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jeudi 21 décembre 2023

Dérégulation à gogo [Actu]

C'est la seule une drôle et c'est la plus caustique.
Sous Mauricio Macri, Página/12 le caricaturait
comme le "birrey", entendez le "deux fois roi" mais aussi
le vice-roi d'Ancien Régime, avant l'indépendance.
Virey (vice-roi) est très proche, vocalement, de birrey
Là, ils font mieux : Mileí devient Mi ley (ma loi)
et cette fois, c'est exactement les deux mêmes syllabes.
Avec la couronne du sacre de Charles à Westminster en prime !
L'Angleterre !
L'image même, vue depuis la gauche surtout péroniste,
du libéralisme qui casse tout sur son passage !
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Hier, à la télévision publique, assis derrière le bureau présidentiel apporté dans le salon d’honneur de la Casa Rosada et entouré de tout son gouvernement (sauf la ministère des Affaires étrangères, qui se trouve à Paris pour négocier la dette du pays), lui vaguement ridicule à force de solennité et eux ressemblant à un tribunal de mafieux réunis autour du parrain, Javier Mileí a fait l’annonce des mesures qu’il prend par décret-ordonnance (DNU en Argentine) pour « reconstruire l’économie » du pays.

Le miroir de Ya es Ay
Ya : tout de suite (les hurlements des partisans de Mileí avant l'élection).
Ay : aïe ! (sans commentaire)
Dessin de Miguel Rep, aujourd'hui dans Página/12

Court-circuitant le Congrès, il annule 366 lois et décrets précédents, ce qui a aussitôt soulevé les doutes de nombreux juristes et constitutionnalistes un peu partout en Argentine, à commencer par l’ancien président, lui-même professeur d’université en droit pénal.

"La révolution libérale (enfin !)" prétend le gros titre
En-dessous, les manifestations : "Il y a eu des tensions
mais on a maintenu la paix"
Bandeau rouge : décret sur une urgence publique
étendue pendant deux ans
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Parmi les 366 règles qui disparaissent :

  • la période d’essai des contrats de travail passe de 3 à 8 mois et les indemnités de licenciement sont considérablement réduites ;
  • pour le logement, les contrats de location pourront être signés pour deux ans et les loyers pourront être réglés en dollars US (inutile de dire que de nombreux propriétaires exigeront cette devise en lieu et place du peso national) ;
  • les cotisations aux complémentaires de santé ne seront plus versées par les assurés aux syndicats, mutuelles et autres institutions sociales qui proposent ce service à leurs adhérents ;
  • quatre instruments de protection des producteurs et des consommateurs disparaissent : la loi sur la relation fournisseur-distributeur (ley de Abastecimiento), la loi dite des rayons de supermarché (ley de gondolas) qui établissait les règles régissant la vente en grande surface, la loi de la préférence nationale (une protection des producteurs locaux qui avaient la priorité de distribution sur le marché intérieur dans un pays encore très peu industrialisé) et l’Observatoire des Prix qui contrôlait le respect de la loi, celui des engagements des distributeurs et celui des accords qu’ils avaient signés, notamment ceux qui permettaient de proposer une gamme de produits à prix gelés sur deux mois, régulièrement renégociés entre tous les acteurs du marché avec la médiation des pouvoirs publics (Precios Cuidados devenu Precios Justos sous Alberto Fernández) ;
  • toutes les entreprises nationales sont transformées en sociétés anonymes en vue de leur privatisation prochaine (et en ce qui concerne Aerolíneas Argentinas, la compagnie aérienne a vocation à être vendue à ses salariés) ;
  • dérégulation de la production dans les secteurs du vin (on va boire n’importe quoi !), du sucre (nous avons intérêt à surveiller ce que nous mangeons si nos industries agro-alimentaires se fournissent en sucre argentin, ce que nous ignorons bien sûr) et de l’extraction minière (ainsi que du commerce des produits miniers) ;
  • dérégulation du commerce des pharmacies (les médicaments seront désormais des marchandises comme les autres, dans un pays où il y a eu récemment des scandales divers et variés dans ce secteur) ;

j’en passe et des meilleures !

