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mercredi 6 mai 2026

Cette année, à Cannes, l’Argentine enverra un film des années 50 ! [ici]

Affiche originale du film


Au prochain festival de Cannes, l’Argentine ne proposera aucune œuvre nouvelle. Aucune production de ce pays ne participera à un concours de la manifestation et il y en a pourtant plusieurs.

En lieu et place d’un film sorti dans l’année, le pays envoie une copie restaurée d’un film de Leopoldo Torre Nilsson, un des grands réalisateurs des années 1940 et 1950, La Casa del Angel, qui date de 1957.

Une photo tirée du film

On a là le résultat désastreux de la destruction méthodique de l’INCAA, l’institut national du cinéma, et de son absence de financement public depuis l’arrivée au pouvoir de Javier Milei, il y a presque deux ans et demi. C’est la première fois que depuis très très très longtemps que l’Argentine sera absente du festival comme pays de création actuelle !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

mercredi 29 avril 2026

Le cinéma se défend à Cosquín [à l’affiche]

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Demain, jeudi 30 avril 2026, et pour quatre jours, jusqu'au 4 mai, la ville de Cosquín, dans la province de Córdoba, au centre du pays, accueille la 15e édition d’un festival international indépendant de cinéma dans un esprit artisanal et bon enfant, bien loin du caractère plus clinquant du festival de Mar del Plata.

C’est un film brésilien qui ouvrira la manifestation demain. La France est représentée, avec Fantaisie d’Isabelle Pagliai, parmi les trente films en compétition, entre longs et courts métrages.

La petite ville déploie son festival sur trois lieux différents, ce qui permet une programmation intense sur les quelques jours qu’il dure.

Une du supplément culturel quotidien de Página/12
Contre-regard, dit le gros titre en caractères rouges
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Un festival aux petits oignons, à déguster chaud dans les premiers frimas de l’automne dans la moyenne montagne cordobaise.

Comme d’habitude, là encore, seul Página/12 s’en fait l’écho parmi les quotidiens nationaux.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12
lire l’article de La Voz, l’un des journaux locaux
consulter le site du festival

lundi 27 avril 2026

Le cinéma argentin passe de deuil en deuil : Adolfo Aristarain nous a quittés [Actu]

Cinéaste authentique, dit le gros titre
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Né dans le quartier de Parque Chas, dans l’ouest de Buenos Aires, en octobre 1943, le cinéaste Adolfo Aristarain est mort dans sa ville natale sans que les raisons de son décès n’aient été rendues publiques. Il avait quitté le monde du spectacle en 2004, après un grand succès cinématographique, son dernier film, Roma, qui compte aujourd’hui parmi les grands classiques argentins.


Plus que bousculé par l’instabilité constitutionnelle dans son pays tout au long de sa vie, il a vécu tantôt en Argentine tantôt en exil et il a travaillé en Espagne et à Hollywood, la patrie d’un de ses maîtres, John Ford.


On lui doit onze films qu’il a réalisés, dans des productions argentines ou internationales, et trente autres, dont il était l’assistant-réalisateur. Plus souvent récompensé à l’étranger que dans son propre pays, il y a toutefois accumulé les nominations.

Ce film a reçu une récompense en Espagne

Adolfo Aristarain a touché à de nombreux genres, dont le film policier, avec La parte del león en 1978, le romantisme militant des horizons immenses et des racines, avec Un lugar en el mundo (1992) (comprendre : quelque part dans le monde), dont l’action se passe dans les Andes de la province de San Juan, et, en 1995, le film d’aventure sur fond historique avec La ley de la frontera (où tout se passe dans les années 1910 entre la Galice espagnole et le Portugal).

Il a aussi travaillé sur la série des Pepe Carvalho, produite par la télévision espagnole, d’après les romans policiers de l’écrivain barcelonais Manuel Vázquez Montalbán.


On l’avait vu pour la dernière fois en public en 2024 lorsqu’il avait été récompensé par l’Académie du cinéma en Espagne.

