jeudi 18 avril 2019

Macri veut relancer la consommation [Actu]

"Le plan Soulagement" ironise le gros titre
avec ce ministre à bord d'un hélicoptère de secours
criant "N'ayez pas peur, il y a des parachutes pour tout le monde"
Le dessin est de Daniel Paz

A moins de six mois des élections législatives, présidentielles et provinciales, le président Mauricio Macri, qui selon les plus récents sondages rassemblerait 60 % de mécontents, s’efforce de relancer la consommation, lui qui a toujours préféré la politique de l’offre au soutien apporté aux consommateurs finaux.

Hier, il a annoncé un train de mesures dont il emprunte plusieurs composantes au gouvernement kirchneriste qu’il continue à diaboliser : liste de 60 produits de base dont les prix sont gelés à partir de lundi et pendant six mois (jusqu’au premier tour, par conséquent) et qui seront disponibles à ce prix sur 2.500 points de vente participant à l’opération dans toute l’Argentine (1), gel au niveau actuel des tarifs d’eau, de gaz et d’électricité (il n’y a pas de différence de tarifs pour les particuliers et les entreprises), entente avec les distributeurs de viande en gros pour mettre, chaque semaine, à disposition de certains marchés de détail 120.000 kg de découpes bovines du moyen de gamme à 149 pesos le kilo et mise en place d’aides financières distribuées par la caisse de sécurité sociale (ANSES) sous forme de réduction dans les supermarchés et 5.000 pharmacies adhérentes à ce plan, pour 18 millions d’Argentins parmi les plus démunis (retraités, chômeurs, bénéficiaires d’allocations familiales, d’allocations d’handicapé et de bourses d’étude). Une révision des conditions du crédit hypothécaire est aussi au programme pour alléger la situation des emprunteurs étranglés par la crise économique qui fait rage depuis la première flambée du dollar en juin dernier.

La Prensa enrage de constater le retour de la politique péroniste
En dessous : le suicide d'Alan García, ancien président péruvien,
qui a préféré la mort à la prison alors qu'on allait l'arrêter
dans le cadre d'un scandale de corruption qui touche tout le sud du continent
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Ces annonces ont été faites à travers une conférence de presse ministérielle et une vidéo présidentielle, qui a donné lieu à des nombreuses critiques, venant surtout de la gauche mais pas que… Un bon nombre de personnes qui ont visionné la vidéo ont jugé que le président tombait dans une démagogie cousue de fil blanc.

Cela fait environ une semaine que la presse spéculait sur les propositions qui allaient sortir et que la pression montait dans l’opinion publique.

Une loi dite de loyauté commerciale devrait être votée prochainement pour permettre aux contrôleurs publics de sévir davantage contre les pratiques abusives dans la distribution et contre le non respect des engagements sur le gel de prix.

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Les PME devraient elles aussi être aidées pour leur gestion de trésorerie et l’accès à l’emprunt, notamment pour s’équiper. Les PME, qui font le gros de la production secondaire argentine, hors industrie agro-alimentaire, avaient été les grandes oubliées des premières années au pouvoir de Mauricio Macri qui avait délibérément favorisé les grands groupes, l’activité agraire (qui est l’activité prestigieuse par excellence en Amérique du Sud) et l’activité financière au détriment de l’industrie et de l’artisanat. C’est ce qui lui a fait perdre le soutien du syndicat patronal industriel et est en passe de lui faire perdre celui du patronat agraire.

Pour en savoir plus :



(1) C’est l’opération Precios cuidados qui avait été lancée par Cristina Kirchner pour juguler les effets dévastateurs d’une inflation qui était alors aux environs de 25 % l’an. Elle dépasse maintenant les 50 %.

mardi 16 avril 2019

Dans les provinces aussi, Notre-Dame es de todos [ici]

"Notre-Dame, la culture en feu"
El Tribuno est le journal des provinces de Salta et Jujuy
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"Tragédie culturelle à Paris"
La Voz est le journal de Córdoba
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La presse quotidienne locale argentine titre elle aussi, presque partout, sur la tragédie qui s’est produite à Paris cette nuit.

"Notre-Dame a brûlé", au centre de la page
El Litoral est le journal de Corrientes
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Il semblerait que France 24, qui émet en espagnol depuis deux ans, ait été beaucoup regardée sur la télévision par câble ou par antenne parabolique dans l’Intérieur de l’Argentine.

