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samedi 7 juin 2025

La doctrine Chocobar fait sa première victime : un enfant de 7 ans est décédé [Actu]

"La pire gâchette", dit le gros titre
sur cette photo tirée d'une caméra de surveillance
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Il s’appelait Thiago Correa Medina, il était supporter du Boca Juniors et, à sept ans, dans une ville de la banlieue sud de Buenos Aires, La Matanza (la bien-nommée : ce nom signifie « la tuerie », allusion probable au massacre d’un grand nombre d’Amérindiens à l'époque coloniale), il attendait le bus, avec son papa, pour rentrer à la maison. A deux cent mètres de l’arrêt de bus, des cambrioleurs profitaient de la nuit de ce début d’hiver pour commettre leur forfait. Encouragé par la complaisance criminelle et de longue haleine de la ministre de la Sécurité, Patricia Bullrich, un fonctionnaire de la police fédérale a sorti son arme, mis en fuite la petite bande de délinquants puis il a tiré dans le tas. Il a atteint, en pleine tête, le petit garçon qui est mort de ses blessures cette nuit, après deux jours d’hospitalisation.

Et, une fois encore, la ministre ose défendre le policier impliqué et prétendre qu’il a agi en situation de légitime défense.

L'info est perdue sur cette Une de Clarín
Sous la photo du gamin : "Un assaut, 11 tirs
de la part d'un policier et un gamin de 7 mort"
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C’est elle et l’ex-président Macri, il y a donc un paquet d’années, qui ont inventé cette horrible doctrine de sécurité publique selon laquelle un policier qui sort son arme et tire est présumé en situation légitime pour le faire. Cette doctrine assassine porte le nom d’un autre policier qui avait tué un homme qui venait de poignarder un passant, sans doute en vue de le dépouiller, sur un carrefour de La Boca, un quartier sud de la ville de Buenos Aires mais, au moment où le policier a tiré, sans aucune sommation, l’homme, sans doute effrayé par le sang qu’il venait de répandre, était déjà en fuite. Il lui tournait le dos ! Ce policier, Luis Chocobar, appartenait aux forces de l’ordre de la Province (et non de la Ville) de Buenos Aires. Il n’était pas en service aux moment des faits. Pire encore, il n’était même pas dans sa juridiction. Malgré l’inculpation sous laquelle il était déjà placé pour cet homicide, Mauricio Macri et sa ministre d’alors l’avaient reçu, avec tous les honneurs, dans un des beaux salons de la Casa Rosada, et, sans attendre que la justice se prononce, ils avaient déclaré qu’il avait fait son devoir en agissant comme il avait agi. Aujourd’hui, Macri est politiquement dans les choux, pour un bon moment semble-t-il, mais, depuis un an et demi, Bullrich, qui vient de le trahir en quittant le PRO, leur parti, pour rejoindre LLA, celui de Mileí, a retrouvé son chouette portefeuille ministériel sous l’autorité d’un autre président qui est en train de détricoter l’État argentin et l’État de droit. Et elle défend cet autre policier qui a du sang sur les mains.

A peu près la même politique éditoriale
à La Nación, en plus superficiel encore :
ici, la Une s'intéresse à Roland Garos !
Quant au titre pour Thiago, c'est une honte !
"Thiago : encore une mort à cause de la folie
que vit la banlieue"
La responsabilité du policier est aux abonnés absents !
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Entre eux, cette fois-ci, l’ignoble ministre et le flic à la gâchette chatouilleuse, il n’y a pas le corps d’un petit voyou à quelques semaines de sa majorité, qui aurait pourtant dû avoir un juste procès et qui n’a pas trouvé beaucoup de voix dans l’opinion publique pour le dire haut et fort tant son parcours était peu reluisant.

Cette fois, il y a le corps encore chaud d’un petit garçon de 7 ans ! Et une famille, ordinaire et modeste, en deuil.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12
lire l’article de La Prensa
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación

mardi 7 mai 2024

Au gouvernement, tout est bon pour vanter la « gâchette facile » [Actu]

Tout en bas : "Annulation de la condamnation
de Chocobar : [la Cour] le renvoi devant une nouvelle
juridiction de jugement", dit le titre


Sous la présidence de Mauricio Macri (ça ne nous rajeunit pas), Luis Chocobar, un policier de la province de Buenos Aires, a tué un jeune criminel d’un peu plus de 17 ans d’une balle tirée dans le dos sur le territoire du quartier de La Boca, dans le sud de la Ville Autonome de Buenos Aires. Or Chocobar n’était pas en exercice (et d’un) ; il n’en a pas moins utilisé son arme de service (et de deux) pour tirer sur la silhouette qui s’enfuyait (et de trois) après plusieurs coups de couteau assénés à un homme qui gisait à présent sur le sol et qui a survécu. Le policier n’était pas non plus dans sa juridiction (et de quatre), une ville limitrophe, au sud de Buenos Aires, Avellaneda.