A l’heure de sa disparition, la presse argentine et les médias espagnols lui rendent hommage avec la même affection et la même émotion.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

En Argentine :
lire l’article de Página/12, qui lui consacre la Une de son supplément culturel quotidien, Cultura y Espectáculos
lire l’article secondaire de La Nación
Tous les titres nationaux argentins et plusieurs titres régionaux ont mis sa photo à la Une dont le gros titre se partage toutefois entre l’attentat raté d’avant-hier contre Trump et la démonstration de F1 en plein Buenos Aires par Colapinto, le nouveau Fangio, pour qui les Argentins deviennent fous d’admiration.

En Espagne (sélection) :

lire l’article de El País
En Espagne, les unes ne parlent pas de cette disparition.

mercredi 22 avril 2026

Disparition d’un grand du cinéma argentin : Luis Puenzo [Actu]

"Le cinéma comme art de vivre", dit le gros titre
du supplément culturel quotidien de Página/12
sur cette photo du cinéaste
devant l'affiche du film multirécompensé
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Le 15 mars 1986, deux ans après le retour de la démocratie en Argentine, Luis Puenzo, qui vient de nous quitter à l’âge de 80 ans, aura été, le premier réalisateur argentin récompensé aux Oscars. Celui du meilleur film étranger pour un long-métrage de fiction qui a marqué l’histoire cinématographique et politique. C’est en effet dans La historia oficial que la thématique ultra-sensible des bébés volés, de la recherche de l’identité et de la vérité, celles qui caractérisent depuis cinquante ans la lutte de Abuelas de Plaza de Mayo, fait son entrée dans le patrimoine cinématographique argentin et mondial. Après Puenzo, seul un autre réalisateur argentin a eu droit au même honneur, Juan José Campanella, pour El secreto de sus ojos (Dans ses yeux en français), en 2009. La historia oficial fut aussi récompensée au festival de Cannes.

L’histoire officielle dont parle le titre, c’est le récit présenté par le régime pour justifier et travestir sa politique, un récit que le personnage principal commence par accepter comme une évidence. Peu à peu, cette femme, professeure d’histoire tranquille dont le mari entretient une amitié personnelle avec un criminel de la dictature, en vient à se douter que sa fille adoptive de cinq ans pourrait bien être celle de disparus politiques et elle s’embarque alors dans une quête exigeante et douloureuse, qui est, depuis les premiers soupçons de disparition en 1976, l’année même du putsch militaire, celle qui n’a pas cessé de travailler le pays tout entier.

La première affiche, à la sortie du film,
avant les récompenses internationales

Mais il n’y a pas que ce film dans la carrière de Luis Puenzo, il y en a beaucoup d’autres, et il n’y a pas non plus que la réalisation. Le cinéaste fut en effet l’un de ceux qui, parmi les professionnels, dont son aîné, le regretté Pino Solanas, mort du covid à Paris en novembre 2020, imaginèrent et mirent en forme la loi de 1994 sur le cinéma (sous Carlos Menem), une loi devenue lettre morte ou peu s’en faut avec le gouvernement libertarien actuel. En 2004, Puenzo fonda, avec d’autres, de la Academia de las Artes y Ciencias Cinematográficas de la Argentina. De 2019 à 2022, il fut enfin le président de l’INCAA, l’institut national du cinéma et des arts audiovisuels, qui, avant Javier Milei, avait pour mission d’encourager et de soutenir la création, la diffusion et la distribution cinématographiques et télévisuelles nationales et qui a été depuis dépouillé de son budget et de la plupart de ses compétences dans le secteur. Hélas pour lui, une cabale politique, venue de la gauche qui plus est, devait le conduire à démissionner de son poste, épisode final et douloureux que rappelle La Nación aujourd’hui. Luis Puenzo a enfin été également producteur de cinéma.

