mardi 20 avril 2021

Des sous pour la santé et une triple prime pour les soignants [Actu]

La photo de groupe dans le Museo del Bicentenario
En rouge, on reconnaît la ministre de la Santé
Photo Casa Rosada


Hier, le président argentin, Alberto Fernández, a convié au Museo del Bicentenario (1) des représentants des soignants du secteur public et leur a annoncé l’institution d’une prime mensuelle qui leur sera versée pendant un trimestre, à hauteur de 6 500 pesos/mois, sans distinction hiérarchique, pour les remercier de leur labeur depuis plus d’un an. Cette prime sera versée à 740 000 salariés du secteur public. Après avoir consulté plusieurs gouverneurs qui ont accepté la réunion par Zoom, il a également annoncé 10 150 millions d’investissements dans le réseau d’urgence sanitaire fédéral, ce qui devrait aboutir à la création de 1 415 lits d’hôpital dans tout le pays. Avec cette nouvelle injection de fonds, ce sont 262 chantiers qui auront été entrepris depuis le début de la crise sanitaire dans un secteur public, la santé, qui aura été délaissé par le gouvernement antérieur (qui préférait encourager et renforcer le privé dans ce domaine comme dans les autres).

Le président a profité de l’occasion pour décocher quelques flèches contre l’opposition, en particulier contre le chef de gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires qui a obtenu de la justice portègne un référé l’autorisant à maintenir les écoles ouvertes, malgré le décret présidentiel qui impose l’inverse (2).

Par ces annonces publiques, le président, qui participe à la campagne électorale puisqu’il a été élu président du parti justicialiste (les péronistes) il y a quelques semaines, espère aussi étouffer les critiques émanant des soignants qui avaient très mal interprété une phrase de son discours de jeudi soir.

En jaune : "la Cour va se prononcer"
En bas : "une réparation en trois mensualités"
La Prensa est le seul quotidien national à en faire sa une
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A deux endroits distants de son allocution, Alberto Fernández avait en effet commis l’erreur d’utiliser le même verbe (se relâcher, relajarse) pour désigner deux choses différentes : d’une part l’attitude négligente et donc critiquable d’une partie du public qui abandonne peu à peu les gestes barrières et d’autre part la baisse de la tension ressentie (avec soulagement) dans les services hospitaliers quand, cet été, la situation sanitaire a paru s’améliorer (mais c’était temporaire puisque la nouvelle vague épidémique n’a pas tardé à tendre tout le secteur à nouveau peu avant la Semaine sainte). Or depuis la rentrée, en mars, plusieurs soignants sont morts du covid et leurs familles et collègues avaient cru comprendre que le président les rendait responsables de ces tragédies. Ce malentendu a soulevé une grogne que les réseaux sociaux et la presse ont montée en épingle et renforcée, comme d’habitude.

Quelques mois avant les élections de mi-mandat qui devraient intervenir en octobre, alors que la campagne de vaccination est si difficile à organiser parce que la production de vaccins est insuffisante au niveau mondial et que l’opposition ne recule devant rien pour discréditer le gouvernement, il était urgent de réparer cette brèche. C’est peut-être fait. L’avenir nous le dira.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :



(1) Il s’agit du musée de la Casa Rosada, installé dans les vestiges de l’ancien fort colonial de Buenos Aires, qui fut le lieu où vivaient les vice-rois avant 1810 puis les différentes autorités politiques révolutionnaires puis post-coloniales jusqu’à sa destruction et son remplacement par le palais actuel. Sous Mauricio Macri, le musée a été débaptisé. Il a retrouvé l’ancien nom de musée de la Casa Rosada, qui correspondait à une petite partie du palais où était présentée une exposition permanente de documents et d’objets liés aux chefs d’État argentins depuis le premier président, Bernardino Rivadavia (1780-1842) jusqu’à l’accession au pouvoir de Néstor Kirchner en 2003. Alberto Fernández lui a redonné son nom, celui qui lui avait été attribué en 2010, l’année de l’inauguration de ces lieux découverts grâce à des fouilles archéologiques et mis en valeur par la suite par une équipe muséographique de grand talent.

