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jeudi 18 janvier 2024

Heureusement pour Mileí, le ridicule ne tue pas [Actu]

Página/12 se paye la tête du président
"Un fantôme parcourt l'Europe", dit le gros titre
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Depuis hier, on ne compte plus les Argentins qui ont honte de leur président. Hier, en effet, celui-ci a délivré son premier discours à l’étranger, au Forum de Davos, devant une assistance, relativement clairsemée, eu égard à la nouveauté pittoresque que représente le bonhomme.

"J'ai écouté le discours du président à Davos Un message
réactionnaire fondé sur des mensonges et des actes de foi
qui appartiennent aux années 1930. Je dois être collectiviste,
socialiste, communiste, gauchiste de merde ou tout ce que vous voulez;
Mais le libéralisme est très éloigné de son délire fanatique.
Traduction @ Denise Anne Clavilier
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Javier Mileí avait choisi ce somptuaire paradis helvétique pour donner au monde la preuve éclatante de trois de ses pires défauts : la paresse, l’irrationalité et l’arrogance.

La paresse parce qu’il n’a pas écrit ni même fait écrire un discours original pour ce premier événement international auquel il avait l’honneur de participer. Il s’est contenté de répéter mot pour mot une conférence d’une quinzaine de minutes qu’il avait donnée en août 2018 à San Nicolás, vieille ville de villégiature patricienne fondée sous le régime colonial, où, tous les hivers, se tient une rencontre culturelle autour d’un conférencier invité. Cette année-là, Javier Mileí était encore cet économiste de pacotille qui faisait le pitre sur les plateaux télé en balançant des théories délirantes et libertaires pour plaider en faveur d’un capitalisme sauvage, libéré de toutes règles.

"Le socialisme, un danger global", dit le gros titre
En-dessous, la manifestation en faveur de la libération de Kfir Bibas,
enlevé en Israël avec ses parents et son frère aîné le 7 octobre dernier
"Rendez-nous Kfir !"
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L’irrationalité parce que le discours était constitué d’une suite sans queue ni tête de propos outranciers, prophétisant le déclin de l’Occident condamné par le développement des théories communistes, climatiques et féministes qui rongeraient l’ensemble de nos démocraties ainsi que l’univers du business. Ces catalinaires anachroniques, aussi confuses que furieuses, ont provoqué quelques rires dans la salle où se trouvait une partie de l’élite des décideurs économiques et des dirigeants politiques du monde entier.

Quant à l’arrogance, elle est assez évidente : quand on est président depuis un mois d’un pays connu pour ses sempiternelles catastrophes économiques et que l’on n’a derrière soi que deux ans d’expérience politique, on s’abstient de donner ainsi une leçon à tous les grands patrons et à des chefs d’État et de gouvernement blanchis sous le harnais.

"Mileí a porté à Davos son discours libertaire
et le FMI l'a assuré de son soutien à son plan de rigueur",
dit le second titre sous la photo
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Mileí n’a pu rencontrer que peu de ses homologues, dont il semble qu’un certain nombre ait délibérément fui sa compagnie, parmi lesquels les journalistes argentins citent le président du gouvernement espagnol (un socialiste dont la politique était délibérément visée par le discours incendiaire du frappadingue austral) et le président de la République française, lui qui autrefois ne ménageait aucun effort pour pouvoir rencontrer Alberto Fernández.

Le nouveau président argentin, flanqué comme toujours de son omniprésente frangine, a toutefois rencontré le ministre des Affaires étrangères britannique auquel il assure avoir parlé des Malouines alors que son interlocuteur le nie, ainsi que la reine Máxima des Pays-Bas, qui est argentine de naissance et qui tient à Davos son rôle de représentante de l’ONU pour l’encouragement aux politiques de redistribution des richesses, un rôle qu’elle assume tous les ans dans ce rendez-vous mondano-économique des Alpes suisses. L’un des diplomates qui accompagnaient la reine s’est confié à Luisa Corradini, la correspondante à Paris de La Nación et son envoyée spéciale à Davos :

« Ahora estoy empezando a comprender, reflexionó un diplomático holandés con circunspección. El enemigo del presidente Milei no es el comunismo, que tal vez sería perfectamente comprensible. Somos todos aquellos que defendemos algún modo de regulación de las brutalidades del mercado. Todos, moderados o no, deberíamos ir al infierno con los ‘nazis, los fascistas y la extrema izquierda’… ¡Nunca escuché nada igual! Será interesante saber si tiene razón » (La Nación, 18 janvier 2024)