Né dans le quartier de Floresta en février 1946, à Buenos Aires, il a fait ses toutes premières armes dans la publicité où il s’est distingué par des très courts formats qui ont marqué les esprits avant d’écrire et de réaliser son premier long-métrage de fiction en 1973, quand l’histoire du pays basculait à nouveau dans la tragédie, trois ans avant le dernier coup d’État, celui de Videla et consorts. L’idée de La historia oficial, qui allait transformer sa vie et sa carrière, lui était venue dès 1982. Pour les besoins du projet, il se rapprocha de l’association Abuelas de Plaza de Mayo afin de comprendre la mécanique cynique qui avait conduit à ces crimes contre l’humanité, un système génocidaire que l’on connaissait encore très mal à la sortie de la dictature (10 décembre 1983). Le film fut tourné sous le mandat, démocratique, de Raúl Alfonsín.

Affiche française du film
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En 1992, en transportant l’action du roman dans un port d’Amérique du Sud, Luis Puenzo tourna une adaptation de La Peste de Camus, un film franco-britannico-argentin distribué par Gaumont, avec, entre autres, Sandrine Bonnaire et Jean-Marc Barr.

C’est donc une grande figure du 7e Art qui vient de disparaître, un jour après l'acteur Luis Brandoni, veillé puis porté en terre par le ban et l’arrière-ban de la culture et de la politique nationales. Aujourd’hui, la presse quotidienne ne dit pas un mot de la veillée funèbre et des obsèques qui pourtant se tiennent très vraisemblablement aujourd’hui. Sans doute Luis Puenzo n’avait-il pas le bon profil pour que la majorité politique actuelle, à Buenos Aires comme au niveau fédéral, lui ouvre les portes d’un salon institutionnel.

Le cinéaste a transmis le virus du cinéma à ses deux fils et ce patronyme n’a donc pas fini d’apparaître sur les génériques.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

Sur les Unes, la messe de Luján en mémoire de François, cérémonie qui a démontré par l’image la désunion féroce du pays, incapable de se réunir même pour ce motif, relègue ce matin la disparition du cinéaste dans les petites photos et les titres très secondaires.

lundi 20 avril 2026

Hommage à Jorge Donn au BAFICI [à l’affiche]

Jorge Donn dans la scène finale
de Les uns et les autres de Claude Lelouch


Indissociable de l’œuvre et de la vie de Maurice Béjart (Marseille, 1927 – Lausanne, 2007), dont il fut à la fois le danseur inspirateur et l’amant (en tout cas, l’un d’entre eux), Jorge Donn était né en Argentine, du côté de Morón dans la banlieue populaire à l’ouest de la capitale, Buenos Aires, en 1947. Il est décédé en 1992, à Lausanne, en Suisse, où il avait suivi le chorégraphe lorsque celui-ci, privé de ses subventions publiques au Théâtre de la Monnaie, à Bruxelles, suite à un changement de direction générale, s’y installa avec le Ballet du XXe Siècle mué en Béjart Ballet Lausanne.

Formé à la danse classique au Teatro Colón, où il avait rencontré le Ballet du XXe Siècle en tournée en 1963, Jorge Donn (1) a fait toute sa carrière avec Béjart, presque jusqu’à sa mort, et n’a réalisé que quelques courtes excursions dans son pays natal. Il y a fait forte impression notamment en 1981, lors de la sortie en Argentine du film de Claude Lelouch, Les uns et les autres, où il joue le rôle d’un grand danseur soviétique du Bolchoï qui meurt au combat pendant la « Grande Guerre Patriotique » puis de son fils, autre grand danseur, qui choisit la liberté en France, comme le fit Rudolf Noureiev, et participe à la grande soirée finale du film, au pied de la Tour Eiffel, qui rassemble tous les artistes dont le film a suivi les épopées familiales depuis l’accession au pouvoir d’Hitler et où il danse le Boléro de Ravel, dans la version splendide qu’en donna Béjart, et dans une émission de télévision, où il était l’invité du grand chanteur de tango, Robert Goyeneche, dit El Polaco, et dont les Argentins qui l’ont vu se souviennent encore !