(2) Il est assez étonnant qu’un tribunal local de Buenos Aires se soit jugé compétent pour contester la validité d’un décret national, lequel relève de la justice fédérale. Ce qu’a d’ailleurs affirmé la Cour suprême hier en rappelant sa compétence sur le sujet, en acceptant le recours du gouvernement de la capitale et en demandant au gouvernement de présenter ses conclusions sur l’opportunité et le bien-fondé juridique du décret pris la semaine dernière pour réduire la circulation de nuit, restreindre les activités en intérieur et passer à l’école à distance pendant deux semaines à partir d’hier. La Cour a promis de se prononcer d’ici la fin de la semaine.

dimanche 18 avril 2021

Les complotistes manifestent la nuit et la presse attend [Actu]

Panneau : "Ralentissez - Ecole"
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Ils n’étaient qu’une poignée mais ils étaient particulièrement remontés : absence de masque, slogans négationnistes, hurlements. Ils se sont rassemblés à Buenos Aires d’abord devant l’Obélisque avant la tombée de la nuit puis de nuit sur Plaza de Mayo, à Olivos devant le portail de la résidence présidentielle, dans quelques grandes villes comme Mar del Plata (province de Buenos Aires) et Rosario (province de Santa Fe) mais également, à quelques uns seulement, au centre de diverses capitales provinciales. Les manifestations avaient pour origine des mots d’ordre diffusés à travers les réseaux sociaux dans la complosphère, eux-mêmes parfois relayés par des personnalités de droite visiblement désireuses d’en découdre avec la majorité nationale.

Cette fois-ci, les journaux y compris d’opposition n’ont pas fait de zèle pour relayer les théories délirantes des manifestants, dont six ont été brièvement arrêtés au cours de cette nuit un peu agitée.

"La banlieue au niveau 2 du confinement
et on envisage des restrictions supplémentaires", dit le gros titre rouge
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Tandis que Página/12 empile les arguments en faveur d’une fermeture très temporaire des écoles pour casser la courbe du covid, sauver des vies et préserver le système de santé, en faisant un point sur les solutions adoptées par des pays gouvernés à droite et où le confinement n’est pas une plaisanterie (Israël, où tout a été fermé à double-tour malgré le rythme de vaccination le plus rapide du monde, l’Uruguay, où l’on s’apprête à faire voter une loi punissant de deux ans de prison toute rupture du confinement, et même l’Inde, où les contagions explosent après la fête carnavalesque du Holi et la réouverture des écoles), les trois autres quotidiens nationaux se font plus discrets : ils n’ont guère d’arguments à faire valoir contre les mesures annoncées par le gouvernement argentin jeudi soir, ils se contentent pour les plus agressifs de publier des analyses politiques où leurs éditorialistes écharpent les gouvernants en tâchant d’ignorer que l’Argentine et les pays voisins ont affaire à un virus qui n’obéit à aucun ordre et qu’on n’intimide pas en le menaçant du doigt.

"Une décision-clé de justice décidera si les écoles
restent ouvertes ou ferment à Buenos Aires", dit le gros titre
En dessous, quelques uns des agités qui ont manifesté
hier en fin de journée à l'Obélisque
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La Nación va jusqu’à se faire l’écho des assurances que la rédaction a reçues des cercles gouvernementaux selon lesquels le président fera rouvrir les écoles dès que l’occupation des lits d’hôpital baissera. Ce qui dépend un peu de la capacité des citoyens à se plier aux mesures de semi-confinement contenues dans le décret présidentiel.