Dessin de Erlich à la dernière page de Clarín ce matin
Elle : Où allons-nous dîner à Noël ?
Lui : "Parce qu'on va dîner à Noël ?
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Dans son allocution solennelle, le président n’a cité que trente mesures. Il en dérégule plus de dix fois plus.

En haut : Mileí dérégule l'économie avec un super-décret :
les loyers, les mutuelles, les privatisations et la réforme
du code du travail
En bas : Avec un grand déploiement de forces de l'ordre,
le défilé des auteurs de barrage routier a été maigre
et n'a pas coupé les rues
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Mileí n’avait pas fini que parler que les rues des grandes villes se sont remplies de manifestants chantant, hurlant et tapant sur des casseroles dans un protocole de manifestation que la ministre Patricia Bullrich avait pris la précaution de modifier par décret il y a quelques jours. Il est désormais interdit de bloquer les rues pour laisser passer un cortège (il faut donc défiler sur les trottoirs) et l’armée peut être appelée pour faire régner l’ordre. De plus, quiconque montera un barrage routier (une grande tradition de la revendication sociale qui gêne tout le monde, c’est vrai) se verra retirer les allocations qu’il touche. Or toutes les allocations sociales en Argentine sont accordées sous plafond de ressources et les plafonds en question ne sont pas très hauts. Ainsi donc ceux que toutes ces mesures vont frapper le plus durement sont ceux-là même qui sont susceptibles d’exprimer publiquement leur désaccord et que la ministre empêche donc de manifester (il faut dire aussi que ce sont souvent ceux qui ont voté pour Mileí au premier tour).

Aussitôt son allocution prononcée, le chef de l’État s’est donc de son côté précipité au centre de surveillance de la voie publique de Buenos Aires pour vérifier le bon déroulement des opérations de maintien de l’ordre dans la capitale, ce qui lui a valu des remerciements de Jorge Macri, le cousin de Mauricio, qui vient de prendre ses fonctions comme Chef du gouvernement (de droite) de la Ville Autonome de Buenos Aires.


A la fin, nous y sommes allés à deux seulement et ça ne suffit pas
pour violer le protocole
Dessin de El Niño Rodríguez dans Clarín
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Comme il avait aussi été annoncé par Román Riquelme dans le cadre des chicaneries judiciaires provoquées par Macri (Mauricio, cette fois) dans la tenue des élections du club Boca Juniors, le président de la Nation vient bel et bien d’annoncer que les clubs pourraient désormais devenir (s’ils le souhaitent, ils ne sont pas obligés) des sociétés commerciales sportives, dont il crée le statut par décret sans même l’ombre d’un début de commencement de débat parlementaire et donc démocratique. Autrement dit, si un club tombe demain entre les pattes d’un type comme Macri, il en fera une pompe à fric, comme c’est le cas en Europe, et accessoirement dans le cas précis de Macri, une plateforme de financement d’une campagne électorale en vue de protéger les intérêts de la droite affairiste. Et il est probable que le premier club qui va basculer dans ce nouveau statut entraînera peu à peu tous les autres derrière lui parce que la concurrence évoluera dans ce sens et c’en sera alors fini des bals à la bonne franquette où les joueurs professionnels se mêlent à la foule de leurs supporters, qui sont tous membres du club, des grands asados partagés sur la pelouse du stade pour la fête des supporters par les sociétaires, qu’ils habitent le quartier ou qu’ils viennent de l’autre bout de la ville pour l’occasion, des spectacles de fin d’année de leurs enfants sur le terrain avec les familles au grand complet dans les gradins et enfin du dispensaire où, tout au long de l’année, les sociétaires peuvent venir faire vérifier leur vue ou celle des personnes à leur charge (enfants, parents) et surveiller leur diabète gratuitement ou à moindre prix...

Le rôle du Congrès, où ce nouveau gouvernement ne dispose d’aucune majorité gouvernable et où Mileí n’a pas voulu tenter de monter la moindre coalition avec la droite libérale traditionnelle, se trouve de fait nié. La séparation des pouvoirs semble vouée à disparaître pendant ce mandat.