"Incendie à Notre-Dame
La cathédrale, qui est le symbole de la France, a brûlé"
Los Andes est le journal de Mendoza
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"Tristesse pour Notre-Dame"
El Día est le journal de la Province de Buenos Aires
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Notre-Dame de Paris et de partout [ici]

"Notre-Dame : le joyau de Paris s'effondre"
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"Une grande perte pour l'humanité"
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La tragédie que représente l’incendie de Notre-Dame de Paris est à la une de presque tous les journaux argentins et uruguayens, à l’exception notable de Página/12 qui traite l’information dans ses pages intérieures, annoncée dans un bandeau à peine visible en bas de une (en reprenant le titre de Libération) et en fait le sujet de ses deux vignettes du jour des dessinateurs de presse. Deux vignettes que je ne reprendrai pas pour les commenter. Elles me font l’effet de tomber complètement à plat, au moins pour le public européen et singulièrement français (1) au moment où nous sommes encore suspendus pour plusieurs jours dans l’attente de savoir jusqu’où s’étend ce désastre patrimonial et symbolique.

"Lundi de cendre"
(une allusion au mercredi des Cendres,
qui ouvre le carême, que la Semaine Sainte, maintenant, clôt)

"Notre-Dame a brûlé.
Paris ne sera plus le même"
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Beaucoup de quotidiens consacrent plusieurs articles à l’événement que les Sud-Américains ont eux aussi suivi en direct en fin de journée.

"L'Uruguay est solidaire et déplore la perte partielle
d'une icône du patrimoine mondial"
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"Notre-Dame
Le cœur de la France a brûlé et le monde pleure"
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Pour en savoir plus :
Argentine
lire l’article principal de Página/12 (qui en publie tout de même trois)
lire l’article principal de La Prensa (qui en publie six en ligne)
lire l’article de Clarín où l’une des journalistes de la rédaction, en vacances à Paris, raconte sa visite de la cathédrale hier soir, au moment même où l’alarme incendie a retenti pour faire évacuer les lieux (elle n’a compris ce qu’il se passait qu’en arrivant à pied à l’Arc de Triomphe)
Uruguay

La une porte sur des scandales politiques qui impliquent la majorité
En dessous : le titre emprunté à Libération



(1) Elles font peut-être rire en Argentine, qui est géographiquement très éloignée du drame. Mais ici, le cœur n’y est pas.

samedi 13 avril 2019

Ce soir, chez Jacqueline Sigaut [à l’affiche]


Très poétique affiche ce soir, samedi 13 avril 2019, à 21h30, chez Jacqueline Sigaut. Elle invite la chanteuse Pepa Luna et le pianiste Leandro Chiappe. Et le nom de la chanteuse donne le ton de la soirée.

Comme toujours, il faut s’adresser à la maîtresse de maison selon les modalités indiquées sur l’affiche numérique ci-dessus.

La CIA a dévoilé de nouveaux documents sur le Plan Condor [Actu]

"Pour fermer les blessures", dit le gros titre
Quelle hypocrisie de la part de ce journal, qui n'hésite jamais à les rouvrir
en niant ou en minimisant les crimes de la dictature !
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Petit coup de pouce de l’administration Trump à son ami, Mauricio Macri. Entre entrepreneur du bâtiment, on se soutient ! La CIA vient de remettre au ministre de la Justice argentin des documents déclassifiés concernant la sinistre époque de la dernière dictature militaire.

Cela permet au gouvernement d’en faire tout un fromage et d’essayer de désamorcer les critiques de la gauche et notamment celle des associations de victimes de la dictature, qui ne sont pas tendres ces derniers temps sur la politique des droits de l’homme de la majorité actuelle.

Le ministre argentin est à la gauche de l'image
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Et cette fois-ci, La Prensa et Clarín en parlent dans leurs colonnes.

