Actualité culturelle argentine, là-bas à Buenos Aires et sur le Río de la Plata, et ici, en Europe francophone.
Actualidad cultural, allá en Buenos Aires y su zona y acá en nuestras ciudades europeas franco-hablantes. Noticias en español si te gusta más así...
Cultural current affairs, there in Buenos Aires area and here, in French-speaking Europe. Depending on your demand...
En juillet, la revue Caras
y Caretas, qui
appartient au groupe Octubre comme Página/12,
consacre la majeure partie de son édition à un hommage à Carlos
« El Indio » Solari, éminent représentant du rock
argentin décédé au début de ce mois.
Un certain nombre d’articles
sont à lire sur le site Web du magazine.
Vendredi dernier,
le gouvernement de Javier Milei et ses tristes alliés ont refusé le
concours de la puissance
publique à la famille de
El Indio Solari pour organiser ses
funérailles à la hauteur de la demande et pour
assurer la sécurité des
personnes et des biens, malgré les besoins plus qu’évidents. Le
président de la Chambre, le gluant arriviste Martín Menem, qui
n’est autre que l’un des petits-enfants de
feu l’ancien président
Carlos Menem, celui que Milei respecte le plus et auquel il aimerait
tant ressembler, a refusé tout net de mettre à disposition de la
veillée funèbre les
locaux du Congrès en
prétextant que ce bâtiment ne se prêtait pas à ce genre de
manifestation. Ce qui est totalement faux : le Congrès a
accueilli les hommages populaires et nationaux au président Néstor
Kirchner en 2010, à la chanteuse et compositrice Mercedes Sosa et à
Diego Maradona, quelques années plus tard. Les trois veillées ont
attiré une foule immense, démonstrative
et brisée de chagrin sans qu’aucun incident n’ait été à
déplorer. Le bâtiment est
parfait pour accueillir ce genre d’événement grâce àl’immense
place qui le jouxte et où
les forces de l’ordre
peuvent
canaliser la foule et les
moyens de secours être
déployés.
"Voilà à quoi nous ressemblons", dit la légende de ce dessin de Miguel Rep, hier, sur le site de Página/12 Pour une fois, les Malouines manquent sur cette carte où l'Argentine est couchée, le nord à droite, le sud à gauche
Devant une telle mauvaise
volonté, aussi cruelle que méprisante, c’est Máximo Kirchner, le
fils de Néstor et Cristina Kirchner, aujourd’hui leader d’un des
mouvements péronistes (un peu extrémiste sur les bords pour être
franche) et grand ami personnel du chanteur et de sa famille, qui
s’est chargé de trouver une solution. Surmontant
ses différends politiques
et sa rivalité avec d’autres dirigeants péronistes tout aussi
ambitieux que lui, il a pris son téléphone
pour appeler le gouverneur
de la Province de Buenos Aires puis
le maire de Avellaneda, une
ville de la banlieue
populaire et
ouvrière sur la limite
sud de la capitale
fédérale. Les trois hommes ont désigné à la hâte un lieu
capable d’accueillir la foule et ils ont mis sur pied le dispositif
de sécurité nécessaire en faisant appel aux forces de
l’ordre provinciales. Le
cercueil fermé, autopsie oblige, a alors été
transféré au Centre Multisport Gatica de Villa Domínico, à
Avellaneda.
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Samedi soir, dès que le lieu de
la cérémonie a été
connu, on a vu se former une file d’attente sur la route qui
relie Buenos Aires au
Gatica, une file longue de sept kilomètres et
d’environ un million de
gens de tous âges, attendant debout, à pied, de rendre un dernier
hommage à l’artiste disparu, malgré la pluie et le froid qui
auraient pu arrêter plus d’un pèlerin. Les fans portaient des
vêtements
à l’effigie de leur idole disparue, des pancartes et
des banderoles pour le remercier de ce qu’il a été pour eux,
certains ont dessiné son visage à même la chaussée ou sur les
murs environnants, et ils ont ainsi cheminé jusqu’à la chapelle
ardente où ils se sont recueillis dans le calme et une
dignité à l’argentine
devant un cercueil en
bois aux reflets dorés au-dessus duquel flottait la mention « Indio
1949-∞ » en
lettres de lumière.