En haut : "Mileí lance par décret une réforme
draconienne des lois et des règlements"
En bas : "Une grosse opération a tenu à distance
le défilé des organisateurs de barrages routiers"
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Ce mega-DNU a été publié au journal officiel, le Boletín Oficial de la República Argentina, ce matin, à la première heure. Par conséquent, il est d’ores et déjà entré en vigueur.

"Celui qui barrage la route ne touche pas un sou", dit la formule en haut
Si on te contraint, tu peux porter plainte anonymement au 134
Annonce dans une des grandes gares de Buenos Aires

Les quatre années qui viennent ne promettent rien qui vaille. Pour ma part, je ne me rendrai pas cette année en Argentine faute de visibilité à six mois pour organiser quoi que ce soit pendant mon séjour sur place. Je suppose que mes correspondants là-bas sont incapables de prévoir quoi que ce soit avec plus de 48 h d’avance (je n’exagère pas en donnant ce chiffre, il faut le prendre au pied de la lettre). L’hiver 2022 avait déjà été si peu viable que, cette année, j’avais décidé de ne pas renouveler l’expérience, d’autant que la campagne électorale battait son plein à l’époque où je peux me rendre à Buenos Aires et s’ajoutait donc au chaos déjà gigantesque à lui tout seul de cette énième crise économique. Je n’ose pas trop m’imaginer ce que va être cet été qui commence là-bas sous de tels auspices et encore moins ce que pourra être l’année 2024.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

Ce quotidien de droite doit sentir que la situation se présente mal car, à ma plus grande surprise, il rend compte des critiques des constitutionnalistes et de l’ex-président Alberto Fernández (!!!) : voir cet article
La Prensa, quant à elle, qui se félicite en une de toutes ces saines mesures socio-économiques, n’en attaque pas moins l’élu à travers un éditorial d’un archevêque émérite particulièrement réactionnaire, l’octogénaire Héctor Aguer, qui reproche au nouveau chef de l’État… de ne pas savoir faire correctement ni son signe de croix ni sa génuflexion et de s’intéresser au judaïsme plus qu’au catholicisme, qui est la religion d’État en Argentine (ce à quoi il y a longtemps qu’une grande majorité de citoyens ne prêtent plus attention, puisque la religion est désormais vécue comme une affaire d’adhésion spirituelle personnelle et non plus un enjeu politique collectif). Ce prélat pour le moins désagréable se scandalise que pour son investiture, Mileí ait fait organiser une cérémonie inter-religieuse à la primatiale, sur Plaza de Mayo (voyez l’horreur !), plutôt que le traditionnel catholico-catholique Te Deum ! Un article passablement nauséabond, il faut bien le dire, annoncé à la une du journal ce matin.

mercredi 5 juillet 2023

Disparition d’un dessinateur de Clarín : Tabaré laisse orphelins deux philosophes, Diogène et son clébard [Actu]

Sous le titre : "Tabaré, Diogène orphelin"
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Tabaré avait 74 ans. Tous les jours, depuis 1977, il régalait les lecteurs de Clarín d’une histoire en trois cases rapportant la philosophie de comptoir, d’un clochard, Diogène, en hommage au philosophe grec qui vivait en ermite dans un tonneau, dissertant, souvent avec un sens aigu de l’absurde, avec un pauvre clébard super-moche et ultra-lucide.

L'un des ouvrages publiés par Tabaré à Montevideo
"La chanson de geste du Cacique Tabaré illustrée par Tabaré"
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Tabaré n’était pas argentin mais uruguayen et il tenait à cette identité culturelle, qu’il affichait fièrement dans ce prénom devenu son pseudonyme artistique. C’est toutefois du côté de Buenos Aires qu’il avait choisi de vivre depuis 1974.

Aujourd’hui, les quatre autres dessinateurs de la dernière page de Clarín lui rendent hommage avec des dessins originaux et Página/12, le plus virulent des journaux concurrents, lui consacre une digne nécrologie dans son supplément culturel du jour.

Hier matin, Tabaré avait encore publié son histoire quotidienne, malgré le cancer qui l’a emporté dans la journée.

