samedi 19 janvier 2019

Grand circuit culturel en Argentine avec Odeia et... moi [ABT]

Jeudi dernier, lors d’une longue et chaleureuse après-midi de présentation aux clients et prospects dans une très belle et très vaste crypte de l’église Saint Ferdinand, à Paris, l’agence de voyage Odeia (Paris, 17e) a publié sa proposition 2019 d’un grand circuit en Argentine que j’aurai l’honneur d’accompagner, du 7 au 24 novembre prochain, et que j’ai enrichi pour en faire un parcours original, conforme à l’esprit de l’agence.

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Jusqu’au mois de juin, j’aurai l’occasion de vous en présenter les différentes facettes, l’une après l’autre : histoire, gastronomie, beaux-arts, musique, merveilles de la nature.

Au programme de ce périple de 18 jours, au départ de Paris (Roissy Charles de Gaulle / vol direct Air France) :
  • trois jours non consécutifs à Buenos Aires, le premier consacré à la découverte de l’histoire nationale, avec ces deux géants que furent les généraux José de San Martín (1778-1850) et Manuel Belgrano (1770-1820), tous deux pères de la patrie, le second aux beaux-arts avec la visite de trois musées (1) et le dernier au tango, dont la diversité des dimensions structure la culture de cette mégalopole trois fois plus grande que Paris ;
  • trois jours dans la province de Misiones au nord-est du pays, avec la visite de deux sites inscrits au patrimoine de l’Unesco -les inévitables chutes d’eau d’Iguazú et les ruines de la mission jésuite San Ignacio Miní-, un petit bout de chemin sur la Ruta de la Yerba Mate (RYM) avec un arrêt dans une plantation pour y découvrir les secrets de cette infusion nationale qui allie la tradition guaranie et l’acculturation de la Compagnie de Jésus, et, enfin, une soirée autour du chamamé, la musique locale qui constitue le vecteur culturel de toute la région, en Argentine et au-delà (Uruguay, sud du Brésil et Paraguay) ;
  • cinq jours dans le Nord-Ouest et plus précisément dans les provinces de Salta et de Jujuy, à la découverte des beautés naturelles des Andes, dont ce Mont des Sept Couleurs, un site inscrit lui aussi au patrimoine de l’Humanité et actuellement au centre d’une guerre picrocholine (2), de l’architecture ancienne (superbe basilique San Francisco de Salta, par exemple), des vestiges d’une citadelle inca, du vin d’altitude, de la musique locale (la chacarera, en tout premier lieu, avec son instrument emblématique, le charango) et des faits historiques qui ont marqué la région : la conquête espagnole qui est venue du Pérou au 16e siècle, apportant avec elle le baroque européen qui s’est très vite mêlé à la culture précolombienne, et cet épisode de la guerre d’indépendance que l’histoire a surnommé la Guerra Gaucha, à la tête de laquelle se trouvait Miguel Martín Güemes (1785-1821), le gouverneur révolutionnaire de Salta ;
  • et enfin trois jours en Patagonie, dans les provinces de Tierra del Fuego, dont la capitale est Ushuaía, et de Santa Cruz, où se trouve le Lago Argentino et ses glaciers, dont le formidable Perito Moreno, un ensemble qui constitue la plus grande étendue d’eau douce du monde, avec son musée de glaciologie ultramoderne. La spécialité culinaire de cette région, très récemment annexée à la République argentine (3), est l’agneau de Patagonie. Les Argentins disent qu’il est supérieur à celui de nos prés-salés… On goûtera et on verra bien si la comparaison se soutient !

A tout cela s’ajoute des journées de voyage aérien d’une région à l’autre, que je n’ai pas incluses dans les paragraphes précédents.

Sur place, nous serons logés dans des hôtels haut de gamme (de toute façon, il n’y a pas d’autres standards d’hôtellerie acceptables en Argentine) et nous serons accompagnés, à chaque étape, par un guide local qui me complétera. C’est du grand luxe ! D’autres guides prendront le relais dans les parcs naturels nationaux où les visites doivent obligatoirement être accompagnées par un membre du personnel, préservation de la nature oblige.

Odeia (filiale de Wagran Voyages) reçoit dès à présent les inscriptions, par courrier ou en ligne (www.odeia.fr). Le groupe devra se composer d’au moins 15 personnes et restera, quoi qu’il en soit, de taille raisonnable (20 personnes environ). Sinon, ce n’est plus un groupe, c’est un troupeau et on ne savoure ni ne retient rien...