« Bon, je commence à comprendre, a déclaré un diplomate hollandais avec prudence. L’ennemi du président Mileí, ce n’est pas le communisme, ce qui serait peut-être parfaitement compréhensible. [Son ennemi], c’est nous, tous ceux qui défendent quelque moyen que ce soit de réguler les brutalités du marché. Nous tous, modérés ou non, qui devrions nous retrouver en enfer avec les « nazis, les fascistes et l’extrême-droite »… Je n’ai jamais rien entendu de pareil ! On aimerait bien voir s’il a raison » Traduction © Denise Anne Clavilier


"Mileí a surpris à Davos avec son avertissement
violent sur "l'avancée du socialisme", dit le gros titre
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Ce discours qui dénonçait pêle-mêle tout et n’importe quoi, assaisonné de grandes affirmations péremptoires sur la place de leader économique mondial dont aurait joui l’Argentine avant que la gauche arrive au pouvoir (en 1916) – un mensonge historique que Mileí assène à tous les coins de phrase, à la manière de Trump et de Poutine – a déclenché des critiques féroces de presque tout le spectre politique argentin. Même Pablo Avelluto, l’ancien ministre de la Culture de Mauricio Macri, lui-même repenti du macrisme qui a renié son anti-kirchneriste qu’il traite maintenant de fanatisme idéologique, s’est fendu d’un tweet cinglant !

Mileí n’ayant ni le charisme vénéneux de Trump ni son apparence de réussite économique à la tête d’un empire capitaliste, il est possible qu’il ne se relève pas des rigolades qu’il aura provoquées dans le monde pourtant si réservé de la diplomatie des pays dits développés.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

mercredi 14 septembre 2022

Le Río de la Plata salue la mémoire de Jean-Luc Godard [ici]

Une du supplément culturel quotidien de Página/12
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En Argentine et en Uruguay, la presse parle ce matin de la disparition du cinéaste franco-suisse Jean-Luc Godard, qui aura marqué, c’est évident, l’écriture cinématographique dans le monde entier.

Une des pages culturelles de La Nación
"Jean-Luc Godard, le champion d'armes
de la modernité au cinéma", dit le gros titre
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Grande différence entre les deux pays : l’information est à peine mentionnée sur les unes uruguayenne tandis qu’elle est mise en évidence sur les premières pages en Argentine et occupe toute ou presque toute la page lorsqu’on arrive aux informations culturelles.

Même pas besoin de traduire !
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Página/12 et La Nación lui offrent leur une culturelle tandis que Clarín lui consacre sa page Spot (sous les projecteurs), ci-dessus. Dans les trois cas, plusieurs pages de l’édition imprimée. Le cinéaste a eu une grande influence dans le septième art argentin et cela se voit dans le soin donné aux nécrologies.

Le Grupomultimedio a fait le minimum syndical
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En revanche, on est frappé de la discrétion avec laquelle les trois grands titres nationaux uruguayens, El País, El Observador et Diario La R (Grupo Multimedio), traitent cette nouvelle. Le dernier nommé n’en touche même pas un mot en une et publie en tout et pour une demi-page intérieure, le reste de l’espace étant offert à une bonne grosse publicité ! Et c’est là par excellence le journal anti-impérialiste de gauche du paysage médiatique du pays (actuellement gouverné à droite).

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

en Argentine
lire l’article de Página/12, largement illustré par des vidéos intégrées à l’article en ligne
lire l’article de Clarín qui se déploie sur une page et demie dans l’édition imprimée
lire l’article de La Nación, qui se occupe deux pages complètes
en Uruguay

Ajout du 15 septembre 2022 :
lire
cet éditorial paru aujourd’hui dans Rosario/12, l’édition locale de Página/12 dans la province de Santa Fe

jeudi 11 mars 2021

Centenaire de Piazzolla par chez nous [ici]

Capture d'écran du site Web de la RTS
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Ici, en Europe, le centenaire existe aussi.

La chaîne de télévision culturelle franco-allemande Arte propose plusieurs émissions, dont le documentaire de Daniel Rosenfled (2016), Astor Piazzolla, Tango nuevo (sous le lien), en ligne jusqu’au 27 mai prochain. La même chaîne propose aussi d’autres vidéos, dont une capture d’une représentation de l’opéra-tango María de Buenos Aires (Astor Piazzolla - Horacio Ferrer, créé en 1969).

