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mardi 30 avril 2013

Les bavures de la Metropolitana et les jérémiades de Macri revues et corrigées par Miguel Rep [Actu]


Depuis vendredi soir, Buenos Aires est secouée par ce scandale du déchaînement gratuit des violences de la Police Métropolitaine qui a chargé des citoyens désarmés, parmi lesquels des malades, des médecins, des infirmiers et des journalistes, avec ou sans caméra, qui attendaient juste que soit respecté un avis de justice protégeant d'une opération immobilière inconstitutionnelle une grande institution thérapeutique et sociale (voir mon article de samedi et celui de dimanche).

Mauricio Macri a justifié l'opération policière en prétendant qu'il s'agissait d'une réplique proportionnée à la violence de dits manifestants qui avaient été les premiers à jeter des pierres sur les forces de l'ordre et qu'il n'était pas question que le Gouvernement laisse prospérer un tel déchaînement. Les photos des événements et les témoignages démentent facilement cette énième fiction du Chef du Gouvernement portègne.

Comme on pouvait s'y attendre, Miguel Rep y est allé ce matin de son dessin, l'humour étant l'arme des pacifiques.

Les flics : Ne tirez pas ! Assassins !
(Traduction Denise Anne Clavilier)

lundi 29 avril 2013

Le photographe de Clarín blessé à Barracas reste à l'hôpital [Actu]

José (Pepe) Mateos photographié ce week-end à l'hôpital britannique
où il est soigné à Buenos Aires

Vendredi dernier, Pepe Mateos, photographe de Clarín, a été blessé pendant l'opération de maintien de l'ordre qu'a menée la Police Métropolitaine aux abords de l'hôpital Borda (voir mon article d'avant-hier et celui d'hier). Il faisait son travail de journaliste. Il a été frappé, visiblement assez sérieusement blessé puisqu'on le voit porter une minerve, maintenu allongé au sol et menotté puis arrêté en public, ce qu'un confrère de La Nación n'a pas hésité à fixer sur son appareil photo.

Le journaliste a été hospitalisé à l'Hôpital Britannique où il est suivi car on craint une détérioration de son état, notamment un risque de déshydratation, ce qui, si c'est vrai, indiquerait que les organes internes ont peut-être souffert du traitement de choc qui lui a été infligé.

Ce qui est remarquable, c'est que l'information vient de Clarín dont la rédaction n'est donc pas prête à passer l'éponge sur les violences organisées ou autorisées par le ministre macriste de la sécurité à Buenos Aires. Certes, il faut compter sur le corporatisme des journalistes, qui font toujours bloc dès que leurs conditions de travail et la liberté d'exercice de leur métier sont menacées mais tout de même, de la part de ce quotidien-là, cette persévérance dans la contestation du gouvernement de Mauricio Macri est à marquer d'une pierre blanche.

Pour aller plus loin :

dimanche 28 avril 2013

Interpellation parlementaire pour Montenegro toute la journée hier [Actu]

Slogan officiel de Buenos Aires pour sa police métropolitaine
"Nous nous formons aux valeurs humaines
avec les connaissances techniques du plus haut niveau"

Ce matin, Página/12 présente une étude approfondie des dysfonctionnements graves qui entachent le travail de la Police Métropolitaine, mise en place en 2010 par Mauricio Macri, son ancien directeur de la sécurité, Jorge Fino (1) Palacios, actuellement inculpé dans un méga-scandale d'écoutes illégales mais en liberté surveillée après une période de prison préventive (2), et le ministre Guillermo Montenegro, qui répondait hier à l'interpellation de la Legislatura Porteña pour les violents incidents intervenus vendredi aux alentours de l'hôpital psychiatrique Borda, fondé il y a 150 ans dans le quartier populaire de Barracas (pour traiter alors surtout les hommes arrivés au dernier stade de la syphilis) (3) : 50 blessés au moins, dont certains dans un état grave, et 36 d'entre eux, semble-t-il, parmi des opposants à une mesure de force, dont des médecins, des infirmiers, des patients de l'hôpital (des gens particulièrement fragiles), des élus portègnes (de gauche) et des journalistes de tous bords dans l'exercice de leur métier. Sur ce point, voir mon article d'hier.

Sur cette photo de l'agence Télam
on aperçoit très bien des hommes tombés à terre au pied des policiers, dont un infirmier (en vert)
un civil en train de jeter un objet, sans doute une pierre, contre les forces de l'ordre
(visiblement il ne s'agit pas d'un provocateur :
il n'est pas protégé, ne porte ni gants ni casque ni capuche pour se cacher)
et un cameraman en pleine action très proche de la charge policière

L'interpellation, procédure parlementaire dans laquelle une Chambre législative convoque un membre de l'Exécutif pour l'interroger sur son action gouvernementale, a duré huit heures (c'est beaucoup), au cours d'une séance exceptionnelle (on était samedi).
De tous les côtés de l'opposition, qui forme un spectre très large et très dispersé à Buenos Aires, où les efforts d'union ont tous lamentablement échoué, on a exigé la démission du ministre qui, après avoir esquissé un mea culpa sur la violence de l'opération dans les premiers heures de son audition, est vite revenu à une attitude intransigeante et hautaine (cela se voit sur le cliché), déclarant entre autres qu'il ne démissionnerait pas, si ce n'est à la demande de Mauricio Macri, demande qui a peu de chance d'advenir un jour, puisque Macri est lié à Montenegro pour d'autres affaires encore plus troubles (la répression à Villa Soldati en décembre 2010 qui a fait deux morts et le scandale des écoutes téléphoniques illégales contre des personnes supposées appartenir à l'opposition municipale, pour ne citer que ceux-là).

Titre de une : "nés pour tirer".
Le quotidien de gauche (opposition à Macri et majorité nationale) dressait ce matin un bilan désastreux des actions de maintien de l'ordre par la police métropolitaine : quatre opérations en deux ans et demi d'existence et des blessés à la clé à chaque fois, sans oublier les deux morts de décembre 2010 (voir mes articles sur les événements du quartier prolétarien de Villa Soldati). Il rappelle aussi comment Mauricio Macri et son Gouvernement ont monté ce corps à la va-vite, grâce à un premier noyau de 900 hommes, issus de la Police Fédérale (4) comme leur chef d'alors, Fino Palacios, avec parmi eux un certain nombre d'officiers révoqués de la Fédérale pour ce qu'on appelle en France des "bavures" (parce que somme toute c'est assez rare) et qu'on appelle en Argentine des "violences policières" parce que la tradition est loin d'en être éteinte, officiers toujours en service actif aujourd'hui à la Métropolitaine, dont trente-trois sont poursuivis pour les incidents de Villa Soldati (le procès est toujours à l'instruction). Le journaliste fait alors le compte des opérations qui ont mal tourné et démontre que ce corps est fondé sur une tradition de répression de l'opposition qui vient tout droit de la Dictature. L'un des enquêteurs de la rédaction a donc pris la peine d'aller aussi regarder les écarts entre le discours officiel tenu à l'Institut Supérieur de Sécurité Publique, qui forme les cadres et les hommes de rang de la Métropolitaine, dont je vous donne en illustration deux slogans de derrière les fagots, et la réalité sur le terrain que l'on peut observer depuis l'entrée en fonction de ces forces municipales.

"Nous sommes là pour le strict respect de la loi
pour le respect de tous les droits du citoyen"

Un dossier instructif qui montre qu'il faut que les choses évoluent et vite dans cette capitale...

Hier, Daniel Paz et Rudy nous régalaient d'un nouveau croquis bien méchant pour Macri mais c'est le jeu de la démocratie et il est bon que ces deux-là existent pour que les méthodes en vogue au Gouvernement portègne n'aient pas le dernier mot (sur la distance entre discours et action chez Macri, allez aussi regarder l'article que j'avais consacré à sa manière, bien particulière, de fêter la Semaine Sainte cette année).


