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jeudi 25 janvier 2018

Les Pays-Bas choisissent un outil nucléaire argentin pour leur système de santé [Actu]

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Toutes les unes ce matin consacre une part de la page à la condamnation de Lula

Le Forum de Davos vient d'être le théâtre d'une annonce faite avec beaucoup de fierté par le Président Mauricio Macri qui est en tournée en Europe (Russie, Suisse puis France) : pour la première fois, l'Argentine va fournir à un pays de l'Union Européenne, les Pays-Bas, un réacteur nucléaire qui sera utilisé à des fins médicales. Cela a valu aux Argentins une nouvelle photo du président avec la reine Máxima, qui, comme on le sait, est argentine de naissance.

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Ici, l'info fait un petit titre (en bas, à droite)

Le réacteur argentin est développé par l'agence nationale INVAP qui a déjà pu le vendre à plusieurs pays, dont des pays dits développés comme l'Australie, et par ailleurs d'autres pays émergents ou en voie de développement comme l'Algérie, le Pérou, le Brésil et l'Egypte.

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Ici, l'info est placée en haut à droite, sous une photo de Merkel et Macron !

Página/12 n'omet pas de mentionner que cette vente avait déjà été acquise en 2009 et annulée par les Pays-Bas à cause de la crise des subprimes. L'exploit est donc à mettre, selon lui, au crédit de Cristina Kirchner. Et comme Mauricio Macri a profité de l'occasion pour revenir sur cet épisode politique en affirmant en public que le pays a tourné la page du populisme, Página/12 lui garde un chien de sa chienne.

Pour ce diagramme, l'INVAP a choisi une planisphère traditionnelle, avec l'Europe au centre
En général, les Argentins mettent l'Amérique au centre. Et c'est bien normal !

Pour aller plus loin :
lire l'article de Clarín, qui publie aussi un sondage d'opinion sur la popularité de Mauricio Macri qui décrocherait brutalement, trois après son succès électoral d'octobre, trois mois qu'il a utilisés pour prendre à rebours toute la politique sociale établie depuis 2007, sans parvenir à juguler ni le chômage ni l'inflation ni même les scandales qui ne touchent pas que son opposition.

Ajout du 29 janvier 2018 :
lire ce billet d'opinion paru dans Página/12 ce matin et signé de deux hommes politiques importants du secteur kirchneriste, Daniel Filmus et Diego Hurtado, qui tâchent de rendre à César (ou à Cristina) ce qui appartient à César.

Ajout du 4 février 2018 :
lire cet article de Clarín sur l'INVAP que le journal a visité et qu'il juge être l'entreprise d'Etat la mieux gérée du pays !

mercredi 9 août 2017

Une information délicate à traiter : la mort du père de la reine Máxima [Actu]

Le chagrin de la reine est traité en photo mais dans la colonne de droite
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Jorge Zorreguieta vient de mourir, après une vingtaine d'années de lutte contre une leucémie. Il avait 89 ans et un passé qui passe peu. Il avait été ministre de l'Agriculture du gouvernement putschiste issu du coup d'Etat du 24 mars 1976 (Videla et compagnie). Puissant propriétaire agricole, il avait présidé plusieurs fédérations agraires, dont celle des producteurs sucriers et la plus influente de toutes les instances patronales argentines, la Sociedad Rural, au titre de laquelle il avait été nommé au ministère de l'Agriculture.

Lors que le prince héritier des Pays-Bas avait porté son choix sur Máxima Zorreguieta, jeune Argentine d'excellente famille (du point de vue mondain), il avait soulevé une vague de désapprobation dans l'opinion publique et le personnel politique du royaume (et d'une bonne partie de la Communauté Européenne). Zorreguieta avait été prié de rester chez lui, pour assister à la cérémonie à la télévision et depuis, Máxima, y compris et surtout depuis que son mari est devenu chef d'Etat, se montre d'une grande discrétion dans ses relations avec sa famille. Hier, les journaux se faisaient l'écho de sa visite à la clinique de Recoleta, où son père avait été admis, pour dire qu'elle avait ensuite repris l'avion pour l'Europe tandis que l'équipe médicale émettait un communiqué lénifiant rendant vraisemblable ce retour vers les Pays-Bas. Aujourd'hui, les médias nous apprennent qu'elle était en fait arrivée samedi en urgence et qu'elle est restée confidentiellement auprès de son père, qu'elle a veillé jusqu'à son dernier souffle. A quelques jours d'un scrutin national et provincial, les PASO de dimanche, la primaire argentine, en fait le premier tour d'un système qui en compte maintenant trois (PASO, 1er et 2nd tours, en octobre), l'information est difficile à traiter... D'autant que le Président Mauricio Macri n'a jamais caché qu'il appréciait la reine et a veillé à se montrer à ses côtés à chaque fois que cela a été possible, tant en Europe qu'en Amérique.

La Nación, qui ne recule pas devant un titre très provocateur,
traite l'information en manchette (en haut, à gauche)
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La reine assistera sans doute aux obsèques aujourd'hui ou demain, peut-être avec ses enfants, encore que cela n'ait rien de bien certain, sans doute aussi sans son mari et il y a fort à parier qu'elle devra regagner rapidement Amsterdam ou La Haye.

Clarín a sorti de ses archives cette photo très polémique où l'on voit côte à côte
Zorreguieta, la Reine Beatrix (ou la princesse Beatrix, si ce cliché date d'après son abdication) et Máxima (en gris)

Página/12 se contente d'un simple entrefilet où la rédaction ne résiste pas à la tentative de faire référence à la plainte portée contre l'ancien ministre pour la disparition d'une seule personne (ce qui est peu pour les dictateurs de cette période) (1). La plainte n'a pas donné lieu à une inculpation, encore moins à un procès ou à une condamnation. Par conséquent, l'homme est présumé innocent et il est important, en démocratie, de le relever.
Très proche des milieux patronaux et notamment des décideurs agraires, La Nación parle d'un dirigeant qui ne ménagea pas ses efforts pour développer l'économie argentine dans le secteur primaire. Les deux autres quotidiens nationaux privilégient l'aspect monarchique, ce qui est bigrement exotique pour les Argentins.

