Affichage des articles dont le libellé est El Pais Esp. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est El Pais Esp. Afficher tous les articles

lundi 27 avril 2026

Le cinéma argentin passe de deuil en deuil : Adolfo Aristarain nous a quittés [Actu]

Cinéaste authentique, dit le gros titre
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution


Né dans le quartier de Parque Chas, dans l’ouest de Buenos Aires, en octobre 1943, le cinéaste Adolfo Aristarain est mort dans sa ville natale sans que les raisons de son décès n’aient été rendues publiques. Il avait quitté le monde du spectacle en 2004, après un grand succès cinématographique, son dernier film, Roma, qui compte aujourd’hui parmi les grands classiques argentins.


Plus que bousculé par l’instabilité constitutionnelle dans son pays tout au long de sa vie, il a vécu tantôt en Argentine tantôt en exil et il a travaillé en Espagne et à Hollywood, la patrie d’un de ses maîtres, John Ford.


On lui doit onze films qu’il a réalisés, dans des productions argentines ou internationales, et trente autres, dont il était l’assistant-réalisateur. Plus souvent récompensé à l’étranger que dans son propre pays, il y a toutefois accumulé les nominations.

Ce film a reçu une récompense en Espagne

Adolfo Aristarain a touché à de nombreux genres, dont le film policier, avec La parte del león en 1978, le romantisme militant des horizons immenses et des racines, avec Un lugar en el mundo (1992) (comprendre : quelque part dans le monde), dont l’action se passe dans les Andes de la province de San Juan, et, en 1995, le film d’aventure sur fond historique avec La ley de la frontera (où tout se passe dans les années 1910 entre la Galice espagnole et le Portugal).

Il a aussi travaillé sur la série des Pepe Carvalho, produite par la télévision espagnole, d’après les romans policiers de l’écrivain barcelonais Manuel Vázquez Montalbán.


On l’avait vu pour la dernière fois en public en 2024 lorsqu’il avait été récompensé par l’Académie du cinéma en Espagne.

A l’heure de sa disparition, la presse argentine et les médias espagnols lui rendent hommage avec la même affection et la même émotion.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

En Argentine :
lire l’article de Página/12, qui lui consacre la Une de son supplément culturel quotidien, Cultura y Espectáculos
lire l’article secondaire de La Nación
Tous les titres nationaux argentins et plusieurs titres régionaux ont mis sa photo à la Une dont le gros titre se partage toutefois entre l’attentat raté d’avant-hier contre Trump et la démonstration de F1 en plein Buenos Aires par Colapinto, le nouveau Fangio, pour qui les Argentins deviennent fous d’admiration.

En Espagne (sélection) :

lire l’article de El País
En Espagne, les unes ne parlent pas de cette disparition.

mercredi 20 janvier 2016

Avant Davos, Mauricio Macri a reçu des journalistes européens [ici]

Photo de Ricardo Ceppi, extraite du site Internet de El País

C'est avec un avion de ligne que le Président Macri et sa suite, dans laquelle a pris place Sergio Massa, au titre de l'opposition (1), s'est rendu à Davos. Un avion Air France (Aerolineas Argentinas n'a de desserte directe qu'avec Rome et Madrid en Europe et il est probable que, pour des raisons de sécurité, la compagnie ne sera jamais la même au fil des sorties du territoire - à moins que le choix se soit porté sur cette compagnie pour faire plaisir à François Hollande qui doit effectuer une visite, officielle ou d'Etat -je ne sais pas encore-, en Argentine le mois prochain).

En sa personne, c'est l'Argentine qui fait son retour au Forum économique mondial après treize ans d'absence, treize années qui correspondent aux trois mandats successifs des Kirchner, mari et femme. Mauricio Macri veut remettre son pays dans une dynamique d'échanges diplomatiques et économiques plus conforme à la position d'une démocratie en paix avec le reste du monde, et il est vrai que la politique extérieure péroniste est traditionnellement marquée du sceau de la méfiance et que son protectionnisme touche à une xénophobie presque arrogante et à coup sûr très déplaisante (2).

Avant de prendre son avion de ligne, pour cause d'abandon de la flotte présidentielle (3), Mauricio Macri a reçu des journalistes de quatre grands titres européens, Le Monde, The Guardian, El País (trois journaux historiquement ancrés à gauche et aujourd'hui convertis à l'économie libérale régulée) et La Stampa (4). Mais aucun journal suisse.. Par ce choix de quotidiens et de compagnie aérienne, il entend sans doute marquer sa considération pour notre continent, lui qui a pourtant fait une bonne partie de ses études aux Etats-Unis.

Cela ne désorientera personne : c'est dans El País que l'interview publiée est la plus complète. Les trois autres quotidiens se contentent d'un compte-rendu plus ou moins succinct. De toute évidence, dans l'actualité d'aujourd'hui, entre l'attentat au Pakistan sitôt après celui du Burkina-Faso, le scandale durable du silence des autorités allemandes sur les événements de Cologne, la mort d'Ettore Scola qui suit de si près celle de David Bowie, l'Argentine est le cadet de leurs soucis, même quand ils obtiennent en exclusivité l'interview d'un nouveau chef d'Etat super-photogénique, qui les reçoit  la Casa Rosada, dans un bureau officiel chargé d'histoire dont lui-même sourit en disant qu'il s'agit plus d'un "musée" que d'un lieu de travail.

Malgré cette relative et regrettable indifférence de notre part, il est possible que dans la presse argentine de cette fin de semaine, on voie fleurir des photos du nouveau Président aux côtés de la reine Máxima des Pays-Bas. Elle participe en effet au Forum économique de Davos, aujourd'hui, demain et vendredi, en sa qualité de promotrice du programme de l'ONU pour la finance au service du développement social, UNSGSA (voir le communiqué de la Maison royale des Pays-Bas, en néerlandais – le site est bilingue, néerlando-anglais). Mauricio Macri n'a pas caché son admiration pour elle : il estime en effet qu'elle est un atout de prestige pour l'Argentine (5).
Autre rencontre politiquement signifiante prévue dans la cité helvétique : celle avec David Cameron. Mauricio Macri a confirmé récemment la position de l'Argentine sur les Malouines : il faut entamer le dialogue avec le Royaume-Uni conformément à une résolution très ancienne de l'ONU, votée après la guerre anglo-argentine d'avril-mai 1982, car l'archipel est bel et bien une terre argentine (6).
En revanche, aucune escale n'est envisagée à Rome pour rencontrer le Pape, autre atout de l'Argentine pour sa projection dans le monde, selon l'analyse du Président.

