lundi 20 juillet 2026

Des Unes bravaches et des pages intérieures qui laissent la place à la critique [Actu]

Les larmes de Messi devant les supporters
qui l'acclamaient malgré la défaite hier soir
pour faire la Une du quotidien sportif Olé (groupe Clarín)
En-dessous : "Que soient éternels".
Il s'agit d'une citation d'un vers de la fin de l'hymne argentin
(Que soient éternels, les lauriers que nous avons su gagner)
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En Espagne : Une d'un des quotidiens sportifs de la Péninsule, 
Marca (entendez Score)
Le gros titre dit : "Superstars !"
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Sur cette finale de coupe du Monde de football calamiteuse pour une équipe du niveau des albicelestes et brillantissime pour son adversaire européen, la presse argentine préfère jeter un voile pudique dans ses Unes, qui rappellent toutes ce que le pays doit à Lionel Messi dont c’était le dernier match sous le maillot bicolore.

D'ici à l'éternité, clame le gros titre
sur cette autre photo du joueur ému
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Dans le futur, les expositions commémoratives montreront surtout les Unes de la presse. Alors autant qu’elles brillent de mille feux.

Le gros titre paraphrase la même phrase de l'hymne
Ils sont éternels, les lauriers que tu as su gagner
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Pourtant, dans ce match, l’Argentine, elle, n’a pas brillé.

En contraste : la Une d'un autre quotidien sportif espagnol,
As (sans besoin de traduction) :
Le monde est à nous
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L’équipe s’est même déshonorée de la première à la dernière seconde de la soirée par son agressivité envers les joueurs espagnols, la mauvaise foi de ses propres joueurs, le manque d’élégance de leur comportement en général, jusqu’à la cérémonie protocolaire finale où ils ont affiché et même revendiqué leur manque de fair-play alors que dans tous les domaines, mis à part les performances de leur gardien de but, leur jeu s’était distingué par sa pauvreté : mauvaise coordination de l’équipe, tirs rarissimes, possession de balle aux abonnés absents, capitaine-vedette qui n’a vraiment joué qu’en deuxième partie du temps additionnel, laissant même à Kylian Mbappé la place de meilleur butteur du tournoi avec 10 ballons dans les filets contre 8 pour Messi.

"Ils ont tout donné, dit le gros titre,
il n'y a rien à leur reprocher"
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Ajoutons à cela un arbitre central qui semble n’avoir rien vu des croche-pieds répétés, des coup de poings dans le dos, des coups de pied ou de coude dans l’estomac ou la figure de l’adversaire ni même cet Argentin qui est allé délibérément se placer sur la trajectoire d’un Espagnol en pleine course, afin de provoquer l’incident et de se rouler ensuite par terre et feindre d’être victime de la Roja. Un arbitre qui a de l’autre côté raté aucune des fautes des Espagnols et les a sanctionnées avec fermeté. Heureusement, ce monsieur a fini par retrouver une meilleure vue et par sortir de sa poche les cartons jaunes et rouge qui faisaient dodo, de sorte que les Argentins ont fini le match à 10. Hier, ils auraient pu le finir à huit ou sept sans que personne ne puisse crier à l’injustice caractérisée.

Une de El País, le quotidien de centre-gauche espagnol
Sur cette photo où Trump s'attarde encore,
ce gros titre : Champions
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Les albicelestes auraient-ils par hasard cru qu’ils avaient partie gagnée avant même d’entrer sur la pelouse ?

L'Espagne invincible, dit le gros titre
du quotidien de la droite catholique
(Avant le pape François, on disait de ABC
qu'il était le quotidien de l'épiscopat,
Depuis, les évêques ont acquis une plus grande
sensibilité sociale et démocratique)

En effet, au cours d’une interview enregistrée à brûle-pourpoint peu de temps avant le match, Trump venait de se déclarer favorable à leur victoire, lui qui hait l’Espagne de toutes ses forces parce que le gouvernement du pays ose opposer sa souveraineté à son rêve de toute-puissance alors que ce bon vassal de Milei, qui était absent hier au stade, lui offre le sien sur un plateau d’argent. Or plus personne sur cette terre n’ignore que la coupe, celle-ci, celle de 2026, était pleine ! Pleine de cette corruption assumée qu’une FIFA dévergondée déverse à grands flots, en passant en particulier tous ses caprices au gros bébé sénile qui depuis dix-huit mois partage sa vie entre la Maison Blanche et Mar-a-Lago.