Sans la moindre considération pour l’enquête et l’instruction et donc pour l’indépendance de la justice, dans les jours qui ont suivi, le président Macri et sa ministre de la sécurité, Patricia Bullrich, qui a retrouvé ce poste sous Mileí il y a six mois, ont reçu le policier pour lui manifester publiquement leur soutien et clamer haut et fort qu’il avait agi comme son devoir le lui commandait. Ce qui est faux puisque le garçon, qui n’était certes pas un enfant de chœur, a reçu le projectile qui l’a tué dans le dos (or pour se défendre, Chocobar a prétendu qu’il avait perdu son sang-froid parce qu’il avait eu peur d’être lui-même attaqué alors qu’il se trouvait très loin de l’agresseur).

Dans son élan droitier, Bullrich a sorti une doctrine d’emploi de l’arme aussitôt baptisée Doctrina Chocobar selon laquelle les policiers faisant usage de leurs armes seraient désormais présumés avoir agi en légitime défense, à moins qu’une partie fasse la preuve du contraire. Cette doctrine avait été vertement critiquée par tous les tenants des droits de l’homme étant donné qu’elle est contraire à tous les principes du droit : les policiers, représentant de la force publique, ce pour quoi la collectivité leur confie une arme, doivent rester maîtres d’eux-mêmes et doivent donc rendre compte lorsqu’ils tuent ou blessent un citoyen, fût-il délinquant ou criminel, a fortiori lorsque l’homicide se produit dans l’exercice de leurs fonctions.

A droite, au centre : "La condamnation de l'ex-policier
Chocobar envoyée cul par-dessus tête"
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Un ancien juge à la Cour suprême, Raúl Zaffaroni, connu pour ses positions progressistes, reconnu dans les démocraties européennes et hispanophones pour sa grande compétence et de surcroît personnalité médiatique brillantissime, aujourd’hui octogénaire et récemment éclaboussé par un scandale lié à sa vie privée (1), avait alors pris fait et cause contre cette doctrine qui n’a jamais pu se traduire en loi, le Congrès ayant rejeté toute les tentatives de Patricia Bullrich.

Hier, la Cour de cassation a annulé le jugement qui avait condamné Luis Chocobar à deux ans de prison avec sursis pour « avoir agi au-delà de l’accomplissement de son devoir », un grief très léger au regard des faits. La Cour estime en effet que dans les attendus du jugement, les magistrats se sont contredits à de nombreuses reprises, ce qui rend difficile la compréhension du verdict et donc la jurisprudence qui en aurait découlé sans cette déclaration de nullité. La Cour renvoie l’affaire en audience devant un autre tribunal des enfants (car la victime était un mineur). En aucun cas, elle ne s’est prononcée sur les faits.

Néanmoins, l’avocat du l’ancien agent de police, aujourd’hui directeur de département auprès de Patricia Bullrich (vous voyez d’ici le potentiel conflit d’intérêts), puis la ministre et enfin le président Mileí lui-même, qui se trouve en déplacement à Los Angeles (sans aucune dimension diplomatique) ont sauté sur l’occasion pour célébrer, sur les réseaux sociaux, le bien-fondé des agissements de l’ancien policier et prétendre qu’il avait été blanchi par la Cour (ce qui est un mensonge pur et simple). Plusieurs rédactions, toutes conscientes de l’instrumentalisation idéologiques que les gouvernants font de l’arrêt, profitent toutefois de l’occasion pour faire un reportage sur Chocobar, difficilement reconnaissable (il a un visage assez passe-partout, il a minci et il a changé de coiffure). Il tient maintenant un commerce de mercerie et de lingerie sur les marchés (il aurait donc mieux fait de rester discrète) et étudie le droit en travaillant aussi chez son avocat.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :




