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jeudi 16 juillet 2026

La Mano de Dios à la sauce 2026 [Actu]

Une fois n'est pas coutume : c'est donc la Une
de La Prensa qui ouvre cet article...
pour cette pointe d'humour dont le journal n'est pas coutumier
Il a osé paraphraser l'hymne national pour faire un jeu de mot
Si, si !
Le dernier vers de la strophe principale :
A sus plantas rendido un león
([avec] un lion à ses pieds)
Et en plus, on peut le chanter (la métrique est parfaite)
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Quarante ans après, les équipes d’Argentine et d’Angleterre se retrouvaient hier dans une coupe du monde.

"Pour les Malouines,
Pour Diego,
Pour le dernier [Mundial] de Leo"
clame le gros titre
avec une structure de Une bousculée
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En 1986, au Mexique, quelques années après la fin de la guerre des Malouines (mai-juin 1982) et la victoire militaire de la Grande-Bretagne qui avait repris le contrôle territorial de l’archipel, Diego Maradona avait utilisé sa main pour marquer un but et l avait expliqué ensuite aux journalistes qu’il s’agissait de la « main de Dieu », une allusion politique très claire à sa prise de position en faveur du droit inaliénable de l’Argentine sur ces îles, prises par la force, par surprise et sans déclaration de guerre par une escadre de la Royal Navy en janvier 1833.

"La manivelle de Dieu", dit le gros titre
de ce quotidien du ballon rond du groupe Clarín

Aujourd’hui, Maradona n’est plus et Messi va prendre sa retraite de joueur international à l’issue de la compétition. Le score d’hier, 1 pour l’Angleterre et 2 pour l’Argentine, sonne donc comme une nouvelle victoire qui compense, sur le terrain de foot, la cruelle double défaite sur le champ de bataille en 1833 et en 1982.

Une photo de Mike Steward pour l'agence AP

Malgré les interdictions prononcées par la FIFA, qui refuse les déclarations politiques au cours de ses compétitions mais offre à Donald Trump un prix de la Paix créé pour lui, les joueurs argentins ont étendu sur la pelouse d’Atlanta une toile sur laquelle on lisait clairement la formule argentine rituelle : Las Malvinas son argentinas. Or il se trouve que Milei est hostile à cette revendication, qu’il ne cache pas son admiration et sa tendresse pour feue Margaret Thatcher, celle-là même qui a lancé sa marine contre l’Argentine en 1982, et tente actuellement de capituler en douce devant Londres : il est visiblement prêt à abandonner la souveraineté nationale de jure sur ces îles et à reconnaître comme légitime la situation de facto.

Vignette de Miguel Rep pour Página/12 ce matin
"Pardon, ma chère Margaret. Pardon. Des vrais sauvages",
déplore Milei
Traduction © Denise Anne Clavilier

D’où un malaise palpable du côté présidentiel, chez lui et chez sa sœur, ainsi que pour le reste du gouvernement tandis que la vice-présidente, en froid avec eux, a profité de l’événement pour faire entendre sa voix divergente et essayer de récolter du même coup un peu d’approbation populaire. Quel spectacle lamentable !

Miracle au football, maintenant, pour la 4e fois,
dit le gros titre
sur une Une elle aussi déstructurée
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Milei a annoncé qu’il ne ferait pas le déplacement aux États-Unis pour assister à la finale contre l’Espagne. Pour quelqu’un qui prétend avoir été gardien de but, c’est particulièrement minable. Dimanche, le roi Felipe, qu’on a vu récemment dans la télé, chez lui, fêter la victoire sur la France, en compagnie de la reine, de la princesse des Asturies et de l’Infante, tous les quatre revêtus du maillot de la sélection, sera donc probablement le seul chef de l’État dans les tribunes.

Nul besoin de traduire
Encore une Une déstructurée pour l'occasion
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Inutile de vous dire qu’en Argentine, tous les titres de presse consacrent plusieurs pages à l’événement. Si l’heure n’est évidemment pas à l’humilité, les jeux de mots se bousculent sur les Unes triomphantes.

