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mercredi 29 décembre 2010

Agissements maffieux dans le sud de Buenos Aires ? [Actu]

L'un des squatts emblématiques liés aux émeutes de Villa Soldati au début du mois vient de trouver un curieux dénouement. Une trentaine de personnes s'étaient en effet installées sur un terrain public dont la République Argentine laissait l'usufruit au Club Albariño du quartier de Villa Lugano, ce club dont l'un des dirigeants avait été désigné par Página/12 il y a quelques jours comme mêlé aux agitateurs du Parque Indoaméricano à Villa Soldati (voir mon article du 15 décembre 2010 à ce sujet). Ces squatteurs, qui avaient toujours répondu non à toutes les offres de négociation du Gouvernement fédéral et refusé les propositions d'examen de logement qui leur étaient faites, ont pris la fuite dans la nuit après que la police s'est mise en devoir d'exécuter les 16 mandats d'arrêt délivrés par la justice contre certains d'entre eux. 5 arrestations ont tout de même été réalisées, ce qui porte à 7 le nombre de personnes écrouées dans cette affaire (il y avait déjà eu deux arrestations préalables, celle d'un Argentin de 45 ans et celle d'un Paraguayen de 26 ans).

Les actes d'instruction réalisés par les forces de l'ordre et la justice ferait apparaître les dessous douteux de toute l'affaire : un gang d'escrocs, avec des casiers judiciaires plus vraiment vierges, aurait monté l'occupation des lieux en promettant des actes de vente des terrains ainsi squattés, sous couvert de liens privilégiés qu'ils auraient entretenus (ou qu'ils entretenaient) avec tels ou tels hauts responsables des services techniques de la Ville de Buenos Aires. Or ces derniers temps, les scandales de corruption ont si bien éclaboussé la gestion des affaires immobilières dans la Ville de Buenos Aires que de telles protections ont pu paraître crédibles à une population pauvre qui n'a plus les moyens de se loger à Buenos Aires. Le Gouvernement actuel de la Ville Autonome de Buenos Aires favorise en effet la spéculation immobilière et les projets des promoteurs en direction des entrprises et des classes aisées et fortunées. Les escrocs auraient ainsi engrangé des dessous de table, d'un montant qui se situerait entre 300 000 et 500 000 pesos argentins, pour garantir à des gens démunis l'attribution d'un titre de propriété imaginaire.

Ce qui ajoute bien sûr de l'eau au moulin du Gouvernement, qui continue de dire par la bouche de la nouvelle Ministre de la Sécurité que tous ces troubles à l'ordre public servent bien les intérêts politique de l'opposition, représentée par Mauricio Macri, lequel s'est opposé il y a encore quelques jours au fait que la Police ne soit pas armée lors de ses interventions dans de telles situations (1).

Dans l'autre affaire d'opération de maintien de l'ordre à bavure mortelle, celle de la mort du militant du Partido Obrero Mariano Esteban Ferreyra, l'enquête avance : ce sont maintenant 7 inculpés qui sont sous les verroux. Ils sont poursuivis pour homicide qualifié et tentative d'homicide qualifié. Ils risquent la prison à perpétuité (voir mes articles sur la mort de cet ouvrier à la mi-octobre 2010).

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 sur l'affaire du Club Albariño
lire l'article de Página/12 sur les suites de l'enquête sur le meurtre de Ferreyra
(Página/12 est pro-gouvernemental)
lire l'article de Clarín sur l'affaire du Club Albariño
lire l'article de Clarín sur les suites de l'enquête sur le meurtre de Ferreyra
(Clarín est violemment hostile à la Présidente de la République)
lire l'article de La Nación sur l'affaire du Club Albariño
lire l'article de La Nación sur les suites de l'enquête sur le meurtre de Ferreyra
(La Nación est un journal d'opposition, libéral, mais qui prend peu à peu des distances avec la personne et la politique de Mauricio Macri, dont il soutenait la campagne électorale en 2007).

(1) Au début du mois, des échanges de coups de feu ont causé la mort de deux manifestants immigrés lors d'une opération de maintien de l'ordre monté conjointement par la Police Fédérale et la Police Métropolitaine (celle qui dépend du Gouvernement de la Ville de Buenos Aires). Il s'en était suivi un retrait complet de la Police Fédérale, qui n'a plus apporté son soutien aux opérations relevant du maintien de l'ordre autour du campement illégal de Villa Soldati, au sud de la capitale argentine, et des déclarations fortes du Gouvernement fédéral sur la nécessité de traiter ces occupations illégales de manière pacifique. Ce qui finit par arriver lorsque la Gendarmerie se déploya avec les grands moyens autour du campement, le temps que ses occupants soient recensés par les services sociaux fédéraux, au grand dam de Mauricio Macri, qui n'avait pas de mots assez durs pour discréditer la politique menée au niveau fédéral. Voir l'ensemble de mes articles sur cette successions de faits divers et de manifestations en cliquant sur le mot-clé Villa Soldati dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus.

mercredi 15 décembre 2010

Un plan de construction de logements conjoint [Actu]

Le Parque Indoamericano a maintenant été libéré, pacifiquement, par les immigrants illégaux qui y avaient installé un campement de fortune, faute de trouver une autre possibilité de se loger dans Buenos Aires dont la politique en la matière est pour le moins très défavorable aux pauvres, qui sont ainsi poussés à s'installer dans la banlieue. Sans doute espéraient-ils bénéficier d'une étrange jurisprudence qui a permis dans le passé à des squatteurs d'être reconnus comme propriétaires du lieu occupé à raison de l'ancienneté de l'occupation. Ce qui est un des éléments qui expliquent la colère des riverains, peu disposés à voir s'installer pour un temps indéterminé des gens (étrangers ou non) sur un espace vert public, transformé en bidonville, sale et malodorant à l'orée de l'été (toujours caniculaire et humide dans une capitale argentine, qui plus est, hyper-polluée).

La crise aboutit à la conclusion d'un accord entre le Gouvernement fédéral (péroniste) et le Gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires (libéral) sous la forme d'un projet de construction de logements co-financés sur le territoire de la Capitale. Les personnes qui auront occupé illégalement des espaces publics ou privés ne pourront se porter candidates sur ces logements, ce qui exclut de fait du plan tous les immigrés recensés sur le Parque Indoamericano (5866 personnes) et les 13 000 personnes qui ont pris d'assaut, la semaine dernière et au début de cette semaine, des lieux à l'abandon autour du Parc dans Villa Soldati ainsi qu'à Villa Lugano et à Barracas, deux quartiers voisins. De plus il faudra justifier de deux ans de résidence en Argentine pour pouvoir accéder à un des appartements construits à travers ce plan, deux exigences du Gouvernement portègne.

L'opposition au Gouvernement national voit dans la signature de cet accord la défaite du Gouvernement, qui aurait dû accepter les conditions de Mauricio Macri. La majorité y voit une défaite de Macri, qui est obligé de mettre de l'argent dans un projet immobilier social, lui qui n'a pas cessé de faire reculer les investissements publics portègnes dans ce domaine. Bref, chacun voit midi à sa porte.