Le collaborateur : Comment avez-vous vécu ce qui s'est passé dans cette répression au Borda ?
Macri (assis) : Quelle découverte ça a été ! Avant, moi je croyais que le seul stimulant dans le rôle de ministre, c'était de procéder à des augmentations (5). Mais non...
(Traduction Denise Anne Clavilier)

A comparer avec les manières de Tartuffe arborées par Macri à la fin de la Semaine Sainte.

Pour aller plus loin :
Lire l'article de Página/12 sur l'audition parlementaire de Montenegro hier
Lire la dépêche de Télam sur le même sujet (refus de démissionner du ministre)
Lire l'article de Página/12 sur la formation de la Métropolitaine
Lire l'article de Página/12 sur les écarts entre le discours officiel et la pratique du maintien de l'ordre
Lire l'interview du charpentier qui enseigne dans l'atelier protégé que les forces de police ont commencé à démanteler hier alors qu'il est placé sous protection de la justice qui interdit la démolition des locaux et y maintient une activité qui visent à rétablir la vie sociale et économique des malades traités dans l'hôpital. L'homme est arrivé vendredi à 7 h du matin et la police était déjà à l'action. L'outil de travail n'est plus opérationnel, le matériel a été démonté. Tout est à reconstruire.
Lire l'article sur les réactions ulcérées de la Présidente Cristina de Kirchner, elle-même sœur de médecin dans le service public. Elle a écourté une rencontre avec la Présidente brésilienne, Dilma Roussef, pour se rendre disponible devant la gravité de la situation.
Lire l'article sur les condamnations émises par les différentes ONG des droits de l'homme, CELS en tête (l'organisme dirigé par le journaliste Horacio Verbitsky, dont je vous ai beaucoup parlé ces derniers temps à cause de ses articles sur le cardinal Bergoglio, aujourd'hui pape).
Ecouter l'interview de Fabio Basteiro, député de Proyecto Sur à la Legislatura, et blessé à l'épaule et à la jambe lors de l'opération de maintien de l'ordre, sur les ondes de Radio Nacional.
Se connecter au site Internet de l'Institut Supérieur de Sécurité Publique (bien lisse, bien communiquant, tout propre)
Voir également mon article du 30 septembre 2009 (sur la démission, déjà, du tout premier chef de cette police municipale avant même son entrée en fonction) et mon article du 28 janvier 2010 sur la mise en place de la Métropolitaine et le cortège de scandales que l'institution traînait déjà derrière elle.
Pour vous aider dans la consultation des documents écrits en espagnol, vous pouvez utiliser le traducteur en ligne Reverso dont vous trouverez le lien dans la rubrique Cambalache casi ordenado, dans la partie basse de la Colonne de droite.


(1) "Fino" est son surnom. Il le doit à son élégance vestimentaire. On pourrait traduire par le coquet. Cela se dit de personnes à l'élégance raffinée et trop recherchée, obsédées ou dépendantes de leur apparence. C'est un ex-commissaire de la Police Fédérale.
(2) Dans lequel Mauricio Macri et Guillermo Montenegro, son ministre de la Sécurité, sont mouillés jusqu'au cou mais auquel ils ont jusqu'à présent réussi à échapper.
(3) C'est de cet hôpital que s'est échappé le fou de Balada para un loco, le célèbre tango du duo Piazzolla-Ferrer. Mais à cette époque, 1969, on le connaît encore sous son surnom de Vieytes, du nom de la rue qui le dessert et dont cette section s'appelle maintenant Dr. Ramón Castillo (un ministre de la Santé du gouvernement de Perón). A Buenos Aires pendant longtemps, "être bon pour Vieytes" a sonné comme en France "être bon pour Sainte-Anne" et pour les mêmes raisons. Aujourd'hui, l'évolution des mentalités par rapport aux maladies psychiques a changé et on désigne donc cet établissement par son nom officiel et plus rien ne sonne ni moqueur ni méprisant chez les Portègnes normalement constitués. Balada para un loco est traduit dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins (ed. du Jasmin), à la page 316.
(4) Ce qui n'est pas en soi un gage de mesure dans le maintien de l'ordre. La Fédérale a derrière elle une longue suite de scandales pour violences diverses, même si un effort soutenu est fait par l'actuel Gouvernement national pour lui faire adopter des mœurs plus civilisées. La Police argentine qui garde la pire réputation reste tout de même la Bonaerense, celle de la Province de Buenos Aires, qui s'est illustrée par sa brutalité avant, pendant et après la Dictature (1976-1983).
(5) Tous les services publics payants augmentent à Buenos Aires dans des proportions inquiétantes et exagérées, la dernière hausse étant celle, démentielle, du ticket de métro (voir mes articles des derniers mois sur le métro à Buenos Aires)

samedi 27 avril 2013

Mauricio Macri passe outre une décision de justice à Barracas et ça casse [Actu]

Le civil en bleu ciel au second plan est un médecin
Gros titre : jeu de mot entre Macri et Métro (la police s'appelle la Metropolitana)
En manchette, le dessin de Paz et Rudy (sur la violence policière)
et une interview de Raúl Zaffaroni,
l'unique juge de la Cour Suprême ouvertement favorable à la réforme judiciaire.

Il n'est pas facile de savoir exactement ce qu'il s'est passé et qui a commencé les hostilités. La Police ou les manifestants du Partido Obrero. A en croire les photos que montrent la presse, y compris Clarín et La Nación, peu susceptibles de noircir le tableau contre les intérêts politiques de Mauricio Macri, il semblerait que la police métropolitaine, qui dépend du Gouvernement portègne, lourdement équipée, pour une partie au moins des effectifs (1), ait chargé des manifestants en jeans et T-shirts, voire en blouse médicale ou para-médicale (comme ci-dessus).

Selon les journaux, il y a 32, 36 ou 50 blessés à coup de matraques ou de projectiles de caoutchouc et il a été procédé à huit arrestations, dont une majorité de médecins et d'infirmiers (hommes et femmes) qui ont tenté de s'interposer entre les forces de l'ordre et les patients pris dans la rixe. Un policier est aussi dans un état grave, avec une fracture du crâne après un impact de pierre, et un autre souffre d'un décollement de la rétine. Le gaz lacrymogène a été utilisé par les forces de l'ordre indistinctement, y compris contre les médecins et les patients.

Cette scène d'une rare violence urbaine a eu lieu hier matin sur le campus de l'hôpital Borda, dans le quartier de Barracas, où Mauricio Macri tente de donner les premiers coups de pioche de son projet pharaonique de futur siège du gouvernement de la Ville (voir mon article du 8 septembre 2011), malgré l'arrêt du tribunal qui gèle l'ouverture du chantier jusqu'à ce que l'ensemble de la procédure respecte les dispositions constitutionnelles de consultation des citoyens et des élus parlementaires (voir mon article du 29 octobre 2012). On en est loin, le Gouvernement portègne n'a pas fait une seule démarche en ce sens depuis novembre l'année dernière.

Hier matin, Mauricio Macri a envoyé des engins de chantier pour détruire les locaux d'un atelier protégé qui fonctionne sur le domaine de l'hôpital au bénéfice des patients, qui sont atteints de différentes pathologiques psychiatriques et traités en ambulatoire. Or cet atelier bénéficie des mesures conservatoires prises par la justice en octobre dernier. Devant l'arrivée des engins, on a donc vu des militants syndicaux du personnel de l'hôpital, des militants du Partido Obrero (extrême-gauche anti-capitaliste), des malades, des membres de leurs familles ainsi que des parlementaires de l'opposition municipale intervenir pour empêcher l'avancée des bulldozers. Il semblerait que quelques opposants à la destruction aient jeté des pierres contre les forces de l'ordre, on parle aussi de personnes armées de bâtons. Résultat des opérations : des blessés, des détenus et parmi eux quelques journalistes venus là faire leur métier, avec leurs micros, leurs appareils photo et leurs caméras, ce qui a le don de faire l'unanimité de la presse contre Macri et son gouvernement, ce qui n'est pas fréquent en Argentine.