"Après les joutes, l'opposition refuse de se mettre d'accord
sur aucun projet avec la majorité", dit le gros titre
Bizarrement, La Nación est le seul journal à reproduire
en une une image de la cérémonie de Windsor
On aurait imaginé que Clarín...
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Ces questions dépendent maintenant d’un arrêt de la Cour suprême, ce que le président déplore : ce sont des questions politiques qui ne devraient pas être judiciarisées mais qui devraient pouvoir être réglées par la bonne volonté de tous en vue de l’intérêt général. Pour l’instant, il semble que les enjeux électoraux et partisans passent devant les enjeux sanitaires et concrets pour une bonne partie de la droite. On ignore quand la Cour se prononcera alors que les écoles doivent fermer demain pour 15 jours.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

samedi 17 avril 2021

La hache de guerre est bel et bien déterrée [Actu]

"Des yeux qui ne voient pas" titre Página/12
qui craint l'effondrement du système hospitalier à brève échéance


Deux conférences de presse à l’issue du rendez-vous de Olivos entre le président et le chef de gouvernement de la Ville autonome de Buenos Aires pour acter l’incompatibilité de leurs positions respectives concernant les mesures à prendre pour entraver la seconde vague de covid-19 qui fait de nombreux morts et menace la continuité des services hospitaliers à Buenos Aires et dans sa banlieue.

"Fernández très dur avec Larreta - la bagarre pour l'école
se poursuit devant la Justice", dit le gros titre
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Horacio Rodríguez Larreta maintient son recours à la Cour suprême, qui va devoir l’examiner : il demande de pouvoir ne pas appliquer le décret du président Alberto Fernández qui impose de réduire encore les interactions sociales et notamment de fermer les écoles et les établissements d’enseignement pour les deux dernières semaines du mois.

Mauricio Macri s’en mêle et invite maintenant les maires de la province de Buenos Aires à ne pas appliquer le décret présidentiel. Un ancien président, qui a usé et abusé de la même procédure des décrets d’urgence (on parlerait d’ordonnances en France), dénie à son successeur le droit d’y recourir dans une crise sans précédent ! Cette prise de position lui vaut d’être poursuivi par un procureur pour incitation au délit.

"Le procureur de l'Etat a arrêté que la Cour [suprême]
devait agir dans le conflit pour l'école"
En dessous, le chiffre de 29.172 correspond
au nombre de nouveaux cas en 24h
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C’est la campagne électorale qui fait rage et un certain nombre d’Argentins vont le payer de leur vie. Le calumet de la paix est d’autant moins à portée de vue qu’ il y a de nombreux signes que le calendrier électoral va être retardé à cause de la seconde vague et de la lenteur du plan de vaccination, les doses arrivant au compte-gouttes.

© Denise Anne Clavilier

Pour en savoir plus :

« L’affaire des carnets » est classée [Actu]

Montage des huit carnets
effectué par La Nación
il y a plusieurs mois
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Cette affaire est l’une des plus bizarres qui aient été montées contre Cristina Kichner, sa famille et ses proches politiques : des photocopies de carnets à spirales, à l’origine très embrouillée, donc plutôt suspecte du point de vue du droit, sont apparues en août 2018, en pleine campagne de « lawfare » contre l’ancienne majorité (de retour au pouvoir depuis décembre 2019).

Un chauffeur de taxi les auraient tenus au jour le jour alors qu’il conduisait des personnalités du gouvernement de Cristina Kirchner tandis qu’elles se rendaient avec une régularité de métronome à des adresses spécifiques à Buenos Aires pour y recevoir des valises remplies de dessous de table pour 160 millions de pesos. C’est déjà bizarre que ces gens haut placés dans l’appareil d’État aient eu besoin de recourir toujours à un chauffeur de taxi, toujours le même qui plus est, mais ça l’est encore plus qu’ils lui aient fait autant de confidences sur les opérations illégales qu’ils étaient en train d’effectuer, au point qu’il ait pu les décrire dans ses carnets qu’il aurait d’ailleurs fait brûler (quand, comment, pourquoi, mystère).

A croire qu’il s’agissait tous d’imbéciles finis et dans ce cas, il est assez curieux qu’aussi peu de preuves de leurs malversations aient pu être découvertes et produites en justice.