Página/12 présentait ce matin tout un dossier sur cette conclusion, dont un article portant sur la baisse régulière du budget de la construction de logements sociaux à Buenos Aires sous le mandat de Mauricio Macri et un autre sur le rapport que le premier ministre portègne vient de faire des actions de son gouvernement devant une Legislatura qui lui a fait passer un très mauvais quart d'heure sur les nombreuses irrégularités de cette gestion.

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 sur l'accord de construction
lire l'article de Página/12 sur le budget construction à Buenos Aires
lire l'article de Página/12 sur l'audition devant la Legislatura
lire l'article de Clarín sur la libération du Parque Indoamericano
lire l'article de Clarín sur l'accord de construction
lire l'article de La Nación sur la libération du Parque Indoamericano
lire l'article de La Nación sur l'accord de construction.

Enquête de Página/12 sur l'existence des provocateurs à Villa Soldati [Actu]

Hier matin, le quotidien de gauche pro-gouvernemental Página/12 (voir l'image de la une, ci-contre) publiait une enquête faite sur le terrain sur les provocateurs infiltrés parmi les insurgés argentins de Villa Soldati. Très tôt, au début des émeutes, il est apparu clairement que les événements étaient manipulés et que la violence physique inouïe qui se déployait autour et contre les squatteurs du parc de ce quartier pauvre du sud de Buenos Aires était l'oeuvre de boutefeux au service d'intérêts politiques peu acquis à la démocratie.

Et en effet, Página/12 met en cause dans son article le président d'un club de foot voisin et a pu identifier l'équipe d'hommes de main qu'il a manipulé pendant les émeutes. Les journalistes ont même photographié l'un des caïds d'une bande organisée (patota) en train de rendre compte à ce satrape footeux, qui venait faire un tour au volant d'une belle voiture rutilante du côté du champ de bataille.

Il semble que des groupes de supporters, modèle hooligans, des clubs Boca Juniors, Deportivo Español, Huracán et Nueva Chicago, soient impliqués dans les violences dirigées contre les immigrants installés dans le Parque Indoamericano. Ces quatre clubs sont du sud de Buenos Aires, dans des quartiers parmi les plus désolés de la ville. D'ailleurs, des hooligans aux couleurs du Huracán s'étaient déjà livrés à la police à la fin de la semaine dernière, après avoir été reconnus sur des vidéos les armes à la main.

Les groupes de supporters, les hinchas, sont souvent des gens sans histoire, simples amateurs de football et membres d'un club. L'immense majorité des hommes sont membres d'un club et de très nombreuses femmes aussi. Mais il existe à côté des supporters légaux et paisibles des groupes de délinquants qui s'inscrivent comme hinchas et s'organisent en bandes violentes, parfois sous le contrôle et au bénéfice d'un président de club, le leur ou un autre, qui utilisent leur organisation, leur violence et leur peu de cervelle à des fins qui n'ont qu'un très lointain rapport avec le foot ou n'importe quelle autre activité du club, lequel propose toujours une multitude d'autres choses que du foot. Boca Juniors par exemple, qu'a longtemps présidé Mauricio Macri avant de devenir le Chef du Gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires, propose à ses adhérents des tas de sports collectifs, une école pour leurs enfants, un centre médical gratuit, un restaurant social (comedor) etc. Autrement dit, les clubs sont des institutions de rêve pour des hommes politiques soucieux de se clientéliser un certain électorat dans les couches populaires, en s'appuyant sur les difficultés quotidiennes que rencontrent ces travailleurs humbles et le peu de temps qu'ils ont à consacrer à l'analyse de la politique et de l'actualité. Ils peuvent ainsi se servir des bandes violentes commme de service d'ordre, de gardiennage ou de milice privée. C'est une vieille tradition qui, sous cette forme, remonte au moins à la Generacion del 80, il y a 130 ans d'ici...

Malgré l'accumulation des preuves, l'opposition au Gouvernement national persiste à dénoncer les insinuations de complot qui ont surgi dès le milieu de la semaine dernière et qui se sont transformées dans la bouche du Premier Ministre Aníbal Fernández en véritables accusations. Le Premier Ministre n'a toutefois jamais désigné nommément aucun coupable. Après la mort de Néstor Kirchner, à la fin octobre (voir mes articles sur ce décès et ses suites politiques), il fallait s'attendre à une tentative, plus ou moins rapide, de déstabilisation de la Présidente. Les émeutes surgissent très peu de temps après les fuites de Wikileaks qui ont livré, en Argentine aussi, leur lot de câbles américains discourtois et inélégants envers la Présidente, son mari défunt, leur famille personnelle et politique, et alors que s'amorce la campagne électorale pour la présidentielle et les législatives nationales (mi-2011). Déjà deux candidats à la Présidence se sont officiellement fait connaître : l'éternelle Elisa Carrió, qui a déjà perdu deux fois, battue à plate couture par Néstor Kirchner en 2003 et par Cristina Fernández de Kirchner en 2007 (sa crédibilité a fondu comme neige au soleil tout au long du présent mandat) et le cinéaste et sénateur Fernando Pino Solanas, dont j'ai déjà parlé de la candidature au début de ce mois. Il a fort peu de chance de l'emporter mais, à l'inverse de Elisa Carrió, sa crédibilité politique ne cesse de croître. Or depuis qu'elle est veuve et qui plus est veuve très digne, il est devenu beaucoup trop indécent pour l'opposition de s'en prendre à Cristina trop directement. Elle bénéfice d'un très fort soutien populaire, elle a reçu celui des Chefs d'Etat des pays voisins. S'attaquer à elle directement serait donc très contre-productif, qu'une telle attaque vienne de la droite libérale (type Mauricio Macri), du centre-gauche (UCR) ou même de la gauche (type Solanas). Et bien sûr, pour discréditer Cristina, plus question désormais de mettre en doute l'honnêteté de son mari ni de suggérer que c'est lui qui gouverne en sous main, comme le faisait la droite jusqu'au 27 octobre dernier. La mort de Néstor Kirchner a ainsi laissé l'opposition désarmée, ce que La Nación, quotidien de la droite libérale, avait analysé dès le début du mois de novembre en publiant un édito qui titrait que Néstor Kirchner avait laissé "deux veuves, sa femme et l'opposition".

L'avenir nous dira si cette opposition, de droite ou non, pourra exploiter les incidents sanglants de Villa Soldati pour déconsidérer la Présidente dont les sondages, quelques jours après les obsèques de l'ancien Président, montraient qu'elle rassemblait la majorité des intentions de vote (voir mon article du 11 novembre 2010 à ce sujet).