Photo satellite argentine des Iles Malouines
(photo Instituto Geográfico Nacional)

Du côté de la politique intérieure, quelques signes peu susceptibles d'ambiguïté indiquent à présent que les soupçons de corruption qui pesaient sur de nombreuses organisations kirchneristes n'étaient pas dénués de fondement : à Jujuy, la dirigeante de la très puissante organisation de gauche Tupac Amaru, qui faisait la pluie et le beau temps pour les coopératives de la province, a été écrouée ce week-end sous le coup d'accusations graves dont la nature s'éclaircit peu à peu. Milagro Sala, qui est aussi députée au Parlasur, le parlement de l'UNASUR, aurait détourné d'astronomiques quantités d'argent public pour alimenter un clientélisme électoral acquis au péronisme provincial, qui vient de perdre les commandes après quarante ans de règne incontesté. Elle est en grève de la faim dans sa cellule à San Salvador de Jujuy. Amnesty International vient de lancer un appel en sa faveur mais les coopérateurs qu'elle avait rassemblés sur le parvis du palais provincial depuis un mois, pour exiger le maintien de la politique d'aides sociales et de soutien à l'activité coopérative, ne se bousculent pas pour la défendre. Pire, certains portent même plainte contre elle. La parole semble se libérer et on entend dire qu'elle dirigeait Tupac Amaru d'une main de fer en y faisant régner une terreur mafieuse... Mauricio Macri a donc quelques billes pour défendre sa politique, même si son arrivée au pouvoir est marquée par une mise au pas fort rude, voire brutale, de cette opposition plus que remuante (7).

Il est manifeste que Mauricio Macri a du pain sur la planche pour redonner à son pays le respect de l'opinion publique internationale. C'est à ce genre de détail que l'on voit les dégâts causés par l'enfermement croissant qui a caractérisé les deux dernières années de mandat de Cristina Kirchner.

Cela n'empêche pas Daniel Paz et Rudy de nous faire rire avec leur talent et leur humour habituels à la une de Página/12, en jouant sur une photo que Macri a diffusée récemment sur Twitter : son chien Balcarce (ah, les chiens des présidents !) qui s'est permis l'autre jour de grimper sur le siège du bureau présidentiel (8). Le chien est très ressemblant aussi...

Editions de Página/12 du 20 janvier 2016

Macri (téléphonant à sa vice-présidente, qui, en son absence physique sur le territoire national, assume les charges de chef d'Etat) : Gabriela, je m'en vais à Davos. Tu t'occupes de tout...
Elle (à l'autre bout du fil) : Qu'est-ce que j'ai à faire ?
Macri : Deux choses :virer les gens (9) et prendre soin de Balcarce. Dans ce sens-là, pas dans l'autre.
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

Pour aller plus loin :
lire l'interview complète dans El País (Espagne)
lire aussi le communiqué officiel de la Casa Rosada sur le programme présidentiel à Davos (et vous remarquerez que le rédacteur a mis une majuscule au titre de Máxima, alors qu'elle n'est qu'une reine consort et qu'elle ne règne pas en Argentine ! - Il n'a tout de même pas poussé jusqu'à faire précéder le nom d'un S. M. pour Su Majestad mais c'était à deux doigts...).

Ajout du 25 janvier 2016 :
lire l'article de Página/12 sur l'annonce faite par Mauricio Macri de son absence au sommet économique de l'Amérique Latine à Quito.
Pour expliquer son absence, le Président avance son état de santé. Sa côte fissurée ne lui permettrait pas de supporter la haute pression de la très haute altitude de la capitale équatorienne. Le journal de l'opposition ne décolère pas : Davos est aussi en altitude et le journaliste en déduit que le choix du Président est surtout très idéologique, qu'il préfère l'Europe et l'hémisphère nord au continent sud-américain, comme il est de tradition dans la droite argentine (ce qui est une réalité historique mais Davos et Quito, ce n'est pas du tout la même altitude non plus et il se peut qu'enchaîner les deux ne soit pas vraiment indiqué pour un homme qui n'est pas vieux mais enfin, il n'a pas non plus vingt ans !)