Dans l'après-midi, Maurico Macri a osé expliquer devant la presse que l'opération était légitime, qu'elle visait à faire respecter la loi et que la réaction policière était proportionnée eu égard au niveau de violence manifestée par les opposants devant lequel il n'était pas question que son Gouvernement cède mais ce matin, convoqué par la Legislatura en séance exceptionnelle organisée en urgence, le ministre de la Sécurité portègne, Guillermo Montenegro, a reconnu que le Gouvernement allait devoir faire une autocritique claire sur le déroulé des événéments et qu'une enquête administrative était lancée contre les agissements de la police (et c'est encore les lampistes qui vont payer).

La justice quant à elle a réagi dans l'après-midi même en infligeant aussitôt à Mauricio Macri et plusieurs de ses ministres une amende de 20 000 pesos par personne pour mise en péril d'un arrêt pris par la justice et toujours valide pour la préservation du lieu en l'état. L'équivalent du Procureur de Buenos Aires entamera en plus tout prochainement des poursuites pénales contre ces mêmes responsables politiques pour non-respect des obligations publiques liés à leur mandat ministériel et remise en cause d'une décision de justice.

Sous cette affaire, une juteuse opération immobilière, le domaine des entreprises dont Macri est l'héritier, qui consistera à racheter à bas prix les terrains, bâtis ou non, de ce quartier populaire pour y installer des infrastructures résidentielles ou des bureaux à haut profit.

Quant à Juan Cabandié, tout juste rentré de Rome (il était avec Estela de Carlotto à l'Audience générale du Pape mercredi passé), en sa qualité de président du groupe Frente para la Victoria a la Legislatura (kirchneriste), il a réclamé la démission du ministre de la Sécurité. Il est fort peu probable qu'il l'obtienne mais avoir fait avouer au ministre que l'opération était contestable, c'est déjà une grande victoire contre Macri, qui ne manque jamais d'aplomb pour tenir tête, avec le plus profond cynisme, aux deux autres pouvoirs constitutionnels locaux que sont la Justice et l'assemblée législative.

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 sur les mesures pénales infligées par la justice (seront-elles suivies d'effet ?)
lire l'article de Página/12 sur les explications données par Mauricio Macri à la presse
lire l'article de Página/12 sur les condamnations émises par l'opposition portègne et la majorité nationale
lire l'article principal de Clarín, dont un photographe a été frappé, blessé et menoté lors d'une arrestation musclée et publique dont son collègue de La Nación a pris des clichés très compromettants pour les forces de l'ordre
lire l'article de Clarín sur les déclarations publiques de Macri hier soir
lire l'article de Clarín sur les agissements de la Métropolitaine
lire l'article de Clarín sur les déclarations de Montenegro devant la Legislatura
lire l'article de La Nación sur les incidents
lire l'article de La Nación sur le plaidoyer pro domo de Mauricio Macri


(1) Les autres arboraient la casquette ordinaire et le gilet jaune des simples gardiens de la paix. La Métropolitaine arbore la couleur jaune et la Police Fédérale porte le même gilet mais de couleur orange. Parmi ces forces en tenue ordinaire, sur les photos publiées par la presse, de tout camp, on distingue nettement qu'il y a des femmes. Alors que les colosses en combinaison d'assaut qu'on voit épauler leur arme de service semblent bien être tous des hommes...

vendredi 18 mars 2011

La Métropolitaine a du plomb dans l'aile [Actu]

Alors que Mauricio Macri fait de la représentation à Paris, à la porte de Versailles, au Salon du Livre, avec sa jeune épouse fièrement enceinte (sans doute fallait-il qu'il se marie et qu'il ait un enfant pour prétendre au poste de plus haut magistrat dans son pays), la justice argentine vient de mettre la main sur un butin fort compromettant pour le Gouvernement de la Ville autonome de Buenos Aires, qu'il dirige depuis le 10 décembre 2007 : des balles en plomb, découvertes dans le magasin aux armes de la Police Métropolitaine, placée sous la reponsabilité de Guillermo Montenegro, le Ministre de la Sécurité du Gouvernement Portègne.

Comme c'est bizarre !

En décembre 2010, après que des manifestants avaient été atteints de balles en plomb, lors des émeutes de Villa Soldati (lire mes articles de 2010 sur ces événements tragiques), alors que les forces de l'ordre qui leur faisaient face appartenaient à la Métropolitaine, Montenegro avait juré ses grands dieux que sa police n'était armée que de balles en caoutchouc et que jamais la Ville n'avait acheté de munitions en plomb. Pourtant, avec les munitions contestées, les enquêteurs ont trouvé des documents comptables qui font apparaître que l'achat remonte au mois d'octobre 2010... Cette perquisition a eu lieu dans le cadre de l'instruction sur les homicides et les coups et blessures à Villa Soldati.

Pendant ce temps-là, grâce à sa présence à la Porte de Versailles, Mauricio Macri a pu ne pas se rendre devant un autre juge, qui aimerait l'entendre depuis le 10 décembre dernier sur les agissements de l'UCEP, une milice privée, placée sans doute sous ses ordres et qui semait la terreur il y a un peu plus d'un an, la nuit, parmi les sans abris de Buenos Aires. Le voici qui pose pour les photographes devant quelques immeubles bourgeois de la capitale française et disserte en exclusivité pour Clarín sur la meilleure façon d'envisager l'avenir et d'aborder ses futures responsabilités à la tête du pays.

Pour en savoir plus :
lire l'article de Página/12 sur les découvertes compromettantes dans le magasin de la Métropolitaine
lire mon article d'hier sur les sanctions qui tombent sur quelques ripoux haut placés de la Police Fédérale (comme quoi, le Gouvernement fédéral mène une politique bien différente du Gouvernement portègne)
lire mon article d'avant-hier sur l'annonce de la grossesse de Juliana Awada de Macri et la pose de son époux devant la Seine
lire l'article de Clarín sur l'inauguration hier de la participation portègne au Salon du Livre de Paris, dont Buenos Aires est la première ville invitée d'honneur, à côté de la littérature scandinave
lire l'article de Clarín sur les propos de campagne électorale tenus par Mauricio Macri pendant son séjour à Paris.

vendredi 31 décembre 2010

Après le ménage à la Fédérale, le ménage à la Métropolitaine ? [Actu]

Il y a quelques jours, dès sa prise de poste, Nilda Garré, nouvelle Ministre de la Sécurité au Gouvernement national, a pris une décision radicale : celle de changer toute la direction de la Police Fédérale, dont l'opposition mettait en doute le comportement sur le terrain et l'intégrité en général. Dans le même temps, la Police Métropolitaine, dont l'inaction devant les émeutiers de Villa Soldati début décembre a été dénoncée -et vertement- par la majorité, était laissée en l'état par le Gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires, alors que son fondateur, Jorge Palacios, est en prison dans le cadre d'une affaire d'espionnage et d'écoutes téléphoniques illégales, ce qui manque de classe dans le tableau général.

Et voilà qu'avant-hier, une commission de la Legislatura de Buenos Aires a rendu un rapport sur ce corps de Police municipal, mis en place au début de cette année par le Gouvernement portègne. La commission recommande la révocation de 38 officiers supérieurs de la Police Métropolitaine et rappelle que 73% de l'encadrement supérieur de la Métropolitaine a participé, sous une forme ou une autre, à des forces de sécurité sous la Dictature, ce qui suppose qu'ils ont pu bénéficier, il y a de cela une trentaine d'années, d'un apprentissage de haut niveau en matière de violence et de violation des droits de l'homme. Un peu gênant pour une police en temps de démocratie.

