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mercredi 20 mai 2026

Clarín se rebiffe [Actu]

Copie d'écran du site de Clarín
Le journal a rassemblé les sigles des entreprises
que le général aurait favorisées dans les marchés
dont il a la responsabilité


Il y a quelques semaines, le groupe Clarín a été visé par la Casa Rosada et s’est vu accusé devant les tribunaux par le chef de la Maison militaire du président Javier Milei pour une supposée atteinte à à la sécurité de l’État pour avoir, dans un reportage de la chaîne TN, diffusé des images de l’intérieur du palais présidentiel. Il aurait ainsi révélé au grand jour les chemins que pourraient prendre les responsables de l’État en cas d’attaque par l’Iran, avec lequel Javier Milei a dit, aux États-Unis, que « l’Argentine était en guerre », puisqu’il suit aveuglément la diplomatie de Trump (alors que le pays est neutre).

Cette manœuvre invraisemblable s’était traduite par l’interdiction soudaine à tous les journalistes accrédités d’accéder à la Casa Rosada pendant une semaine, pendant laquelle Milei a reçu un oligarque du technofachisme proche de J.D. Vance. La plainte en justice n’a pas fait long feu puisqu’un juge du siège, en accord avec le parquet, vient de débouter le général -et la présidence par la même occasion.

Clarín s’est donc mis à enquêter sur ce général qui lui veut du mal pour voir ce que pouvait bien cacher cette plainte ahurissante et la rédaction publie aujourd’hui des informations compromettantes pour ce haut gradé puisque le journal affirme qu’il est impliqué dans un trafic de dessous-de-table… Ce qui ne serait pas plus étonnant que cela puisque la Casa Rosada est noyée sous les scandales de corruption en tout genre, tous plus voyants les uns que les autres, depuis les premières semaines de la présidence de Javier Milei.

Le journal n'a pas poussé l'audace jusqu'à mettre l'affaire à sa Une, ce que Página/12 n'aurait pas hésité à faire !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

samedi 17 novembre 2018

Le ARA San Juan enfin retrouvé [Actu]

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Le sous-marin, disparu il y tout juste un an, gît par 800 mètres de fond dans la Mer Argentine, dans l'Atlantique sud.
La voie d'eau et l'incendie à bord qu'évoquait le dernier message reçu du submersible à la Base navale de Mar del Plata est donc sans doute la cause de la perte du bâtiment, d'autant qu'il a été retrouvé dans les parages du point d'où il avait envoyé cet ultime message.
La découverte coïncide avec le début d'un long week-end où les Argentins fêtent une victoire fluviale (contre les Français), la fête de la Souveraineté.
Seul Clarín a pu annoncer l'information sur son édition imprimée de ce matin.
Sur Barrio de Tango, complément d'article lundi.

Ajout du 19 novembre 2018 :

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 de dimanche
lire l'article de Clarín sur le travail que devra fournir la juge d'instruction à partir des 67.000 photos que rapportera la mission exploratrice et qui permettront de créer une simulation numérique sur laquelle travailleront les experts qu'elle, les inculpés éventuels et les parties civiles pourront nommer

"En patrouille pour l'éternité ?", titrait La Prensa dimanche matin
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"Nous voulons que ces ordures aillent en prison", titrait Página/12 hier