Pour connaître le contenu de l'enquête de Página/12 sur les pertubateurs, lire l'article de l'édition du 14 décembre 2010.
Pour lire l'ensemble des articles relatifs à ces événements dans Barrio de Tango, ce blog, cliquez sur le mot-clé Villa Soldati dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus.

mardi 14 décembre 2010

Le lynchage de vendredi : un Timisoara argentin ? [Actu]

Samedi, je vous parlais du lynchage d'un jeune immigrant qui avait été tiré de l'ambulance qui le conduisait à l'hôpital par un groupe de provocateurs probables qui l'aurait abattu (lire mon article du 11 décembre 2010). Je vous avais signalé les détails inhabituels qui m'avaient sauté aux yeux à la consultation des journaux : un homme dont était donné l'âge mais ni l'identité ni la nationalité (alors que son âge en faisait un majeur selon la loi argentine), le témoignage d'un médecin dont on ne savait pas à quel titre il avait assisté à l'agression (puisque le SAME, le service d'intervention médicale d'urgence, avait dit que le médecin envoyé sur place avait, lui, dû être hospitalisé en état de choc), et puis cette photo étonnante d'un corps ensanglanté au milieu d'un cercle de voyeurs, sans proche parent ni ami manifestant près de lui sa douleur de sa mort ou son angoisse pour sa santé, situation peu ordinaire dans la presse argentine et hispanique en général qui n'est jamais avare d'images choc en la matière. On l'a vu d'ailleurs avec d'autres images, celle de cette Bolivienne éplorée qui cherchait son mari et dont pas une expression d'angoisse ne nous aura été cachée.

Dès ce week-end, des bruits couraient selon lesquels cet incident d'une violence inouïe n'aurait en fait jamais existé.

La lecture des journaux aujourd'hui n'apporte pas encore de réponse définitive à cette importante question : y-a-t-il eu un lynchage, oui ou non ? La survenue d'un lynchage et qui plus est de celui d'un blessé déjà en route vers un hôpital n'est pas un événement anodin dans un phénomène d'émeutes urbaines comme celui qui vient de secouer Buenos Aires. Si lynchage il y a eu, qui s'en est rendu coupable ? Un petit groupe d'Argentins pauvres pris soudain d'un coup de folie (où avaient-ils trouvé les armes de poing dont ils étaient armés, d'où leur venait cette rage de pointer leur flingue contre l'ambulancier pour arrêter le véhicule et oser en extirper physiquement le blessé sous les yeux des soignants pour l'assassiner de sang-froid ?) ou une bande de gros bras payés pour créer l'incident capable de faire basculer le quartier dans l'anarchie la plus complète ? Et si le lynchage est une falsification et un trucage, alors à qui profite la supercherie ? Contre qui a-t-elle été montée ? Contre le Gouvernement Fédéral ou contre le Gouvernement portègne ? Et pourquoi l'honorable Directeur du SAME (Sistema de Atención Médica de Emergencia) aurait-il fait une fausse déclaration d'une telle teneur à la presse ? (1).

La lecture des journaux de ce matin n'apporte donc aucun éclairage. On se noie entre les déclarations contradictoires et variantes de l'association des Boliviens à Buenos Aires qui prétend qu'il y a eu lynchage puis se rétracte, du Procureur, qui dément avoir été saisi d'une telle affaire, et du directeur de la morgue qui déclare n'avoir jamais reçu un corps correspondant à la série de photos publiées par la presse samedi matin. Des parents (boliviens) du prétendu mort disent qu'il l'ont rencontré depuis et qu'il se porte comme un charme mais l'intéressé lui ne se montre en public, debout et vivant. Un ensemble de détails a retenu mon attention aujourd'hui : c'est le journal Página/12 qui a mis le plus l'accent sur le lynchage samedi et une certaine émotion régnait même dans la rédaction ce jour-là puisque, fait rarissime, les liens internet avaient été intervertis entre plusieurs articles et leurs titres respectifs sur le site du quotidien. C'est Clarín et La Nación qui avaient relégué l'info au second plan pour porter l'accent sur d'autres aspects du conflit. Or Página/12 est favorable au Gouvernement péroniste de Cristina Kirchner. Clarín et La Nación lui sont (très) hostiles, chacun pour des motifs différents. Il se trouve que c'est Página/12 qui donne ce matin l'information la plus fournie et la plus fouillée dans son article de ce matin sur son site en mettant en évidence les contradictions et les incohérences entre les déclarations divergentes des personnes autorisées. Hier soir, dans sa dernière mise à jour sur son site à 22h18, disponible ce matin encore (heure de Paris), Clarín annonçait, lui, en titre d'article, la confirmation du lynchage. Quant à son gros titre principal, toujours à la dernière heure hier soir (22h18), il était rédigé d'une manière soigneusement ambiguë : "Les tensions dûes aux squatts continuent : on annonce qu'il y a plus de 13 000 squatteurs à Villa Soldati". Or en s'exprimant ainsi, Clarín joue sur les mots : quand le lecteur lit "Villa Soldati", dans le contexte actuel, il comprend immédiatement "Parque Indoamericano" et non pas "totalité du territoire du quartier de Villa Soldati".

Selon les chiffres du Ministère du Développement Social, le décompte qu'ils ont effectués dans le campement de fortune du Parque Indoamericano s'élève à 5866 personnes, ce qui est déjà beaucoup et plus qu'on ne pensait.

Je vous laisse donc vous faire votre propre idée sur ce qui a pu se passer et sur la fiabilité du traitement de l'information de chacun des deux rédactions concurrentes de Página/12 et de Clarín :
lire l'article de Página/12 (édition de ce matin, à l'aurore)
lire l'article de Clarín (dernière édition d'hier soir)
voir le site du SAME portègne.

Ajout du 15 décembre 2010 :
Le Gouvernement a annoncé que Julio Valero s'est manifesté. Il est vivant. Il s'était réfugié chez un ami de peur que la police argentine le recherche. Il s'agissait donc bien d'une désinformation volontaire auquel le Directeur du SAME (qui dépend du Gouvernement portègne) a participé (volontairement ou à son insu) puisqu'il a raconté n'importe quoi à la presse et les photos présentées samedi à la une de tous les journaux, de la majorité comme de l'opposition, doivent être des montages ou des mises en scène. Ce sont des journaux de l'opposition qui se font l'écho des propos du Premier Ministre, tenus ce matin à la télévision.
Lire l'entrefilet de La Nación du 15/12/10.
Lire l'article de La Razón du 15/12/10

(1) Le SAME à Buenos Aires dépend bien entendu des pouvoirs publics locaux, comme chaque SAME. En aucun cas, il ne peut dépendre du système fédéral. C'est l'échelon provincial, au plus près du terrain, qui gère ce service. A Buenos Aires, le niveau local est le Gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires (représenté par son sigle argentin GCBA dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus).

lundi 13 décembre 2010

Le Gouvernement fédéral s'occupe des immigrants de Villa Soldati [Actu]

Devant le refus ou l'incapacité du Gouvernement portègne (1) d'apporter une solution à la crise aiguë qui dure depuis mardi dernier autour du Parque Indoamericano du quartier de Villa Soldati, le Gouvernement fédéral a envoyé ce week-end la gendarmerie se déployer autour du parc, lequel ressemble plus (on l'a vu dans mon article de samedi) à un terrain vague qu'à un parc tel que nous l'imaginerions en Europe occidentale. Les forces de l'ordre forment donc désormais un cordon de sécurité entre les immigrants étrangers, boliviens pour la plupart, qui ont installé là un campement de fortune sans autorisation, et les groupes plus ou moins organisés qui continuent à semer le trouble tout autour. Hier à la tombée du jour, des groupes ont harcelé les gendarmes pour tenter de les déloger de leur position et d'attaquer à nouveau les squatteurs du parc. Les forces de l'ordre ont dû les chasser à coup de gaz lacrymogènes.