La dernière page de Clarín ce matin
En haut, un dessin de Tabaré avec une légende :
"Tu vas nous manquer, l'ami"
En-dessous : Matías : "Aujourd'hui, j'ai un peu plus l'impression
d'exister un peu moins"
Sa mère (hors champs) : "Moi aussi, Matías, moi aussi"
En-dessous : Erlich a dessiné le visage de Tabaré entouré
de ses personnages récurrents
A gauche : Diogène : "Je vous dis une seule chose : à bientôt'
Son chien : "A bientôt, Tabaré"
Tout en bas : "Adieu, camarade"
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En Uruguay, l’actualité ne permet pas de servir la mémoire de l’artiste disparu : il y a un autre deuil dans le monde médiatique (un grand journaliste sportif), le sommet du Mercosur avec ses tensions politiques habituelles et l’arrivée du spectre du manque d’eau potable dû à une sécheresse tout à fait exceptionnelle dans le pays. Depuis plusieurs semaines en effet, c’est de l’eau salée qui sort des robinets chez les Montévidéens… Une horreur !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

en Argentine
lire l’article de Página/12

mercredi 15 mars 2023

L’inflation au plafond et le président à l’hosto : il en a plein le dos [Actu]

"Ce qui tue c'est l'inflation" dit le gros titre
(la présente canicule commence à faire des morts)
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On savait que l’inflation mensuelle pour le mois de février allait dépasser les 6 % et c’est ce qu’elle a fait, selon le rapport de l’INDEC, l’institut national des statistiques, qui la place à 6,6 % en moyenne générale nationale. Ce qui couvre ce mois-ci des très gros écarts entre postes et entre régions.

Synthèse générale des données de l'inflation
pour le mois de mars 2023
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Ce qui saute aux yeux, c’est que l’inflation est très nettement menée en février par l’alimentation et dans ce poste, c’est surtout la viande qui mène la danse. Une catastrophe dans un pays où il est de tradition de manger de la viande, surtout du bœuf, deux fois par jour, au détriment du reste, en particulier des légumes verts et en hiver, des fruits.

"La guerre contre l'inflation a échoué avec fracas",
dit le gros titre sur cette photo du marchand de quatre saisons
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En ce début d’année électorale, le ministère de l’Économie a reconnu que les chiffres étaient très mauvais et la presse de droite se gausse de cette guerre déclarée par le président à l’inflation et visiblement perdue puisque les chiffres de février font atteindre au pays un taux général de plus de 100 % en cumul sur douze mois, ce qu’on n’avait pas vu depuis trente ans.

Synthèse des variations dans le temps et l'espace
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Si pour Clarín, La Nación ou encore La Prensa, tout cela montre l’incompétence du gouvernement, pour Página/12, c’est le résultat d’une combinaison de trois facteurs : la hausse subite du prix de la viande pendant les vacances d’été, le non respect par la grande distribution et les industriels de l’alimentation de l’accord passé avec l’État sur le gel des prix (plusieurs grandes enseignes ont été épinglées et mises à l’amende par les pouvoirs publics) et l’effet de la politique du FMI auprès duquel l’Argentine a contracté il y a six ans une dette démesurée et pour laquelle l’organisme financier est beaucoup moins disposé à faire des concessions depuis que l’inflation frappe partout dans le monde, depuis la reprise de l’activité après les confinements suivie du déclenchement de la guerre en Ukraine.

"L'inflation déchaînée : 6,6% en février et 102,5% sur un an"
En dessous, un Alberto Fernández très éprouvé, tassé à l'arrière du véhicule
à la sortie de la clinique dans la nuit suffocante hier
On prend conscience de la canicule en voyant
la tenue du chauffeur et de l'officier de sécurité
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Le fait qu’hier soir, le président Alberto Fernández ait été pris d’une violente douleur à l’épaule qui l’a conduit pour examen dans une clinique chic de Palermo a ajouté encore à la noirceur du tableau. Le président en a plein le dos : plus rien ne va ; dans la majorité ils se battent tous comme des chiffonniers ; sa candidature à un second mandat est vouée à l’échec ; la chaleur excessive cause panne sur panne dans le réseau de distribution électrique ; l’inflation continue à grimper malgré tous les efforts du gouvernement pour l’endiguer ; il faut chaque jour inventer de nouvelles modalités fiscales et financières pour ne pas se fâcher à mort avec les secteurs économiques les plus variés, dans l’agriculture comme dans l’industrie. Du coup, le pauvre homme souffre d’une hernie discale (c’est l’horreur, ce truc !) pour laquelle quelques jours de repos lui ont été prescrits dans la demeure de campagne présidentielle où il vit toute l’année, à quelques dizaines de kilomètres de la capitale.

