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vendredi 29 mars 2013

Allez dire à Jean : "Les aveugles voient" [Actu]

Etonnante une qui met en vedette la demande de dialogue
et l'entoure, en bas et à droite, de manchettes
constituées de propos hostiles au Gouvernement en place !

C'est un des récits que nous livrent l'Evangile selon saint Matthieu (chapitre 11) : Jean le Baptiste, enfermé dans les geôles d'Hérode (où il est un prisonnier politique) est saisi de doute sur la mission effective de son lointain parent Jésus qu'il a reconnu quelque mois plus tôt comme "celui qui devait venir". Son doute repose sur le fait que Jésus n'agit pas comme l'image que les Juifs s'étaient faite du Messie : un homme puissant, entouré d'une cour céleste, qui allait faire trembler la terre, la mer et les montagnes, et au fil du temps on avait imaginer qu'il mettrait en fuite l'occupant païen (bon débarras, qu'il fait bon vivre entre soi !) et, sous Tibère, qu'il allait secouer le cocotier dans le Temple de Jérusalem, aux mains d'une élite sacerdotale ultra-conservatrice et passablement gangrénée par toutes sortes de compromissions économiques et politiques avec le pouvoir en place, pour le dire dans des catégories qu'il nous est aisé d'identifier dans notre propre monde.
Jean envoie donc quelques uns de ses disciples vers Jésus pour lui demander quels signes il peut donner pour, en quelque sorte, accréditer sa qualité de Messie... Et Jésus leur répond avec une formule mystérieuse comme toujours au début de son ministère public : "Allez rapporter à Jean ce que vous voyez et entendez : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres". (1)

C'est exactement le spectacle que donne ce matin la presse nationale argentine : voilà des années que Mgr. Jorge Bergoglio choisissait des lieux marginalisés dans Buenos Aires pour y célébrer la messe du Jeudi Saint sans avoir jamais intéressé les journalistes de la presse généraliste qui préféraient l'enfermer dans une image d'archevêque bien traditionnel et qui différait seulement en fonction de la couleur politique du quotidien. Or cette année, le même bonhomme fait la même chose à Rome, en se rendant dans une prison pour mineurs en proche banlieue, et là, miracle !, les journaux voient tout, y compris ce qu'ils n'ont pas vu puisque la presse n'a pas pu pénétrer dans cette enceinte de la justice pénale italienne. Même la rédaction de Página/12 a ouvert ses belles mirettes et rapporte le fait, avec des enjolivures que, pour ma part, je trouve inutiles et un brin méprisantes (2). Quant à Clarín, la journaliste (à moins que ce ne soit le titreur) oppose le choix par François d'une prison et donc de laissés pour compte de notre société (en insistant avec une complaisance condescendante sur les problèmes de violence que connaissent ces jeunes en manque manifeste de repères) au choix des papes précédents qui lavaient les pieds à des prêtres (comme si ça n'avait pas aussi un sens fort, quoique moins universel, je le concède bien volontiers).
Dans un cas comme dans l'autre, un peu plus dans Clarín que dans Página/12, les journalistes, qui sont dans les deux cas des femmes, soulignent la présence de deux jeunes filles parmi les 12 adolescents ayant participé au rite du lavement des pieds. La journaliste de Clarín y voit la perspective d'une réévaluation du rôle de la femme dans l'Eglise à venir. Elle n'a peut-être pas tort... Il y a en effet mille sortes de mesure à prendre ou à susciter que l'ordination des femmes pour que celles-ci, qui composent la moitié de l'humanité et, dans les pays industrialisés, largement plus que la moitié des fidèles, se voient accorder la visibilité dont la communauté croyante a besoin qu'elles l'aient pour se développer harmonieusement....

Autre signe qui nous montre que ces journaux récupèrent une vision que leurs engagements idéologiques divergents avaient réduite à une quasi-cécité : Página/12, si hostile à la conduite pastorale de Monseigneur Bergoglio (dont il ignorait tout), reproduit ce matin, sans les accompagner d'aucune observation acide, les propos mesurés du futur archevêque de Buenos Aires, Monseigneur Mario Poli, sur le cadre relationnel dans lequel il compte inscrire son nouveau ministère vis-à-vis du monde politique. Comme son prédécesseur : il appelle les Argentins au dialogue.