Pour aller plus loin :
lire l’article de La Prensa (un quotidien qui flirte assez souvent, encore aujourd’hui, avec la justification de la politique de répression de la junte militaire)

Des documents argentins rejoignent la Mémoire Universelle de l’UNESCO [Actu]

Mariano Moreno, par Juan de Dios Rivera
C'est le seul portait que nous ayons du vivant du révolutionnaire
Et pourtant ce visage est très peu connu en Argentine
On lui préfère souvent les portraits posthumes
où le visage est beaucoup plus fade

L’UNESCO vient de classer dans son patrimoine universel documentaire deux dossiers argentins : les documents révolutionnaires de Mariano Moreno (1778-1811), l’un des idéologues majeurs de la Révolution de Mai 1810, et le premier procès intenté aux principaux responsables de la dernière dictature militaire, celle qui a dévasté l’Argentine de 1977 à 1983.

Mariano Moreno, membre de la Primera Junta (le premier collège gouvernemental fondé le 25 mai 1810) a fondé la Gaceta de Buenos Aires, le premier journal officiel argentin, et la bibliothèque nationale, qui porte maintenant son nom.

Pour en savoir plus :

Groupe Macri, façon "affaire Benalla" : une histoire à tiroir(-caisse) [Actu]

"Famille postale", dit le gros titre, en utilisant l'orthographe italienne
Cela va assez bien avec le montage photo façon Le Parrain
mais c'est surtout pour faire allusion au père Franco Macri,
récemment décédé : il était un immigrant italien, arrivé en Argentine
à l'âge de 17 ans, juste après la fin de la seconde guerre mondiale
Autour de la table, le président (au fond) et les trois impliqués dans le scandale
les deux ministres et le député de la majorité

Une procureure fédérale vient d’émettre des chefs d’inculpation contre le groupe Macri qui a obtenu, il y a de nombreuses années, la concession de la Poste publique argentine, Correo Argentino, sans payer ce qu’il doit à l’État argentin (ennuyeux quand le président du pays est aussi l’un des actionnaires du concessionnaire). De surcroît, la magistrate a découvert que sous la gestion du groupe Macri, Correo Argentino a détourné au moins 35 millions de pesos dont elle a reconstitué le cheminement. Ils ont été répartis dans les caisses d’entreprises dont les propriétaires sont des hommes politiques de la majorité présidentielle, deux ministres et un député. Rien que ça !

Ces détournements ont commencé, d’après le juge, en 2004.

Voilà plusieurs années maintenant que Página/12 suit ce scandale avec la même ténacité que Mediapart emploie lorsque sa rédaction tient une enquête sérieuse. Página/12 est bien le seul quotidien argentin dans ce cas. Aucun autre journal national n’aborde ce matin ce thème pourtant d'une gravité particulière. On voit bien que la date des élections générales approche !

Pour en savoir plus :

Página/12 profite du trou noir [Actu]

"Le trou noir des prix", dit le gros titre
En haut, dans la manchette, la même photo sans montage politique caustique

Avant-hier, avec l’humour habituel de ce journal, Página/12 a profité de la publication de la première photo d’un trou noir pour rappeler la catastrophe des prix qui montent au point que les dépenses d’une famille à Buenos Aires (où tout est plus cher qu’ailleurs) s’élèvent à plus de 70.300 pesos par mois, dont 77 % servent à payer les services élémentaires du foyer. C’est beaucoup d’argent par rapport aux salaires qui n’ont pas augmenté dans les mêmes proportions.

Depuis plusieurs jours, les journalistes et les consommateurs sont dans l’attente du résultat des négociations entre le gouvernement, les producteurs et la distribution (grande et petite) qui vont établir la nouvelle liste de l'opération Precios Cuidados (des produits dont les prix sont gelés pour quelques mois, avec pour objectif de ralentir l’inflation), une des rares mesures du gouvernement précédent qui a résisté à la tornade néolibérale imposée par Mauricio Macri.

Pour en savoir plus :
lire l’article de Página/12 sur l’inflation des prix des produits quotidiens
lire l’article de Clarín sur le montant et le contenu du panier mensuel familial moyen

mercredi 10 avril 2019

Abuelas fête de nouvelles retrouvailles [Actu]


Hier, l’association Abuelas de Plaza de Mayo a tenu une nouvelle conférence de presse pour l’identification d’une personne enlevée à la naissance à sa famille par la dernière dictature militaire. Cela faisait plus d’un an qu’un tel événement n’était pas survenu. Página/12 en a fait sa une ce matin.

Cette fois-ci, le père de la personne identifiée est là et attend de la rencontrer. Son frère aussi. Sa mère a été arrêtée le 21 mai 1977. Elle était enceinte de huit mois et elle a disparu. On ne sait toujours rien de ce qui lui est arrivé. Norma Síntora était une militante péroniste révolutionnaire. Celles qui ont subi le plus triste sort pendant ces années de plomb.

