vendredi 24 avril 2026

C’est pas beau de copier sur le voisin [Actu]

"Interdit d'entrer sans perruque", dit le gros titre
sur un montage photographique
(il n'y a aucune grille aussi loin de la façade de la Casa Rosada)
La peluca du titre est un mot-clé pour désigner Mileí et les libertariens
sans doute à cause de la tignasse du président
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De retour de Jérusalem où il a tenu des propos incendiaires contre l’Iran, à propos duquel il a déclaré que l’Argentine (pays traditionnellement neutre) était en guerre (sic), le Liban (le Hezbollah) et Gaza (le Hamas) et promis une nouvelle fois d’installer l’ambassade à Jérusalem (re-sic), qui se trouve, ne l’oublions jamais, en territoire occupé (encore faudrait-il y trouver des locaux), avant d’allumer les torches de l’Indépendance de l’État hébreu, honneur insigne exceptionnellement accordé à un chef d’État étranger, Javier Milei est rentré à Buenos Aires où, pris d’un nouvel accès de trumpisme aigu, il n’a rien trouvé de plus urgent à faire que de rencontrer le patron de Palantir et parrain politique de J.D. Vance, l’oligarque facho-libertarien Peter Thiel venu passer deux mois dans son luxueux hôtel particulier portègne, et de fermer la Casa Rosada aux journalistes accrédités, sous prétexte de lutter contre de prétendues pratiques d’espionnage (exactement comme l’a fait Pete Hegseth au Pentagone).

"Ils ne passeront pas (les journalistes",
se moque la rédaction en utilisant le mot d'ordre
des communistes espagnols pendant la guerre civile
Remarquez la proximité de la façade derrière la grille
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En fait, surtout depuis que l’empereur Donald Ier est revenu à la Maison Blanche, le baron Milei n’en finit pas d’insulter la presse et de traiter les journalistes en ennemis, les jetant en pâture aux forces de l’ordre, de plus en plus brutales, quand ils couvrent des manifestations, ce qui se traduit souvent par du bris de matériel et des contusions, quand ce ne sont pas des blessures graves avec de lourds séjours hospitaliers à la clé.

Copie d'écran d'un message partagé par Milei :
"Excellente mesure : toutes les accréditations
ont été retirées aux journalistes de la Casa Rosada
pour espionnage illégal"
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Hasard ou coïncidence, il se trouve que certains détenteurs de la carte de presse découvrent, à la vitesse de l’éclair, des pratiques passibles des tribunaux chez le président et dans son entourage, du plus proche au plus éloigné. Ils mettent ainsi au jour de répugnants systèmes de corruption et d’atteinte à la probité de la part de Milei, de sa sœur, secrétaire-générale et Première dame réunies, de ses ministres, de ses conseillers et même de plusieurs libertariens élus au Congrès, avec ou sans la complicité de leurs assistants parlementaires. Or le président argentin continue de vouloir proclamer que les corrompus sont à chercher et encore plus à pourchasser dans les rangs de l’opposition et surtout pas de son côté. Comme Trump. Pourtant, le moins qu’on puisse dire est que ses prédécesseurs et leurs ministres, lorsqu’ils étaient corrompus, ce qui a certes pu arriver, avaient sinon assez de décence du moins suffisamment le sens de la loi pour dissimuler leurs forfaits sous plusieurs couches, plutôt hermétiques, de camouflage bien opaque. Milei et consorts, pas du tout ! Comme Trump, sa famille et toute leur clique.

Clarín préfère titre sur une décision judiciaire transitoire
qui suspend la suspension de la réforme du Code du travail
en appel... Le refus d'accès au palais présidentiel
pour la presse n'a droit qu'à un titre secondaire,
en haut, à droite : "Milei a fermé les portes de la Casa Rosada
à tous les journalistes"
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Avant la prestation de serment de ce personnage dépravé, l’Argentine occupait le 40e rang sur 180 pays analysables dans le classement de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. L’année dernière, elle n’était plus qu’au 66e rang. Aujourd’hui, elle se traîne à la 87e position. 47 places perdues en deux ans et demi à peine d’exercice du pouvoir ! Voilà ce qui s’appelle un exploit mais à l’opposé des promesses électorales du candidat à la tronçonneuse qui s’était engagé à en finir avec la corruption de la « caste » (on dirait peut-être « l’establishment » en bon franglais) pour faire régner la liberté (et la prospérité) dans tout le pays. A titre de comparaison, le Brésil voisin, après un mandat de Bolsonaro, était au 82e rang en 2024 et il a escaladé jusqu’à la 63e place en 2025.

