaroni, ancien magistrat de la Cour suprême, ouvertement de gauche, par ailleurs reconnu au niveau international comme un juriste éminent comme le prouve sa belle carrière universitaire notamment en Espagne, prend la parole pour faire savoir que la cour (tribunal oral, TO, en droit argentin) qui juge actuellement l’affaire des Carnets a le devoir de suspendre le procès en cours, pour faire droit aux révélations des 27 patrons ex-repentis. L’instruction doit en effet reprendre sur les nouvelles bases ainsi créées. Ce que ces juges ne font même pas mine d’envisager puisque ces révélations spectaculaires n’ont produit aucun effet sur le cours du procès. Selon Zaffaroni, en agissant ainsi, les trois magistrats du siège se rendent coupables au mieux d’entrave à la justice, au pire de complicité avec le juge d’instruction et le procureur qui ont délibérément faussé les débats en y introduisant des aveux mensongers.
A ce sujet, lire l’article de Página/12