(1) En Argentine, les musées sont beaucoup plus modestes en taille que nos grands musées européens, de type Louvre, National Gallery, Prado, Offices, Ermitage ou Rijksmuseum. Les musées argentins sont tous des musées spécialisés. Ce n’est donc pas une prouesse que d’en parcourir trois dans une seule journée. Qui plus est, ils exposent des grands artistes nationaux dont nous ne possédons pas d’œuvres.
(2) Voir mes articles du 27 décembre 2018 et du 16 janvier 2019.
(3) Longtemps ignorée et presque inexplorée, la Patagonie a été rattachée à la République argentine dans les années 1860, grâce à une expédition militaire sans scrupule qui a mis en œuvre un véritable génocide contre le peuple mapuche. La politique de peuplement est venue au bout de nombreuses années. L’un de ses vecteurs a été le terrible bagne de Ushuaía (1901-1947), dont il ne reste plus que le pénitencier en étoile, aujourd’hui transformé en musée historique et maritime. L’autre a été l’exploitation pétrolifère , qui n’est pas la plus équitable des activités économiques. La Patagonie a connu encore d’autres malheurs qui l’ont marquée au fer rouge : la répression sanglante des ouvriers anarchistes de Santa Cruz en 1920 et 1921 (peu après cette Semaine Tragique dont, il y a peu, on célébrait le centenaire – voir mon article du 7 janvier), puis le nid de criminels hitlériens qui s’est formé à San Carlos de Bariloche, dans une autre province, et qui s’est dispersé lorsque les chasseurs de nazis sont allés les débusquer au milieu de leurs chalets bavaro-alpins planqués dans les Andes, et enfin le massacre des prisonniers politiques de Trelew, en 1972, quelques années avant le sinistre coup d’État de Rafael Videla, en mars 1976. Cette Patagonie au passé traumatique n’a donc pas encore de musique emblématique. Qui plus est, elle est la moins peuplée de toutes les régions d’Argentine.

Un disque pour rendre hommage à Héctor Negro [Disques & Livres]


Le chanteur et producteur Carlos Varela sort actuellement, en plein été, un disque d’hommage à son ami, le poète Héctor Negro, que j’ai eu la chance de connaître (1) et qui nous a quittés en 2015. Le disque s'intitule No te entregues nunca (ne te rends jamais), titre de la première piste.

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Les pistes 3, 5 et 12 correspondent à des textes que j'ai traduits dans Deux cents ans après
La piste 8 correspond à un texte que j'ai inclus dans Barrio de Tango (Ed. du Jasmin)

Carlos Varela a repris d’anciens enregistrements pour composer un album qui reflète l’œuvre poétique et militante de Negro, un adversaire résolu de tout ce que l’Argentine a connu de régimes despotiques et de répressions politiques et qui a toujours refusé de s’exiler. Le poète lui-même y dit l’un de ses poèmes.

La présentation intérieure se fait sur une photo de Héctor Negro en filigrane
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Página/12, qui ne peut qu’apprécier cette initiative par ces temps de crise douloureuse pour l’Argentine, a publié hier une longue interview de Carlos Varela qui y parle surtout de Héctor Negro.

Copie de l'article de Página/12 que
Carlos Varela a publiée sur son profil Facebook
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(1) Il avait eu la gentillesse de venir à l’Alliance Française de Buenos Aires, le 17 août 2011, présenter avec moi ma seconde anthologie bilingue, Deux cents ans après, le Bicentenaire de l’Argentine à travers le patrimoine littéraire du tango, publiée chez Tarabuste Editions en 2010. J’y ai traduit une dizaine de ses textes dont plusieurs se retrouvent dans le disque de Carlos Varela. Mes plus anciens lecteurs se souviennent aussi de ses sonnets de Nouvel An qu’il envoyait à ses amis et correspondants et que je vous traduisais. Ils nous manquent !

María Volonté chez Jacqueline ce soir [à l’affiche]


La chanteuse María Volonté et l’harmoniciste Kevin Carrel Footer seront ce soir, samedi 19 janvier 2019, à 21h30, chez Jacqueline Sigaut, à Palermo, pour une soirée de musique authentique et de talent.

Comme d’habitude, il faut s’inscrire par mail pour y être accueilli. Tout se passe dans un domicile privé… Consultez le visuel numérique ci-dessus.

vendredi 18 janvier 2019

Exposition temporaire au Museo Casa Carlos Gardel [à l’affiche]


Pour cet été, le Museo Casa Carlos Gardel propose une exposition temporaire consacrée à la relation de Gardel avec les sports.

L’artiste était un grand fan de football et de courses hippiques. C’est d’ailleurs en lisant un journal qu’il achetait surtout pour ses pronostics de turf qu’il découvrit le premier poète de tango qu’il distingua : Celedonio Esteban Flores... Gardel était lui-même propriétaire de chevaux et son amitié avec le jockey uruguayen Ireneo Leguisamo est devenue légendaire. Carlos Gardel a même fait composer un tango pour honorer son ami, alors une grande vedette des champs de course : Leguisamo solo, qu’il a enregistré en 1927.

L’un de ses chevaux, monté par Leguisamo, Lunático, a lui aussi gagné l’immortalité grâce au talent de son propriétaire.

Carlos Gardel et Ireneo Leguisamo sur le champ de course

Le football a lui aussi eu droit aux honneurs de la musique, comme par exemple, l’année suivante, avec Patadura (Patte raide), portrait d’un joueur qui rate toutes ses balles et qu’un supporter insulte depuis les gradins (1).

Hélas, le Museo Casa Carlos Gardel a été massacré il y a deux ans par un réaménagement qui a transformé ce qui était une maison viable en un lieu sans âme, purement fonctionnel, qui se contente de donner à écouter la voix d’or, qu’on peut trouver facilement sur le Web, grâce à Todo Tango, par exemple (cliquez sur les deux titres de tango pour les écouter sur ce site encyclopédique argentin). Pas la peine pour nous de faire 11.000 km en avion et de payer 50 pesos (2) pour visiter ce machin super-moche (il n'y a qu'à regarder la photo pour s'en rendre compte ! Vous vivriez, vous, dans un tel décor ?)

Página/12 a toutefois publié ce matin un article sur cette exposition (c’est l’été, il y a moins à se mettre sous la dent). Lisons-le !



