samedi 6 juin 2026

« La Argentina de luto ricotero » : El Indio Solari est mort [Actu]

Comment ne pas se sentir comme ça,
dit le gros titre en hommage au texte
d'une des chansons du disparu
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El Indio Solari était un Géant à majuscule du rock argentin et comme presque toujours pour les grands artistes populaires de ce pays, sa musique était très politique, ouvertement contestataire. Vous dire qu’il était à l’Argentine ce que Johnny Hallyday était à la France serait vous mentir. Il était beaucoup plus que cela à cause de ses prises de position réfléchies et courageuses dans la vie publique, ouvertement de gauche, farouchement péronistes… Depuis très longtemps, ses concerts étaient de gigantesques événements dans des stades immenses que venait remplir une foule enthousiaste reprenant en chœur ses refrains et ses couplets. L’artiste avait 77 ans. Hier dans la matinée, son auxiliaire de vie l’a retrouvé inerte, chez lui, dans sa piscine climatisée. Il avait fait un AVC. Il est mort sur le coup. Il ne s’est pas noyé.

Intervenant brutalement au lendemain de la disparition d’une grande actrice de cinéma et de théâtre qui, nonagénaire et malade, avait quitté la vie publique depuis de nombreuses années (Chunchuna Villafañe, qui partagea la vie du chanteur Horacio Molina puis du cinéaste Pino Solanas), la nouvelle de ce décès inattendu a terrassé l’Argentine et la population s’est spontanément rassemblée sur les places centrales pour pleurer son idole et reprendre ses chansons à tue-tête. A Buenos Aires, Plaza de Mayo s’est remplie à la tombée de la nuit pour un hommage spontané.

Musique et une foule dans les rues
pour dire adieu au grand manitou du rock, dit
le gros titre sous cette photo de Plaza de Mayo hier soir
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El Indio Solari avait commencé sa carrière dans le ville universitaire qu’est La Plata, au sein d’un petit quatuor de rock qui ne tarda pas à se hisser à la hauteur des légendes, façon Beattles du monde hispanophone. La petite bande se nommait Patricio Rey y sus Redonditos de Ricota, du nom d’une spécialité italienne de pâtes fraîches enroulées et farcies à la brousse de brebis qui s’est fort bien acclimatée en Argentine en perdant l’un de ses T (1). D’où l’adjectif dont ses fans qualifient tout ce qui les réunit, à commencer par ces grands rassemblements qu’on appelle donc Misas Ricoteras (grands-messes ricotiennes) et dont ces scènes de Plaza de Mayo fournissent un excellent exemple.

Le 16 mai dernier, la UBA l’avait fait docteur honoris causa et il avait pris parti pour le financement des universités nationales que refuse Javier Milei. Il avait quitté les planches et les sonos en 2017.

"Indio Solari : une légende du rock qui
relie les générations", dit le titre
à côté de la photo de l'artiste
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Aujourd’hui, je prends conscience que depuis le début de ce blog, en 2008, c'est à peine si j'ai mentionné quelque fois El Indio parce que ce rock à grand spectacle n’est pas celui qui a mes préférences personnelles et bien entendu, ce matin, je regrette d’avoir laissé de côté ces puissants événements populaires. Parce que je ne l’ai découvert qu’au milieu des années 2010, après ma première plongée en eaux profondes dans le tango et l’histoire, je ne l’ai jamais vu que comme un homme déjà âgé et de santé très délicate (on lui a diagnostiqué une maladie de Parkinson en 2015). A dire vrai, il faisait peine à voir lors de ses rares apparitions publiques et je n’avais pas envie de vous entraîner de ce côté-là. J’avais tort.

Si vous feuilletez la presse argentine aujourd’hui, même si vous ne parlez pas un mot d’espagnol, vous mesurerez sans doute mieux qu’à travers ce blog muet l’ampleur du phénomène et la perte gigantesque ressentie par les Argentins à l’aube de cette triste journée de fin d’automne ainsi que la fracture qui existe plus que jamais entre la droite et la gauche. Après être resté silencieux, puis avoir fait savoir qu’il n’était pas question de déclarer un deuil national, Javier Milei a dû se raviser quelque peu car, politiquement, il ne peut sans doute pas passer à côté d’un tel séisme. Il tente donc maladroitement une petite manְœuvre, lui qui est aux antipodes de tout ce que représente l’artiste disparu : il a proposé l’immense parc thématique de Tecnópolis , abandonné par sa volonté de détruire tout ce qui était cher au cœur de Solari (et à la gauche de gouvernement), pour y accueillir la veillée funèbre qui aura lieu demain, un retard sur l’habitude dû au besoin d’assurer la sécurité de la foule comme de la famille et des amis personnels car, dans ce pays où l’on fait tout à l’improviste tout le temps, on ne peut pas improviser les obsèques de El Indio. Comme Diego Maradona, il est exceptionnel ! Les proches ont déjà averti les fans : l’organisation « est très difficile ».