(1) Il y a quelques mois, on a retrouvé chez lui le corps sans vie d’un homme beaucoup plus jeune que lui, décédé de mort violente. Le bruit s’est aussitôt répandu qu’il s’agissait de son amant. Le juge n’a pas été inquiété par l’enquête. Zaffaroni n’est donc mêlé ni de près ni de loin à ce qui ressemblait à un meurtre et qui n’a eu aucune suite dans les journaux. Mort reconnue comme suicide donnant lieu à classement sans suite ? Probablement. Toujours est-il que la presse a cessé de suivre l’affaire, une preuve en creux qu’il n’y avait rien à la charge de l’ancien magistrat parce que la droite a trop de haine pour lui pour ne pas l’accabler s’il y a le moindre prétexte à le faire. En revanche, côté Mileí et consorts, c’est du pain béni pour taper sur tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à la gauche d’une part et aux sexualités minoritaires d’autre part.

samedi 29 mai 2021

Chocobar s’en sort libre comme l’air [Actu]

L'information est traitée à travers la photo principale
qui montre le condamné dans la rue du tribunal
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On attendait le verdict dans le procès attenté à Luis Chocobar, ce policier qui, se trouvant en repos et en dehors de sa juridiction, a tué un délinquant qui lui tournait le dos et s’enfuyait et qui, en outre, en récompense de son acte qui brillait par sa lâcheté, avait été reçu en 2017 avec tous les honneurs au palais présidentiel par le président Mauricio Macri, aujourd’hui dans l’opposition.

En première instance, la sentence se révèle très légère eu égard à la gravité des faits. Il est reconnu coupable (c’est déjà ça) mais il n’écope que de deux ans de prison avec sursis assortis de cinq ans d’interdiction d’exercer une fonction publique (il ne pourra plus être employé par l’État pendant ce temps, que ce soit au niveau fédéral, provincial ou municipal).

Photo centrale à la une de La Nación
"Chocobar condamné mais il n'ira pas en prison"
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L’homme est ressorti du tribunal et dehors il a été accueilli par une assez grosse foule de sympathisants qui l’ont chaleureusement acclamé. Il ne regrette rien de l’affaire qui a coûté la vie à un jeune qui n’avait pas encore 18 ans, mort d’une balle dans le dos, après avoir agressé à l’arme blanche un touriste à qui la médecine argentine a rendu toute sa santé.

Jamais en retard d’un propos provocateur alors que la campagne électorale de mi-mandat bat déjà son plein, l’ancien président Mauricio Macri et la présidente de son parti, Patricia Bullrich, se sont précipités pour dire tout le mal qu’ils pensaient de cette décision de justice et regretter qu’un homme « qui a fait son devoir en protégeant les honnêtes gens » ait été condamné par un tribunal argentin. Pourtant, l’ancien policier a bel et bien été reconnu coupable d’avoir précisément fait dans ces circonstances un usage abusif de la notion de devoir professionnel.

Article secondaire à la une de Página/12
"Faites attention parce qu'il est libre"
Une citation de Chorra, un grand classique du tango,
que l'on doit au génie de Enrique Santos Discépolo
(Je l'ai traduit dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins)
L'image montre l'étreinte que Patricia Bullrich est allée donner à l'ex-policier
et oubliez les gestes barrières

Elle aussi mécontente de cette décision, la défense du condamné a déjà fait savoir qu’elle entendait faire appel pour obtenir la relaxe pure et simple et que cette affaire irait, si besoin était, jusqu’à la Cour suprême. Stupéfiante et consternante impudence !

Une de La Prensa, hier.
Le verdict est suggéré en haut à droite
et il est faux : Chocobar a été reconnu coupable
En gros titre, en rouge : "Des chiffres qui font froid dans le dos"
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Les organismes de droits de l’homme sont vent debout contre ce blanc-seing donné à la violence policière dans un État de droit. Les journaux quant à eux sont surpris et même à droite, on ne cautionne pas vraiment ce laxisme, sauf La Prensa, qui avait titré hier, avant que le verdict ne soit connu, que Chocobar était tout à fait innocent (« reinocente »). Et c’est un journal catholique !

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article principal de Página/12 (qui en publie une demi-douzaine sur le sujet)
lire l’article de La Prensa aujourd’hui
lire l’article de Clarín qui essaye tant bien que mal de ne fâcher personne
lire l’article de La Nación qui se demande ce qu’il faut faire lorsqu’un malfaiteur armé prend la fuite.