La femme retrouvée a 42 ans et vit en Espagne. Au début du mois, elle est venue en Argentine pour se présenter à la justice et faire les prélèvements d’ADN nécessaires pour connaître ses origines. Il a suffi de quelques jours pour valider la filiation avec une famille qui avait laissé ses empreintes génétiques à la banque des données génétiques qui, en Argentine, ne sert qu’à permettre les identifications des disparus et réunir les familles.

Pour en savoir plus :
lire l’article de Clarín

Ajout du 11 avril 2019 :
lire l'interview du père dans Página/12 (il n'a pas encore rencontré sa fille)

mardi 9 avril 2019

La fuite des scientifiques continue [Actu]

Une politique de science-fiction, dit ce matin le gros titre
par-dessus ce dessin de Daniel Paz, l'un des dessinateurs de la rédaction

Le ministre : L’idée, c’est de se remettre à exporter dans le monde
des produits à haute valeur ajoutée.
La journaliste : comme ?
Le ministre : Des scientifiques.
Traduction © Denise Anne Clavilier

C’est une préoccupation pour les forces progressistes en Argentine : la politique actuelle du gouvernement national et la crise économique qui s’y superpose provoquent une fuite des chercheurs qui ne trouvent plus de postes dans leur pays ou de crédits pour leurs travaux.

Página/12 est le seul quotidien qui évoque le problème et il le fait en première page, en rappelant l’enjeu avec force, à six mois du scrutin présidentiel.

Cette année, le Conicet, centre national de la recherche et de la technologie, a exclu de la carrière scientifique 2000 docteurs formés dans les universités publiques (donc gratuites) et qui avaient postulé sur des postes publiés. Seuls 17,1 % des candidats ont été retenus, après une dizaine d’années d’étude. Ce sont les conséquences des réductions budgétaires draconiennes.

Une de Página/12 lundi 1er avril
et ça n'est pas une blague

On voit donc de nombreux chercheurs quitter l’Argentine pour des pays développés. Même des scientifiques qui, dans le cadre d’un plan mis en place par Néstor Kirchner et conforté par Cristina Kirchner, Raices (racines), avaient fait le choix de rentrer en Argentine en sont maintenant repartis. Página/12 rapporte que jusqu’en 2016, on avait vu une moyenne annuelle de 120 personnes rentrer au pays sur une douzaine d’années. En 2017 et 2018, seuls seize professionnels ont fait la même démarche.

Une perte sèche des potentiels nationaux qui ne fait qu’affaiblir le pays et hypothéquer son avenir. Et les critiques pleuvent sur le secrétaire d’État, le physicien Lino Barañao, le seul ministre de Cristina qui ait conservé son portefeuille sous Mauricio Macri.

Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12 du 1er avril
lire l’article de Página/12 du 9 avril.

Ajout du 11 avril 2019 :
lire l'article de Página/12 sur une nouvelle manifestation des scientifiques contre les coupures budgétaires que subit la recherche

vendredi 5 avril 2019

Jacqueline Sigaut demain soir au Bar Iberia [à l’affiche]


Demain soir, samedi 6 avril 2019, à 21h (pile), la chanteuse Jacqueline Sigaut chantera au Bar Iberia, sur Avenida de Mayo au numéro 1196, dans le cadre des programmes publics de concerts gratuits dans les Bares Notables, ces établissements distingués pour leur rôle historique et culturel dans la ville.

Elle sera accompagnée par Juan Martínez à la guitare, Andrés Serafini à la contrebasse et El Chino Molina au bandonéon.

Au programme, les tangos qu’elle a enregistrés dans son sixième disque, Resiliencia Tangos, sorti l’année dernière.

L’Argentine à nouveau dans la rue [Actu]

La Prensa a choisi, pour ses pages intérieures, cette photo
qui exprime très bien le moment que vit l'Argentine :
derrière le palais du Congrès, ce ciel qui annonce un violent orage (qui a éclaté)

Hier, à Buenos Aires, les salariés, les grévistes, les syndiqués et les militants des mouvements sociaux étaient à nouveau dans la rue en foule. Toutes les organisations syndicales étaient présentes. Les photos de Buenos Aires sont assez éloquentes.