Même politique à la rédaction de La Nación
à ceci près qu'il y a une photo et une photo très significative
sur cette Une
"La Casa Rosada interdit l'accès aux journalistes",
dit le titre secondaire sous la photo
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Ainsi donc, pour la liberté, on a vu : Milei mentait massivement. Comme Trump. Quant à la prospérité, au lendemain de la faillite de SanCor, tout le monde devrait désormais savoir à quoi s’en tenir ! Comme avec Trump.

Le FOPEA dénonce la décision d'interdire l'accès
des journalistes accrédités à la Casa Rosada,
dit le communiqué diffusé sur les réseaux sociaux
La photo représente le palais présidentiel
avec la statue de Belgrano (qu'on voit à peine)
et le drapeau qui l'accompagne
(puisque Belgrano est l'inventeur du drapeau national)
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C’est pas beau de copier sur le voisin...

L'homme debout : Qu'est-ce que Peter Thiel est venu faire en Argentine ?
L'autre : Je ne sais pas mais on lui a dit qu'ici, il y a de vastes gisements
d'un produit très utile pour ses affaires.
L'homme debout : Du lithium ? De l'eau ?
L'autre : De la crétinerie
Traduction © Denise Anne Clavilier
Dessin de Une de Página/12 ce matin
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© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :
lire l’article de Une de Página/12
lire l’entrefilet lilliputien de La Prensa (qui fait pourtant sa Une sur cette information)
lire l’article (un peu plus développé) de La Prensa sur la réaction officielle d’une organisation professionnelle, le Foro de Periodismo Argentino ou FOPEA (Forum du journalisme argentin).
lire l’article de Une de Clarín
lire l’article de Une de La Nación
consulter le classement international de la liberté de la presse sur le site de RSF

Deux Argentines portent plainte en Espagne pour l’exil forcé de leur aïeul, un combattant républicain [Actu]

"Grand-père Luis", dit le gros titre
au-dessus du document attestant la qualité
de combattant mobilisé du républicain espagnol
réfugié en Argentine
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Deux argentines de la Province de Buenos Aires ont porté plainte contre l’État espagnol, devant un tribunal de Barcelone, pour l’exil auquel leur grand-père, Luis Francisco Robles (Barcelona, 1905 – Avellaneda, 1984), versé dans une brigade républicaine pendant la guerre civile, a été contraint à l’exil par la répression menée par Franco et ses acolytes après leur victoire sur les institutions constitutionnelles espagnoles.

C’est une première et donc un précédent judiciaire. Les deux femmes, dont l’une est historienne et dirige le musée des Malouines de Avellaneda, dans la banlieue de Buenos Aires, s’appuient sur la loi espagnole de la mémoire démocratique de 2022, lorsque le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a décidé d’expulser le corps de Franco du mausolée de la Valle de los Caídos, qu’il a fait convertir en une nécropole pour les victimes des deux camps alors qu’il était consacré depuis 1975 à la seule gloire du Caudillo et de ses sbires, et d’exhumer l’histoire de la guerre civile espagnole ainsi que les blessures encore vives causées par les crimes contre l’humanité commis par la dictature franquiste, puisqu’ils sont inaliénables. Or l’exil de ce monsieur, en 1939, avec un grand nombre de Barcelonais et autres Catalans qui avaient combattu ou simplement milité pour la République espagnole, fait partie, pour ses petites-filles argentines, de ces crimes perpétrés contre la population locale.

Comme de bien entendu, seul Página/12 rend compte de cette information qui ouvre en Argentine une autre malle à souvenirs traumatiques, cette fois-ci pour les descendants des républicains espagnols qui ont pris le bateau pour débarquer à Buenos Aires en 1939 et les années suivantes. La dernière vague de migrants espagnols à venir former le peuple argentin. Qui descend des bateaux, selon une plaisanterie bien connue !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 (édition nationale)
lire l’article de Buenos Aires/12, édition locale de la Province de Buenos Aires

jeudi 23 avril 2026

La Feria del Libro fête ses cinquante ans [à l’affiche]

Une du supplément culturel de Página/12 aujourd'hui
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La Feria del Libro, traditionnel rendez-vous entre lecteurs, éditeurs et auteurs, ouvre ses portes aujourd’hui, à la Rural, le grand parc des expositions situé dans le quartier de Palermo, et fête ses cinquante ans d’existence.