Le juge chargé de l’instruction de cette affaire vient de classer le dossier en invoquant l’impossibilité d’établir quelque délit que ce soit dans cet étrange fourbi.

Normalement, c’est la fin de l’histoire. On devrait passer à autre chose. On est en campagne électorale.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

vendredi 16 avril 2021

L’inflation continue à grimper [Actu]

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Martín Gúzman, le ministre de l’Économie actuellement en tournée diplomatique en Europe pour trouver des soutiens devant le FMI, l’avait annoncé à l’avance : les chiffres de l’inflation mensuelle, mesurée par les prix à la consommation, avaient fait un bond en mars. Il avait raison. L’institut de statistiques, INDEC, l’a annoncé hier : elle est montée jusqu’à 4,8 % en moyenne. Ce qui donne une inflation de 42,6 % sur douze mois (d’avril à mars) et demeure donc inférieur de plus de 10 points à l’inflation héritée par l’actuel gouvernement qui a pris ses fonctions quelques mois à peine avant que n’éclate la pandémie.

Variations dans le temps et par catégories de produits
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Ainsi donc, malgré des mesures de régulation du marché et d’encadrement de prix pour certains produits de consommation courante, l’économie échappe aux efforts du gouvernement après un an d’une double crise, sanitaire et économique (cette dernière étant le fruit de la politique néolibérale de l’ex-majorité qui a explosé tous les records d’endettement que le pays avait jamais connus au cours de son histoire).

Ce taux de 4,8 % recouvre de sérieuses variations selon les catégories de produits constituant le panier-témoin. Ainsi les articles et services liés à l’éducation ont atteint en mars, le mois de la rentrée, le taux d’augmentation inouï de 28,5 %, ce qui les place largement devant l’habillement qui atteint le taux déjà considérable de 10,8. Pour une fois, l’alimentation hors alcool se situe dans la moyenne : 4,6 %.

Variations régionales
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Si l’on considère maintenant les variations régionales, c’est une fois encore Buenos Aires et sa banlieue qui emportent le pompon avec une moyenne de 5,2 % tandis que le nord-ouest réussit l’exploit de se maintenir à 3,3 % (c’est aussi la région où l’on trouve les provinces les moins développées, y compris sur le plan touristique, et où les peuples amérindiens sont restés plus nombreux qu’ailleurs : Chaco, Santiago del Estero, Catamarca).

L’information est traitée à la une de tous les journaux de ce matin.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire le rapport complet de l’INDEC (téléchargeable en pdf)

A Buenos Aires, le quartier de Belgrano perd une deuxième multi-salle de cinéma [Actu]


Les annonces du président avant-hier ont dû lui porter le coup de grâce : le cinéma Arte Multiplex situé sur Avenida Cabildo dans le quartier de Belgrano vient d’annoncer sa fermeture définitive. Impossible pour ses propriétaires de continuer à exploiter cet établissement après plus d’un an de restrictions diverses et variées à cause de l’épidémie.

Le cinéma Arte Multiplex, c’était 5 salles différentes et un total de 700 places. A cause de la crise sanitaire, c’était aussi un beau paquet de dettes. Les exploitants espéraient que les restrictions de cet automne seraient levées ou assouplies d’ici quelques jours et ils se sont donc efforcés de garder la tête hors de l’eau pour attendre cette reprise en douceur mais mercredi soir, c’est tout l’inverse que le président a annoncé : les lieux de spectacle doivent fermer pour au moins deux semaines à Buenos Aires et dans sa région. L’exploitant, qui avait repris ce complexe en 2013, jette l’éponge.

En quelques jours, ce quartier, dont les habitants ont un pouvoir d’achat tout à fait confortable, perd donc deux complexes cinématographiques.