Pour en savoir plus :
lire l'entrefilet de Página/12

Ajout du 11 août 2017 :
Les choses se sont bien apaisées aux Pays-Bas. En effet, le roi Willem-Alexander et les trois princesses ont fait le voyage pour assister aux obsèques de leur beau-père et grand-père, à Buenos Aires. L'ambassadeur néerlandais accompagnait lui aussi la famille royale, ce que La Nación ne manque pas de souligner en image. Lire à ce sujet l'article de La Nación écrit à partir de la dépêche de l'agence Télam et accompagné de photos incroyables, où l'on voit un membre de la famille marcher dans le cortège tout en devisant gaiement au portable ! Le palais royal a émis un court communiqué à ce sujet (en néerlandais).



(1) Il se trouve que depuis une semaine, on parle beaucoup de la disparition mystérieuse, visiblement violente, d'un militant de gauche. Cela fait remonter à la surface de sinistres souvenirs à un moment où l'opposition n'hésite pas à assimiler l'actuel gouvernement à celui de la Junte militaire. L'enquête montrerait qu'un certain nombre d'indices désigneraient la gendarmerie, un corps militaire de forces de l'ordre et de garde-frontières qui jouit pourtant d'une image de marque meilleure que la police et l'armée par rapport aux crimes de la dictature dans lesquels elle est fort peu impliquée. Le tout dans le contexte régional où le Brésil est en train de sombrer dans un régime illégitime, ultra-corrompu et peu démocratique de droite et le Venezuela s'enfonce dans un régime de gauche tout aussi peu recommandable.

jeudi 13 octobre 2016

Une nouvelle une pour la reine [Actu]

Vous remarquerez que le titre porte sur la probable candidature de Macri
à un second mandat en 2019
et que le titreur refuse à l'hôte d'honneur du Président le titre qui lui est dû
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Ce matin, c'est encore La Prensa qui a mis la reine Máxima à sa une avec la même désinvolture protocolaire qu'hier : l'appeler Máxima Zorreguieta, de son nom de naissance, sans aucune allusion à son actuel statut royal. C'est d'autant plus déroutant que La Prensa est le seul quotidien national à la mettre ainsi à sa une. Même Clarín, pourtant assez tabloid à ses heures, ne s'y intéresse.

En revanche, Mauricio Macri a visiblement été ravi d'avoir la reine à sa table dans la résidence de Olivos. Il semblerait même que cette rencontre l'ait davantage inspiré que l'hommage qu'il a rendu un peu plus tard dans la journée à Hipólito Yrigoyen, le grand homme de ses partenaires politiques de l'UCR dans l'alliance de gouvernement Cambiemos, sur quoi le site Internet de la Casa Rosada fait le minimum syndical en terme de texte et de photos...

Depuis son élection, Macri a toujours mentionné la reine des Pays-Bas comme quelqu'un qui représenterait l'Argentine au même titre que le Pape François (ce n'est pourtant pas leur fonction, ni à l'un ni à l'autre, et il semblerait que les deux ne jouissent pas du même type de notoriété).

mercredi 12 octobre 2016

Coopération internationale : l'Argentine reçoit la reine Máxima [Actu]

La reine et le président, ce midi, à Olivos
Photo Casa Rosada
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La reine Máxima des Pays-Bas est représentante de l'ONU pour l'intégration financière des pays émergents et en voie de développement à travers l'accès au crédit pour les personnes à faibles revenus (micro-crédits et autres aides à la croissance économique locale). Depuis hier, elle est donc en Argentine, son pays natal, pour présenter au Gouvernement argentin une proposition des Nations-Unies à laquelle le pays va adhérer.

La reine dispose d'une photo en une de La Prensa
mais pas la mieux placée

Elle a été accueillie avec curiosité et un certain enthousiasme par ses anciens compatriotes pour lesquels une visite royale est quelque chose de vraiment très très très exotique !

Elle a donné une causerie à l'université pontificale de Buenos Aires, dans ses très beaux locaux de Puerto Madero, les anciens docks transformés en bâtiments luxueux accueillant entreprises, restaurants chics et appartements de prestige.

La reine est en manchette à gauche dans une robe Givenchy
qui a tapé dans l'œil des chroniqueurs royaux d'un jour à la rédaction de Clarín

Aujourd'hui, la reine devait rencontrer le président argentin à la résidence de campagne de Olivos, à midi, où Mauricio Macri rendra aussi hommage à son prédécesseur Hipólito Yrigoyen, dont c'est aujourd'hui le centenaire de la prestation de serment...

La Nación, Clarín et La Prensa se régalent de glamour et de mondanités.
Página/12 ignore superbement cette présence qui lui est foncièrement désagréable (la reine est la fille d'un ancien ministre de l'agriculture de la dictature de 1976-1983). Il faut noter que, de son côté, si la presse néerlandaise s'intéresse à une tête couronnée, c'est de la visite aux Pays-Bas de la duchesse de Cambridge qu'elle s'intéresse sans dire un seul mot de la visite de sa reine dans son pays natal (1). Même le site Internet de la Famille royale des Pays-Bas est muet sur cette visite de la reine à son pays natal alors qu'un communiqué daté d'aujourd'hui annonce une visite que Máxima a à son programme pour le 17 novembre !

La file d'attente devant l'amphithéâtre où la reine devait s'exprimer hier, à la UCA

Pour en savoir plus :
lire l'article de La Prensa, qui mentionne la reine comme Máxima Zorreguieta, de son nom de naissance (en Argentine, les femmes mariées conservent leur propre nom), et non pas avec son identité de princesse consort d'un pays européen
lire l'article de La Nación sur la rencontre à la UCA
lire l'article de La Nación sur les entretiens bilatéraux avec les membres du gouvernement
lire l'article de Clarín, qui se transforme en Point de Vue, le temps de se passionner pour la garde-robe de haute couture de Sa Majesté
lire le communiqué officiel de la Casa Rosada sur l'entrevue entre la reine et le président (la présidence argentine confond allégrement la Hollande et les Pays-Bas !)
voir le communiqué minimaliste du Ministère des Affaires étrangères argentin (qui évite cette erreur de dénomination)

Página/12 préfère pour son compte se pencher sur la plainte en justice que des vétérans de la guerre des Malouines ont portée contre Susana Malcorra, la ministre des Affaires étrangères, qui vient de signer un accord de pêche et de navigation entre le continent et l'archipel, avec la Grande-Bretagne.