Ce soir, à 20h, Arte propose enfin un hommage de 97 minutes en livestream avec Richard Galliano, Leonardo Alarcón et l’orchestre philharmonique de Radio France. Le concert sera disponible en replay jusqu’au 10 mars 2024.

Capture d'écran du site Web de Arte concert
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En France, la radio publique France Musique (groupe Radio France) propose sept émissions rien qu’aujourd’hui. Elles ont été précédées par d’autres programmes depuis le début de cette semaine.

En Suisse, la Radio Télévision de la Suisse Romande propose quatre longues émissions, dont une double capture de Piazzolla sur scène à Lausanne d’une part et au Japon (150 minutes) et une version de María de Buenos Aires (78 minutes).

En Belgique, la Radio Télévision Francophone Belge semble moins généreuse, en tout cas sur son site Internet (1).

Je laisse à mes lecteurs le soin d’aller farfouiller sur les sites néerlandais où l’événement est sans aucun doute mieux traité (la reine des pays-Bas est argentine et elle avait fait jouer du Piazzolla à son mariage !).

L'Osservatore Romano de ce soir
page 10
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A Rome, L’Osservatore Romano y est allé ce soir de son article, en italien bien entendu. Piazzolla est l’un des musiciens préférés du pape en matière de tango (2).

© Denise Anne Clavilier



(1) Dans ces pays multilingues, il serait bon de regarder ce qu’il se passe sur les médias audiovisuels dans les autres langues mais sur Barrio de Tango, je me contente de parler des pays francophones (sinon, je ne s’en sors pas !). Je n’ai ajouté l’italien que parce que François est argentin et que cela se sent dans sa manière d’aborder de nombreux sujets. Sans parler de l’importance que ses compatriotes lui accordent.

(2) Je n’ai pas bénéficié de confidences personnelles. J’ai juste lu les livres qu’il a publiés lorsqu’il était archevêque de Buenos Aires !

lundi 24 août 2020

Bis repetita, cette fois-ci en Suisse [ici]

Comme à Paris il y quinze jours, l’arrivée de Mauricio Macri à Zurich pour prendre en charge un poste honorifique à la FIFA a suscité le rejet chez un petit nombre d’Argentins installés en Suisse.

Ils ont eux aussi appelé à une manifestation dont seul Página/12 s’est fait l’écho. Certes les Argentins qui ont choisi de s’installer en Suisse sont rarement des gauchistes acharnés ! Leur appel n’a donc connu qu’un succès fort modéré comme l’indique la photo choisie par le quotidien pour illustrer son entrefilet.

Sont-y pas mignons avec leur petit maillot ? Comme des grands !
Pour essayer de reconnaître ces joueurs, cliquez sur l'image (photo Fifa)

Ajout du 27 août 2020 :
sitôt arrivé à Zurich, Mauricio Macri a joué un match amical de foot avec d'autres mandataires sociaux de la Fifa. Voilà à quoi s'occupent ces grands garçons (et grandes filles) quand le monde subit la crise sanitaire et économique que l'on sait. Cela promet.
Lire l'article de Clarín sur le sujet.

Je vous laisse déguster ce bonbon !
Ajout du 1er septembre 2020 :
lire cet article de La Nación (signé par un journaliste qui n'est pas la correspondante permanente en France du journal) sur la réception de la famille Macri à l'Elysée par Monsieur et Madame Macron. Le président français semble être le seul chef d'Etat ou de Gouvernement qui ait ainsi reçu l'ancien mandataire argentin, en confondant comme si souvent les plans publics et privés et en lui apportant un appui officiel au moment où sa conduite scandalise tant ses compatriotes, tant en Argentine qu'à l'étranger.

Ajouts du 4 septembre 2020 :
Mauricio Macri et sa famille sont de retour en Argentine (comme quoi, il n'a pas fui la justice de son pays, comme aimaient le croire certaines personnalités proches de l'actuelle majorité) :
lire l'article de Página/12
lire l'article de La Prensa

Ajout du 7 septembre 2020 :
Página/12 tente une analyse des perspectives d'avenir politique pour Mauricio Macri après les erreurs qu'il a accumulées depuis son départ de la Casa Rosada.