“Falta diálogo a los argentinos, falta diálogo en serio [...] En eso podemos hacer el aporte, porque la Iglesia tiene mucha sabiduría sobre el diálogo”
Mario Poli, cité par Página/12 (qui pense à la droite) et Clarín (qui pense à la gauche)

Le dialogue fait défaut aux Argentins, il fait vraiment défaut. [...] Là-dessus, nous pouvons avoir notre contribution parce que l'Eglise a une grande sagesse en matière de dialogue. (3)
(Traduction Denise Anne Clavilier)

C'est exactement l'invitation lancée par le Pape le 19 mars dans la nuit, lorsqu'il a téléphoné au recteur de la cathédrale de Buenos Aires pour prendre congé des fidèles de son ancien diocèse avant la messe d'installation romaine (voir mon article du 19 mars 2013).

Pour ce qui est du gouvernement, l'actuel évêque de Santa Rosa a précisé qu'il veillerait à suivre une attitude de respect et de coopération avec les pouvoirs publics mais qu'il maintiendrait néanmoins la distance adéquate, parce que [nous occupons] deux terrains différents, le terrain des pasteurs n'étant pas politique même si la proximité avec les gens nous permet d'avoir des idées et d'émettre des propositions. Et le plus magnifique, c'est qu'on ne perçoive pas la moindre notion d'ironie ou de persiflage sous la plume du journaliste du quotidien kirchneriste. Il y a quinze jours, les mêmes propos auraient été rapportés comme des preuves flagrantes de l'hypocrisie monstrueuse du haut clergé et de sa complicité supposée avec l'oligarchie et pata couffin... Mieux encore, le journal s'offre le luxe de s'arrêter sur l'annonce officielle du nom du nouvel évêque faite par l'archidiocèse de Buenos Aires, où une joie authentique est perceptible sous le vocabulaire par ailleurs convenu de ce type de communication.
On sent néanmoins une minuscule pointe de méfiance résiduelle à la lecture d'un autre article publié ce matin et qui porte sur la première liste de béatifiés signée hier par le Pape. Elle ne comporte pas le nom de Carlos de Dios Murias, prêtre argentin tué par la Dictature dont Jorge Bergoglio avait soutenu l'ouverture de la cause en béatification en sa qualité de président de la Conférence épiscopale argentine... Avec la nomination de son successeur à Buenos Aires avant-hier et cette liste de nouveaux martyrs, nous arrivons bel et bien à ces premières décisions effectives que beaucoup d'observateurs attendaient pour juger de la nouvelle gouvernance de l'Eglise que l'on veut tant et de tout côté voir changer, encore que ce ne soit pas toujours exactement dans le même sens (cependant, la convergence est grande sur les axes majeurs, lesquels n'incluent pas les questions de mœurs, sur quoi le discours n'est contesté que par des courants très minoritaires à l'échelle monde mais très bruyants dans les pays industrialisés en voie de déchristianisation galopante).
Et on voit bien que le Pape est très vigilant à ne montrer aucune prédilection pour l'Argentine. Il semble vouloir éviter de susciter des jalousies (4). Mercredi matin, lors de l'audience générale, c'est en italien qu'il a salué toutes les délégations présentes sur la place, y compris les hispanophones, parmi lesquels de nombreux Argentins que cette salutation a douchés mais pour la bonne cause, à savoir empêcher les fidèles de tomber dans la vedettarisation de sa personne et ne pas favoriser cette papolâtrie chauvine que Jean-Paul II nous avait donné l'habitude de considérer comme normale lorsqu'il parlait aux Polonais dans leur langue, suscitant chez eux une forme d'appropriation nationale assez malsaine à la limite parfois d'une certaine xénophobie...
François ne fait rien dans ce sens-là. Il n'a même jamais encore privilégié la Vierge de Luján (et pourtant, Dieu sait si elle est importante là-bas !), même lorsqu'il est allé se remettre entre les mains de la Madonna à Sainte-Marie-Majeure, au lendemain de son élection. Tout au contraire, il reste arrimé au programme de gouvernement épiscopal qu'il a annoncé depuis la loggia de Saint-Pierre le 13 mars au soir. Il met un fort accent sur son travail à la tête du diocèse de Rome et hier matin, au cours de la messe chrismale, il a appelé les prêtres romains à être des "bergers qui sentent [un peu plus] la brebis", c'est-à-dire qu'ils aillent plus au contact des fidèles comme les bergers qui vivent au milieu des bêtes dont l'odeur finit par imprégner leurs vêtements. Il évangélise donc le diocèse de Rome pour que celui-ci puisse relever la vocation qui est la sienne depuis l'Antiquité, présider à la charité des [autres] églises (entendez diocèses) par l'exemplarité (5).

