jeudi 21 mai 2026

Milei cède les eaux territoriales aux États-Unis [Actu]

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Le gouvernement argentin vient de signer avec les États-Unis un mémorandum d’intention permettant à la marine des USA, sous les ordres du général nord-américain à la tête du Comando Sur, de patrouiller librement pendant cinq ans dans la Mer argentine (Mar Argentino), cette partie de l’océan Atlantique qui constitue les eaux territoriales du pays le long de son littoral occidental. A cette occasion, l’Argentine déclare officiellement et toute honte bue que la Mer Argentine est désormais un « bien commun global ».

Or c’est au fond de cette mer que repose le ARA San Juan, un sous-marin argentin qui a accidentellement coulé sous le mandat de Mauricio Macri, qui n’a alors rien fait pour porter secours à l’équipage en péril ni par la suite pour venir en aide aux familles endeuillées. C’est le fond de cette mer qui a été exploré en direct sur streaming il y a quelques mois par une équipe scientifique du CONICET (l’équivalent argentin du CNRS français), un streaming qui a produit des images de la vie sous-marine dans ce recoin de notre planète, images toutes plus éblouissantes les unes que les autres, ce qui a valu un prix de télévision à l’organisme scientifique...

Clarín fait son gros titre sur la suppression
des subventions du gaz de chauffage dans les zones froides
Cuba est traité dans la colonne de droite, au centre
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Rappelons juste le droit international : les eaux territoriales font partie intégrante du territoire d’un État souverain et par conséquent elles sont placées sous la responsabilité exclusive de l’État en question. L’Argentine vient donc de céder aux États-Unis sa souveraineté sur cette partie de son territoire. Rappelons aussi à titre d’exemple que les États-Unis n’ont pas pu survoler l’Espagne pour aller frapper l’Iran, faute d’en avoir obtenu l’autorisation de la part des autorités espagnoles (l’espace aérien fait aussi partie du territoire souverain d’un État) et pourtant les deux pays appartiennent à une même alliance militaire, l’OTAN, et aucun des deux n’est neutre. Rappelons enfin que l’Allemagne conserve le droit de récupérer intégralement et à tout moment le territoire de Ramstein où l’armée américaine a pourtant établi depuis des années un camp entièrement urbanisé où les militaires américains se comportent au jour le jour comme dans une enclave extraterritoriale, avec ses commerces pleins de produits venus directement des USA sans que personne n’acquitte de droits de douane, et les clients y payent leurs achats en dollars et non pas en euros. A se demander même s’ils savent que cette devise existent dans le pays où ils vivent.

Cette nouvelle concession de l’Argentine aux États-Unis de Trump est donc d’autant plus scandaleuse que le pays est traditionnellement neutre et que l’annonce en a été faite non pas par le gouvernement argentin mais par l’ambassade américaine à Buenos Aires.

La Nación a fait l'inverse :
gros titre sur Cuba
titre secondaire à la même place sur le prix du gaz
et dans les deux cas, la presque même photo footeuse
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Si Página/12, champion médiatique de la souveraineté nationale, s’insurge ce matin en Une, la presse de droite a choisi de se montrer très discrète. Elle préfère braquer les projecteurs sur la dernière entourloupe de Donald Trump et de son ministère de l’Injustice : l’inculpation de Raúl Castro, le dernier survivant de la fratrie dirigeante cubaine, pour des faits datant des années 1990 et qui n’avaient alors entraîné aucune poursuite pénale extraterritoriale dans la mesure où elle aurait été dirigée contre une autorité légitime d’un pays étranger. En effet, Cuba a abattu au-dessus de ses eaux territoriales, par conséquent dans son espace aérien, des petits avions états-uniens dont il avait déjà repéré le manège suspect et pour lesquels le gouvernement de l’île avait averti Washington qu’il ne le tolérerait pas très longtemps. Ce qui est normal, légitime et légal de la part d’un État souverain, qui avait subi entre autres au début des années 1960 des tentatives d’invasion non dissimulées de la part de son puissant voisin… L’ex-président Raúl Castro a maintenant 94 ans. Il s’est volontairement retiré de la vie politique. Qu’est-ce que Trump va encore lui pourrir la vie en le menaçant de prison à perpétuité, voire de la peine capitale sur le territoire des États-Unis ? D’accord, Cuba est dirigée par une dictature mais ce n’est pas à Washington d’y faire la loi. C’est aux Cubains de s’en occuper. Et si les Cubains ont quelque chose à reprocher à leur ancien chef d’État, ce qu’ils ont à coup sûr, ce n’est certainement pas d’avoir fait abattre ces avions qui avaient violé leur espace aérien.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