Ajouts du 12 septembre 2020 :
Finalement, Macri a violé sa quarantaine et organisé chez lui une réunion politique avec plusieurs maires de son parti élu dans la Province de Buenos Aires, dont le gouverneur appartient à la majorité nationale :
lire l'article de Página/12
lire l'article de La Nación

Ajout du 13 septembre 2020 :
La réunion avec les maires bonaerenses n'a pas dû porter les fruits espérés (sans soute la dénonciation de l'attribution à la Province de Buenos Aires par le gouvernement national d'une partie de budget national que Macri, avant de quitter la présidence, avait donnée à la Ville Autonome de Buenos Aires, conduite par son dauphin. Cet argent devrait servir à payer des augmentations de salaire aux policiers de la Province qui viennent de montrer leur mécontentement dans des manifestations sans doute manipulées par la droite ultra-libérale, selon l'enquête publiée de jour par Página/12).
Non content d'avoir violé sa quarantaine, Mauricio Macri vient de faire des déclarations publiques où il assimile à un coup d'autoritarisme inconstitutionnel la réforme judiciaire en bonne voie d'être adoptée par le Congrès et contre laquelle l'opposition a échoué à mobiliser la population (voir mon article du 27 août 2020 sur le sujet).
Lire cet article de La Nación.
Página/12 ne commente même pas.

dimanche 2 août 2020

Macri à Paris : la suite (à 1 800 € la nuit) avec Deux Magots par-dessus le marché [Actu]

En Argentine, ça chauffe pour son matricule : la petite virée à Paris, la descente dans l’un des palaces les plus luxueux de la capitale, avenue Gabriel, et les petites phrases assassines contre l’actuel gouvernement pendant que le pays se bat pour ne pas couler, rien de tout cela ne passe inaperçu dans le paysage politique et médiatique argentin.

Luisa Corradini, la correspondante à Paris de La Nación, qui n’est guère accoutumée à taper comme une sourde sur des dirigeants de droite, a elle-même nourri le feu et sa rédaction en chef avec elle en publiant le résultat de son enquête dans la capitale française : nom et adresse de l’hôtel, prix (exorbitant) des suites dans une ville où le secteur HO-RE-CA subit une crise sans précédent depuis l’Occupation, luxe des prestations offertes aux clients puis détails sur l’après-midi parisienne de la famille, qui s’est achevée par un dîner estival sur la terrasse d’Aux deux Magots (Mauricio Macri doit ignorer ce que veut dire ce nom).

Ni une ni deux, la communauté argentine en France s’est enflammée et des appels à une « manifestation » contre le séjour de Macri en France ont fleuri sur les réseaux sociaux. Un collectif appelle à un rassemblement sur l’esplanade des Droits de l’Homme au Trocadéro, demain, lundi 3 août, à l’heure de sortie des bureaux, de 18h à 20h.

Le texte est intéressant : il est en espagnol mais il reprend le terme si français de "manifestation"
(en Argentine, on parle de protesta)
Si nos amis argentins connaissent bien le français, demain, face à la Tour Eiffel,
on devrait lire des panneaux du type " Macri, rends les deux magots"
le privé (celui du groupe familial, celui de ses amis qui ont profité sous sa présidence)
et le public (prêts indus de Banco Nacional, concession de la poste et des autoroutes, etc.)
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Cette colère, dont se font écho tous les quotidiens argentins, de quelque bord idéologique qu’ils soient, sauf La Prensa (qui, toute honte bue, préfère titrer sur le « régime soviétisé » qui s’appliquerait désormais au pays), s’est fait entendre jusque dans les couloirs feutrés du palace et la famille de l’ancien chef d’État a dû plier bagage et se réfugier chez des amis, qui possèdent un appartement dans ces mêmes beaux quartiers où le commun de la population ne met jamais les pieds. Mais ils ne devraient pas s’y attarder puisque Macri entendait « continuer sa quarantaine » (1) sur la Côte d’Azur, à Nice, jusqu’à la mi-août où il doit se rendre à Zurich, au siège de la FIFA.

Le pire de tout est qu’au milieu de la triple crise que traverse son pays, crise sanitaire, financière et sociale, il est entré en France avec son passeport italien puisqu’il a la double nationalité (ce qui en soi n’a rien de choquant : il est né en Argentine mais son père avait conservé sa nationalité italienne qu’il a transmise à sa descendance selon la loi péninsulaire). Il est donc européen et venant d’Argentine, il est passé par les postes de contrôle réservés aux passeports UE (ça va plus vite) et il peut se promener dans l’espace Schengen comme n’importe quel autre citoyen de la Botte. Dont acte. Mais tout de même, quelle impudence de sa part ! Répudier ainsi la nationalité du pays qu’il a eu l’honneur de diriger pendant quatre ans après en avoir dirigé la capitale pendant huit ans pour aller prendre du bon temps en France, quelle honte pour un homme qui, il y a neuf mois, réclamait encore les suffrages d’un peuple qui aujourd’hui ne sait pas comment il pourra survivre demain !