Ajouts du 30 mai 2021 :
lire cet article de Página/12 sur les réactions du secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme
lire cet article de Página/12 sur la version corporatiste des faits réaliser pour défendre l'ancien policier, rejetée par l'instruction et publiée à la veille du verdict pour tâcher de faire pression sur la cour

Ajout du 13 juin 2021 :
lire cet article de Clarín (Chocobar demande la révision de son procès et espère passer devant un jury populaire)

samedi 22 mai 2021

Procès Chocobar : l’heure est aux réquisitoires [Actu]

Ce procès est celui d’un agent de la police provinciale de Buenos Aires (policia bonaerense), Luis Chocobar, qui a tué avec son arme de service un jeune délinquant par ailleurs fort peu sympathique (1) sur le territoire de la Ville de Buenos Aires (2) (hors de sa juridiction par conséquent), alors que le jeune homme s’enfuyait en lui tournant le dos et alors que lui-même était au repos.

Ce fait divers est devenu un cas emblématique d’un mal endémique dans les forces de police en Argentine, ce qu’on appelle là-bas le gatillo fácil (en français, la gâchette facile).


L’homme qui a voulu se réclamer de la légitime défense et invoqué sa peur devant le jeune délinquant passe en jugement devant une cour des mineurs (puisque la victime n’avait pas encore 18 ans, c’est la procédure argentine) en même temps que le complice du mineur tué. Maintenant exclu de la police bonaerense après avoir été, immédiatement après les faits, soutenu par ses autorités de tutelle et reçu avec les honneurs par le président Mauricio Macri à la Casa Rosada (3), Luis Chocobar garde la tête haute et son allure de brute épaisse qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez. Il reste convaincu d’avoir bien agi (comme l’assassin de George Floyd aux États-Unis) et d’avoir fait preuve de courage en se portant au secours du touriste agressé (ce qui est loin d’être le cas puisque pour se dédouaner, il invoque lui-même la panique comme motif de son geste).

Hier, l’avocat de la partie civile (la famille du mineur décédé) puis le parquet ont prononcé leurs réquisitoires et demandé les peines qu’ils jugent proportionnées : comme le permet le droit argentin (et comme l’interdit la procédure française), la partie civile a demandé la prison à vie, considérant qu’il s’est agi d’une « exécution capitale extrajudiciaire » (4) ; le parquet, quant à lui, a réclamé trois ans de prison avec sursis pour « homicide aggravé par excès de zèle dans l’accomplissement du devoir » [de policier].

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12
lire l’article de La Prensa, qui dans le titre parle de gatillo fácil (une expression que n’emploient que les personnes hostiles à ce type de violence policière)
lire l’article de Clarín (beaucoup plus ambigu)

Ajout du 27 mai 2021 :
lire cet article de Página/12 sur la plaidoirie de la défense (les avocats de l'accusé ont invoqué la légitime défense en prétendant que le jeune homme, qui a été touché dans le dos, s'élançait vers leur client quand celui-ci a fait feu)



(1) Il venait de porter des coups de couteau à un touriste originaire des États-Unis pour lui voler ce qu’il avait sur lui (portefeuille, téléphone portable ou autre appareil photo). Le touriste a été admis à l’hôpital et il a parfaitement survécu à ses blessures. Il a même apporté son soutien à Chocobar lorsqu’il a su qu’il avait des ennuis judiciaires.

(2) Dans le quartier de La Boca. Chocobar se trouvait donc en dehors de sa juridiction. Ce quartier du sud de Buenos Aires est bien connu pour sa dangerosité pour les touristes qui se baladent le nez en l’air. Du fait d’un choix délibéré du gouvernement municipal, la police y est très mal répartie et les voyous savent que la zone (très artificielle mais ultra surveillée) de Caminito attire de nombreux touristes étrangers (donc réputés pleins aux as) pour qui la tentation est grande de là de se rendre à pied au stade mythique de La Bombonera, situé à quelques encablures, au bout d’une rue dont la police semble ignorer l’existence. Et ça ne loupe jamais : en chemin, ils se font attaquer et dérober tout ce qu’ils ont d’un tant soit peu précieux.
(3) La province de Buenos Aires était alors gouvernée à droite comme le pays tout entier et les deux exécutifs, local et national, se sont entendus pour couvrir d’honneur le policier alors que la justice de Buenos Aires venait tout juste de l’inculper pour ces faits. S’en est suivi tout un discours délirant de la ministre nationale de la Sécurité, Patricia Bullrich, aujourd’hui à la tête du parti de Mauricio Macri : elle voulait que les policiers qui feraient usage de leurs armes bénéficient systématiquement de la présomption d’innocence, à charge pour les victimes de prouver leur culpabilité. Ce procès en première instance revêt donc une importance considérable pour la défense de l’État de droit en Argentine.
(4) La peine de mort est abolie depuis longtemps. En Argentine, l’expression employée par l’avocat de la partie civile renvoie aux pratiques de la dernière Dictature militaire.