Les variations de l'inflation dans les régions
qui composent l'Argentine
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Et les journaux d’opposition se sont régalés en publiant, souvent à la une, la photo de sa sortie de clinique la nuit dernière : il y apparaît incontestablement épuisé. Un seul a fait exception : La Prensa, qui a préféré une tout autre photo.

"L'inflation de février a été de 6,6%
et elle dépassé les 100% pour la première fois
depuis 32 ans", dit le gros titre
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Les nouvelles de l’inflation occupaient ce matin une page à l’intérieur de l’édition papier de Página/12, quatre dans celle de Clarín en début de journal et quatre dans La Nación, qui s’ouvre néanmoins sur deux pleines pages consacrées à l’agression russe contre un drone étatsunien en Mer Noire, un incident qui n’est même pas annoncé en une. Comme quoi, il ne faut jamais s’arrêter à la une.

Dessin paru dans Clarín ce matin
Le personnage n'est autre que le ministre de l'Economie, Sergio Massa
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Pour le mois en cours, même si c’est encore tôt au 15 mars, les observateurs parlent déjà d’une inflation de 7 %/mois.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire le rapport de l’INDEC (téléchargeable gratuitement en pdf comme tous les mois)

vendredi 6 janvier 2023

En guise de galette [Actu]

A l’avant, au-dessus de la semelle : Ce que tu as demandé aux Rois mages
En biais sous les lacets : Le contenu de ton porte-monnaie
Au milieu : Ce que tu penses qu’ils vont t’apporter
Juste au-dessus : Ce que tu espères qu’ils t’apporteront
Au-dessus du talon : Ce qu’ils t’apportent
Traduction © Denise Anne Clavilier


Sous forme d’un schéma de boucher, on en voit dans toutes les boucheries, en boutique, au marché et parfois même au supermarché, voici comme ce matin, le dessinateur de Clarín Erlich voit les cadeaux glissés par les rois mages cette nuit dans les souliers des enfants sages en cette année d’inflation catastrophique, notamment dans l’alimentation et singulièrement dans le secteur de la viande.

En signature, le petit chat habituel avec lequel Erlich signe ses dessins (en bas à droite) se transforme aujourd’hui en couronne, à moins que ce ne soit la silhouette de la Basilique de Luján, elle-même inspirée de celle de la cathédrale de Chartres.

© Denise Anne Clavilier


Dernier petit clin d’œil : Cortes de Reyes veut dire « découpes de roi » (ou « Cours des rois ») en rappelant l’expression bouchère cortes de res (découpe de bétail). Du grand art !

Affiche traditionnelle datant de 1948 (sous Perón)
et reproduite sur le site de l'institut national de la viande bovine
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mardi 20 décembre 2022

Humour d’une victoire collective en attendant la presse du surlendemain [Actu]

"Dis... Et maintenant comme on fait pour revenir à la vie normale ?
Aucune idée. Demande-moi dans quelques semaines."
Dessin de El Niño Rodríguez dans Clarín, ce matin
Traduction © Denise Anne Clavilier
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Finalement, le gouvernement a décrété un jour férié pour ce mardi (que huit provinces ne respecteront pas – même dans cette circonstances, les politiques refusent de faire trêve à leurs querelles partisanes). Et les albicelestes viendront bel et bien saluer leurs supporters du côté de l’Obélisque dans la journée. Les champions ont touché terre au cœur de la nuit et se reposent dans le domaine de la fédération nationale de football, la AFA, à deux kilomètres de l’aéroport international de Ezeiza, que leur bus a mis plusieurs heures à atteindre, en fendant la foule des supporters en folie.