(1) J'ai moi-même traduit plusieurs tangos sur ce thème, dont certains choisis dans le répertoire créé par Gardel, dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, Editions du Jasmin.
(2) Sauf le mercredi, où le ministère local de la culture a maintenu la gratuité de l'entrée.

mercredi 16 janvier 2019

Un prêté pour un rendu à la une de La Prensa [ici]

"Ne pleure pas sur moi, Royaume-Uni", déclare le gros titre
Cela vous dit bien quelque chose, non ?
"Don't cry to me Argentina".
Quelque chose dans le genre...
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Pour une fois, c’est La Prensa qui fait de l’humour (noir) sur sa une : en mettant en vedette le revers subi par Theresa May hier soir à Westminster, le quotidien de la droite catholique paraphrase, de façon cinglante, le célèbre refrain de la comédie musicale Evita ! Une comédie musicale anglo-saxonne dont les Argentins ne raffolent pas vraiment : l’histoire qu’elle rapporte n’a pas grand-chose à voir avec la réalité historique qu’ils ont vécu, qu’ils soient péronistes ou gorilas (anti-péronistes).

Vous ajoutez les Malouines à tout ça et vous avez un cocktail passablement empoisonné. Donc que Theresa May se prenne une grosse défaite devant son Parlement, les Argentins, ça les fait plutôt sourire...

Cette une est d’autant plus violente que La Prensa n’est pas fan de Eva Perón, révolutionnaire de gauche et féministe, qui n’est pas tout à fait sa tasse de thé conservatrice, pour ne pas dire réactionnaire.

"C’est çui qui le dit qui y est, tra na na nère !" [Actu]

"L'inflation, c'est la démonstration de son incapacité à gouverner"
Mauricio Macri, 16 mai 2014

L’inflation a tenu ses promesses : pour l’année 2018, elle est de 47,6 % en moyenne, alors que les observateurs s’attendaient à un taux aux environs de 50 %.

C’est un rapport de l’INDEC (institut national des statistiques) qui le dit.

Tous les quotidiens nationaux s’en font l’écho aujourd’hui, comme on peut l’imaginer, et avec une cruauté cinglante, Página/12 en fait sa une en rappelant une phrase de Mauricio Macri pendant la campagne électorale qui lui a permis d’emménager à la Casa Rosada, il y a trois ans.

Notons juste que les gouvernants de gauche qu’il accusait ainsi d’incompétence parvenaient à juguler l’inflation dans des limites situées entre 22 et 25 % l’an… En janvier de l’année dernière, les ministres argentins annonçaient triomphalement qu’ils se fixaient comme objectif une inflation à 10 % à la fin de l’année, avec une marge de plus ou moins 2 points.

Une de ce jour
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Le taux actuel est le plus élevé depuis 1991. Même lors de la crise de 2001, l’Argentine n’avait pas souffert à ce point ! Personne n’attend que cette inflation record pour le pays ne baisse rapidement. Le président abordera donc la campagne pour sa réélection avec ce handicap.

Pour en savoir plus :
lire l’article de Ambito, le quotidien économique et financier

La justice de Jujuy protège le Mont des Sept Couleurs [Actu]


Après le scandale provoqué en décembre par l’interdiction d’accéder au Cerro de los Siete Colores de la part d’un particulier, en l’occurrence le chanteur Memo Vilte, voilà que la justice provinciale de Jujuy intervient et questionne l’existence d’une vente de ce site inaliénable, puisqu’il est inscrit au Patrimoine de l’Unesco.

Le juge a interdit à l’artiste qui se dit propriétaire de l’endroit d’y faire quelque construction que ce soit. Memo Vilte avait annoncé qu’il souhaitait bâtir un amphithéâtre à ciel ouvert.

Ce sont les riverains de ce lieu emblématique de la région de Purmamarca qui ont porté l’affaire devant les tribunaux.

Les riverains continuent la lutte. Ils ne se tiennent pas pour satisfaits, ce qu'ils veulent, c'est que le juge interdise définitivement toute espèce d'artificialisation de ce magnifique site naturel, qui figure dans tous les catalogues des voyagistes du monde entier.

Pour en savoir plus :
lire l’article de Página/12, dans son édition de dimanche dernier.

vendredi 11 janvier 2019

Du 11 au 20 janvier, Corrientes fête le Chamamé [à l’affiche]

Cette année, Corrientes a choisi de mettre en vedette le nouveau parc national de la Province
la magnifique Laguna Iberá qui occupe le tiers de son territoire
L'affiche participe aussi à la candidature du genre au patrimoine de l'UNESCO

L’été, c’est la saison des festivals et Corrientes, dans le nord-est du pays, dit aussi El Litoral (1), est l’une des premières villes argentines à lancer la saison avec sa Fiesta Nacional del Chamamé y fiesta del Mercosur.

Programme de ce soir
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Le chamamé est en effet une musique qui unit l’Argentine, le sud du Brésil, le nord de l’Uruguay et le Paraguay autour de l’accordéon, de la guitare et du maté. Une musique, une danse, une poésie, bref une culture complète et complexe… Le programme de ce soir est alléchant et typique : bénédiction pour commencer et hommage aux artistes disparus au cours de l’année 2018…

La page Facebook du festival donne le programme de chaque jour. D’ordinaire, les concerts du soir sont retransmis par Radio Nacional, à condition que l’antenne soit en mesure de travailler, maintenant qu’un nouveau directeur exécutif a été nommé par le gouvernement. Traditionnellement aussi, les concerts sont retransmis par TV Pública.