L’archevêque de Buenos Aires défend Santa Catalina et ce quartier historique [Actu]

Messe à l'air libre dans le patio de l'église Santa Catalina hier


Hier, l’archevêque de Buenos Aires, Monseigneur García Cuerva, a célébré la messe en plein air, sur le parvis de l’église Santa Catalina de Siena que le curé de la paroisse vient de fermer à cause des dégâts que des travaux dans la rue mitoyenne, qui doit devenir piétonne, ont infligés à la structure du vénérable édifice.

Le prélat a insisté sur la gravité de la situation, fruit d’une politique urbanistique irresponsable qui met en péril des monuments historiques qui sont l’histoire du peuple. Il a fait allusion à des décisions affairistes qui volent leur mémoire aux gens pour le plus grand profit d’une petite poignée d’ultra-riches. Il a déclaré qu’il était opposé à l’édification du temple gigantesque que la justice locale vient d’autoriser en appel au bénéfice des mormons et qu’il serait tout aussi opposé à un projet d’église destinée au culte catholique. Voilà qui est dit mais il n’est pas sûr que cela renverse la situation.

La Prensa, le journal catholique réactionnaire,
a mis l'info en Une : tout en bas, au centre, sur fond orange
mais l'article n'est pas sur son site internet
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De leur côté, trois membres de la Commission nationale des monuments historiques ont posé hier leur démission pour protester contre cette décision judiciaire aberrante qui a été prise malgré le fait que l’ancien monastère, devenu centre pastoral diocésain, et l’église, désormais paroissiale, soient protégés par la loi qui les a inscrits au patrimoine national en 1942, pour l’église, et 1975 pour le monastère. Cet ensemble historique du 18e siècle ne peut donc pas légalement être menacé ni sur le plan esthétique ni sur le plan structurel par la construction de deux bâtiments démesurés qui vont nécessairement modifier les qualités mécaniques du sol et l’équilibre urbanistique et architectural de l’environnement immédiat.

Aujourd’hui, la Commission doit venir faire une visite sur place pour relever les dégâts existants.

L’affaire pourrait donc connaître de nouveaux développements.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Clarín sur la visite de l’archevêque sur place
lire l’article de Clarín sur les dégâts subis par la structure de l’église
lire l’article de La Nación sur la Commission et ses membres démissionnaires

La Chambre supprime des subventions d’hiver dans 14 provinces [Actu]

Une de l'édition de la province de Buenos Aires
de Página/12 hier, avec reprise de la Une de la veille
sur la manifestation du secteur de la santé
"Le plan Refroidir", dit le gros titre
sur la même photo horrible de Milei
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Dans un certain nombre de régions en Argentine, notamment dans les Andes et en Patagonie, on disposait jusqu’à présent d’un système de subventions dans la distribution du gaz domestique pour permettre aux habitants des zones froides de se chauffer l’hiver à moindre coût, ce qui établissait une certaine équité entre tous les habitants du pays (au nord, les Argentins n’ont presque jamais besoin de chauffage).

Le gouvernement veut revenir sur ce dispositif d’équité et la Chambre des députés vient d’en voter la suppression pour un bon nombre de zones réparties dans quatorze provinces, dont la province de Buenos Aires et celle du centre du pays, qui sont soumises à un climat continental sévère, comme Mendoza ou Córdoba.