Une de El País, le grand quotidien uruguayen
dont les articles ne sont plus disponibles en ligne
que pour les abonnés
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Comme à leur habitude, pris au dépourvu par la réaction de l’opinion publique qu’ils ne comprennent décidément pas, les libertariens tentent de récupérer l’émotion générale en saluant la mémoire d’un chanteur dont il est évident qu’ils ne pouvaient pas le souffrir. Quand on a rien à dire de bon dans ces occasions, on s’abstient ! Qu’ils partent donc en week-end et se taisent ! Leurs tweets sont un déversoir de grossièreté, de mesquinerie et d’indécence. Même dans ces moments douloureux, ils se montrent incapables de bien se tenir devant ceux qu’ils prétendent représenter et gouverner. Exactement comme Trump mais, lui, au moins, il a l’excuse de l’âge et, en plus, il est atteint d'une démence frontale carabinée.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :




(1) Patricio Rey n’existe pas plus que Les Rita Mitsouko, qui était en fait le nom d’un duo.

vendredi 5 juin 2026

Mundial de la Yerba Mate à Buenos Aires ce week-end [à l’affiche]


Entre aujourd’hui, vendredi 5 juin 2026, et dimanche prochain, tous les jours à partir de 14h, se tient à Buenos Aires, au Museo del Mate, sur Avenida de Mayo, le premier Mundial de la Yerba Mate où de très nombreuses marques élaborées en Argentine, en Uruguay, au Paraguay et au Brésil vont être goûtées, évaluées, jugées et classées, comme on le fait avec les vins, par un jury de 43 experts provenant de onze pays différents.

Les dégustations se feront à l’aveugle. 400 produits participent au concours. Sur inscription préalable, le public pourra lui aussi participer et goûter les produits participants.

A côté du concours stricto-sensu, ce Mundial propose aussi des conférences, des tables-rondes, des ateliers et des expériences interactives, tant au Museo del Mate qu’à la Academia Nacional del Tango, dont le siège est juste à côté, ce qui permettra d’accueillir plus de monde.

La manifestation est ouverte au public dans la mesure des places disponibles. Il vous en coûtera 28 000 pesos argentins pour une demi-journée avec dégustation ou 54 000 si vous optez pour un forfait couvrant les trois jours.

Cette fiche consacrée à la production de la yerba mate
a été rédigée par un ancien directeur de l'INYM
(Instituto Nacional de la Yerba Mate, un organisme
presque entièrement détruit par Milei,
privé d'argent et d'une partie de ses compétences),
le regretté Roberto Montechiesi, un spécialiste
de haute volée.
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Un seul regret pour moi : il semblerait que ma marque préférée ne participe pas à la manifestation. Il s’agit de La Obereña, une marque assez confidentielle (on ne la trouve ni dans la grande distribution ni même dans les supérettes, uniquement dans les magasins spécialisés ou chez les commerçants passionnés). Il s’agit d’une yerba mate bio, fumée, très équilibrée qui donne à la boisson une impressionnante longueur en bouche avec une amertume discrète. La Obereña est la marque d’un producteur-récoltant familial et artisanal qui intègre toutes les étapes de la production, depuis la plantation et la cueillette jusqu’à la mouture finale des feuilles et leur conditionnement (très original, en sacs de tissu ou de toile de jute), en passant par le séchage, la fermentation et le fumage. La marque porte le nom du lieu de la production : Obera, une localité de la province de Misiones, à la frontière avec le Paraguay et le Brésil. La famille produit aussi du thé et du roboois.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

La Cour suprême renvoie Milei à ses chères études [Actu]

L'une des nombreuses manifestations en faveur de l'université publique


A l’unanimité des trois magistrats qui la composent (temporairement mais depuis des années maintenant), la Cour suprême argentine vient de débouter le président Milei qui souhaitait que les juges qui ont décidé que le gouvernement était tenu d’exécuter la loi de financement des universités publiques soient reconnus illégitimes pour se prononcer sur le sujet. En effet, l’Exécutif prétendait que, parce qu’ils exercent une charge de professeur de droit dans diverses universités nationales, ces juges avaient des conflits d’intérêts dans ce dossier, ce qui est d’ailleurs aussi le cas de l’un des membres de la Cour suprême, lequel ne s’est pas déporté pour autant.