Pour aller plus loin :
vous connecter au festival à travers sa page Facebook.



(1) On désigne ainsi cette région parce qu’elle est limitée par deux rivières majeures, le Río Uruguay à l’est, qui sert de frontière avec la République Orientale de l’Uruguay, et le Paraná, à l’ouest, qui remonte vers le Paraguay. On l’appelle aussi la Mésopotamie argentine. C’est la terre par excellence de la forêt subtropicale et des plantations de yerba mate. En Province de Corrientes, on trouve aussi beaucoup de culture d’agrumes, en particulier la bigarade, la fameuse orange amère font l’écorce peut parfumer la yerba. Enfin, Corrientes, vous le savez depuis mon article d’hier, c’est aussi la patrie du Gauchito Gil (et vous le savez depuis encore plus longtemps, c’est la province qui a vu naître San Martín, dont vous parle mon autre article).

Une critique de mon travail sur San Martín qui me coupe le souffle [ici]

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Un grand merci à Madame Evlyne Leraut qui, le 21 décembre 2018, a publié sur Babelio cette critique élogieuse de ma biographie San Martín, à rebours des conquistadors, que j’ai publiée aux Editions du Jasmin et qui est toujours disponible dans toutes les bonnes librairies francophones européennes (1).

Copie d'écran.
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Pour consulter l’article en ligne, cliquez sur ce lien.
La même critique a été mise en ligne sur le site Onlalu.com.



(1) Comme les libraires ne peuvent pas avoir tout en rayons ni en réserve, pensez à le commander ! Ce sera plus facile. L’éditeur enverra le livre au libraire en quelques jours. Et cela fera vivre les librairies de nos villes.

L’été à Palermo chez Jacqueline Sigaut [à l’affiche]


Après la pause des fêtes, Jacqueline Sigaut rouvre sa porte pour une nouvelle série de concerts du samedi soir.

Ce samedi 12 janvier 2019, à 21h30, Jacqueline a invité le chanteur et compositeur Hernán Genovese pour un récital intime, où il chantera plusieurs chansons qu’il a écrites et puisera pas mal dans le répertoire de Carlos Gardel, dont il est l’un des excellents interprètes masculins actuels, avec une belle voix de baryton-basse…

Hernán Genovese est sur Facebook.

jeudi 10 janvier 2019

Grande affluence au sanctuaire du Gauchito Gil [Coutumes]

Photo Ville de Mercedes

Mardi dernier, la ville de Mercedes, dans la province de Corrientes, célébrait un nouvel anniversaire de la mort du Gauchito Gil avec l’inauguration d’une statue géante de ce saint populaire et non officiel. Une statue qui ne plaît pas à tout le monde. Elle peut nous paraître kitsch. Elle est en fait assez typique de la dévotion populaire sud-américaine, très chargée en couleurs et de forme très simple. Haute de 9 mètres, donc pas vraiment discrète, elle représente le Gaucho, dans ses vêtements traditionnels, où le rouge se voit à mille lieues à la ronde, et sa croix, qui rappelle celle qui fut posée sur sa tombe, après son exécution extrajudiciaire, il y a 141 ans.

La messe du 8 janvier à la paroisse de Mercedes
avec toutes les statues que les fidèles ont apportées pour qu'elles soient bénies
On voit que l'assemblée est très populaire
(regardez les tenues et la fréquence du surpoids)
Photo Ville de Mercedes

Qui fut le Gauchito Gil ? Une sorte de Robin des Bois argentin, un journalier rural qui, en pleine guerre civile entre fédéraux et unitaires, rejoignit une bande de hors-la-loi qui volait les riches pour redistribuer aux pauvres, sous la forme de protection apportée aux fugitifs, de soutien matériel aux persécutés. La bande aurait pris part à la guerre civile dans le camp des fédéraux, que la bonne société des possédants unitaires assimilait tous à des bandits. Au moins, ce n’était pas l’analyse politique qui lui donnait la migraine !

Le Gauchito Gil à côté d'une Vierge couronné et de San Cayetano
(chez nous saint Gaëtan : le prêtre avec un bébé dans les bras)
le saint du pain et du travail, autre grande figure de la piété populaire,
honoré le 7 août
Photo Ville de Mercedes

Dans ce qui n’était pas encore Mercedes, le hameau de Pai Ubre où il serait né, Antonio Mamerto Gil Núñez (circa 1840- 8 janvier 1878) fut arrêté pour désertion (il aurait désobéi alors qu’il était mobilisé, contre son gré comme la plupart des combattants de ce conflit, lors de la Guerre de la Triple Alliance, qui opposa, de 1864 à 1870, l’Argentine au Paraguay, pour la possession de la province de Chaco). Les policiers, qui devaient l’escorter jusqu’à la ville de Goya pour qu’il y soit jugé, décidèrent de l’exécuter en route. Il fut pendu par les pieds à un caroubier sur le bord du chemin et égorgé avec son propre couteau, grâce aux mœurs très douces des forces de l’ordre de l’époque (1). Des villageois vinrent décrocher son corps et l’enterrèrent pieusement dans le cimetière local, en mettant une croix sur sa tombe.