"Un autre pays marche/défile", dit le gros titre
Au-dessus du titre au centre : "Les inégalités croissent"

On constate aussi qu’il pleuvait fort sur la capitale argentine et que cette pluie n’a démotivé personne.

Différents cortèges ont convergé vers Plaza de Congreso. Une délégation a été reçue au Congrès. Elle a fait part aux élus de ses revendications en faveur de l’industrie nationale, qui subit le contre-coup à la fois des importations trop importantes pour le tissu local et de la dramatique crise qui ravage le pays depuis juin dernier. Ces difficultés grandissantes ont fait monter le chômage et le travail au noir.

Automne en colère, dit le gros titre, sur ces images typiques des manifestations :
tambours, cymbales et autres grosses caisses
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Beaucoup de monde aussi sur Plaza de Mayo, dont les grilles avaient été fermées préventivement : ce sont des grilles très contestées parce qu’elles interdisent l’occupation de la place. Or c’est sur cette place que la ville a été fondée et que les événements centraux de la Révolution de Mai 1810 ont eu lieu. C’est aussi là qu’a eu lieu la manifestation populaire qui a définitivement ancré dans le paysage politique Perón et son idéologie, le 17 octobre 1945.

Clarín a préféré titrer sur un avatar de la campagne de l'opposition
mais la photo du dessus montre le succès de la manifestation
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Contrairement à l’habitude, les organismes qui avaient appelé à la manifestation n’avaient pas dressé de podium sur la place du Congrès. Ce qui a déboussolé beaucoup de gens et beaucoup de journalistes, habitués à des prises de parole fleuves de la part des leaders syndicaux. C’est d’autant plus inattendu que nous sommes à six mois du premier tour de l’élection présidentielle et que l’actuel chef d’État n’en mène pas large, au moins dans les sondages (qui peuvent se tromper). Les syndicats envisagent à présent un appel à la grève générale pour la semaine prochaine.

Pour en savoir plus :

lundi 1 avril 2019

Hommage à Ernesto Franco pour démarrer l’année à la Academia Nacional del Tango [à l’affiche]


C’est la rentrée à la Academia Nacional del Tango qui attend son public ce soir, lundi 1er avril 2019, pour le premier Plenario de l’année, à 19h, dans ses locaux, dont mes fidèles lecteurs connaissent l’adresse par cœur (Avenida de Mayo, 733, 1er étage).

Cette première séance académique 2019 rendra hommage à Ernesto Franco pour ses 90 ans. Il viendra avec son orchestre et repassera ses souvenirs. Il a travaillé avec des grands de l’histoire du tango, comme le bandonéoniste Pedro Maffia et le pianiste Elvino Vardaro. Il a aussi connu une des figures emblématiques du tango des années 30 à 50 : Juan d’Arienzo.

Le tango rituel d’ouverture sera de Franco : De primera clase. Dans un enregistrement où il dirigeait l’orchestre.

Entrée libre et gratuite comme toujours.

samedi 30 mars 2019

Hommage à Osvaldo Bayer au CAFF par le Quinteto Negro La Boca [à l’affiche]

Le groupe a choisi cette photo
où Bayer posait avec un t-shirt floqué au logo du QNLB

Le Quinteto Negro La Boca, digne représentant de la tradition anarchiste et tanguera de ce quartier sud de Buenos Aires, rendra ce soir, samedi 30 mars 2019, un vibrant hommage à l’historien de l’anarchisme en Argentine que fut Osvaldo Bayer, récemment décédé.

Ce sera au CAFF, Sánchez de Bustamante 772, à 21h.
Ouverture des portes à 20h.
Entrée à 250 $ + 1 produit alimentaire non périssable qui sera remis à un organisme de redistribution solidaire.

Au programme, un répertoire de poésie et de tangos libertaires comme Osvaldo Bayer les aimait et comme le QNLA sait les jouer : ce récital se compose de onze morceaux originaux, composés et présentés au public en 2015 par les musiciens et l’historien en hommage au militant anarchiste des années 1930, Severino Di Giovanni, assassiné par la première dictature militaire de l’Argentine constitutionnelle, de 1930 à 1943.

Pour en savoir plus :
consulter la page Facebook du groupe.