(1) Sa qualité d'opposant est contestée par une bonne partie de la gauche péroniste (kirchneriste) puisqu'il est beaucoup plus conciliant que le FpV à l'égard de la nouvelle majorité. Il n'en a pas moins été opposé à Macri et son alliance électorale Cambiemos au premier tour de l'élection présidentielle à la fin du mois d'octobre dernier. Au moment de l'investiture de Mauricio Macri, il avait été convenu que celui qui accompagnerait le président à l'extérieur dans les missions économiques serait son opposant au second tour, Daniel Scioli, l'ex-Gouverneur de la Province de Buenos Aires. L'évasion spectaculaire de trois criminels d'une prison provinciale a mis au jour les ratés de l'administration Scioli et refroidit très vite les bonnes relations que les deux hommes étaient en train de s'efforcer de mettre en place. C'est donc Sergio Massa qui va prendre le bon air des Alpes suisses et non pas Daniel Scioli.
(2) Sans parler de son caractère très contre-productif puisque ça met en échec des tas d'initiatives, y compris culturelles comme on l'a vu depuis huit ans où seuls les artistes kichneristes parvenaient à se présenter officiellement à l'extérieur du pays, comme le récent Salon du Livre de Paris et toutes les Ambassades...
(3) Les trois avions, assez anciens, réclamaient trop de réparation et consommaient trop de budget à cet effet. Qui plus est, le Président ne pouvait pas avec eux atterrir n'importe où car ils pouvaient faire l'objet de saisie pour paiement de la dette nationale auprès de créanciers privés. Un avion Air France ne présente pas le même inconvénient.
(4) Il n'a pas invité La Reppublica, tout de même.
(5) Il n'a pas tort. Elle l'est à coup sûr pour les quelques millions de néerlandophones qui forment une partie non négligeable du Benelux, au cœur de notre continent. La reine Máxima est belle, enjouée, aimable, polyglotte, visiblement acquise à la démocratie et on lui doit au moins la mode des restaurants argentins (tenus le cas échéant par des Pakistanais, mais ne boudons pas notre plaisir) à Amsterdam et dans d'autres villes importantes du pays.
(6) L'archipel des Malouines appartenait à l'Argentine jusqu'en 1833, lorsqu'une escadre de la Royal Navy s'est emparé par la force de ces îles, neuf ans après que le Parlement britannique avait reconnu l'indépendance de la toute jeune Argentine. L'archipel figure toujours sur toutes les cartes du pays conçues, mises en ligne ou imprimées en Argentine.
(7) Pour ma part, je reste très frappée par l'air de libération qui régnait à Buenos Aires le jour de l'investiture sur les visages de la foule en liesse qui débordait sur le parcours présidentiel. Les informations précises qui commencent à arriver viennent confirmer le message que donnait cette foule : le CCK inauguré avant même la réception des travaux et fonctionnant avec des montages financiers complexes et opaques, Radio Nacional et TV Pública qui produisent et diffusent des émissions autour de vedettes les unes surpayées, les autres bénévoles, l'opacité de la gestion de l'AFSCA que trahit la destruction in extremis des archives avant l'arrivée de l'administrateur provisoire envoyé par Hernán Lombardi, les peuples originaires laissés à l'abandon malgré le discours officiel qui valorisait leurs cultures, l'existence d'un plan OrSec jamais mis en œuvre depuis 17 ans malgré la multiplication des catastrophes naturelles au cours de ces années et enfin ce scandale à Jujuy qui survient après la triple évasion qui s'est produite au début de l'année à General Alvear, dans la Province de Buenos Aires, avec des complicités probables dans l'administration pénitentiaire et la police provinciale...
(8) Ces présidents argentins sont bien désinvoltes avec l'histoire. Cristina avait appelé son adorable toutou, un chiot offert par le frère de Hugo Chávez, Simón (en souvenir de Bolívar !) et Mauricio emploie à la même fin le nom du premier chef d'Etat argentin, en 1814, donc avant même la déclaration d'indépendance. Il est vrai que Balcarce est aussi le nom de la rue qui dessert la Casa Rosada et l'adresse de celle-ci.
(9) Allusion aux nombreuses révocations et non reconductions de contrats dans tous les secteurs de l'Etat, soit parce qu'il s'agit de personnels nommés par le Gouvernement sortant pendant la période de transition sans négocation avec le gouvernement élu, soit parce qu'il s'agissait de contrats précaires en soi,soit parce qu'il s'agissait, en tout cas au regard des nouveaux responsables, d'emplois fictifs. Le même phénomène s'est produit au niveau des provinces et des municipalités qui sont passées du FpV à une autre majorité, la plupart du temps celle de Cambiemos (alliance électorale autour de Macri).

samedi 19 décembre 2015

Alberto Manguel rue Agüero mais en juillet seulement [Actu]

Photo diffusée par la Présidence argentine

C'est un intellectuel cosmopolite et polyglotte qui vient d'être désigné pour remplacer le sociologue Horacio González à la tête de la prestigieuse Biblioteca Nacional Mariano Moreno, située rue Agüero à Palermo : Alberto Manguel, né en 1948, vit actuellement à New-York où il écrit et traduit. C'est un parfait bibliophile, aguerri à tous les enjeux du livre, de l'écriture à l'édition en passant par la collection, le référencement et la vente en librairie. L'homme parle anglais, allemand, ses langues maternelles puisque c'est celles qu'il parlait dans la petite enfance, le français ainsi que l'espagnol, qu'il a surtout pratiqué à partir de l'âge de raison. Depuis plusieurs années, il écrit régulièrement dans le journal espagnol El País.

Fils de diplomate, il a passé ses premières années à Tel-Aviv, où son père a étrenné l'Ambassade d'Argentine en Israël à l'époque de la création de l'Etat hébreu. Il a obtenu la nationalité canadienne à la suite de son mariage avec une ressortissante de ce pays. Intéressant pour nous Français, il a inventé une bibliothèque idéale à Strasbourg.

C'est un professeur de littérature et de philosophie qui a roulé sa science dans plusieurs universités d'Europe et de l'Amérique du Nord. Il cumule les doctorats honoris causa et les appartenances à des sociétés savantes. Il avait dû quitter l'Argentine en 1969 en constatant que son pays ne lui offrait pas la capacité de s'épanouir comme ce fut hélas le cas de beaucoup d'intellectuels et d'artistes à la même époque. Comme beaucoup de ses compatriotes, il a d'abord choisi la France pour s'y établir. Il a aussi vécu à Londres, en Italie et à Toronto. Il correspond exactement au programme politique que Pablo Avelluto, son ministre de tutelle, vient de faire connaître par communiqué et que je commente dans un autre article de ce jour. Toutefois il ne prendra ses fonctions qu'en juillet, le temps pour lui de terminer le travail dans lequel il est engagé aux Etats-Unis.

Alberto Manguel chez lui à Paris en 2013 (photo publiée par El País aujourd'hui)

Il se dit honoré de la proposition et "intimidé et mis au défi" par la liste impressionnante de ses prédécesseurs, parmi lesquels se trouve Jorge Luis Borges, qu'il servait à seize ans lorsqu'il gagnait son argent de poche comme vendeur dans la belle librairie Pygmalión de avenida Corrientes, fréquentée par l'écrivain déjà aveugle. Et il a aussi travaillé deux ans, de 1966 à 1968, dans la librairie Galerna, esquina Corrientes y Callao, qui a fermé ses portes il y a quelques années.

Son prédécesseur immédiat, Horacio González, un kirchneriste affiché qui avait plusieurs fois eu des démêlés politiques avec le gouvernement portègne de Mauricio Macri, avait annoncé sa démission tout en acceptant de rester en poste quelques jours nécessaires, le temps de procéder à la nomination de son successeur. Mais ce départ n'a rien d'injuste : Horacio González était à la tête de l'institution depuis 2004, c'est-à-dire dès le début du mandat de Néstor Kirchner. Il aura accompagné cette phase historique du début à la fin. Un changement au bout de onze ans ne peut faire de mal à personne même si cela va certainement secouer les habitudes prises.