samedi 10 octobre 2020

Luis Chocobar devant ses juges : le procès de la gâchette facile [Actu]

Luis Chocobar hier (à droite) à côté de son avocat,
à leur arrivée au tribunal

Le 8 décembre 2017, un policier de la province de Buenos Aires, qui n’était pas en service, sortait son arme et tirait sur un malfaiteur mineur qui lui tournait le dos. Il s’enfuyait après avoir poignardé un touriste étranger à un carrefour du quartier de La Boca au sud de la ville autonome de Buenos Aires, c’est-à-dire en-dehors de sa juridiction. Le touriste s’est remis de ses blessures à l’hôpital avant de rejoindre son pays d’où il soutient celui qu’il appelle son sauveur.

Ce sous-officier de police, Luis Chocobar, avait tué le jeune Juan Pablo Kukok, 17 ans. En récompense de quoi, le policier fut reçu avec tous les honneurs possibles et imaginables par le chef de l’État, Mauricio Macri, qui encourageait cette violence policière et regardait ailleurs lorsque les Argentins, propriétaires du moindre truc, prétendaient pratiquer l’autodéfense si on s’avisait de menacer leur maison, leur voiture, leur magasin ou leur téléphone portable.

Heureusement, la justice ne l’a pas entendu de cette oreille et malgré toutes les habituelles manœuvres dilatoires de la défense jusqu’à il y a quelques jours, Chocobar comparaît depuis hier devant une cour des mineurs (eu égard à l’état de minorité de la victime et non de l’accusé). Les audiences se dérouleront en partie par visioconférence, pour respecter les restrictions sanitaires en vigueur dans la ville de Buenos Aires. Le principal accusé a joué les gros bras hier en arrivant au tribunal avec son avocat. Pas question de faire profil bas.

Au côté du policier qui a sorti son arme en dehors de toute nécessité (« homicide aggravé par excès de zèle dans l’exercice de ses fonctions », selon la formule de chef d’inculpation), le complice de Kukok, également mineur à l’époque des faits, sera lui aussi jugé. Pour le protéger, les audiences auront lieu à huis clos.

© Denise Anne Clavilier

Pour en savoir plus :

mardi 19 février 2019

Fin de l’instruction dans l’affaire Chocobar [Actu]


Luis Chocobar est ce sous-officier de la police de la Province de Buenos Aires qui, alors qu’il n’était ni en service ni sur son territoire, a tué un malfaiteur mineur armé d’un couteau, en lui tirant dessus, dans le dos, pendant sa fuite, le 8 décembre 2017.

Dans les jours suivants, le policier, dont la capacité de réflexion semble un peu courte, avait reçu les félicitations du président et du gouvernement national à grand renfort de communication publique. La justice venait de l’inculper pour excès dans l’exercice de la légitime défense. Puis la chambre d’appel maintenait cette inculpation en aggravant les chefs d’inculpation (homicide aggravé pour abus dans l’exercice de ses fonctions) malgré les pressions politiques de la part de l’exécutif, qui souhaitait faire de son action un modèle de comportement pour les forces de l’ordre, provinciales et nationales, dans la lutte contre la délinquance et la violence contre les personnes et contre les biens. La défense est montée jusqu’à la Cour Suprême sans parvenir à légitimer l’usage que le policier avait fait de son arme. Sans succès : la Cour a confirmé l’avis de la chambre d’appel.

Ce déploiement d'énergie obstiné a donc été en pure perte jusqu’à ce jour. La justice a tenu bon. Le magistrat instructeur vient de boucler son enquête, il a rejeté les dernières demandes d’expertise, les jugeant hors délai et purement dilatoires, et il a transmis le dossier au tribunal pour l'audiencement de l'affaire.

La défense entent plaider l’acquittement. Pour l’heure, Chocobar n’a subi que deux jours de prison préventive. S’il est reconnu coupable, il risque une peine maximum de cinq ans d’emprisonnement.

Pour en savoir plus :

mercredi 5 décembre 2018

Légalisation de la gâchette facile : condamnation générale [Actu]

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Lundi (voir mon article d’hier), le gouvernement a autorisé la police fédérale à tirer sur des suspects en dehors de la règle de légitime défense, pendant qu’il se félicitait du bon déroulement de la réunion du G20 et tâchait d’en tirer gloire ou argument électoral.