(1) Pourtant, si les noces du prince héritier avec la fille d'un ministre d'un régime dictatorial avaient choqué de très nombreux Néerlandais en leur temps, Amsterdam s'est vite mise à la mode argentine avec multipliant les parrillas pour proposer de la viande grillée aux palais locaux...

mercredi 20 janvier 2016

Avant Davos, Mauricio Macri a reçu des journalistes européens [ici]

Photo de Ricardo Ceppi, extraite du site Internet de El País

C'est avec un avion de ligne que le Président Macri et sa suite, dans laquelle a pris place Sergio Massa, au titre de l'opposition (1), s'est rendu à Davos. Un avion Air France (Aerolineas Argentinas n'a de desserte directe qu'avec Rome et Madrid en Europe et il est probable que, pour des raisons de sécurité, la compagnie ne sera jamais la même au fil des sorties du territoire - à moins que le choix se soit porté sur cette compagnie pour faire plaisir à François Hollande qui doit effectuer une visite, officielle ou d'Etat -je ne sais pas encore-, en Argentine le mois prochain).

En sa personne, c'est l'Argentine qui fait son retour au Forum économique mondial après treize ans d'absence, treize années qui correspondent aux trois mandats successifs des Kirchner, mari et femme. Mauricio Macri veut remettre son pays dans une dynamique d'échanges diplomatiques et économiques plus conforme à la position d'une démocratie en paix avec le reste du monde, et il est vrai que la politique extérieure péroniste est traditionnellement marquée du sceau de la méfiance et que son protectionnisme touche à une xénophobie presque arrogante et à coup sûr très déplaisante (2).

Avant de prendre son avion de ligne, pour cause d'abandon de la flotte présidentielle (3), Mauricio Macri a reçu des journalistes de quatre grands titres européens, Le Monde, The Guardian, El País (trois journaux historiquement ancrés à gauche et aujourd'hui convertis à l'économie libérale régulée) et La Stampa (4). Mais aucun journal suisse.. Par ce choix de quotidiens et de compagnie aérienne, il entend sans doute marquer sa considération pour notre continent, lui qui a pourtant fait une bonne partie de ses études aux Etats-Unis.

Cela ne désorientera personne : c'est dans El País que l'interview publiée est la plus complète. Les trois autres quotidiens se contentent d'un compte-rendu plus ou moins succinct. De toute évidence, dans l'actualité d'aujourd'hui, entre l'attentat au Pakistan sitôt après celui du Burkina-Faso, le scandale durable du silence des autorités allemandes sur les événements de Cologne, la mort d'Ettore Scola qui suit de si près celle de David Bowie, l'Argentine est le cadet de leurs soucis, même quand ils obtiennent en exclusivité l'interview d'un nouveau chef d'Etat super-photogénique, qui les reçoit  la Casa Rosada, dans un bureau officiel chargé d'histoire dont lui-même sourit en disant qu'il s'agit plus d'un "musée" que d'un lieu de travail.

Malgré cette relative et regrettable indifférence de notre part, il est possible que dans la presse argentine de cette fin de semaine, on voie fleurir des photos du nouveau Président aux côtés de la reine Máxima des Pays-Bas. Elle participe en effet au Forum économique de Davos, aujourd'hui, demain et vendredi, en sa qualité de promotrice du programme de l'ONU pour la finance au service du développement social, UNSGSA (voir le communiqué de la Maison royale des Pays-Bas, en néerlandais – le site est bilingue, néerlando-anglais). Mauricio Macri n'a pas caché son admiration pour elle : il estime en effet qu'elle est un atout de prestige pour l'Argentine (5).
Autre rencontre politiquement signifiante prévue dans la cité helvétique : celle avec David Cameron. Mauricio Macri a confirmé récemment la position de l'Argentine sur les Malouines : il faut entamer le dialogue avec le Royaume-Uni conformément à une résolution très ancienne de l'ONU, votée après la guerre anglo-argentine d'avril-mai 1982, car l'archipel est bel et bien une terre argentine (6).
En revanche, aucune escale n'est envisagée à Rome pour rencontrer le Pape, autre atout de l'Argentine pour sa projection dans le monde, selon l'analyse du Président.

Photo satellite argentine des Iles Malouines
(photo Instituto Geográfico Nacional)

Du côté de la politique intérieure, quelques signes peu susceptibles d'ambiguïté indiquent à présent que les soupçons de corruption qui pesaient sur de nombreuses organisations kirchneristes n'étaient pas dénués de fondement : à Jujuy, la dirigeante de la très puissante organisation de gauche Tupac Amaru, qui faisait la pluie et le beau temps pour les coopératives de la province, a été écrouée ce week-end sous le coup d'accusations graves dont la nature s'éclaircit peu à peu. Milagro Sala, qui est aussi députée au Parlasur, le parlement de l'UNASUR, aurait détourné d'astronomiques quantités d'argent public pour alimenter un clientélisme électoral acquis au péronisme provincial, qui vient de perdre les commandes après quarante ans de règne incontesté. Elle est en grève de la faim dans sa cellule à San Salvador de Jujuy. Amnesty International vient de lancer un appel en sa faveur mais les coopérateurs qu'elle avait rassemblés sur le parvis du palais provincial depuis un mois, pour exiger le maintien de la politique d'aides sociales et de soutien à l'activité coopérative, ne se bousculent pas pour la défendre. Pire, certains portent même plainte contre elle. La parole semble se libérer et on entend dire qu'elle dirigeait Tupac Amaru d'une main de fer en y faisant régner une terreur mafieuse... Mauricio Macri a donc quelques billes pour défendre sa politique, même si son arrivée au pouvoir est marquée par une mise au pas fort rude, voire brutale, de cette opposition plus que remuante (7).