Vue partielle de la une de La Nación ce matin

La Bibliothèque nationale argentine a été fondée en 1810 par le révolutionnaire Mariano Moreno, créateur de la Gaceta de Buenos Aires, le premier périodique argentin (1810-1821). Elle est aujourd'hui la plus prestigieuse des bibliothèques nationales d'Amérique du Sud. C'est une référence dans le domaine et, du fait de plusieurs de ses directeurs historiques, elle a acquis un statut de mythe sur le continent.

Ce matin, personne ne s'offusquait de cette nomination, bien au contraire. Tout le monde reconnaît que Manguel est l'homme de la situation dans ce poste. A nouveau, on peut dire que le ministre de la Culture réussit la transition politique et nul ne peut lui contester qu'il s'est attelé à la tâche sans rechigner.

Pour en savoir plus :
lire la courte interview accordée par Alberto Manguel à La Nación
consulter la liste des articles écrits, très éclectiques, dans El País
lire l'article de El País sur la nomination de son chroniqueur
lire le communiqué officiel du ministère de la Culture.

Clarín et La Nación ont fait paraître l'information sur leur une de ce matin.

vendredi 20 novembre 2015

Appel in extremis des ONG en faveur du vote Scioli [Actu]

"Nous ne voulons pas de marche arrière dans le processus
historique de mémoire, de vérité et de justice".

Mercredi dernier, alors que la campagne électorale se clôturait hier soir, pour laisser trois jours de réflexion aux électeurs argentins, vendredi, samedi et dimanche, où se tient le scrutin, toutes les associations qui militent pour les droits de l'homme, à l'exception notable de Madres de Plaza de Mayo (1) mais avec la participation de Madres de Plaza de Mayo Linea Fundadora, ont émis un communiqué commun pour appeler à voter pour Daniel Scioli, le seul des deux candidats qui leur paraît garantir la poursuite du processus de démocratisation de l'Argentine, la continuité des enquêtes judiciaires pour retrouver les disparus de la Dictature et conduire au tribunal les criminels de ces sinistres années, ainsi que le maintien d'une politique de redistribution sociale de la richesse nationale. C'est Estela de Carlotto qui a lu le message devant la presse rassemblée au siège de Abuelas, où elle a l'habitude de se rendre à chaque fois qu'une identification a pu être rendue publique.

Página/12 est le seul des quatre grands quotidiens nationaux à avoir mis cette prise de position à sa une d'hier matin. La Nación (2) s'est elle aussi fait écho de cette déclaration sur son site Internet dès mercredi après-midi, en publiant l'intégralité du communiqué presque sans aucun commentaire (donc sans aucune manipulation de l'information).

Pour en savoir plus :
lire l'article de La Nación sur la conférence de presse
lire l'article de La Nación sur les propos de José Pablo Feinmann
lire l'interview de Feinmann dans El País
lire l'article de Página/12 sur les propos de Marcos Aguinis
lire l'interview de Aguinis dans El País (où il se garde bien de répondre à plusieurs questions très politiques).



(1) L'association Madres de Plaza de Mayo a depuis quelques années souffert quelques scandales retentissants quant à la gestion de ses finances. Un fossé s'est creusé entre elle et les autres associations, qui ne veulent pas être éclaboussées par les soupçons légitimes nés de ces irrégularités à répétition.
(2) La Nación se fait aussi l'écho des déclarations d'un intellectuel ouvertement kirchneriste au quotidien espagnol El País, José Pablo Feinmann, qui estime que le pays s'est lassé de l'intelligence supérieure de Cristina Kirchner, qui a cru bon ne s'entourer d'aucun conseiller et d'exercer le pouvoir d'une façon très personnelle (une sorte d'hyper-présidence pour parler comme en France). Elle aurait aussi péché en se montrant incapable de susciter des cadres politiques à l'intérieur du mouvement et prévoir sa propre succession, comme en France l'ont fait François Mitterand ou Nicolas Sarkozy, laissant chacun à son tour le parti qui l'avait porté au pouvoir dans un bien triste état. J'avoue partager cette dernière analyse. Quant à se fatiguer de l'intelligence, il se pourrait que ce soit vrai dans une Argentine qui reste très machiste dans bien des pans de sa société. En réponse peut-être à cet article, Página/12 reprend les propos tenus aussi, pour certains d'entre eux au moins, dans El País par l'intellectuel Marcos Aguinis qui soutient Macri, insulte Estela de Carlotto et Hebe de Bonafini (la présidente de Madres) et prétend que dans certains pays développés (paises serios), les gens ne connaissent pas le nom du chef du Gouvernement (j'aimerais bien savoir à quels pays il peut bien penser !). Il est intéressant de comparer les deux articles, celui de El País (centre gauche espagnol) et Página/12 (gauche argentine).

jeudi 22 mai 2014

Quino distingué en Espagne [Actu]

Une des pages culturelles de Página/12 aujourd'hui
Miguel Rep a représenté Quino en Napoléon
avec cette légende : "Quino, le roi de la BD"

Après sa place d'honneur au Salon du Livre de Paris puis à la Feria del Libro de Buenos Aires, le dessinateur et humoriste Quino, créateur de Mafalda, est récipiendaire, cette année, de l'un des plus grands prix culturels espagnols, le Premio Principe de Asturias, une sorte de Nobel très apprécié dans toute la zone hispanophone. La presse argentine s'en fait naturellement l'écho ce matin car les Argentins ont beau ne pas manquer une seule occasion de railler l'ancien colonisateur, un prix espagnol, ça leur fait toujours plaisir !

A Madrid même, le quotidien El País, sans doute dans la Péninsule le quotidien le plus correctement informé sur les pays d'Amérique Latine et le mieux intentionné à leur égard, publie tout un dossier sur l'artiste portègne.

Hier, à Buenos Aires où il demeure actuellement, Quino a rencontré la presse à l'occasion de cette récompense qu'il reçoit avec un mélange de fierté et de nonchalance de vieux sage qui en a vu d'autres. Il est vrai que le succès de Mafalda l'a consacré bien avant les récompenses institutionnelles à retentissement international.