"L'Argentine a donné tout et elle est
une fierté nationale", dit le gros titre
alors que le quotidien est le plus critique
de tous contre Messi et ses camarades !
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Il faut donc oublier ces Unes qui sont des pansements sur les blessures des supporters argentins (que ne ferait-on pas pour vendre du papier !) et lire les analyses contenues dans les pages intérieures des quotidiens. Les articles, très nombreux dans chaque titre, y sont moins flatteurs.

Hier, le dessinateur de Página/12, Miguel Rep, donnait ce résumé
de la future rencontre qui devait se ternir dans l'après-midi
à New York. Je vous laisse juger de la pertinence du dessin...

Côté officiel, il a été question jusqu’à ce matin de déclarer un jour férié pour le retour de l’équipe en Argentine mais ce rêve n’aura pas fait long feu : il y aura seulement une cérémonie officielle de réception à l’aéroport et aucun autre grand rassemblement. D’ailleurs, l’équipe n’arrive pas au complet. Messi lui-même ne rentre pas en Argentine et plusieurs de ses compagnons ont choisi les uns de partir en vacances, les autres de rejoindre immédiatement leur club.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article principal de Página/12
lire l’analyse du match dans La Prensa
lire l’analyse de Clarín
lire l’article de La Nación sous forme de revue de presse internationale (et la presse étrangère ne fait pas de cadeau à cette sélection argentine en-dessous de tout)
lire l’article de La Nación qui analyse la situation à partir des gros titres de la presse étrangères, photos à l’appui
lire l’article impitoyable de La Nación qui fusille Messi en invoquant une « imposture » de la part d’un joueur qui a voulu faire croire à 48 millions d’Argentins qu’à bientôt 40 ans, il était toujours le même miracle qu’il y a 22 ans.

vendredi 17 juillet 2026

Milei rate son coup au Sénat : champs et prairies resteront argentins [Actu]

"Les Malouines sont argentines
(le reste du pays aussi)" dit le gros titre
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Depuis plusieurs mois, Javier Milei veut faire passer un projet de loi, baptisée loi de la « propriété intégrale », qui permettra d’aliéner, sans recours, des terres agricoles au profit d’acquéreurs étrangers, personnes physiques ou morales, alors qu’elle sont actuellement protégées de ces achats incontrôlés par une loi que Milei veut abroger. En France, on sait à quel point cela met en danger l'agriculture familiale, celle qui alimente le marché intérieur, et déstabilise l'économie de vastes zones habitées.

Hier, le président n’a pas obtenu que le Sénat lui donne la majorité nécessaire pour une demi-sanction de son projet de loi (le Congrès se compose de deux chambres). Ce projet contesté et contestable reviendra donc dans l'hémicycle au début du mois d’août. Et ce sera comme ça jusqu’à ce que cette disposition passe.

Même un journal de droite comme La Nación
met cet échec à la Une : en haut de la colonne de droite
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Cet échec parlementaire n’a pas empêché le président de faire hier une intervention passablement allumée à la Bourse où il a annoncé qu’il serait réélu à l’issue de ce mandat et que l’Argentine est convertie au libéralisme pour un siècle.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

jeudi 16 juillet 2026

La Mano de Dios à la sauce 2026 [Actu]

Une fois n'est pas coutume : c'est donc la Une
de La Prensa qui ouvre cet article...
pour cette pointe d'humour dont le journal n'est pas coutumier
Il a osé paraphraser l'hymne national pour faire un jeu de mot
Si, si !
Le dernier vers de la strophe principale :
A sus plantas rendido un león
([avec] un lion à ses pieds)
Et en plus, on peut le chanter (la métrique est parfaite)
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Quarante ans après, les équipes d’Argentine et d’Angleterre se retrouvaient hier dans une coupe du monde.