La Cour a confirmé la légitimité des juges sur ces dossiers et elle a déclaré qu’il n’y avait là aucun conflit d’intérêts. Il est vrai que si l’on écarte les juges qui sont aussi professeurs, on écartera beaucoup de monde. La plupart des professeurs de droit sont en effet soit magistrats soit avocats. La plupart des enseignants d’université occupent plusieurs postes de travail, autant pour des questions économiques que pour le nombre de personnes qualifiées disponibles pour ces postes. L’élite formée en Argentine n’est pas assez fournie pour couvrir, sans double emploi, tous les besoins du secteur non-marchand dans une dynamique d’État qui, jusqu’à Milei, cherchait, à droite comme à gauche, à assurer une offre très large en matière d’enseignement, de formation et de culture pour que le pays puisse se développer et aller de l’avant. C’est ainsi que dès l’enseignement secondaire, les professeurs se partagent entre plusieurs établissements et courent toute la journée et toute la semaine de l’un à l’autre. On est très loin de la conception du temps de travail à la française, avec des heures payées et officiellement consacrées à la préparation des cours, à la correction des copies et aux rencontres avec les parents d’élèves. En Argentine, on ne rémunère que les heures passées devant les élèves.

La Cour ne s’est donc pas prononcée sur le fonds des dossiers mais elle n’en a pas moins validé la légitimité des décisions de justice auxquelles le gouvernement s’efforce de ne pas se plier.

Le parcours procédural du président devrait s’achever ici. Il ne peut plus avancer de motifs pour continuer à ne pas respecter le vote du Congrès ni appliquer les décisions de la justice désormais validées. Il faut encore attendre pour voir si, dans les jours qui viennent, Milei va verser les subventions que les universités attendent pour continuer les cours (on est à peine à la moitié de l’année scolaire qui va de mars à novembre en deux quadrimestres et les cours pourraient bien s’interrompre ce mois-ci) et les chercheurs pour poursuivre leur travail.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12, le seul quotidien qui ait traité le sujet aujourd’hui.
On aura peut-être d’autres commentaires demain...

Milei fait mieux que Trump : de l’IA sans régulation en Argentine [Actu]

"Paradis technologique", dit le gros titre
sur l'expression "paradis fiscal".
Remarquez que la carte de l'Argentine
comporte l'archipel des Malouines qui est inclus
dans le système alors qu'il dépend dans les faits du Royaume-Uni.
C'est la constitution qui l'exige. En Argentine,
on intègre toujours les Malouines dans la carte du pays.
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« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme », écrivait François Rabelais au 16e siècle, au moment où les premiers Espagnols mettaient le pied sur une terre qui allait devenir l’Argentine.

Dans un billet d’opinion publié hier par The Financial Times, le président Javier Milei vient d’annoncer que son pays va légiférer por que l’intelligence artificielle y trouve un terrain dénué de toute réglementation pour y développer toutes ses possibilités (y compris les plus dangereuses [c’est moi qui commente]). Pourtant, Trump vient d’être contraint d’émettre un décret énonçant un minimum de règles pour encadrer les pratiques d’IA. Même Trump !


A Buenos Aires, on murmure (très fort) que cette initiative du gouvernement vient directement de Peter Thiel, le patron et co-fondateur de Palantir, qui a récemment fait savoir qu’il s’installait définitivement à Buenos Aires où sa famille vient de le rejoindre dans la luxueuse résidence qu’il y possède et où l’on croyait jusqu’à il y a peu qu’il était juste venu passer quelques semaines. Il a été reçu au moins à deux reprises par Milei à la Casa Rosada, loin du regard des journalistes, et on ne sait pas ce que les deux hommes ont manigancé, aussi fascinés qu’ils sont par les théories néo-fascistes et libertariennes l’un comme l’autre. Maintenant, on l’imagine un peu mieux.