Dans les rangs de la droite argentine, cet insolent et luxueux voyage fait grincer bien des dents. Des hommes qui le soutenaient encore avant-hier ruent maintenant dans les brancards. Macri semble avoir perdu en quelques jours toute légitimité.

Il est donc temps pour lui de se reconvertir au football dans une fondation dont l’activité ne convainc personne (2). Après tout, il avait entamé sa conquête du pouvoir depuis la présidence du Club Boca Juniors, qui, peu avant le confinement, a tourné le dos au bureau dirigeant qui s’était mis en place après son départ pour les sphères politiques locales.

Pour en savoir plus :
lire l’article de Página/12 sur les réactions en Argentine
lire l’article de Página/12 sur les réactions en France
lire le billet d’opinion de Página/12 sur le cynisme des milliardaires profiteurs argentins



(1) Il se moque du monde et dans les grandes largeurs.
(2) La fondation de la FIFA a pour officiellement pour objet d’aider les pays en voie de développement à s’équiper d’infrastructures sportives dignes de ce nom. Comme ses réalisations dans ce domaine se comptent sur les doigts d’une main, de mauvaises langues émettent l’hypothèse qu’il pourrait s’agir en fait d’une lessiveuse financière ou d’un distributeur de cash à tous les potentats corruptibles du monde. Seules de vraies réalisations sur le terrain, notamment en Afrique et en Amérique latine, lèveraient cette hypothèque mais personne ne peut raisonnablement attendre de tels résultats d’un président qui, lorsqu’il était à la tête de son pays, avec tous les moyens d’un État à sa disposition, en fait l’usage que l’on sait : économie à terre, écart creusé entre les pauvres et les riches, augmentation de la pauvreté et précaires précipités dans l’indigence, enfin un taux d’inflation qui a plus que doublé en quatre ans d’un mandat catastrophique. A son crédit toutefois : l’institut national des statistiques est maintenant doté d’outils et de procédures de recueil de données et d’analyse tels que plus personne ne conteste ses rapports.

vendredi 31 juillet 2020

L’étrange voyage en Europe de l’ancien président [Actu]

Hier soir, à l’aéroport international de Ezeiza, Mauricio Macri a pris un vol Air France pour Paris, avec son épouse et leur fille d’une dizaine d’années. Officiellement, ils feront leur quatorzaine en France puis se rendront à Zurich, où il est censé prendre officiellement ses fonctions de président bénévole de la Fondation FIFA, auxquelles l’a nommé son ami Gianni Infantino.


Ce voyage, qui se voulait très discret (1), intervient à un moment curieux. D’abord parce qu’en Argentine, l’épidémie fait des ravages. On a déploré hier 153 morts, ce qui est le triple de ce qu’il y avait au début du mois, et cela paraissait déjà un chiffre énorme. Pour l’ancien président, cette indifférence à la situation de son pays a de quoi suffoquer ses anciens électeurs. Ensuite parce que l’alliance politique qu’il a fondée en 2014 entre les libéraux et les radicaux (les socio-démocrates ont disparu de la circulation il y a belle lurette) semble sur le point d’exploser à cause des désaccords de ses dirigeants qui naviguent à vue (2). Enfin parce que les instructions de la justice fédérale sur des scandales politico-économiques se resserrent autour de la personne de Mauricio Macri, puisque les perquisitions et les auditions diverses et variées le mettent directement de plus en plus en cause dans diverses malversations et mauvais usages des institutions d’État pendant son mandat présidentiel de 2015 jusqu’à l’année dernière.

A gauche, certains observateurs n’hésitent pas à évoquer une fuite à l’étranger (comme on l’avait déjà suggéré à la mi-juillet lorsqu’il était allé, en avion privé, au Paraguay pour des motifs très flous à un moment où les activités de football sont empêchées par la crise sanitaire, et plus tôt encore à la fin du mois de juin lorsqu'un ancien juge l'avait imaginé sur les ondes d'une radio de gauche appartenant au groupe Octubre).
Cette analyse se trouve noir sur blanc dans les colonnes de Página/12, le quotidien du même groupe médiatique, ce qui n’est pas pour étonner. Ce qui intrigue davantage, c’est que certains journaux de droite n’ont pas l’air d’en être très loin. Bien sûr, ils ne l’écrivent pas clairement mais les explications qu’ils invoquent pour justifier ce voyage ne sont ni très convaincantes ni très convaincues. Et comme tout le monde sait que pendant longtemps la Fifa a bénéficié de certains privilèges d’extraterritorialité et en bénéficie peut-être encore, l’idée que la famille soit en train de fuir la justice argentine flotte dans l’air. En effet, à quoi sert d’aller prendre ses fonctions à la Fifa si les activités sportives sont paralysées dans tous les pays et en particulier ceux où la fondation est censée exercer sa mission ?

