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samedi 23 mai 2026

Le pourquoi des rencontres de Milei avec Peter Thiel [Actu]

"Le véritable grand frère", dit le gros titre
en référence à une émission populaire, El Gran Hermano
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Le ministère du Capital humain vient d’annoncer un projet d’intelligence artificiel qui utilisera les données des Argentins dont disposent les services publics sous prétexte de rendre plus fluides la gestion de l’État et la définition des politiques publiques. D’après la ministre, il s’agit de doter l’État d’une capacité d’anticipation qu’il n’aurait pas aujourd’hui.

Seul Página/12 se fait l’écho ce matin de ce projet qui laisse craindre les pires dérives, notamment de surveillance de la population. On peut aussi imaginer, vu ce que le personnage montre de lui-même depuis son arrivée au pouvoir, que Javier Milei peut avoir des intérêts économiques dans cette affaire, alors qu’il a reçu officiellement à deux reprises Peter Thiel, le magnat nord-américain qui fait commerce d’à peu près tout ce qui peut exister sous le ciel et dirige Palantir, la société de surveillance généralisée. Pour assurer la confidentialité de ces conversations, Milei avait même interdit l’accès à la Casa Rosada aux journalistes accrédités sous des prétextes fantaisistes...

Le même jour, la presse argentine rapporter la confirmation de la découverte dans le portable du conseiller en crypto-monnaie de Milei d’un contrat qui attribuait 5 millions de dollars au président et à sa sœur si Milei promouvait la monnaie $ Libra d’un financier états-unien, ce qu’il a fait. A partir de là, on peut tout imaginer et la rédaction de Página/12 tire donc le signal d’alarme.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 sur le projet d’IA du ministère du Capital humain
lire l’article de Página/12 sur le contrat de 5 millions de dollars pour Milei
lire l’article de La Nación sur ce contrat.

mercredi 20 mai 2026

Clarín se rebiffe [Actu]

Copie d'écran du site de Clarín
Le journal a rassemblé les sigles des entreprises
que le général aurait favorisées dans les marchés
dont il a la responsabilité


Il y a quelques semaines, le groupe Clarín a été visé par la Casa Rosada et s’est vu accusé devant les tribunaux par le chef de la Maison militaire du président Javier Milei pour une supposée atteinte à à la sécurité de l’État pour avoir, dans un reportage de la chaîne TN, diffusé des images de l’intérieur du palais présidentiel. Il aurait ainsi révélé au grand jour les chemins que pourraient prendre les responsables de l’État en cas d’attaque par l’Iran, avec lequel Javier Milei a dit, aux États-Unis, que « l’Argentine était en guerre », puisqu’il suit aveuglément la diplomatie de Trump (alors que le pays est neutre).

Cette manœuvre invraisemblable s’était traduite par l’interdiction soudaine à tous les journalistes accrédités d’accéder à la Casa Rosada pendant une semaine, pendant laquelle Milei a reçu un oligarque du technofachisme proche de J.D. Vance. La plainte en justice n’a pas fait long feu puisqu’un juge du siège, en accord avec le parquet, vient de débouter le général -et la présidence par la même occasion.

Clarín s’est donc mis à enquêter sur ce général qui lui veut du mal pour voir ce que pouvait bien cacher cette plainte ahurissante et la rédaction publie aujourd’hui des informations compromettantes pour ce haut gradé puisque le journal affirme qu’il est impliqué dans un trafic de dessous-de-table… Ce qui ne serait pas plus étonnant que cela puisque la Casa Rosada est noyée sous les scandales de corruption en tout genre, tous plus voyants les uns que les autres, depuis les premières semaines de la présidence de Javier Milei.

Le journal n'a pas poussé l'audace jusqu'à mettre l'affaire à sa Une, ce que Página/12 n'aurait pas hésité à faire !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

mercredi 13 mai 2026

La justice déboute la Casa Rosada au profit de la liberté de la presse [Actu]

Les grilles de la Casa Rosada


Un procureur fédéral (fiscal federal) vient de débouter la Maison militaire du président Javier Milei dont le chef avait accusé deux journalistes de la chaîne d’information continue TN (groupe Clarín) d’avoir divulgué des secrets dont aurait dépendu la sécurité du pays, du fait de sa diplomatie qui épouse parfaitement, sans même l’espace d’une lame de couteau, celle des États-Unis et d’Israël, ce qui pourrait mettre en danger le président qui pourrait être la cible d’un attentat iranien. Vous suivez ? C’est un raisonnement un peu tiré par les cheveux, j’en conviens, mais la présidence n’avait rien trouvé de mieux pour ester en justice et, allez savoir pourquoi, ça n’a pas convaincu le magistrat.