Au programme du projet de loi : dérégulation à gogo, avantages fiscaux à gogo aussi, facilités d’implantation et d’installation, création du statut de personne morale non-humaine (société commerciale virtuelle où aucun être humain n’assumera les responsabilités légales du dirigeant), etc.

La Prensa en parle aussi en Une :
en bas, à gauche, en caractères bleus sur fond jaune pâle
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C’est tellement énorme que cela fait causer toutes les gazettes. Il faut dire aussi que pour un président argentin, surtout celui-ci, toujours en quête égotique de reconnaissance sociale (et qui parle anglais comme une vache espagnole, en prime), signer dans FT, c’est le Graal.

Le même jour, le ministre de la Dérégulation, qui co-signe le billet présidentiel, a proposé, dans une interview télévisée, de remettre le permis de conduire sans examen contre le paiement du droit y afférent. Il se réfère à une pratique dans un des États fédérés du Mexique où cette pratique aurait fait baisser la corruption. En Argentine, ce qui est certain, c’est que cette pratique augmentera la dangerosité au volant. Or le taux d’accidents de la route est déjà très élevé dans le pays (lire à ce sujet l’article de Página/12).

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12
lire l’article de La Prensa
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación
lire l’article de La Nación sur les critiques de Elisa Carrio, femme politique à moitié retirée et connue pour son caractère volcanique (elle est très excessive en général mais il lui arrive de dire la vérité, même si son expression est assez peu pacifiée)
lire l’article de El Economista, journal spécialisé argentin


Tango + Tango : quatre jours de festival à Hasta Trilce [à l’affiche]


Depuis hier, jeudi 4 juin 2026 et jusqu’à dimanche prochain, le café-concert Hasta Trilce, Maza 177, accueille la troisième édition d’un petit festival de tango hors des sentiers battus et du « tango for export » (pour les touristes) : Tango + Tango.

Cette manifestation se déploie sur trois axes : musique acoustique, danse et table-ronde. Elle fait le tour de l’actualité de la création et de la reprise du répertoire dans le genre urbain par excellence de l’Argentine des grandes villes.

Nombreux artistes au programme.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 d’hier
consulter le programme sur le site Internet de Hasta Trilce

jeudi 4 juin 2026

Les Argentines en rangs serrés contre un gouvernement masculiniste [Actu]

"Nos vies ne sont pas jetables", dit le gros titre
sur cette photo d'une Plaza de Congreso bondée
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Alors qu’un nouveau féminicide, avec un modus operandi sordide, vient d’être découvert à Córdoba contre une petite adolescente de 14 ans, partout dans le pays, les féministes argentines se sont donné rendez-vous dans la rue hier pour une nouvelle manifestation du mouvement lancé il y a onze ans, Ni una menos (Que pas une ne manque). Au moment même où les cortèges s’ébranlaient, on découvrait le corps sans vie d’une autre gamine de 14 ans elle aussi, tuée par son petit ami dont elle était enceinte. Il l’avait enterrée chez lui, sous le patio de sa maison.

Sans surprise, à Córdoba, c’est l’assassinat de la jeune Agostina qui a été au centre du défilé. Ce jour était aussi celui de ses funérailles célébrées sans journaliste, dans l’intimité familiale. Dans cette capitale provinciale du centre du pays, on a réclamé la démission du ministre local de la sécurité (en France, on parle de ministre de l’Intérieur) et celle des procureurs en charge de l’affaire, car ils n’ont pas mis en œuvre les mesures qui auraient sans doute protégé la jeune fille, puisque son meurtrier a été immédiatement identifié et arrêté, comme dans l’affaire de même nature qui, au même moment, agite la France dans des circonstances très similaires.

Clarín a choisi une photo du cortège de Córdoba
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Les manifestantes (et les manifestants) argentins ont particulièrement dénoncé le machisme de l’actuel gouvernement, son culte de la virilité toxique et son rejet de plus en plus affiché de la catégorie judiciaire des féminicides puisque le président et les ministres choisissent délibérément d’employer le même vocable pour tous les meurtres, celui d’homicide, refusant ainsi de reconnaître les enjeux collectifs de la violence particulière faite aux femmes, laquelle est fondée sur la domination des uns sur les autres et un sens de la propriété sur le corps des femmes, les deux réalités étant profondément ancrées dans la culture et dans les mœurs.