Dessin de Rep sur la page d'accueil de Página/12 ce matin
La légende annonce : "Nous en avions eu l'intuition.
Le véritable Petit Prince [de Saint-Exupéry], c'est Quino"


Pour aller plus loin :

mardi 17 avril 2012

Prendre le taureau par les cornes, acte II [Actu]

Cela faisait quinze jours environ que le sujet était dans toutes les conversations politiques en Argentine : le pays renationalise sa compagnie pétrolière, YPF, privatisée sous le gouvernement de Carlos Menem qui en céda le capital et la pleine propriétaire à la pétrolière espagnole Repsol.


Cristina Fernández de Kirchner continue la politique de reprise en main des activités économiques clés qui assurent au pays son indépendance économique. Après la renationalisation de la compagnie aérienne transcontinentale Aerolineas Argentinas et de sa filiale intérieure Austral (voir mes articles sur ce sujet), après la suppression des régimes de base de retraite par capitalisation au profit d'un régime général par répartition qui a le vent en poupe depuis maintenant plusieurs années et porte une partie de la consommation intérieure (voir mes articles sur ce sujet), voilà que l'Etat reprend le contrôle de l'exploitation des réserves de pétrole patagoniennes, une région dont la Présidente et son défunt mari ont longtemps été des élus locaux (lui comme maire puis gouverneur de la capitale puis de la Province de Santa Cruz et elle comme sénatrice de cette même province pétrolifère).

YPF avait été créé, comme régie nationale des gisements et raffineries d'hydrocarbures, en 1922 par le premier président de gauche élu en Argentine (en 1916), Hipólito Yrigoyen, l'un des co-fondateurs de l'UCR, le plus vieux parti argentin, aujourd'hui en pleine déconfiture politique, idéologique et électorale mais qui fut néanmoins un des axes de la vie politique nationale tout au long du 20ème siècle. La vente de ce bijou de famille pendant l'ère ultra-libérale de Menem (qui imitait Thatcher et Reagan) avait été l'un des plus violents coups portés contre la souveraineté et le développement économiques nationaux, Repsol n'ayant pas hésité dès la prise de contrôle à se comporter en prédateur sans scrupule, comme l'ont fait successivement dans le ciel Iberia puis le groupe Marsans contre Aerolineas.

La nationalisation d'YPF prendra, comme ce fut le cas pour le transporteur aérien, la forme de l'expropriation du capital, après le vote d'une loi dont le projet a déjà été déposé sur le bureau du Congrès. Le Gouvernement national possédera 51% des actions, laissant à Repsol 6% sur les 57 dont elle dispose actuellement. Sur cette part du capital, l'Etat national conservera 51% et cèdera les 49% restant aux différentes Provinces pétrolières du pays. Le tribunal des évaluations financières (tribunal de tasación) aura la charge de fixer un prix pour ces actions, prix qui sera alors versé à Repsol par les nouveaux actionnaires publics, si tout se passe bien. Cette même opération avait été rendue beaucoup plus compliquée avec Marsans, il y a quelques années, parce que le gouvernement espagnol avait appuyé le voyagiste de tout son poids, en exerçant sur le gouvernement argentin un véritable chantage. Mais les choses ont changé depuis. L'Espagne est frappée par une crise épouvantable qui tire sa croissance vers le bas tandis que l'économie argentine est sur la pente ascendante avec ce que les Argentins appellent des taux [de croissance] chinois (tasa china). Le gouvernement de Mariano Rajoy pousse des cris d'offraie, il s'est même réuni en urgence hier soir mais il n'est pas dit qu'il disposera cette année d'autant de pouvoir qu'autrefois dans les relations bilatérales, d'autant que le reste du Mercosur risque bien de se ranger du côté de Cristina alors que l'Union Européenne est plutôt en panne de solidarité surtout avec les pays méridionaux, comme on le voit depuis tous ces mois où les Etats jouent chacun pour soi.

Le Gouvernement a d'ores et déjà nommé une nouvelle direction composée, comme d'ordinaire dans ce cas, d'hommes politiques issus des futurs ministères de tutelle. C'est ce qu'on appelle en droit argentin une "intervención" (mise sous tutelle).


En commission parlementaire, le projet a déjà été discuté et il a reçu l'approbation très large, en réunissant pour une fois la majorité kirchneriste et une bonne part de l'opposition. L'unité nationale s'est formée dans les deux hémicycles comme pour la renationalisation d'Aerolineas. Il n'en va pas de même dans la presse où les journaux d'opposition font leur mauvaise tête accoutumée et tiennent un discours et des analyses à la limite de la déloyauté envers le pays, jouant à nouveau à fond toutes les cartes à leur disposition contre le gouvernement porté aux affaires par les élections d'octobre dernier (voir mon article du 24 octobre 2011 sur ce résultat en cliquant sur le lien).

De tous les quotidiens argentins, La Nación est celui qui va le plus loin dans ce sens en se faisant rien moins que le porte-parole de Repsol et des Espagnols contre les intérêts argentins (il est vrai aussi que les Provinces pétrolifères sont toutes gouvernées par la majorité, seules deux Provinces agricoles et viticoles ont voté à droite ou pour des alliés de la droite ultra-libérale si bien représentée à Buenos Aires par Mauricio Macri). Dans la presse argentine, l'affaire occupe plusieurs articles et largement plus de la moitié du contenu du jour sur les sites Internet. La presse espagnole est elle aussi déchaînée et plus elle se situe à droite, plus agressif est le ton général des articles. La comparaison de ce qui s'écrit de part et d'autre de l'Atlantique est d'ailleurs fort instructive. Depuis la mi-octobre, je me trouve plongée pour le besoin de mes prochains livres dans la consultation de documents historiques relatifs à la guerre d'indépendance en Amérique du Sud et en lisant l'un après l'autre Página/12 et ABC ou même El País de Madrid, j'ai la nette impression de me retrouver deux cents ans en arrière puisque les arguments que les uns et les autres s'envoient à la figure n'ont pas changé depuis cet "heureux temps" où tout ce joli monde s'affrontait à coup de canon et de baïonnettes. Il n'est question d'un côté que de souveraineté nationale, de liberté de décider de l'exploitation de ses propres ressources et de pouvoir jouir du produit de son travail et de l'autre de droits de propriété acquis et dont la violation serait la pire félonie exercée par des responsables politiques auxquels on ne pourrait pas se fier... Une machine à remonter le temps !