Dans la province de Buenos Aires, dont le sud connaît des hivers très rudes, le gouvernement provincial, de gauche, envisage de se porter en justice pour faire annuler la mesure. Dans les régions concernées, cette nouvelle loi arrive en effet en même temps que les premiers frimas. Les gens n’ont donc même pas eu le temps de prendre la moindre disposition compensatrice. C’est de la cruauté pure et simple…

Pour entrer en vigueur, le vote doit être confirmé au Sénat. Tout espoir n’est donc pas perdu mais au train où Milei et ses ministres achètent, avec des plats de lentilles, les votes de leurs « alliés », on peut imaginer que le combat pour maintenir le statu quo est loin d’être gagné.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 édition nationale
lire l’article de Página/12 édition de la province de Buenos Aires
lire l’article de La Prensa
lire l’article de Clarín

Al gran pueblo argentino salud [Actu]

Une de l'édition bonaerense de Página/12 hier
"Le plan rendre malade", dit le gros titre
sur cette photo de Milei grimaçant
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Ni pour l’affluence ni pour l’écho médiatique, la manifestation en faveur du système de santé gratuit et public, qui avait lieu hier, n’a eu le même succès que celle en faveur de la recherche et de l’université publique la semaine dernière. Il est vrai que cette fois-ci, on n’avait affaire qu’à une seule discipline (et beaucoup de spécialités), que les Argentins ont grand besoin d’aller travailler et même de travailler beaucoup pour parvenir à boucler leurs fins de mois alors que les produits et services de première nécessité (dont les soins de santé) leur sont de moins en moins accessibles et que l’actualité politique, avec ses scandales en tout genre, a bousculé la Une de tous les journaux, de droite comme de gauche.

Avenida de Mayo, à Buenos Aires, a toutefois été bien remplie et l’approche de la fête nationale, lundi prochain, a inspiré quelques pancartes savoureuses comme celle qui reprend l’un de vers de l’hymne national et fait jeu de mot : Al gran pueblo argentino salud (salut / santé au grand peuple argentin).

Les manifestants hier dans Avenida de Mayo, à la hauteur
du très récent Museo del Mate
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Ce vers reprend le cri de fraternité qu’en 1812, lorsque qu’un concours a été lancé pour créer cette chanson patriotique, le poète a imaginé que « les peuples libres du monde » entier adressaient aux révolutionnaires qui venaient d’abolir l’Ancien Régime deux ans plus tôt… Cette solidarité internationale fait maintenant singulièrement défaut et l’Argentine s’enfonce dans l’abandon et la perte de tout ce qu’elle avait acquis pendant toutes ces années de démocratie : système de santé, système de formation, vie culturelle florissante, patrimoine culturel matériel et immatériel, liberté de la presse, liberté d’expression et même lutte contre la corruption…

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

Madame 3 % dans le collimateur de la justice [Actu]

Manifestation d'hier, Avenida de Mayo, Buenos Aires
pour le système de santé gratuite et publique
La pancarte montre le couple présidentiel,
lui avec le scandale de la crypto-monnaie S Libra
elle avec ses trois pour cent sur les factures de l'agence pour le handicap
En haut, on lit : "La fraude, c'est de supprimer des droits et d'appeler ça liberté"
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La justice s’intéresse désormais à un contrat signé par la Première dame d’Argentine, Karina Milei, la petite sœur du président, qui a embauché sa meilleure amie pour occuper, aux frais de la princesse, la République argentine, ce qui ressemble furieusement à ce qu’en France on appelle un emploi fictif.

Le juge veut savoir en quoi consiste ce travail rémunéré et quelles en sont les modalités d’exercice : description des missions, horaires et lieu de travail, avantages sociaux annexes, etc.

Madame 3 %, comme la surnomment les Argentins, n’est donc pas sortie de l’auberge. Et tant mieux ! Il y a bien un moment où toute cette corruption devra recevoir son salaire. Mérité celui-là.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Clarín (qui a décidément une dent contre la Casa Rosada)

mercredi 20 mai 2026

Clarín se rebiffe [Actu]

Copie d'écran du site de Clarín
Le journal a rassemblé les sigles des entreprises
que le général aurait favorisées dans les marchés
dont il a la responsabilité


Il y a quelques semaines, le groupe Clarín a été visé par la Casa Rosada et s’est vu accusé devant les tribunaux par le chef de la Maison militaire du président Javier Milei pour une supposée atteinte à à la sécurité de l’État pour avoir, dans un reportage de la chaîne TN, diffusé des images de l’intérieur du palais présidentiel. Il aurait ainsi révélé au grand jour les chemins que pourraient prendre les responsables de l’État en cas d’attaque par l’Iran, avec lequel Javier Milei a dit, aux États-Unis, que « l’Argentine était en guerre », puisqu’il suit aveuglément la diplomatie de Trump (alors que le pays est neutre).