Il est donc de plus en plus improbable que les émeutes aient atteint un tel degré de violence, jeudi et vendredi, par la seule réaction d'une population riveraine excédée par les nuisances (non négligeables en plein été) entraînées par ce campement sauvage sur un terrain non viabilisé. De toute évidence, il y avait parmi les émeutiers qui s'en sont pris aux immigrés des provocateurs qui avaient mission d'envenimer la situation. Peut-être a-t-on d'ailleurs assisté ainsi, sous couvert d'une pseudo-jacquerie spontanée, à un test de la part d'une partie non démocratique de l'opposition qui cherchait à éprouver ou à affaiblir la solidité du pouvoir en place après la mort récente, le 27 octobre dernier, de Néstor Kirchner, l'homme fort du Partido Justicialista, celui de la Présidente (voir l'ensemble de mes articles sur ce décès et ses suites). On a beaucoup dit que Néstor Kirchner était resté le vrai gouvernant et que sa femme, la Présidente actuelle, n'était qu'un prête-nom, une marionnette dont il tirait toutes les ficelles. S'il s'agit bien d'une telle tentative, les factieux se seront sans doute cassé les dents. Mais leur tentative, si c'en est bien une, aura tout de même fait au moins trois morts du côté des immigrés (peut-être quatre) et une dizaine de blessés, dont deux femmes policiers. Sans compter une victime politique potentielle, le premier ministre actuel, Aníbal Fernández, qui voit arriver au Gouvernement un super-ministère de la Sécurité à la tête duquel vient d'être nommée Nilda Garré, qui n'est pas précisément une amie à lui...

A Villa Soldati pendant ce temps, protégés par le cordon de gendarmerie, les services du Ministère du Développement social, dont le Ministre n'est autre que Alicia Kirchner, la propre soeur de Néstor Kirchner, ont commencé à recenser les immigrés. Selon le quotidien de gauche Página/12 ce matin, ils sont environ 5000. Et c'est déjà énorme sur un tel terrain. Le quotidien concurrent Clarín avance, quant à lui, le chiffre de 4000 personnes. Une juge de la Ville Autonome de Buenos Aires a réalisé une inspection pour s'assurer que les moyens d'hygiène ont été déployés sur le terrain : accès à l'eau courante et toilettes, le minimum vital qui est installé lors des grands rassemblements festifs, qui sont souvent beaucoup plus peuplés que le campement du Parque Indoamericano.

Comme très souvent, les média français (2) ont été très en dessous de leur devoir d'information (entrefilets dans la presse écrite et reportages d'une minute dans l'audiovisuel) : le même reportage passant sur toutes les chaînes (je l'ai vu hier sur France 3, télévision publique, et ce soir sur LCI, télévision privée) et le Parque Indoamericano comparé au Bois de Boulogne à Paris (quand on sait que le Bois de Boulogne est un des coins les plus huppés de la capitale française !). Les incidents ont été décrits de manière très imprécise et surtout sans contextualisation aucune, comme un fait divers sorti de nulle part. Les journalistes ont parlé de l'Argentine en lui appliquant le modèle d'un pays centralisé (ce qu'elle n'est pas), où les processus de décision seraient semblables à ceux qui existent en France où le maintien de l'ordre est du ressort du seul Gouvernement (central par la force des choses puisque la France n'est pas un état fédéral). En utilisant ainsi un modèle qui n'est pas celui de l'Argentine, en parlant de Mauricio Macri comme du "maire de Buenos Aires", une ville qui justement n'a pas un maire mais un gouvernement autonome, les media français ont ainsi, de manière parfaitement déloyale et pour la seule raison qu'ils voulaient ne pas consacrer trop de temps ou trop de place à cette information, mis en cause le Gouvernement argentin, dont ils ont prétendu qu'il avait attendu 4 jours avant d'envoyer les forces de l'ordre. C'est tout à fait inexact. L'Argentine est un Etat fédéral. La ville de Buenos Aires est une entité autonome au sien de cet Etat fédéral. Aussi le maintien de l'ordre dans cette affaire relevait-il d'abord du Gouvernement Portègne (le gouverment de la ville autonome, qui n'a donc pas de maire). C'est la défaillance de celui-ci, voulue ou subie -peu importe en l'occurrence- qui a obligé le niveau fédéral à prendre en main la situation. Ce qui n'est pas tout à fait normal. Si la ville de Buenos Aires revendique son autonomie, et Dieu sait si dans l'histoire argentine elle l'a réclamée - et à corps et à cris encore ! - et précisément contre le Gouvernement fédéral, alors elle devrait être en mesure d'en assumer toutes les conséquences (et non pas n'en prendre que les avantages pour laisser au Gouvernement fédéral le soin de se dépatouiller tout seul avec les ennuis). Elle aurait dû pouvoir et vouloir étouffer dans l'oeuf ces incidents dès mardi soir. Pourtant, des observateurs ont pu rapporter que la Police Métropolitaine (celle qui dépend de la Ville) est restée les bras croisés à compter les coups dans la journée de vendredi (voir mes articles précédents sur ces émeutes en cliquant sur le mot-clé Villa Soldati dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus). Et cela, les médias français l'ont passé sous silence, préférant faire de l'Argentine et de sa capitale le portrait d'un pays sauvage (qui n'existe bien évidemment pas), dont les habitants s'étriperaient pour un oui ou pour un non, dans des guerres tribales incompréhensibles et qui ne méritent donc pas que les media du nord prennent la peine d'essayer d'y voir clair un tant soit peu. J'aurais préféré, pour ma part, que les média français s'abstiennent de mentionner l'événement plutôt que d'en faire cette caricature, la même qu'ils utilisent pour nous rapporter les émeutes et les conflits qui endeuillent si souvent le continent africain. Cette déclinaison contemporaine de la prétendue supériorité coloniale européenne sur le reste du monde est odieuse et insupportable.
Indigne de la France et du très haut degré d'estime dans lequel sa presse est tenue en Argentine même.

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12
lire l'article de Clarín
lire l'article de La Nación