Pour les passionnés de linguistique, le même une mais en catalan !

Repsol, qui fait semblant d'être surpris, a déjà valorisé sa filiale à un prix exorbitant (tant qu'à faire !) et annoncé qu'elle se porterait devant la justice internationale. Ce qui pourrait indiquer que le gouvernement espagnol n'est en effet plus en aussi bonne posture qu'au temps de la récupération d'Aerolineas pour mettre des bâtons dans les roues argentines et épargner à la firme espagnole des frais de procédure grâce à ses interventions. Ce matin, le cours de Repsol a fait une chute spectaculaire à la Bourse de Madrid.

Daniel Paz et Rudy trouvent bien entendu à s'en amuser avec un cocktail relevé qui mélange à part égale l'accident de chasse à l'éléphant du roi Juan Carlos en Afrique et la charge furieuse du PDG de Repsol à Madrid. Jugez-en vous-même !



Le grand dadais : Qu'est-ce qui s'est passé entre le roi d'Espagne et l'éléphant ?
Le gros moustachu : On dirait que l'eléphant a voulu exproprier Repsol.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Pour aller plus loin :
Lire l'éditorial par l'historien et économiste Mario Rapoport
En Espagne :
Lire l'article de El País (Madrid)
Lire l'article de ABC (Madrid)
Lire l'article de La Vanguardia (Barcelone - édition hispanophone)
Aux Etats-Unis (l'Oncle Sam goûte très modérément la mesure argentine)
Vous disposez en partie basse de la Colonne de droite d'un accès au traducteur en ligne Reverso pour vous aider à aborder ces articles en langue étrangère.

jeudi 9 février 2012

La musique argentine en deuil : Luis Alberto Spinetta vient de mourir [Actu]


Luis Alberto Spinetta (ci-dessus dans un concert récent) était un porteño de ley (un vrai Portègne), né le 23 janvier 1950 dans le nord de la capitale argentine, dans le quartier de Belgrano. Il est décédé hier, d'un cancer du poumon diagnostiqué en juillet dernier, à un stade déjà avancé, chez lui, à Villa Urquiza, au milieu de ses enfants, qui ont souhaité que la veillée, depuis hier soir, vers 22h, et l'incinération, qui aura lieu dans l'après-midi, aujourd'hui, se déroulent dans la plus stricte intimité familiale, avec quelques amis personnels. La presse n'a pas été conviée. Ce qui n'empêche évidemment pas les vautours habituels d'être aux aguets devant l'entrée de la chapelle ardente comme on peut le voir sur le site de Clarín et très probablement, en direct et en permanence, sur TN, la chaîne tout info de ce puissant groupe de presse.

Le 23 décembre dernier, Luis Alberto Spinetta avait brièvement commenté son état de santé à travers un communiqué de presse sobre, pour répondre à des rumeurs qui se répandaient sur la Toile, en particulier à travers de faux comptes Twitter où des usurpateurs signaient de son nom. Avec une grande dignité, il avait demandé à ses fans de ne pas se faire de souci pour lui. Il disait que les médecins avaient bon espoir que le protocole thérapeutique qu'il s'apprêtait à suivre lui permette de s'en sortir et qu'en sa qualité de membre d'une association de sécurité routière, il recommandait à tous d'être responsables et de ne pas boire avant de prendre le volant pendant les fêtes (un mal endémique en Argentine). C'est aussi avec des messages sur le réseau que son fils Dante et ses autres enfants derrière lui ont annoncé, hier en fin de journée, la mort du grand auteur-compositeur-interpréte qui compte parmi les quatre pères fondateurs du rock argentin, avec Litto Nebbia, Charly García et Fito Páez.

Une gueule de rockeur anglais, des cheveux indisciplinés, des traits que la maladie avait singulièrement creusés ces dernières années, des textes qui l'ont assimilé au poète du rock et l'élévent à un classique de la chanson populaire tous genres confondus, une voix plutôt dans les aigus et une présence sur scène électrisée et électrisante. Une discographie plus qu'abondante et qui va bientôt être épuisées chez les disquaires de Buenos Aires.

(Photo AFP prise avant ses ennuis de santé)

Les hommages fusent dans la presse, d'abord en Argentine où les grands quotidiens nationaux lui consacrent de véritables cahiers, mis à part La Prensa, qui préfère faire sa une sur un fait divers sanglant intervenu hier Plaza San Martín, histoire de discréditer une nouvelle fois le Gouvernement. A la guerre comme à la guerre. Les quotidiens uruguayens mettent eux aussi en bonne place la nécrologie de l'artiste et en Espagne, El País se joint à ce concert élogieux, avec un article qui reprend les grandes lignes de la carrière de l'artiste disparu.

Comme d'habitude, du point de vue culturel, c'est encore Página/12 qui publie les notices les plus fouillées sur le plan musical et artistique.

Une une dessinée par Daniel Paz, en allusion au répertoire de l'artiste

Pour aller plus loin :
lire l'article de El País (Uruguay)
lire l'article de LR 21 (Uruguay)
lire l'article de El País (Espagne)

Un certain nombre de ces sites de presse mettent en ligne des documents vidéos et audios, notamment les deux El País, Clarín dont c'est le fond de commerce (grand groupe média et audio-visuel) et La Nación.
Les portails de partage Youtube et Dailymotion proposent également une ample collection de vidéos qui vous montrera que Luis Alberto Spinetta était bien un artiste marquant et remarquable du paysage musical argentin et latino-américain, même s'il reste totalement inconnu de l'hémisphère nord non hispanophone.
Les radios généralistes argentines et uruguayennes, dont je vous donne les liens dans la Colonne de droite de ce blog, lui rendent hommage aujourd'hui (9 février 2012) au gré de leurs grilles de programmation respectives.

samedi 30 avril 2011

Ernesto Sábato est mort, à la veille d'un hommage qui était programmé à la Feria del Libro [Troesma]

Photo La Nación

A quelques jours de ses 100 ans, l'écrivain argentin Ernesto Sábato vient de décéder chez lui, à Santos Lugares, dans la Province de Buenos Aires.