Il est manifeste que Mauricio Macri a du pain sur la planche pour redonner à son pays le respect de l'opinion publique internationale. C'est à ce genre de détail que l'on voit les dégâts causés par l'enfermement croissant qui a caractérisé les deux dernières années de mandat de Cristina Kirchner.

Cela n'empêche pas Daniel Paz et Rudy de nous faire rire avec leur talent et leur humour habituels à la une de Página/12, en jouant sur une photo que Macri a diffusée récemment sur Twitter : son chien Balcarce (ah, les chiens des présidents !) qui s'est permis l'autre jour de grimper sur le siège du bureau présidentiel (8). Le chien est très ressemblant aussi...

Editions de Página/12 du 20 janvier 2016

Macri (téléphonant à sa vice-présidente, qui, en son absence physique sur le territoire national, assume les charges de chef d'Etat) : Gabriela, je m'en vais à Davos. Tu t'occupes de tout...
Elle (à l'autre bout du fil) : Qu'est-ce que j'ai à faire ?
Macri : Deux choses :virer les gens (9) et prendre soin de Balcarce. Dans ce sens-là, pas dans l'autre.
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

Pour aller plus loin :
lire l'interview complète dans El País (Espagne)
lire aussi le communiqué officiel de la Casa Rosada sur le programme présidentiel à Davos (et vous remarquerez que le rédacteur a mis une majuscule au titre de Máxima, alors qu'elle n'est qu'une reine consort et qu'elle ne règne pas en Argentine ! - Il n'a tout de même pas poussé jusqu'à faire précéder le nom d'un S. M. pour Su Majestad mais c'était à deux doigts...).

Ajout du 25 janvier 2016 :
lire l'article de Página/12 sur l'annonce faite par Mauricio Macri de son absence au sommet économique de l'Amérique Latine à Quito.
Pour expliquer son absence, le Président avance son état de santé. Sa côte fissurée ne lui permettrait pas de supporter la haute pression de la très haute altitude de la capitale équatorienne. Le journal de l'opposition ne décolère pas : Davos est aussi en altitude et le journaliste en déduit que le choix du Président est surtout très idéologique, qu'il préfère l'Europe et l'hémisphère nord au continent sud-américain, comme il est de tradition dans la droite argentine (ce qui est une réalité historique mais Davos et Quito, ce n'est pas du tout la même altitude non plus et il se peut qu'enchaîner les deux ne soit pas vraiment indiqué pour un homme qui n'est pas vieux mais enfin, il n'a pas non plus vingt ans !)



(1) Sa qualité d'opposant est contestée par une bonne partie de la gauche péroniste (kirchneriste) puisqu'il est beaucoup plus conciliant que le FpV à l'égard de la nouvelle majorité. Il n'en a pas moins été opposé à Macri et son alliance électorale Cambiemos au premier tour de l'élection présidentielle à la fin du mois d'octobre dernier. Au moment de l'investiture de Mauricio Macri, il avait été convenu que celui qui accompagnerait le président à l'extérieur dans les missions économiques serait son opposant au second tour, Daniel Scioli, l'ex-Gouverneur de la Province de Buenos Aires. L'évasion spectaculaire de trois criminels d'une prison provinciale a mis au jour les ratés de l'administration Scioli et refroidit très vite les bonnes relations que les deux hommes étaient en train de s'efforcer de mettre en place. C'est donc Sergio Massa qui va prendre le bon air des Alpes suisses et non pas Daniel Scioli.
(2) Sans parler de son caractère très contre-productif puisque ça met en échec des tas d'initiatives, y compris culturelles comme on l'a vu depuis huit ans où seuls les artistes kichneristes parvenaient à se présenter officiellement à l'extérieur du pays, comme le récent Salon du Livre de Paris et toutes les Ambassades...
(3) Les trois avions, assez anciens, réclamaient trop de réparation et consommaient trop de budget à cet effet. Qui plus est, le Président ne pouvait pas avec eux atterrir n'importe où car ils pouvaient faire l'objet de saisie pour paiement de la dette nationale auprès de créanciers privés. Un avion Air France ne présente pas le même inconvénient.
(4) Il n'a pas invité La Reppublica, tout de même.
(5) Il n'a pas tort. Elle l'est à coup sûr pour les quelques millions de néerlandophones qui forment une partie non négligeable du Benelux, au cœur de notre continent. La reine Máxima est belle, enjouée, aimable, polyglotte, visiblement acquise à la démocratie et on lui doit au moins la mode des restaurants argentins (tenus le cas échéant par des Pakistanais, mais ne boudons pas notre plaisir) à Amsterdam et dans d'autres villes importantes du pays.
(6) L'archipel des Malouines appartenait à l'Argentine jusqu'en 1833, lorsqu'une escadre de la Royal Navy s'est emparé par la force de ces îles, neuf ans après que le Parlement britannique avait reconnu l'indépendance de la toute jeune Argentine. L'archipel figure toujours sur toutes les cartes du pays conçues, mises en ligne ou imprimées en Argentine.
(7) Pour ma part, je reste très frappée par l'air de libération qui régnait à Buenos Aires le jour de l'investiture sur les visages de la foule en liesse qui débordait sur le parcours présidentiel. Les informations précises qui commencent à arriver viennent confirmer le message que donnait cette foule : le CCK inauguré avant même la réception des travaux et fonctionnant avec des montages financiers complexes et opaques, Radio Nacional et TV Pública qui produisent et diffusent des émissions autour de vedettes les unes surpayées, les autres bénévoles, l'opacité de la gestion de l'AFSCA que trahit la destruction in extremis des archives avant l'arrivée de l'administrateur provisoire envoyé par Hernán Lombardi, les peuples originaires laissés à l'abandon malgré le discours officiel qui valorisait leurs cultures, l'existence d'un plan OrSec jamais mis en œuvre depuis 17 ans malgré la multiplication des catastrophes naturelles au cours de ces années et enfin ce scandale à Jujuy qui survient après la triple évasion qui s'est produite au début de l'année à General Alvear, dans la Province de Buenos Aires, avec des complicités probables dans l'administration pénitentiaire et la police provinciale...
(8) Ces présidents argentins sont bien désinvoltes avec l'histoire. Cristina avait appelé son adorable toutou, un chiot offert par le frère de Hugo Chávez, Simón (en souvenir de Bolívar !) et Mauricio emploie à la même fin le nom du premier chef d'Etat argentin, en 1814, donc avant même la déclaration d'indépendance. Il est vrai que Balcarce est aussi le nom de la rue qui dessert la Casa Rosada et l'adresse de celle-ci.
(9) Allusion aux nombreuses révocations et non reconductions de contrats dans tous les secteurs de l'Etat, soit parce qu'il s'agit de personnels nommés par le Gouvernement sortant pendant la période de transition sans négocation avec le gouvernement élu, soit parce qu'il s'agissait de contrats précaires en soi,soit parce qu'il s'agissait, en tout cas au regard des nouveaux responsables, d'emplois fictifs. Le même phénomène s'est produit au niveau des provinces et des municipalités qui sont passées du FpV à une autre majorité, la plupart du temps celle de Cambiemos (alliance électorale autour de Macri).