© Denise Anne Clavilier

Pour en savoir plus :
lire l’article de Página/12
lire l’article de La Nación

En campagne électorale, l’opposition sortirait-elle les griffes ? [Actu]

Aucun besoin de traduction pour ce gros titre
Un œil averti reconnaît l'image :
une carte de Buenos Aires et de sa banlieue
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Hier, après les annonces du gouvernement national qui ferme les écoles et tous les établissements d’enseignement pour deux semaines, à Buenos Aires et dans sa banlieue où la courbe de contagion prend une très vilaine tournure et où le plus dangereux des variants brésiliens (baptisé chez nous amazonien et là-bas de Manaus) a été identifié, Horacio Rodríguez Larreta, l’une des figures dominantes de l’opposition de droite (il gouverne la ville autonome de Buenos Aires), a laissé éclater ses désaccords. Il poursuit le gouvernement national en référé devant la justice pour obtenir le droit de laisser les écoles ouvertes. On peut légitimement douter de la sincérité de cette prise de position au regard de la date des élections de mi-mandat qui s’approchent (elles devraient se tenir en octobre) et en considérant l’abandon dans lequel cette droite libérale a toujours laissé l’éducation publique partout où elle est au pouvoir en Argentine.

"Au milieu du malaise à cause de la fermeture des écoles,
réunion entre Fernández et Larreta", dit le gros titre
En bas, la fillette exhibe une phrase de San Martín sur un drapeau
(L'éducation est la plus puissante arme pour changer le monde)
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Ne voulant pas lui laisser le champ libre, le président Alberto Fernández a décidé de recevoir aujourd’hui, dans la matinée, son turbulent opposant qui avait su montrer depuis un an des capacités de conciliation au bénéfice de l’intérêt général mais qui est actuellement coincé par les durs de son parti, parmi lesquels l’ancien président Mauricio Macri se démène d’une manière assez pathétique.

"Les vives critiques de Larreta contre la fermeture des écoles
ont fait passer en force un rendez-vous avec Fernández", dit le gros titre
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De son côté, Axel Kicillof, le gouverneur de la province de Buenos Aires, à laquelle appartient la banlieue de la capitale fédérale, est monté à l’assaut en soutien du président : hier, lors d’une conférence de presse, il a dénoncé la posture électoraliste de son homologue portègne alors que la ville de Buenos Aires apparaît comme l’épicentre de la contagion au covid-19.

"Larreta va en justice mais il aura rendez-vous aujourd'hui
avec Alberto", dit le gros titre
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La querelle fait la une de tous les quotidiens et les deux quotidiens de droite, La Nación (droite libérale) et La Prensa (droite catholique), ont un peu de mal à justifier la posture de Larreta en sachant qu’il est reçu par le chef d’État. Les opposants de droite ont organisé des manifestations devant la résidence présidentielle avec des enfants à qui on a fait porter des pancartes réclamant l’ouverture des écoles. Il est clair que les enfants ont été instrumentalisés, même s’il est très probable qu’ils n’envisagent pas de gaîté de cœur d’être à nouveau coupés de leurs copains et de leurs enseignants. Quant à Clarín, le tabloïd populaire, il préfère exploiter les clichés de cette foule à la nuit tombée...

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

jeudi 15 avril 2021

Régime sanitaire plus sévère encore à Buenos Aires et sa région [Actu]

"Nous sommes à un moment crucial", dit le gros titre
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Couvre-feu de 20 h à 6 h du matin à partir de demain (à peu près comme en France quand le couvre-feu a été fixé à 18 h !) et fermeture des écoles à partir de lundi pour deux semaines, telles sont les deux mesures les plus marquantes du nouveau régime sanitaire que le président Alberto Fernández a annoncé hier soir à la télévision, à travers un discours enregistré. Les activités collectives en intérieur sont également interdites, cela inclut les cérémonies religieuses (plus de messe, plus d'office dominical, plus d'office du shabbat, plus de prière du vendredi) et la culture (musées, cinémas, théâtres, concerts...). Les forces de police fédérales seront mobilisées pour faire respecter ces décisions. Il semblerait qu’il règne beaucoup de laisser-aller en ce moment dans la région et au-delà.

Les gouverneurs peuvent adopter des mesures similaires en fonction des situations respectives de leurs provinces mais rien ne les y oblige.