Clarín a préféré titrer sur l'enquête et illustrer avec la photo des familles en pleurs
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Dimanche, La Nación a montré une manifestation des familles (bandeau supérieur)
et placé au centre de sa une une photo de l'hélice de l'épave
En gros titre : "Le San Juan a implosé et le Gouvernement
pense qu'il [sera] très difficile de le renflouer"
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Lundi :
Dans la journée de samedi, le président Mauricio Macri a fait une très courte intervention télévisée (1), enregistrée à l'avance (ce qui pourrait indiquer qu'il doutait de sa capacité à prendre la parole en direct). Il s'exprime avec une froideur fort peu en rapport avec la culture argentine et en pleine contradiction avec l'émotion et la peine qu'il attribue à tous les Argentins (sauf lui, semble-t-il). Il a revêtu un très élégant veston bleu marine et porte une cravate à dominante bleu moyen, le tout d'une très belle facture. Il n'a pas eu le tact de s'habiller en noir, ce qu'il pouvait faire facilement, eu égard à l'air conditionné de la résidence campagnarde de Los Olivos, d'où il s'exprime, où il vit avec sa famille (c'était déjà le cas sous les Kirchner) (2). Tout cela est pour le moins surprenant.
Par ailleurs, le président a enfin décrété trois jours de deuil national. Il était temps. Mais on cherche en vain sur le site Internet de la Casa Rosada, le palais présidentiel, une trace du décret et une autre du texte du message télévisé. La dernière information sur le sujet y concerne l'hommage rendu le 15 novembre et les dernières infos, tous sujets confondus, datent du 16 novembre. Comme si personne dans l'équipe présidentielle n'était en service pendant un long week-end. Le monde s'arrêterait-il donc de tourner les jours fériés ? Dans de telles circonstances, que le président dit considérer comme très graves dans son discours télévisé, on pourrait penser qu'il n'y a pas de long week-end qui tienne. A dix jours de la réunion des chefs d'Etat et de gouvernement du G20 à Buenos Aires, il en va de sa crédibilité internationale. C'est incompréhensible.
Página/12 le signale d'ailleurs avec verve sur sa une de ce lundi férié.

"En week-end, le président de la Nation ne travaille pas ?"

Samedi et dimanche, les familles ont organisé des marches et des manifestations à Buenos Aires et à Mar del Plata et elles se sont répandues en déclarations vengeresses contre ce gouvernement qui semble si peu concerné par le malheur qui les touche. Elles ne sont toutefois pas unanimes. Les plus remontées réclament la prison pour les amiraux de l'état-major de la Marine (3) et pour le ministre de la Défense, voire pour le président lui-même dont certains sont convaincus qu'il savait déjà tout dès le 15 novembre, au moment où il prononçait à Mar del Plata ce discours d''hommage qui a remué le couteau dans la plaies des proches (au lieu de les réconforter) et que, par conséquent, la découverte du bâtiment le lendemain relevait d'une mise en scène gouvernementale. C'est toutefois fort peu probable puisque Mauricio Macri avait tout intérêt à annoncer la nouvelle avant l'hommage, quitte à reculer sine die celui-ci (la présidence argentine est aussi improvisatrice que le reste du pays, elle n'est pas à un report près). On peut aussi espérer que le décret aurait été prêt, ainsi que le site Internet de la Présidence et l'allocution télévisée. Il aurait eu le temps de peser ses propos au trébuchet avec des spin-doctors compétents (il peut se payer leurs services sur sa fortune personnelle) et de répéter, avant de parler en direct.

D'autres familles se sont fait plus discrètes.
Certains proches de disparus, parmi ceux qui s'expriment auprès des médias, exigent qu'on renfloue le sous-marin. Le ministre a annoncé que c'était impossible. Si tant est que l'opération soit matériellement possible, il faudrait des milliards de dollars pour remonter l'épave qui se trouve en fait à plus de 900 mètres de fond (et non pas 800 comme on l'avait annoncé dans la nuit de vendredi à samedi, au moment de la découverte) et qui pourrait se fracasser en mille morceaux au moindre essai de percer sa coque pour y passer des filins afin de la remonter à la surface. Les finances de l'Etat ne le permettent certainement pas, surtout que la recherche du bâtiment a déjà coûté des sommes colossales.

Le gouvernement envisage aujourd'hui d'organiser une cérémonie funéraire en haute mer. Selon la tradition des marins, les corps resteraient prisonniers de la coque, à bord du sous-marin que vivants, ces 44 hommes et femme ont servi.

En reprenant une partie du slogan des victimes de la Dictature
"Verité et Justice" [il manque Mémoire]
La Prensa montre le drapeau national en berne,
derrière la statue de Manuel Belgrano, sur Plaza de Mayo
et explique que le gouvernement envisage une cérémonie en mer.
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Il n'en reste pas moins vrai que la communication de crise du gouvernement et de la Marine a été désastreuse et que ce manque de transparence, ce manque de soutien aux familles, le refus de les recevoir lorsque certains de leurs représentants avaient dressé une tente sur Plaza de Mayo où ils passaient leurs jours et leurs nuits sont en partie à l'origine de ces réclamations des proches et du grand bruit que fait la gauche autour de la disparition du ARA San Juan, pour lui donner un sens politique qui dépasse peut-être les véritables responsabilités en jeu (une maintenance défectueuse semble désormais prouvée, reste à établir sans doute pourquoi elle a été défectueuse, entre responsabilité budgétaire, et donc politique, responsabilité gestionnaire, donc militaire, et faillite éventuelle du commandement, qu'il soit militaire ou politique). Le ministre de la Défense n'écarte pas des erreurs gouvernementales dans l'année qui vient de s'écouler mais nie toute espèce de mensonge de la part des autorités en place.