jeudi 2 mai 2013

Et à présent une reine argentine ! [Actu]


Les journaux argentins reviennent aujourd'hui sur l'intronisation du roi Willem-Alexander des Pays-Bas et son épouse, la reine Máxima, qui a eu lieu mardi 30 avril, fête de la Reine (désormais du Roi) dans ce petit pays de l'Europe septentrional.

Página/12, qui respecte scrupuleusement le caractére férié du 1er mai, n'a rien publié hier (il ne paraît pas), il n'en va pas de même de Clarín et de La Nación (qui ne vont tout de même pas se plier aux rites de cette fête gauchiste, encore que, ce matin, Clarín y allait de son petit couplet paradoxal sur l'intervention pontificale d'hier, à l'Audience générale, pour dénoncer les ravages sociaux de l'économie ultra-libérale, l'égoïsme du profit au détriment du travail et la dégradation de la condition salariale jusqu'à la réapparition d'une forme d'esclavage).

Página/12 avait donc devancé l'appel en publiant un premier article mardi à l'aurore (vu le décalage horaire, la rédaction n'avait pas encore reçu les informations en provenance d'Amsterdam au moment du bouclage de l'édition papier). Un article factuel sur le déroulé des célébrations, les invités présents, les enjeux vestimentaires du jour... Bref, pas de quoi casser trois pattes à un canard, sauf pour un paragraphe bien acide, consacré à la mode des parillas argentines (1) à Amsterdam, toutes plus authentiques les unes que les autres puisque les chefs en sont pakistanais et font travailler du personnel égyptien ou vice-versa, selon la complainte d'un vrai parillero argentin de 61 ans et installé aux Pays-Bas depuis la dictature militaire. Le brave monsieur ne décolère pas de l'offense faite à l'honneur de son pays d'origine et de sa tradition culinaire. Aujourd'hui, le quotidien raconte la journée d'hier avec à peu près autant d'erreurs sur la signification des cérémonies qu'il y en a dans nos journaux européens lorsqu'il s'agit de l'Amérique du Sud. Tout ou presque est à côté de la plaque, mais c'est dit sans méchanceté et c'est là l'essentiel.

Après avoir fait sa une d'hier sur la nouvelle reine, avec un choix de photo assez discutable (on la reconnaît mal et il s'agit d'un cliché datant du 29 avril et non du 30), Clarín nous offre aujourd'hui un album photo très nourri, entièrement acheté aux agences de presse européennes. C'est pittoresque, anecdotique, ça n'aide pas à rapprocher les peuples puisque ça n'explique rien mais au moins, ça ne fait de mal à personne, et puis dans l'ensemble, ce sont de jolies images.

La Nación parvient, quant à elle, à publier un éditorial sur les dangers que représente pour Máxima son grand charisme (c'est à mourir de rire, la journaliste parle de balivernes avec le même ton empesé que pour disserter des enjeux de la réforme de la Curie et des intrigues de la cour romaine). La même rédactrice se livre aussi dans la même édition à une critique détaillée des trois tenues portées par la reine durant la journée, au Palais pour l'abdication de la désormais princesse Beatrix, à Nieuwe Kerk pour la prestation de serment du roi et enfin lors de la promenade fluviale de la soirée et du méga-concert pop de la nuit... Mais là où le quotidien se dépasse, c'est quand il arrive à propos de l'avènement néerlandais à publier un éditorial acrimonieux contre la Présidente Kirchner, sous prétexte qu'elle n'aurait pas daigné se déplacer elle-même pour honorer de sa présence cette intronisation. Et sur un ton persifleur, il en déduit des significations politiques fantaisistes et haineuses (2) alors que même les chefs d'Etat de l'Union Européenne (ce qu'il se garde de dire) ne se sont pas rendus sur place, ni ceux des monarchies (sauf le Prince de Monaco, venu seul) ni ceux des républiques et pas même ceux du cercle étroit et historiquement très solidaire des six partenaires du traité de Rome (Bénélux, Italie, France, Allemagne).

Et pourtant il y a peu de pays en Europe qui ont su faire un si chaleureux accueil notamment aux musiciens argentins. Songez que presque tous les ans, dans les dix dernières années de sa vie, Osvaldo Pugliese, le dernier géant des pionniers du tango de la Guardia Nueva, était invité à Amsterdam (les Néerlandais ont surpassé les Français de ce point de vue !), que ce sont les Pays-Bas qui ont accueilli le concert historique où Pugliese et Piazzolla ont joué ensemble pendant toute une soirée (le disque est devenu un must pour tous les tangueros du monde entier), que c'est de ce pays que vient l'un des plus grands vulgarisateurs du tango dansé, le bien nommé El Holandés. Il y avait tellement d'autres choses à faire que de se livrer à ces querelles de chiffonniers !