"Cours en présentiel arrêtés dans la région de Buenos Aires
et interdiction de circuler entre 20h et 6h"
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Ces mesures ont aussitôt provoqué des contestations bruyantes et mal élevées dans les quartiers bourgeois et la banlieue résidentielle du nord-ouest de Buenos Aires. De nombreuses personnes, parfois sans masque (dont le port est pourtant obligatoire à l’extérieur) se sont rassemblées dans la rue pour taper sur des casseroles. Le chef de gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires, Horacio Rodríguez Larreta (opposition libérale), a de son côté réagi publiquement et il a pris soin de jeter de l’huile sur le feu : il s’est plaint que le gouvernement national ne l’ait pas consulté avant cette annonce (on est en campagne électorale, c’est donc une affirmation qu’il faut considérer avec prudence). Et pour montrer qu’il est plus royaliste que le roi, il a aussi annoncé qu’il envisageait de maintenir les écoles ouvertes.

Lors de son allocution, le président a également évoqué les deux principaux obstacles que rencontre la campagne de vaccination :

  • la majeure partie des vaccins disponibles est confisquée par une petite poignée de pays riches (ceux de l’Union européenne sont visés et avec raison, même s’il y a des pays encore plus égoïstes),
  • les laboratoires sont peu enclins à entrer en relations commerciales avec les collectivités locales inférieures aux  États reconnus par l’ONU (1). Plusieurs gouverneurs ont annoncé qu’ils avaient entamé des négociations pour se fournir en vaccin au niveau provincial et ils n’ont jamais rien obtenu, mais on est en campagne électorale : il faut jouer les gros bras devant son électorat, c’est comme en France.


"Fermetures durcies et arrêt des cours en présentiel
à Buenos Aires et dans sa région"
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Alberto Fernández a également dressé le bilan des dernières semaines de l’épidémie en Argentine où les chiffres s’affolent. Lui-même sort tout juste d’une forme très légère du covid (il a d’ailleurs enregistré cette allocution à l’intérieur de son bureau, et non pas dans le jardin comme il y a quelques jours). Deux semaines après le diagnostic, il n’est toujours pas parvenu à découvrir comment il avait été infecté, lui qui est convaincu d’avoir toujours été très prudent (pourtant on l’a vu en mars serrer dans ses bras les dirigeantes des associations de victimes de la dernière dictature militaire). Si la population continue à faire n’importe quoi dans la journée comme si la prudence n’était de mise que de nuit (ça nous rappelle quelque chose, non ?), le chef de l’État a annoncé qu’il craignait la survenue d’une mutation dangereuse de l’un ou l’autre des variants qui circulent actuellement dans le pays.

"Sans trève", dit le gros titre
tandis qu'en bas, on relate l'audience pontificale
accordée au ministre de l'Economie en tournée
dans les capitales européennes
(pour rechercher l'appui des gouvernements auprès du FMI)
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Après plusieurs jours où l’Argentine a dû arrêter de vacciner faute de doses, un avion KLM vient d’atterrir à Ezeiza avec une cargaison d’Astra-Zeneca dans le cadre du programme Covax de l’OMS. Le président a souligné que l’Argentine faisait partie de ces pays qui, sans appartenir à la petite élite de pays riches qui sont les clients privilégiés et prioritaires des laboratoires, peuvent tout de même vacciner leur population.

© Denise Anne Clavilier

Pour en savoir plus :



(1) Il semblerait que les laboratoires aient quelque crainte qu’une collectivité locale petite n’ait pas les moyens d’honorer les montants qu’ils réclament. C’est donc plus simple et plus sûr de traiter uniquement avec les États qui siègent dans les institutions internationales et qui ont une représentation diplomatique. Pfizer a déjà rencontré avec Israël des difficultés à se faire régler les énormes livraisons effectuées. Il semblent toutefois avoir fait au moins une exception avec l'Etat de Sao Paolo au Brésil dont le gouverneur a pu acheter des doses pour vacciner sa population contre la volonté du président coronaro- et vaccino-sceptique Bolsonaro.

mercredi 14 avril 2021

Non lieu pour Cristina et Kicillof [Actu]

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Cristina Kirchner, aujourd’hui vice-présidente mais présidente avant-hier, et son ancien ministre de l’Économie, Axel Kicillof, aujourd’hui gouverneur de la province de Buenos Aires, viennent de voir la cour de Cassation leur épargner un procès pénal absurde.