Pour en savoir plus :
lire l'article de Página/12 sur les accusations de mise en scène
lire l'article de La Prensa sur l'impossibilité de renflouer l'épave, selon le ministre
lire l'article de La Nación sur les différentes réactions publiques des familles.

Ajout du 20 novembre 2018 :
lire cet entrefilet de Página/12 sur les activités du président Macri pendant les jours de deuil national. Il s'est rendu à une petite fête organisée par le patron de Disney. Comme le ministre de l'Intérieure italien, Salvini, le 14 août, après la catastrophe de Gênes. Un comportement en contradiction avec les paroles graves, mais insincères, du discours télévisé. De quoi nourrir encore un peu plus la légitime rancœur des familles.
lire le billet publié dans La Prensa par un ancien combattant des Malouines, un officier de marine en retraite, qui dresse le bilan de la catastrophe en terme de conscience politique pour ses compatriotes
lire l'article de La Nación sur les déclarations de la juge d'instruction qui écarte, pour l'heure, toute responsabilité politique du président dans la survenue de l'accident fatal. On va aller chercher celle des lampistes, comme d'habitude.
lire l'article de Clarín sur le même sujet

Ajout du 29 novembre 2018 :
lire cet article de La Nación sur les avancées de l'instruction. La juge doit recevoir les 67.000 photos prises du submersible coulé mardi prochain. Elle a déjà annoncé qu'elle ne permettrait pas au ministère de la Défense d'en prendre connaissance.

Ajout du 12 décembre 2018 :
lire cet article de Clarín sur les déclarations de l'ancien chef d'Etat-major de la Marine, l'amiral Srur, devant la commission d'enquête bicamérale du Congrès argentin : le San Juan n'était pas en état de naviguer seul mais il n'en avait pas la connaissance exacte parce que ses subordonnés l'informaient mal...



(1) Elle a été mise en ligne hier sur le canal Youtube de la Casa Rosada (avec un lien sur le site). Sur fond officiel bleu ciel, on entend pendant de longues secondes un très désagréable bip bip d'attente avant l'apparition du président, qui, au moment de la prise d'antenne, a déjà prononcé une ou deux syllabes. Les techniciens n'ont même pas été capables de retransmettre ou d'enregistrer depuis le début ! Quel manque de respect pour les disparus et leurs proches ! Et il faut aller chercher dans le canal pour retrouver cette vidéo qui n'apparaît pas sur l'écran d'accueil.
(2) Il aurait pu se donner la peine de regagner la Casa Rosada pour y enregistrer son message, dans le décorum officiel de la capitale.
(3) L'ancien porte-parole du Centre naval de Mar del Plata, le commandant Balbi, que le gouvernement et l'état-major, avait laissé seul devant la presse dans les premières semaines de la crise, vient de recevoir une nouvelle mission : il part à Washington comme attaché naval.

vendredi 16 novembre 2018

Un domaine militaire historique devient un espace vert [Actu]

C'est joli tout plein, au printemps !
Mauricio Macri, ce matin, à Campo de Mayo, flanqué de ses ministres :
à sa droite, Oscar Aguad (Défense), à sa gauche, Sergio Bergman (Ecologie)
Photo Casa Rosada
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Le président Mauricio Macri vient d'annoncer que, conformément au programme politique qu'il avait lancé à la rentrée de mars dernier, le Campo de Mayo, un domaine militaire, au nord-ouest de Buenos Aires, où ont fonctionné quatre centres de détention clandestine sous la dernière dictature militaire, sera transformé en un parc public urbain, dans une zone déjà fort bien lotie en matière de grands espaces verts, grâce au delta du Paraná qui s'apprête à se jeter dans le Río de la Plata. L'installation des forces armées sur ce domaine de 8.000 hectares remonte à 1901, l'époque où cette région de la banlieue chic de Buenos Aires a connu son plein développement résidentiel pour familles patriciennes des plus huppées.