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 du 30 avril
lire l'article de La Nación du 2 mai sur les robes de Máxima
lire l'éditorial de La Nación sur le charisme de Máxima et ses périls
lire l'éditorial de La Nación sur Cristina versus Máxima


(1) Parilla : grill. Ne jamais traduire. On croirait qu'il s'agit de la même chose qu'ailleurs dans le monde et ce n'est pas du tout le cas. Je plaisante à peine.
(2) Elle ne se serait pas déplacée parce que la majesté de sa présence aurait fait pâlir la reine du jour et autres âneries du même tonneau. On croirait lire la presse de droite française de l'entre-deux-guerres quand elle attaquait les ministres du Front Populaire. C'est vraiment en-dessous de la ceinture.

samedi 27 avril 2013

Tous feux sur Máxima mais Willem-Alexander reste inconnu au bataillon [Actu]

La Nación


Clarín et La Nación se préparent dare-dare au "couronnement", mardi prochain aux Pays-Bas, de la princesse Máxima qu'il désigne déjà comme reine en s'emmêlant les pinceaux dans le protocole royal du Vieux Continent... C'est neu-neu au possible mais ça occupe tout de même deux dossiers complets dans chacun de ces deux journaux qui se présentent, à l'étranger, comme les deux quotidiens majeurs du pays.

En revanche, le Prince d'Orange reste désespérément inconnu. On sait qu'il s'appelle "Guillermo" (les Argentins continuent obstinément de traduire les prénoms, ce que les Français ont abandonné depuis longtemps) mais pour le reste, c'est le black-out.

En revanche, les deux journaux rappellent le caractère de personae non gratae de la famille Zorreguieta aux Pays-Bas pour tous les événements officiels autour de la future reine, du fait de l'appartenance au gouvernement Videla du père de la princesse.

Clarín

Si ça vous dit de voir ce que donne l'actualité people creuse dans la langue de Baires, plongez-vous dans ces deux dossiers aussi bling bling l'un que l'autre:

samedi 23 mars 2013

Rep l'a fait. Cela devait le démanger [Actu]


Le peintre et dessinateur de presse Miguel Rep, caricaturiste en titre à Página/12, vient de la faire, cette première caricature significative du Pape, dans la revue Veintitres, dont il est l'illustrateur politique.

Il avait réalisé une première caricature, assez ratée à mon goût, dans Página/12 le vendredi suivant l'élection (le visage caricaturé était certes reconnaissable mais l'idée n'avait guère d'impact). Pour ma part, je sentais l'artiste toujours assommé par la surprise et son habituelle inspiration incisive lui faisait encore défaut, tant dans le dessin que dans l'idée mise en œuvre qui restait très hésitante. Avant-hier, il transformait l'essai avec un concept génial (toujours à mon goût) et très maîtrisé, qui unissait dans une seule case, révolutionnaire pour un tel auteur, la croix du Christ et le mate de l'amitié argentine (voir mon article du 20 mars 2013), tout en restant dans un univers idéologique d'esprit dit libre.

Cette fois, il prend son sujet à bras le corps, il affiche en toutes lettres sa position philosophique et le message est plus consistant sans être agressif. Il reflète assez fidèlement la perplexité de ce secteur de la gauche athée, nourrie d'une longue tradition d'anticléricalisme, qui se lit nettement aujourd'hui dans les bifurcations empruntées par le quotidien Página/12 (voir mon autre article de ce jour).

Pour bien lire les textes, cliquez sur l'image

Traduction présentée de haut en bas

A gauche

Pape François, alias Pancho (1)
Le premier pape latino-américain
Le pape péroniste (donc comme qui dirait "argentin") (2)
Supporter de San Lorenzo (3). On a un "saint" garanti sur facture (4).
Rep (signature d'un infidèle)

A droite

Cardinal Jorge Bergoglio. Maintenant il utilise un pseudo.
Il a choisi Francesco. Il serait né uruguayen, il aurait choisi Francescoli (5)
Récupérera-t-il les fidèles perdus pour l'Eglise ? (6) Rétablira-t-il les finances ? (7)
Récupérera-t-il les Malouines ? (8)
Mate papal. Bombilla jésuite (9)

En ce moment, il y a trois Argentins chefs d'Etat : Cristina, Máxima de Holande (10) et Bergoglio du Vatican (11). Le monde est perdu ! (12)
(Traduction Denise Anne Clavilier)

* * * *

Deux erreurs dans ce dessin et elles sont significatives : la moue du Pape (alors qu'on sait bien à quel point l'homme est souriant et affable) et la croix pectorale en or (or cette croix en métal non précieux, c'est le tout premier signe envoyé par le Pape au monde entier et sans un mot dès les premières secondes de sa première apparition à la loggia de la Basilique Saint-Pierre).
Le dessin dans son ensemble montre que Rep a maintenant de bonnes dispositions envers le nouveau Pape mais il reste encore chez lui des bastions inexpugnables et ce qui me chiffonnent, c'est qu'ils se manifestent dans des petits détails et des messages erronés, qui, puisqu'ils sont discrets, ont de bonnes chances de passer inaperçus. L'armistice n'est pas encore signé !