A droite, les photos de la foule dans la rue avec en bas ce visage du chanteur dessiné sur la chaussée A gauche, les maillots d'équipes de foot que les fans ont jeté vers le cercueil en signe d'hommage Cliquez sur l'image pour une haute résolution
La chapelle devait ouvrir ses
portes hier, dimanche,
à 11 h du matin. Il a fallu avancer l’ouverture à 9 h
et c’est seulement ce matin, lundi, à 8 h que la famille a
estimé devoir conclure la veillée publique pour procéder aux
obsèques proprement dites dont elle n’a révélé ni les modalités
ni le lieu, afin de se réserver un peu d’intimité.
En photo principale, la foule des fans à l'approche du Gatica Cliquez sur l'image pour une haute résolution
Ce matin, l’épouse (depuis 45
ans) et le fils de El Indio ont publié sur les réseaux sociaux un
texte serein et très beau pour remercier tous ces inconnus qui se
sont déplacés pour rendre
ce dernier adieu. Ils les invitent à faire perdurer la vie du
disparu à travers sa musique à jamais vivante.
Le message de remerciement de la famille, ce matin "C'est fait. Toutes celles et tous ceux qui ont eu la possibilité de venir pour lui dire adieu l'ont fait. Maintenant, la pluie nous renvoie chez nous, pour rester dans la peine intérieure et nous souvenir de lui comme il était : humain, infini..." Cliquez sur l'image pour une haute résolution
Ce matin aussi, tous les journaux
d’envergure nationale ont tenu à évoquer et à mettre à leur Une
cet événement exceptionnel auquel ce gouvernement de sinistres
brutes a choisi délibérément de tourner le dos.
Ajout du 10 juin 2026 : El Indio Solari a été incinéré
lundi soir au
cimetière de Lanús où ses cendres ont été déposées au
cours d’une cérémonie
réservée à ses proches. A ce sujet, lire l’entrefilet
de Página/12 lire l’article
de Clarín
Comment ne pas se sentir comme ça, dit le gros titre en hommage au texte d'une des chansons du disparu Cliquez sur l'image pour une haute résolution
El Indio Solari était un Géant à majuscule du rock argentin et comme presque toujours pour les
grands artistes populaires de ce pays, sa musique était très
politique, ouvertement contestataire. Vous dire qu’il était à
l’Argentine ce que Johnny Hallyday était à la France serait vous
mentir. Il était beaucoup plus que cela à cause de ses prises de
position réfléchies et courageuses dans la vie publique,
ouvertement de gauche, farouchement péronistes… Depuis très
longtemps, ses concerts étaient de gigantesques événements dans
des stades immenses que venait remplir une foule enthousiaste
reprenant en chœur ses refrains et ses couplets. L’artiste avait
77 ans. Hier dans la matinée, son auxiliaire de vie l’a retrouvé
inerte, chez lui, dans sa piscine climatisée. Il avait fait un AVC.
Il est mort sur le coup. Il ne s’est pas noyé.
Intervenant brutalement au
lendemain de la disparition d’une grande actrice de cinéma et de
théâtre qui, nonagénaire et malade, avait quitté la vie publique
depuis de nombreuses années (Chunchuna Villafañe, qui partagea la
vie du chanteur Horacio Molina puis du cinéaste Pino Solanas), la
nouvelle de ce décès inattendu a terrassé l’Argentine et la
population s’est spontanément rassemblée sur les places centrales
pour pleurer son idole et reprendre ses chansons à tue-tête. A
Buenos Aires, Plaza de Mayo s’est remplie à la tombée de la nuit
pour un hommage spontané.
Musique et une foule dans les rues pour dire adieu au grand manitou du rock, dit le gros titre sous cette photo de Plaza de Mayo hier soir Cliquez sur l'image pour une haute résolution
El Indio Solari avait commencé
sa carrière dans le ville universitaire qu’est La Plata, au sein
d’un petit quatuor de rock qui ne tarda pas à se hisser à la
hauteur des légendes, façon Beattles du monde hispanophone. La
petite bande se nommait Patricio Rey y sus Redonditos de Ricota, du
nom d’une spécialité italienne de pâtes fraîches enroulées et farcies à la
brousse de brebis qui s’est fort bien acclimatée en Argentine en
perdant l’un de ses T (1). D’où l’adjectif
dont ses fans qualifient tout ce qui les réunit, à commencer par
ces grands rassemblements qu’on appelle donc Misas Ricoteras
(grands-messes ricotiennes) et dont ces scènes de Plaza de Mayo
fournissent un excellent exemple.
Le 16 mai dernier, la UBA l’avait
fait docteur honoris causa et il avait pris parti pour le financement
des universités nationales que refuse Javier Milei. Il avait quitté les
planches et les sonos en 2017.
