jeudi 16 juillet 2026

La Mano de Dios à la sauce 2026 [Actu]

Une fois n'est pas coutume : c'est donc la Une
de La Prensa qui ouvre cet article...
pour cette pointe d'humour dont le journal n'est pas coutumier
Il a osé paraphraser l'hymne national pour faire un jeu de mot
Si, si !
Le dernier vers de la strophe principale :
A sus plantas rendido un león
([avec] un lion à ses pieds)
Et en plus, on peut le chanter (la métrique est parfaite)
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Quarante ans après, les équipes d’Argentine et d’Angleterre se retrouvaient hier dans une coupe du monde.

"Pour les Malouines,
Pour Diego,
Pour le dernier [Mundial] de Leo"
clame le gros titre
avec une structure de Une bousculée
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En 1986, au Mexique, quelques années après la fin de la guerre des Malouines (mai-juin 1982) et la victoire militaire de la Grande-Bretagne qui avait repris le contrôle territorial de l’archipel, Diego Maradona avait utilisé sa main pour marquer un but et l avait expliqué ensuite aux journalistes qu’il s’agissait de la « main de Dieu », une allusion politique très claire à sa prise de position en faveur du droit inaliénable de l’Argentine sur ces îles, prises par la force, par surprise et sans déclaration de guerre par une escadre de la Royal Navy en janvier 1833.

"La manivelle de Dieu", dit le gros titre
de ce quotidien du ballon rond du groupe Clarín

Aujourd’hui, Maradona n’est plus et Messi va prendre sa retraite de joueur international à l’issue de la compétition. Le score d’hier, 1 pour l’Angleterre et 2 pour l’Argentine, sonne donc comme une nouvelle victoire qui compense, sur le terrain de foot, la cruelle double défaite sur le champ de bataille en 1833 et en 1982.

Une photo de Mike Steward pour l'agence AP

Malgré les interdictions prononcées par la FIFA, qui refuse les déclarations politiques au cours de ses compétitions mais offre à Donald Trump un prix de la Paix créé pour lui, les joueurs argentins ont étendu sur la pelouse d’Atlanta une toile sur laquelle on lisait clairement la formule argentine rituelle : Las Malvinas son argentinas. Or il se trouve que Milei est hostile à cette revendication, qu’il ne cache pas son admiration et sa tendresse pour feue Margaret Thatcher, celle-là même qui a lancé sa marine contre l’Argentine en 1982, et tente actuellement de capituler en douce devant Londres : il est visiblement prêt à abandonner la souveraineté nationale de jure sur ces îles et à reconnaître comme légitime la situation de facto.

Vignette de Miguel Rep pour Página/12 ce matin
"Pardon, ma chère Margaret. Pardon. Des vrais sauvages",
déplore Milei
Traduction © Denise Anne Clavilier

D’où un malaise palpable du côté présidentiel, chez lui et chez sa sœur, ainsi que pour le reste du gouvernement tandis que la vice-présidente, en froid avec eux, a profité de l’événement pour faire entendre sa voix divergente et essayer de récolter du même coup un peu d’approbation populaire. Quel spectacle lamentable !

Miracle au football, maintenant, pour la 4e fois,
dit le gros titre
sur une Une elle aussi déstructurée
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Milei a annoncé qu’il ne ferait pas le déplacement aux États-Unis pour assister à la finale contre l’Espagne. Pour quelqu’un qui prétend avoir été gardien de but, c’est particulièrement minable. Dimanche, le roi Felipe, qu’on a vu récemment dans la télé, chez lui, fêter la victoire sur la France, en compagnie de la reine, de la princesse des Asturies et de l’Infante, tous les quatre revêtus du maillot de la sélection, sera donc probablement le seul chef de l’État dans les tribunes.

Nul besoin de traduire
Encore une Une déstructurée pour l'occasion
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Inutile de vous dire qu’en Argentine, tous les titres de presse consacrent plusieurs pages à l’événement. Si l’heure n’est évidemment pas à l’humilité, les jeux de mots se bousculent sur les Unes triomphantes.