Selon le galonné, qui a été choisi par Javier Milei pour ses positions assez peu hostiles à la dictature militaire et à son négationnisme sur cette période historique, les journalistes auraient montré dans leur reportage comment on peut se déplacer dans la Casa Rosada et par conséquent par quelle voie un responsable pourrait fuir en cas de danger.

Extrait du réquisitoire
pour débouter la Casa Rosada
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Sans prendre beaucoup de pincettes, le juge a écarté ces sottises, annulant ainsi la légitimité du refus d’accès à la Casa Rosada opposé aux journalistes accrédités, comme par hasard le jour où Javier Milei avait accordé une audience à Peter Thiel, le facho-libertarien de la Silicon Valley qui soutient la carrière politique de J.D. Vance. Étant donné que le patron de Palantir a encore été reçu à la Casa Rosada hier par le ministre de l’Économie et quelques autres alors que la population manifestait bruyamment dehors, on peut en inférer que le gouvernement a des intérêts importants liés au sulfureux milliardaire et ne voulait en aucun cas que le moindre journaliste capte quoi que ce soit de cette réunion au contenu ultra-secret, peut-être lié à des moyens de surveillance de la population, ce dont Thiel est le grand manitou et Milei un grand partisan.

A noter que l’officier à l’origine de la plainte en justice a depuis reçu une promotion. Comme quoi, à quelque chose fayotage est bon.

Une conférence de presse à la Casa Rosada avec les journalistes accrédités

Et comme l’écrit non sans humour un lecteur de Página/12 dans le chat de l’article du jour, on en sait plus sur l’intérieur de la Casa Rosada avec les selfies que prennent « ces crétins de libertariens » dans le palais qu’avec tous les reportages du monde sur le sujet…

© Denise Anne Clavilier


Avec une confraternité qui fait chaud au cœur, les trois quotidiens nationaux rapportent en chœur cette nouvelle excellente pour la liberté de la presse en Argentine.

Pour aller plus loin :

vendredi 24 avril 2026

C’est pas beau de copier sur le voisin [Actu]

"Interdit d'entrer sans perruque", dit le gros titre
sur un montage photographique
(il n'y a aucune grille aussi loin de la façade de la Casa Rosada)
La peluca du titre est un mot-clé pour désigner Mileí et les libertariens
sans doute à cause de la tignasse du président
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De retour de Jérusalem où il a tenu des propos incendiaires contre l’Iran, à propos duquel il a déclaré que l’Argentine (pays traditionnellement neutre) était en guerre (sic), le Liban (le Hezbollah) et Gaza (le Hamas) et promis une nouvelle fois d’installer l’ambassade à Jérusalem (re-sic), qui se trouve, ne l’oublions jamais, en territoire occupé (encore faudrait-il y trouver des locaux), avant d’allumer les torches de l’Indépendance de l’État hébreu, honneur insigne exceptionnellement accordé à un chef d’État étranger, Javier Milei est rentré à Buenos Aires où, pris d’un nouvel accès de trumpisme aigu, il n’a rien trouvé de plus urgent à faire que de rencontrer le patron de Palantir et parrain politique de J.D. Vance, l’oligarque facho-libertarien Peter Thiel venu passer deux mois dans son luxueux hôtel particulier portègne, et de fermer la Casa Rosada aux journalistes accrédités, sous prétexte de lutter contre de prétendues pratiques d’espionnage (exactement comme l’a fait Pete Hegseth au Pentagone).

"Ils ne passeront pas (les journalistes",
se moque la rédaction en utilisant le mot d'ordre
des communistes espagnols pendant la guerre civile
Remarquez la proximité de la façade derrière la grille
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En fait, surtout depuis que l’empereur Donald Ier est revenu à la Maison Blanche, le baron Milei n’en finit pas d’insulter la presse et de traiter les journalistes en ennemis, les jetant en pâture aux forces de l’ordre, de plus en plus brutales, quand ils couvrent des manifestations, ce qui se traduit souvent par du bris de matériel et des contusions, quand ce ne sont pas des blessures graves avec de lourds séjours hospitaliers à la clé.