Patatras ! La modification du protocole d’action des forces de police enfonce un nouveau coin dans l’alliance gouvernementale Cambiemos. L’une des leaders d’opinion de l’alliance, certes politiquement minoritaire en son sein, Elisa Carrió, s’insurge, parle de politique fasciste et de violation des droits de l’homme, tandis qu’un juge local de Buenos Aires interdit au gouvernement de la Ville d’adopter ces mesures pour la police municipale (qu’on appelle métropolitaine) parce qu’elles sont inconstitutionnelles.

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Ce n'est pas la première fois que la fondatrice de Coalición Cívica manifeste son désaccord avec ce gouvernement et ce président qu'elle a longtemps soutenu mais cette fois, le ton qu'elle emploie semble annoncer une menace de rupture beaucoup plus sérieuse que jusqu'à présent.

Et c’est donc à nouveau la bagarre générale. L’état de grâce post-G20 n’aura pas duré 48h.

Pour aller plus loin :
lire l’article principal de Página/12, qui fait sa une sur un retournement de la Cour Suprême qui vient de reconnaître qu’on ne peut pas appliquer aux condamnés pour crime contre l’humanité les mesures d’allègement de peine conçues pour les crimes de droit commun
lire l’article de La Nación

Ajout du 27 décembre 2018 :
lire cet article de Página/12 (édition d'hier) sur la décision de justice prise contre un autre policier qui a atteint un suspect en lui tirant dans le dos

mardi 4 décembre 2018

Sale printemps pour la rue argentine [Actu]

"Permis de tuer", titre Página/12, avec son habituel sens du détournement
c'est bien la ministre Patricia Bullrich qui tient la pose de James Bond

Pour porter atteinte à l'un des principes fondamentaux des droits de l'homme, le droit à la vie, il aura suffi au gouvernement argentin de publier une simple modification du règlement de l’usage des armes pour les forces de l'ordre, parue ce matin au bulletin officiel de la République mais signé par la ministre concernée le 27 novembre dernier, alors qu'arrivaient à Buenos Aires les premières délégations du G20.

La Prensa offre la une la plus discrète sur le sujet
qui est rapporté en bas de page mais en caractères rouges
En haut, le gros titre principal dit : L'estime de soi est de retour
une parole du président qui y voit les suites du G20 pour l'Argentine
mais il confond peut-être le pays et sa propre personne...

Cela s’est donc fait sans débat public, sans débat parlementaire. En catimini.

Clarín a choisi de consacrer le gros titre à cette information
et la photo a un énième match de football

Depuis ce matin, les policiers fédéraux sont donc autorisés à faire feu sur toute personne s'ils soupçonnent qu’elle représente un risque de mort ou de blessure. Ce risque n’a pas besoin d’être caractérisé par une agression ou un début d’agression de la part de ce suspect. Les agents de la force publique peuvent lui tirer dans le dos (comment y a-t-il danger imminent dans ce cas ?). Ils n'ont même pas obligation de faire état de leur qualité de policier ni même de faire les sommations.

La Nación fait un choix assez proche de Clarín
avec les travaux dans l'avenue Corrientes en lieu et place du foot !

Cela fait un an que la ministre de la Sécurité voulait modifier la loi dans ce sens, après l’inculpation d’un policier de la province de Buenos Aires qui avait tué un jeune hors-la-loi mineur en dehors du cadre de la légitime défense, le sous-officier Luis Chocobar, qui, malgré le soutien appuyé de l’exécutif, aura à répondre de ses actes devant la justice du pays.

Dessin de Daniel Paz et Rudy, à la une de Página/12 ce matin

Le porte-parole du gouvernement : Désormais, la police va tirer dessus sur ceux qui prennent la fuite.

la journaliste : Est-ce un avertissement de Cambiemos aux radicaux ? (1)
Traduction © Denise Anne Clavilier

Toute la presse commente cette nouveauté qui ressemble aux promesses électorales de Jair Bolsonaro, promesses électorales qui a horrifié l’opinion publique argentine.