Il se pourrait que ce soit très dur à accepter pour les Argentins qui ont une habitude culturelle profondément ancrée de sur-valoriser ce qu'ils appellent nuestras cosas (nos trucs à nous) partout où ils vont, partout où ils sont. Je le perçois en ce moment même en constatant que mes amis [me] parlent moins du Pape François (Papa Francisco pour eux) que du papa argentino.

Pour en savoir plus :
lire l'article de Página/12 sur la messe du Jeudi Saint
lire l'article de Página/12 sur les propos de Mgr. Mario Poli
lire l'article de Página/12 sur les béatifications acceptées hier par le Pape (des Espagnols et un Italien, ayant tous évolué à travers des troubles politiques, la guerre civile en Espagne et l'occupation nazie en Italie).
lire l'article de Clarín sur la messe du Jeudi Saint
lire l'article de Clarín sur les propos de Mgr. Mario Poli.



(1) Traduction liturgique de la Bible (Association épiscopale liturgique pour les pays francophones), 1994.
(2) L'article, rédigé par une journaliste installée à Rome et non plus par Eduardo Febbro qui est sans doute rentré au bercail, commence avec cette phrase des plus invraisemblables : "Algunos no sabían siquiera quién era el Papa, quién era este señor vestido de blanco que iría a visitarlos al Penal de Menores de Casal del Marmo, a algunos kilómetros del centro de Roma. Pero pese a no conocerlo, ni ser todos católicos, aceptaron participar en la capilla de la cárcel de la celebración del Jueves Santo que conmemora la Ultima Cena".
En français : "Quelques uns ne savaient même pas qui était le Pape, qui était ce monsieur habillé en blanc qui venait leur rendre visite dans le centre pénitentiaire de Casal del Marmo, à quelques kilomètres du centre de Rome. Mais bien qu'ils ne le connaissent pas et qu'ils ne soient pas tous catholiques, ils ont accepté de participer à la célébration du Jeudi Saint qui commémore la Dernière Cène, dans la chapelle de la prison" (Traduction Denise Anne Clavilier).
C'est vraiment prendre ces adolescents pour des crétins finis. S'ils ont réalisé dans l'atelier de menuiserie où ils apprennent un métier un crucifix et un lutrin pour en faire cadeau au Pape, ainsi que l'article le rapporte un peu plus loin, c'est qu'ils étaient parfaitement informés de l'identité de la personnalité qu'ils allaient recevoir. Pensez-vous que dans la promiscuité d'un centre de détention, un seul d'entre eux ait pu rester toute une semaine dans l'ignorance d'un évènement aussi retentissant ! D'autant qu'en Italie, le Pape est un personnage public qui appartient au pays, c'est à peine si les Italiens acceptent que le Pape ait aussi des responsabilités ailleurs que chez eux et dans le Latium, c'est encore pire... Vous me direz aussi que c'est un truc de journaliste, qu'il faut bien trouver une entrée en matière dynamique. Certes, mais on n'est pas dans un roman de gare. Il n'y a pas besoin de ridiculiser les gens, surtout si ce sont des mineurs et qui plus est incarcérés, ni de prendre les lecteurs pour des imbéciles. En revanche, que certains jeunes détenus, notamment parmi les musulmans, n'aient pas d'idée de ce qu'est le ministère pétrinien (ce qui n'est pas la même chose que la personne du pape), c'est plus qu'évident, vu que ces enfants ont atterri là pour avoir manqué d'abord et avant tout des soins éducatifs les plus élémentaires.
(3) L'expérience de l'Eglise en matière de dialogue est si reconnue que pendant la Dictature, lorsque les Etats-Unis cherchaient à adoucir les violences politiques commises par le régime qu'ils soutenaient en sous-main, l'Ambassadeur de l'Oncle Sam avait suggéré au ministre des affaires étrangères de la junte de passer par l'intermédiaire d'un évêque ou d'une communauté religieuse pour régler le problème de ces bébés volés dont il entendait parler, ce que l'autre avait fait semblant d'accepter et s'était bien gardé de faire... Et l'Ambassadeur avait de son côté fait semblant de ne pas s'en rendre compte. (Voir mon article du 1er février 2012)
(4) Or les Argentins eux-mêmes peuvent avoir des comportements très jaloux, restrictifs, exclusifs et même confiscatoires contre les étrangers. On le constate bien dans la fermeture sur elles-mêmes de certaines communautés installées à l'extérieur du pays. Chez eux, ils sont très ouverts, mais à l'étranger, c'est parfois une autre paire de manches.
(5) Il y a du pain sur la planche : à Rome, les prêtres sont présents en si grande quantité, à cause des innombrables et populeuses institutions de formation, que les diocésains se la coulent nettement plus douce que dans n'importe quelle autre ville au monde. Or cette attitude du Pape semble déjà porter du fruit. Lisez donc les déclarations de l'aumônier du centre de détention stupéfait et reconnaissant en même temps de la "leçon que le Pape vient de [nous] donner" (dans Clarín).