Que l'attente est douce, proclame le gros titre
sur cette foule de la 9 de Julio ce matin
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Paz et Rudy, à la une de Página/12 ce matin
A gauche : "Le mondial, c'est fini"
A droite : "Oh non ! Ça va recommencer..
L'inflation, le dollar, la guerre des juges, la dette,
les politiciens anti-politique, les assemblées générales,
les séries ennuyeuses, la fracture politique et la chaleur...
Traduction © Denise Anne Clavilier
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En ville, la avenida 9 de Julio n’a pas désempli depuis dimanche après-midi. Elle est noire de monde à perte de vue. Il doit être à peu près impossible de circuler en voiture à l’intérieur de Buenos Aires puisque cette artère énorme coupe la ville en deux. Des millions d’Argentins sont dans la rue, nuit et jour. Une gigantesque opération de police s’est déployée en ville pour assurer la sécurité de la foule et sa bonne répartition sur le parcours et aux alentours.

Pleine page dans la presse écrite hier
pour cette bière sponsor des Albicelestes
Les deux bracelets-grigri disent :
"Nous éloignons le mauvais œil"
On a en effet beaucoup parlé durant toute la compétition
de la poisse portée à la sélection par telle ou telle personne
Mauricio Macri est l'un de ceux qu'on a accusé d'avoir le mauvais œil
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"Papa Lionel est arrivé",
à la une du quotidien sportif ce matin
(jeu de mots avec Papa Noel, connu aussi en Argentine)
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On doute toutefois que l’équipe se rende à la Casa Rosada. La AFA, dont les dirigeants sont de droite, semble peu désireuse d’offrir à ce gouvernement la grâce d’une photo avec les champions et la coupe. Quant aux joueurs, ils auraient eux-mêmes refusé l’invitation. Devant un tel camouflet, on comprend un peu mieux pourquoi Alberto Fernández s’est bien gardé de se rendre à Doha pour soutenir la sélection nationale. Ce beau succès sportif n’améliorera donc nullement la situation politique. Tout au contraire. Aussi le président a-t-il pris les devants et fait publier dans la presse de pleines pages de communication officielle ! En Europe, on peine à imaginer une telle réaction chez des footballeurs qui portent le maillot national. En France, cela ferait sans doute un scandale au Parlement.

Pleine page quadrichromie sur le budget communication
de la présidence argentine, dans la presse papier ce matin
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Même pas besoin de traduire.
Pauvre supporter !
Dessin de Erlich, ce matin, dans Clarín
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Une nouvelle chanson, d’un auteur inconnu, circule dans la foule et elle est passablement émouvante qui plus est. La voilà citée ce matin à la place d’honneur dans l’édition de Página/12 :

En Argentina nací

Tierra del Diego y Lionel
De los pibes de Malvinas, que jamás olvidaré.
No te lo puedo explicar
Porque no vas a entender.
La Final con Alemania, ocho años la lloré
Pero eso se terminó, porque este año en Qatar
La final con los franceses la volvió a ganar papá
¡Muchachos! ahora sólo queda festejar
Ya ganamos la tercera, ya somos campeón mundial!
Y al Diego le decimos que descanse en paz
Con Don Diego y La Tota
¡por toda la eternidad!


Je suis né en Argentine
Terre de Diego et de Lionel
Des mômes des Malouines que je n’oublierai jamais (1)
Je peux pas t’expliquer
tu pourrais pas comprendre.
La finale contre l’Allemagne, j'en ai pleuré pendant huit ans.
Mais c’est fini maintenant, parce que cette année au Qatar
la finale contre les Français, Papa l’a gagnée encore une fois.
Les gars, on n'a plus maintenant qu’à fêter ça.
Ça y est, la troisième, on l'a gagnée, ça y est, nous sommes champions du monde !
Et à Diego, nous disons qu’il peut reposer en paix
avec don Diego et La Tota (2)
pour toute l’éternité.
(Traduction © Denise Anne Clavilier)


Dessin de Miguel Rep dans Página/12 le 14 décembre,
au lendemain du match Argentine-Croatie
L'artiste fait chevaucher une bête à Bon-Dieu à son Messi
(en Argentine, la bestiole porte bonheur)
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Attention, les Français, la suivante va vous faire mal !
Protégez-vous les yeux...