Jorge Donn et El Polaco pendant l'émission
(archive de la télévision argentine intégrée au documentaire)

Deux cinéastes ont rassemblé des archives sur et autour de Jorge Donn pour monter un documentaire intitulé Donn, instrumento de Dios (une paraphrase du titre d’un des ballets de Béjart, en hommage au grand danseur des Ballets Russes, Vaslav Nijinski, rôle créé par et pour Donn). On y suit l’artiste dans son métier, l’exercice de son art et sa vie personnelle, dominée par la relation complexe avec son Prométhée qui n’était pas d’une fidélité à toute épreuve à son égard.

Vendredi 17 avril 2026, le documentaire est sorti en Argentine dans le cadre du festival du cinéma de Buenos Aires, le BAFICI, qui se tient depuis une semaine dans la capitale argentine.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de La Nación
lire la présentation du film sur le site du festival

Ajout du 4 mai 2026 :
lire cet article de Página/12, un hommage très émouvant au grand artiste argentin après la dernière projection du documentaire au BAFICI.





(1) Il doit son nom à sa mère dont la légende dit qu’arrivée toute petite en Argentine, elle ne savait prononcer que ce mot lorsqu’on lui demandait son nom, qu’elle ne connaissait pas encore, et qu’on a donc fini par donner à la famille toute entière. Le Don est ce fleuve qui coule de la Russie vers l’Ukraine, en arrosant au passage la ville de Rostov-sur-le-Don (Russie) et en laissant son nom à son bassin principal, le Donbass (Ukraine). Les Donn étaient une famille juive venue d’Ukraine. Jusqu’à leur fuite vers l’Amérique du Sud, ils avaient vécu dans la zone dite « de résidence », où, sous le régime tsariste, tous les juifs de l’empire avaient obligation de résider. Cette zone correspondait à la ceinture occidentale de l’empire russe, une zone frontière qui allait de l’Estonie au nord à l’Ukraine au sud (hors péninsule de Crimée).

Le comédien Luis Brandoni a quitté la scène [Actu]

Faire-part de l'association des acteurs argentins sur ses réseaux sociaux


Tôt ce matin, après que les quotidiens aient tous bouclé leur édition papier, l’acteur et comédien Luis Brandoni est décédé dans une clinique de Villa Crespo, dans l’ouest de Buenos Aires. Il avait 86 ans et une soixantaine d’années de carrière derrière lui. Il était hospitalisé depuis une dizaine de jours après avoir fait chez lui une chute qui l’avait blessé à la tête. Après quelques jours d’espoir au point qu’on avait cru qu’il aurait été capable mercredi prochain, le 22 avril, de remonter sur les planches dans son spectacle en cours, son état s’était soudain aggravé, inquiétant vivement son entourage au point que l’issue fatale n’est pas vraiment une surprise. Elle arrive cependant trop tard pour qu’il ait les Unes des journaux.

Une du supplément culturel quotidien de Página/12
du lendemain (21 avril 2026)
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Sa veillée funèbre se tient en ce moment à la Legislatura de Buenos Aires, tout près de Plaza de Mayo. Après la levée du corps dont l’heure semble avoir été remontée (il était prévu que la veillée se prolongerait jusqu’à minuit aujourd’hui), le même Salón Montevideo doit accueillir vers 17h le cercueil de la danseuse María Nieves. En fin de journée, le corps du comédien sera porté en terre au cimetière de la Chacarita, à l’extrême-ouest de Buenos Aires, dans le caveau de l’Association des Acteurs argentins dont il était membre.

Les nécrologies, parfois plusieurs articles l’un derrière l’autre dans tel ou tel quotidien, retracent sa carrière au cinéma, à la télévision et au théâtre, où il jouait donc juste avant sa chute fatale. Quelques articles abordent ses positions politiques. Dans les années 1970, il avait en effet subi la persécution péroniste de la Triple A (un groupement illégal de barbouzes fondé par Isabel Perón au retour de son mari au pouvoir afin de pourchasser les « communistes » de la manière forte). Brandoni avait dû s’exiler pendant plusieurs années mais il n’en avait pas moins connu la prison pour son engagement politique non pas au sein du parti communiste mais chez les radicaux, des nationalistes alors encore à gauche (ou au centre-gauche) et passé maintenant à droite au point que nombre d’entre eux font actuellement la courte échelle à Javier Milei.