Copie d'écran d'un message partagé par Milei :
"Excellente mesure : toutes les accréditations
ont été retirées aux journalistes de la Casa Rosada
pour espionnage illégal"
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Hasard ou coïncidence, il se trouve que certains détenteurs de la carte de presse découvrent, à la vitesse de l’éclair, des pratiques passibles des tribunaux chez le président et dans son entourage, du plus proche au plus éloigné. Ils mettent ainsi au jour de répugnants systèmes de corruption et d’atteinte à la probité de la part de Milei, de sa sœur, secrétaire-générale et Première dame réunies, de ses ministres, de ses conseillers et même de plusieurs libertariens élus au Congrès, avec ou sans la complicité de leurs assistants parlementaires. Or le président argentin continue de vouloir proclamer que les corrompus sont à chercher et encore plus à pourchasser dans les rangs de l’opposition et surtout pas de son côté. Comme Trump. Pourtant, le moins qu’on puisse dire est que ses prédécesseurs et leurs ministres, lorsqu’ils étaient corrompus, ce qui a certes pu arriver, avaient sinon assez de décence du moins suffisamment le sens de la loi pour dissimuler leurs forfaits sous plusieurs couches, plutôt hermétiques, de camouflage bien opaque. Milei et consorts, pas du tout ! Comme Trump, sa famille et toute leur clique.

Clarín préfère titre sur une décision judiciaire transitoire
qui suspend la suspension de la réforme du Code du travail
en appel... Le refus d'accès au palais présidentiel
pour la presse n'a droit qu'à un titre secondaire,
en haut, à droite : "Milei a fermé les portes de la Casa Rosada
à tous les journalistes"
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Avant la prestation de serment de ce personnage dépravé, l’Argentine occupait le 40e rang sur 180 pays analysables dans le classement de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. L’année dernière, elle n’était plus qu’au 66e rang. Aujourd’hui, elle se traîne à la 87e position. 47 places perdues en deux ans et demi à peine d’exercice du pouvoir ! Voilà ce qui s’appelle un exploit mais à l’opposé des promesses électorales du candidat à la tronçonneuse qui s’était engagé à en finir avec la corruption de la « caste » (on dirait peut-être « l’establishment » en bon franglais) pour faire régner la liberté (et la prospérité) dans tout le pays. A titre de comparaison, le Brésil voisin, après un mandat de Bolsonaro, était au 82e rang en 2024 et il a escaladé jusqu’à la 63e place en 2025.

Même politique à la rédaction de La Nación
à ceci près qu'il y a une photo et une photo très significative
sur cette Une
"La Casa Rosada interdit l'accès aux journalistes",
dit le titre secondaire sous la photo
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Ainsi donc, pour la liberté, on a vu : Milei mentait massivement. Comme Trump. Quant à la prospérité, au lendemain de la faillite de SanCor, tout le monde devrait désormais savoir à quoi s’en tenir ! Comme avec Trump.

Le FOPEA dénonce la décision d'interdire l'accès
des journalistes accrédités à la Casa Rosada,
dit le communiqué diffusé sur les réseaux sociaux
La photo représente le palais présidentiel
avec la statue de Belgrano (qu'on voit à peine)
et le drapeau qui l'accompagne
(puisque Belgrano est l'inventeur du drapeau national)
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C’est pas beau de copier sur le voisin...

L'homme debout : Qu'est-ce que Peter Thiel est venu faire en Argentine ?
L'autre : Je ne sais pas mais on lui a dit qu'ici, il y a de vastes gisements
d'un produit très utile pour ses affaires.
L'homme debout : Du lithium ? De l'eau ?
L'autre : De la crétinerie
Traduction © Denise Anne Clavilier
Dessin de Une de Página/12 ce matin
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© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :
lire l’article de Une de Página/12
lire l’entrefilet lilliputien de La Prensa (qui fait pourtant sa Une sur cette information)
lire l’article (un peu plus développé) de La Prensa sur la réaction officielle d’une organisation professionnelle, le Foro de Periodismo Argentino ou FOPEA (Forum du journalisme argentin).
lire l’article de Une de Clarín
lire l’article de Une de La Nación
consulter le classement international de la liberté de la presse sur le site de RSF


Ajouts du 28 avril 2026 :
lire cet article de Página/12 sur le soutien des évêques argentins aux journalistes toujours interdits d’accès à la Casa Rosada
lire l’article de Clarín