(1) Pour le moment, la qualification de "refus" ou d'"incapacité" dépend beaucoup de la position politique de la personne qui fait l'analyse. Dans l'ensemble, l'opposition portègne (la gauche pour le dire vite) estime que Mauricio Macri a refusé toutes les solutions qui lui étaient proposées tandis que la droite (il est difficile de parler de majorité à Buenos Aires car même les quotidiens de droite sont en passe de lâcher Macri) a tendance à dire (et c'est de plus en plus avec le temps une tendance plus qu'une conviction affirmée) que Macri a été placé par le Gouvernement fédéral dans l'impossibilité d'adopter des solutions. En général, la droite a tendance à prêter au Gouvernement les intentions les plus noires ou la plus épouvantable des incompétences. Mais le fléau de la balance penche de plus en plus en faveur du Gouvernement fédéral parce que, depuis trois ans qu'il est à la tête de la Ville de Buenos Aires, Mauricio Macri collectionne objectivement les scandales et les procès au pénal, dans lesquels il est soupçonné de très graves irrégularités dans l'exercice de ses fonctions électives, jusques et y compris plusieurs violations des droits de l'homme : écoutes téléphoniques illégales au détriment de victimes d'un attentat (l'un de ses ministres est impliqué aussi, celui-là même qui aurait dû mettre un terme aux émeutes et que personne n'a vu sur le terrain, ni avant ni pendant ni après), création d'une milice composée de barbouzes et autres gros bras ayant pour objectif de faire fuir les sans-abris hors de la ville à force d'agressions physiques et nocturnes, nominations de partisans de l'ancienne Dictature à certains postes-clés de l'administration portègne (directeur de l'Ecole de Police, ministre de l'Education...), recrutement de plusieurs repris de justice dans les rangs de la Police Métropolitaine, un ancien responsable de la sécurité actuellement en prison, des conflits sociaux dans tous les sens, notamment parce que des fonctionnaires territoriaux sont payés au lance-pierre, j'en passe et des pires. Force est de constater qu'en dépit des tentatives acharnées en ce sens de la part de la part de la droite, il n'y a pour l'heure rien de comparable du côté du Gouvernement fédéral, dont seul un ancien ministre (qui est sorti du Gouvernement en juin 2009) est sérieusement dans le collimateur de la justice pour des soupçons, effectivement très graves, de corruption et d'abus de bien public.
(2) Je n'ai pas eu le temps d'aller voir ce qui s'était dit dans les médias belges et suisses. J'espère qu'ils ont été plus à la hauteur.

samedi 11 décembre 2010

Lynchage d'un blessé par balle à Villa Soldati [Actu]

Ajout du 14 décembre 2010 : voir également mon article du 14 décembre 2010 sur les incertitudes concernant la réalité de ces faits épouvantables mais qui sont peut-être une supercherie.

C'était un jeune homme de 19 ans. Peut-être était-ce un petit caïd odieux. Peut-être était-ce un brave ouvrier paisible. On n'a publié ni son nom ni sa nationalité, même s'il s'agit d'un majeur selon la loi argentine (majorité à 18 ans depuis un peu plus d'un an).

Il a été blessé par balle lors de nouveaux affrontements à Parque Indoamericano, dans le sud de la ville de Buenos Aires. Un groupe qui paraissait être une unité organisée s'est attaqué aux occupants du campement de fortune installé dans le parc. La Police métropolitaine, qui dépend du Gouvernement Portègne (la Police Fédérale n'intervient plus depuis avant-hier) a laissé faire ou s'est abstenue d'intervenir, ce qui revient au même dans les faits. Il y a eu quatre blessés par balle parmi les occupants du parc, qui ont cherché à se défendre et à empêcher cette bande armée de les déloger, et deux blessées parmi les forces de l'ordre, toutes deux officiers de police. L'un des blessés du Parc a été pris en charge par une ambulance du SAME, le service sanitaire médical d'urgence (emergencia en espagnol), mais l'ambulance a été arrêtée par le groupe armé. L'un des membres a mis en joue le chauffeur, qui a immobilisé le véhicule.

Selon le directeur du SAME, la porte de l'ambulance a aussitôt été ouverte, le blessé extirpé de l'ambulance et ensuite roué de coups sur la chaussée. Selon un médecin qui se présente comme un témoin oculaire des faits, le jeune garçon a été achevé d'une décharge d'arme à feu dans la tête au moment pendant que les assaillants l'extirpaient du véhicule et son corps, sans doute déjà sans vie, a ensuite été jeté sur la chaussée.

Les photos du jeune homme gisant à terre, la tête et le visage ensanglantés, sont à la une de la plupart des journaux, sauf Página/12 qui préfère la sobriété d'une manchette au titre choc et un gros titre qui cite la Présidente hier ("Cela n'est pas arrivé par hasard"). Sur les photos, la victime est entourée de témoins, fascinés, au regard où la crainte le dispute à la curiosité malsaine. Parmi eux un jeune adolescent, qui n'a l'air de n'avoir même pas 15 ans. Personne n'est près du mort pour le pleurer ni même pour le toucher. Peut-être parce qu'il était sans famille proche à Buenos Aires. Son visage présente des traits indiens, il était peut-être péruvien, paraguayen, bolivien ou colombien. Il aurait pu tout aussi bien venir du nord de l'Argentine...


Cela se passait hier, dans le sud de la Ville Autonome de Buenos Aires, le 10 décembre, jour international des Droits de l'Homme, anniversaire du retour de la Démocratie en Argentine (1983), après la tenue de propos clairement xénophobes par le Chef du Gouvernement de Buenos Aires, Mauricio Macri, contre les immigrés boliviens majoritaires dans le campement du Parque Indoamericana (dont j'ai parlé hier sur ce blog) et alors que, dans un salon de la Casa Rosada, la Présidente Cristina Fernández de Kirchner venait de déclarer qu'elle ne voulait pas que l'Argentine rejoigne "le club des pays xénophobes".

Le médecin du SAME qui s'occupait du jeune blessé dans l'ambulance a lui-même été hospitalisé en état de choc après les événements.

Les affrontements, façon avec des techniques d'Intifada palestinienne, ont continué dans un paroxysme de violence physique et des cris de haine de tout côté, non seulement de la part des Argentins contre les immigrés de fraîche date et réciproquement mais aussi de la part d'autres immigrés, arrivés il y a plus longtemps et réclamant eux aussi à grands cris la reconduite à la frontière par la force des immigrés de fraîche date. Même le club de foot du quartier de Villa Soldati écrit en page d'accueil de son site des phrases écoeurantes sur les squatteurs du parc, qu'il accuse de vouloir s'emparer des installations du Club et qu'il traite d'okupas (occupants, avec une orthographe à relents nazis). Il faut dire aussi que les clubs de quartier, qui ne sont pas que des clubs de foot d'ailleurs, sont tenus par des hommes très puissants, très riches et qui ne sont pas dénués d'ambitions politiques (Macri a longtemps été président du Boca Juniors avant d'être élu à la tête de Buenos Aires et il est connu qu'il a conservé des liens avec les groupes de hooligans dont il se servait comme d'un service d'ordre les soirs de match. Et les soirs sans match aussi). Une bande de hooligans du club Huracán se sont quant à eux constitués prisonniers après avoir été reconnus sur des images vidéos parmi des assaillants armés, lors des affrontements des jours précédents.

Une vue du Parque Indoamericano, bordé par les maisons des Argentins et des immigrés de longue date, et plus loin la Buenos Aires des beaux quartiers et des classes moyennes avec tout au fond les immeubles tarabiscotés du bord du Rio de la Plata.
Photo German Garcia Adrasti pour Clarin.