Hier dans le même journal
Tout commentaire serait superflu


© Denise Anne Clavilier



(1) Allusion aux appelés morts pendant la guerre des Malouines en avril-mai 1982, il y a quarante ans.

(2) Prénom du père et surnom de la mère de Diego Maradona, tels que le grand public les connaissait.

dimanche 4 décembre 2022

Humour spécial quart de finale [Actu]

paru dans Clarín ce matin


Comme tout le monde le sait, hier soir, l’Argentine a gagné son match de 8e de finale contre l’Australie lors d’un match où l’équipe albiceleste a clairement dominé le terrain.

Mème posté hier, avant le match
à gauche, le carpincho qui symbolise l'Argentine
à droite, le kangourou qu'on a un peu de mal à reconnaître !
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La même idée encore plus claire, posté dès le 30 novembre
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Après un tout premier match catastrophique, cette nouvelle rencontre a confirmé le soulagement ressenti par les Argentins après le second match.

"Encore trois et maintenant, fini de rigoler", dit le gros titre
Je ne suis pas sûre que ce soit de l'humour, ceci dit...
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Les mèmes et les dessins de presse rendent compte de cette euphorie et de cet optimisme qui se sont à nouveau installés dans l’opinion publique du Cono Azul.

Paru dans Clarín ce matin
La coccinelle ou bête à Bon Dieu en français est un porte-bonheur
De gauche à droite :
"Whaouh ! L'adrénaline du Mundial me fait voler"
"Mais tout n'est pas aussi simple qu'on le dit"
"Non, Monsieur !"
"'Je ne trouve pas le duty-free par exemple'
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Traduction © Denise Anne Clavilier

C’est souvent très drôle. Parfois, hélas, mais nettement moins souvent, c’est aussi de mauvais goût comme ce mème, repris par un ministre qui s’est pris une volée de bois vert, et qui symbolise le match d’hier sous la forme d’un gaucho à cheval cherchant à capturer au lasso argentin un kangourou… Bof, bof !

Paru dans Página/12 ce matin
Le riche patron buvant son thé :
"Si nous n'avions pas rejeté les invasions anglaises (1),
aujourd'hui nous serions comme l'Australie ou le Canada"
Le garçon :
"Et nous serions éliminés du Mundial"
Traduction © Denise Anne Clavilier
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Dans l’ensemble, c’est l’autodérision qui domine, comme c’est de tradition en Argentine.

Paru dans Página/12 ce matin :
Messi en don Quichotte pour la seconde fois
Notez que le match contre les Pays-Bas est déjà sur le dessin
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(bien utile pour lire les numéros sur les moulins)

© Denise Anne Clavilier



(1) On appelle Invasiones Inglesas la double tentative de la Grande-Bretagne de s'emparer de Buenos Aires puis de Montevideo et de Buenos Aires en 1806 et 1807, afin de profiter de la maîtrise complète des océans acquise après la victoire de Trafalgar contre les flottes française et espagnole (les flottes portugaise et néerlandaise étant déjà sous le contrôle de Londres par des alliances politiques qui avaient vassalisé ces deux pays). La résistance alors opposée à deux reprises par tous les habitants de Buenos Aires, unis malgré les différences de classe, annonçait le processus d'indépendance qui commença quatre ans plus tard en 2010. Il est souvent de bon ton dans la haute bourgeoisie de Buenos Aires, au Jockey Club, au sein de la Sociedad Rural, dans les rangs des partis politiques de droite, d'exprimer un regret certain que l'Argentine ne se soit pas alliée plus clairement à la Grande-Bretagne au début de l'indépendance, le mot de vie anglosaxon ayant meilleure réputation auprès de cette élite que la culture plus méditerranéenne qui prédomine en Amérique du Sud en général et en Argentine en particulier.