Le tumulus à l'extérieur de l'agglomération
Photo Ville de Mercedes

La légende veut qu’il ait supplié son bourreau de ne pas le tuer en lui prédisant qu’il allait recevoir une lettre qui prouverait son innocence et devant la résolution implacable du policier, il lui annonça qu’à son retour dans ses foyers, il trouverait son fils malade et sur le point de mourir, qu’il n’aurait plus alors que prier, en l’invoquant lui qui serait au Ciel (2), pour que son fils soit sauvé. Et c’est ce qu’il se passa. Depuis, les fidèles témoignent que de nombreux miracles et guérisons mystérieuses ont lieu sur sa tombe, dans le cimetière de Mercedes, et ailleurs, lorsqu’ils l’invoquent, comme on le fait traditionnellement avec un saint canonique.

Les valeurs de pardon et de grâce divine étant au cœur de cette croyance marginale, peu compatible avec l’ordre rigoureux de l’Église catholique d’aujourd’hui (3), celle-ci accompagne le pèlerinage en organisant des messes et des bénédictions dans l’église paroissiale et au cimetière.

Une de El Litoral, le 8 janvier
Le secteur du tumulus était déjà complètement engorgé sous un ciel qui menaçait
(photo centrale)
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Des petits sanctuaires du Gauchito Gil, très reconnaissables à leur armée de foulards rouges flottant au vent, jalonnent toutes les routes rurales du pays. Ce culte a même gagné les alentours de Barcelone en Espagne. On y lit des tas d’ex-votos très impressionnants avec des remerciements pour les grâces reçues.
En 1872, le journaliste et poète José Hernández (1834-1886), qui avait vécu à Corrientes, publia une grande épopée en sixains d’octosyllabes, El gaucho Martín Fierro, dont l’histoire est assez proche de celle que raconte la légende du Gauchito Gil, une légende qui, mis à part les événements miraculeux posthumes, correspond à une réalité sociale et politique souvent attestée dans cette deuxième partie du dix-neuvième siècle.

Une de El Litoral d'hier
Au centre de la page, les images de l'orage qui a inondé la province
En manchette, en haut à gauche, le pèlerinage à cheval
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Le Gauchito Gil est devenu le saint patron des petits salariés ruraux, ultra-précaires, celui des gens qui s’estiment victimes d’injustices, qui sont humiliés à leur travail, dans leur vie civile, etc. Et bien entendu, ils sont plus nombreux en période de crise grave comme celle que traverse l’Argentine, surtout depuis juin.

A l’occasion de cette inauguration, on a vu arriver à Mercedes quelque 200.000 pèlerins. Une manne économique dont cette statue doit favoriser l’exploitation à fonds. Ce sanctuaire et ce culte populaires sont un atout touristique pour la petite ville et tout est bon pour gagner de l’argent : le parking, l’accès aux toilettes, l’accès au tumulus qui marque l’endroit de l’exécution, à huit kilomètres de l’agglomération, les bibelots de piété et autres amulettes et breloques…
Les marchands du Temple dans toute leur splendeur ! Mais c’est aussi authentiquement pittoresque. Et très sincère chez la grande majorité des pèlerins.

Pour aller plus loin :
consulter la page Facebook du village de Mercedes, qui a publié de nombreuses photos du 8 janvier dernier
consulter le site religieux du Gauchito Gil, où vous pouvez déposer des intentions, comme on le fait sur les sites Internet de tous les grands sanctuaires catholiques partout dans le monde. Bien évidemment, celui-ci n'a rien d'officiel.



(1) Cette explosion de violence pourrait indiquer que l’homme était effectivement un fédéral rebelle car c’est le genre de crime que provoquaient les passions politiques de cette guerre civile atroce qui commença en janvier 1820 et prit fin en 1880, au moment où, après la victoire sur le Paraguay, le camp fédéral reculait devant la puissante avancée des unitaires, qui étaient au pouvoir à Buenos Aires, capitale fédérale depuis 1853. La "République conservatrice" (1860-1880) qui bénéficiait d’un meilleur armement, acheté, avec les gros sous des gros propriétaires terriens, aux puissances européennes qui étaient leurs clients, finit par écraser définitivement les fédéraux dans la banlieue de Buenos Aires en juin 1880. Une version lénifiante de la légende veut que Antonio soit tombé amoureux de la fille d’un commissaire, qui lui refusa la main de sa fille, et que l’inimitié entre les policiers et le gaucho viendrait de cet incident de jeunesse. C’est un procédé assez fréquent en Argentine lorsque l’oligarchie en place a voulu détourner la dénonciation de ses abus de pouvoir qui se glisse dans la parole populaire, comme les contes ou les chansons, dans le folklore à la campagne et comme dans le tango en ville.
(2) Un élément de la légende qui se raccroche très certainement à la figure du Bon Larron qui meurt sur la croix à côté du Christ, qui lui dit, à lui le réprouvé, que demain il sera dans le Paradis avec lui.
(3) Mais assez semblable sans doute à ce que furent les débuts chaotiques et anarchiques du culte des saints avant que l’Église organise son droit canon et établissent des procédures rigides qui entourent depuis le bas Moyen-Age la canonisation et la vénération des bienheureux et des saints.

Nouvel hommage à Pierre Richard [Actu]

Pierre Richard, façon statue de la Vierge, au milieu d'un décor typiquement portègne !