"Indio Solari : une légende du rock qui relie les générations", dit le titre à côté de la photo de l'artiste Cliquez sur l'image pour une haute résolution
Aujourd’hui, je prends
conscience que depuis le début de ce blog, en 2008, c'est à peine si j'ai mentionné quelque fois El Indio parce que ce rock à grand spectacle
n’est pas celui qui a mes préférences personnelles et bien
entendu, ce matin, je regrette d’avoir laissé de côté ces
puissants événements populaires. Parce que je ne l’ai découvert
qu’au milieu des années 2010, après ma première plongée en eaux
profondes dans le tango et l’histoire, je ne l’ai jamais vu que
comme un homme déjà âgé et de santé très délicate (on lui a
diagnostiqué une maladie de Parkinson en 2015). A dire vrai, il
faisait peine à voir lors de ses rares apparitions publiques et je
n’avais pas envie de vous entraîner de ce côté-là. J’avais
tort.
Concert de El Indio à La Plata en 2008
Si vous feuilletez la presse
argentine aujourd’hui, même si vous ne parlez pas un mot
d’espagnol, vous mesurerez sans doute mieux qu’à travers ce blog
muet l’ampleur du phénomène et la perte gigantesque ressentie par
les Argentins à l’aube de cette triste journée de fin d’automne
ainsi que la fracture qui existe plus que jamais entre la droite et
la gauche. Après être resté silencieux, puis avoir fait savoir
qu’il n’était pas question de déclarer un deuil national,
Javier Milei a dû se raviser quelque peu car, politiquement, il ne
peut sans doute pas passer à côté d’un tel séisme. Il tente
donc maladroitement une petite manְœuvre,
lui qui est aux antipodes de tout ce que représente l’artiste
disparu : il a proposé l’immense parc thématique de
Tecnópolis , abandonné par sa volonté de détruire tout ce qui
était cher au cœur de Solari (et à la gauche de gouvernement),
pour y accueillir la veillée funèbre qui aura lieu demain, un
retard sur l’habitude dû au besoin d’assurer la sécurité de la
foule comme de la famille et des amis personnels car, dans ce pays où
l’on fait tout à l’improviste tout le temps, on ne peut pas
improviser les obsèques de El Indio. Comme Diego Maradona, il est
exceptionnel ! Les proches ont déjà averti les fans :
l’organisation « est très difficile ».
Une de El País, le grand quotidien uruguayen dont les articles ne sont plus disponibles en ligne que pour les abonnés Cliquez sur l'image pour une haute résolution
Comme à leur habitude, pris au
dépourvu par la réaction de l’opinion publique qu’ils ne
comprennent décidément pas, les libertariens tentent de récupérer
l’émotion générale en saluant la mémoire d’un chanteur dont
il est évident qu’ils ne pouvaient pas le souffrir. Quand on a
rien à dire de bon dans ces occasions, on s’abstient ! Qu’ils
partent donc en week-end et se taisent ! Leurs tweets sont un
déversoir de grossièreté, de mesquinerie et d’indécence. Même dans ces moments
douloureux, ils se montrent incapables de bien se tenir devant ceux
qu’ils prétendent représenter et gouverner. Exactement comme
Trump mais, lui, au moins, il a l’excuse de l’âge et, en plus,
il est atteint d'une démence frontale carabinée.
Cours du peso (ARS) : 1 € = 41 $ au 01.11.18 (1 $ = 100 centavos) Décalage horaire (Paris) : - 5 h Population BsAs : 3 millions Superficie BsAs : 202,4 km2 Pop. Gran BsAs : 12,5 millions Superficie Gran BsAs : 3833 km2
Population totale : 47 327 407 hab (mai 2022) Superficie Argentine : 2.780.400 km2
MONTEVIDEO : infos pratiques
Cours du peso (UYU) : 1 € = 37 $ au 01.11.18 (1 $ = 100 centesimos) Décalage horaire (Paris) : -5 h Pop. Montevideo : 1,3 million Superficie Montevideo : 193 km2 Pop. région Capitale : 2 millions Sup. région Capitale : 525,54 km2 Pop. Uruguay : 3,4 millions Superficie Uruguay : 176 220 km2
Asado : barbecue (du genre monstre, même en petit comité)
Baires : apocope de Buenos Aires
Boliche : tout établissement qui permet de se rencontrer autour d'une consommation solide ou liquide
Bombilla : pipette métalique ou végétale dont on se sert pour boire le mate (voir ce mot) en évitant d'avaler la poussière de yerba mate (voir ce mot). Lorsque le mate est partagé entre plusieurs convives, tous boivent à la même bombilla.