L'idée de convertir en parc naturel ce lieu où l'on a torturé, assassiné, volé des bébés à leur naissance, avait rassemblé contre elle toutes les associations de victimes de la dictature : Abuelas, Madres, H.I.J.O.S, Familiares, etc.

Elle se fera sans passer par le Congrès, en évitant donc un débat très conflictuel. Le parc restera sous la responsabilité du ministère de la Défense. Il sera censé bénéficier à 10 millions d'habitants du Gran Buenos Aires, mais c'est une fiction : les pauvres, qui habitent le sud, n'auront pas les moyens de faire tout ce chemin pour aller se balader dans un parc situé à plus de 40 km de chez eux.

Página/12, très attaché à la mémoire des victimes de la dictature, s'en étrangle.
La Prensa, beaucoup moins sensibles à ce passé sanglant, raconte la cérémonie au cours de laquelle le président, en compagnie de quelques ministres, a fait son petit effet devant les autorités militaires rassemblées en affirmant que les Argentins étaient tous d'accord sur le thème de l'écologie. Ce qui est faux : il n'y a qu'à voir les querelles que déclenchent l'usage des pesticides ! Et l'habillage écologique ne marchera jamais devant les partisans des droits de l'homme.

Et pour l'occasion, on a vu réapparaître le très discret, quasi-transparent, inodore et incolore (gouvernementalement parlant) Secrétaire d'Etat à l'Ecologie, le rabbin Sergio Bergman avec son habituelle kippa multicolore.

Pour aller plus loin :
lire le communiqué officiel de la Casa Rosada.

Ajout du 23 novembre 2018 :
lire le communiqué de presse de Abuelas de Plaza de Mayo, qui exprime l'opposition du collectif à la conversion du domaine en espace vert de loisir.

jeudi 15 novembre 2018

ARA San Juan : un an sans nouvelle [Actu]

La famille d'un des sous-mariniers du San Juan, sur la plage de Mar del Plata
au fond, les bâtiments du front de mer
Photo Mara Sosti (pour La Nación)
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Il y a un an que le sous-marin ARA San Juan ne répond plus. Selon deux rapports d'experts étrangers, le bâtiment a souffert d'une implosion en grande profondeur mais officiellement, le gouvernement argentin continue à ne rien savoir de sûr. Les familles refusent que les membres d'équipage soient déclarés morts, car ils pensent qu'alors l'Etat argentin cessera les recherches, qui d'ailleurs ne donnent rien, quelque soient les moyens mis en œuvre. Ils préfèrent donc qu'ils soient portés disparus jusqu'à ce qu'on retrouve l'épave, qu'on ne retrouvera sans doute jamais.

L'instruction judiciaire continue, sous la conduite d'une juge qui dit travailler sans trêve mais sans aussi sans hâte pour réaliser un travail rigoureux et inattaquable.

Les familles manifestant dans le port de pêche de Mar del Plata
Photo
Página/12
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Aujourd'hui, le président Mauricio Macri doit rendre hommage aux 44 sous-mariniers disparus et il est fort possible qu'il soit chahuté par les familles.

Dimanche dernier, tous les journaux nationaux consacraient des pages à ce drame. Et aujourd'hui, ils remettent le sujet à l'honneur mais seul Página/12 consacre un espace de sa une à cette triste affaire.

Pour aller plus loin :
dimanche :
lire l'article de La Prensa sur la position de l'état-major de la Marine
lire l'article de La Prensa sur la juge d'instruction
lire l'article de La Nación sur les recherches qui ont encore échouées, malgré la présence du père d'un des disparus, lui-même ancien officier de marine, parmi les experts
lire l'article de La Nación sur la juge d'instruction et son travail
aujourd'hui :
consulter le dossier mis en ligne par La Nación sur l'année écoulée
lire l'article de La Nación

Ajout du 16 novembre 2018 :
Comme on pouvait s'y attendre, les familles ont assez mal vécu le discours convenu du Président Macri, hier, à la Base navale de Mar del Plata. Platitudes habituelles : je suis de tout cœur avec vous depuis le début (alors qu'il ne les a jamais reçues pendant qu'elles squattaient Plaza de Mayo, au pied du Palais du Gouvernement), je n'aurais de cesse qu'on les retrouve (alors que la recherche a été maintes fois abandonnée), etc.