Une de Clarín du lendemain, le 21 avril 2026
Les titreurs ont fait de gros efforts de mise en page
pour l'occasion...
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Au retour de la démocratie, en 1983, Brandoni avait soutenu la présidence du radical Raúl Alfonsín. Ces dernières années, il avait soutenu l’ultra-libéral Mauricio Macri, en exprimant une acrimonie assez fielleuse envers Cristina Kirchner et ses soutiens. La situation actuelle et la personnalité incohérente et inconséquente de Javier Mileí semblaient l’inquiéter au plus haut degré pour l’avenir du pays.

Une de La Nación le lendemain, 21 avril 2026
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Luis Brandoni rêvait de faire du théâtre jusqu’au dernier jour. Il aura été presque exaucé… Ce matin, sa disparition a davantage inspiré la presse de droite que celle de gauche/

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12
lire l’article de La Prensa
lire l’article principal de Clarín
lire l’article principal de La Nación

jeudi 9 avril 2026

Sortie simultanée en Argentine et en Italie d’un documentaire bilingue sur François [à l’affiche]

Affiche de Rosario 3
pour présenter le documentaire
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La Argentina de Francisco est un long-métrage documentaire, tourné en espagnol en Argentine sur les pas du pape François décédé le lundi de Pâques, l’année dernière, sous-titré en italien, dirigé par un réalisateur italien et produit par le dicastère de la Communication du Vatican (institué par François) et la chaîne télévisuelle catholique italienne Telepace (comprenez la télé de la Paix, celle du Christ naturellement). D’autres partenaires, notamment plusieurs diocèses, se sont joints au projet.

Le film retrace le parcours spirituel et pastoral du futur pape dans son pays d’origine, depuis sa vocation sacerdotale, lorsqu’il était adolescent et qu’il a reçu l’appel au sacerdoce dans la basilique San José de Flores, dans son quartier, jusqu’à sa mission d’archevêque à Buenos Aires, qui osa ériger en doyenné les paroisses présentes dans les quartiers périphériques et abandonnés, les bidonvilles qu’on appelle en Argentine las villas miserias, qui se caractérisent pas l’absence de services publics (pas d’école, pas de transports, pas de pharmacie, pas de cabinet médical, pas d’enseigne de la grande distribution mais des échoppes branlantes, pas d’infrastructures de sport mais un terrain vague où les gamins tapent dans les boîtes de conserve, pas de réseaux d’énergie mais de la débrouille à tous les étages et sous toutes les formes). Le film revient aussi sur la façon dont, spirituellement et pastoralement, cet archevêque peu ordinaire a investi le football et en particulier son club de prédilection, le San Lorenzo de Almagro, fondé par des religieux de l’ordre de saint Jean Bosco au début du 20e siècle, pas très loin de son quartier natal (aujourd'hui en grande difficulté administrative). Puisqu’il avait dans l’Italie du nord des cousins et des cousines de sa génération qui avaient eux-mêmes des enfants et qu’il a pu fréquentés pendant toute la durée de son pontificat, cette partie de sa famille a elle aussi participé au documentaire.

L'affiche officielle, made in Vatican

La Argentine de Francisco, c’est donc la genèse d’un pontificat disruptif qui devait bousculer l’Église universelle pendant treize ans comme l’homme avait bousculé son diocèse natal, avec toutefois un retentissement médiatique bien moindre, puisque la gauche argentine l’a toujours pris pour un réactionnaire fou furieux et ne l’a découvert et adopté qu’une fois qu’il vivait à Rome, tandis que la droite catholique lui en a beaucoup voulu de n’avoir pas privilégié l’Argentine au cours de son pontificat, comme si le Conclave en le choisissant aurait dû en faire un pape pour l’Argentine plutôt que pour le monde.