BsAs (ou BA) : initiales de Buenos Aires
Cambalache : Sens premier : dépôt-vente, brocante, voire mont-de-piété. D’où bazar, souk, bric-à-brac.
Candombe : musique d'origine afro-sud-américaine conçue pour les défilés festifs sans doute au 19e siècle au moment de la fin de l’esclavage. Cette musique est restée très populaire en Uruguay où elle est présente tout le temps.
Canyengue : caractéristique des faubourgs
Charla : conférence, causerie
Confitería : café-salon de thé et/ou pâtisserie-traiteur
Cuadra : portion de voie publique entre deux esquinas. Une cuadra faisant la plupart du temps 100 m, elle sert de mesure des distances dans la ville. Tel lieu se trouve à tant de cuadras de tel autre.
Empanada : chausson fourré à déguster chaud
Esquina : croisement de deux voies publiques (rues, avenues...) qui constitue un point de repère fixe dans la ville. On donne une adresse en indiquant sa cuadra (entre telle et telle rue) et sa distance par rapport à la esquina
GCBA : anagramme de Gobierno de la Ciudad de Buenos Aires (Gouvernement de la Ville de Buenos Aires)
Gorra (a la) : littéralement "à la casquette". En français, "au chapeau". Il s'agit d'un mode de rémunération artistique traditionnel dans toute la région du Rio de la Plata
Guampa : récipient pour préparer, boire et partager le tereré (voir ce mot) quand on n'utilise pas un mate classique (voir ce mot). Le guampa est creusé dans une corne de vache.
Guita : l'argent en lunfardo. Désigne aussi la devise nationale (la guita nacional)
Legislatura : nom de l’assemblée législative unicamérale de la Ville Autonome de Buenos Aires
Mate : 1. boisson nationale argentine, uruguayenne, chilienne et paraguayenne, très appréciée aussi dans le sud du Brésil. La boisson est produite par l'infusion de la yerba maté. En Bolivie et dans certaines zones du Pérou, on boit un mate de coca. 2. récipient de toute forme, de toute matière et de différentes contenances dans lequel le mate se prépare, se boit et se partage. (Voir ce mot)
Milonga : 1- musique qui a précédé le tango, toujours très vivante (caractérisée de nos jours par un rythme vif et allègre quand bien même les paroles raconteraient un drame) ; 2- bal de tango argentin
Milonguero : l´homme qui vit la nuit dans le monde dominé par le tango. Contrairement à ce que pensent les Français, le mot ne sert que rarement à désigner le danseur de tango en tant que tel. Attention quand vous employez le mot au féminin : il a longtemps désigné une réalité sociale disparue à la fin des années 50, la cocotte qui dansait dans les cabarets et se faisait entretenir. Danseur se dit la plupart du temps bailarin (bailarina au féminin)
Murga : musique festive de défilé de carnaval et autres grandes fêtes collectives.
Orquesta típica : ensemble musical comprenant au minimum 1 piano, 1 violon, 1 bandonéon et 1 contrebasse.
Peso : devise nationale (non convertible). Sigle : $
Picada : assortiment de fromages et/ou de charcuterie
Plenario : réunions académiques que les Academias organisent dans le cadre de leurs activités culturelles publiques
Porteño : gentilé de Buenos Aires. Se dit de toute personne née à BsAs. Nul n’est jamais vraiment porteño s’il est né hors de la Ville. Sauf à s’appeller Carlos Gardel, et ce quel que soit le lieu de sa naissance.
Show : tout concert, récital, tour de chant, spectacle. Le mot n’est pas réservé aux spectacles de revue ni aux grand événements ultra-marketés drainant des milliers de spectateurs.
Tango baile : le tango dans sa dimension dansée, une dimension parmi d’autres.
Tango salón : tango qui se danse en société (par opposition au tango professionnel, pour la scène)
Tereré : mate préparé avec de l'eau froide ou à température ambiante ou du jus d'orange ou de citron, parfois de pamplemousse, très apprécié par grandes chaleurs.
Troesma : verlan de Maestro (maître)
Yerba mate : feuilles d'un arbuste de la famille du houx, originaire du Paraguay et du nord de l'Argentine et de l'Uruguay. Séchées à l'air chaud ou au four, fermentées puis hachées, elles forment l'ingrédient essentiel du mate et du tereré.
CENTENARIO TROILO (2014)
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