Il souffrait d'une bronchite depuis 15 jours et y a finalement succombé.

Ses restes seront veillés à partir de 17h aujourd'hui, heure locale, au Club Defensores de Santos Lugares.

Il était né le 24 juin 1911 dans la Province de Buenos Aires dont l'Institut Culturel avait prévu de lui rendre hommage demain à la Feria del Libro, le salon du livre qui se tient en ce moment même à Buenos Aires, à l'occasion de son prochain centième anniversaire.

Ce romancier, poète, essayiste et physicien avait aussi accepté de présider la commission d'enquête sur la disparition des personnes durant la Dictature dans les deux premières années du retour à la démocratie. C'est sur le travail de cette commission que se sont fondés les procès contre les membres de la Junte militaire, qui commencèrent en 1985 et furent très vite arrêtés, avant de reprendre, sous l'impulsion du président Néstor Kirchner, depuis 2003.

En 1984, il avait été le second Argentin à recevoir le Prix Miguel de Cervantes qui récompense tous les ans un auteur de langue espagnole. Le premier de cette nationalité avait été Jorge Luis Borges en 1979.

En France, Ernesto Sábato était commandeur de la Légion d'Honneur.

La presse lui rend hommage aujourd'hui...

Pour aller plus loin :
lire l'article principal de Telam (l'agence de presse argentine présente aujourd'hui un dossier complet sur le grand disparu)
lire l'article de El País (le quotidien uruguayen), qui résume les articles de la presse argentine mais présente le sien aussi sous un format audio, en MP3 en libre téléchargement
lire l'article de El País (le quotidien espagnol), qui offre un petit dossier très bien organisé

Au moment où je publie cet article, Le Monde n'a pas encore relayé la nouvelle et il n'est même pas sûr qu'il le fasse, puisqu'on est demain le 1er mai, fête du travail... A nouveau, comme lors de la disparition de la chanteuse folkloriste Mercedes Sosa il y a deux ans, on ne peut que déplorer ce silence sur la vie culturelle de tout un continent dans les colonnes du quotidien le plus prestigieux de France et qui fait référence en Argentine (comme ailleurs) pour la presse française et francophone.

jeudi 28 octobre 2010

Veillé à la Casa Rosada pour la première fois de l’histoire [Actu]

C’est à la Casa Rosada, dite aussi Casa de Gobierno, où le couple présidentiel argentin ne résidait d’ailleurs pas, qu’est veillé depuis 10h ce matin (heure locale) le corps de Néstor Kirchner, décédé dans la matinée d’hier. Le cercueil, exceptionnellement fermé (c’est vraiment très rare dans le monde hispanique), est entouré des portraits de Juan Domingo Perón et de Salvador Allende, deux chefs d’Etat de gauche, profondément opposé à la mainmise des Etats-Unis sur leur pays respectifs et qui furent tous les deux renversés par des coups d’état fomentés par la CIA. D’ordinaire, les funérailles d’Etat ont pour cadre le Palais du Congrès (el Congreso), qui est le siège de la représentation nationale avec ses deux chambres, la chambre des députés, dite Chambre basse, et le Sénat, la Chambre haute, dont la constitution veut qu’elle soit présidée par le Vice Président de la Nation. Le premier personnage protocolaire du Congrès est donc le Président du Sénat. Or le président du Sénat, actuellement, c’est Julio Cleto Cobos, ancien allié électoral de Cristina de Kirchner, la Présidente de la République, mais qui s’est éloigné d’elle en juillet 2008 à partir de son refus de voter une loi de taxes douanières indexées sur le cours mondial des produits et affectant les exportations de céréales et de soja (voir mon article du 19 juillet 2008, qui a inauguré ce blog). On se souvient aussi (en tout cas les lecteurs de Barrio de Tango, eux, s’en souviennent, s’ils connaissaient déjà ce blog à cette époque) que lors de la veillée du Président honoraire Raúl Alfonsín, et alors que Néstor Kirchner était en représentation de sa femme, en déplacement à l’étranger, les deux hommes, Néstor Kirchner, l’homme fort du PJ, et Julio Cobos, alors l’un des hommes forts de l’UCR (sa cote a beaucoup baissé au sein de son propre parti depuis quelques mois) s’étaient soigneusement évités (voir à ce sujet mes articles au sujet de Raúl Alfonsín, le précédent ancien chef de l'Etat à avoir reçu des funérailles nationales depuis le retour de la démocratie en 1983)

Avec Cristina (une photo publiée par El Mundo, quotidien espagnol)

La raison officiellement donnée pour justifier ce changement de lieu, pour cette cérémonie d’Etat, est la plus grande facilité qu’il y aurait à recevoir la très grande foule attendue au Salon des Patriotes Latino-Américains au Palais du Gouvernement plutôt qu’au Congrès. Et le fait est que ce matin, la file d’attente à l’entrée de Balcarce 50 était déjà très, très, très longue. Cependant, la disposition de la chapelle ardente est bigrement politique et on s’imagine bien que Cristina Fernández de Kirchner n’ait pas vu d’un bon œil la perspective d’un protocole où Julio Cobos aurait eu si belle place… Julio Cobos a d’ailleurs annoncé qu’il s’abstiendra de paraître à la veillée funèbre et il a appelé au téléphone le Premier Ministre pour le charger de transmettre ses condoléances à Madame Kirchner, ce qui en dit long sur l’impossible réconciliation politique entre la Présidente et son Vice-Président et augure bien mal de ce qu’il reste à courir de leur mandat commun ! On a connu Julio Cobos plus élégant dans son comportement public.

Lors de sa prestation de serment présidentiel, en décembre 2003 (photo publiée par Die Welt, quotidien allemand)

Un certain nombre de chefs d’Etat de la région sont déjà arrivés ou sont en train d’arriver à Buenos Aires pour participer à cette veillée et aux obsèques qui suivront. Les Etats-Unis, en pleine campagne électorale de mi-mandat, envoient Hillary Clinton pour les représenter. Tous les chefs d’Etat du sous-continent font le déplacement eux-mêmes.