La Commission a été créée par 6 des 13 groupes parlementaires (1), après la découverte de 10 cas d'officiers de police ayant eu affaire à la justice, alors que des éléments avec un tel passé n'auraient jamais dû pouvoir être embauchés. Il existe en effet au niveau fédéral un Secrétariat d'Etat aux Droits de l'Homme, qui est habilité à enquêter sur le passé des candidats et à signaler aux autorités dont dépend la police locale (Gouvernement Portègne ou Gouvernement provincial) les éventuel antécédents judiciaires des impétrants. Autrement dit, les embauches ont été faites dans un grand mépris de cette règle démocratique fondamentale, soit parce que les service du Secrétariat d'Etat n'ont pas été saisis avant l'engagement des individus en question, soit parce que les recommandations de ces même services fédéraux n'ont pas été suivis d'effet (2), auquel cas les intéressés auraient été embauchés en toute connaissance de cause.

Le rapport parlementaire rappelle également que le Gouvernement portègne n'a jamais répondu aux demandes d'information formulées par la Legislatura (le Parlement monocaméral de la Ville) sur le passé douteux de ces fonctionnaires territoriaux. Et ce n'est pas la première fois que le Gouvernement de Buenos Aires ne donne pas suite à des réclamations constitutionnelles du Parlement local.

L'accumulation des rapports de semblable contenu depuis l'arrivée aux affaires de Mauricio Macri serait surprenante dans les vieilles démocraties européennes qui sont encore les nôtres (pour combien de temps d'ailleurs ?). Il y a beau temps en effet qu'une telle situation aurait abouti à la démission du mandataire politique ou à sa destitution. Même Sarkozy a fini par lâcher Eric Woerth pour beaucoup moins que ça. Or même le procès politique de Mauricio Macri, minoritaire de fait à la Legislatura n'est pas acquis, comme on l'a vu récemment (voir mon article du 17 décembre 2010 à ce sujet) malgré les nombreuses tentatives au sein d'une Legislatura de 70 députés dont seulement 24 macristes (PRO). Les pratiques démocratiques ont donc encore des progrès à faire dans ce pays, traumatisé par plus de 50 ans de coups d'Etat en tout genre et de gouvernements anticonstitutionnels, depuis 1930 jusqu'à 1983, avec une sorte d'accalmie pendant le gouvernement de Domingo Perón, qui ne fut pas, lui non plus, c'est le moins qu'on puisse dire, un règne de grande pluralité politique.

On ne peut malheureusement toujours pas disposer de l'information directe sur le site de la Legislatura, dont la mise à jour est toujours très en retard par rapport à l'activité parlementaire elle-même, sans doute parce que la Chambre semble ne pas faire de la mise à jour du site Internet une priorité d'emploi de ses impressionnantes ressources humaines (3).

Pour aller plus loin en attendant que le site de la Legislatura soit à jour :
Je n'ai pas trouvé mention de la publication de ce rapport ni dans Clarín ni dans La Nación.

(1) sur les 13 groupes (bloques) parlementaires que compte la Legislatura actuelle, ils sont 9 à avoir plus d'un député. Le groupe PRO est le plus fourni, avec 24 membres. L'opposition est extrêmement morcelée. 2 groupes n'ont que 2 députés, 3 en ont 4, dont le bloc péroniste, et le plus fourni, Proyecto Sur, le mouvement socialiste dirigé par Fernando Pino Solanas, en a 8.
(2) L'enquête judiciaire sur les écoutes illégales a révélé que la Présidente Cristina Kirchner avait confidentiellement averti Mauricio Macri du passé des plus douteux de Jorge Palacios. Et il s'avère que Mauricio Macri n'en a tenu aucun compte puisqu'il a tout de même chargé le sulfureux personnage de la sécurité dans la Ville de Buenos Aires. Devant la Legislatura, le 18 août dernier, Mauricio Macri a assuré aux députés qu'il avait obtenu pour cette nomination le feu vert des Ambassades des Etats-Unis et d'Israël, dont on se demande bien à quel titre elles avaient à être consultées sur cette affaire et qui ont d'ailleurs apporté de fermes démentis dans les semaines qui suivirent.
(3) J'ai moi-même eu l'occasion de constater de visu qu'un député dispose d'un personnel beaucoup plus nombreux que ne peut en avoir, par exemple, en France, un membre de la Chambre des Députés ou du Sénat. La liste du personnel de la Legislatura occupe 33 pages d'un tableau très serré (plus de 60 lignes par page), j'ai renoncé à faire la somme des individus émargeant ainsi au budget de la Chambre, d'autant qu'il ne s'agit pas d'un bilan social puisque seul les noms, affectations et dates d'embauche des salariés sont indiqués et en aucun cas leur temps de travail ou leur positionnement hiérarchique. Il n'en reste pas moins que ça fait vraiment beaucoup, beaucoup, beaucoup de monde pour 70 députés en tout et pour tout.

samedi 11 décembre 2010

Lynchage d'un blessé par balle à Villa Soldati [Actu]

Ajout du 14 décembre 2010 : voir également mon article du 14 décembre 2010 sur les incertitudes concernant la réalité de ces faits épouvantables mais qui sont peut-être une supercherie.

C'était un jeune homme de 19 ans. Peut-être était-ce un petit caïd odieux. Peut-être était-ce un brave ouvrier paisible. On n'a publié ni son nom ni sa nationalité, même s'il s'agit d'un majeur selon la loi argentine (majorité à 18 ans depuis un peu plus d'un an).

Il a été blessé par balle lors de nouveaux affrontements à Parque Indoamericano, dans le sud de la ville de Buenos Aires. Un groupe qui paraissait être une unité organisée s'est attaqué aux occupants du campement de fortune installé dans le parc. La Police métropolitaine, qui dépend du Gouvernement Portègne (la Police Fédérale n'intervient plus depuis avant-hier) a laissé faire ou s'est abstenue d'intervenir, ce qui revient au même dans les faits. Il y a eu quatre blessés par balle parmi les occupants du parc, qui ont cherché à se défendre et à empêcher cette bande armée de les déloger, et deux blessées parmi les forces de l'ordre, toutes deux officiers de police. L'un des blessés du Parc a été pris en charge par une ambulance du SAME, le service sanitaire médical d'urgence (emergencia en espagnol), mais l'ambulance a été arrêtée par le groupe armé. L'un des membres a mis en joue le chauffeur, qui a immobilisé le véhicule.

Selon le directeur du SAME, la porte de l'ambulance a aussitôt été ouverte, le blessé extirpé de l'ambulance et ensuite roué de coups sur la chaussée. Selon un médecin qui se présente comme un témoin oculaire des faits, le jeune garçon a été achevé d'une décharge d'arme à feu dans la tête au moment pendant que les assaillants l'extirpaient du véhicule et son corps, sans doute déjà sans vie, a ensuite été jeté sur la chaussée.

Les photos du jeune homme gisant à terre, la tête et le visage ensanglantés, sont à la une de la plupart des journaux, sauf Página/12 qui préfère la sobriété d'une manchette au titre choc et un gros titre qui cite la Présidente hier ("Cela n'est pas arrivé par hasard"). Sur les photos, la victime est entourée de témoins, fascinés, au regard où la crainte le dispute à la curiosité malsaine. Parmi eux un jeune adolescent, qui n'a l'air de n'avoir même pas 15 ans. Personne n'est près du mort pour le pleurer ni même pour le toucher. Peut-être parce qu'il était sans famille proche à Buenos Aires. Son visage présente des traits indiens, il était peut-être péruvien, paraguayen, bolivien ou colombien. Il aurait pu tout aussi bien venir du nord de l'Argentine...


Cela se passait hier, dans le sud de la Ville Autonome de Buenos Aires, le 10 décembre, jour international des Droits de l'Homme, anniversaire du retour de la Démocratie en Argentine (1983), après la tenue de propos clairement xénophobes par le Chef du Gouvernement de Buenos Aires, Mauricio Macri, contre les immigrés boliviens majoritaires dans le campement du Parque Indoamericana (dont j'ai parlé hier sur ce blog) et alors que, dans un salon de la Casa Rosada, la Présidente Cristina Fernández de Kirchner venait de déclarer qu'elle ne voulait pas que l'Argentine rejoigne "le club des pays xénophobes".