De nombreux auteurs sont invités de très nombreux pays. La France, la Belgique, l’Allemagne et l’Ukraine seront entre autres représentées dans cette édition dont le pays invité d’honneur est le Pérou.

Un thème central cette année : le cinquantenaire du coup d’État de Videla et la mémoire blessée de toute cette société.

La manifestation se tient jusqu’au 11 mai prochain. Un long salon du livre comme on le voit, à faire pâlir d’envie son plus modeste équivalent parisien.

Les entrées sont de 8 000 pesos du lundi au jeudi et de 12 000 pesos du vendredi au dimanche.

Le passe pour trois jours coûte quant à lui 18 000 pesos.

Les visiteurs se voient offrir avec leur entrée payante des bons de réduction pour acheter des livres sur place ainsi qu’un chèque-cadeau de 12 000 pesos pour acheter des livres au cours de l’année, après la fermeture du salon, dans des librairies participantes.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :


Ajouts du 24 avril 2026 :
lire ce compte-rendu de Página/12 sur l’inauguration de la Feria, qui a pris cette année la forme d’une table-ronde entre trois participantes, une nouvelle formule qui remplace le traditionnel discours d’un unique invité d’honneur. Quand il est, comme tous les ans, monté au pupitre, le sous-ministre de la Culture a été passablement chahuté : cris, vociférations, sifflets… Belle prestation en revanche et très applaudie de l’auteur-compositeur interprète de rock Fito Páez en préambule
lire le compte-rendu de Clarín
lire le compte-rendu de La Nación

Une autre marque emblématique disparaît [Actu]

Une toute petite sélection des produits de la marque


SanCor avait été fondée en 1938 lorsque seize coopératives des provinces de Santa Fe et de Córdoba (d’où son nom) ont fusionné pour donner ce grand de l’industrie laitière argentine qui produisait de tout : des fromages variés (la notion de terroir n’est pas encore très développée en Argentine, ni pour les vins, ni pour les fromages, la production est donc industrielle), des préparations à tartiner, des yaourts, des laits nature ou parfumés, avec ou sans lactose, pour les bébés et pour les autres, des crèmes-dessert, des crèmes renversées et bien sûr du dulce de leche, dans les deux versions, le tartinable et le pastelero, qu’on emploie pour fourrer les gâteaux, notamment les alfarores (pour lesquels la notion de terroir commence à exister).

En haut, au-dessus du titre : "La fin d'une marque traditionnelle"
Gros titre : "Un autre lapin sorti du chapeau"
allusion à un autre prêt octroyé au Premier ministre
par un particulier aux revenus modestes
pour dissimuler ses opérations patrimoniales
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Depuis une dizaine d’années, l’entreprise traversait des difficultés mais jamais comme c’est le cas depuis deux ans. SanCor a été mis en redressement judiciaire en 2025 mais le cumul des dettes, qui s’élève maintenant à 120 millions de dollars contractés auprès de près de 3000 créanciers à quoi s’ajoutent les 8 mois de salaire non versés, a convaincu les administrateurs de retourner auprès du tribunal de commerce pour déclarer la maison en faillite.

L'entrepôt qui dessert la province de Buenos Aires
dans les années 1970 sans doute

Cette marque disparaît donc des rayons des magasins, elle faisait pourtant partie du paysage et du patrimoine industriel du pays. Elle était fiable et les produits étaient bons.

Le même de nos jours

SanCor s’ajoute donc à la longue liste des marques et des entreprises qui n’auront pas survécu au traitement de cheval imposé par le gouvernement à un pays qui se relevait difficilement du blocage de son économie pendant la pandémie.