Il est toutefois prévu que Macri rentre en Argentine à la fin du mois d’août.

Pour aller plus loin :
Sur les difficultés rencontrées récemment par Mauricio Macri :
lire l’article de Página/12 du 28 juillet sur le retournement de Alfredo Cornejo
lire l’article de Página/12 du 29 juillet sur les revers judiciaires subis par Mauricio Macri qui avait cherché en vain à empêcher que ses téléphones fassent l’objet de perquisitions techniques, lesquelles ont révélé des messages compromettants
lire l’article de Página/12 sur son site hier soir lorsque le départ en famille de Mauricio Macri a été connu.

Ajout du 1er août 2020 :
Arrivé à Paris, Macri fait bisquer ses compatriotes en étalant la liberté que lui offre sa fortune personnelle (voyager en Europe) et conteste la légitimité des mesures prises par le gouvernement. Il parle d’un régime sanitaire français "où l’on respecte la responsabilité des gens" (ce qui n’est pas le sentiment des Français qui maudissent l'inconstance de la communication gouvernementale et le mauvais exemple donné par tant de responsables mais un homme politique argentin peut dire à peu près n’importe quoi sur ce type de sujet car ses compatriotes sont très mal informés sur ce qui se passe vraiment en Europe, entre autres parce qu’ils sont peu nombreux à maîtriser une autre langue que la leur et n'ont donc que peu d'accès à des sources d'information hors du monde hispanophone). En parlant ainsi, il ment volontairement en oubliant de mentionner que le virus circule beaucoup activement en Amérique qu'en Europe et que notre "déconfinement" actuel vient après un pic épidémique qui a fait beaucoup de morts.
Le ministère de la Justice a tenté de remettre les pendules à l’heure en écartant l’hypothèse de la fuite (ce n’est pas une affaire judiciaire) et en dénonçant le cynisme de ce voyage en pleine crise (c’est une question d’éthique) :
lire l’article de Página/12 sur la réaction ministérielle
lire l’article de La Prensa sur les déclarations de Macri à Paris
lire l’article de Clarín sur les déclarations de Mauricio Macri
lire l’article de La Nación sur le programme de Mauricio Macri à Paris où il va vivre une « quarantaine » de pacotille aux yeux des Argentins (tandis qu’à son retour au pays, il faudra qu’il ne dépasse pas le seuil de sa maison – pas question d’aller faire un petit tour au musée comme il l'envisage en France)
lire l’article de La Nación sur les déclarations du ministère, où le quotidien se contente de reprendre la dépêche de l’agence Télam.

Ajout du 2 août 2020 :
lire mon article sur les réactions en Argentine et à Paris sur Barrio de Tango. Une manifestation est organisée pour protester contre la présence à Paris de Mauricio Macri dans des circonstances aussi critiques le lundi 3 août, esplanade des Droits de l'Homme, au Trocadéro, de 18h à 20h.



(1) La famille Macri a été la dernière à passer la douane et à prendre place à bord du Boeing 787 qui effectue cette liaison.
(2) Le leader de l’UCR, le parti radical, Alfredo Cornejo, ancien gouverneur de la province de Mendoza, menait jusqu’à présent une ligne dure, à côté de Patricia Bullrich. Depuis quelques jours, il semble virer de bord et tenter de se rapprocher de Horacio Rodríguez Larreta, le principal élu favorable à une ligne de dialogue démocratique avec les élus de la majorité nationale. Que Cornejo préfère désormais Larreta à Macri semble indiquer que le règne politique de Macri est bel et bien fini. Il est vrai aussi qu’il aurait été difficile pour lui de se remettre d’une défaite aussi écrasante que celle qu’il a subie l’année dernière. Si par-dessus cela, il doit comparaître au tribunal, cela fait beaucoup pour un homme qui avait fondé toute sa campagne électorale présidentielle de 2014 sur la lutte contre la supposée corruption généralisée des péronistes.

vendredi 10 avril 2020

Se procurer mes livres en temps de confinement [Disques & Livres]


Dans tous les pays où les librairies sont fermées (France, Belgique, Suisse, etc.), certains libraires ont monté un service de livraison de livres sur commande par téléphone, par mail ou via leur propre site de vente en ligne. Faisons-les vivre et privilégions ce moyen pour acheter des livres et aider toute la chaîne du livre à survivre (éditeurs, diffuseurs et distributeurs, auteurs, libraires, à défaut de pouvoir soutenir déjà les imprimeurs).