Il s’agissait d’une affaire de corruption supposée pour des actes de gestion courante du trésor national d’un pays endetté envers des créanciers étrangers et dont la devise n’est pas convertible. Bien entendu, dans ce cas, les services de l’État, ministère et banque centrale, doivent jouer sur des achats-ventes à terme de monnaie étrangère, en l’occurrence le dollar US, alors que le taux du peso argentin varie en permanence vis-à-vis de la devise des États-Unis. A plusieurs reprises, il est arrivé que ces exercices d’acrobatie se révèlent défavorables au Trésor national. De là à parler de corruption d’une quinzaine de responsables politiques et techniques !

En titre secondaire, sous la photo, La Prensa
se demande si le couvre-feu ne sera pas remonté à 18h
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Le juge fédéral (de droite) Claudio Bonadio, aujourd’hui décédé, y avait pourtant vu un motif pour poursuivre l’ancienne présidente, son ministre et leurs collaborateurs. Il avait instruit exclusivement à charge, très probablement pour pouvoir les traîner devant un tribunal dans l’espoir de les envoyer derrière les barreaux pour se débarrasser des personnalités qui animaient l’opposition au président de droite d’alors, Mauricio Macri (qui a son tour est actuellement dans le collimateur de la justice pour des affaires autrement plus concrètes).

Tout en haut, la qualification du PSG
(les Argentins admirent beaucoup "notre" M'Bappé)
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Les nombreux inculpés se sont donc pourvus en cassation pour dénoncer cette instruction ubuesque. Ils viennent de bénéficier d’un arrêt de non lieu, ce qui normalement clôt l’affaire une fois pour toutes.

Ce qui est remarquable, c’est que cet arrêt est unanime. Aucun des trois juges formant la cour n’a estimé que les poursuites étaient justifiées. Mieux encore : leurs attendus démolissent complètement le travail fantaisiste du juge instructeur.

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Devant cette unanimité et ces attendus, les médias d’opposition peuvent difficilement crier au complot de la majorité contre l’État de droit et pour l’impunité, comme ils aiment à le faire croire à chaque fois que la justice refuse d’accabler les membres du gouvernement de Cristina Kirchner. Ils ont donc choisi de traiter l’information dans des petits titres très secondaires et survaloriser la mise en liberté (sous une importante caution) d’un condamné supposé proche du « clan Kirchner », tandis que Página/12 étale la nouvelle concernant la cour de Cassation sur toute sa une.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

mardi 13 avril 2021

Les marques états-uniennes peuvent toujours rouspéter, l’Argentine maintient Precios Cuidados [Actu]


Il y a quelques semaines, la presse s’est fait l’écho d’une pression auprès du gouvernement que faisaient certains producteurs nord-américains pour obtenir la suppression du programme Precios Cuidados qui, depuis la fin 2013, encadre les prix d’un certain nombre de produits de consommation courante afin d’atténuer les effets de l’inflation sur le budget des ménages modestes.

Ce matin, la même presse rapporte la décision de ce même gouvernement argentin de prolonger pour trois nouveaux mois cette opération qui porte sur 670 articles différents et à laquelle participent une cinquantaine d’enseignes. Ce programme est d’autant plus important que le prix de la viande continue à alimenter l’inflation…

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de La Nación
lire l’article de Página/12 sur l’augmentation du prix de la viande
lire l’article de La Nación sur le même sujet (le quotidien de la bourgeoisie libérale rapporte la position de l’ancien ministre de l’agriculture, représentant caricatural du monde du patron de l’élevage)
consulter le site Web du programme