Hommage à Agnès Varda [ici]

Photo La Nación

Les quotidiens argentins rendent hommage ce matin à notre cinéaste et photographe Agnès Varda.

Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12, qui expose tous les aspects de cette trajectoire artistique et féministe, en créant son titre à partir d’un des films de la disparue : Adieu à une artiste sans toit ni loi

vendredi 29 mars 2019

L’INDEC confirme : ça va très mal [Actu]

Une phrase de Mauricio Macri pendant sa campagne électorale en 2015
A l'aune de cette phrase, il est un exécrable président.

Après l’étude annuelle socio-économique de la UCA, voici les statistiques factuelles de l’INDEC, l’institut national des statistiques. Et ces observations sont encore pires que ce qu’annonçait l’université pontificale : le taux de pauvreté en Argentine atteint désormais 32 % (la UCA avait calculé 31,3%) et ce ne sont pas 1,9 million de personnes qui ont basculé dans la pauvreté en 2018 mais 2,7 millions. Quant aux enfants, 46,8 % des moins de quatorze vivent dans la pauvreté et 10,9 % souffrent de sous-alimentation. Chez les seniors (plus de 64 ans), le taux de pauvreté s’élève à 27,6 et celui de l’indigence à 5,4.

Le visage plus triste, titre La Prensa
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Comme nous sommes à six mois du premier tour du scrutin présidentiel, Página/12 rappelle l’affirmation du président Mauricio Macri pendant sa campagne électorale : “Quiero ser evaluado como presidente por si fui capaz, o no, de reducir la pobreza” : Je veux que ma présidence soit jugée à partir de ma capacité et de mon incapacité à réduire la pauvreté (Traduction © Denise Anne Clavilier). Et il en fait sa une !

Deux ministres ont commenté ces chiffres en affirmant une fois encore que tous les ministères s’impliquaient dans la lutte contre la pauvreté.

Clarín consacre sa photo de une aux adieux d'un sportif
mais le gros titre est très lisible :
"A cause de l'inflation, la pauvreté a atteint les 32%
et touche presque 13 millions d'Argentins"
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Tous les quotidiens nationaux reprennent ces chiffres. La Prensa, journal de droite, reprend aussi les préoccupations de l’épiscopat qui constate que le gouvernement continue à promettre des lendemains qui chantent pendant que dans le présent, les classes défavorisées souffrent. Clarín publie quant à lui une étude sur le prix des aliments traditionnels de Pâques, le chocolat et le poisson, dont les prix flambent avec le dollar.

Pour aller plus loin :
lire l’article de La Prensa sur l’analyse des évêques
lire l’article de Clarín sur le panier de Pâques

Ajout du 30 mars 2019 :
lire cet article que Página/12 consacre, en une de ce jour, aux prix exorbitants des produits de première nécessité.

Ajout du 31 mars 2019 :
A l'avant-veille de la date anniversaire de la mise en route de la première politique ultra-libérale, sous la dernière dictature militaire et sous l'influence des Etats-Unis qui plongeaient dans le reaganisme, Página/12 fait le bilan catastrophique des trois aventures néolibérales en Argentine, qui ont toutes les trois abouti aux mêmes désastres socio-économiques. Dans six mois, ce sont les élections législatives et exécutives, au niveau national et provincial.

lundi 25 mars 2019

Dimanche militant à gauche [Actu]

"Pour un autre pays" dit le gros titre,
à côté du mère de la place de Mai de dos

Hier, jour anniversaire du dernier coup d’État, il y a 43 ans, les organisations militantes des droits de l’homme animaient, comme tous les ans à la même date des marches dans tout le pays. Ces associations, Madres de Plaza de Mayo, Abuelas de Plaza de Mayo, HIJOS, Familiares de Desaparecidos, sont issus de la lutte des victimes du terrorisme d’État qui a fait, chiffre officiel souvent contesté par la présente majorité, 30.000 morts et disparus (1). En l’occurrence, nul ne peut nier l’affluence qui a été particulièrement visible à Buenos Aires, sur Avenida de Mayo et Plaza de Mayo. Une affluence qui est aussi celle du peuple de gauche, en cette année où se joue le mandat présidentiel et les mandats des gouverneurs provinciaux.