"Las Malvinas son argentinas", projection sur le balcon de
l'ancienne présidente de gauche, Cristina Kirchner,
qui est sortie pour saluer la foule
régulièrement présente au pied de son immeuble pour la soutenir,
depuis qu'elle est détenue à domicile, pour un dossier vide contre elle
La carte de l'archipel accompagne la formule rituelle
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© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

Jamais mieux servi que par soi-même [Actu]

"Des juges sur mesure", dit le gros titre
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Au début de la semaine, le président Javier Milei a nommé deux magistrats qui siégeront au sein de la cour fédérale de Buenos Aires qui devra juger le scandale de la $Libra, cette crypto-monnaie promue personnellement par le chef de l’État sur ses réseaux sociaux et qui n’a pas tardé à révéler son caractère d’escroquerie puisque la valeur a bénéficié des investissements des crédules qui ont cru aux messages présidentiels et s’est effondrée cinq heures plus tard.

Qui plus est, l’enquête qui s’en est suivie a mis au jour des accords entre le président et sa sœur d’une part et les initiateurs de l’escroquerie qui devaient permettre des enrichissements personnels conséquents pour le frère et la sœur (plusieurs millions de dollars).

"Milei a complété le tribunal qui traitera
le dossier $Libra : il a choisi Yadarola et Bertuzzi",
dit le gros titre
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Au bout de trois ans d’exercice du pouvoir, on sait très bien maintenant comment Milei se comporte à la tête de l’exécutif et qu’il se sert de son mandat pour veiller avant tout à ses propres intérêts et à ceux de quelques alliés. Il y a donc fort à parier que ces juges ont été nommés pour enterrer cette affaire, comme ont été enterrées celles qui impliquaient le précédent président de droite, Mauricio Macri, tandis que les affaires qui concernent les dirigeants de gauche vont jusqu’à leur condamnation, même si les dossiers sont vides.

Il reste à espérer, mais il est raisonnable d’en douter, que ces deux professionnels ont encore assez de probité et de sens de l’honneur pour se récuser s’ils sont appelés à se charger de ce dossier et pour laisser la procédure aller à son terme comme il se doit en démocratie.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

Ce mois-ci, Caras y Caretas rend hommage à El Indio [Disques & Livres]

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En juillet, la revue Caras y Caretas, qui appartient au groupe Octubre comme Página/12, consacre la majeure partie de son édition à un hommage à Carlos « El Indio » Solari, éminent représentant du rock argentin décédé au début de ce mois.

Un certain nombre d’articles sont à lire sur le site Web du magazine.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

vendredi 10 juillet 2026

Au Te Deum de l’Indépendance, Milei se fait sonner les cloches [Actu]

"Que l'injustice ne te soit pas indifférente", dit le gros titre
en citant l'archevêque dans son homélie hier
devant un Milei seul au premier rang, comme le mauvais élève
qui se fait taper sur les doigts
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Hier, 9 juillet, c’était l’anniversaire de la déclaration d’indépendance, votée en 1816 à Tucumán, par une poignée d’élus venus de toute l’Argentine d’alors. A cette occasion, il est d’usage que le chef de l’État assiste à la cathédrale de Tucumán ou de Buenos Aires à un Te Deum. En l’occurrence, ce fut à la cathédrale de Buenos Aires et dans son homélie, l’archevêque n’a pas mâché ses mots.

"Te Deum : l'Eglise dénonce les refuges de la
corruption dans le monde politique", dit le gros titre
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Monseigneur García Cueva a rappelé à Javier Milei qu’il devait garantir l’union des Argentins et écouter tous les habitants du pays, notamment les plus fragiles, les plus vulnérables, les malades, les invalides, les retraités, les enfants des familles défavorisés, les chômeurs, les immigrés venus trouver en Argentine une vie un peu plus prospère que dans leur pays d’origine (Pérou, Colombie, Paraguay, surtout), etc. En effet, la politique menée par ce gouvernement a aggravé la situation de toutes ces catégories : les hôpitaux ne peuvent plus fonctionner normalement et soigner tout le monde, l’école publique est abandonnée au profit du système privé, les immigrés sont menacés d’être expulsés à la mode des États-Unis de Trump, les handicapés ont souvent perdu leurs allocations sous prétexte que c’est une affaire privée et que leurs familles n’a qu’à s’occuper d’eux, le chômage a augmenté de façon spectaculaire puisque de nombreuses entreprises ont mis la clé sous la porte et le travail au noir a lui aussi bondi, ce qui prive ces travailleurs de protection sociale, et la liste n’est pas finie.