Mauricio Macri, comme toujours, rejette la faute sur les autres, en l'occurrence sur le Gouvernement qui a refusé de lui prêter l'aide à nouveau de la Police Fédérale, après le premier incident mortel de mercredi dans le bidonville portègne Villa 20, où Police Fédérale et Police Métropolitaine tentaient ensemble de rétablir le calme et où des tirs, encore non identifiés, sont partis qui ont fait plusieurs blessés et deux morts étrangers. Or on sait que la Police Métropolitaine est infiltrée par des voyous, les journalistes et la justice ont pu établir qu'il y a eu, au moins par le passé, depuis un an que ce corps existe, des repris de justice parmi les hommes du rang et les gradés (il a été démontré qu'au moins un commissaire avait un casier judiciaire crapuleux). On comprend donc que le Gouvernement ne veuille plus que la Police Fédérale risque à nouveau d'être entraînée dans des agissements illégaux. En tout cas, des témoins affirment qu'hier la Métropolitaine n'a pas fait un geste pour tenter de rétablir le calme, contrairement à avant-hier où un journaliste de Página/12 avait entendu au moins un policier tenter de raisonner un riverain de la zone qui hurlait des insanités aux immigrés du parc en face de chez lui.

Le Présidente, tout de noir vêtue à nouveau, a annoncé la création d'un Ministère de la Sécurité, qu'elle a immédiatement confié à Nilda Garré, l'actuelle Ministre de la Défense. Julio Alak perd donc cette partie de son portefeuille et garde uniquement la Justice.

A minuit passé, le Chef de l'Etat a convoqué une réunion des acteurs impliqués dans le conflit, dont Macri, son ministre de la sécurité Montenegro, les organisations sociales du quartier de Villa Soldati pour trouver une solution. Cette réunion a duré trois heures et elle n'a abouti à aucun accord entre les parties qui doivent toutefois se revoir cet après-midi.

Hier pourtant, un juge de Buenos Aires, Roberto Gallardo, qui a toujours marqué son indépendance vis-à-vis de Macri (souvenez-vous, c'est lui qui lui avait tenu tête en faisant éteindre le panneau lumineux géant à côté de l'Obélisque pendant l'hiver, voir mes articles du 19 juin au 12 juillet 2010 à ce propos), proposait déjà des mesures pour rétablir la cohabitation pacifique dans le secteur : mettre en place des accès à l'eau potable pour les occupants du campement, installer des WC chimiques en nombre suffisant, organiser l'évacuation des déchets, toutes mesures logistiques dont l'absence cause un énorme problème de salubrité publique et explique (sans le justifier) l'emploi d'insultes d'une vulgarité sans fond par les riverains (voir mon article d'hier sur les événements), bref tout ce que la Fondation Madres de Plaza de Mayo cherchait elle aussi à réaliser jusqu'à l'expulsion, ordonnée par un autre juge, mercredi dernier.

Alors bien sûr aujourd'hui, c'est la Fête nationale du Tango mais avouez qu'elle a un goût amer... surtout en cette année du Bicentenaire où elle aurait dû être plus belle encore que les autres années.
Pour cette raison, parce que je suis accablée devant ce degré insensé de violence, très probablement manipulée à des fins bassement politiciennes (1), et pour exprimer ma solidarité personnelle avec mes amis portègnes qui doivent être au 36ème dessous (con el animo bajo cero, comme ils disent eux), en voyant cela, je reporte à un autre jour et l'article que j'aurais écrit en d'autres circonstances sur le plan de développement de l'industrie automobile argentine annoncé aujourd'hui par le Gouvernement (qui a l'air d'être une idée toute simple et excellente) et celui que je m'apprêtais à publier dans mes Chroniques de Buenos Aires (voir le raccourci en partie haute de la Colonne de droite) sur la présentation que j'ai faite de mon livre, Barrio de Tango, le 3 septembre dernier au Museo Casa Carlos Gardel avec le poète Luis Alposta à mes côtés (2).

Pour aller plus loin :
Lire l'article de Página/12 sur les affrontements et le lynchage de ce jeune anonyme
La rédaction de Página/12 est si secouée par les événements que les journalistes qui s'occupent du site se sont embrouillé les pinceaux ce matin dans les liens (quand vous cliquez sur l'article de Une, vous tombez sur un interview d'un poète et mathématicien français qui figurait déjà, si je ne m'abuse, hier matin dans les pages culturelles. Je ne vous donne donc pas le lien avec l'article principal. Il faudra attendre les rectifications demain ou après-demain si elles se font).
Lire l'article de La Nación, qui, après avoir renvoyé dos à dos hier Cristina Fernández et Mauricio Macri, préfère tout de même aujourd'hui publier un réquisitoire contre la Police Fédérale, qui n'était pas là et qui par conséquent n'y est pour rien, et rester silencieux sur la Métropolitaine.

(1) Il serait étonnant que ce petit groupe homicide soient d'authentiques habitants argentins du quartier. Il faut une sérieuse organisation, un plan d'action bien préparé et un rapport très singulier à la violence pour pointer une arme sur le chauffeur d'une ambulance qui roule, ouvrir les portes et abattre un blessé déjà en cours de soin et physiquement à quelques centimètres de soi. On n'a pas eu affaire selon les témoignages à un mouvement de foule irraisonnée et prise de panique mais bien à l'action d'un petit groupe. Or on sait que Macri est soupçonné d'avoir monté une milice privée qui s'en prenait physiquement il y a encore un an aux sans-abris, la nuit, pour semer la terreur parmi eux et les faire fuir hors de la ville (il devait comparaître là-dessus devant un juge d'instruction hier). On connaît les méthodes musclées qui ont toujours été utilisées en Argentine contre les indigents par cette droite ultra-libérale à laquelle Macri s'est clairement référée avant-hier en prononçant ce discours xénophobe (la Generación del 80, voir mon Vademecum historique sur ce point de l'histoire politique argentine de la jonction entre 19ème et 20ème siècle, dans la rubrique Petites chronologies de la partie centrale de la Colonne de droite). Nul ne peut plus ignorer le scandale des écoutes téléphoniques illégales au détriment des victimes de l'attentat de l'AMIA auquel est aussi mêlé Mauricio Macri. On se rappelle la violence de la Junte militaire qui appliquait une politique favorable aux intérêts des Etats-Unis avant de considérer l'intérêt du pays lui-même. On sait enfin que le juge Roberto Gallardo avait dès hier fait des propositions raisonnables et intelligentes qui aurait ou permis ou, au moins, facilité le retour au calme et à la paix civile sur place parce qu'elles pouvaient être acceptées par les parties en présence et que Macri a des comptes à régler avec lui. Dans ces conditions, il faudrait être naïf pour croire que de paisibles Argentins pauvres sont soudain devenus des bêtes fauves simplement parce que le soleil leur a tapé sur la tête dans des remugles de cuisine bolivienne et de fosses d'aisance...
(2) J'avais attendu jusqu'à aujourd'hui pour marquer, à ma façon, le Día Nacional del Tango (la fête nationale du tango) qui se célébre aujourd'hui et qui est aussi l'anniversaire de naissance de Carlos Gardel, 120 ans aujourd'hui, Gardel dont l'esprit (el duende o el fantasma) m'avait si aimablement accueillie il y a trois mois dans ce patio à la simplicité émouvante, grâce à Horacio Torres, le directeur du Musée. Ce sera une autre fois. Je garde les photos et les commentaires pour un autre jour, moins endeuillé.

vendredi 10 décembre 2010

Macri ressort de vieux discours de la Generación del Ochenta [Actu]

Mauricio Macri, dont les lecteurs assidus de Barrio de Tango savent qu'il n'est pas le maire de Buenos Aires (il n'y a plus de maire à Buenos Aires depuis de nombreuses années) mais le Chef du Gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires, et qu'il est un ultra-libéral doublé d'un chef d'entreprise, vient de ressortir la vieille xénophobie de la vieille tradition du libéralisme argentin, cette xénophobie que la Generación del 80 (le régime de l'Argentine des années 1880 à 1916) : tous les incidents, très graves et très violents, qui passent depuis trois jours autour du Parque Indoamericano de Villa Soldati, c'est la faute aux immigrés illégaux dont le Gouvernement encourage la venue à Buenos Aires.