"Pour les Malouines,
Pour Diego,
Pour le dernier [Mundial] de Leo"
clame le gros titre
avec une structure de Une bousculée
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En 1986, au Mexique, quelques années après la fin de la guerre des Malouines (mai-juin 1982) et la victoire militaire de la Grande-Bretagne qui avait repris le contrôle territorial de l’archipel, Diego Maradona avait utilisé sa main pour marquer un but et l avait expliqué ensuite aux journalistes qu’il s’agissait de la « main de Dieu », une allusion politique très claire à sa prise de position en faveur du droit inaliénable de l’Argentine sur ces îles, prises par la force, par surprise et sans déclaration de guerre par une escadre de la Royal Navy en janvier 1833.

"La manivelle de Dieu", dit le gros titre
de ce quotidien du ballon rond du groupe Clarín

Aujourd’hui, Maradona n’est plus et Messi va prendre sa retraite de joueur international à l’issue de la compétition. Le score d’hier, 1 pour l’Angleterre et 2 pour l’Argentine, sonne donc comme une nouvelle victoire qui compense, sur le terrain de foot, la cruelle double défaite sur le champ de bataille en 1833 et en 1982.

Une photo de Mike Steward pour l'agence AP

Malgré les interdictions prononcées par la FIFA, qui refuse les déclarations politiques au cours de ses compétitions mais offre à Donald Trump un prix de la Paix créé pour lui, les joueurs argentins ont étendu sur la pelouse d’Atlanta une toile sur laquelle on lisait clairement la formule argentine rituelle : Las Malvinas son argentinas. Or il se trouve que Milei est hostile à cette revendication, qu’il ne cache pas son admiration et sa tendresse pour feue Margaret Thatcher, celle-là même qui a lancé sa marine contre l’Argentine en 1982, et tente actuellement de capituler en douce devant Londres : il est visiblement prêt à abandonner la souveraineté nationale de jure sur ces îles et à reconnaître comme légitime la situation de facto.

Vignette de Miguel Rep pour Página/12 ce matin
"Pardon, ma chère Margaret. Pardon. Des vrais sauvages",
déplore Milei
Traduction © Denise Anne Clavilier

D’où un malaise palpable du côté présidentiel, chez lui et chez sa sœur, ainsi que pour le reste du gouvernement tandis que la vice-présidente, en froid avec eux, a profité de l’événement pour faire entendre sa voix divergente et essayer de récolter du même coup un peu d’approbation populaire. Quel spectacle lamentable !

Miracle au football, maintenant, pour la 4e fois,
dit le gros titre
sur une Une elle aussi déstructurée
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Milei a annoncé qu’il ne ferait pas le déplacement aux États-Unis pour assister à la finale contre l’Espagne. Pour quelqu’un qui prétend avoir été gardien de but, c’est particulièrement minable. Dimanche, le roi Felipe, qu’on a vu récemment dans la télé, chez lui, fêter la victoire sur la France, en compagnie de la reine, de la princesse des Asturies et de l’Infante, tous les quatre revêtus du maillot de la sélection, sera donc probablement le seul chef de l’État dans les tribunes.

Nul besoin de traduire
Encore une Une déstructurée pour l'occasion
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Inutile de vous dire qu’en Argentine, tous les titres de presse consacrent plusieurs pages à l’événement. Si l’heure n’est évidemment pas à l’humilité, les jeux de mots se bousculent sur les Unes triomphantes.

"Las Malvinas son argentinas", projection sur le balcon de
l'ancienne présidente de gauche, Cristina Kirchner,
qui est sortie pour saluer la foule
régulièrement présente au pied de son immeuble pour la soutenir,
depuis qu'elle est détenue à domicile, pour un dossier vide contre elle
La carte de l'archipel accompagne la formule rituelle
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© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

Jamais mieux servi que par soi-même [Actu]

"Des juges sur mesure", dit le gros titre
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Au début de la semaine, le président Javier Milei a nommé deux magistrats qui siégeront au sein de la cour fédérale de Buenos Aires qui devra juger le scandale de la $Libra, cette crypto-monnaie promue personnellement par le chef de l’État sur ses réseaux sociaux et qui n’a pas tardé à révéler son caractère d’escroquerie puisque la valeur a bénéficié des investissements des crédules qui ont cru aux messages présidentiels et s’est effondrée cinq heures plus tard.