Pas de gros titre à ce sujet à la Une de La Nación
L'info est traitée en haut de la colonne de droite
"L'Eglise dénonce les refuges de la corruption"
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Parallèlement à cette paupérisation organisée contre la population, la corruption des gouvernants est manifeste, or Milei a fait précisément campagne sur la lutte contre la corruption dont il accusait tout le monde sauf lui et sa poignée de partisans.

L’archevêque a marqué les esprits puisque le contenu de son homélie est repris ou commenté par la presse, de gauche comme de droite.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

jeudi 9 juillet 2026

ARA San Juan : le sous-marin a coulé et c’est la faute à personne [Actu]

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43 hommes et une femme ont perdu la vie dans l’explosion d’un vieux sous-marin le 15 novembre 2017 près des côtes argentines, dans les eaux du Mar Argentino, alors que le San Juan (Armada de la República Argentina San Juan) était attendu de retour à sa base, le port militaire de Mar del Plata. Le bâtiment n’a été retrouvé qu’un an plus tard, le 16 novembre 2018, par une société privée des États-Unis, Ocean Infinity, que les pouvoirs publics argentins avaient enfin autorisée à faire des recherches. Le sous-marin n’a jamais été remonté à la surface. Il sert de cercueil à ses 44 derniers membres d’équipage, morts souvent jeunes et en service.

Un seul responsable pour 44 vies, dit le gros titre
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Le procès pénal qui vient de s’achever avait depuis longtemps laissé hors de cause les politiques qui étaient alors aux responsabilités et dont l’absence de diligence pour porter secours à l’équipage puis le manque d’empathie pour les familles des disparus avaient fait scandale à l’époque : le président Mauricio Macri et le ministre de la Défense, Oscar Aguad. Quatre officiers supérieurs de la Marine étaient poursuivis, tous déjà exclus des forces armées par une procédure militaire de destitution ou par une mise à la retraite. Trois d’entre eux sortent pénalement blanchis. Seul le supérieur immédiat du commandant de bord, mort dans l’accident avec tout son équipage, écope de trois ans de prison avec sursis pour manquement à ses devoirs envers ses subordonnés, un manquement ayant entraîné leur mort. L’homme condamné commandait l’ensemble des sous-marins argentins. Sa peine est assortie de certaines conditions, assez légères mais néanmoins humiliantes pour un ancien officier, qu’il devra remplir pour échapper à la prison. Il se proclame innocent.

Pas de gros titre ici sur le bâtiment perdu
L'article est annoncé en colonne de droite
(deuxième article en partant du haut)
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Les familles, quant à elles, n’ont plus que leurs yeux pour pleurer : si un des leurs est mort, si une cascade de deuils et de souffrances a succédé à cette perte irréparable en leur sein, c’est la faute à pas de chance, voilà tout. Dans ce cas, pourquoi les a-t-on mises sur écoute lorsqu’elles se sont portées partie civile ? Elles voulaient savoir ce qui était vraiment arrivé. Quelles révélations de leur part craignait-on en haut lieu pour leur faire subir cette épreuve supplémentaire ? Aucune de ces familles, qui vivent aux quatre coins du pays, ne roule sur l’or. Or l’État s’est abstenu de les assister matériellement, psychologiquement et financièrement après la catastrophe, lorsqu’elles ont voulu rester à Mar del Plata pour suivre les inexistantes opérations de secours et de recherche, dans le vain espoir de récupérer les corps pour leur donner une sépulture dans le cimetière de leur village ou de leur ville à l’autre bout du pays.