Les manifestations ont envahi les grandes artères des villes, grandes et petites, et, à Buenos Aires, elle a abouti à l’occupation bruyante et colorée de Plaza del Congreso. Or cette place, située devant le parlement fédéral, est bien plus vaste que Plaza de Mayo (située devant le palais présidentiel). Sur les photos, on voit du monde à perte de vue et c’est encore plus impressionnant dans les clichés pris après la tombée de la nuit.

La Nación a choisi cette vue très spectaculaire
de Plaza de Congreso une fois la nuit tombée
En dessous : "Ni una menos : la douleur à cause d'Agostina
a donné de la puissance aux réclamations"
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Cette année, les banderoles présentaient aussi des slogans inclusifs pour intégrer les trans dans cette revendication de liberté et de sécurité (plusieurs personnes ont en effet perdu la vie ces derniers temps du fait d’assassins motivés par une haine irrationnelle que le laxisme présidentiel encourage sans doute à s’exprimer en paroles et surtout en actes).

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

mercredi 27 mai 2026

Au lendemain de la fête nationale, Milei vend le pays à l’encan [Actu]

"La patrie n'est pas à vendre, elle est à offrir en cadeau",
dit le gros titre
Remarquez l'archipel des Malouines, en rouge, tout en bas
En Argentine, il est obligatoire de les faire figurer
sur toutes les cartes du pays
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Lundi, c’était donc la fête nationale et Javier Milei en a profité pour se mettre en scène, sous forme d’image générée par intelligence artificielle, en compagnie de sa sœur et de Manuel Belgrano (1770-1820), le penseur de la Révolution de Mai 1810, ni plus ni moins.

Mardi il annonce un nouveau régime d’incitation pour les grands investissements (RIGI en sigle argentin) encore plus favorable que le premier aux géants (nécessairement étrangers), notamment ceux de la Silicon Valley pour qui il a les yeux de Chimène. Or d’après l’OCDE, l’Argentine arriverait en assez mauvaise position parmi les pays de la région en matière d’investissement étranger. Milei avait promis que sa politique de dérégulation et de destruction de l’État aurait l’effet inverse. Raté ! Il faut donc, croit-il, augmenter la dose de la même chose en espérant obtenir un résultat différent !

Si ce projet de loi passe comme le premier RIGI est passé, alors les provinces seront contraintes de céder aux super-investisseurs une partie de leurs prérogatives et de leurs ressources. Elles y perdront en capacité d’auto-détermination que leur garantit le système fédéral argentin. Une catastrophe qui va enfoncer encore un peu plus le pays qui n’en a guère besoin.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12, le seul quotidien national à parler du sujet aujourd’hui.

Des lycéens décident d’occuper leur école pour défendre l’université publique [Actu]

Entrée du Colegio Nacional de Buenos Aires, à Monserrat


Des lycéens du Colegio Nacional de Buenos Aires et du Colegio Carlos Pellegrini, deux établissements de haut niveau et de prestige qui dépendent de la UBA, l’un dans l’enseignement général, l’autre dans l’enseignement technique, ont voté l’occupation des locaux (colegio tomado) pour protester contre le refus du gouvernement d’appliquer la loi de financement des universités, dans lesquelles ils sont destinés à continuer leurs études une fois leur bac obtenu.

De leur côté, les enseignants universitaires maintiennent leur manifestation publique : désormais, c’est sur la place de Tribunales, devant le siège de la Cour suprême, qu’ils font classe en plein air qui veut bien venir les écouter. Histoire de faire comprendre aux trois plus hauts magistrats du pays que lorsqu’ils se prononceront sur le refus du président d’appliquer la loi qui a surmonté son veto, ils auront l’avenir du pays au bout de leurs stylos.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 sur la décision des lycéens,
lire l’article de Página/12 sur les cours en plein air devant le palais de justice
lire l’article de La Prensa sur les lycéens
lire l’article de La Nación sur les cours en plein air.

mardi 26 mai 2026

Au Te Deum du 25 Mai, Milei s’est fait sonner les cloches [Actu]

