Affichage des articles dont le libellé est rentrée 2021. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est rentrée 2021. Afficher tous les articles

mardi 2 mars 2021

Devant le Congrès, le président lance le FMIgate [Actu]

"Partie civile pour crime contre les auteurs de l'administration
qui a le plus fraudé du plus loin que remontent nos souvenirs"
clame le gros titre au-dessus des 10 autres points
développés par le président


Hier midi, le président argentin Alberto Fernández a prononcé son discours d’ouverture de la session parlementaire 2021. Un discours long (plus d’une heure et demie) où il a rappelé toute l’action gouvernementale de l’année dernière alors que la pandémie a balayé le programme qu’il avait développé dans le même hémicycle à la même date et il a également décliné les très nombreux axes de sa politique dans les dix prochains mois.

Il avait adopté un ton très résolu et ferme, n’hésitant pas à dénoncer les comportements critiquables de la droite, notamment dans le monde judiciaire où de très nombreux magistrats continuent à accuser, instruire et juger en suivant leurs penchants politiques. L’année dernière, Fernández avait annoncé une grande réforme de la justice qui l’aurait fait passer du droit romain actuel au système accusatoire (procédure anglo-saxonne) où le juge n’est que l’arbitre du débat contradictoire qui se joue essentiellement entre les parties. Cette grande réforme n’aura pas lieu. Elle sera remplacée par l’introduction de jurys populaires pour compenser le pouvoir du juge professionnel et sa tendance à tomber du côté où il penche. Encore faudra-t-il que le président puisse le faire car la crise sanitaire et économique n’est pas encore finie. Cette dénonciation du fonctionnement de la justice, qui ne surprend nullement à gauche et qui vient d’un professeur en droit pénal, a déchaîné les foudres de la droite (ce qui pourrait indiquer qu’il a visé juste). Dans la soirée, des gens sont sortis pour protester en tapant sur des casseroles et l’opposition appelle à nouveau à de grandes manifestations à venir. Ce sont souvent des appels à la vengeance d’une violence et d’une hostilité incroyables. On pourrait croire que le pays est au bord d’une guerre et hurle contre un ennemi étranger ! La presse de droite fait semblant de s’interroger sur ce qu’elle appelle un « discours agressif » du président et sur la disparition de sa main tendue pour rassembler les Argentins… C’est extraordinaire : voilà un an qu’il tend la main et que la droite lui crache dessus. Il est normal et légitime qu’il reprenne l’offensive.

"Fernández radicalise son attaque contre la justice
et rompt avec l'opposition"
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Autre point qui a provoqué une énorme surprise : l’État va se porter partie civile contre le gouvernement précédent (président et ministres) pour tirer au clair ce qu’est devenu l’argent du prêt disproportionné que le FMI a accordé à l’Argentine à la mi-2018 en allant bien au-delà des capacités financières du pays, que ce prêt était censé aider. Or cet emprunt réduit considérablement à présent la liberté politique d’investissement de l’Argentine et la prive donc d’une bonne partie de sa souveraineté, alors que ses représentants légitimes n’ont pas été consultés sur le sujet. Or, selon la constitution, l’accord aurait dû être ratifié par le Congrès qui n’en a même pas vu la couleur.

La plainte sera déposée devant la justice pénale. La banque centrale (BCRA) a déjà commencé à construire les motifs de la plainte. On sait à présent que Donald Trump a pesé sur la décision du FMI, dirigé alors par Christine Lagarde, car il espérait ainsi aider son « ami » Mauricio Macri à se faire réélire. De ce côté-là, c’est doublement raté : les deux hommes ont été méchamment battus dans les urnes.

Dans son discours, le président a parlé à ce propos de « l’administration qui a le plus fraudé » dont l’Argentine se souvienne. Si la démarche va jusqu’au bout, elle pourra peut-être mettre fin une bonne fois pour toute à cette très mauvaise habitude du néolibéralisme argentin qui consiste à endetter systématiquement le pays et à le laisser toutes ressources épuisées, lesquelles sont souvent allé enrichir des gens déjà très fortunés.