Página/12 en conclut que la justice vient de couler une deuxième fois le malheureux sous-marin et son équipage (voir ci-dessus le gros titre que je n'ai pas eu besoin de traduire).

Même politique et presque même photo
des footballeurs pour La Nación
La fin de ce procès est à la même place
(colonne de droite, deuxième en partant du haut)
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Ce verdict contre un lampiste (de luxe, certes, mais lampiste tout de même) ne constitue pas une surprise. On le voyait venir depuis longtemps à travers les péripéties peu reluisantes des différentes ramifications de l’instruction puis de la procédure en général. Un appel n’est pas à écarter de la part du ministère de la Défense ou de la Marine…

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 qui en fait son titre principal ce matin

lundi 6 juillet 2026

Barrio de Tango en mode canicule pour l’été [ici]

Un champ de blé mûr dans la province de Santa Cruz,
en Patagonie : les effets du changement climatique !


A Paris, les canicules se suivent et se ressemblent. Comme je le fais tous les jours depuis au moins 2007, je vais rester en veille quotidienne sur l’actualité culturelle, sociale, économique et politique argentine mais le rythme de mes articles sur ce blog va évoluer : il se calera désormais, jusqu’à la fin septembre, sur la météo pour que mon ordinateur ne participe à réchauffer mon domicile lorsque le soleil fait des siennes dehors.

Si quelque chose d’important se produit là-bas pendant une phase de canicule en France, je ferai comme j’ai fait avec la démission de Manuel Adorni : j’en rendrai compte avec quelques jours de décalage. Et en attendant que la météo redevienne plus clémente, une partie de mon temps sera consacrée à améliorer mon apprentissage de l’ukrainien (українська мова), comme certains de mes fidèles lecteurs ont sans doute déjà pu l’observer (une langue très intéressante, une culture à découvrir de zéro, une littérature riche, écrasée par l’ordre colonial russe pendant trois cents ans jusqu’en 1991, des traditions culinaires et gastronomiques à ne plus savoir où donner de la fourchette, une actualité tragique d’une cruelle guerre de décolonisation à contretemps, bref des enjeux qui sont similaires à ceux sur lesquels je me suis penchée depuis vingt ans à propos de l’Argentine et des pays voisins).

Le mate prêt à consommer sur fond de paysage
de la province productrice de Missiones (tout au nord du pays)

En Argentine, pour revenir à elle, c’est une vague de grand froid qui s’est abattue il y a quelques jours notamment sur Buenos Aires et sa région où il a neigé, entre autres à Buenos Aires et à Mar del Plata, ce qui est exceptionnel. A ma connaissance, c’est la troisième chute de neige sur la capitale fédérale depuis le début du 20e siècle (on n’a aucun témoignage de ce phénomène ni dans la période coloniale ni au cours du premier siècle d’indépendance). Cette neige parisienne qui se répète à Buenos Aires (1918, 2007 et 2026) et cette chaleur portègne récurrente à Paris nous disent assez bien que le climat est tout sens dessus-dessous puisque les situations extrêmes se font de plus en plus fréquentes. Il est donc urgent d’agir collectivement et politiquement,au niveau national et européen, au lieu d’attendre les bras croisés comme nous l’avons fait jusqu’ici.

L'Obélisque au centre de Buenos Aires, le 9 juillet 2007 :
la deuxième chute de neige connue sur la capitale argentine
(photo EFE)

Durant cet été qui nous surprend, protégez-vous. N’hésitez pas à fermer les volets si vous en avez et à placer sur vos vitres des couvertures de survie. C’est efficace. Si vous habitez la France des langues d’oïl comme moi, fermez les fenêtres le jour (dans le midi, vous savez tout ça depuis des générations). Ouvrez en grand la nuit lorsque les températures baissent en-dessous de la température qui règne dans votre logement et si vous aimez bricoler, installez un ventilateur plafonnier si vous en trouvez dans le commerce (en ce moment, cela ressemble à une mission impossible). Hydratez-vous. Evitez l’alcool. Préférez-lui l’eau gazeuse (l’effet confort est spectaculaire) et le maté si vous pouvez vous procurer un paquet d’une bonne yerba mate importée d’Amérique du sud (trois pays producteurs : l’Argentine, le Brésil et le Paraguay, la patrie des affreux footeux qui ne connaissent pas le fair-play) mais, attention, préparez votre mate à l’argentine, pas en trempant un sachet tout prêt dans de l’eau chaude (en tisant, c’est l’effet zéro garanti).