Décidément, la tournée actuelle de Pierre Richard en Argentine plaît à Página/12 qui, ce dimanche, publiait dans Яadar une longue interview où notre Grand Blond avoue, à 84 ans, qu’il n’est pas prophète en son pays. En novembre dernier, il était l’un des invités d’honneur du Festival International de Cinéma de Mar del Plata. Et depuis, c’est le troisième article que Página/12 consacre à notre compatriote.

Pierre Richard reçoit en Argentine un accueil beaucoup plus chaleureux encore que chez nous.

Selon son habitude ludique, Página/12 a choisi d’intituler l’article en paraphrasant le premier verset de l’Ave Maria : Lleno eres de gracia (plein de grâce).

Les fans du comédien apprécieront !

Página/12 revient sur le scandale des centres de formation [Actu]

En gros titre : "Perdus dans la nuit"

En cette période de longues vacances scolaires, le journal de gauche Página/12 revient sur la fermeture, décidée par la municipalité ultra-libérale de Buenos Aires, de quatorze centres de formation professionnelle et de cours du soir de préparation au baccalauréat, pour des adultes sortis trop tôt du système scolaire.

En décembre, en annonçant cette mesure d’austérité, la ministre de l’Education de la Ville Autonome de Buenos Aires avait affirmée que les écoles qui restaient ouvertes étaient largement suffisantes pour accueillir le public concerné. Or c’est faux : les personnes intéressées ne trouvent déjà plus de places et les inscriptions sont closes en ce qui concerne la première année, pour la rentrée de mars prochain.

Un collectif d’étudiants, de professeurs et des syndicalistes de tous les secteurs (1), s’est forgé pour lutter contre cette décision unilatérale de la ministre, qui a évité le débat à la Legislatura de la Ville. Le collectif organise des bureaux d’inscription en plein air, dans la rue, dans divers secteurs de Buenos Aires, pour identifier tous ceux qui ne trouvent pas chaussure à leur pied. Le Défenseur du Peuple (médiateur) est prêt à intervenir dans cette affaire qui est le premier recul de l’instruction publique depuis le retour à la démocratie. Dans un pays dont les pères fondateurs, au temps de l'indépendance, ont presque tous eu pour obsession le développement de l'instruction publique !

Il y a à Buenos Aires intra-muros 400.000 personnes qui ont quitté l’école sans diplôme, le plus souvent lorsqu’ils ont atteint l’âge de la fin de l’obligation scolaire.

Dessin paru à la une de Página/12 ce matin
Les deux types au fond : Avec le chômage et la fermeture d’écoles,
la manière d’aborder les inconnus a changé.

Elle : Et toi ? Tu ne travailles pas ou tu n’est pas étudiant ?
Traduction © Denise Anne Clavilier

Pour en savoir plus :
lire l’article principal de Página/12, dont l’édition de ce matin consacre plusieurs papiers à la question.



(1) Ces formations diplômantes sont en effet soutenues par les syndicats, qui parfois aident matériellement et financièrement les étudiants s’ils doivent renoncer à une partie de leurs revenus pour libérer du temps pour l’étude.

lundi 7 janvier 2019

Il y a cent ans aujourd’hui commençait la Semana Trágica [Histoire]

Le début des troubles au début du reportage de Caras y Caretas
En haut, les lieux de la première fusillade policière contre les ouvriers rebelles
Au centre : les dégâts dans un salon de coiffure du voisinage et un mur
En bas : le médecin venu au secours des victimes
avec son secrétaire et les forces de police montée
Les obsèques des victimes, le lendemain, allaient mettre le feu aux poudres
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Il y a un siècle, dans ce qui est aujourd’hui plaza Martín Fierro, dans le quartier San Cristóbal, à Buenos Aires, éclatait une grève, que ses organisateurs déclaraient générale et qui allait se transformer du jour au lendemain, aux premiers morts, en émeute qui enflamme tout le sud de la ville, à quoi répondirent une nouvelle série de représailles d’une rare violence. La place recouvre le vaste périmètre où se dressaient les Ateliers Vasena, un complexe industriel de mécanique et de métallurgie fondée par un immigré italien, Pietro Vasena (1853-1916). Il y a quelques années, l’endroit a fait l’objet de fouilles archéologiques qui ont donné lieu à plusieurs articles scientifiques rassemblés dans un livre, en accès libre et gratuit en ligne. Un morceau du mur de l’usine principale tient encore debout, ultime témoin de la tragédie qui a pris naissance dans ce sud populaire de Buenos Aires.

Plaza Martín Fierro (Facebook)
Les vestiges de l'usine

En janvier 1919, la révolution bolchévique était toute récente et elle terrorisait les grands possédants et les bourgeois modestes partout dans le monde. Les rumeurs courraient que le tsar Nicolas II avait été tué mais on n’en savait pas plus. A Berlin, la marxiste Rosa Luxemburg et le social-démocrate Karl Liebknecht voyaient leur échapper une révolution prolétaire immature. Elle s’achèva par leur assassinat le 15 janvier et un bain de sang général qui fit office de fonts baptismaux à la malheureuse République de Weimar. Et voilà qu’à Buenos Aires, les trains s’arrêtent d’un seul coup, au lendemain de l’Epiphanie. Les journaux ne paraissent plus, les commerces cessent de lever le rideau, les services de voiture à chevaux ne fonctionnent plus et l’approvisionnement de la ville est interrompu. De plus, les femmes tiennent un rôle certain dans ce mouvement revendicatif et les enfants sont présents parmi les grévistes et les manifestants. Le gouvernement du président Hipólito Yrigoyen (1), pourtant de gauche et porté au pouvoir dans la liesse en 1916 par le vote populaire (2), fait donner la troupe et la police. Il préfère négocier avec le patronat qu’avec les ouvriers. La répression qui s’ensuivit causa de nombreux morts et blessés pendant toute la semaine.
D’un seul coup, Buenos Aires est transformée en ville assiégée, où le peuple érige des barricades dans les quartiers populaires (Constitución, San Cristóbal, La Boca, Barracas, etc.) tandis que la cavalerie, l’infanterie et l’artillerie de l’armée de terre protégent les institutions nationales, comme le Congrès et le palais du Gouvernement (Casa Rosada), et investissent la rue, les gares et le métro tout neuf (3), pendant que les troupes de marine transforment les deux ports de la ville en camps retranchés.