© Denise Anne Clavilier
www.barrio-de-tango.blogspot.com

Pour en savoir plus :

mardi 16 février 2021

Sans surprise, à Buenos Aires, la rentrée scolaire sera chaotique [Actu]

"Avec un D comme doutes" dit le gros titre sur le tableau noir
Toute la bande supérieure est consacrée à Carlos Menem :
la vignette de Paz et Rudy sur une bière néolibérale
("elle est très chère et c'est que de la mousse")
le titre central porte sur la réaction de la DAIA hier
celui de droite, illustré par une photo de l'inhumation, porte sur la veillée au Congrès

Sans doute, en cette année d’élection de mi-mandat, ce chaos est-il recherché par le gouvernement portègne pour faire porter le chapeau au corps enseignant et aux syndicats de l’école publique. Toujours est-il que la rentrée scolaire doit avoir lieu demain et que dans de nombreuses écoles, primaires et secondaires, publiques et privées, rien n’est prêt : il manque tout d’abord de l’espace pour maintenir les distances physiques entre les élèves et avec l’enseignant. Il manque aussi du matériel et pas du moindre : gel hydroalcoolique et masques.

Parmi les personnels tant pédagogiques qu’administratifs ou techniques qui ont bien voulu se soumettre à des tests de dépistage, on a au cours de la semaine de pré-rentrée compté un bon nombre de porteurs du virus asymptomatiques ou légèrement malades. Ceux-là manquent à l’appel puisqu’ils sont à l’isolement.

Les fonctionnaires de la Ville Autonome de Buenos Aires ne travaillent pas aujourd’hui : on est mardi-gras, c’est le long week-end de carnaval, férié dans à peu près tout le pays. D’où cette date de mercredi pour assurer la rentrée scolaire.

La presse prend bien évidemment parti : Página/12 dénonce le bazar et en accuse les pouvoirs organisateurs tandis que La Prensa accuse les syndicats de refuser les protocoles proposés par les pouvoirs publics.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12
lire l’article de La Prensa
lire l’article de La Nación qui est allé interviewer de nombreux enfants de primaire sur leurs réactions à la perspective de retourner à l’école (et ils sont tous demandeurs pour retrouver les copains, la maîtresse et le tableau noir où la leçon est plus facile à suivre qu’à distance avec Google Meet).

mercredi 3 février 2021

Protocole sanitaire pour la rentrée scolaire [Actu]


Le ministre de l’Éducation, Nicolás Trotta (gouvernement national), a communiqué les modalités de la rentrée scolaire qui va s’échelonner en fonction des décisions des provinces sur les deux dernières semaines de ce mois : les enfants et les adolescents iront à l’école au moins trois jours par semaine en moyenne sur le premier quadrimestre de l’année 2021 (1).

Après la désastreuse année scolaire 2020 où la plupart des écoles n’ont pu accueillir les élèves que pendant deux à trois semaines en tout et pour tout avant que l’épidémie frappe l’Argentine au cours du mois de mars, l’année 2021 devrait donc marquer le retour des cours en mode majoritairement présentiel. Cependant, comme aucune école au monde ne peut repousser ses murs, il restera encore des cours à distance ou beaucoup de travail à faire à la maison.

Le ministre avait pris soin de réunir tous ses homologues provinciaux pour que les modalités soient harmonisées sur l’ensemble du pays et il en est donc sorti ce découpage de poire en deux. Chaque province va maintenant décliner le programme à son goût. Telle province va faire alterner les classes sur la même semaine, les uns venant les lundis et mardis, les autres les jeudis et vendredis. Telle autre fera venir les écoliers une semaine sur deux. Telle autre encore les uns le matin, les autres l’après-midi. Seule la Ville Autonome de Buenos Aires prétend faire venir les enfants tous les jours toute la semaine mais il s’agit là d’un prétexte pour entamer un bras de fer avec les syndicats (assez impopulaires à cause de très nombreuses grèves). Le gouvernement portègne semble déterminer à en découdre avec eux à la mode Thatcher, à coup de provocations et de propositions inacceptables. Le protocole en effet proposé par la Ville pour ce retour au tout présentiel vient d’être massivement rejeté par les organisations d’enseignants. Il était sans doute conçu pour. Nous sommes entrés dans une année électorale. Les élections législatives de mi-mandat doivent se tenir en octobre et Horacio Rodríguez Larreta, le chef de gouvernement de Buenos Aires, semble bien avoir déterré la hache de guerre contre la majorité péroniste et toute la gauche.