Ce film est le premier d’une série de documentaires, actuellement en tournage ou en post-production, dont la sortie est prévue en ce premier semestre 2026 autour du premier anniversaire de sa disparition.

Pour ma part, j’ai le souvenir de l’avoir brièvement rencontré au cours d’une messe de semaine (vingt paroissiens à tout casser) dans l’église de son baptême, dans le quartier de Almagro, alors qu’il était l’archevêque du lieu et j’ai été très heureuse lorsque son nom a été prononcé au balcon de Saint-Pierre et si j’ai rejeté ses déclarations répétées et plus qu’ambiguës sur la guerre de la Russie contre l’Ukraine et ses positions absurdes et si dépourvues de sens politique sur la réalité de la guerre dont, à rebours d’une tradition de morale politique ininterrompue depuis l’Antiquité, il refusait qu’elle puisse être « juste », ce qui revient dans les faits à condamner les peuples agressés à se laisser faire sans se défendre, cet irénisme à la Gandhi, lequel avait, de très loin, il est vrai, l’Inde, conseillé aux juifs de l’Europe occupée de ne pas résister aux nazis, j’avoue que François me manque bigrement avec son attention aux injustices socio-économiques et géopolitiques du temps présent et sa manière, au quotidien, d’envoyer valser le protocole impérial adopté par la Curie romaine depuis un Moyen-Age européen dont il ignorait à peu près tout - sauf saint François d’Assise - mais auquel son successeur, au demeurant fort sympathique et très courageux, fait beaucoup de concessions, qui n’ont pourtant rien à voir avec l’Évangile auquel on pourrait peut-être revenir au 21e siècle, maintenant que Charlemagne, saint Louis, Charles Quint, Louis XIV et quelques autres ont quitté cette vallée de larmes...

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

jeudi 5 février 2026

Le cinéma et l’audiovisuel argentins contre la réforme du code du Travail [Actu]

"Un cri d'avertissement", dit le gros titre en jaune
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Les professionnels du cinéma et de l’audiovisuel se sont rendus hier au Congrès pour expliquer aux élus et à la presse le danger qu’encourent leurs secteurs respectifs, cinéma grand écran, télévision et radio publiques, puisqu’il est vrai que le diable se cache dans les détails. En l’occurrence, tel un bernard-l’hermite, le dit diable squatte deux petits articles de la grande et très dangereuse réforme du code du Travail par laquelle Javier Mileí et ses sbires veulent priver tous les travailleurs, salariés comme indépendants, des droits sociaux qu’ils ont laborieusement acquis depuis une centaine d’années.

Les deux articles dénoncés par les professionnels de l’audiovisuel suppriment certaines taxes qui servaient à financer leurs secteurs respectifs, l’INCAA pour le cinéma et les films télévisuels, Radio Nacional et Televisión Pública, menacées toutes les deux d’une privatisation imminente. Le produit des taxes restantes cesserait d’être affecté à ces secteurs mais constituerait une réserve de recettes que le gouvernement serait libre d’employer à son entière discrétion. Or, avant Mileí, l’INCAA, l’institut national du cinéma et des arts audiovisuels, avait pour mission essentielle de soutenir la production nationale ainsi que les grands événements cinématographiques du pays, dont le célèbre Festival Internacional del Cine de Mar del Plata, la plus importante rencontre du genre sur le continent sud-américain. Radio Nacional et Televisión Pública étaient, là encore avant Mileí, des acteurs essentiels pour faire vivre ces secteurs grâce à la commande publique et à la puissance de diffusion nationale et internationale (la chaîne culturelle et pédagogique Canal Encuentro avait ainsi pu signer, il y a quelques années, un accord de partenariat avec le groupe France Télévision et on a vu, notamment sur France 5, plusieurs documentaires issus de son catalogue).