"Las Malvinas son argentinas", projection sur le balcon de
l'ancienne présidente de gauche, Cristina Kirchner,
qui est sortie pour saluer la foule
régulièrement présente au pied de son immeuble pour la soutenir,
depuis qu'elle est détenue à domicile, pour un dossier vide contre elle
La carte de l'archipel accompagne la formule rituelle
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© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

mardi 31 mai 2022

Un ténor vétéran des Malouines pour clore la série Cine y Soberanía à Caras y Caretas [à l’affiche]

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Ce soir, mardi 31 mai 2022, la salle Caras y Caretas donne la dernière soirée de son festival en souvenir de la guerre des Malouines, dont ce mois de mai marque les 40 ans. Un festival qui a projeté une quarantaine de films consacrés à cet événement traumatique de l’histoire récente du pays.

Et pour finir en beauté, la salle a invité un artiste qui est aussi un ancien combattant de cette guerre. Un homme qui a fait à peu près tous les métiers, dont celui de marin sous les drapeaux. Il a survécu à la submersion du croiseur ARA General Belgrano sur lequel il servait et que la Royal Navy a envoyé par le fonds pendant le conflit.

Aujourd’hui Darío Volonté est chanteur lyrique, un ténor barytonant à la voix puissante. Il a fait une très belle carrière en Argentine et à l’étranger.

Hier, Página/12, qui appartient au groupe Octubre, tout comme la salle de spectacle, lui a consacré la une de son supplément culturel quotidien (ci-dessus) et une longue interview (bien entendu, le quotidien est le seul à en parler).

Dans ses colonnes en ligne, le journal a glissé une admirable vidéo où Volonté répète Aurora, l’hymne au drapeau que tous les enfants des écoles (et les adultes aussi) entonnent autour du 20 juin, jour où les Argentins honorent leur drapeau, en souvenir de ce petit matin de 1820 où le créateur de celui-ci, le général Manuel Belgrano (1770-1820), a rendu le dernier soupir. Aurora est une aria extraite d’un opéra joué au Teatro Colón au gala d’inauguration en 1910. Le morceau a été remanié plus tard pour en faire un hymne.

Darío Volonté en refait un air d’opéra. Écoutez-le, il vous donnera la chair de poule. Surtout maintenant que vous savez ce que cet homme a enduré pour l’honneur de son drapeau ! Il a bien mérité de le chanter alors que l’on va entrer demain dans le mois belgranien par excellence.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

vendredi 22 avril 2022

Juan Carlos Baglietto ce soir et demain au Teatro Opera [à l’affiche]

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Il y a quarante ans, à la fin de la Dictature militaire et au milieu de la guerre des Malouines, l’auteur-compositeur interprète Juan Carlos Baglietto sortait son premier album soliste, intitulé Tiempos difíciles.

Un disque qui a aussitôt rencontré le succès puisque le public, soumis à la censure, à la peur et au deuil, avait compris le message tant sur le plan politique qu’artistique.

Juan Carlos Baglietto sera ce soir, vendredi 22 avril 2022, à 20 h 30, entouré de quelques amis musiciens pour un récital qui marquera ces quatre décennies de carrière et de musique. Ce sera au Teatro Opera, Corrientes 860, dans la section dédié au spectacle de cette grande artère de Buenos Aires. Les artistes reprendront ce même récital demain, samedi, à 21 h.

Le prix des places, toutes vendues, était fixé à partir de 2 465 $ argentins (le théâtre est la propriété d’une société d’assurance) et montait jusqu’à 4 590 (tout cela est très cher pour beaucoup de gens. Comme quoi, le titre reste terriblement d'actualité).

"C'était en avril"
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Le musicien de Rosario a accordé une interview à Página/12 qui en fait la vedette de ses pages culturelles du jour (ci-dessus).

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

jeudi 5 août 2021

Qui sème le vent récolte la tempête et Beatriz Sarlo a déjà semé la tempête [Actu]

Travail d'un élève du Colegio Las Cumbres de Buenos Aires
(il s'agit d'un groupe scolaire privé bilingue espagnol-anglais)


Avant-hier, les propos de Beatriz Sarlo contestant la souveraineté argentine de jure sur les Malouines et son argumentation décousue ont soulevé la vague de condamnations que l’on pouvait attendre. Et ce non seulement dans la majorité mais aussi dans l’opposition. Certaines voix du PRO se sont fait entendre, non sans surprise puisque l’Argentine est en campagne électorale et que tous les partis serrent les rangs.