Milei sort de la chapelle où repose San Martín,
avec l'archevêque à ses côtés (et sa sœur pas très loin)
Le titre reprend une expression idiomatique :
A Dios rogando y con el mazo dando
(littéralement : en priant Dieu et en donnant du maillet,
c'est à dire : Aide-toi et le Ciel t'aidera")
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Hier, l’Argentine, où le lundi de Pentecôte, lui, n’est pas férié, célébrait la première de ses deux fêtes nationales, celle qui commémore l’anniversaire de la Révolution de Mai 1810, qui mit fin à l’Ancien Régime en déposant le vice-roi et en imposant l’auto-gouvernement de la Primera Junta, un gouvernement collectif voulu et pensé au premier chef par Manuel Belgrano (1770-1820), lui-même haut fonctionnaire de l’empire colonial puisqu’il était le représentant de Madrid au sein du Consulado avec le titre de Secrétaire (à l’époque, cela signifie presque « ministre »), une sorte de chambre de commerce qui avait pour charge officielle de développer l’économie de la colonie, ce que Madrid l’a empêché de faire à chaque initiative fructueuse.

Traditionnellement, le président de la République argentine se rend à la cathédrale de Buenos Aires, à quelque cent mètres de la Casa Rosada, pour y participer au Te Deum Nacional selon une tradition qui remonte à 1811 (on ne fait pas plus ancien dans l’ordre politique). Cette célébration est présidée par l’archevêque de Buenos Aires qui était aussi, jusqu’à il y a quelques années, le primat d’Argentine (ce qu’il n’est plus depuis que le pape François a déplacé le siège primatial dans une province lointaine mais plus anciennement christianisée que l’actuelle capitale fédérale).

"L'Eglise a condamné l'intolérance et appelé
à respecter la diversité", dit le gros titre en rouge
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Cette année, on a entendu dire que Javier Milei pourrait ne pas assister à la cérémonie. En effet, il est notoirement en froid avec l’Église catholique, à laquelle il préfère les évangéliques d’ultra-droite façon Trump, qui ont, eux, le bon goût de ne s’embarrasser d’aucune doctrine sociale accrochée à l’Évangile. Le jour J, Milei s’est bien rendu à la célébration. C’est qu’il aimerait bien faire venir le pape en Argentine, un pape qui, lorsqu’il était argentin et que le gouvernement n’était pas libertarien, n’est finalement jamais venu malgré de nombreuses invitations très officielles et beaucoup d’espoirs douchés… Milei avait donc toutes les raisons de ne pas manquer à la coutume, quoi qu’il pense par ailleurs des évêques argentins. Il s’est bien rendu à pied, selon la coutume établie, de la Casa Rosada à la cathédrale, entouré des figures politiques qu’il privilégie dans le paysage national actuel. Tout le monde a pu remarquer que la vice-présidente avait été exclue des invités au Te Deum, ce qui est sans doute une première et prouve, s’il en était encore besoin, la profondeur des dissensions au sein du clan présidentiel.

"L'Eglise a donné à Milei un avertissement
au sujet du démembrement de la société", dit le gros titre
La photo principale montre Milei saluant
avec sa sœur à son côté sur le balcon de la Casa Rosada
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A la cathédrale, Milei a rendu hommage au général José de San Martín (1778-1850), qui y est enterré dans une chapelle latérale, et, assis seul devant l’assemblée, sans sa sempiternelle sœur à ses côtés, ce qui fait irrésistiblement penser à un couple incestueux, dans tant d’occasions, y compris hier à d’autres moments de la journée, au Cabildo puis au balcon de la Casa Rosada – donc pas de ça dans la cathédrale !-, Milei a participé à la prière et dû écouter l’homélie traditionnelle.

Pour l’occasion, Monseigneur Jorge García Cueva n’a pas ménagé l’homme assis tout seul devant lui, en bas de l’estrade d’où il s’exprimait. « Nul ne peut se sauver tout seul », a-t-il déclaré, comme les années précédentes d’ailleurs, depuis que Milei est aux affaires. Il a entre autres appeler à arrêter l’usage « terroriste » des réseaux sociaux (Milei s’en sert comme Trump pour répandre des mensonges et insulter, voire menacer tous ceux qui osent le critiquer, la presse au premier chef), à abandonner l’individualisme et la politique du chacun pour soi et à renouer avec la solidarité en actes, de tous avec tous, qui a forgé la nation et sans laquelle la pays risque de s’effondrer. L’archevêque a aussi pourfendu la stratégie délibérée du gouvernement de stigmatiser systématiquement tous ceux qui s’opposent à ses projets et à ses propos, ce qui aboutit à la division du corps social et politique du pays, une attitude visible à l’œil nu puisque la vice-présidente n’était même pas là. Bref, Milei en a pris pour son grade et c’est bien ainsi que tout le monde, à droite comme à gauche, a interprété les propos du prélat.