Le médecin du SAME qui s'occupait du jeune blessé dans l'ambulance a lui-même été hospitalisé en état de choc après les événements.

Les affrontements, façon avec des techniques d'Intifada palestinienne, ont continué dans un paroxysme de violence physique et des cris de haine de tout côté, non seulement de la part des Argentins contre les immigrés de fraîche date et réciproquement mais aussi de la part d'autres immigrés, arrivés il y a plus longtemps et réclamant eux aussi à grands cris la reconduite à la frontière par la force des immigrés de fraîche date. Même le club de foot du quartier de Villa Soldati écrit en page d'accueil de son site des phrases écoeurantes sur les squatteurs du parc, qu'il accuse de vouloir s'emparer des installations du Club et qu'il traite d'okupas (occupants, avec une orthographe à relents nazis). Il faut dire aussi que les clubs de quartier, qui ne sont pas que des clubs de foot d'ailleurs, sont tenus par des hommes très puissants, très riches et qui ne sont pas dénués d'ambitions politiques (Macri a longtemps été président du Boca Juniors avant d'être élu à la tête de Buenos Aires et il est connu qu'il a conservé des liens avec les groupes de hooligans dont il se servait comme d'un service d'ordre les soirs de match. Et les soirs sans match aussi). Une bande de hooligans du club Huracán se sont quant à eux constitués prisonniers après avoir été reconnus sur des images vidéos parmi des assaillants armés, lors des affrontements des jours précédents.

Une vue du Parque Indoamericano, bordé par les maisons des Argentins et des immigrés de longue date, et plus loin la Buenos Aires des beaux quartiers et des classes moyennes avec tout au fond les immeubles tarabiscotés du bord du Rio de la Plata.
Photo German Garcia Adrasti pour Clarin.

Mauricio Macri, comme toujours, rejette la faute sur les autres, en l'occurrence sur le Gouvernement qui a refusé de lui prêter l'aide à nouveau de la Police Fédérale, après le premier incident mortel de mercredi dans le bidonville portègne Villa 20, où Police Fédérale et Police Métropolitaine tentaient ensemble de rétablir le calme et où des tirs, encore non identifiés, sont partis qui ont fait plusieurs blessés et deux morts étrangers. Or on sait que la Police Métropolitaine est infiltrée par des voyous, les journalistes et la justice ont pu établir qu'il y a eu, au moins par le passé, depuis un an que ce corps existe, des repris de justice parmi les hommes du rang et les gradés (il a été démontré qu'au moins un commissaire avait un casier judiciaire crapuleux). On comprend donc que le Gouvernement ne veuille plus que la Police Fédérale risque à nouveau d'être entraînée dans des agissements illégaux. En tout cas, des témoins affirment qu'hier la Métropolitaine n'a pas fait un geste pour tenter de rétablir le calme, contrairement à avant-hier où un journaliste de Página/12 avait entendu au moins un policier tenter de raisonner un riverain de la zone qui hurlait des insanités aux immigrés du parc en face de chez lui.

Le Présidente, tout de noir vêtue à nouveau, a annoncé la création d'un Ministère de la Sécurité, qu'elle a immédiatement confié à Nilda Garré, l'actuelle Ministre de la Défense. Julio Alak perd donc cette partie de son portefeuille et garde uniquement la Justice.

A minuit passé, le Chef de l'Etat a convoqué une réunion des acteurs impliqués dans le conflit, dont Macri, son ministre de la sécurité Montenegro, les organisations sociales du quartier de Villa Soldati pour trouver une solution. Cette réunion a duré trois heures et elle n'a abouti à aucun accord entre les parties qui doivent toutefois se revoir cet après-midi.

Hier pourtant, un juge de Buenos Aires, Roberto Gallardo, qui a toujours marqué son indépendance vis-à-vis de Macri (souvenez-vous, c'est lui qui lui avait tenu tête en faisant éteindre le panneau lumineux géant à côté de l'Obélisque pendant l'hiver, voir mes articles du 19 juin au 12 juillet 2010 à ce propos), proposait déjà des mesures pour rétablir la cohabitation pacifique dans le secteur : mettre en place des accès à l'eau potable pour les occupants du campement, installer des WC chimiques en nombre suffisant, organiser l'évacuation des déchets, toutes mesures logistiques dont l'absence cause un énorme problème de salubrité publique et explique (sans le justifier) l'emploi d'insultes d'une vulgarité sans fond par les riverains (voir mon article d'hier sur les événements), bref tout ce que la Fondation Madres de Plaza de Mayo cherchait elle aussi à réaliser jusqu'à l'expulsion, ordonnée par un autre juge, mercredi dernier.

Alors bien sûr aujourd'hui, c'est la Fête nationale du Tango mais avouez qu'elle a un goût amer... surtout en cette année du Bicentenaire où elle aurait dû être plus belle encore que les autres années.
Pour cette raison, parce que je suis accablée devant ce degré insensé de violence, très probablement manipulée à des fins bassement politiciennes (1), et pour exprimer ma solidarité personnelle avec mes amis portègnes qui doivent être au 36ème dessous (con el animo bajo cero, comme ils disent eux), en voyant cela, je reporte à un autre jour et l'article que j'aurais écrit en d'autres circonstances sur le plan de développement de l'industrie automobile argentine annoncé aujourd'hui par le Gouvernement (qui a l'air d'être une idée toute simple et excellente) et celui que je m'apprêtais à publier dans mes Chroniques de Buenos Aires (voir le raccourci en partie haute de la Colonne de droite) sur la présentation que j'ai faite de mon livre, Barrio de Tango, le 3 septembre dernier au Museo Casa Carlos Gardel avec le poète Luis Alposta à mes côtés (2).

Pour aller plus loin :
Lire l'article de Página/12 sur les affrontements et le lynchage de ce jeune anonyme
La rédaction de Página/12 est si secouée par les événements que les journalistes qui s'occupent du site se sont embrouillé les pinceaux ce matin dans les liens (quand vous cliquez sur l'article de Une, vous tombez sur un interview d'un poète et mathématicien français qui figurait déjà, si je ne m'abuse, hier matin dans les pages culturelles. Je ne vous donne donc pas le lien avec l'article principal. Il faudra attendre les rectifications demain ou après-demain si elles se font).
Lire l'article de La Nación, qui, après avoir renvoyé dos à dos hier Cristina Fernández et Mauricio Macri, préfère tout de même aujourd'hui publier un réquisitoire contre la Police Fédérale, qui n'était pas là et qui par conséquent n'y est pour rien, et rester silencieux sur la Métropolitaine.