Daniel Filmus, le responsable gouvernemental de la question des Malouines, a réagi comme c’était son devoir ainsi que le gouverneur de Tierra del Fuego, Gustavo Melella, qui a l’archipel dans sa compétence territoriale virtuelle, et le directeur du Museo nacional de las Islas Malvinas y del Atlántico Sur, qui est un ancien combattant de la guerre de 1982. Tous soulignent l’ignorance historique et juridique dont cette intellectuelle a fait preuve dans ces déclarations absurdes.


Un sénateur radical (donc de l’opposition), Pablo Daniel Blanco, a lui aussi réagi avec force. Il est vrai qu’il est élu de Tierra del Fuego. Il a peut-être raison mais ce serait bien étrange : quel est l’intérêt de Beatriz Sarlo, qui a exprimé un mépris incommensurable pour l’actuel gouvernement, de jouer ainsi contre son camp alors qu’approchent les élections de mi-mandat ?


Página/12 répond en allant chercher dans l’histoire une analyse du Foreign Office d’avant-guerre : en 1936, alors que la Grande-Bretagne soutenait le gouvernement de fait issu du coup d’État de septembre 1930 (le premier de l’ère constitutionnelle argentine), un diplomate avait fait valoir qu’il n’était pas possible de justifier en droit l’occupation de l’archipel et que toute tentative dans ce sens ne ferait que montrer les Britanniques sous l’aspect de bandits internationaux. Si c’est eux qui le disent !

Le quotidien de gauche ajoute qu’en avril 1982, dès l’attaque des forces armées argentines contre les îles, Margaret Thatcher fit retirer des archives en libre accès public les documents relatifs aux Malouines. Documents dont six allaient pourtant être rendus publics par le supplément dominical du Times une semaine plus tard. Autrement dit, d’après Página/12, les Britanniques connaissent parfaitement l’amplitude de leur mauvaise foi dans cette affaire qui dure depuis 1833. Le refus obstiné du Royaume-Uni d’entamer ne serait-ce qu’un dialogue à propos de l’archipel, comme le commande une résolution de l’ONU, semblerait donner raison à la rédaction.

Photo satellitaire des Malouines
extraite des cartes de géographie offertes
par l'Instituto Geografico Nacional argentin
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Jusqu’au Brexit, l’Union Européenne et les pays qui la composent sont restés loyaux au Royaume-Uni et l’ont soutenu contre l’Argentine. Cette solidarité a déjà connu quelques brèches. Elles pourraient s’élargir avec le temps, surtout avec un Boris Johnson à Downing Street.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 sur la diplomatie britannique
lire l’article de Página/12 sur les réponses des officiels (Daniel Filmus et les autres)
lire l’article de La Prensa
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación

Ajout du 6 août 2021 :
lire cet éditorial de La Prensa (très sévère contre l'écrivaine, traitée de "collaboratrice")

Ajout du 7 août 2021 :
Beatriz Sarlo semble vraiment convaincue de ce qu’elle disait. Elle vient de remettre une pièce dans la machine en répondant vertement au directeur du musée des Malouines (jeune appelé lors de la guerre de 1982, rappelons-le).
Pour aller plus loin :
lire l’article de La Nación sur la contre-offensive de Beatriz Sarlo
lire cette synthèse mordante et caustique de Página/12 sur ce qui apparaît comme une calamiteuse entrée en campagne pour la droite : scandales de corruption, contrebande d’armes, aberrante fuite à l’étranger du principal conseiller de Mauricio Macri quand il était président et palanquée de propos anticonstitutionnels sur le statut des Malouines.

mercredi 4 août 2021

La droite provoque les Argentins à propos des Malouines - Article n° 6700 [Actu]

Beatriz Sarlo, un peu plus aimable que Patricia Bullrich...