Cette manœuvre invraisemblable s’était traduite par l’interdiction soudaine à tous les journalistes accrédités d’accéder à la Casa Rosada pendant une semaine, pendant laquelle Milei a reçu un oligarque du technofachisme proche de J.D. Vance. La plainte en justice n’a pas fait long feu puisqu’un juge du siège, en accord avec le parquet, vient de débouter le général -et la présidence par la même occasion.

Clarín s’est donc mis à enquêter sur ce général qui lui veut du mal pour voir ce que pouvait bien cacher cette plainte ahurissante et la rédaction publie aujourd’hui des informations compromettantes pour ce haut gradé puisque le journal affirme qu’il est impliqué dans un trafic de dessous-de-table… Ce qui ne serait pas plus étonnant que cela puisque la Casa Rosada est noyée sous les scandales de corruption en tout genre, tous plus voyants les uns que les autres, depuis les premières semaines de la présidence de Javier Milei.

Le journal n'a pas poussé l'audace jusqu'à mettre l'affaire à sa Une, ce que Página/12 n'aurait pas hésité à faire !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

mardi 19 mai 2026

Le travail va reprendre à La Suipachense [Actu]

L'occupation des lieux


La Suipachense était une petite usine de produits laitiers qui a fermé à Suipacha dans la province de Buenos Aires il y a neuf mois. Les ouvriers ont occupé les lieux pour empêcher que le matériel disparaisse et avec lui la capacité de reprendre l’activité un jour, si l’opportunité, ardemment recherchée, s’en présentait.

Or l’opportunité s’est présentée : une nouvelle société vient de se créer et la production va redémarrer. Les travailleurs commencent à être réembauchés. C’est un espoir qui renaît à Suipacha où cette usine était le principal employeur local. Ses produits étaient présents dans les rayons de nombreuses grandes surfaces de la province.

Une image du passé

Les yaourts, le lait, les crèmes desserts porteront désormais une autre marque mais ce sera à nouveau du fait sur place.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12
lire l’article de Clarín
lire l’article de TN, la chaîne d’info continue du groupe Clarín
lire l’article de La Nación
lire l’article de Iprofesional, un site spécialisé argentin

L’affaire Machado-Espert : suite et fin du volet texan [Actu]

Même calembour qu'en français : expert/Espert
"Esperts en blanchiment", dit le gros titre
Espert est à gauche, Machado à droite
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Fred Machado est un trafiquant de drogue argentin qui était réclamé par la justice texane à laquelle les autorités de son pays l’ont livré. Sur le plan politique, l’homme avait financé un député libertarien, José Luis Espert, le premier élu de cette mouvance, avant l’apparition du phénomène Milei dans le paysage politique du pays. Il vient de plaider coupable de blanchiment d’argent et de fraude, ce qui a entraîné l’abandon des chefs d’inculpation pour trafic de drogue.

L'affaire a droit à un titre secondaire,
au milieu de la colonne de droite
"Un financeur de Expert se déclare coupable
de fraude et de blanchiment d'argent", dit le titre
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Cet accord judiciaire texan n’est pas pour alléger la situation de l’ex-député qui a dû renoncer à son mandat devant l’ampleur du scandale de corruption.

Titre encore plus modeste ici :
tout en bas de la colonne de droite
"La déclaration de culpabilité de Machado
est acceptée", dit le titre secondaire
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Cela n’empêche pas Javier Milei de tenter de le récupérer en l’exonérant de l’accusation de complicité dans le trafic de drogue. Le goût de cet homme pour l’illégalité est incurable !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lundi 18 mai 2026

L’OMS traite le départ de l’Argentine en plein scandale du hantavirus [Actu]

"Les rats quittent le navire", dit le gros titre
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L’OMS est réunie aujourd’hui en assemblée générale.

A l’ordre du jour de cette session, est inscrit le traitement de la sortie de l’Argentine de l’organisme. En effet, le retrait d’un État-membre n’est prévu dans les statuts de l’OMS que pour les États-Unis qui n’avaient adhéré en 1948 qu’à la condition de pouvoir s’en retirer à tout moment, puisque ce pays toujours eu en horreur les contraintes du multilatéralisme, organismes comme traités internationaux, les autres États-membres, dont l’Argentine de Perón, comprenant parfaitement à cette époque l’utilité d’une telle coopération internationale.