Encore un désastre ! Mais à part ça, tout va bien en Argentine et nos journalistes économiques peuvent se réjouir et nous donner en exemple ces méthodes funeste qui détruisent le marché argentin.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de La Prensa
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación
Cette nuit, j’ai pu lire en lecture ouverte l’article de Página/12 mais j’ai découvert ce matin qu’il était passé en accès payant (réservé aux abonnés).

mercredi 22 avril 2026

Disparition d’un grand du cinéma argentin : Luis Puenzo [Actu]

"Le cinéma comme art de vivre", dit le gros titre
du supplément culturel quotidien de Página/12
sur cette photo du cinéaste
devant l'affiche du film multirécompensé
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Le 15 mars 1986, deux ans après le retour de la démocratie en Argentine, Luis Puenzo, qui vient de nous quitter à l’âge de 80 ans, aura été, le premier réalisateur argentin récompensé aux Oscars. Celui du meilleur film étranger pour un long-métrage de fiction qui a marqué l’histoire cinématographique et politique. C’est en effet dans La historia oficial que la thématique ultra-sensible des bébés volés, de la recherche de l’identité et de la vérité, celles qui caractérisent depuis cinquante ans la lutte de Abuelas de Plaza de Mayo, fait son entrée dans le patrimoine cinématographique argentin et mondial. Après Puenzo, seul un autre réalisateur argentin a eu droit au même honneur, Juan José Campanella, pour El secreto de sus ojos (Dans ses yeux en français), en 2009. La historia oficial fut aussi récompensée au festival de Cannes.

L’histoire officielle dont parle le titre, c’est le récit présenté par le régime pour justifier et travestir sa politique, un récit que le personnage principal commence par accepter comme une évidence. Peu à peu, cette femme, professeure d’histoire tranquille dont le mari entretient une amitié personnelle avec un criminel de la dictature, en vient à se douter que sa fille adoptive de cinq ans pourrait bien être celle de disparus politiques et elle s’embarque alors dans une quête exigeante et douloureuse, qui est, depuis les premiers soupçons de disparition en 1976, l’année même du putsch militaire, celle qui n’a pas cessé de travailler le pays tout entier.

La première affiche, à la sortie du film,
avant les récompenses internationales

Mais il n’y a pas que ce film dans la carrière de Luis Puenzo, il y en a beaucoup d’autres, et il n’y a pas non plus que la réalisation. Le cinéaste fut en effet l’un de ceux qui, parmi les professionnels, dont son aîné, le regretté Pino Solanas, mort du covid à Paris en novembre 2020, imaginèrent et mirent en forme la loi de 1994 sur le cinéma (sous Carlos Menem), une loi devenue lettre morte ou peu s’en faut avec le gouvernement libertarien actuel. En 2004, Puenzo fonda, avec d’autres, de la Academia de las Artes y Ciencias Cinematográficas de la Argentina. De 2019 à 2022, il fut enfin le président de l’INCAA, l’institut national du cinéma et des arts audiovisuels, qui, avant Javier Milei, avait pour mission d’encourager et de soutenir la création, la diffusion et la distribution cinématographiques et télévisuelles nationales et qui a été depuis dépouillé de son budget et de la plupart de ses compétences dans le secteur. Hélas pour lui, une cabale politique, venue de la gauche qui plus est, devait le conduire à démissionner de son poste, épisode final et douloureux que rappelle La Nación aujourd’hui. Luis Puenzo a enfin été également producteur de cinéma.

Né dans le quartier de Floresta en février 1946, à Buenos Aires, il a fait ses toutes premières armes dans la publicité où il s’est distingué par des très courts formats qui ont marqué les esprits avant d’écrire et de réaliser son premier long-métrage de fiction en 1973, quand l’histoire du pays basculait à nouveau dans la tragédie, trois ans avant le dernier coup d’État, celui de Videla et consorts. L’idée de La historia oficial, qui allait transformer sa vie et sa carrière, lui était venue dès 1982. Pour les besoins du projet, il se rapprocha de l’association Abuelas de Plaza de Mayo afin de comprendre la mécanique cynique qui avait conduit à ces crimes contre l’humanité, un système génocidaire que l’on connaissait encore très mal à la sortie de la dictature (10 décembre 1983). Le film fut tourné sous le mandat, démocratique, de Raúl Alfonsín.

Affiche française du film
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En 1992, en transportant l’action du roman dans un port d’Amérique du Sud, Luis Puenzo tourna une adaptation de La Peste de Camus, un film franco-britannico-argentin distribué par Gaumont, avec, entre autres, Sandrine Bonnaire et Jean-Marc Barr.