Depuis quelques semaines, des figures saillantes de la droite (étrangement toutes des femmes) multiplient les petites phrases polémiques sur la souveraineté des îles Malouines. Cela a d’abord été un mot d’esprit (ou soi-disant tel) de Patricia Bullrich qui a suggéré un jour à la radio que le gouvernement argentin aurait pu obtenir plus de doses de vaccins (occidentaux, Pfizer pour ne pas le citer) contre la renonciation à ses revendications sur l’archipel, aujourd’hui habité et exploité de facto par les Britanniques, comme d’autres territoires insulaires de l’Atlantique Sud. Plus récemment, c’est un tweet d’une candidate de Juntos para el Cambio (alliance du PRO et de l’UCR pour un programme ultra-libéral aux élections de mi-mandat en septembre-novembre prochains) qui est remonté d’un lointain passé : cette historienne de profession souhaitait que les Malouines appartiennent au pays où elle aurait aimé que sa fille grandisse (voir ci-dessous). Elle faisait clairement allusion non à l’Argentine mais au Royaume-Uni. Elle s’est excusée depuis auprès de "ceux que ce propos aurait choqués". Mais de telles excuses ne retirent rien au caractère peu patriotique du souhait émis au vu et au su de tous : pour une future parlementaire, souhaiter que ses enfants aillent vivre à l’étranger, c’est particulièrement défaitiste et ça manque singulièrement de courage face à l’avenir !

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Et hier, sur la chaîne télévisée de La Nación, dans une interview poussive où le journaliste tâchait de la faire se prononcer (contre le gouvernement) sur tous les sujets d’actualité y compris et surtout sur ceux sur lesquels elle-même se disait incompétente (ce qui pourtant ne l’empêchait pas de répondre !), Beatriz Sarlo, sociologue réputée dans sa discipline et qui se revendique de droite, a affirmé que les Malouines n’étaient pas argentines, qu’elles étaient britanniques depuis les années 1830. Son argumentation pour justifier de telles affirmations m’a clouée de stupéfaction. Elle a prétendu qu’à cette époque-là, l’Argentine n’existait pas puisqu’elle ne portait pas encore ce nom (ce qui est partiellement faux) (1), qu’elle n’était pas unifiée (ce qui n’est pas non plus tout à fait exact) (2) et qu’elle n’avait pas de constitution (et alors ? Combien de pays dépourvus de constitution existaient-t-ils de manière incontestable en 1833 ? Un bon paquet ! Allez donc poser cette condition à la Russie tsariste ou à la Sublime Porte, pour ne rien dire de l’Autriche par exemple !).

Or depuis 1853 et l’adoption de la première constitution entrée en vigueur au niveau national, les Malouines sont constitutionnellement argentines. Un citoyen tient donc des propos anticonstitutionnels lorsqu’il affirme le contraire. De surcroît, cette absence de constitution jusqu’à cette date n’avait pas empêché la Grande-Bretagne de reconnaître le pays en 1824. La France de Louis-Philippe avait suivi en 1831. Le pays existait donc bien en janvier 1833 quand les Malouines ont été prises sans déclaration de guerre après un coup de main de la Royal Navy. Ensuite la Grande-Bretagne a conservé ces terres dans l’indifférence complète du reste de l’Europe parce qu’elle était maîtresse des mers depuis Trafalgar (octobre 1805). Au 20e siècle, l’Argentine est restée neutre pendant les deux guerres mondiales. Aussi ni la SDN ni l’ONU, organisations internationales montées par les vainqueurs dont le Royaume-Uni, n’ont prêté la moindre attention à la revendication argentine. La question aurait très certainement été réglée au bénéfice de l’Argentine dès 1945 (en 1947 au plus tard) si celle-ci s’était engagée aux côtés des États-Unis pendant la Seconde Guerre Mondiale puisque tant Roosevelt que Truman étaient hostiles aux grands empires coloniaux. Il est très probable que l’un ou l’autre des deux présidents aurait tordu le bras de Churchill sur ce point comme ils l’ont fait sur d’autres. D’autant que l’Argentine a du pétrole, il ne faut pas l’oublier ! Et on le savait déjà.

En haut, à droite : un titre secondaire :
"Mais qu'est-ce qu'elle raconte ?"
Un article qui ne figure pas sur le site du quotidien
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Pendant toute la présidence de Mauricio Macri, on a pu constater son manque d’intérêt pour cette question territoriale. Il s’en contrefichait complètement ! Les petites phrases polémiques actuelles correspondent donc à une réalité de l’aile dure de l’actuel ultra-libéralisme argentin mais il est curieux que cela sorte en pleine campagne électorale ! Au premier abord, ces affirmations paraissent assez maladroites.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12
lire l’article de Clarín
lire l’entrefilet de La Nación qui intègre toute l’interview en vidéo