Qui plus est, l’enquête qui s’en est suivie a mis au jour des accords entre le président et sa sœur d’une part et les initiateurs de l’escroquerie qui devaient permettre des enrichissements personnels conséquents pour le frère et la sœur (plusieurs millions de dollars).

"Milei a complété le tribunal qui traitera
le dossier $Libra : il a choisi Yadarola et Bertuzzi",
dit le gros titre
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Au bout de trois ans d’exercice du pouvoir, on sait très bien maintenant comment Milei se comporte à la tête de l’exécutif et qu’il se sert de son mandat pour veiller avant tout à ses propres intérêts et à ceux de quelques alliés. Il y a donc fort à parier que ces juges ont été nommés pour enterrer cette affaire, comme ont été enterrées celles qui impliquaient le précédent président de droite, Mauricio Macri, tandis que les affaires qui concernent les dirigeants de gauche vont jusqu’à leur condamnation, même si les dossiers sont vides.

Il reste à espérer, mais il est raisonnable d’en douter, que ces deux professionnels ont encore assez de probité et de sens de l’honneur pour se récuser s’ils sont appelés à se charger de ce dossier et pour laisser la procédure aller à son terme comme il se doit en démocratie.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

Ce mois-ci, Caras y Caretas rend hommage à El Indio [Disques & Livres]

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En juillet, la revue Caras y Caretas, qui appartient au groupe Octubre comme Página/12, consacre la majeure partie de son édition à un hommage à Carlos « El Indio » Solari, éminent représentant du rock argentin décédé au début de ce mois.

Un certain nombre d’articles sont à lire sur le site Web du magazine.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

vendredi 10 juillet 2026

Au Te Deum de l’Indépendance, Milei se fait sonner les cloches [Actu]

"Que l'injustice ne te soit pas indifférente", dit le gros titre
en citant l'archevêque dans son homélie hier
devant un Milei seul au premier rang, comme le mauvais élève
qui se fait taper sur les doigts
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Hier, 9 juillet, c’était l’anniversaire de la déclaration d’indépendance, votée en 1816 à Tucumán, par une poignée d’élus venus de toute l’Argentine d’alors. A cette occasion, il est d’usage que le chef de l’État assiste à la cathédrale de Tucumán ou de Buenos Aires à un Te Deum. En l’occurrence, ce fut à la cathédrale de Buenos Aires et dans son homélie, l’archevêque n’a pas mâché ses mots.

"Te Deum : l'Eglise dénonce les refuges de la
corruption dans le monde politique", dit le gros titre
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Monseigneur García Cueva a rappelé à Javier Milei qu’il devait garantir l’union des Argentins et écouter tous les habitants du pays, notamment les plus fragiles, les plus vulnérables, les malades, les invalides, les retraités, les enfants des familles défavorisés, les chômeurs, les immigrés venus trouver en Argentine une vie un peu plus prospère que dans leur pays d’origine (Pérou, Colombie, Paraguay, surtout), etc. En effet, la politique menée par ce gouvernement a aggravé la situation de toutes ces catégories : les hôpitaux ne peuvent plus fonctionner normalement et soigner tout le monde, l’école publique est abandonnée au profit du système privé, les immigrés sont menacés d’être expulsés à la mode des États-Unis de Trump, les handicapés ont souvent perdu leurs allocations sous prétexte que c’est une affaire privée et que leurs familles n’a qu’à s’occuper d’eux, le chômage a augmenté de façon spectaculaire puisque de nombreuses entreprises ont mis la clé sous la porte et le travail au noir a lui aussi bondi, ce qui prive ces travailleurs de protection sociale, et la liste n’est pas finie.

Pas de gros titre à ce sujet à la Une de La Nación
L'info est traitée en haut de la colonne de droite
"L'Eglise dénonce les refuges de la corruption"
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Parallèlement à cette paupérisation organisée contre la population, la corruption des gouvernants est manifeste, or Milei a fait précisément campagne sur la lutte contre la corruption dont il accusait tout le monde sauf lui et sa poignée de partisans.