Caras y Caretas
Les incidents en marge de la "marche patriotique" de l'UCR
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Parmi les manifestants ouvriers, il y avait quelques communistes, peu nombreux, et beaucoup d’anarchistes. Certains d’entre eux étaient juifs, c’étaient des immigrants de date récente, originaires de l’ancien empire russe (4), arrivés en Argentine pour fuir les pogroms du vendredi soir dans leur pays natal. Or des groupes d’émeutiers s’en prirent, entre autres, à des institutions catholiques : une église fut incendiée, Jesús Sacramentado, ainsi qu’un orphelinat de filles, la Casa de Jesús, entièrement pillé et dévasté. La répression se traduisit très rapidement en débordements antisémites, d’origine patronale et radicale, qui donnèrent lieu à un progrom sanglant, le seul qui ait jamais eu lieu en Amérique du Sud.

Quotidien Le Temps (Paris), édition du 14 janvier 1919 (Gallica - BNF)
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Face aux ouvriers révoltés, l’UCR, parti au pouvoir, organisa une réponse dite patriotique, avec un impressionnant défilé en bon ordre, en costumes et canotiers, sur Avenida de Mayo, qui relie les deux centres du pouvoir, la Casa Rosada et le Congrès. Les photos ne sont pas sans nous rappeler la manifestation en faveur du général De Gaulle à la fin des événements de mai 1968.

Le Figaro, du 14 janvier 1919 (Gallica-BNF)
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La ville connut aussi tous les désagréments collatéraux : grève des éboueurs, montagnes d’immondices dans les rues, voitures de tramway renversées et détruites, abandonnées sur la voie publique, vitrines démolies, milliers de litres de lait renversés sur la chaussée. Le tout en plein été, avec les odeurs nauséabondes que provoquait ce soleil qui dardait sans pitié ses rayons sur ce champ de bataille urbain.

Le vieil ombú de Plaza Martín Fierro (Facebook)
Un peu de paix sur des lieux qui perdent la mémoire...

C’est l’hebdomadaire Caras y Caretas qui, pour décrire les faits qui venaient de ravager la capitale argentine trouva, dans son édition du 18 janvier 1919, ce nom de Semana Trágica que l’histoire a retenu pour désigner ces événements. Le magazine illustré ne consacra pas moins de 29 pages à cette sanglante actualité.
Des pages très instructives et émouvantes : beaucoup de photos et quelques dessins montrent un cœur historique de Buenos Aires qui n’a pas beaucoup changé, en particulier les rues de Monserrat (Belgrano, Mitre, Chacabuco, Perú, Saénz Peña, Piedras, etc.) alors que les quartiers industriels ont complètement disparus. Ils montrent aussi des classes sociales aux tenues très discriminantes : le peuple, de tout niveau social, qui a pour expression culturelle le tango naissant.

Dans les éditions papier de ce matin, la presse rappelle ces événements douloureux.

Pour en savoir plus :
lire l’article de Ambito, le quotidien financier national.
Bien entendu, la presse militant de gauche en parle beaucoup plus encore mais, là, il y en a trop !



(1) Yrigoyen était le leader de la Unión Cívica Radical, parti d’abord révolutionnaire et devenu démocratique en 1916, qui forme aujourd’hui une bonne partie du centre droit du paysage politique argentin. L’UCR est actuellement alliée au PRO (libéraux), formant ainsi l’alliance gouvernementale Cambiemos. L’UCR avait surgi en 1891 de la classe moyenne, passablement embourgeoisée, de Buenos Aires : médecins, juristes, fonctionnaires, enseignants... Les attaques de groupes radicaux contre les comités ouvriers, notamment juifs, viennent donc d’une tradition de violence politique encore très ancrée dans le jeune parti.
(2) En 1912, la loi Saénz Peña avait donné le droit de vote à tous les hommes nés argentins, le refusant aux naturalisés, dans un pays qui connaissait une vague d’immigration dont l’ampleur n’a pas beaucoup d’équivalent dans l’histoire du monde, à part celle qui connaissait New York à la même époque. La loi prévoyait que le vote serait obligatoire et secret. Trois grandes nouveautés qui ne manquèrent pas de produire leur effet : au premier scrutin national qui suivit, les électeurs mirent la tête du pays le premier gouvernement constitutionnel de gauche de l’histoire argentine.
(3) La première ligne, qui partait alors de Plaza de Mayo, datait de 1813. Le premier métro du continent.
(4) C’est la raison pour laquelle ruso, en Argentine et surtout à Buenos Aires, veut souvent dire juif et non pas russe. De même, turco veut dire arabe et non pas turc : les immigrants venant du Liban et de la Syrie, en majorité des chrétiens qui, avant la première Guerre mondiale, fuyaient l’islamisation et la turquisation de l’Empire ottoman, entre les guerres balkaniques et la première Guerre mondiale, présentaient à la douane du port de Buenos Aires des passeports turcs jusqu’au traité de Trianon, qui démantela l’empire, après sa défaite de 1918.