Priver ces institutions de leur rôle dans le domaine, c’est réduire au chômage les professionnels du secteur et tous les travailleurs qui bénéficient de la création de postes induits autour de l’activité audiovisuelle stricto-sensu, réduire la capacité de production culturelle nationale et donc de soft-power pour le pays, réduire enfin l’attractivité touristique et économique induite, laquelle bénéficie au pays dans son ensemble ainsi qu’à ses différentes régions en particulier. Faire cela, c’est jouer perdant à coup sûr, ce qu’a toujours fait l’actuel gouvernement depuis la prise de fonction de Javier Mileí il y a un peu plus de deux ans, à l’image de ce que fait Donald Trump aux États-Unis, lui dont la politique de prétendue restauration de la grandeur nationale a les mêmes effets délétères sur le pays et son attractivité.

Les professionnels du secteur rassemblées hier seront-ils arrivés à se faire entendre ? Il faut l’espérer mais le contexte n’incite guère à l’optimisme.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 qui a fait de ce thème la Une de son supplément culturel quotidien, Cultura & Espectáculos.

lundi 15 décembre 2025

Un hommage à Rubén Juárez pour clôturer la saison à la Academia [à l’affiche]

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Ce soir, lundi 15 décembre 2025, à 18h, au siège de la Academia Nacional del Tango, avenida de Mayo 833, premier étage, le dernier Plenario de la saison prendra la forme de la projection d’un documentaire de Jean-Luc Thomas et Alejandro Venturini sur le chanteur, bandonéoniste et compositeur que fut Rubén Juárez.

La soirée sera présenté par le compositeur Pepo Ogivieki et Alejandro Venturini lui-même.

Ouvert à tous.

Entrée libre et gratuite dans la limite des places disponibles.

© Denise Anne Clavilier

jeudi 6 novembre 2025

Le Festival Internacional de Cine commence à Mar del Plata [à l’affiche]

Affiche officielle du festival
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Aujourd’hui, jeudi 6 novembre, commence la dizaine du Festival de Cinéma de Mar del Plata, dont cette année correspond à la quarantième édition.

Chose curieuse : les grands quotidiens argentins à diffusion nationale n’en disent pas un mot !

Le Festival a été entièrement privatisé alors qu’il était avant Javier Mileí un événement fédéral soutenu et financé par l’Institut national du cinéma et des arts audiovisuels (INCAA), réduit aujourd’hui à une coquille à peu près vide.

L'affiche, plutôt tristounette, choisie par la Ville
pour son site Internet du tourisme
On y retrouve l'emblème de la cité : le lion de mer
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L’office du tourisme de Mar del Plata reprend le slogan de la manifestation, celle du retour à la splendeur, ce qui en dit long sur la chute vertigineuse subie par la plus grande ville balnéaire et touristique du pays depuis que Mileí sévit et a détruit le pouvoir d’achat d’une grande majorité des Argentins.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

mercredi 5 novembre 2025

Un festival pour soutenir le cinéma argentin à Mar del Plata à côté du Festival [à l’affiche]

L'affiche reprend l'image emblématique
du front de mer à Mar del Plata
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Demain, le 6 novembre 2025, parallèlement au Festival international de cinéma qui se tient tous les ans en novembre, juste avant la saison estivale, un cinéma de Mar del Plata associé à une libraire de la ville propose un riche programme de films argentins, en soutien à l’industrie cinématographique nationale que le gouvernement de Javier Mileí est en train de tuer à petit feu en privant l’INCAA, l’institut national du cinéma et des arts audiovisuels, de tout financement fédéral.

Ce festival off et d’opposition s’intitule cette année Fuera de campo (hors champs) alors qu’il s’appelait l’année dernière Contra Campo (contre-champ).

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12
lire l’article de Tiempo Argentino, qui détaille l’ensemble du programme
consulter le site Internet du festival

mardi 7 octobre 2025

Festival de cinéma amérindien à l’Alliance Française de Buenos Aires [à l’affiche]

"Un autre récit", dit le gros titre
sur une sélection d'images des films projetés
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Depuis hier et pour toute la semaine, l’Alliance Française de Buenos Aires, avenue Córdoba, dans le centre de la capitale argentine, propose un festival de cinéma autochtone américain avec des films de courts et moyens métrages couvrant tout le continent, des Inuits du Canada aux Mapuches de la pointe sud de la Patagonie, les peuples originaires comme on les appelle en Argentine.