C’est donc une grande figure du 7e Art qui vient de disparaître, un jour après l'acteur Luis Brandoni, veillé puis porté en terre par le ban et l’arrière-ban de la culture et de la politique nationales. Aujourd’hui, la presse quotidienne ne dit pas un mot de la veillée funèbre et des obsèques qui pourtant se tiennent très vraisemblablement aujourd’hui. Sans doute Luis Puenzo n’avait-il pas le bon profil pour que la majorité politique actuelle, à Buenos Aires comme au niveau fédéral, lui ouvre les portes d’un salon institutionnel.

Le cinéaste a transmis le virus du cinéma à ses deux fils et ce patronyme n’a donc pas fini d’apparaître sur les génériques.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

Sur les Unes, la messe de Luján en mémoire de François, cérémonie qui a démontré par l’image la désunion féroce du pays, incapable de se réunir même pour ce motif, relègue ce matin la disparition du cinéaste dans les petites photos et les titres très secondaires.

mardi 21 avril 2026

L’hommage au pape François dans la presse en ce jour anniversaire [Act

Annonce de l'archidiocèse de Buenos Aires
pour la messe qui sera célébrée ce soir à 20h
à San José de Flores


Aujourd’hui marque le premier anniversaire de la mort de François. La presse argentine publie donc des articles commémoratifs de diverses natures tandis que plusieurs messes sont célébrées aux quatre coins du pays et principalement à Luján, la grande ville mariale argentine, et à Buenos Aires, dans la basilique de Flores où tout jeune homme, Jorge Bergoglio avait reçu sa vocation sacerdotale, un 21 septembre, qui correspond à la fête du printemps dans l’hémisphère sud.

Programme de la journée à San José de Flores
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A Flores, la messe sera accompagnée de la plantation d’un olivier et du dévoilement d’une œuvre murale en style mosaïque représentant François, qui sera d’ici quelques jours installée dans la station de métro la plus proche, celle qui porte le nom de ce quartier, pour que tout le monde en profite. La même chose existe en hommage à Carlos Gardel dans le centre de Buenos Aires à la station Abasto, quartier où le chanteur a grandi, où il a fait ses débuts artistiques et où il a vécu adulte, avec sa mère, jusqu’à la fin.

La dernière interview accordée à La Nación
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Pour l’occasion, La Nación a puisé dans ses archives et en a ressorti la dernière interview donnée par le Saint-Père à Elizabetta Piqué, sa correspondante en Italie. L’entretien a eu lieu en 2023 dans la bibliothèque de l’appartement pontifical et il a été filmé. Le défunt pape y aborde en particulier son hostilité à la « théorie du genre », étrange attitude que la sienne puisque la dite théorie n’existe nulle part. Il ne s’agit que du nom - erroné - que les médias ou certaines officines réactionnaires ont donné à un ensemble de phénomènes sociaux et culturels touchant les évolutions récentes de la conception des identités sexuelles des hommes et des femmes dans les pays de culture européenne, américano-européenne, japonaise et sud-coréenne et le regard nouveau qu’une partie croissante de ces sociétés porte sur le mal-être dont elle constate qu’une minorité de leurs membres souffre en lien avec l’identité sexuelle qui leur a été assignée à la naissance.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de La Nación sur Manuel Adorni, le Premier ministre toujours englué dans les scandales immobiliers et patrimoniaux, qui prendra la tête de la délégation gouvernementale pour assister à la célébration eucharistique de Luján. Pour l’anecdote, rappelons que l’ancien archevêque de Buenos Aires était l’un des grands dénonciateurs de la corruption qui ravage les institutions publiques en Argentine et que le même homme, après son élection au trône de saint Pierre, a poursuivi ce combat au Vatican.

Adorni et son patrimoine : plus ça va, moins ça colle [Actu]

"Je suis un lion quand j'achète des apparts",
dit le gros titre
sur une photo de Adorni triomphant
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L’instruction continue sur les achats fonciers et immobiliers irréguliers effectués récemment par le couple formé par le Premier ministre, Manuel Adorni, et son épouse, acquisitions qu’ils ont « oublié » de mentionner dans les déclarations de patrimoine qu’ils étaient légalement tenus de faire.

Hier, devant le juge d’instruction, la directrice de l’agence immobilière qui a opéré la vente de l’appartement qu’ils possèdent dans le quartier de Caballito, à Buenos Aires, a reconnu que le couple Adorni l’avait acheté à un prix très largement inférieur à celui du marché.