Le mate à l'eau chaude (75° C)
Par grosse chaleur, on peut préparer la yerba mate
avec un agrume pressé additionné ou non d'eau froide

Bon été à tous.

On se retrouve à la prochaine vague de fraîcheur sur la Ville-Lumière.

© Denise Anne Clavilier

jeudi 2 juillet 2026

Adorni s’en va, le scandale reste et c’est de pire en pire chaque jour [Actu]

Le gros titre a à peine besoin d'une traduction.
C'est comme en français : Ado, c'est la fin.
A ceci près, que finado, en espagnol portègne,
signifie : "mort"
Une du 28 juin 2026.
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Samedi dernier, le 27 juin, Manuel Adorni a fini par démissionner, poussé vers la sortie -à leur corps défendant- par le président Javier Milei et sa sœur, qui ne pouvaient plus résister aux exigences qui venaient de toutes parts.

Il a été remplacé depuis par Diego Santilli, un ancien macriste, qui finit par là même de trahir son propre camp, ce que Mauricio Macri, qui rêverait d’être une alternative de droite à Milei, a dû avaler comme une couleuvre de plus. Santilli était jusqu’à présent ministre de l’Intérieur, c’est-à-dire qu’il s’occupait des infrastructures et des parcs nationaux, la sécurité du territoire et le maintien de l’ordre étant de la compétence du ministre de la Sécurité. Santilli cumulera les deux maroquins : l’Intérieur et la direction du gouvernement. C’est dire combien la sortie de Manuel Adorni est improvisée.

La Une de lundi dernier, le 29 juin 2026
Le gros titre, qui se passe de traduction,
parodie la formule chrétienne pour désigner la Trinité :
El Padre, el Hijo y el Espiritu Santo
(le Père, le Fils et le Saint-Esprit)
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L’ancien Premier ministre avait à peine quitté ses bureaux de la Casa Rosada que la justice ouvrait une nouvelle branche de l’instruction pour corruption contre lui. Dans la presse, circulait déjà une anecdote supplémentaire : Adorni aurait utilisé les cartes d’une ou de plusieurs de ses collaborateurs au sein du gouvernement pour faire des achats. Et devinez quoi ! C’est vrai.

Dans cette série de révélations, on a ainsi appris que lorsqu’il était au gouvernement, Adorni dépensait de 4 à 6 millions de pesos par mois, avec sa propre carte de crédit, alors que son indemnité de fonction mensuelle s’élevait à 3,5 millions. En deux ans et demi de présence dans les instances gouvernementales, il a dépensé un total de 139 millions de dollars. D’où sort tout cet argent sinon de rentrées clandestines et donc illégales ?

"Adorni est partout", dit le gros titre du 30 juin 2026
La photo est celle de Plaza de la República
et du célèbre Obélisque, installé il y a près de 100 ans
Les photos de Adorni reprennent les panneaux publicitaires
géants et lumineux qui défigurent la place
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On a aussi compris qu’il avait fait pression sur l’artisan qui lui avait arrangé sa villa avec une jolie piscine à cascade dans un quartier privé non loin de Buenos Aires. D’après le message qu’il a laissé à cet homme sur sa boîte vocale, ce ne serait pas le premier témoin auquel l’ancien ministre aurait offert son appui contre un silence complice de son interlocuteur.