samedi 14 avril 2018

ARA San Juan : le scandale continue [Actu]

Entendu avant-hier par la juge d'instruction chargée de l'enquête sur la disparition du sous-marin, le 14 novembre dernier, l'ex-chef d'état-major de la Marine argentine, l'amiral Srur a reconnu que le bâtiment n'était pas en état de naviguer et que ses subalternes lui avaient caché un certain nombre de difficultés très graves. Mes fidèles lecteurs se souviennent peut-être qu'au cours du second mandat de Cristina Kirchner, la présidente avait procédé à de grands changements dans l'état-major de cette arme après un autre incident de commandement : la mutinerie des marins de la Préfecture navale à Buenos Aires, qui s'étaient enfermés et enchaînés au siège de leur direction parce qu'un bruit courait selon lequel ils ne recevraient pas leur solde du mois. Une enquête, sans doute trop rapide, avait conclu à une faute manifeste de commandement. Visiblement, les changements apportés pour y remédier n'ont pas résolu grand-chose.


Pendant que les officiers supérieurs passent à la casserole judiciaire, l'une des veuves d'un sous-mariniers dénonce sur Youtube, par vidéo interposée, le fait que le gouvernement (entendez l'Etat) a abandonné à leur triste sort les familles des disparus qui vont devoir, cinq mois après la tragédie, faire les démarches juridiques de déclarations de décès présumés alors que les pouvoirs publics ne leur ont encore donné aucun document attestant du sort du ARA San Juan et de son équipage. Non seulement il n'y a pas eu de drapeau en berne, de deuil national, de grand-messe officielle pour le repos de l'âme des militaires morts en service, de décorations à titre posthume, mais il n'y a pas même eu une lettre de condoléance ni même un document administratif permettant aux familles de faire les démarches légales...

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 sur l'appel au secours de la jeune veuve de marin
lire l'article de Clarín sur le même sujet
lire l'article de La Prensa sur les déclarations de l'amiral Srur.

Ajouts du 17 avril 2018 :
lire l'article de Página/12 sur l'audition du ministre de la Défense, Oscar Aguad (UCR, parti second dans l'alliance gouvernementale Cambiemos) devant la commission bicamérale d'enquête parlementaire.
Devant cette instance et en présence de plusieurs membres des familles des disparus, atterrés par son attitude, le ministre a reconnu avoir fait appel à des extralucides pour chercher le bâtiment alors qu'une explication de l'inaction du gouvernement commence à se faire jour : les pouvoirs publics joueraient la montre pour atteindre le délai légal à partir duquel il faudra reconnaître le sous-marin perdu et où on pourra clore l'affaire (en s'exemptant de donner des explications cohérentes sur ce qu'il s'est passé). L'information fait ce jour la une de Página/12
lire le simple entrefilet de La Prensa sur les déclarations du ministre
lire l'article de La Nación sur l'audition du ministre (le journal libéral souligne la promesse de Aguad de faire intervenir une entreprise privée dans les recherches... Pour un bâtiment militaire, quel aveu d'échec !). L'article s'achève sur l'annonce d'une naissance, celle de la fille posthume d'un des membres de l'équipage, cinq mois après la disparition de son papa
lire l'article de La Nación sur la bourse d'études qui sera octroyée à tous les orphelins de l'équipage du ARA San Juan de l'âge de 3 ans à celui de 25.

Ajout du 18 avril 2018 :
lire l'article de La Nación sur l'audition de Oscar Aguad avant-hier

samedi 7 avril 2018

La Nación fait des révélations sur le ARA San Juan [Actu]

Schéma fourni par La Nación pour illustrer ses révélations d'hier

Le quotidien La Nación a eu accès au brouillon du rapport de la commission d'experts établie par le ministère de la Défense et a révélé dans son édition d'hier que contrairement à tout ce qui avait été dit jusqu'à présent, l'agonie du sous-marin, le 14 novembre dernier, a duré plusieurs heures, avec un premier incendie qui a été maîtrisé lorsque le San Juan a réussi à faire surface mais le mauvais temps a obligé le bâtiment à regagner le fonds pour rejoindre le port de Mar del Plata, rapidement, et y faire les réparations nécessaires. C'est alors que l'incendie a repris ou qu'un second feu s'est déclaré. Ce second incendie a été fatal : il serait à l'origine de l'implosion du sous-marin, qui se trouverait à présent au fond de la mer d'Argentine, dans les eaux territoriales du pays.