Le retrait de l’Argentine apparaît d’autant plus scandaleux que le monde est suspendu à un risque certes très mesuré mais toutefois bien réel d’une épidémie d’une pathologie pulmonaire virale transmise par des rongeurs qui vivent en Argentine, dans le sud du pays, un agent infectieux dont il existe, en Argentine, des spécialistes en médecine et en biologie, spécialistes reconnus et que Javier Milei a rendus impuissants à faire progresser la connaissance du virus en question puisqu’il les a privés de budget de manière parfaitement consciente et cynique.

Ce retrait de l’OMS correspond à une imitation servile de Milei à l’égard de Trump et à leur mépris partagé pour les sciences et pour la santé publique. L’assemblée générale de l’OMS doit aujourd’hui accepter ce départ pour que celui-ci soit effectif. La déclaration unilatérale de Milei ne suffit pas (malgré ses rêves obscènes, il n’est pas Donald Trump).

La Une de samedi dernier
Sans autre commentaire
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L’OMS a pour objectif d’imaginer et de coordonner entre tous ces membres, soit presque l’ensemble de la planète, des stratégies de santé publique, notamment en cas de pathologies contagieuses, avant qu’elles ne donnent lieu à une épidémie ou après que l’épidémie soit déclarée.

Samedi, Página/12 faisait sa Une sur la réduction draconienne des budgets des programmes de santé notamment dans le domaine du cancer, d’accès aux médicaments de première nécessité, des maladies sexuellement transmissibles et des maladies chroniques. Le secteur de la santé s’apprête à son tour à manifester dans les rues après l’ensemble des universités et de la recherche.

© Denise Anne Clavilier


Pour en savoir plus :

lire l’article de Página/12 qui, hier, en a fait sa Une
lire l’article de Página/12 sur la mobilisation des professionnels de la santé

Chasse aux rongeurs dans la garrigue andine de Tierra del Fuego
(photo La Nación)

Ajouts du 20 mai 2026 :

Malgré les coupes budgétaires et le mépris gouvernemental pour toute recherche, médicale ou autre, l’institut national d’étude des infections contagieuses, el Malbrán, est en Patagonie, avec une équipe de biologistes en tenue de haute protection. Dans le bosquet d’altitude de Tierra del Fuego, ils piègent des rongeurs porteurs de l’hantavirus et analysent le phénomène sanitaire dans un laboratoire de campagne installé sous une tente, alors que l’hiver est déjà mordant dans le grand sud argentin.
A ce propos, lire l’article de La Nación
lire l’article de La Prensa du 18 mai

Retour au camp de base pour les analyses biologiques
(photo La Nación)
Et vive la recherche !

Atteintes sournoises au droit à l’avortement [Actu]

"Droits tordus", dit le gros titre
avec le même calembour qu'en français
(droit, c'est un antonyme de tordu)
La photo représente une foule de femmes
brandissant le foulard vert du droit à l'avortement
Le foulard central porte l'inscription : "pas un seul pas en arrière"
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En Argentine, on voit apparaître des manœuvres sournoises destinées à limiter le droit à l’avortement qui est devenu légal il y a plusieurs années, sans aucune condition. Toute femme qui estime avoir besoin de cette intervention y a droit.

Or on vient de voir que, par l’intermédiaire d’une officine d’extrême-droite, les données de santé d’une femme ont fuité dans le domaine public depuis son dossier dans sa mutuelle de santé, laquelle traitait le financement de son recours à une pilule abortive.

La patiente concernée a porté plainte devant la justice de Buenos Aires où elle vit.

Les organisations féministes sont en alerte maximale car cet incident semble bien être la pointe émergée d’un iceberg encore peu visible. Les droites, néolibérale, réactionnaire et libertarienne, ne cachent en effet plus leur volonté de revenir sur ce droit des femmes et sur l’ensemble des droits qu’elles ont acquis depuis la fin de la dictature militaire, ces plus de quarante ans de démocratie auxquels Javier Milei brûle de désir de mettre fin.