L’archevêque a marqué les esprits puisque le contenu de son homélie est repris ou commenté par la presse, de gauche comme de droite.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

jeudi 9 juillet 2026

ARA San Juan : le sous-marin a coulé et c’est la faute à personne [Actu]

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43 hommes et une femme ont perdu la vie dans l’explosion d’un vieux sous-marin le 15 novembre 2017 près des côtes argentines, dans les eaux du Mar Argentino, alors que le San Juan (Armada de la República Argentina San Juan) était attendu de retour à sa base, le port militaire de Mar del Plata. Le bâtiment n’a été retrouvé qu’un an plus tard, le 16 novembre 2018, par une société privée des États-Unis, Ocean Infinity, que les pouvoirs publics argentins avaient enfin autorisée à faire des recherches. Le sous-marin n’a jamais été remonté à la surface. Il sert de cercueil à ses 44 derniers membres d’équipage, morts souvent jeunes et en service.

Un seul responsable pour 44 vies, dit le gros titre
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Le procès pénal qui vient de s’achever avait depuis longtemps laissé hors de cause les politiques qui étaient alors aux responsabilités et dont l’absence de diligence pour porter secours à l’équipage puis le manque d’empathie pour les familles des disparus avaient fait scandale à l’époque : le président Mauricio Macri et le ministre de la Défense, Oscar Aguad. Quatre officiers supérieurs de la Marine étaient poursuivis, tous déjà exclus des forces armées par une procédure militaire de destitution ou par une mise à la retraite. Trois d’entre eux sortent pénalement blanchis. Seul le supérieur immédiat du commandant de bord, mort dans l’accident avec tout son équipage, écope de trois ans de prison avec sursis pour manquement à ses devoirs envers ses subordonnés, un manquement ayant entraîné leur mort. L’homme condamné commandait l’ensemble des sous-marins argentins. Sa peine est assortie de certaines conditions, assez légères mais néanmoins humiliantes pour un ancien officier, qu’il devra remplir pour échapper à la prison. Il se proclame innocent.

Pas de gros titre ici sur le bâtiment perdu
L'article est annoncé en colonne de droite
(deuxième article en partant du haut)
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Les familles, quant à elles, n’ont plus que leurs yeux pour pleurer : si un des leurs est mort, si une cascade de deuils et de souffrances a succédé à cette perte irréparable en leur sein, c’est la faute à pas de chance, voilà tout. Dans ce cas, pourquoi les a-t-on mises sur écoute lorsqu’elles se sont portées partie civile ? Elles voulaient savoir ce qui était vraiment arrivé. Quelles révélations de leur part craignait-on en haut lieu pour leur faire subir cette épreuve supplémentaire ? Aucune de ces familles, qui vivent aux quatre coins du pays, ne roule sur l’or. Or l’État s’est abstenu de les assister matériellement, psychologiquement et financièrement après la catastrophe, lorsqu’elles ont voulu rester à Mar del Plata pour suivre les inexistantes opérations de secours et de recherche, dans le vain espoir de récupérer les corps pour leur donner une sépulture dans le cimetière de leur village ou de leur ville à l’autre bout du pays.

Página/12 en conclut que la justice vient de couler une deuxième fois le malheureux sous-marin et son équipage (voir ci-dessus le gros titre que je n'ai pas eu besoin de traduire).

Même politique et presque même photo
des footballeurs pour La Nación
La fin de ce procès est à la même place
(colonne de droite, deuxième en partant du haut)
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Ce verdict contre un lampiste (de luxe, certes, mais lampiste tout de même) ne constitue pas une surprise. On le voyait venir depuis longtemps à travers les péripéties peu reluisantes des différentes ramifications de l’instruction puis de la procédure en général. Un appel n’est pas à écarter de la part du ministère de la Défense ou de la Marine…

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 qui en fait son titre principal ce matin

lundi 6 juillet 2026

Barrio de Tango en mode canicule pour l’été [ici]

Un champ de blé mûr dans la province de Santa Cruz,
en Patagonie : les effets du changement climatique !