Le rapport de la commission devait être remis au ministre à la fin du mois.

A la suite de la publication des révélations du quotidien, la juge d'instruction en charge du dossier, dans la province de Santa Cruz, en Patagonie, a convoqué les trois experts de la commission ministérielle. L'un des trois est un officier de marine retraité dont le fils faisait partie de l'équipage du malheureux bâtiment.

Le Congrès a lui aussi constitué une commission d'enquête et continue à réclamer au gouvernement des explications que le ministre Oscar Aguad ne s'empresse guère de donner.

Aucun hommage n'a encore été rendu officiellement aux sous-mariniers disparus. L'appareil d'Etat est très peu présent auprès des familles, dont la plupart sont livrées à elles-mêmes.

Pour en savoir plus :
lire l'article de La Nación sur les révélations
lire l'article de La Nación sur les demandes adressées par le Congrès à l'Exécutif
lire l'article de La Nación ce matin sur la réaction de la juge d'instruction.

mardi 27 mars 2018

ARA San Juan : les familles portent plainte contre le ministre de la Défense [Actu]

Devant le peu d'engagement du gouvernement dans les suites de la perte du ARA San Juan à la mi-novembre, c'est le père de l'un des sous-mariniers, avocat de profession, qui a formulé la plainte devant les tribunaux contre le ministre de la Défense, Oscar Aguad.

Les griefs invoqués contre le ministre sont particulièrement graves : manquements aux devoirs de sa charge, abandon de personne, entrave aggravée à la justice et haute trahison.


A la suite de la disparition du sous-marin, les pouvoirs publics ont semblé incapables de fournir des explications aux familles, ne leur ont guère apporté de soutien, qu'il soit matériel, psychique ou symbolique, n'ont pas déclaré de deuil national, ni fait mettre les drapeaux en berne ni organisé la moindre cérémonie d'hommage national. Les militaires disparus n'ont pas bénéficié de la moindre citation à la moindre décoration. Il n'y a rien eu. Rien !

En Argentine, les procédures judiciaires sont très complexes. La plainte est une chose. D'ici à ce qu'elle ait des effets sur la vie du ministre concerné, qu'elle provoque une convocation devant un juge ou qu'elle ait le moindre effet sur sa carrière politique, il est probable qu'il coulera beaucoup d'eau dans le Río de la Plata.

Pour en savoir plus :

mercredi 21 mars 2018

ARA San Juan : la commission parlementaire d'enquête se met au travail [Actu]

Le San Juan (photo AFP)

La si longtemps souhaitée commission bicamérale d'enquête sur la tragédie du ARA San Juan, disparu en mer sans laisser de trace à la mi-novembre, vient de se mettre enfin en place et elle a commencé ses auditions.

Quatre mois après l'explosion du bâtiment et la perte de ses 44 membres d'équipage, les familles continuent à supplier le gouvernement argentin de ne pas abandonner les recherches. Certaines ont maintenant reçu les propositions d'indemnisation des compagnies d'assurance : juste quelques dizaines de milliers de pesos argentins pour la mort d'un mari, d'un père ou d'un fils !

En France, il y a quelques mois, le journaliste et producteur de France Culture Guillaume Erner a consacré un numéro de son émission en ligne Superfail au sous-marin argentin, avec pour invité un historien qui travaille au service historique de la Défense, Alexandre Sheldon-Duplaix, un spécialiste de l'histoire des sous-marins, qui explique que ce genre de catastrophe n'est pas réservé aux pays émergents, il peut toujours n'importe quelle flotte militaire au monde.

Le départ du Sophie Siem qui allait participer aux recherches du sous-marin
en novembre dernier (photo Pablo Villagra pour l'AFP)

Pour aller plus loin sur les débuts difficiles de cette enquête parlementaire :
lire l'article de La Nación, qui fait la liste des onze dysfonctionnements qui affectaient le San Juan au moment où il a pris la mer en novembre.