Seul Página/12, le quotidien de la gauche gouvernementale, évoque l’affaire parmi les quotidiens d’envergure nationale, comme d’habitude.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 qui a mis l’affaire à sa Une du jour.

vendredi 15 mai 2026

Vandalisme judiciaire au cœur de Buenos Aires [Actu]

Le projet remis sur les rails
En blanc, au centre, le temple
En gris, à gauche, l'immeuble
En rouge, à gauche, le toit de Santa Catalina
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Un tribunal administratif de Buenos Aires vient de faire droit aux mormons qui veulent édifier sur une friche urbaine qu’ils ont achetée, en plein cœur de Buenos Aires, un gigantesque temple au détriment du cadre d’un des rares témoins de l’histoire pré-indépendance, qui est aussi l’un des vestiges exceptionnels de l’architecture coloniale : l’ensemble monastique Santa Catalina, premier monastère féminin institué à Buenos Aires au tout début du 18e siècle. Pour que les sœurs puissent vivre tranquillement et s’adonner sereinement à la contemplation qui était leur vocation, ce tout premier monastère féminin avait été installé à dessein tout au nord de la ville, hors du bâti urbain qui l’a depuis largement rattrapé et dépassé.

La jolie petite église baroque, à la façade blanche, est devenue une paroisse et les bâtiments monacaux, avec le cloître et son très paisible et très joli jardin, ont été transformés en centre pastoral diocésain. Il y règne une paix extraordinaire au milieu de toute l’agitation de la mégapole. On y entend à peine le bruit de la ville.

La Prensa s'indigne en Une
L'éditorial est annoncé en bas à gauche,
dans un cadre violet
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Le centre Santa Catalina est pourtant situé à proximité immédiate d’une très grande galerie marchande qui s’élève sur trois étages, une architecture exceptionnellement belle et un lieu très fréquenté par les Portègnes et par les touristes, installé dans ce qui fut le bâtiment de fondation du Museo Nacional de Bellas Artes à la fin du 19e siècle : les Galerías Pacífico.

Aussitôt connu le projet mégalomane de la secte états-unienne, qui ne compte qu’un très petit nombre d’adeptes en Argentine, les riverains ont tenté de faire valoir l’importance patrimoniale et historique du lieu et ont réclamé qu’on en préserve les caractéristiques urbanistique et le calme. Sur la friche, ils proposaient de créer un espace vert, ce dont le centre de Buenos Aires a le plus grand besoin pour affronter le réchauffement climatique dont les effets locaux s’aggravent d’année en année. En première instance, l’année dernière, ils ont gagné. Le projet pharaonique de l’Église de Jésus Christ des Saints des Derniers Jours a été paralysé mais les mormons ont invoqué leur liberté religieuse dont la décision de première instance aurait, selon eux, constitué une violation et en appel, ils viennent d’emporter la décision du tribunal. Or c’est l’un des très grands problèmes de l’Argentine qu’elle ne sait pas transmettre sa mémoire ni enseigner son histoire ni protéger son patrimoine culturel comme naturel, et encore moins sous la présidence actuelle puisque Javier Milei ne comprend même pas le concept. Or sans racines, un peuple ne peut pas construire son avenir.

Le projet urbanistique de la secte rappelle la folie des grandeurs d’un Donald Trump occupé à transformer la Maison Blanche en palais façon Disneyland, le très mauvais goût et l’inculture crasse de Mar-a-Lago en prime. Les mormons entendent construire deux gratte-ciels côte à côte, le plus petit serait leur temple et l’autre une sorte de Trump Tower à leur sauce.

Horrifiés et ensemble, les quatre journaux nationaux s’en offusquent ce matin…

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :


Ajout du 18 mai 2026 ;
lire l’article de La Nación sur le détail des plans nouvellement révélés

Ajout du 19 mai 2026 :
lire l’article de La Nación sur la fermeture temporaire de l’église Santa Catalina parce que les travaux ordonnés par la Ville dans la rue limitrophe ont occasionné des dégâts sur la structure bicentenaire de ce monument historique. On imagine ce que cela sera avec les travaux gigantesques prévus par les mormons dans le plus proche avenir. Le curé de la paroisse a fait visiter l’intérieur de l’église et a fait constater les dégâts (l’article les montre à travers des photos très parlantes).

Ajout du 20 mai 2026 :
La Nación a mis l'affaire à la Une de son édition de ce matin !