Une de l'édition de la province de Buenos Aires
de Página/12 hier
"Des questions pour Adorni", dit le gros titre
sur une photo plus maussade du ministre
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Ainsi donc, à chaque audition, la situation des époux s’aggrave. Cela n’empêche pas le président et sa sœur de maintenir leur soutien politique à Manuel Adorni, lequel continue avec un aplomb stupéfiant d’affecter en public une grande assurance. Combien de temps pourra-t-il encore se maintenir en fonction ?

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lundi 20 avril 2026

María Nieves ne dansera jamais plus sur scène [Actu]

María Nieves vers 2023-2024


María Nieves était dans sa 92e année. La grande danseuse est morte hier, dimanche 19 avril 2026. Connue dans toute l’Amérique latine et, au-delà, dans toute l’hémisphère nord comme la co-vedette du spectacle Tango Argentino qui avait parcouru le monde pendant les années 1990, quand le président Carlos Menem finançait sans compter ces grandes productions somptueuses destinées aux publics étrangers, au point que des médias de chez nous lui ont rendu hommage ce matin : Le Figaro, RFI ou RTS, entre autres titres.

María Nieves avait partagé la scène avec son partenaire d’excellence, Juan Carlos Copes, qui avait aussi été son mari avant des séparations et des réconciliations qui ont finalement abouti à un divorce définitif. Lui est mort du covid pendant la pandémie et elle a poursuivi sa carrière presque jusqu’à la fin, obtenant des hommages mérités au Festival International de Tango de la Ville de Buenos Aires en 2023 et à la Academia Nacional del Tango de la República Argentina l’année suivante, toujours dans le cadre du festival.

María Nieves avec Gabriel Soria, président de la Academia Nacional del Tango
Soirée autour de la danseuse en 2024 au Salón de los Angelitos Horacio Ferrer

Elle avait aussi consacré beaucoup d’énergie à la transmission de son art aux générations suivantes. Cette femme née dans une famille nombreuse très humble était connue pour son caractère joyeux et rieur.

Une grande dame s’en est allée. Elle sera veillée au Salón Montevideo de la Legislatura de Buenos Aires, après la veillée autour de son cadet, l’acteur Luis Brandoni, décédé ce matin.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :


Ajouts du 21 avril 2026 :
lire l’article de La Prensa
lire l’article de La Nación publié dès dimanche mais impossible à trouver sur le site hier (même en cherchant bien)

Hommage à Jorge Donn au BAFICI [à l’affiche]

Jorge Donn dans la scène finale
de Les uns et les autres de Claude Lelouch


Indissociable de l’œuvre et de la vie de Maurice Béjart (Marseille, 1927 – Lausanne, 2007), dont il fut à la fois le danseur inspirateur et l’amant (en tout cas, l’un d’entre eux), Jorge Donn était né en Argentine, du côté de Morón dans la banlieue populaire à l’ouest de la capitale, Buenos Aires, en 1947. Il est décédé en 1992, à Lausanne, en Suisse, où il avait suivi le chorégraphe lorsque celui-ci, privé de ses subventions publiques au Théâtre de la Monnaie, à Bruxelles, suite à un changement de direction générale, s’y installa avec le Ballet du XXe Siècle mué en Béjart Ballet Lausanne.

Formé à la danse classique au Teatro Colón, où il avait rencontré le Ballet du XXe Siècle en tournée en 1963, Jorge Donn (1) a fait toute sa carrière avec Béjart, presque jusqu’à sa mort, et n’a réalisé que quelques courtes excursions dans son pays natal. Il y a fait forte impression notamment en 1981, lors de la sortie en Argentine du film de Claude Lelouch, Les uns et les autres, où il joue le rôle d’un grand danseur soviétique du Bolchoï qui meurt au combat pendant la « Grande Guerre Patriotique » puis de son fils, autre grand danseur, qui choisit la liberté en France, comme le fit Rudolf Noureiev, et participe à la grande soirée finale du film, au pied de la Tour Eiffel, qui rassemble tous les artistes dont le film a suivi les épopées familiales depuis l’accession au pouvoir d’Hitler et où il danse le Boléro de Ravel, dans la version splendide qu’en donna Béjart, et dans une émission de télévision, où il était l’invité du grand chanteur de tango, Robert Goyeneche, dit El Polaco, et dont les Argentins qui l’ont vu se souviennent encore !