Ajouts du 23 mars 2018 :
lire l'article de La Prensa sur les déclarations de Jorge Faurie, ministre des Affaires Etrangères, devant le Sénat. Ce diplomate de carrière a démenti tout acte hostile de la part de la Royal Navy aux abords des Malouines
lire l'article de Página/12 sur les familles des sous-mariniers qui, maintenant, exigent la démission du ministre de la Défense, le radical Oscar Aguad

lundi 19 mars 2018

ARA San Juan : déclassification d'un document par le Premier ministre [Actu]

La réponse du gouvernement arrive sous forme écrite sur le bureau de la Chambre
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Pour répondre à une question de l'opposition à la Chambre des députés, le Premier ministre argentin, Marcos Peña, a sorti l'artillerie lourde : il a dévoilé un document couvert par le secret défense et qui ferait apparaître, s'il est authentique, que le sous-marin disparu, l'ARA San Juan, aurait longé les îles Malouines pour surveiller les activités des Britanniques.

Copie du document remis aux parlementaires
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Surprenante révélation à l'heure où la Grande-Bretagne sort le grand jeu contre la Russie et à la veille d'une importante réception à Buenos Aires, celle du G20 que Mauricio Macri accueille aujourd'hui au très laid Centro de Exposiciones du quartier de Recoleta (1).

Pour en savoir plus sur les déclarations de Marcos Peña :


(1) A dire vrai, il y avait des lieux beaucoup plus agréables dans cette ville pour accueillir les vingts chefs d'Etat et de Gouvernement du groupe ! Peut-être des questions de sécurité ?

lundi 15 janvier 2018

Deux mois sans nouvelle à Mar del Plata [Actu]

Mural de Miguel Angel Brule (photo ACS Cuna de la Bandera)

Página/12 consacre aujourd'hui une grande partie de son édition quotidienne aux familles des sous-mariniers du bâtiment disparu le 15 novembre dernier. La semaine dernière, es experts des Etats-Unis ont publié un rapport où il est énoncé que le sous-marin ARA San Juan a subi une explosion qui l'a détruit en moins d'une seconde, sans que les hommes d'équipage n'aient pu prendre conscience qu'il se passait quelque chose. Ces conclusions ont été reprises par la presse argentine sans que le gouvernement ne prenne la parole et ne fasse un geste envers les familles qui attendent toujours une réaction officielle.

Le gros titre cite certaines familles :
"Si l'on ne nous écoute pas, nous nous enchaînerons devant la Casa Rosada"
en manchette : un titre sur la décision de Oscar Aguad d'entraîner les enfants au tir

A Rosario, une des associations culturelles sanmartiniennes, la ACS Cuna de la Bandera (1), a inauguré une fresque murale, au pied d'un établissement scolaire, pour rendre hommage aux quarante-quatre sous-mariniers disparus. On y voit la silhouette du San Juan, celle du général José de San Martín (1778-1850), le père de la Patrie, les figures de trois soldats représentatifs des forces militaires populaires pendant la guerre d'indépendance et une Vierge de Luján, si chère au général Manuel Belgrano (1770-1820), le créateur du drapeau (bandera) national, avec une paraphrase de la déclaration de l'ange annonçant la Résurrection aux saintes femmes près de la tombe vide du Christ : Pourquoi cherchez-vous dans les profondeurs ce qui est dans les cieux, avec moi. Un émouvant hommage, à voir sur la page Facebook de l'association de Rosario et sur son site Internet.

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 sur les exigences des familles vis-à-vis du Président Macri, curieusement absent dans cette tragédie
lire l'article de Página/12 sur l'état d'esprit des familles
lire l'article de Página/12 sur la lente création d'une commission d'enquête parlementaire
lire l'article de Página/12 sur la prochaine audition du ministre de la Défense par le juge d'instruction qui enquête sur l'accident
lire l'article de La Nación sur la constitution de la commission d'enquête
lire l'article de La Prensa sur le même sujet
lire l'article de La Prensa sur l'inauguration de la fresque à Rosario

Par ailleurs, Página/12 s'attaque à une nouvelle décision du ministre de la Défense, le radical Oscar Aguad : celle de remettre au programme des lycées militaires l'entraînement à manipuler des armes à feu (ces élèves sont des mineurs, qui n'ont aucune vocation institutionnelle à entrer dans les forces armées, même si un certain nombre d'entre eux le font à l'âge adulte) :
lire le billet d'opinion de Nilda Garré, aujourd'hui députée au Congrès national et ancienne ministre de la Sécurité sous Cristina Kirchner, que la mesure scandalise à l'heure où les organismes internationaux tâchent de lutter contre la mobilisation des enfants dans tant de pays.