Pour aller plus loin :
lire l’article principal de Página/12, vent debout contre la mesure (le journal y consacre de nombreux billets, analyses, réactions de militants de droits de l’homme et éditoriaux)



(1) Dans l’alliance gouvernementale actuelle qui se compose d’une grosse majorité néolibérale (Mauricio Macri), d’une minuscule portion de centre-gauche (socio-démocrates) et d’une petite portion de l’UCR, les radicaux, le plus vieux parti du pays, ces derniers sont en train de prendre leurs distances depuis de nombreux mois, avec une tendance de plus en plus forte de se démarquer des décisions du président Macri, auquel ils reprochent surtout de ne pas tenir compte de leur avis, voire de gouverner sans les consulter.

mercredi 31 octobre 2018

La Cour Suprême envoie Luis Chocobar devant ses juges [Actu]

L'affaire Chocobar est traitée en manchette en haut à droite
avec la photo choquante de Macri félicitant le policier après la mort du jeune délinquant
Le gros titre se rapporte aux prévisions du FMI concernant l'économie argentine
un PIB en chute de 6,3% et une inflation de 50%
là où le gouvernement annonce les taux de 1,7% et 32%

La justice avance peu à peu et difficilement. Après bien des gestes de soutien de la part de l'exécutif, Luis Chocobar devra répondre de ses actes et comparaîtra devant la cour pour homicide aggravé et abus de la force dans l'exercice de son devoir.
Le sous-officier de la police de la Province de Buenos Aires a tué, il y a un an, un délinquant armé qui s'enfuyait après avoir poignardé un touriste dans une partie (réputée très dangereuse pour les touristes) du quartier de La Boca, alors qu'il était en congés, tout en portant son arme de service, et qu'il se trouvait hors de son ressort territorial.

A l'unanimité, la Cour Suprême, réputée présidée par un juge très favorable à Mauricio Macri, a refusé le recours présenté par l'avocat de la défense contre les motifs avancés par la chambre d'accusation.

La victime du tir du policier allait sur ses 18 ans. L'affaire est donc du ressort de la justice des mineurs.

L'affaire Chocobar est traitée en manchette, en haut à gauche
tandis que la une se partage entre début du procès contre la corruption du système Kirchner
et les excuses du futur ministre brésilien de l'Economie
relatives à ses propos très peu diplomatiques d'avant-hier sur le Mercosur et l'Argentine
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Seul Clarín présente l'affaire sous un jour très nettement favorable au policier, comme si celui-ci avait fait usage de son arme en légitime défense et pour défendre le touriste, que les délinquants venaient d'abandonner au moment des faits incriminés. Les autres quotidiens prennent la mesure de l'abus de langage lorsqu'on évoque la légitime défense pour justifier un tir qui a atteint la victime dans le dos.

Cette décision de la Cour Suprême met en échec pour le moment la doctrine que la ministre de la Sécurité voulait mettre en place pour donner aux forces de l'ordre toute latitude pour faire feu, ce que Bolsonaro s'apprête à mettre en place au Brésil.

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12, hostile dès le début au soutien que le président et différents ministres ont apporté publiquement au policier inculpé, contre tous les principes de l'état de droit qui appliquent aux représentants des forces de l'ordre des règles très strictes en la matière
lire l'entrefilet de La Prensa, qui ne se prononce pas tout en traitant le sujet en manchette de sa une
lire l'article de La Nación, qui se contente de reproduire, en ligne seulement, la dépêche de Télam sur le sujet.

jeudi 22 mars 2018

La Cour de Cassation ratifie les poursuites contre Chocobar [Actu]



La Cour de Cassation criminelle et correctionnelle vient de ratifier le chef d'inculpation choisi par le juge d'instruction contre le policier de la Bonaerense Luis Chocobar qui a tué, dans le dos, un jeune délinquant de 17 ans à La Boca, quartier de Buenos Aires intra-muros qui n'est donc pas dans sa juridiction (puisque la Bonaerense est la police de la Province de Buenos Aires, qui n'inclut pas la Ville Autonome qu'est la capitale fédérale).

La défense du policier a voulu faire croire qu'il avait fait acte de légitime défense. Et le gouvernement fédéral, à commencer par le président lui-même, lui avait emboîté le pas, avec une audience privée très médiatisée. Puis dans les jours qui ont suivi, Patricia Bullrich, la ministre de la Sécurité, a annoncé un changement hallucinant de législation qui devrait faire bénéficier du doute systématique à tout policier qui fera usage de son arme. Il y a eu tout au long de l'été et jusqu'à il y a quelques jours une véritable série de meurtres par des policiers, le dernier contre un gamin de 12 ans (12 ANS !) dans le nord-ouest du  pays... Il y a eu également plusieurs policiers, en moindre nombre, qui ont été abattus par des criminels en fuite.