Jorge Donn et El Polaco pendant l'émission
(archive de la télévision argentine intégrée au documentaire)

Deux cinéastes ont rassemblé des archives sur et autour de Jorge Donn pour monter un documentaire intitulé Donn, instrumento de Dios (une paraphrase du titre d’un des ballets de Béjart, en hommage au grand danseur des Ballets Russes, Vaslav Nijinski, rôle créé par et pour Donn). On y suit l’artiste dans son métier, l’exercice de son art et sa vie personnelle, dominée par la relation complexe avec son Prométhée qui n’était pas d’une fidélité à toute épreuve à son égard.

Vendredi 17 avril 2026, le documentaire est sorti en Argentine dans le cadre du festival du cinéma de Buenos Aires, le BAFICI, qui se tient depuis une semaine dans la capitale argentine.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de La Nación
lire la présentation du film sur le site du festival



(1) Il doit son nom à sa mère dont la légende dit qu’arrivée toute petite en Argentine, elle ne savait prononcer que ce mot lorsqu’on lui demandait son nom, qu’elle ne connaissait pas encore, et qu’on a donc fini par donner à la famille toute entière. Le Don est ce fleuve qui coule de la Russie vers l’Ukraine, en arrosant au passage la ville de Rostov-sur-le-Don (Russie) et en laissant son nom à son bassin principal, le Donbass (Ukraine). Les Donn étaient une famille juive venue d’Ukraine. Jusqu’à leur fuite vers l’Amérique du Sud, ils avaient vécu dans la zone dite « de résidence », où, sous le régime tsariste, tous les juifs de l’empire avaient obligation de résider. Cette zone correspondait à la ceinture occidentale de l’empire russe, une zone frontière qui allait de l’Estonie au nord à l’Ukraine au sud (hors péninsule de Crimée).

Entre teuf et rave : l’hommage à François devant « sa » cathédrale [à l’affiche]

"François vit dans la rencontre", telle est le nom de la fête


Samedi 18 avril 2026, on a fait la fête sur Plaza de Mayo au bord de laquelle se dresse la cathédrale de Buenos Aires : il s’agissait de rendre hommage au pape François, qui fut aussi l’archevêque de la ville, à l’occasion du premier anniversaire de sa disparition, le 21 avril 2025, un Lundi de Pâques au petit matin.

Vue de drone de Plaza de Mayo
En bleu profond : la scène de DJ Padre Guilherme
En bleu clair, le Cabildo, l'hôtel de ville colonial,
aujourd'hui musée de la Révolution
Le fronton de temps grec à gauche, c'est la façade de la cathédrale
(la façade est inspirée de la Madeleine à Paris)

La fête, énorme et très populaire, faisait partie d’une tournée mondiale d’un prêtre DJ, un Portugais dont la vie et la mission religieuse ont été transformées, dit-il, par l’enseignement du pape argentin. Avec ses platines et ses montages de pensées spirituelles, au milieu des jeux de lumière et des projections aux couleurs éclatantes, DJ Padre Guilherme a fait danser jusqu’à pas d’heure une foule dense (100 000 personnes estimées), en préambule de quatre jours pendant lesquels les catholiques argentins se recueillent dans le souvenir du pontife défunt.

Une des projections géantes de la soirée :
"Merci, pape François. Intercède pour nous"
On est ici dans une formule de prière qui tend à introduire
une future démarche pour faire reconnaître le Saint Père défunt
comme Serviteur de Dieu, la première étape du procès de canonisation

Les célébrations culmineront demain, le 21 avril 2026, à la basilique de Luján, où l’on vénère la sainte patronne du pays, une Vierge miraculeuse qui a choisi de faire sa demeure dans ce coin perdu d’Argentine au 17e siècle. Tous les évêques du pays se retrouveront sur place pour une messe solennelle. Ils y tiennent déjà l’assemblée générale de la Conférence épiscopale argentine. Luján se trouve à 70 km environ à l’ouest de Buenos Aires. C’est une sorte de Lourdes argentine.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Clarín sur la fête de samedi dernier
lire l’article de Infovaticana sur le même sujet
lire l’article de Página/12 sur les différentes célébrations du premier anniversaire de la mort de François

Ajout du 24 avril 2026 :