La photo principale montre une vue aérienne
du site tel qu'il se présente actuellement
En haut, avec le toit en tuile rouges, le monument historique
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Hommage à Charly au-dessus de Zivals [Actu]

Photo agence Más Prensa
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La grande librairie-disquaire de Buenos Aires, Zivals, située au point stratégique qu’est l’intersection des avenues Corrientes et Callao, en plein cœur géographique de Buenos Aires, vient de dévoiler sur sa terrasse une gigantesque et magnifique œuvre murale en hommage au rockeur Charly García, qu’on appelle Charly tout court en Argentine, comme en France on dit « Johnny »…

Martín Ron posant devant l'œuvre encore
en cours de réalisation (photo Más Prensa)
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On doit cette œuvre à un artiste très reconnu, Martín Ron, à qui Buenos Aires a déjà confié des hommages muraux au Pape François et à Diego Maradona entre autres.

Zivals : l'intérieur de la librairie
Excellents souvenirs de longues heures passées dans ces rayons !

Le mural est toutefois en danger à assez brève échéance. En effet, la municipalité de Buenos Aires projette de creuser une nouvelle ligne de métro (ce qui ne serait pas un luxe pour une ville aussi étendue). Pour ce faire, elle va sans doute exproprier puis détruire la plupart des bâtiments qui se trouvent actuellement le long des avenues dans tout ce coin-là. Zivals pourrait bien tout simplement disparaître !

Photo Rodrigo Néspolo
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Sous avenida Corrientes, circule déjà une ligne de métro qui va d’est en ouest. La nouvelle ligne, de nord à sud, la couperait à angle droit ou presque. Il faudra donc qu’elle passe en-dessous ou au-dessus (en métro aérien) et pour ce faire, on ne peut pas éviter de tout démolir sur ce carrefour historique de la culture dans la capitale argentine...

Clarín a mis l'info en Une : tout en haut, à droite
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© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Clarín sur le mural
lire l’article de La Nación sur les travaux projetés et les immeubles probablement condamnés à disparaître.

Nouvelles condamnations pour des criminels de la dictature militaire [Actu]

A l'audience hier, des parents de disparus brandissent les portraits des leurs


Hier, à La Plata, un tribunal a condamné treize criminels de la dernière dictature militaire, celle de 1976-1983, pour des faits de séquestre, tortures et assassinats dans trois centres de répression clandestins qui dépendaient d’un régiment d’infanterie commandé alors par le père de l’actuel ministre de la Défense, le colonel Roque Presti, père de Carlos Presti.

Onze des accusés ont été condamnés à la prison à perpétuité, un à 25 ans et le dernier à 18 ans, ce qui à leur âge correspond plus ou moins au même. Parmi les condamnés à perpétuité se trouve un ancien ministre de la Province de Buenos Aires.

Les faits incriminés remontent aux premiers mois de la dictature.

Les condamnés étaient alors les uns militaires, les autres policiers. L’un d’entre eux était un civil qui militait dans un groupe d’extrême-droite prétendument étudiant.

L’un des condamnés à perpétuité se trouve être l’un des sept co-auteurs d’un bouquin intitulé La Nación Dividida : Argentina después de la violencia de los 70 (la nation divisée : l’Argentine après la violence des années 1970), sorti en 2019. Parmi les auteurs, on trouve l’actuelle vice-présidente, Victoria Villaruel, elle-même fille d’un officier qui s’est compromis dans la répression politique sous la dictature et à ce titre, elle milite depuis longtemps et encore aujourd’hui pour une amnistie générale et une remise en liberté inconditionnelle pour tous les condamnés pour crimes contre l’humanité commis sous le régime putschiste. La violence des années 1970 que dénonce le livre désigne les activités, parfois violentes mais pas toujours, de l’opposition politique, idéologiquement très variée et dominée numériquement par le péronisme, lui-même éclaté en plusieurs courants parfois incompatibles entre eux, opposition aux gouvernements anticonstitutionnels qui se sont succédé tout au long de la décennie.

La fin de ce procès en mai 2026 montre qu’une partie de la magistrature argentine reste fidèle aux principes démocratiques malgré les pressions hostiles exercées par les libertariens de Javier Milei et les réactionnaires pro-dictature de Villaruel.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12, le seul consacré à cette affaire dans les journaux d’envergure nationale ce matin.