(1) C'est à Rosario que pour la première fois, en 1812, Manuel Belgrano a utilisé en campagne le futur drapeau national de l'Argentine, qu'il avait créé pour distinguer les troupes révolutionnaires des troupes absolutistes, puisqu'elles arboraient toutes les mêmes couleurs du drapeau national espagnol, le rouge et l'or, qui restent les couleurs de la Péninsule. D'où le nom de l'association : Berceau du Drapeau. San Martín est l'autre grande figure locale de Rosario : il a remporté, avec ses grenadiers à cheval, la victoire contre les troupes absolutistes à San Lorenzo, à une quinzaine de kilomètres de Rosario, le 3 février 1813.

mardi 2 janvier 2018

ARA San Juan : 2017 s'envole, l'angoisse reste [Actu]

Dans la douloureuse recherche de l'épave du sous-marin disparu à la mi-novembre, l'Etat argentin envisage de faire appel à des sociétés privées si les Russes, dont un navire assure encore pour dix jours une partie de cette mission délicate, confirmaient leur retrait de l'opération. Cela ne présage rien de bon quant au niveau technologique actuel de la marine argentine et le silence conservé par le gouvernement vis-à-vis des familles n'en est que plus préoccupant en cette période de fêtes et de vacances...
Les Russes étaient des partenaires diplomatiques et commerciaux très appréciés pendant le mandat de Cristina Kirchner. Leur implication dans les opérations de secours puis de recherche a apporté beaucoup de réconfort à de nombreux Argentins dans cette crise qui les touche profondément dans leur patriotisme et leur fierté d'appartenance.

De leur côté, toujours présentes dans une ville de Mar del Plata où le soleil et la plage attirent un important flot d'estivants, les familles des sous-mariniers disparus ont manifesté en arborant le drapeau russe pour supplier le gouvernement de Poutine de poursuivre la mission.

Photo La Nación / Mauro V. Rizzi
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Sur le drapeau, les familles citent le début du psaume 46 (n° 45 dans la numérotation liturgique actuelle), un psaume de supplication et d'espérance, que l'Association Episcopale Liturgique pour les pays Francophones (AELF), auteure des traductions de la Bible utilisées au cours des messes et des offices, traduit ainsi :

Dieu est pour nous refuge et force, secours dans la détresse, toujours offert.
Nous serons sans crainte si la terre est secouée, si les montagnes s'effondrent au creux de la mer ;
ses flots peuvent mugir et s'enfler, les montagnes, trembler dans la tempête.

Refrain : Il est avec nous, le Seigneur de l'univers, citadelle pour nous, le Dieu de Jacob !

Pour aller plus loin :
lire l'article de La Nación sur l'appel des familles aux gouvernements argentin et russe
lire l'article de La Nación sur l'appel éventuel à des entreprises privées
lire l'article de Clarín sur le même sujet.

jeudi 28 décembre 2017

ARA San Juan : les recherches s'arrêtent les unes après les autres [Actu]


La disparition du sous-marin argentin continue d'être un mystère. Il n'y a toujours pas eu d'hommage national aux marins disparus. Toujours pas de deuil national. Et le président est parti en vacances de Noël en Patagonie, d'où il envoie des cartes postales sur les réseaux sociaux avec des photos où on le voit en famille. Incompréhensible quand on pense que 44 militaires sont morts en mission.

Le navire de recherche envoyé en Argentine par les Etats-Unis a annoncé qu'il abandonnait les recherches. Le navire russe a annoncé pour sa part qu'il cessera de participer aux recherches dans quinze jours.

Clarín choisit une photo de une sur Cristina Kirchner,
et son look très caractéristique, lors d'une séance au Sénat
La nouvelle concernant le San Juan est un titre (en bas à droite)
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Les familles continuent à demander au Congrès la création d'une commission d'enquête parlementaire qui ne prend toujours pas forme.

Une fin d'année bien grise. Página/12 en fait sa une ce matin. Clarín affiche l'information sur la sienne mais l'article est inaccessible en ligne. Cela en dit long sur le peu d'intérêt pour le sujet.

Pour aller plus loin :