On a enfin appris, dans le cadre de l’instruction, que l’une des secrétaires qu’il avait à son cabinet comme porte-parole du gouvernement avait reconnu au cours de son audition qu’elle avait fait des achats avec sa carte personnelle pour le compte de son supérieur qui la remboursait en espèces. Elle avait ainsi acheté pour lui de la literie, du linge de maison et de l’électroménager pour 8 millions de pesos.

La Une d'aujourd'hui
Là encore, la traduction est inutile
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Et ça continue comme ça tous les jours, au point que l’ancien Premier ministre a aussi dû démissionner de son fauteuil au sein du conseil d’administration de la compagnie pétrolière nationale YPF, laquelle n’a pas encore été privatisée mais est menacée de l’être à nouveau, comme sous le mandat de Carlos Menem, qui a conduit l’Argentine à la catastrophe de 2001 (une faillite complète du système financier dans tout le pays).

Les Unes de Página/12 de ces derniers jours racontent, avec leur humour habituel, cette succession de faits tous plus indécents les uns que les autres.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

dans l’ordre chronologique
lire l’article de Página/12 du 28 juin sur la sortie du Premier ministre
lire l’article de Clarín d’hier sur ses achats exorbitants avec sa carte de crédit
lire l’article de La Nación d’hier sur les déclarations de sa secrétaire pendant son audition
lire l’article de Página/12 aujourd’hui sur le fastueux train de vie de l’ex-Premier ministre
lire l’article de La Prensa aujourd’hui sur les propos de la secrétaire

mercredi 1 juillet 2026

Triste mois de juillet : Daniel Melingo n’est plus – Article n° 7900 [Actu]

Manu cruel : main cruelle, dit le titre
C'est aussi celui d'un célèbre tango
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C’est la triste nouvelle qui m’a cueillie au réveil dans les premiers rais de lumière filtrant à travers la fenêtre ouverte pour un peu de fraîcheur post-caniculaire : hier, l’un de ses enfants a trouvé Daniel Melingo inanimé, chez lui, dans un quartier ordinaire de Buenos Aires, alors qu’il luttait contre une pathologie pulmonaire sans remède (il était en soins palliatifs à domicile), ce qui ne l’empêchait nullement de bâtir de nouveaux projets musicaux, qu’il ne réalisera pas. Le rocko-tanguero à la voix cassée par les intoxications de sa jeunesse était déjà mort. Il n’avait que 68 ans.

Ce qui m’a frappée à la lecture des journaux en ce petit matin parisien, c’est l’abondance des articles dans la presse argentine. J’avoue ma surprise car l’artiste était aimé et apprécié par une partie du public mais ouvertement détesté, voire méprisé, par une autre, qui allait jusqu’à lui dénier tout talent.

Daniel Melingo en mai 1983, jouant au sein des Abuelos de la Nada

Or du talent, Melingo en avait et, pour autant que je puisse en juger, il en avait à revendre. Le timbre même de sa voix brisée, il s’en servait pour susciter l’émotion, au moins aux oreilles des auditeurs sensibles à cette esthétique décapante. Or il faut croire que ces auditeurs sensibles sont beaucoup plus nombreux que ce que j’aurais imaginé car aujourd’hui, ce n’est pas seulement Página/12 qui publie plusieurs articles sur Melingo. C’est aussi Clarín (si, si) et La Nación !

Issu d’une famille d’origine grecque, Daniel Melingo avait commencé la musique par des études classiques au conservatoire, où il s’est formé, d’une manière très rigoureuse, à la musicologie et à la clarinette. Baigné dès sa naissance dans l’univers sonore et esthétique du tango, déjà bousculé par la révolution introduite par Astor Piazzolla (en 1955) et bientôt par Piazzolla associé au poète Horacio Ferrer (en 1968), Melingo, passionné par la musique de Aníbal Troilo, le maître des deux précités, avait renoncé assez tôt au bandonéon, l’instrument fétiche des deux compositeurs, eux-mêmes maître et disciple : on lui en avait bien offert un mais il ne parvenait pas à en tirer le son auquel il aspirait. Il était donc allé chez un brocanteur l’échanger pour autre chose et cette autre chose fut une clarinette, qui changea le cours de son destin musical.