(1) Un argument tiré par les cheveux ! Il est vrai que la dame n’est ni historienne ni juriste. Prenons un instant cet argument au sérieux. Pourquoi donc l’Argentine a-t-elle pour fêtes nationales le 25 mai (pour une révolution intervenue en 1810) et le 9 juillet (pour une déclaration d’indépendance proclamée en 1816) ? Pourquoi le texte de l’hymne national, composé et écrit en 1813, proclame-t-il « Al gran pueblo argentino salud » ? Et en quoi le changement de nom fait-il que le pays n’existait pas avant cette modification toponymique ? Or imaginez un peu qu’avec cette bouillie argumentative, Beatriz Sarlo est considérée par la droite comme une des plus grandes intellectuelles argentines. A gauche, elle est regardée non comme une intellectuelle mais comme une militante.

(2) Elle était tout de même suffisamment unifiée pour avoir une seule représentation diplomatique dans les quelques pays d’Europe où son existence avait été reconnue. Toutes les provinces se reconnaissaient membres d’une même Confédération et avaient confié la politique étrangère à Buenos Aires.

samedi 23 janvier 2021

« Las Malvinas son argentinas ! » La cause progresse en Europe [Actu]

Dessin de Miguel Rep pour Página/12 le 4 janvier 2021
"188 ans après le coup de force [je vous laisse déguster le vocabulaire argentin],
les Malouines, c'est l'Argentine !
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Nouveau signal que dans l’Union Européenne, la reconnaissance de la souveraineté argentine sur l’archipel des Malouines fait son chemin dans les esprits. Dès le début de l’année, les Argentins avaient déjà repéré, avec grande satisfaction, que l’accord commercial entre l’Union et le Royaume-Uni ne s’appliquait pas aux îles.

Avant-hier, on a appris un nouveau geste de la part du Vieux Monde.

L’ambassade d’Allemagne en Argentine a en effet demandé au ministère des Affaires étrangères argentin l’autorisation exceptionnelle pour la Lufthansa d’opérer deux vols entre l’Allemagne et l’archipel afin de desservir une station scientifique en Antarctique. Comme on peut s’y attendre, la République argentine a accordé son autorisation. Les deux vols sont prévus en février et mars.

Bien entendu, cette réponse argentine n’a aucune valeur opérationnelle puisque les autorités aériennes reconnues internationalement sur ce territoire sont britanniques mais le symbole est fort. Or la diplomatie est en grande partie une affaire de symboles, en tout cas pour commencer.

Hier matin, toute la presse argentine commentait l’affaire et Barrio de Tango ne pouvait pas passer à côté.

Image satellitaire de l'archipel publiée par l'Institut Géographique National
de la République Argentine (à télécharger gratuitement sur son site Web)
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Vous noterez que les seules références topographiques sont en espagnol
et correspondent à deux sommets (cerro)

Hier toutefois, l’Allemagne a réagi officiellement pour contester que sa démarche vaille reconnaissance de la souveraineté argentine sur l’archipel. Trop tard ! Le gouvernement allemand semble avoir été dépassé par l’enthousiasme interprétatif et patriotique des médias argentins au sujet de cet échange diplomatique. Il ne manquerait plus maintenant que BoJo déclare la guerre à Berlin ! Il est tellement désireux de se la jouer en même temps Churchill et Thatcher qu’il en serait capable...

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de Clarín de ce matin

samedi 26 décembre 2020

Victoire diplomatique de l’Argentine grâce au Brexit [Actu]

Un panneau d'accueil très célèbre en Argentine
avec cet Union Jack flottant au vent comme un défi aux Argentins


Comme l’avait vu venir, juste après le référendum britannique, l’ambassadeur d’Argentine en France Jorge Faurie, devenu quelques mois plus tard ministre des affaires étrangères de Mauricio Macri, l’Union européenne se désolidarise de la Grande-Bretagne sur le dossier des Malouines : l’archipel, occupé par les Britanniques depuis leur prise par un coup de main militaire de la Royal Navy en janvier 1833, est exclu de l’accord commercial qui relie le Royaume Uni à l’Union européenne qu’il a quittée dans les conditions que l’on sait. Les importations européennes s’y feront selon les règles de l’OMC.