dimanche 6 janvier 2019

Provocations présidentielles pour bien commencer une année électorale [Actu]

Une de Página/12 hier : "une fête avec un seul invité"
Elle : Macri dit que les 70 dernières années, on a fait la fête
Lui : Toi, on t'a invitée ?
Elle : Non
Lui : Moi non plus
Traduction © Denise Anne Clavilier

En vacances en Patagonie depuis plusieurs semaines (il est parti avant Noël), le président Mauricio Macri a accordé vendredi deux interviews à des radios locales, l’une installée à Neuquén, dans le sud du pays, l’autre à Córdoba, dans le centre.

Il y a fait une énième analyse des trois premières années de son mandat. Il a fait preuve d’une autosatisfaction à laquelle nous sommes désormais habitués et qui n’est pas sans rappeler aux Français le décalage du chef de l’Etat avec la réalité du pays qu’exprime Emmanuel Macron, avec lequel Macri partage beaucoup plus qu’une similitude patronymique. Dans ces déclarations, l’Argentin a glissé quelques phrases très polémiques, sans doute destinées à souder la droite de son électorat et qui fait réagir fortement, malgré la trêve des fêtes (1), son opposition : en faisant référence à l’histoire de l’Argentine, il a parlé des 70 dernières années comme d’années de fiesta dont il serait impossible de sortir en trois ans. Ce qui expliquerait la crise terrible qui affecte le pays, en particulier depuis juin et l’intervention du FMI, qui a pris les rênes de la politique économique nationale. On croirait le diagnostic d’un médecin de Molière : "Voilà justement ce qui fait que votre fille est muette !" (2)

Dessins de Daniel Paz et Rudy, à la une de Página/12 hier
Lui : Comment tu sais que les rois mages, c'est les parents ?
Elle : Parce que papa et maman, ils s'arrangent pour boucler leurs fins de mois
Lui : Et alors ?
Elle : Ben, pour faire ça, faut être magicien
Traduction © Denise Anne Clavilier
En Argentine, mago désigne le mage autant que le magicien
C'est ainsi que Carlos Gardel est surnommé El Mago

Or depuis 1949, le pays a connu plusieurs dictatures militaires, dont la dernière, d’une violence extrême, a fait plusieurs milliers de morts de 1976 à 1983, et de nombreuses crises économiques, toujours déclenchées à la suite d’une phase néolibérale où l’État s’est effacé au profit des intérêts privés, la plus brutale remontant à 18 ans, la crise de l’été 2001, où le pays s’est effondré.

En octobre prochain, ce sera le premier tour des élections présidentielles, législatives nationales et provinciales. 2019 s’annonce comme une année où l’exécutif actuel cherchera à cliver la population et n’hésitera pas à mentir (3).

Dessin de Daniel Paz et Rudy, à la une de Página/12 ce matin
La journaliste : Pourquoi tant de vacances ?
Macri : En fait, je n'avais jamais imaginé que tout ça,
augmenter le prix du gaz, de l'électricité, de l'eau
baisser les salaires, mettre les gens à la porte,
endetter le pays et manipuler la justice
serait aussi fatigant !
Traduction © Denise Anne Clavilier

Dernières confidences d’un chef d’État en vacances : le pauvre chou ne comprend pas pourquoi on le critique pour ses nombreux jours de vacances (tout au long de l’année) et s’est pas encore remis de la défaite de Boca Juniors devant River Plate, à la finale de la Copa Libertadores, jouée pour la première fois en dehors du continent, parce que le gouvernement argentin n’a pas été capable d’assurer l’ordre dans les rues de sa capitale… On le plaint !

Pour aller plus loin :
lire l’article de La Prensa (droite catholique réactionnaire)
lire également l'article de Página/12 de ce jour qui dénonce le gouvernement qui se réjouit (festeja) de la stabilisation du dollar (à des altitudes stratosphériques tout de même) qui a pour conséquence la hausse tout aussi stratosphérique des taux d'intérêt et la chute du crédit.



(1) Le 6 janvier est la date traditionnelle et conservée par le magistère catholique, en Espagne et dans tous les pays hispanophones, comme aussi en Italie, où l’Église célèbre l’Epiphanie, jour où l’on donne leurs cadeaux aux enfants. En Amérique du Sud, la tradition est respectée puisque les petits sont en vacances d’été et qu’ils ont tout l’été pour profiter de leurs jouets. En Espagne, l’usage des cadeaux glisse progressivement vers Noël, parce que l’école reprend le 7 janvier, sauf quand le 7 tombe le week-end.
(2) Le Médecin malgré lui, acte II, scène 4.
(3) Il y a quatre ans, Cristina Kirchner avait agi de la même manière, dressant les gens les uns contre les autres. Ce qui a eu probablement une certaine influence sur la défaite du kirchnerisme face à Macri, qui apparaissait comme un contrepoids valide alors, sauf pour les électeurs de gauche à la conscience politique très structurée.