Une de ses dernières photos
dans un café typique de Buenos Aires

Très vite, Melingo bascule du côté du rock, avec une bande de copains musiciens comme lui. Ils forment le groupe Los Abuelos de la Nada (les grands-pères du néant – en fait, il s’agit d’un jeu de mot avec le patronyme d’un des musiciens, Abuelo). Le groupe a laissé sa trace dans l’histoire du rock argentin et hispano-américain. On est alors dans les années 1980. Melingo se laisse happer par les paradis artificiels, le fléau du rock depuis les années 1960. Il boit et se drogue et cela finira par se voir dans son corps et par s’entendre dans sa voix qui s’éraille. Arrivé à la moitié de la décennie, qui vit revenir la démocratie et l’État de droit en Argentine, Melingo la quitte et s’en va vivre en Espagne, alors que la Péninsule découvre la démocratie et intègre le Marché Commun. C’est le temps d’autres rencontres musicales qui viennent nourrir son expérience artistique et son répertoire.

Melingo fait encore partie d’un autre groupe de rock avant de retrouver son berceau, le tango, mais ce sera un tango à sa façon, rude, rugueux, asocial, fantasque, définitivement en-dehors des clous, tant dans la manière de le chanter que dans le contenu du répertoire. Il se lie d’amitié avec Edmundo Rivero et l’inspiration qu’il a puisée dans l’observation du grand chanteur s’est ressentie jusqu’à ce jour. Il fait aussi la connaissance du poète Luis Alposta (à qui j’envoie toute mon amitié en ce jour de deuil). Melingo met en musique ses textes caustiques et théâtraux aux chutes ciselées et spectaculaires. De son côté aussi, lui-même écrit une partie du répertoire qu’il enregistre.

L'adieu d'un ami musicien
"C'est pas possible, l'ami
T'es parti sans prévenir !
Il nous manque le clip vidéo
Bon voyage jusqu'au ciel, Dani"

Daniel Melingo nous laisse de nombreux disques au contenu décalé comme il l’était lui-même, dont un Tango Rebetiko, où il avait marié la tradition portègne dans laquelle il avait grandi et celle de la Grèce dont provenaient ses ancêtres. Les articles en ligne de Página/12, Clarín et La Nación intègrent de nombreuses archives sonores et filmées de ses spectacles et de ses albums.

Le message du grand rocker qu'est Fito Paéz

Au lendemain d’une disparition qui semble tous les avoir surpris, ses amis musiciens lui rendent hommage avec des textes ou des images aussi poignants les uns que les autres. Pour contesté qu’il ait pu être, c’est bien un grand du tango et de la musique populaire urbaine qui vient de nous quitter.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article principal de Página/12
lire le billet d’opinion paru dans ce journal, intitulé Daniel Melingo, l’alchimiste (il y avait en effet de cela chez ce musicien difficile à classer)
lire l’article de Página/12 sur les réactions du monde musical à cette disparition
lire la nécrologie unique de La Prensa, pour un artiste très éloigné du monde esthétique passéiste apprécié généralement par cette rédaction réactionnaire (je n’en reviens pas que La Prensa en parle !)
lire l’article principal de Clarín
lire la dernière interview que Melingo avait accordée à ce quotidien et qui qui aurait dû paraître dans quelques jours : contraint et forcé par le journaliste, il y commente, à reculons et sur la défensive, son amitié et son partenariat musical avec un musicien qui a été condamné pour meurtre et qu’il refuse de condamner et de rejeter : « je ne suis pas juge », dit-il (nous avons eu ce même genre de polémique au sujet de Bertrand Cantat)
lire l’analyse musico-politique de ce que nous laisse le chanteur et le compositeur, dans le même quotidien
lire l’article principal de La Nación
lire le splendide article de fond de La Nación sur le legs musical laissé par Melingo (et quelle mise en page, en prime)
lire l’article de La Nación sur les réactions dans le monde musical
Il existe encore un quatrième article du même quotidien mais ce n’est pas le plus riche.