Tous les journaux argentins s’en félicitent ce matin. Cette exclusion, qui passe inaperçue par chez nous, pourrait bien être le début de la fin de la reconnaissance par l’Europe de la souveraineté britannique sur les îles qui appartiennent au territoire national argentin depuis 1767 (par la cession qu’en a faite Louis XV à Carlos III) et que la constitution argentine (1853) déclare telles. C’était également vrai en 1833 selon les règles diplomatiques alors en usage : pas plus au 19e siècle qu’aujourd’hui, on ne s’emparait par les armes de territoires d’un pays souverain sans lui avoir auparavant déclaré la guerre en bonne et due forme.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12
lire l’article de La Prensa
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación

jeudi 20 juin 2019

Grosse gaffe du Secrétariat d’État à la culture [Actu]

La capture d'écran commentée sur Twitter par Daniel Filmus
un ancien ténor de la kirchnérie, un politique toujours respecté à gauche

A la veille de la fête du drapeau, le 20 juin, aujourd’hui, on a appris hier, grâce à l’opposition kirchneriste relayée par Página/12, qu’au Secrétariat d’État à la culture, au niveau national, on ne connaissait plus sa géographie. Cela l’a fiche mal pour un ministère ! Surtout de la Culture ! Et en plus, la géographie en question se passe au bout du bout de l’Atlantique sud. Aux Malouines, qu’une carte publiée par le dit Secrétariat d’État a rebaptisées "Falklands". C'est un gros mot !

Mais comment ont-ils fait leur compte, si l'on veut bien croire que ce n'était pas volontaire ? Il faut que, pour pondre leur infographie à la noix, ils soient allés faire un copier-coller d’une carte d’origine nord-américaine. Où vont loger les préjugés idéologiques et le snobisme de cette caste politique azimutée ! L’Argentine a un super-institut géographique national qui dresse des cartes de toute beauté. Ce n’est tout de même pas compliqué d’aller chercher dans la maison ce dont on a besoin avant d’aller le chercher chez le voisin ou, pire, d'aller l'acheter dans un hypermarché lointain...

Mais il y a plus grave. En droit, cette carte viole la Constitution argentine qui depuis 1853 affirme que les Malouines sont argentines, ce qui est une vérité juridique. Cet archipel s’appelle donc Las Malvinas depuis qu’elles sont passées légalement du domaine du roi de France à celui du roi d’Espagne. En 1810, las Malvinas étaient déjà argentines, elles dépendaient des autorités de la province de Buenos Aires. Et elles sont restées argentines par la suite puisque la Royal Navy s’en est emparé en janvier 1833 sans aucune déclaration de guerre contre la Confédération Argentine alors qu’elle avait reconnu l’indépendance du pays en 1824. Et comme en 1833, la Grande-Bretagne faisait la pluie et le beau temps dans tout le monde occidental et que lorsqu’on n’était pas d’accord avec Londres, Londres envoyait sa flotte et réduisait par la force le contentieux (1), tout le monde se l’est tenu pour dit et les autres puissances européennes ont entériné le fait accompli. Bien entendu, personne n’a demandé l’avis d’un pays hors de l’Europe. Et puis quoi encore !

Dans la réalité géo-politique, c’est une autre histoire puisque les Britanniques qui habitent les îles depuis presque deux siècles sont déterminés à rester britanniques, ne veulent pas entendre parler de l’Argentine (encore moins depuis la guerre de 1982, cela se comprend) et sont peu enclins à négocier quoi que ce soit avec qui que ce soit. Les gouvernements successifs à Londres, du Labour ou du Conservative Party, ne sont pas plus ouverts. Et par-dessus le marché, il y a du pétrole dans les eaux territoriales qui entourent les îles !

En Argentine, lorsqu’on dresse une carte du pays, il est obligatoire légalement d’y faire figurer les Malouines. D’ailleurs, c’est bien ce qu’a fait Jimena Tello, qui a illustré mon recueil de contes, Contes animaliers d’Argentine, paru aux Editions du Jasmin. Un illustrateur français n’y aurait pas pensé !

Pour en savoir plus :



(1) Comme a rappelé récemment un journaliste britannique sur une chaîne de la télévision publique française, les Brexiters pensent à tort que la Grande-Bretagne a été un jour une grande puissance commerciale. Elle ne l’a jamais été. Elle a été en revanche une grande puissance militaire et quand un pays n’acceptait pas d’ouvrir ses frontières à ses produits, elle envoyait l’armée ou menaçait de le faire et elle s’est ainsi conquis de très nombreux marchés. Ce qui est historiquement juste.