(1) Pancho est le diminutif de François très apprécié en Argentine. C'est aussi le nom argentin du hot-dog (perro caliente en Espagne). Rep ne manque pas de culot mais c'est une grande part du talent d'un dessinateur de presse et, plus largement, d'un humoriste.
(2) Une rumeur (je n'ai pas vu jusqu'ici qu'elle ait été documentée par la moindre preuve mais bon, pourquoi pas ? et puis ça a pu m'échapper) une rumeur, donc, veut que dans sa jeunesse, avant d'entrer au noviciat dans la Compagnie de Jésus, Jorge Bergoglio ait eu sa carte du parti justicialiste. Ce qui serait plutôt le signe d'un solide engagement contre l'impérialisme nord-américain, car cela ne peut pas s'être passé avant le renversement de Perón en 1955. Or pour prendre cette carte-là après ce coup d'Etat, télécommandé par la CIA, il fallait une bonne dose de courage ! La chasse aux sorcières anti-péronistes de cette époque-là était assez brutale.
(3) Voir mon article du 19 mars 2013 sur les vœux envoyés à Rome par le Club Sportif San Lorenzo de Almagro, dont le Pape est membre depuis l'enfance.
(4) Avec le corbeau (voir mon article du 19 mars 2013), les membres du San Lorenzo et surtout les joueurs sont los santos (les saints, à cause de l'origine confessionnelle du club, probablement comme les corbeaux d'ailleurs, bien que la nuance péjorative ait disparu, comme si souvent lorsque les Portègnes relèvent les insultes pour en faire un signe de fierté). Ils sont aussi los azulgranas (bleu-grenat), comme on le voit sur le dessin où le Pape porte le maillot et l'écusson du club...
(5) Allusion à Enzo Francescoli, un des plus brillants attaquants milieu de terrain que l'Uruguay ait connus. Sa carrière carrière s'est déroulée dans les années 80 et 90. C'est un contemporain des exploits de Maradona. Son dernier club professionnel a été le River Plate de Buenos Aires.
(6) Un vrai problème en Argentine dont l'Eglise catholique connaît deux types de fuite : un phénomène de déchristianisation croissant concentré en milieu urbain (similaire à ce qu'a connu l'Europe vers la fin du XIXe siècle) et la séduction de l'Eglise évangélique (d'origine protestante et charismatique) et de bon nombre de sectes chrétiennes fonctionnant sur le modèle des télé-évangélistes des Etats-Unis, parfois à la limite du phénomène sectaire, avec une relation à l'argent qui ne sont pas toujours des plus claires.
(7) Les soupçons autour de la Banque du Vatican. Il n'y a pas en Argentine de baisse des recettes pour l'Eglise comme c'est le cas en Allemagne par exemple.
(8) Lundi, la Présidente a demandé la médiation du Saint-Siège entre l'Argentine et la Grande-Bretagne et les Argentins de gauche sont assez sceptiques sur la réussite de cette voie diplomatique.
(9) Allusion au cadeau de la Présidente au Pape lors de sa première audience, le 18 mars (voir mon article du 19 mars 2013 sur cet autre sujet)
(10) Faux. D'abord ce n'est pas fait. L'abdication de la Reine Beatrix des Pays-Bas n'interviendra que le 30 avril. Et ensuite Máxima ne sera jamais Chef d'Etat. Même si un jour, elle devait devenir régente du royaume en lieu et place d'une de ses filles mineures. Ce sera le rôle de son mari puis de sa fille aînée. Voir mon article du 31 janvier 2013.
(11) Dernier petit coup de patte pour tenter de ramener le Pape vers une imagerie monarchique dont visiblement la fonction vient de sortir et probablement pour toujours (ou pour très très longtemps).
(12) Allusion au profond défaitisme des Argentins qui se marie bizarrement à une forme de chauvinisme exacerbé. Je me souviens d'une conversation à bord d'un avion Aerolineas avec des médecins argentins juste après la renationalisation de la compagnie aérienne. Et ils étaient persuadés que tout irait désormais de mal en pis et que même le vin servi à bord se transformerait bientôt en piquette. C'était terrible de voir ce défaitisme chez ces médecins alors que le personnel de cabine avait retrouvé un sourire et une fierté d'appartenance qui se sentait dès que vous mettiez le pied à bord... Beaucoup d'Argentins ont l'art de refuser de croire que les choses peuvent aller mieux même quand ils en ont les preuves sous les yeux...

samedi 2 février 2013

Les deux chipies et l'Assemblée de l'An XIII – Acte 2 [Actu]


Un petit dernier pour la route ? C'est qu'il y a un bout de chemin de Buenos Aires à San Lorenzo, où nous attend un autre bicentenaire...

Hier, je vous expliquais pourquoi Daniel Paz et Rudy avaient inventé ces deux minettes de l'aristocratie portègne, aux façons de Marie-Chantal et adonnées aux raisonnements courts (voir mon article du 31 janvier 2013). Ce matin, ils continuaient leur combat contre le boycott implicite des festivités commémorant l'Assemblée de l'An XIII par la droite nationale avec ce dessin représentant toujours les deux mêmes insupportables chipies abruties par leurs préjugés de classe. Après l'abolition de la torture, qui fait partie des progrès historiques obtenus par l'Assemblée, voici une autre de ses grandes décisions, l'abolition du statut nobiliaire. Et cette fois-ci, les duettistes de Página/12 mêlent les deux infos qui partagent la presse, le bicentenaire pour la presse de gauche, et le destin royal de Máxima Zorreguieta, aux Pays-Bas pour la droite (voir mon article du 29 janvier 2013 à ce sujet).

Minette en noir : Alors comme ça, l'Assemblée de l'An XIII a interdit (sic) les titres de noblesse ?
Minette en blanc : Ben tiens ! C'est pour ça que pour pouvoir être reine, Máxima (1) a été obligée de s'en aller en Hollande.
Minette en noir : Pour mettre des bâtons dans les roues, ils sont champions !
(Traduction Denise Anne Clavilier)

La droite reproche beaucoup au Gouvernement argentin actuel de limiter la liberté d'entreprendre et de faire du commerce (international) par son interventionnisme qu'elle estime intempestif. En fait, l'interventionnisme d'Etat actuel tend essentiellement à réguler un peu l'économie et à assurer la souveraineté du pays par la maîtrise de ses domaines vitaux, pour orienter un développement cohérent pour l'ensemble du territoire et de la population. Par rapport à la quantité de règles qui encadrent les activités économiques en Europe, l'action gouvernementale en Argentine est infinitésimale...


(1) La famille Zorreguieta appartient à l'oligarchie argentine, dont ces deux filles sont elles aussi censées faire partie.

mardi 29 janvier 2013

Leve de Koningin! o Lo que saldrá... Después [Actu]



Au creux des grandes vacances, la nouvelle a intéressé une partie (une partie seulement) de l'Argentine : le 30 avril prochain, immédiatement après l'abdication de la reine Beatrix, qui deviendra dès lors la princesse Beatrix, l'actuel Prince d'Orange deviendra roi des Pays-Bas et par conséquent son épouse, la princesse Máxima (les Néerlandais ont conservé l'accent espagnol sur le a de son prénom, eux !) deviendra reine consort. C'est ainsi que pour la première fois, une Argentine va accéder au prédicat de Majesté royale et ce, dans un pays fondateur de l'Union Européenne. C'est peu dire que la perspective flatte l'Argentin béat d'admiration devant notre vieille Europe.