jeudi 28 mars 2013

Le changement de ton se confirme à Página/12 [Actu]


Qui aurait cru pouvoir trouver un jour dans les colonnes de Página/12, ce quotidien qui boulotte du curé tous les matins, des phrases comme celles-ci :

Jorge Bergoglio eligió en su reemplazo a Mario Aurelio Poli, hasta ahora obispo de Santa Rosa. Es un hombre cercano a su perspectiva y de su directa confianza, moderado y de bajo perfil. La designación deja fuera de juego al sector ultraconservador de la Iglesia.
Página/12, 28.03.2013

Jorge Bergoglio a choisi pour le remplacer Mario Aurelio Poli, jusqu'à présent évêque de Santa Rosa. C'est un homme proche de sa manière de voir et qui a sa confiance directe, [un homme] modéré au comportement discret. Cette désignation laisse hors jeu le secteur ultra-conservateur de l'Eglise. (1)
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Or c'est bien ce que vient d'écrire un des rédacteurs idéologiquement très marqués, Washington Uranga, dans les pages intérieures de ce quotidien, sous le titre général Una sede que ya no está vacante - Un siège qui n'est déjà plus vacant, au sujet de la nomination du nouvel archevêque de Buenos Aires.

Monseigneur Mario Poli est né en novembre 1947 à Buenos Aires. Il a fait des études de théologie et s'est formé au service social. Ordonné prêtre en 1978 à Buenos Aires après dix années d'études pluridisciplinaires (donc presque aussi longues que celle d'un jésuite), il a d'abord été envoyé comme vicaire (simple prêtre) à la paroisse San Cayetano de Liniers, dont l'église, qui a rang de basilique, accueille un important flux de pèlerins composé essentiellement de personnes en difficulté sociale, économique et professionnelle (San Cayetano, que nous appelons saint Gaëtan, un évêque italien, est le patron des travailleurs et le saint auxquels les fidèles recourent lorsqu'ils cherchent du travail ou voient leur emploi menacé ou dégradé). En 2002, Monseigneur Poli a été ordonné évêque, toujours à Buenos Aires, par Monseigneur Bergoglio pour être l'un de ses auxiliaires, un ministère qu'il a rempli jusqu'en 2008, date à laquelle il a été nommé par Benoît XVI évêque de Santa Rosa, capitale de la Province de La Pampa, au sud-ouest de la Province de Buenos Aires...
Santa Rosa est un peu à l'Argentine ce que Pont-L'Evêque est à la France : c'est une région où l'on produit des fromages particulièrement appréciés dans le pays (et assez chers même si l'Argentine n'a pas encore développé la même notion de terroir que celle qui existe en Europe)...

A mon humble connaissance, ce choix constitue la toute première décision pastorale du nouveau Pape en dehors du diocèse de Rome et il donne le ton pour ce qui va venir. Les sceptiques, dont quelques journalistes de Página/12, disaient que les gestes d'humilité, c'était bien joli mais qu'on l'attendait désormais au tournant des décisions. Nous y sommes et celle-ci déjoue une nouvelle fois les pronostics puisque Mario Poli n'apparaissait pas dans la liste des candidats pressentis par la presse argentine et les cercles qui s'auto-définissent comme "bien informés".
La nomination, et c'est Página/12 qui le dit, a été bien accueillie par le Gouvernement actuel qui n'en fera donc pas un fromage (elle est lourde, je sais, mais avouez qu'elle était tentante, le jour où l'on célèbre le Dernière Cène, comprenez le dernier dîner du Seigneur).
Après le rude choc politique qu'a été l'élection du 13 mars 2013 et dont je vous ai abondamment parlé dans ce blog (cliquez sur le nom du Pape dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, pour accéder à l'ensemble des notes sur le sujet), il était important qu'il en soit ainsi et que soient minimisés pour l'avenir les risques de voir se répéter les mêmes erreurs stratégiques dans l'affrontement de points de vue qui ne manquera pas d'intervenir encore, un jour ou l'autre, entre le nouveau prélat et tout Gouvernement en place car ces frictions et ces conflits sont inhérents à la différence des enjeux, spirituels pour l'Eglise et politiques pour la conduite des Etats. Depuis la reconnaissance du catholicisme par l'empereur Constantin, ils n'ont cessé de se multiplier, avec des contentieux qui se sont plus ou moins bien résolus sous Philippe Le Bel, sous Henri VIII, sous Napoléon 1er ou avec le chancelier Bismarck pour ne citer qu'un petit nombre de querelles retentissantes...