En haut : le gros titre sur l'école
En bas : la photo du putchiste birman
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Il est bien loin le temps où en mars dernier il avait agréablement surpris à peu près tout le monde en s’asseyant autour de la même table que le président de la Nation et le gouverneur péroniste de la province de Buenos Aires (2) pour lutter, toutes différences partisanes et idéologiques dépassées, contre la pandémie et faire prévaloir la santé de tous sur les intérêts de l’argent. L’école lui sert maintenant de punching-ball pour l’entraînement avant le match d’octobre où il espère sans doute renverser les rapports de force dans les tous les hémicycles du pays. D’autant plus qu’il s’agit de prendre la place du leader de la droite, place à laquelle Mauricio Macri n’a pas encore renoncé mais pour laquelle il semble avoir perdu presque toute légitimité, à cause de ses casseroles judiciaires et des innombrables gaffes politiques qu’il a accumulées après avoir quitté la présidence en décembre 2019.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12
lire l’article de La Prensa
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación



(1) En Argentine, l’année de cours, que ce soit à l’école, à l’université ou dans n’importe quel autre organisme d’enseignement, se compose de deux quadrimestres, le premier allant de mars à juin et le second d’août à novembre.
(2) Eux trois réunis ensemble dans une salle de la Casa Rosada tandis que les autres gouverneurs participaient à la réunion en visioconférence dans une Argentine qui paraissait enfin capable pour le bien du pays de surmonter ses fractures politiques. Cela a duré neuf mois. C’est déjà pas mal !

mercredi 27 janvier 2021

Le CAFF rouvre ses portes ce soir pour une poignée de spectateurs [à l’affiche]

Le gros titre "Volver" (revenir) est aussi le titre
d'un tango emblématique de Carlos Gardel,
le père du tango-canción qui vivait à quelques centaines de mètres
du lieu où le CAFF a déposé ses pénates


Le Club Atlético Fernández Fierro, la célèbre salle de résidence (1) de la Orquesta Típica Fernández Fierro dans le quartier de l’Abasto, à Buenos Aires, va rouvrir ses portes ce soir pour reprendre ses traditionnels concerts du mercredi soir après quasiment un an de fermeture sanitaire.

Seules 70 personnes pourront entrer pour profiter du concert de cette formation emblématique du tango underground qui se développait à grande vitesse à Buenos Aires depuis plus de 20 ans avant que la pandémie casse tous les élans artistiques et mette en danger les salles installées.

Pour compenser les pertes, l’orchestre jouera aussi le samedi, à cette époque de l’année où les musiciens entrent dans le pré-carnaval. Hélas, cette année, le mois de février n’offrira pas les occasions festives des années antérieures. Il n’y aura pas de carnaval au sens propre, même au cours des jours gras qui tombent en 2021 à la mi-février.

Pour fêter cette reprise si attendue, Página/12 en fait la une de ses pages culturelles du jour.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12 avec l’interview de deux des musiciens de la OTFF



(1) Il s’agit d’un ancien garage réaménagé avec les moyens du bord par la petite coopérative orchestrale qui s’est inscrite dans la tradition militante du grand pianiste, compositeur et chef Osvaldo Pugliese.

samedi 23 janvier 2021

Rentrée des classes avancée à Buenos Aires [Actu]

"Une sorte de marketing" clame le gros titre
avec le traditionnel jeu de mot de la une de Página/12 hier


Avant-hier, le chef de gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires, Horacio Rodríguez Larreta, a annoncé que l’année scolaire reprendrait le 17 février, avec 15 jours d’avance sur la date traditionnelle de la rentrée scolaire. Cette rentrée sera échelonnée (sans que l’on sache exactement à quoi correspondra cet échelonnement).

En haut : le président se fait vacciner avec Sputnik V
En bas : "Clameur populaire : ouvrez les écoles !"
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Après toute une année scolaire 2020 en visioconférence, l’enseignement se fera en présentiel, selon la formule désormais consacrée, avec un protocole de distance physique, des masques et des tests pour les enseignants. Toutefois, aucun moyen supplémentaire ne sera accordé aux établissements publics qui devront se débrouiller seuls pour organiser tout cela, sans aucune aide du ministère portègne de l’Éducation. Chaque classe devra constituer une bulle sociale.

En gros titre : "Les syndicats posent leurs conditions
à l'ouverture des écoles à Buenos Aires"
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Comme on peut l’imaginer, l’annonce a provoqué un refus immédiat des organismes syndicaux. Cette décision politique donne ainsi à la droite et aux médias dominants l’occasion de taper comme des sourds sur les syndicats. Il est très probable que ce soit là l’effet recherché par le gouvernement municipal qui, il y a quelques mois, a déclaré la guerre aux enseignants du public, avec une salve de propos insultants de la jeune et très droitière ministre de l’Éducation.

"Larreta décide le retour dans les salles de classe
à partir de février, malgré le refus des syndicats"
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Tout cela promet une rentrée mouvementée, encore plus difficile et compliquée que ce qu’imposaient déjà la pandémie et les lenteurs logistiques de la vaccination.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12, qui en fait l’essentiel de sa une