A la tribune hier, Estela de Carlotto
En grands chiffres fleuris, le nombre des disparus
que certains membres de la majorité contestent
Sur l'écran, défilaient les photos des disparus sous la dictature

Estela de Carlotto, la présidente de Abuelas, a déploré que le manque de moyens accordés à la recherche des disparus ait provoqué un moindre questionnement des adultes adoptés et qui pourraient s’interroger sur leur identité de naissance. Elle a avancé comme preuve de son raisonnement le fait qu’en 2018, on ait pu retrouver qu’un seul des enfants enlevés à leurs familles en bas-âge, alors que les années précédentes on avait vu plusieurs cas se résoudre tous les ans.

L'Argentine le 24 mars, jour de manifestation pour la mémoire, la justice et la vérité
selon le slogan de la journée
"Récupérons ce que nous avons perdu"
Miguel Rep, hier, dans Página/12
Et cette fois-ci, il a couché l'Argentine (le nord est à droite)

Pour ne pas être en reste, deux des ministres ont retourné le couteau dans la plaie, l’un, Claudio Avruj, chargé des droits de l’homme au Ministère de la Justice, en balayant d’un revers de main la prétention des associations de victimes à être au centre de la politique des droits de l’homme, l’autre, Patricia Bullrich, l’ultra-droitière ministre de la Sécurité, en critiquant que ces associations se soient appropriées la date du 24 mars. Dans les deux cas, c’est faire preuve de beaucoup de cynisme. Cynisme lorsque Avruj prétend que son action s’étend maintenant à d’autres préoccupations, comme la condition féminine, le climat et la lutte contre la pollution ou les peuples originaires, ce qui serait une bonne chose s’il aboutissait à des changements dans ces domaines, qui ne sont en effet guère pris en compte par les associations de victimes des années 1970-1980, qui ont tendance à geler le théâtre des opérations à la situation de ces années-là. Mais s’il consulte et réunit à tour de bras, c’est bien tout ce que fait ce secrétaire d’État aux droits de l’homme. Cynisme aussi lorsque Bullrich se plaint d’une confiscation par la gauche alors qu’il ne tenait qu’aux autres courants politiques de se joindre aux associations de victimes pour en faire une cause commune à tous les Argentins, en dépassant les différences partisanes et idéologiques, alors qu’elle est la première à avoir agi exactement et perpétuellement à l’inverse de ce dépassement authentiquement patriotique.

Une d'hier
Ces dalles représentant les foulards des Mères de la Place de Mai
ont été retirées de la Plaza de Mayo
par l'actuel gouvernement, très décidé à effacer autant qu'il le pouvait
les traces d'un passé qu'il n'aime pas rappeler

Pour aller plus loin :
hier :
lire l’éditorial de La Prensa, très acerbe sur l’existence d’un jour férié sur cette date (il arrive encore que dans les colonnes de La Prensa, on lise des éditoriaux favorables à la dictature ou très défavorables à ceux qui l’ont combattue, comme c’est le cas depuis plusieurs mois contre la béatification de Mgr Enrique Angelleli et ses compagnons, décédés dans des circonstances plus que suspectes quelques mois après le coup d’État, et que des rédacteurs de La Prensa ont qualifiés à plusieurs reprises de traîtres rouges inféodés au communisme international (2)
aujourd’hui :
lire l’article de Clarín, qui met en ligne l'intégralité du communiquer commun des associations de victimes (on n'attendait pas une telle transparence dans ce quotidien)
La Nación a préféré ne pas même en parler.



(1) Ce chiffre de 30.000 victimes, à une époque où l’Argentine comptait environ 30 millions d’habitants, a été présenté par les ONG et l’Argentine à l’ONU qui l’a retenu. Il est contesté par la droite parce que le nombre de dépôts de plainte auprès des instances judiciaires pour disparition est nettement plus bas, aux alentours de 8.000. La droite a donc tendance à avancer ce chiffre-là. Et aucun historien pour le moment n’est en mesure de travailler sur le sujet d’une manière pacifiée, transparente et méthodique.
(2) Ce père conciliaire du Concile Vatican II sera béatifié à la fin du mois d’avril dans le diocèse qu’il gouvernait lors de sa mort, La Rioja. Ces quatre assassinés, trois clercs et un laïc, sont considérés par l’Église comme des martyrs, tués en haine de la foi. Et comme le lectorat de La Prensa est à droite toute tout en se voulant fidèle à la doctrine catholique, cela le gêne sérieusement aux entournures.