Discours connu, trop connu aussi par chez nous où chacun de nos pays dispose de son petit parti populiste qui adore les étrangers mais pas "ceux qui ne sont pas de chez nous"...

Discours qui était déjà tenu en 1898 par le patronat argentin qui voulait une loi pour expulser du territoire tous les fauteurs de trouble étrangers. Et il a fini par l'avoir, assez vite, en 1902, ce fut la Loi Cané, du nom de son rapporteur, le Sénateur Miguel Cané, appelée aussi Loi de Résidence ou Loi Patronale. Le quotidien Página/12 n'a pas hésité à faire le rapprochement dans son édition de ce matin. A cette époque-là, les fauteurs de trouble (comprenez les grévistes et les anarchistes) appartenaient tous à la même catégorie sociale, le prolétariat ouvrier presque exclusivement constitué d'immigrants. Et si par hasard un fauteur de trouble (gréviste ou autre) était argentin, le loi Cané le condamnait au bagne et il était déporté à Ushuaia, dans le cercle polaire.

Inutile de vous dire que cette conférence de presse de Mauricio Macri n'est pas passée inaperçue et que toute la presse a commenté les propos de l'homme politique qui doit comparaître devant un juge d'instruction aujourd'hui même pour les agissements d'une milice placée sous sa responsabilité politique qui s'en est pris physiquement, à coups de gourdin et de savate, pendant 18 mois aux sans-abris de Buenos Aires.

Et ce d'autant plus que des affrontements d'une violence inouïe ont opposé hier les habitants réguliers (ceux qui ont un toit sur la tête) de Villa Soldati à ceux qui campent dans le Parque Indoamericano, un espace vert public qui ne devrait donc pas s'être transformé en bidonville (si tant est qu'il y ait des lieux qui puissent se transformer de la sorte). Ce que Página/12 a résumé dans un titre terrible (en pages intérieures) : "des pauvres contre d'autres plus pauvres encore". Ces affrontements ont fait hier un blessé, heureusement peu grave (il a reçu une balle dans la cuisse) et peut-être un mort (mais la police n'est pas sûre que l'homme dont des inconnus ont abandonné le corps sans vie à la porte d'un hôpital ait bien été tué dans les incidents du voisinage et non pas lors d'un règlement de comptes crapuleux).

Pour rendre compte des incidents, Mauricio Macri a mis en cause expressément la présence d'immigrés boliviens, visiblement majoritaires dans le campement de Villa Soldati, au point que l'Ambassade de Bolivie a exigé des excuses publiques.

Constatons aussi qu'il y a un peu plus d'un mois, après la mort d'un tout jeune militant politico-syndical argentin (voir mon article du 22 octobre 2010), tous les journaux le lendemain étaient plein des photos de la manifestation qui s'était rassemblée en plein centre de Buenos Aires pour dénoncer la répression. Avant-hier, ce sont un jeune Paraguayen et une jeune Bolivienne qui ont trouvé la mort. Il n'y a pas de photo de manifestation de solidarité de la part des Portègnes et pourtant une manifestation était bien appelée au même endroit que la dernière fois et hier, c'était un jour férié. Ce qu'il y avait à la une des quotidiens ce matin, c'était des photos de combats de rue entre des immigrants étrangers et indigents et des Argentins pauvres, et des citations de propos racistes, xénophobes et d'une ignoble vulgarité des deux côtés et en particulier de la part de ces Argentins pauvres dont le raisonnement frustre est très proche de celui qu'avait dénoncé Fernand Raynaud dans son sketch, Le Douanier, dans les années 1970, en France (1).

Ceci dit, Macri n'emportera peut-être pas en paradis électoraliste le fait d'avoir abondé dans le même sens depuis sa somptueuse salle de conférence de l'Hôtel Gouvernemental de Plaza de Mayo, car, sur le palier d'un immeuble des abords du Parque Indoamericano, Página/12 a aussi entendu ça :

“No hay Estado acá. Macri tomó dos decisiones, afeitarse el bigote y casarse. La presidente se borró. Ellos nos invadieron, son millones. Vas a la escuela y no podés anotar a los chicos porque hay 600 bolivianos, vas al hospital y no hay camas por culpa de estos negros”

"Il n'y a pas d'Etat ici. Macri a pris deux décisions : se raser les moustaches et se marier. La Présidente s'est évaporée. Eux ils nous ont envahis, ils sont des millions. Tu vas à l'école et tu ne peux pas inscrire tes petits parce qu'il y a 600 Boliviens, tu vas à l'hôpital et il n'y a pas de lit à cause de ces cons" (2).
(Traduction Denise Anne Clavilier)

La Présidente, qui vient de quitter les vêtements de deuil, ne s'est pas si évaporée que cela : sur cette affaire même, elle a ordonné qu'il y ait une enquête administrative dans les rangs de la Police Fédérale au sujet des tirs qui ont eu lieu mercredi, faisant deux morts parmi les expulsés du Parque Indoamericano. Et son ministre de la Justice et de l'Intérieur (les deux sont confondus en Argentine), Julio Alak, a fermement refusé à Mauricio Macri de faire donner à nouveau la Police Fédérale sur place, laissant Macri se débrouiller seul.

Il est aussi important de remarquer que le quotidien libéral, l'un des principaux journaux d'opposition à la Présidente et d'appui, jusqu'à il y a peu à Mauricio Macri, a fait paraître un édito où il renvoie les deux acteurs dos à dos en les disant victimes l'un et l'autre de leurs erreurs respectives. Et ce n'est pas la première fois que La Nación lâche Macri. Il n'en reste pas moins que le journal qui dénonce le plus fermement le recours aux idées xénophobe, c'est Página/12 et Buenos Aires Económico (qui le fait en première page, voir l'illustration), tandis que Clarín et La Nación font comme si ces propos étaient un détail des plus secondaires.

Et l'Université Populaire Madres de Plaza de Mayo a publié dans l'après-midi un communiqué pour dénoncer les propos de Mauricio Macri. La partie du bidonville dont les habitants ont été expulsés par les Pouvoirs Publics mercredi était bâtie par la Fondation Madres de Plaza de Mayo.

Pour lire le communiqué, cliquez sur l'image.