Sans Torquemada, cet hommage au pape argentin eut été incomplet, n’est-il pas ? C’est donc le journal de droite réactionnaire La Prensa qui nous offre, sur un plateau d’argent, la touche florentino-fondamentaliste qui nous manquait sous la forme d’une acrimonieuse lettre ouverte à la Conférence épiscopale argentine, conclue de surcroît par la devise jésuite en orthographe latine archaïsante, s’il vous plaît, Ad maiorem Dei gloria (pour la plus grande gloire de Dieu). Déjà en soi, le latin, ce n’est pas la pointe de la modernité mais avec cette graphie en prime !
Par-dessus le marché, l’auteur ne se présente même pas comme membre de la Compagnie de Jésus. S’il l’était, cela l’autoriserait à emprunter sans forfanterie cette formule que pouvait employer à juste titre le pape François, puisque, avant le conclave, il était jésuite (il a cessé de l’être après).
A ce sujet, lire le billet d’opinion de La Prensa

Le comédien Luis Brandoni a quitté la scène [Actu]

Faire-part de l'association des acteurs argentins sur ses réseaux sociaux


Tôt ce matin, après que les quotidiens aient tous bouclé leur édition papier, l’acteur et comédien Luis Brandoni est décédé dans une clinique de Villa Crespo, dans l’ouest de Buenos Aires. Il avait 86 ans et une soixantaine d’années de carrière derrière lui. Il était hospitalisé depuis une dizaine de jours après avoir fait chez lui une chute qui l’avait blessé à la tête. Après quelques jours d’espoir au point qu’on avait cru qu’il aurait été capable mercredi prochain, le 22 avril, de remonter sur les planches dans son spectacle en cours, son état s’était soudain aggravé, inquiétant vivement son entourage au point que l’issue fatale n’est pas vraiment une surprise. Elle arrive cependant trop tard pour qu’il ait les Unes des journaux.

Une du supplément culturel quotidien de Página/12
du lendemain (21 avril 2026)
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Sa veillée funèbre se tient en ce moment à la Legislatura de Buenos Aires, tout près de Plaza de Mayo. Après la levée du corps dont l’heure semble avoir été remontée (il était prévu que la veillée se prolongerait jusqu’à minuit aujourd’hui), le même Salón Montevideo doit accueillir vers 17h le cercueil de la danseuse María Nieves. En fin de journée, le corps du comédien sera porté en terre au cimetière de la Chacarita, à l’extrême-ouest de Buenos Aires, dans le caveau de l’Association des Acteurs argentins dont il était membre.

Les nécrologies, parfois plusieurs articles l’un derrière l’autre dans tel ou tel quotidien, retracent sa carrière au cinéma, à la télévision et au théâtre, où il jouait donc juste avant sa chute fatale. Quelques articles abordent ses positions politiques. Dans les années 1970, il avait en effet subi la persécution péroniste de la Triple A (un groupement illégal de barbouzes fondé par Isabel Perón au retour de son mari au pouvoir afin de pourchasser les « communistes » de la manière forte). Brandoni avait dû s’exiler pendant plusieurs années mais il n’en avait pas moins connu la prison pour son engagement politique non pas au sein du parti communiste mais chez les radicaux, des nationalistes alors encore à gauche (ou au centre-gauche) et passé maintenant à droite au point que nombre d’entre eux font actuellement la courte échelle à Javier Milei.

Une de Clarín du lendemain, le 21 avril 2026
Les titreurs ont fait de gros efforts de mise en page
pour l'occasion...
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Au retour de la démocratie, en 1983, Brandoni avait soutenu la présidence du radical Raúl Alfonsín. Ces dernières années, il avait soutenu l’ultra-libéral Mauricio Macri, en exprimant une acrimonie assez fielleuse envers Cristina Kirchner et ses soutiens. La situation actuelle et la personnalité incohérente et inconséquente de Javier Mileí semblaient l’inquiéter au plus haut degré pour l’avenir du pays.

Une de La Nación le lendemain, 21 avril 2026
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Luis Brandoni rêvait de faire du théâtre jusqu’au dernier jour. Il aura été presque exaucé… Ce matin, sa disparition a davantage inspiré la presse de droite que celle de gauche/

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12
lire l’article de La Prensa
lire l’article principal de Clarín
lire l’article principal de La Nación