A Paris, les canicules se suivent et se ressemblent. Comme je le fais tous les jours depuis au moins 2007, je vais rester en veille quotidienne sur l’actualité culturelle, sociale, économique et politique argentine mais le rythme de mes articles sur ce blog va évoluer : il se calera désormais, jusqu’à la fin septembre, sur la météo pour que mon ordinateur ne participe à réchauffer mon domicile lorsque le soleil fait des siennes dehors.

Si quelque chose d’important se produit là-bas pendant une phase de canicule en France, je ferai comme j’ai fait avec la démission de Manuel Adorni : j’en rendrai compte avec quelques jours de décalage. Et en attendant que la météo redevienne plus clémente, une partie de mon temps sera consacrée à améliorer mon apprentissage de l’ukrainien (українська мова), comme certains de mes fidèles lecteurs ont sans doute déjà pu l’observer (une langue très intéressante, une culture à découvrir de zéro, une littérature riche, écrasée par l’ordre colonial russe pendant trois cents ans jusqu’en 1991, des traditions culinaires et gastronomiques à ne plus savoir où donner de la fourchette, une actualité tragique d’une cruelle guerre de décolonisation à contretemps, bref des enjeux qui sont similaires à ceux sur lesquels je me suis penchée depuis vingt ans à propos de l’Argentine et des pays voisins).

Le mate prêt à consommer sur fond de paysage
de la province productrice de Missiones (tout au nord du pays)

En Argentine, pour revenir à elle, c’est une vague de grand froid qui s’est abattue il y a quelques jours notamment sur Buenos Aires et sa région où il a neigé, entre autres à Buenos Aires et à Mar del Plata, ce qui est exceptionnel. A ma connaissance, c’est la troisième chute de neige sur la capitale fédérale depuis le début du 20e siècle (on n’a aucun témoignage de ce phénomène ni dans la période coloniale ni au cours du premier siècle d’indépendance). Cette neige parisienne qui se répète à Buenos Aires (1918, 2007 et 2026) et cette chaleur portègne récurrente à Paris nous disent assez bien que le climat est tout sens dessus-dessous puisque les situations extrêmes se font de plus en plus fréquentes. Il est donc urgent d’agir collectivement et politiquement,au niveau national et européen, au lieu d’attendre les bras croisés comme nous l’avons fait jusqu’ici.

L'Obélisque au centre de Buenos Aires, le 9 juillet 2007 :
la deuxième chute de neige connue sur la capitale argentine
(photo EFE)

Durant cet été qui nous surprend, protégez-vous. N’hésitez pas à fermer les volets si vous en avez et à placer sur vos vitres des couvertures de survie. C’est efficace. Si vous habitez la France des langues d’oïl comme moi, fermez les fenêtres le jour (dans le midi, vous savez tout ça depuis des générations). Ouvrez en grand la nuit lorsque les températures baissent en-dessous de la température qui règne dans votre logement et si vous aimez bricoler, installez un ventilateur plafonnier si vous en trouvez dans le commerce (en ce moment, cela ressemble à une mission impossible). Hydratez-vous. Evitez l’alcool. Préférez-lui l’eau gazeuse (l’effet confort est spectaculaire) et le maté si vous pouvez vous procurer un paquet d’une bonne yerba mate importée d’Amérique du sud (trois pays producteurs : l’Argentine, le Brésil et le Paraguay, la patrie des affreux footeux qui ne connaissent pas le fair-play) mais, attention, préparez votre mate à l’argentine, pas en trempant un sachet tout prêt dans de l’eau chaude (en tisant, c’est l’effet zéro garanti).

Le mate à l'eau chaude (75° C)
Par grosse chaleur, on peut préparer la yerba mate
avec un agrume pressé additionné ou non d'eau froide

Bon été à tous.

On se retrouve à la prochaine vague de fraîcheur sur la Ville-Lumière.

© Denise Anne Clavilier

jeudi 2 juillet 2026

Adorni s’en va, le scandale reste et c’est de pire en pire chaque jour [Actu]

Le gros titre a à peine besoin d'une traduction.
C'est comme en français : Ado, c'est la fin.
A ceci près, que finado, en espagnol portègne,
signifie : "mort"
Une du 28 juin 2026.
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Samedi dernier, le 27 juin, Manuel Adorni a fini par démissionner, poussé vers la sortie -à leur corps défendant- par le président Javier Milei et sa sœur, qui ne pouvaient plus résister aux exigences qui venaient de toutes parts.