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Si vous ne trouvez pas de librairie offrant ce service, les Éditions du Jasmin pourront vous conseiller sur la marche à suivre et vous guider.

Mes livres restent donc commercialisés par l’éditeur que vous pouvez contacter via son site Internet (adresse mail dans la rubrique contact) ou sur sa page Facebook. Un règlement en ligne a été mis en place par tous les acteurs qui continuent leur activité en mode confinement (virement en ligne, paiement sécurisé par carte bancaire, Paypal, etc. chaque vendeur ayant mis en place ses propres modalités).

Les prix de mes livres s'étalent de 12,90 € (Contes animaliers d'Argentine) à 24,90 € (Barrio de Tango, San Martín par lui-même et par ses contemporains, Belgrano - L'inventeur de l'Argentine et Tango Negro, co-écrit avec Juan Carlos Cáceres). Vous pouvez accéder aux articles relatifs à chaque livre en cliquant sur sa couverture dans la Colonne de Droite de ce blog.


Mes deux ouvrages sur San Martín, la biographie et la sélection de textes historiques, sont disponibles en format numérique (E-book) notamment auprès de Les Libraires.fr, un site de vente en ligne de livres monté par plusieurs institutions officielles du secteur, dont le CNL (Centre National du Livre), pour faire pièce à certain géant états-unien qui cherche à casser nos économies nationales dans tous les secteurs et s’imposer comme un monopole ou un arbitre incontournable au détriment de nos souverainetés.
Sur Les Libraires.fr, le paiement sécurisé est garanti.

mercredi 29 janvier 2020

Les habits neufs de Mauricio Macri [ici]

Página/12 a fait très fort ce matin avec cette une qui demande un décryptage carabiné !
En rouge : "Grâce à la FIFA, Macri échange Panamá pour la Suisse"
En noir : "Une chaise longue offshore"
La 1ère phrase fait référence aux Panamá Papers où on a retrouvé le nom de Macri
au lendemain de sa prise de fonction à la Casa Rosada.
La photo et le gros titre font allusion à ces nombreuses photos de vacances
où Macri s'est mis en scène sur Twitter
plusieurs fois par an, souriant, décontracté, sur une chaise
au cours de très nombreux jours de repos, le plus souvent dans le nord de la Patagonie

C’est le dernier scandale en date de l’été argentin : on sait enfin ce que Mauricio Macri va faire de son temps libre, lui qui, après la passation de pouvoir à Alberto Fernández, était parti passer de longues vacances en Europe. Le président de la FIFA, Gianni Infantino, vient de le nommer à la tête de la Fondation de l’organisation.

Voilà donc un ancien chef d’État d'un pays démocratique, Mauricio Macri, qui, en arrivant à la Casa Rosada, le palais présidentiel, en décembre 2015, avait reçu un pays en convalescence économique, en très bonne voie de désendettement et doté d’un fort taux de croissance, le tout avec une inflation d’environ 25 % l’an. A tous ceux qui voulaient l’entendre, il proclamait, sur un ton de donneur de leçon, que la majorité antérieure était un repaire de voleurs et de corrompus dont l’inflation révélait l’incapacité à gouverner. Le 10 décembre dernier, après quatre ans de mandat, il a, en quittant le pouvoir, laissé un pays à nouveau endetté pour au moins une génération, dont il a mis en miettes le tissu de PME et les services publics, dont il a privé d’investissement les secteurs non-marchands qui préparent l’avenir d’un pays (recherche, santé, éducation, culture). Le taux d’inflation, ce bon apôtre l’a porté à 53,8 % l'an (pire qu'au plus fort de la crise de 2001) et en ce mois de janvier, on n’en finit pas de découvrir les pots-aux-roses de la biodiversité des magouilles : prêts plus que rondelets accordés sur les deniers publics à des amis contre toutes les règles financières en vigueur, dettes fiscales et sociales de la holding de papa (qu’il a osé incriminer au surlendemain de sa mort) et projets de développement annoncés à grand renfort de promesses électorales… jamais tenues.
Bref, un désastre politique et social et un pays ruiné.