Ces films témoignent de narratifs originaux, ou du moins peu exploités dans l’industrie cinématographiques, et pour cause.

Página/12 en fait la Une de son supplément culturel, Cultura & Espectáculos, hier.

Hélas, pour l’heure, il ne faut pas attendre des pouvoirs publics locaux l’organisation de ce type de manifestation. Heureusement que les instituts culturels étrangers s’en occupent a minima.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

vendredi 27 juin 2025

L’Argentine salue Lalo Schifrin, mort à Hollywood [Actu]

"La vie en musique", dit le gros titre
du supplément culturel de Página/12
La rédaction a choisi une photo prise à Paris, en 2016,
lorsque le compositeur a été commandeur des Arts et des Lettres
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Le célèbre compositeur de cinéma n’appartenait plus à l’Argentine depuis longtemps mais au monde entier. Il vient de mourir à Los Angeles à l’âge respectable de 93 ans.

C’est Dizzy Gillespie, alors en tournée, qui l’avait remarqué dans un café de Buenos Aires où il jouait avec son groupe. Il l’avait aussitôt emmené aux États-Unis où Lalo Schifrin n’a pas tardé à briller de mille feux.

On lui doit les bandes-son de nombreux classiques d’Hollywood et de la télévision américaine (dont la série originale de Mission impossible en 1966 ou Starsky et Hutch) et c’est cette carrière remarquable que la presse argentine salue ce matin non sans fierté. Pourtant, à peu près tout le monde avait oublié qu’il était argentin !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12
lire l’article de La Prensa
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación

mercredi 25 juin 2025

Semana Gardeliana à Buenos Aires [à l’affiche]

Carlos Gardel
11 décembre 1890, Toulouse, France
24 juin 1935, Medellín, Colombie


Hier, c’était le 90e anniversaire de la disparition de Carlos Gardel, qui a trouvé la mort à Medellín, lors d’une collision de son avion au sol, alors qu’il allait décoller pour l’une des toutes dernières d’une grande tournée en Europe et en Amérique. Il avait 45 ans et il était au sommet de son art.

Sa voix a été classée au patrimoine de l’UNESCO. Il est considéré comme un trésor national par les Argentins.

Pourtant, cet anniversaire qui aurait dû revêtir quelque solennité, passe presque inaperçu. La ville de Buenos Aires (gouverné à droite et qui utilise le tango comme un atout économique plus que comme un patrimoine culturel) a mis en place une riche semaine d’événements en tout genre dans de nombreux espaces qu’elle contrôle, en particulier le réseau des théâtres municipaux. Le ministère portègne de la culture ne s’est toutefois même pas donner la peine de publier une affiche pour cette manifestation. Sur le site de la ville, une simple photo de l’artiste… Elle est dans le domaine public. Cela évite les frais, n’est-ce pas ? Ils n’ont aucune honte !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12 sur l’ensemble des propositions de la semaine
lire l’article de Página/12 sur le spectacle qui s’est donné hier au CCK (rebaptisé aujourd’hui Palacio Libertad, parce que Mileí ne supporte pas que quoi que ce soit porte le nom de l’ancien président Néstor Kirchner)
lire l’article de La Prensa, par le président de la Fondation Gardel, un homme qui n’est pas à sa place dans cet univers gardélien, qui n’a guère de liens avec l’univers du tango et ses institutions, et qui présente ici un ouvrage complotiste qu’il a signé sur l’accident du 24 juin 1935 (cela fait 90ans que toutes sortes de théories fantaisistes et absurdes circulent sur cet accident, comme il y en avait beaucoup dans ces premiers temps de l’aviation)
lire l’article de Clarín