Il a été remplacé depuis par Diego Santilli, un ancien macriste, qui finit par là même de trahir son propre camp, ce que Mauricio Macri, qui rêverait d’être une alternative de droite à Milei, a dû avaler comme une couleuvre de plus. Santilli était jusqu’à présent ministre de l’Intérieur, c’est-à-dire qu’il s’occupait des infrastructures et des parcs nationaux, la sécurité du territoire et le maintien de l’ordre étant de la compétence du ministre de la Sécurité. Santilli cumulera les deux maroquins : l’Intérieur et la direction du gouvernement. C’est dire combien la sortie de Manuel Adorni est improvisée.

La Une de lundi dernier, le 29 juin 2026
Le gros titre, qui se passe de traduction,
parodie la formule chrétienne pour désigner la Trinité :
El Padre, el Hijo y el Espiritu Santo
(le Père, le Fils et le Saint-Esprit)
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L’ancien Premier ministre avait à peine quitté ses bureaux de la Casa Rosada que la justice ouvrait une nouvelle branche de l’instruction pour corruption contre lui. Dans la presse, circulait déjà une anecdote supplémentaire : Adorni aurait utilisé les cartes d’une ou de plusieurs de ses collaborateurs au sein du gouvernement pour faire des achats. Et devinez quoi ! C’est vrai.

Dans cette série de révélations, on a ainsi appris que lorsqu’il était au gouvernement, Adorni dépensait de 4 à 6 millions de pesos par mois, avec sa propre carte de crédit, alors que son indemnité de fonction mensuelle s’élevait à 3,5 millions. En deux ans et demi de présence dans les instances gouvernementales, il a dépensé un total de 139 millions de dollars. D’où sort tout cet argent sinon de rentrées clandestines et donc illégales ?

"Adorni est partout", dit le gros titre du 30 juin 2026
La photo est celle de Plaza de la República
et du célèbre Obélisque, installé il y a près de 100 ans
Les photos de Adorni reprennent les panneaux publicitaires
géants et lumineux qui défigurent la place
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On a aussi compris qu’il avait fait pression sur l’artisan qui lui avait arrangé sa villa avec une jolie piscine à cascade dans un quartier privé non loin de Buenos Aires. D’après le message qu’il a laissé à cet homme sur sa boîte vocale, ce ne serait pas le premier témoin auquel l’ancien ministre aurait offert son appui contre un silence complice de son interlocuteur.

On a enfin appris, dans le cadre de l’instruction, que l’une des secrétaires qu’il avait à son cabinet comme porte-parole du gouvernement avait reconnu au cours de son audition qu’elle avait fait des achats avec sa carte personnelle pour le compte de son supérieur qui la remboursait en espèces. Elle avait ainsi acheté pour lui de la literie, du linge de maison et de l’électroménager pour 8 millions de pesos.

La Une d'aujourd'hui
Là encore, la traduction est inutile
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Et ça continue comme ça tous les jours, au point que l’ancien Premier ministre a aussi dû démissionner de son fauteuil au sein du conseil d’administration de la compagnie pétrolière nationale YPF, laquelle n’a pas encore été privatisée mais est menacée de l’être à nouveau, comme sous le mandat de Carlos Menem, qui a conduit l’Argentine à la catastrophe de 2001 (une faillite complète du système financier dans tout le pays).

Les Unes de Página/12 de ces derniers jours racontent, avec leur humour habituel, cette succession de faits tous plus indécents les uns que les autres.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

dans l’ordre chronologique
lire l’article de Página/12 du 28 juin sur la sortie du Premier ministre
lire l’article de Clarín d’hier sur ses achats exorbitants avec sa carte de crédit
lire l’article de La Nación d’hier sur les déclarations de sa secrétaire pendant son audition
lire l’article de Página/12 aujourd’hui sur le fastueux train de vie de l’ex-Premier ministre
lire l’article de La Prensa aujourd’hui sur les propos de la secrétaire