Pour aller plus loin :
lire l'article principal de Página/12 (intitulé de De l'huile sur le feu, comme vous pouvez le lire sur l'illustration)
lire l'article de Página/12 sur les affrontements eux-mêmes
lire l'article de La Nación sur l'enquête réclamée par Cristina Fernández

(1) Voici le texte intégral, qui mérite d'être lu et relu par les temps qui courent, que ce soit chez nous en Europe ou là-bas en Argentine :
J'suis pas un imbécile ! Moi, j'aime pas les étrangers ! Non!
Parce qu'ils viennent manger le pain des Français !
Oui ! J'aime pas les étrangers ! C'est vrai, c'est comme ça, c'est physique !
Et pourtant, c'est curieux, parce que, comme profession, je suis douanier ! Alors, on devrait être aimable et gentil avec les étrangers qui arrivent. Mais moi, j'aime pas les étrangers ! Ils viennent manger le pain des Français !
Et j'suis pas un imbécile ! Puisque je suis douanier !
Je peux écrire ce que je veux sur des papiers, j'aurai jamais tort ! J'ai le bouclier de la Loi ! Parce que je suis douanier ! Je peux porter plainte contre n'importe qui, je suis sûr de gagner en justice !
J'suis pas un imbécile ! Je suis Français ! Oui ! Et je suis fier d'être Français ! Mon nom, c'est Koulakerstersky du côté de ma mère et Piazanobenditti, du côté d'un copain à mon père !
Dans le village où j'habite, on a un étranger. On l'appelle pas par son nom !
On dit : "Tiens ! v'là l'étranger qui arrive !" Sa femme : "Tiens ! v'là l'étrangère !"
Souvent, j'lui dis : "Fous le camp ! Pourquoi qu'tu viens manger le pain des Français ?" Un étranger !...
Une fois, au café, il m'a pris à part. J'ai pas voulu trinquer avec lui, un étranger, dites donc ! Je vais pas me mélanger avec n'importe qui !
Parce que moi, j'suis pas un imbécile, puisque je suis douanier !
Il m'a dit : "Et pourtant, je suis un être humain, comme tous les autres êtres humains, et..."
Évidemment ! Qu'est ce qu'il est bête, alors, celui ci !
"J'ai un corps, une âme, comme tout le monde... "
Évidemment ! Comment se fait-il qu'il puisse dire des bêtises pareilles ! Enfin, du haut de ma grandeur, je l'ai quand même écouté, cette espèce d'idiot !
"J'ai un corps, une âme... Est ce que vous connaissez une race où une mère aime davantage, ou moins bien, son enfant, qu'une autre race ? Nous sommes tous égaux. »
Et là, j'ai rien compris à ce qu'il a voulu dire... Et pourtant j'suis pas un imbécile, puisque je suis douanier ! "Fous le camp ! Tu viens manger le pain des Français !"
Alors, un jour, il nous a dit : "J'en ai ras le bol !" Alors, il est parti, avec sa femme et ses enfants. Il est monté dans un bateau, il est allé loin au-delà des mers.
Et, depuis ce jour là, on ne mange plus de pain...
Il était boulanger!
Heureux !, Fernand Raynaud, éditions de la Table Ronde et de Provence, 1975, France (ouvrage épuisé)
(2) Le terme negros ici est une insulte d'une extrême vulgarité. Ce n'est pas toujours le cas avec cet adjectif qui est bien souvent employé dans un sens très affectueux ou très gentil. C'était le surnom donné à la chanteuse Mercedes Sosa, la Negra, le surnom donné aussi au bandonéoniste et chanteur Rubén Juárez, qu'on appelait familièrement El Negro Juárez... Ici, si ce monsieur emploie ce terme, c'est dans une intention clairement raciste : ce sont des negros parce que ce sont majoritairement des Indiens et qu'entre eux, les occupants du parc parlent guarani plus volontiers qu'espagnol. Dans l'article de Página/12, on voit clairement que les immigrés n'ont pas été en reste de violences verbales et d'insultes et qu'il y a eu des coups provenant de tous les côtés.

mercredi 8 décembre 2010

Une opération de police contre un bidonville fait 2 morts à Villa Soldati [Actu]

Hier dans l'après-midi, la police fédérale et la police métropolitaine (qui est dépend, elle, exclusivement du Gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires) ont vidé des logements sur lesquels intervient la Fondation Madres de Plaza de Mayo sur le domaine du Parc Indoaméricain, dans le Bajo Flores, une partie du quartier de Flores au sud de la ville. L'opération avait pour origine une décision de la justice portègne, qui avait estimé que cet espace public devait retrouver son caractère public. Un peu plus tard, une partie des expulsés ont manifesté, violemment, dans le bidonville Villa 20, située dans le quartier Villa Soldati. Les manifestants ont jeté des pierres et mis le feu à plusieurs voitures confisquées par la police et stationnées, tout près de là, dans une fourrière de la police fédérale.

Une unité d'intervention a reçu mission de rétablir le calme et il y a eu des tirs d'armes à feu qui ont fait 2 morts, un jeune maçon paraguayen immigré à Buenos Aires depuis un an, et qui avait, selon les sources, 22 ou 24 ans, Bernardo Salgueiro, et une jeune femme de 28 ans, Rosemary Puña. Il y a eu aussi 50 arrestations selon Página/12. Clarín n'en annonce, quant à lui, que 12.

Lorsque Bernardo Salgueiro est arrivé au centre médical vers lequel les secours l'avait été envoyé, il était déjà mort. Rosemary Puña, quant à elle, est décédée quelques minutes après son admission dans un hôpital voisin, de Villa Lugano.

On parle aussi de deux policiers blessés au cours de l'émeute.

Une enquête va être diligentée. En effet, les deux victimes mortelles ont été atteintes par des projectiles de calibre 22. Or les armes de la Police crachent du calibre 9. Par ailleurs, on a trouvé sur les lieux des affrontements des projectiles de plomb et d'autres de caoutchouc. Or les policiers n'ont le droit de tirer que des balles de caoutchouc, en aucun cas du plomb.

Une manifestation de solidarité avec les victimes était convoquée aujourd'hui, un jour férié, à 15h30, au centre de Buenos Aires, esquina Corrientes y Callao, comme il y a 7 semaines, après les incidents de Barracas, un autre quartier du sud.

C'est en effet la deuxième fois en moins de deux mois qu'une manifestation sociale aboutit à mort d'homme sur le territoire même de la Capitale argentine. Cela s'est déjà produit en octobre, lorsqu'un jeune militant politique du Parti Ouvrier a été tué par un service d'ordre privé, employé par la société des Chemins de Fer Rocca (voir mon article du 21 octobre 2010 sur cet incident tragique). Dans cette première affaire, des arrestations et des inculpations ont eu lieu dans les jours qui ont suivi et il y a peu, la famille de la victime, reçue par Cristina Fernández de Kirchner à la Casa Rosada, s'était déclarée satisfaite de la manière dont la Justice fonctionnait dans cette affaire.

Vendredi prochain, le 10 décembre, 3ème anniversaire de sa prise de fonction de Chef du Gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires, Mauricio Macri, probable candidat du PRO (droite libérale) à l'élection présidentielle de 2011, devrait être entendu par la justice pour répondre des agissements d'une autre milice, qui, il y a deux à un an, attaquait nuitamment les sans-logis pour les terroriser et les obliger ainsi à quitter la ville pour trouver refuge en banlieue, donc dans la Province de Buenos Aires (voir mon article du 27 novembre 2010 sur ce procès contre Mauricio Macri)

Pour aller plus loin :