Tandis que la presse des Pays-Bas s'intéresse surtout aujourd'hui à la Reine elle-même -c'est la moindre des choses après 33 ans de bons et loyaux services-, la presse argentine, y compris Página/12, se penche sur celle dont on attendait l'avènement depuis février 2002, date de son mariage.

Tandis qu'en une, Clarín (1) nous la joue convenue et terriblement nunuche, avec un ton et un contenu digne d'une midinette de 16 ans, La Nación consacre à la princesse héritière des Pays-Bas un véritable dossier d'une tenue convenable (en une aussi) pendant que Página/12 relègue l'info au fin fond de ses pages intérieures, en rappelant d'une manière assez insistante les liens familiaux de la dame avec la Junte militaire des années 1976-1983 (on s'en souvient, Jorge Zorreguieta, son père, fut un ministre de l'Agriculture de la Dictature, à l'heure où ce portefeuille était tenu de fait par la Sociedad Rural, dont il avait été l'un des principaux dignitaires, ce qui le rend passablement antipathique aux yeux des militants des droits de l'homme et de la gauche dans son ensemble).
La dépêche de l'agence nationale Télam est encore ce qu'on fait de plus objectif sur cette nouvelle...

Quelque soit le ton de la presse argentine ce matin sur la question, il est bon de rappeler que la princesse a su se faire aimer de ses concitoyens néerlandais, qu'elle a accepté de réserver à la plus stricte intimité ses relations avec ses parents et qu'elle a fait oublier à la majorité de ses compatriotes cette sulfureuse ascendance dans un pays qui, de son côté, voit lui-même fondre comme un glacier au soleil une bonne part de son ancienne et légendaire tolérance politico-culturelle que le reste de l'Europe admirait tant...

Ayant reçu l'éducation typique d'une fille de la Rural, c'est-à-dire de la plus haute société argentine, la princesse Máxima a fréquenté à Buenos Aires des écoles huppées (privées, cela va sans dire) où elle a été notamment éduquée en anglais dès son âge tendre. Elle semble d'ailleurs en conserver un soupçon de brits accent lorsqu'elle s'exprime en néerlandais, ce qu'elle fait avec beaucoup d'aisance. J'ai tenu à aller ce matin vérifier ce qu'il en était sur Internet et, pour dire la vérité, elle est tout à fait bluffante ! Elle est issue d'un cursus de l'Université Catholique de Buenos Aires (une citadelle de la société patricienne, à Puerto Madero) et s'est mariée dans l'église protestante lors d'une cérémonie tintée d'œcuménisme. Or, si je me souviens bien de ce qu'avait dit le pasteur pendant la cérémonie, l'église des Pays-Bas avait tenu à ce qu'elle garde son obédience catholique, puisque par ailleurs elle acceptait que ses enfants soient éduqués dans la religion réformée.

L'investiture (c'est le terme officiel) du roi Willem-Alexander aura lieu le mardi 30 avril, actuelle Fête de la Reine (Koninginnedaag). On peut être à peu près sûr que bon nombre d'Argentins ce jour-là jetteront un coup d'œil appuyé à leur téléviseur. Pour l'heure, la princesse rend visite à la Marine royale dans le cadre de ses activités officielles avec un agenda bien rempli toute cette semaine, tandis que son mari gère sa succession sur ses différentes missions de prince héritier, qu'il ne pourra plus exercer d'ici quelques semaines et que sa fille aînée ne pourra pas exercer non plus (elle est toute petite).


Et pour comprendre le sens des termes espagnols qui font le titre de cet article, je vous suggère d'aller écouter sur Todotango cet enregistrement -vous allez reconnaître tout de suite le morceau- de Lo que vendrá (ce qu'on peut traduire soit en "Ce qui nous attend", soit en "Ce qui pourrait bien nous tomber dessus") d'un certain Astor Piazzolla (compositeur qui accompagna la cérémonie nuptiale de Nieuwe Kerk en février 2002, avec Karel Kraaienhoff au bandonéon) et Después ("Plus tard"), de Hugo Gutiérrez et Homero Manzi (ici chanté, l'année dernière, par Raúl Lavié accompagné par le Sexteto Mayor, ¡versión de lujo!)
Quant au début du titre, vous aviez deviné le sens avant que je traduise quoi que ce soit. Vive la reine bien sûr (j'ai quelques fidèles lecteurs aux Pays-Bas et en Flandre belge. Un grand merci à eux pour leurs visites fréquentes sur Barrio de Tango).

Pour plus d'infos :
connectez-vous au site Internet officiel trilingue (néerlandais, anglais, allemand) de la Maison Royale des Pays-Bas, où vous trouverez plein de trucs, dont des documents d'archive sur les thèmes historiques, patrimoniaux et culturels les plus variés et des vidéos téléchargeables gratuitement et systématiquement sous-titrées (2) en néerlandais pour malentendants (ce qui en fait un outil superbe pour ceux qui veulent améliorer leur maîtrise de la langue. Qu'attend-on en France pour faire de même avec nos documents audio officiels pour promouvoir la francophonie ?)

(1) Vous aurez remarqué sur la une un gros titre sur les augmentations des planchers pour les pensions de retraite et le revenu imposable. Surprenante sobriété venant de ce titre à un moment où toute l'opposition voit dans l'annonce faite hier par la Présidente le coup d'envoi de la campagne électorale pour les législatives du printemps prochain. Mais ceci dit, c'est l'époque de ce genre d'annonce, la seule différence avec les années précédentes résidant dans l'annonce d'un relèvement du revenu minimum imposable, une concession non négligeable à une revendication syndicale de longue date dans le cadre des négociations paritaires annuelles en cours sur le montant du salaire minimum.
(2) Sauf pour la vidéo du discours d'hier. Le webmaster n'a pas dû avoir encore le temps d'intégrer les sous-titres ou alors il était trop pressé de mettre le document en ligne.