(1) Il serait étonnant que ce petit groupe homicide soient d'authentiques habitants argentins du quartier. Il faut une sérieuse organisation, un plan d'action bien préparé et un rapport très singulier à la violence pour pointer une arme sur le chauffeur d'une ambulance qui roule, ouvrir les portes et abattre un blessé déjà en cours de soin et physiquement à quelques centimètres de soi. On n'a pas eu affaire selon les témoignages à un mouvement de foule irraisonnée et prise de panique mais bien à l'action d'un petit groupe. Or on sait que Macri est soupçonné d'avoir monté une milice privée qui s'en prenait physiquement il y a encore un an aux sans-abris, la nuit, pour semer la terreur parmi eux et les faire fuir hors de la ville (il devait comparaître là-dessus devant un juge d'instruction hier). On connaît les méthodes musclées qui ont toujours été utilisées en Argentine contre les indigents par cette droite ultra-libérale à laquelle Macri s'est clairement référée avant-hier en prononçant ce discours xénophobe (la Generación del 80, voir mon Vademecum historique sur ce point de l'histoire politique argentine de la jonction entre 19ème et 20ème siècle, dans la rubrique Petites chronologies de la partie centrale de la Colonne de droite). Nul ne peut plus ignorer le scandale des écoutes téléphoniques illégales au détriment des victimes de l'attentat de l'AMIA auquel est aussi mêlé Mauricio Macri. On se rappelle la violence de la Junte militaire qui appliquait une politique favorable aux intérêts des Etats-Unis avant de considérer l'intérêt du pays lui-même. On sait enfin que le juge Roberto Gallardo avait dès hier fait des propositions raisonnables et intelligentes qui aurait ou permis ou, au moins, facilité le retour au calme et à la paix civile sur place parce qu'elles pouvaient être acceptées par les parties en présence et que Macri a des comptes à régler avec lui. Dans ces conditions, il faudrait être naïf pour croire que de paisibles Argentins pauvres sont soudain devenus des bêtes fauves simplement parce que le soleil leur a tapé sur la tête dans des remugles de cuisine bolivienne et de fosses d'aisance...
(2) J'avais attendu jusqu'à aujourd'hui pour marquer, à ma façon, le Día Nacional del Tango (la fête nationale du tango) qui se célébre aujourd'hui et qui est aussi l'anniversaire de naissance de Carlos Gardel, 120 ans aujourd'hui, Gardel dont l'esprit (el duende o el fantasma) m'avait si aimablement accueillie il y a trois mois dans ce patio à la simplicité émouvante, grâce à Horacio Torres, le directeur du Musée. Ce sera une autre fois. Je garde les photos et les commentaires pour un autre jour, moins endeuillé.

vendredi 10 décembre 2010

Macri ressort de vieux discours de la Generación del Ochenta [Actu]

Mauricio Macri, dont les lecteurs assidus de Barrio de Tango savent qu'il n'est pas le maire de Buenos Aires (il n'y a plus de maire à Buenos Aires depuis de nombreuses années) mais le Chef du Gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires, et qu'il est un ultra-libéral doublé d'un chef d'entreprise, vient de ressortir la vieille xénophobie de la vieille tradition du libéralisme argentin, cette xénophobie que la Generación del 80 (le régime de l'Argentine des années 1880 à 1916) : tous les incidents, très graves et très violents, qui passent depuis trois jours autour du Parque Indoamericano de Villa Soldati, c'est la faute aux immigrés illégaux dont le Gouvernement encourage la venue à Buenos Aires.

Discours connu, trop connu aussi par chez nous où chacun de nos pays dispose de son petit parti populiste qui adore les étrangers mais pas "ceux qui ne sont pas de chez nous"...

Discours qui était déjà tenu en 1898 par le patronat argentin qui voulait une loi pour expulser du territoire tous les fauteurs de trouble étrangers. Et il a fini par l'avoir, assez vite, en 1902, ce fut la Loi Cané, du nom de son rapporteur, le Sénateur Miguel Cané, appelée aussi Loi de Résidence ou Loi Patronale. Le quotidien Página/12 n'a pas hésité à faire le rapprochement dans son édition de ce matin. A cette époque-là, les fauteurs de trouble (comprenez les grévistes et les anarchistes) appartenaient tous à la même catégorie sociale, le prolétariat ouvrier presque exclusivement constitué d'immigrants. Et si par hasard un fauteur de trouble (gréviste ou autre) était argentin, le loi Cané le condamnait au bagne et il était déporté à Ushuaia, dans le cercle polaire.

Inutile de vous dire que cette conférence de presse de Mauricio Macri n'est pas passée inaperçue et que toute la presse a commenté les propos de l'homme politique qui doit comparaître devant un juge d'instruction aujourd'hui même pour les agissements d'une milice placée sous sa responsabilité politique qui s'en est pris physiquement, à coups de gourdin et de savate, pendant 18 mois aux sans-abris de Buenos Aires.

Et ce d'autant plus que des affrontements d'une violence inouïe ont opposé hier les habitants réguliers (ceux qui ont un toit sur la tête) de Villa Soldati à ceux qui campent dans le Parque Indoamericano, un espace vert public qui ne devrait donc pas s'être transformé en bidonville (si tant est qu'il y ait des lieux qui puissent se transformer de la sorte). Ce que Página/12 a résumé dans un titre terrible (en pages intérieures) : "des pauvres contre d'autres plus pauvres encore". Ces affrontements ont fait hier un blessé, heureusement peu grave (il a reçu une balle dans la cuisse) et peut-être un mort (mais la police n'est pas sûre que l'homme dont des inconnus ont abandonné le corps sans vie à la porte d'un hôpital ait bien été tué dans les incidents du voisinage et non pas lors d'un règlement de comptes crapuleux).

Pour rendre compte des incidents, Mauricio Macri a mis en cause expressément la présence d'immigrés boliviens, visiblement majoritaires dans le campement de Villa Soldati, au point que l'Ambassade de Bolivie a exigé des excuses publiques.

Constatons aussi qu'il y a un peu plus d'un mois, après la mort d'un tout jeune militant politico-syndical argentin (voir mon article du 22 octobre 2010), tous les journaux le lendemain étaient plein des photos de la manifestation qui s'était rassemblée en plein centre de Buenos Aires pour dénoncer la répression. Avant-hier, ce sont un jeune Paraguayen et une jeune Bolivienne qui ont trouvé la mort. Il n'y a pas de photo de manifestation de solidarité de la part des Portègnes et pourtant une manifestation était bien appelée au même endroit que la dernière fois et hier, c'était un jour férié. Ce qu'il y avait à la une des quotidiens ce matin, c'était des photos de combats de rue entre des immigrants étrangers et indigents et des Argentins pauvres, et des citations de propos racistes, xénophobes et d'une ignoble vulgarité des deux côtés et en particulier de la part de ces Argentins pauvres dont le raisonnement frustre est très proche de celui qu'avait dénoncé Fernand Raynaud dans son sketch, Le Douanier, dans les années 1970, en France (1).

Ceci dit, Macri n'emportera peut-être pas en paradis électoraliste le fait d'avoir abondé dans le même sens depuis sa somptueuse salle de conférence de l'Hôtel Gouvernemental de Plaza de Mayo, car, sur le palier d'un immeuble des abords du Parque Indoamericano, Página/12 a aussi entendu ça :

“No hay Estado acá. Macri tomó dos decisiones, afeitarse el bigote y casarse. La presidente se borró. Ellos nos invadieron, son millones. Vas a la escuela y no podés anotar a los chicos porque hay 600 bolivianos, vas al hospital y no hay camas por culpa de estos negros”

"Il n'y a pas d'Etat ici. Macri a pris deux décisions : se raser les moustaches et se marier. La Présidente s'est évaporée. Eux ils nous ont envahis, ils sont des millions. Tu vas à l'école et tu ne peux pas inscrire tes petits parce qu'il y a 600 Boliviens, tu vas à l'hôpital et il n'y a pas de lit à cause de ces cons" (2).
(Traduction Denise Anne Clavilier)

La Présidente, qui vient de quitter les vêtements de deuil, ne s'est pas si évaporée que cela : sur cette affaire même, elle a ordonné qu'il y ait une enquête administrative dans les rangs de la Police Fédérale au sujet des tirs qui ont eu lieu mercredi, faisant deux morts parmi les expulsés du Parque Indoamericano. Et son ministre de la Justice et de l'Intérieur (les deux sont confondus en Argentine), Julio Alak, a fermement refusé à Mauricio Macri de faire donner à nouveau la Police Fédérale sur place, laissant Macri se débrouiller seul.

Il est aussi important de remarquer que le quotidien libéral, l'un des principaux journaux d'opposition à la Présidente et d'appui, jusqu'à il y a peu à Mauricio Macri, a fait paraître un édito où il renvoie les deux acteurs dos à dos en les disant victimes l'un et l'autre de leurs erreurs respectives. Et ce n'est pas la première fois que La Nación lâche Macri. Il n'en reste pas moins que le journal qui dénonce le plus fermement le recours aux idées xénophobe, c'est Página/12 et Buenos Aires Económico (qui le fait en première page, voir l'illustration), tandis que Clarín et La Nación font comme si ces propos étaient un détail des plus secondaires.