Clarín, pourtant plus footeux que Página/12,
a relégué l'info dans l'un des petits titres de la colonne droite
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Et c’est ce même bonhomme qui se voit confier à présent la présidence d’un organisme fondé en 2018 par la FIFA pour, prétend-elle, mener des projets de développement social grâce au sport et de s opérations de mise aux normes de stades dans des pays qui n’ont pas les moyens d’avoir des infrastructures à la hauteur des exigences internationales. C’est-à-dire tout ce que Macri s’est refusé à faire dans son pays pendant sa présidence, voire ce qu’il a volontairement dégradé dans ce qui, dans ce domaine, fonctionnait bien.

Tout le monde du football argentin est vent debout contre cette nomination qui est interprétée comme un bras d’honneur de la FIFA au peuple argentin et qui peut dire sérieusement que ce n’est pas le cas ? Diego Maradona (surnommé D10s) a publiquement appelé l’organisation internationale « à flanquer dehors ce jean-foutre ». Quant au président de la fédération argentine, il se dit scandalisé. Même le Club Boca Juniors (1), que Mauricio Macri a présidé dans une vie antérieure et où a joué Diego Maradona dans ces débuts (2), a exprimé un désaccord sans équivoque.

Image pieuse du culte de D10s (prononcez Dios ou Diez, soit Dix)
un culte patriotique anti-Fifa

Mais que va faire Macri dans cette galère ? La présidence de la Fondation FIFA est un poste honorifique, sans rémunération (officiellement en tout cas) et à temps partiel. Mais il permet de faire le tour du monde aux frais du roi de Prusse et de rencontrer tous les chefs d’État sur toute la planète, dans les pays riches pour aller collecter de l’argent et dans les autres pour faire semblant d’en distribuer. Il va ainsi pouvoir maintenir et développer son réseau dans les cercles du pouvoir à l’échelle mondiale. Il nous rejoue donc le coup du Boca Juniors quand la présidence du club lui avait servi à s’élancer dans la carrière politique. Et dans quatre ans, on le reverra sans doute débarquer dans l’élection présidentielle.

Avec cette nomination obscène, Infantino démontre sans doute que cette fondation n’est pas là pour aider. Elle n’existe que pour faire semblant et dédouaner la FIFA qui reste cette organisation vénale, antidémocratique, antisociale et cynique qu’elle était sous la présidence d’Havelange.

Prions donc le "Diego Nuestro" de l’église Maradonienne. Il est à peine daté et tout est dit (avec humour, ce qui ne gâche rien).

Diego nuestro que estas en la tierra,
santificada sea tu zurda,
Venga a nosotros tu magia,
háganse tus goles recordar,
así en la tierra como en el cielo.
Danos hoy una alegría en este día,
y perdona aquellos periodistas
así como nosotros perdonamos
a la mafia napolitana.
No nos dejes manchar la pelota
y líbranos de Havelange.
Diego

Notre Diego qui est sur la terre,
que ta gauche soit sanctifiée,
que ta magie vienne
que tes buts soient célébrés
sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui une joie en ce jour
et pardonne à ces journalistes
comme nous-mêmes nous pardonnons
à la mafia napolitaine.
Ne nous laisse pas entacher le ballon
mais délivre-nous de Havelange
Diego
Traduction © Denise Anne Clavilier



Pour aller plus loin :
consulter le site Internet de l’Église Maradonienne (une blague de potaches, pas une secte)


Ajouts du 30 janvier 2020 :
lire cet éditorial de Página/12 sur le camouflet infligé par la FIFA à l'Argentine et à ses instances sportives à travers cette nomination qui reflète l'entregent mondain de Macri (et les complicités politiques entre dirigeants internationaux) et non pas ses compétences sociales et sportives
lire cet entrefilet de Página/12 sur les déclarations assassines de l'ancien partenaire de formule présidentielle de Mauricio Macri, le péroniste renégat Miguel Angel Pichetto, qui demande à l'ancien chef d'Etat de se taire (au lieu d'accuser ses ministres du niveau d'endettement du pays) et qui fait semblant de se réjouir qu'on l'ait nommé à la tête de la FIFA Foundation et non pas à la tête de la Banque Mondiale.



(1) Aux dernières élections, à la fin de l’année dernière, les sociétaires du club ont renversé l’équipe dirigeante de la ligne Macri au profit d’une liste de l’opposition.
(2) Ces deux-là ne peuvent pas se voir en peinture.