La justice vient une nouvelle fois de donner tort aux dangereuses dérives sécuritaires du gouvernement en confirmant que Chocobar devait bien être poursuivi pour homicide aggravé et non pas pour un simple abus de la légitime défense, la première qualification retenue par le juge d'instruction.

Pour aller plus loin :
lire l'article de Clarín

Ajout du 23 mars 2018 :
lire l'article de La Nación avec vidéo et analyse de ce qui se serait passé si Chocobar avait appartenu à la police métropolitaine (la police de la Ville Autonome de Buenos Aires)

samedi 17 février 2018

La chambre d'accusation maintient l'inculpation de Chocobar [Actu]

Página/12 utilise une image figée de la vidéo de surveillance
des faits incriminés

Malgré l'appui constant du gouvernement pour légitimer l'acte de violence homicide commis par le policier Luis Chocobar, la justice argentine a décidé de confirmer l'inculpation de ce dernier. Une bonne nouvelle pour la démocratie dans ce pays et la séparation de pouvoirs.

La chambre d'accusation (Cámara del Crimen) a alourdi le chef d'inculpation, qui passe d'excès de légitime défense, choisi par le juge d'instruction, à homicide aggravé et abus de l'accomplissement du devoir.

Le gouvernement et tout particulièrement son chef, Mauricio Macri, a renouvelé son appui à l'inculpé. De la part de l'exécutif, cela constitue incontestablement un manque de respect pour la magistrature et la justice et une conception plus que douteuse de la séparation des pouvoirs, pourtant rappelée solennellement par le chef de l'Etat lors de sa prestation de serment le 10 décembre 2015.

Rappelons que la victime, un jeune délinquant armé d'un couteau dont il s'était servi contre un passant pour lui dérober ses biens, avait dix-sept ans et que le Président Macri avait osé recevoir le policier mis en cause au lendemain de son inculpation par un juge des mineurs (la justice des mineurs étant compétente parce que la victime n'avait pas 18 ans).
Le gouvernement est donc pour la peine de mort, sans limite d'âge, et surtout sans procès ! Même si le coupable n'a pas lui-même donné la mort.

Clarín a préféré traiter l'affaire dans un tout petit titre
en bas à droite
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Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 sur le verdict de la chambre d'accusation
lire l'article de Página/12 sur les commentaires du président et de sa ministre de la Sécurité
lire l'article de La Prensa sur le verdict
lire l'article de La Prensa sur les commentaires de la ministre
lire l'analyse parue dans La Prensa pour justifier le comportement du policier à base de mensonge sur les procédures respectées entre autres en France et en Angleterre, où selon l'auteur, ces faits ne seraient pas poursuivis par la Justice (quel mensonge et quelle volonté de tromper le citoyen argentin pour justifier l'injustifiable... Ignoble !)
lire l'article de La Nación sur les commentaires du président
lire l'article de La Nación sur les commentaires de la ministre
lire l'article de Clarín sur le verdict
lire l'article de Clarín sur les commentaires du gouverneur de Salta, Juan Manuel Urtubey, un péroniste ligne historique (dans l'opposition) qui cultive le dialogue avec le gouvernement : il dénonce le fait que l'exécutif commente des décisions de justice

Ajouts du 18 février 2018 :
lire l'article de Página/12 qui analyse les désaccords qui se développent entre les membres du gouvernement, les alliés de Cambiemos et entre les deux pouvoirs, exécutif et judiciaire, après le soutien présidentiel renouvelé au policier inculpé, thème traité en manchette sur la une de ce dimanche
lire l'article de Página/12 sur l'analyse du verdict par deux associations de droits de l'homme qui approuvent la nouvelle qualification
lire l'article de Clarín sur la nouvelle stratégie de Mauricio Macri contre le juge argentin Raúl Eugenio Zaffaroni, qu'il ne peut démettre de la Cour Interaméricaine des Droits de l'Homme (quelque envie qu'il en ait), et contre les "garantistas", les partisans du respect des droits de tous, y compris des hors-la-loi, à une justice démocratique et équitable, comme les appelle avec mépris la droite sécuritaire, vers laquelle penche clairement le président.

Ajout du 20 février 2018 :
lire l'article de Página/12 sur les commentaires de l'Association des Magistrats, une organisation professionnelle proche de Cambiemos (alliance de gouvernement au pouvoir), qui critique la prise de position partisane hostile à la Justice de la part du président