dimanche 31 juillet 2022

La semaine politique croquée par Clarín [Actu]

C’est peu dire que la rédaction de Clarín s’est régalée à commenter et peut-être à vivre le jeu de massacre dont le gouvernement argentin nous a offert le spectacle désolant tout au long de cette semaine, échouant à faire naître de l’espoir quelque part, sauf dans un syndicat qui s’est félicité de l’arrivée de Sergio Massa, un poids lourd du paysage péroniste, pour renvoyer au vestiaire le poids plume qu’était Silvina Batakis, dépourvue de notoriété nationale comme internationale, éphémère ministre qui a tenu tant bien que mal mais seulement quelques semaines le stratégique ministère de l’Économie, au milieu de la redoutable crise à tiroirs que traverse le pays.

Le festival de rigolade de Clarín a commencé mercredi avec la vignette du dessinateur Erlich, d’une rare cruauté avec Alberto Fernández (cruel mais très drôle, il faut bien l’avouer), au moment où le gouvernement multipliait les brainstormings afin de trouver le moyen de faire revenir des billets vers dans les caisses de l’État où les réserves de devises étrangères se font de plus en plus maigres. Erlich a choisi de faire référence à l’amitié personnelle, de notoriété publique et de longue date, que le président argentin entretient avec le rocker Litto Nebbia, très grand artiste de la musique populaire et auteur-compositeur du premier rock à texte de langue espagnole, La Balsa (le radeau) (1). Dans les années 1960, lorsque la situation politique déprimait tout le monde en Argentine, Litto Nebbia composait cette chanson où il faisait semblant d’adopter les avertissements désabusés des « vieux » à une jeunesse aventureuse, dont il faisait partie et qui brûlait d’envie de secouer la sinistrose ambiante : « Ne te lance pas là-dedans, tu vas te planter ». Les paroles de la chanson développent ces vaticinations sinistres tandis que la mélodie dynamique vient dire l’inverse : « je vais construire un radeau pour partir et avec ce radeau, j’irai faire naufrage ».

"Prêtez-moi des sous. Je rembourse en chansons"
"Avec le dollar j'irai faire naufrage"
Traduction © Denise Anne Clavilier
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Pour apprécier tout le sel de cette vignette, il faut ne pas oublier que le président argentin est un excellent guitariste amateur et qu’il utilise parfois la chanson et sa guitare pour envoyer des messages politiques bien sentis, non sans que sa voix et la manière dont il l’utilise en musique ne rappellent le style de Litto Nebbia lui-même !


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Le surlendemain, la ministre de l’Économie était à Washington dont elle était sur le point de revenir. On savait déjà en Argentine qu’à la Casa Rosada, on n’attendait que son atterrissage à Ezeiza pour annoncer l’arrivée au gouvernement du bel et ambitieux Sergio Massa, qu’on reconnaît ici dans la valise de la ministre aux sourcils froncés.

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Le lendemain, Sergio Massa dûment nommé à son super-ministère qui réduit le Premier ministre à faire de la figuration, Erlich est toujours aussi inspiré. « Miroir, mon beau miroir, qui est le plus beau ? » Et le reflet de Massa répond « Moi » avec la prononciation fréquente chez les gens de sa génération (il prononce « cho » là où les plus âgés disent encore « jo », pour yo, pronom sujet de première personne du singulier).

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Enfin ce matin, nous avons droit à cette vignette où Alberto Fernández, qu’on reconnaît grâce à sa moustache grise, brandit cette pancarte qui dit : « Hey, je suis toujours là ! », pendant que le billet d’humour du jour, signé Alejandro Borensztein, annoncé en une et publié en page 2, clame : « Urgent : Sergio Massa confirmerait Alberto à la présidence ».


Extrait de l'édition imprimée de Clarín ce matin (page 2)
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© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :



(1) La Balsa fait partie du corpus de chansons que j’ai présentées dans le texte original et avec ma traduction en français dans Deux cents ans après, le Bicentenaire de l’Argentine à travers le patrimoine littéraire du tango, Tarabuste Éditions, 2010.