Non content de reconnaître implicitement que Bergoglio n'appartenait donc pas à l'extrême-droite et qu'il en est même très éloigné, contrairement à tout ce qu'il a toujours affirmé jusqu'au 13 mars dernier, l'article de Página/12 va jusque se conclure par une citation, assez longue, exacte et complète, du Pape François telle que l'avait reprise Mario Poli le 15 mars, le lendemain de cette homélie papale, lors de la dernière ordination sacerdotale qu'il aura célébrée à Santa Rosa :

“Cuando caminamos sin la cruz, cuando edificamos sin la cruz y cuando confesamos un Cristo sin cruz, no somos discípulos del Señor: somos mundanos, somos obispos, sacerdotes, cardenales, papa, pero no discípulos del Señor. Quisiera que todos, después de estos días de gracia, tengamos el valor, precisamente el valor, de caminar en presencia del Señor, con la cruz del Señor; de edificar la Iglesia sobre la sangre del Señor, derramada en la cruz, y de confesar la única gloria: Cristo crucificado. Y así la Iglesia avanzará”

Quand nous marchons sans la croix, quand nous construisons sans la croix et quand nous confessons un Christ sans la croix, nous ne sommes pas disciples du Seigneur : nous sommes du monde, nous sommes évêques, prêtres, cardinaux, pape mais pas disciples du Seigneur. J'aimerais que tous, à compter de ces jours de grâce, nous ayons le courage, le courage oui vraiment, de marcher en présence du Seigneur, avec la croix du Seigneur, de construire l'Eglise sur le sang du Seigneur, répandu sur la croix, et de confesser la seule gloire [qui existe] : le Christ crucifié. Et de cette manière, l'Eglise avancera.
(Traduction Denise Anne Clavilier) (2)

Il y a trois jours, je n'aurais même pas osé imaginer retrouver des paroles aussi radicalement éloignées de la vision matérialiste du monde qui prévaut à Página/12 dans les colonnes de ce quotidien pour lequel j'ai un attachement profond parce qu'il y a chez les journalistes qui le font, jour après jour, une véritable recherche de la démocratie et ils sont, me semble-t-il, en train d'en faire une nouvelle fois la preuve en lâchant petit à petit leur dogmatisme erroné...
Ils m'épatent !

Pour aller plus loin :
lien avec le portrait de Mario Poli dans Info Región, le journal de la région métropolitaine bonaerense.
Je n'ai pas trouvé l'information ce matin (mais il est encore très tôt) sur le site Internet de l'Archidiocèse de Buenos Aires.


(1) Selon Página/12 (à prendre avec des pincettes par conséquent), le secteur ultra-conservateur de l'Eglise serait dirigé par Monseigneur Héctor Aguer, évêque de La Plata, qui a adopté des positions très fermes à plusieurs reprises sur des questions de mœurs, ce qui est encore et toujours le critère de référence du soi-disant progrès pour le quotidien portègne (et en général pour tous les courants athées qui ne comprennent pas que le cœur du message de l'Eglise ne se situe pas du tout dans cette zone conceptuelle). Mais bon, on ne peut pas tout avoir d'un seul coup.
(2) J'ai pris ici l'initiative de procéder moi-même à cette traduction parce que j'ai encore l'homélie en italien qui résonne à mes oreilles. Pour qui l'a écoutée une fois, il n'est pas très difficile de s'en souvenir toujours : simple, concise, courte, admirablement structurée et de vol stratosphérique, tout ça en même temps. Les internautes soucieux de connaître le texte intégral dans sa traduction française officielle se reporteront au site Internet www.vatican.va, sur les pages en français consacrées aux homélies du Saint Père à la date du 14 mars 2013 (homélie de la messe avec le collège des cardinaux célébrée dans la chapelle Sixtine au lendemain de l'élection).