Madres de Plaza de Mayo hier sur la Plaza de Mayo, rassemblement en soutien à Cristina

Côté journaux (ci-contre la foule sur la Plaza de Mayo, côté Cabildo, à l'opposé du palais présidentiel, attendant de pouvoir se recueillir devant le catafalque), la presque totalité de l’édition de Página/12 est consacrée à un hommage au disparu, y compris les pages culturelles qui ne contiennent que des articles sur Néstor Kirchner signés par des artistes reconnus : le poète communiste Juan Guelman, l’auteur-compositrice-interprète de folklore Teresa Parodi, le rockeur Gustavo Santaolalla (auteur du film El café de los Maestros)…
Sur Clarín, vous trouverez une multitude de vidéos et d’articles relatant les différents événements des journées d’hier et d’aujourd’hui et des archives, des montages de toutes sortes. Attention : Clarín joue sur la vague de l’émotion (c’est l’un des journaux anti-kichneristes les plus virulents). Pour les amateurs d’émotions fortes, vous pouvez assister à l’arrivée de la dépouille sur le tarmac de l’Aeroparque Jorge Newberry, l’aéroport national de Buenos Aires, réservé aux vols intérieurs.

La Nación (opposition libérale) se joint à l’hommage (ils ne peuvent pas faire autrement, tant l’émotion de la rue est forte) avec beaucoup d’effets techniques sur leur site (en particulier un diaporama automatique en une). Ils ont choisi des images très vivantes, surtout des images du couple présidentiel, avec des éclats de rire partagés et des moments de tendresse… Ils jouent sur le sentiment mais avec tact pour autant que j’ai pu le constater. La Nación rapporte même les propos d’un premier ministre qui semble personnellement touché (il y aurait de quoi), Aníbal Fernández (aucun lien de famille avec la Présidente) qui déclare que "Después de la partida de mi viejo, nunca tuve un día tan triste" (Après le départ de mon père, je n’ai jamais vécu un jour aussi triste).

Les quotidiens uruguayens eux aussi rendent hommage à l’ancien chef d’Etat voisin, avec de nombreux articles et des titres favorables, malgré les tensions qui avaient opposé il y a à peine quelques années Néstor Kirchner et Tabaré Vázquez au sujet de l’implantation de la papeterie Botnia à quelques kilomètres de la rive du fleuve Uruguay dans le nord de la République orientale.

Le couple présidentiel tel que The Guardian (quotidien britannique) a choisi de les montrer

Dans une telle abondance d’hommages et devant ce déferlement d’émotion que la presse amplifie peut-être (1), il est bien difficile, pour ne pas dire impossible, de faire un choix d’articles vraiment significatif et lisible pour le lecteur francophone. Je vous invite donc à vous connecter vous-mêmes sur les sites des journaux, tant argentins qu’uruguayens et à faire votre propre exploration. Vous trouverez les liens dans la rubrique Actu de la partie inférieure de la Colonne de droite, en bas de laquelle vous accédez aussi au traducteur en ligne Reverso, qui peut vous aider en l’espèce (vous pouvez faire traduire en traduction automatique des articles complets). Cependant, il est possible que vous ayez quelque mal à vous connecter aux sites des quotidiens de Buenos Aires : ils sont pris d’assaut par la diaspora argentine et sud-américaine partout dans le monde et ils ne sont pas prévus pour être aussi sollicités. Donc parfois, ça rame, comme on dit en français populaire.

Voici à titre tout à fait indicatif et pour vous aider dans votre navigation dans la presse argentine quelques liens avec des articles ou des blocs d’articles qui me paraissent éclairants :

Mais une fois n’est pas coutume, commençons par les réactions en français :

Quotidiens français :
L’article matinal du Monde (paru très tôt sur le site du quotidien) Attention : les articles du Monde ne restent que quelques jours en accessibilité gratuite. Il en va de même pour la plupart des quotidiens d’information francophones en Europe.
L’article du Figaro (qui écrit entre guillemets que Kirchner est mort "subitement". On se demande à quel doute font allusion ces signes de ponctuation pour le moins inélégants dans cette occasion)
L’article de Libération

Quotidiens belges :
L’article du Soir, qui propose tout un cahier thématique en renvoyant à divers articles plus anciens, un fait exceptionnel dans cette revue de presse francophone
L’article de La Libre Belgique
Un entrefilet dans L’Avenir, qui reproduit la dépêche Belga.

Quotidiens suisses :
L’article du Temps
L’article de La Tribune de Genève
24 Heures, quant à lui, est muet : on y parle bien d’une mort significative, mais c’est celle du poulpe Paul. Un poulpe allemand, ça doit être plus important, même pour des Suisses romands !

Et côté argentin :
L’article de Juan Guelman dans Página/12
Le cahier culturel du jour dans Página/12
La déclaration poignante de Aníbal Fernández dans La Nación

Ne pas oublier les autres quotidiens importants d’autres pays (en dehors de l’Uruguay, dont vous avez un lien avec les principaux quotidiens nationaux, tous eux aussi remplis de la même nouvelle, dans la rubrique Actu de la Colonne de droite) :

Quotidiens espagnols :
Le cahier publié par El País à la une de son site internet (le journal de Madrid, à ne pas confondre avec celui de Montevideo)
L’article (pas très aimable) de El Mundo
Le cahier de ABC (vraiment pas en une mais bien fourni néanmoins)

Quotidiens italiens (beaucoup d’Argentins sont d’ascendance italienne)
L’article du Corriere della Serra
L’article de La Stampa
Le diaporama de La Stampa
La Repubblica, quant à elle, n’accorde qu’un rapide entrefilet et il faut bien chercher pour le trouver.

Et le New York Times, qui donne le la de la côte Est, celle du gouvernement fédéral des Etats-Unis. Son article vient du correspondant permanent à Sao Paolo qui s’est déplacé à Buenos Aires pour l’occasion. Ils n’ont même pas de correspondant à Buenos Aires !
A noter aussi que les grands quotidiens allemands, à diffusion nationale, parlent tous du décès de l’ancien président argentin (Die Welt, Die Presse, Die Zeit, Die Süddeutsche Zeitung, Die Frankfurter Allgemeine Zeitung…). C’est aussi le cas de la plupart des grands quotidiens britanniques et d’au moins un journal irlandais (The Irish Times).

(1) Même les opposants font taire leur acrimonie habituelle devant la brutalité de l’événement et sa portée symbolique et politique.