"Face à Milei, l'Eglise a demandé le dialogue
et appelé à cesser de "polariser par le discours"",
dit le gros titre
La photo principale est réservée à Milei au balcon
En haut, à droite, un article consacré à la fin
du "Late show" de Stephen Colbert sur un canal de télévision
aux Etats-Unis, censuré par Trump dont il ose rire...
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Milei a néanmoins tenté de faire bonne figure. Dans la suite de la journée, où il a tenté de jouer les vedettes, comme s’il était la reine (ou le roi) d’Angleterre à son propre jubilé, Milei a fait des commentaires lénifiants sur les propos de Monseigneur García Cueva, prétendant y voir une offre de dialogue et d’intermédiation de l’Église entre lui et la partie (croissante) de la société qui ne comprend rien à sa politique. En réalité, elle la comprend très bien et elle la rejette catégoriquement.

Il est assez rare qu’un haut dignitaire de l’Église catholique use d’une telle force pour mettre les points sur les I et sur les J ainsi que les barres sur les T pour que personne ne puisse se méprendre sur le sens de ce qu’il dit. En général, l’homélie est un peu plus enrobée, un peu plus diplomatique...

Plusieurs quotidiens publient aujourd’hui l’intégralité de l’homélie, Clarín et La Nación parmi eux.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 sur le Te Deum
lire l’article de Página/12 sur la nouvelle décision du gouvernement : désormais les handicapés qui voyagent en car longue distance ne pourront plus se faire rembourser leur titre de transport par l’État (c’était l’une des expressions de la solidarité nationale avec cette population désavantagée et c’est fini)
lire l’entrefilet de La Prensa sur le Te Deum
lire l’entrefilet de La Prensa sur les déclarations postérieures de Milei
lire l’article de Clarín sur le Te Deum
lire l’article de La Nación sur le Te Deum
lire l’article de La Nación sur les commentaires de Milei
lire l’analyse de ce Te Deum 2026 que fait, dans La Nación, son excellent chroniqueur religieux Mariano De Vedia
lire l’intégralité de l’homélie publiée par AICA, l’agence de presse catholique argentine.

Ajout du 27 mai 2026 :

lire cette analyse de ce qu’il s’est passé au Te Deum par l’éditorialiste politique de La Nación, Joaquin Morales Solá, illustrée par Alfredo Sábat

Dessin de Alfredo Sábat pour La Nación aujourd'hui, 27 mai 2026

Ajout du 28 mai 2026 :

lire ce billet d’opinion de La Nación qui analyse le tremblement de terre que l’homélie de lundi semble avoir été au sein du clan libertarien qui entoure et soutient le président.

samedi 23 mai 2026

Le pourquoi des rencontres de Milei avec Peter Thiel [Actu]

"Le véritable grand frère", dit le gros titre
en référence à une émission populaire, El Gran Hermano
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Le ministère du Capital humain vient d’annoncer un projet d’intelligence artificiel qui utilisera les données des Argentins dont disposent les services publics sous prétexte de rendre plus fluides la gestion de l’État et la définition des politiques publiques. D’après la ministre, il s’agit de doter l’État d’une capacité d’anticipation qu’il n’aurait pas aujourd’hui.

Seul Página/12 se fait l’écho ce matin de ce projet qui laisse craindre les pires dérives, notamment de surveillance de la population. On peut aussi imaginer, vu ce que le personnage montre de lui-même depuis son arrivée au pouvoir, que Javier Milei peut avoir des intérêts économiques dans cette affaire, alors qu’il a reçu officiellement à deux reprises Peter Thiel, le magnat nord-américain qui fait commerce d’à peu près tout ce qui peut exister sous le ciel et dirige Palantir, la société de surveillance généralisée. Pour assurer la confidentialité de ces conversations, Milei avait même interdit l’accès à la Casa Rosada aux journalistes accrédités sous des prétextes fantaisistes...