Et l'Université Populaire Madres de Plaza de Mayo a publié dans l'après-midi un communiqué pour dénoncer les propos de Mauricio Macri. La partie du bidonville dont les habitants ont été expulsés par les Pouvoirs Publics mercredi était bâtie par la Fondation Madres de Plaza de Mayo.

Pour lire le communiqué, cliquez sur l'image.

Pour aller plus loin :
lire l'article principal de Página/12 (intitulé de De l'huile sur le feu, comme vous pouvez le lire sur l'illustration)
lire l'article de Página/12 sur les affrontements eux-mêmes
lire l'article de La Nación sur l'enquête réclamée par Cristina Fernández

(1) Voici le texte intégral, qui mérite d'être lu et relu par les temps qui courent, que ce soit chez nous en Europe ou là-bas en Argentine :
J'suis pas un imbécile ! Moi, j'aime pas les étrangers ! Non!
Parce qu'ils viennent manger le pain des Français !
Oui ! J'aime pas les étrangers ! C'est vrai, c'est comme ça, c'est physique !
Et pourtant, c'est curieux, parce que, comme profession, je suis douanier ! Alors, on devrait être aimable et gentil avec les étrangers qui arrivent. Mais moi, j'aime pas les étrangers ! Ils viennent manger le pain des Français !
Et j'suis pas un imbécile ! Puisque je suis douanier !
Je peux écrire ce que je veux sur des papiers, j'aurai jamais tort ! J'ai le bouclier de la Loi ! Parce que je suis douanier ! Je peux porter plainte contre n'importe qui, je suis sûr de gagner en justice !
J'suis pas un imbécile ! Je suis Français ! Oui ! Et je suis fier d'être Français ! Mon nom, c'est Koulakerstersky du côté de ma mère et Piazanobenditti, du côté d'un copain à mon père !
Dans le village où j'habite, on a un étranger. On l'appelle pas par son nom !
On dit : "Tiens ! v'là l'étranger qui arrive !" Sa femme : "Tiens ! v'là l'étrangère !"
Souvent, j'lui dis : "Fous le camp ! Pourquoi qu'tu viens manger le pain des Français ?" Un étranger !...
Une fois, au café, il m'a pris à part. J'ai pas voulu trinquer avec lui, un étranger, dites donc ! Je vais pas me mélanger avec n'importe qui !
Parce que moi, j'suis pas un imbécile, puisque je suis douanier !
Il m'a dit : "Et pourtant, je suis un être humain, comme tous les autres êtres humains, et..."
Évidemment ! Qu'est ce qu'il est bête, alors, celui ci !
"J'ai un corps, une âme, comme tout le monde... "
Évidemment ! Comment se fait-il qu'il puisse dire des bêtises pareilles ! Enfin, du haut de ma grandeur, je l'ai quand même écouté, cette espèce d'idiot !
"J'ai un corps, une âme... Est ce que vous connaissez une race où une mère aime davantage, ou moins bien, son enfant, qu'une autre race ? Nous sommes tous égaux. »
Et là, j'ai rien compris à ce qu'il a voulu dire... Et pourtant j'suis pas un imbécile, puisque je suis douanier ! "Fous le camp ! Tu viens manger le pain des Français !"
Alors, un jour, il nous a dit : "J'en ai ras le bol !" Alors, il est parti, avec sa femme et ses enfants. Il est monté dans un bateau, il est allé loin au-delà des mers.
Et, depuis ce jour là, on ne mange plus de pain...
Il était boulanger!
Heureux !, Fernand Raynaud, éditions de la Table Ronde et de Provence, 1975, France (ouvrage épuisé)
(2) Le terme negros ici est une insulte d'une extrême vulgarité. Ce n'est pas toujours le cas avec cet adjectif qui est bien souvent employé dans un sens très affectueux ou très gentil. C'était le surnom donné à la chanteuse Mercedes Sosa, la Negra, le surnom donné aussi au bandonéoniste et chanteur Rubén Juárez, qu'on appelait familièrement El Negro Juárez... Ici, si ce monsieur emploie ce terme, c'est dans une intention clairement raciste : ce sont des negros parce que ce sont majoritairement des Indiens et qu'entre eux, les occupants du parc parlent guarani plus volontiers qu'espagnol. Dans l'article de Página/12, on voit clairement que les immigrés n'ont pas été en reste de violences verbales et d'insultes et qu'il y a eu des coups provenant de tous les côtés.

jeudi 28 janvier 2010

Il ne manque pas un bouton de guêtre à la nouvelle Police portègne [Actu]

Si vous lisez assidûment ce blog, vous vous souvenez que la création d’une police dépendant du Gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires a été décidée en novembre 2008 par la Legislatura Porteña (la Chambre des députés propre à la ville). Le Gouvernement national venait de refuser de transmettre au Gouvernement portègne (qui appartient à l’opposition au niveau national) les compétences juridiques et le budget de la Police Fédérale. Or en tant qu’entité autonome, Buenos Aires, comme n’importe quelle province du pays, a droit d’avoir une force de sécurité propre. Elle se l’est donc créée.
Entre temps, de nombreux scandales ont éclaté : celui de la nomination à la tête de l’Ecole de Police d’un avocat peu acquis aux principes des droits de l’homme, Daniel Pastor, qui a dû démissionner sans avoir pu remplir ses fonctions (lire mon article du 3 juin 2009 sur la nomination de Pastor, celui du 30 septembre sur sa démission et celui du 3 octobre sur le nouveau scandale qui s'est sur-ajouté à cette première polémique), celui des écoutes illégales qui vient d’envoyer en prison préventive le Directeur de la Police Jorge Fino Palacios et dans lequel le Ministre de la sécurité portègne, Guillermo Montenegro, est impliqué tout en restant pour le moment en poste (j’ai eu l’occasion de vous en toucher deux mots lorsque Mauricio Macri, le Chef du Gouvernement portègne, a choisi un partisan de la Dictature militaire comme éphémère Ministre de l’Education, lire mon article du 11 décembre 2009 sur la nomination du Ministre et celui du 24 décembre sur sa démission).
Mais au bout du chemin, voici venir l’entrée en fonction de la fameuse Police, avec un effectif opérationnel de 450 à 500 hommes, qui patrouilleront, dans leur bel uniforme d’été tout neuf, dans les rues de toute la capitale à partir du 5 février prochain. Ils surveilleront particulièrement les abords des écoles (et des cantines scolaires, qui continuent de fonctionner pendant toutes les vacances scolaires pour accueillir les enfants des familles défavorisées), les gares, les centres commerciaux et les espaces verts. Leur premier lieu de déploiement devrait être la Comuna 12, un secteur administratif qui regroupe les quartiers ouest de Saavedra (1), de Villa Urquiza (2), de Goghlan et Villa Pueyrredón (2). Ce quartier enregistre en effet des statistiques de délinquances dans la moyenne mais abrite cinq gares, trois zones commerciales importantes, sept accès à la voie rapide General Paz, large axe routier qui sépare Buenos Aires de la Province de Buenos Aires, et un bidonville.
Cependant c’est dans la Comuna 15 que sera établi le Commissariat central de la Policia Metropolitana comme elle s’appellera. Ce sera le Commissariat 15 (les centres de police sont désignés par un numéro à Buenos Aires, jamais par une indication géographique). Il se trouvera dans le quartier de la Chacarita (3).
Sur les dimensions politiques et budgétaires de cette mise en place de la nouvelle police portègne, lire les articles de ce jour.

Lire l’article de Clarín sur les modalités de déploiement de la police
Lire l’article de La Nación sur l’implantation du Commissariat central de la Police métropolitaine.

(1) Saavedra, c’est le quartier de Roberto Goyeneche, le chanteur. C’est le quartier où il est né et celui où il a toujours vécu.
(2) Villa Urquiza et Villa Pueyrredón, je vous en parle souvent dans mes articles sur le chanteur Cucuza Castiello et son partenaire, le guitariste Moscato Luna. C’est à la frontière de ces deux quartiers que se trouve le Bar El Faro, où ils reprennent tous les deux leur cycle El Tango vuelve al Barrio ce vendredi, avec des invités comme d’habitude (
lire mon article sur cette reprise du cycle). Villa Urquiza a aussi son poète par excellence, Luis Alposta (dont je vous parle assez souvent aussi, voyez ces articles en cliquant sur son nom dans la section Poètes de la rubrique Vecinos del Barrio dans la Colonne de droite). Villa Urquiza a aussi eu son grand maître fileteador, le Maestro Carlos Carboni, sur lequel Luis Alposta a écrit quelques articles dans le journal de leur quartier et dont un portrait de Carlos Gardel, tiré de sa collection personnelle, illustrera une des pages de mon livre Barrio de Tango (à paraître fin mars-début avril aux Editions du Jasmin, voir mes articles à ce propos).
(3) La Comuna 15 comprend les quartiers de La Chacarita (celui qui abrite le grand cimetière de l’ouest, où sont enterrés tous les grands artistes du tango, Carlos Gardel, Celedonio Esteban Flores, Juan D’Arienzo, Osvaldo Pugliese, Homero Manzi, Enrique Santos Discépolo, Carlos Di Sarli, Rosita Melo, les frères De Caro, Aníbal Troilo et j’en oublie nécessairement....), Parque Chas (tout récent, il a été séparé de son voisin en 2007), Agronomía, Paternal (le quartier de Osvaldo Fresedo, celui à qui Di Sarli rend hommage avec son Milonguero Viejo, "El pibe de la Paternal", le Môme de la Paternal), Villa Crespo (où sont nés Osvaldo Pugliese et le poète Celedonio Esteban Flores) et Villa Ortúzar. Sur le cimetière de la Chacarita, se reporter à
mon article d’août 2008 sur le dimanche à Buenos Aires, dans mes Chroniques de Buenos Aires.

samedi 3 octobre 2009

Academia de Policia Porteña : la polémique rebondit avec une femme [Actu]

Après la démission de Daniel Pastor (voir mon article récent à ce sujet), Mauricio Macri a nommé à la direction de l'Ecole de Police de Buenos Aires une macriste pure et dure, Virginia Gamba, dont il a pris soin de faire savoir qu'elle aurait reçu un prix Nobel de la Paix.

La gauche de Buenos Aires qui n'a pas l'intention de s'en laisser compter sur les nominations à cette institution qui n'a pas ses faveurs et qui lui paraît un dangereux retour vers l'idéologie qui régnait du temps de la Dictature militaire de 1976-1983 a aussitôt soulevé le lièvre. Un député nouvellement élu à la Legislature pour le parti de Pino Solanas, Proyecto Sur, Rafael Gentili, a révélé que Virginia Gamba revendiquait l'héritage de la Dictature. Après Daniel Pastor qui réclame, en sa qualité de juriste, la prescription des crimes contre l'humanité, la nouvelle nomination fait mauvais effet...
La nouvelle future directrice de l'Ecole de Police aurait écrit sur son site internet, La historia paralela, une critique des procès intentés aux militaires tortionnaires d'il y a trente ans. Le ministre de la Justice du Gouvernement portègne a immédiatement démenti l'existence de l'article incriminé. Mais la gauche politique comme la presse de gauche, dont Página/12 est l'un des fleurons, montent la garde et ne lâcheront pas le morceau de sitôt.
La prochaine Legislatura, avec sa représentation minoritaire du PRO (le parti auquel Macri appartient), promet des cessions agitées.

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 de ce jour.

mercredi 30 septembre 2009

Démission de Daniel Pastor [Actu]

L’avocat Daniel Pastor, qui avait été choisi fin mai par Mauricio Macri pour diriger l’école de la police portègne (Academia de Policia Metropolitana), a finalement remis sa démission sans avoir jamais exercé ses fonctions à la tête de cette toute nouvelle institution de Buenos Aires.

Sa nomination avait jeté un froid avant les élections du 28 juin. En effet, dans des publications professionnelles spécialisées, Daniel Pastor a soutenu que les crimes contre l’humanité devaient pouvoir être prescrits, ce qui est contraire à toute la jurisprudence dans le monde entier. Il s’est permis de contester différents jugements rendus par des tribunaux internationaux des droits de l’homme, dont le tribunal international compétent pour les violations des droits fondamentaux en Amérique du Sud, et son hostilité aux organisations de défense des droits de l’homme est connu de tous les spécialistes et militants argentins en la matière. Au début juin, Página/12 avait sorti toutes les armes de son humour ravageur et de ses jeux de mots bien affûtés pour dénoncer le choix du Chef du Gouvernement portègne, assimilant Daniel Pastor à un berger allemand (pastor aleman), lui-même assimilé à un chien SS (voir mon article avec reproduction de la une de ce quotidien le 3 juin).
Daniel Pastor, jeune avocat brillant et bien propre sur lui, à qui on donnerait le Bon Dieu sans confession en voyant sa tête de premier de la classe (1), semble avoir rencontré de sérieuses difficultés après sa nomination puisqu’il aurait à plusieurs reprises dû reculer la date de sa prise de fonction, sous des prétextes variés, d’incompatibilité d’agenda et d’engagements antérieurs, jusqu’à finalement remettre, au début de ce mois ou à la fin août, sa démission au ministre de la justice portègne, Guillermo Montenegro, qui l’a acceptée le 4 septembre. L’information n’a toutefois été publiée au Bulletin officiel de la Ville que le 29 septembre (hier) et sans qu’il y soit fait écho sur le portail officiel de Buenos Aires, vitrine Internet du Gouvernement portègne.

Il semble qu’il y ait eu à la Legislatura des oppositions fortes à cette nomination (ça se comprend, dans une assemblée où le Gouvernement ne dispose pas de la majorité) et que pendant la période de non prise de fonction, pendant laquelle nul ne sait qui a dirigé de fait la Academia de Policia Metropolitana, Daniel Pastor ait tout de même participé à l’établissement des programmes d’enseignement et à la structuration des études.

Certains députés de la Legislatura sont bien déterminés à tirer l’affaire au clair et à passer le ministre à la question sur ce sujet. Il est en effet de première importance de savoir si les manuels qui serviront à former les futurs agents de la force publique de la Ville Autonome de Buenos Aires ont ou non des relents d’idéologie anti-démocratique.

Página/12 triomphe donc aujourd’hui et y va de son calembour habituel : un pastor que abandonó a su rebaño (un berger qui abandonne son troupeau).

Pour en savoir plus :
Lire l’article de Página/12 d’aujourd’hui (en espagnol)
Lire l’article de Barrio de Tango au moment de la désignation officielle tant controversée (en français).

(1) Ressemble un peu à Agnan adulte, ce garçon ! Un peu trop lisse, un peu trop brillant pour être vraiment franc du collier (sans allusion aucune à son nom de famille, qu’allez-vous imaginer là !). En plus, il a des lunettes, lui aussi. Comme ça, les copains peuvent pas lui taper dessus... Mais les journalistes de Página/12 ne faisant pas exactement partie de sa bande de copains, eux, ils ne se gênent pas pour lui régler son compte. N’oublions pas que le modèle du Petit Nicolas, dont l’adaptation au cinéma sort aujourd’hui en France, est sans doute à chercher dans les salles de classe et la cours de récréation du Lycée Français de Buenos Aires, où René Goscinny avait fait toute sa scolarité dans les années 30 qu’en Argentine on appelle la Decada Infame (c’est vous dire si ces 13 années de dictature et de gouvernements anti-constitutionnels ont laissé de bons souvenirs aux Argentins).