Le même jour, la presse argentine rapporter la confirmation de la découverte dans le portable du conseiller en crypto-monnaie de Milei d’un contrat qui attribuait 5 millions de dollars au président et à sa sœur si Milei promouvait la monnaie $ Libra d’un financier états-unien, ce qu’il a fait. A partir de là, on peut tout imaginer et la rédaction de Página/12 tire donc le signal d’alarme.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 sur le projet d’IA du ministère du Capital humain
lire l’article de Página/12 sur le contrat de 5 millions de dollars pour Milei
lire l’article de La Nación sur ce contrat.

vendredi 22 mai 2026

Les Prix Tango 21e siècle ont été remis hier [à l’affiche]

Tous les artistes primés cette année
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Hier, à Hasta Trilce, une salle qui accueille souvent des soirées de musique populaire à Buenos Aires, la seconde cérémonie des Premios Tango Siglo XXI s’est tenue en présence de la chanteuse Amelita Baltar, ancienne compagne et muse de Astor Piazzolla, créatrice de Balada para un loco et autre Chiquilín de Bachín, sur des textes du génial et regretté Horacio Ferrer. A 85 ans et avec une trajectoire artistique bien à elle, elle a reçu un hommage spécial pour l’ensemble de sa carrière (Félicitations, Madame !)(1)

Amelita Baltar hier à Hasta Trilce
(Il ne doit pas faire chaud en ce moment à Buenos Aires)

La crème du tango contemporain était réunie là, dont plusieurs de mes amis dont vous entendez moins parler dans ce blog depuis que Javier Milei est arrivé aux affaires et qu’il détruit systématiquement les conditions de développement d’une vie culturelle et artistique populaire qui tienne la route sur le plan économique.

Parmi eux, le chanteur Cucuza Castiello (sur la photo d’ensemble, c’est le chauve habillé en noir, au premier rang, à gauche).

Cucuza hier

Ces prix permettent aux « professionnels de la profession » de ne pas dépendre uniquement des institutions bien établies et d’accompagner l’évolution des métiers au plus près des aventures artistiques actuelles en couvrant l’ensemble du genre, ce qui n’est pas toujours le cas des prix traditionnels.

La liste des catégories est longue, puisqu’elle couvre toute l’expression tanguera, compositeurs, musiciens, chanteurs, orchestres, danseurs, etc. Les listes des récompensés est trop longue pour que je la répète ici mais La Nación a intégré à son compte-rendu sur son site toutes les vidéos de la soirée. Vous pouvez donc en profiter presque comme si vous y étiez !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12
lire l’article de Tiempo Ar, un journal digital
consulter l’article de La Nación et régalez-vous !

Ce soir et demain, la France propose la Noche de las Ideas à Buenos Aires et ailleurs [à l’affiche]


A travers ses représentations diplomatique et culturelle, la France propose ce soir et demain, les 22 et 23 mai 2026, à l’avant-veille de la fête nationale du 25 Mai, des rencontres et des débats philosophiques et politiques dans plusieurs grandes villes d’Argentine, à Buenos Aires (au Teatro Colón, mazette !), à Mendoza, à Córdoba (dont l’université est la plus ancienne du pays), à Rosario, Santa Fe, La Plata, Mar del Plata, Tandil, Pinamar et Jujuy. Jusqu'à présent, la manifestation n'existait que dans la capitale fédérale. Pour ses dix ans, elle se décentralise...

L’ambassade a fait venir pour l’occasion des intellectuels français.

C’est la dixième manifestation de cette nature et certaines soirées tourneront autour du 50e anniversaire du coup d’État de Videla et consorts, en mars 1976.

Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

Bien entendu, dans le contexte politique glauque qui est le nôtre, l’expression, ultra-festive il y a dix ans, de « nuit des idées », sonne de bien mauvais augure lorsque toute la vie intellectuelle, culturelle et scientifique est menacée et définancée partout en Argentine et qu’elle est aussi menacée d’extinction en France même !

Dans la même édition de Página/12, on trouve donc une Une sur ces soirées de débat dans le supplément culturel quotidien, Cultura & Espectáculos, et un billet de dernière page, qui raconte le dernier épisode en date de la saga Bolloré, à savoir l’éviction de Pierre Nora de la direction des Éditions Grasset au profit d’un homme d’affaires et de confiance de l’oligarque réactionnaire catho-breton qui a mis la main sur l’ensemble du groupe Hachette sans que notre parlement et notre exécutif ne fassent rien pour éviter la constitution de dangereux bastions hégémoniques de l’information (ou de la désinformation) et de la culture, comme cela a été le cas il y a un demi-siècle lorsque le groupe Hersant a été démantelé.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 sur la Noche de las Ideas
lire le billet de Página/12 sur la situation culturelle en France
consulter le site Internet de la Noche de las Ideas