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mardi 16 octobre 2012

Quand le tango parle de politique aujourd'hui [Actu]



Samedi prochain, 20 octobre 2012, le Partido Obrero (Parti Ouvier) rendra hommage à son militant abattu par balle le 20 octobre 2010 au cours d'une manœuvre des gros bras d'une milice patronale pour dégager les voies de chemin de fer occupées par un petit groupe de manifestants à l'appel du PO (voir les articles que j'ai consacrés àcette affaire sanglante et ses suites à partir du 21 octobre 2010). Mariano Esteban Ferreyra avait 20 ans.

Il y a plusieurs mois, s'est ouverte la phase finale du procès des accusés : miliciens ayant fait usage de leurs armes, chef de la sécurité et dirigeants de la société de chemin de fer (tout est privé en Argentine dans ce domaine-là). Comme toujours dans ce type de procès, les audiences se déroulent sans aboutir à rien de bien concluant et en se perdant dans les différents méandres que la procédure permet de créer. Ce procès est suivi pas à pas par Página/12, beaucoup moins par les autres quotidiens, dont vous trouvez les liens actifs et permanents dans la rubrique Actu de la Colonne de droite de ce blog.

Les manifestants se rassembleront sur la place du Congrès (Congreso) à 15h puis se rendront à pied à Plaza de Mayo, par Avenida de Mayo, percées dans les années 1880 pour relier ces deux institutions suprêmes du pouvoir en Argentine que sont le Congrès (les deux assemblées législatives) et la Casa Rosada (siège du pouvoir exécutif, appelé aussi Casa del Gobierno).

Sur Plaza de Mayo, la chanteuse Patricia Barone chantera pour la première fois en public un tango, Correntada, composé et écrit en hommage à Mariano Ferreyra par son mari, le guitariste Javier González, et le poète Enrique Morcillo.

Les lecteurs assidus de Barrio de Tango connaissent déjà bien ces artistes dont je vous parle assez souvent, musiciens et enseignants tous deux, et citoyens responsables comme vous le constatez ici. Pour en savoir plus sur leurs activités, cliquez sur leurs noms respectifs dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus.

jeudi 11 novembre 2010

Le Ministre du Travail stigmatise le recours à l'externalisation et Cristina remonte dans les sondages [Actu]

Lundi dernier, 8 novembre 2010, les affaires politiques ont repris après le deuil qui a suivi la mort de Néstor Kirchner. Le ton du gouvernement est au maintien du cap (mantener el modelo), c'est le mot d'ordre qu'ils ont tous à la bouche, à commencer par la Présidente elle-même, et c'est dans cet esprit que lundi, Carlos Tomada, le ministre du travail, a donné une interview au quotidien pro-gouvernemental Página/12 (ci-contre la une de lundi) dans lequel il revient sur le drame de Barracas et la mort de ce jeune militant du Partido Obrero, Mariano Esteban Ferreyra, tué par balle pendant une manifestation de cheminots externalisés par la Ferrocarril Roca (voir mes articles sur ce drame en cliquant sur les initiales MEF dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus).

Carlos Tomada remet en question le système d'externalisation dont le patronat use et abuse en violation de ce qui tient lieu de Code du Travail en Argentine. Je dis tient lieu parce que le statut de la loi sociale en Argentine, un pays où 40 % de l'activité économique n'est pas déclarée (trabajo en negro), est fort différent de ce qu'il est en France, en Belgique et en Suisse.

Bien entendu, cette interview est aussi un plaidoyer pro-domo en soutien à la Présidente, que de très nombreux commentateurs ont dite politiquement fragilisée par le décès de son mari, que la rumeur publique a souvent dit être son mentor. On verra bien ce qu'il en est, en tout cas ce matin, un chroniqueur de La Nación, journal d'opposition, reconnaissait que Néstor Kirchner avait laissé deux veuves, sa femme et l'opposition, qui se trouve comme anesthésiée par l'événement et la galvanisation des forces de gauche qui s'en est suivi (comme c'était assez prévisible, pour qui connaît un temps soit peu l'histoire émotionnelle du péronisme). La Présidente, toute de noir vêtue, est partie à Séoul pour participer au G20 alors que dès le début de cette semaine, sa cote de popularité avait grimpé de 10 points : sa dignité dans l'épreuve, ses rencontres avec les gens qui s'étaient pressés à la veillée funéraire, l'émouvant discours qu'elle a tenu le 1er novembre en reprenant ses activités politiques (voir mon article du 3 novembre 2010) sont sans aucun doute à l'origine de ce regain de popularité et les attaques violentes de Mauricio Macri au lendemain des obsèques y sont peut-être pour quelque chose aussi.

Voici les tableaux que présentait lundi matin Página/12, dont je vous invite à lire les commentaires directement sur le site du journal (1).

Tableaux publiés par Página/12. Cliquez sur l'image pour l'agrandir et la lire.

Ces sondages (ci-dessus), qui présentent les résultats de trois instituts, montre une tendance à la hausse quasiment identique d'une source à l'autre en ce qui concerne l'image de la Présidente et l'appui de la population à son maintien au pouvoir (74% des personnes interrogées veulent la soutenir). Ils indiquent aussi une excellente image posthume du président honoraire avec 69,8% d'avis positifs et seulement 0,4% des sondés sans opinion (on retrouve là cette caractéristique de la vie politique sud-américaine où le secteur des indécis, que nous appelons en français le marais, est très réduit). Du côté des intentions de votes pour l'élection présidentielle de l'année prochaine, on voit que Cristina Fernández de Kirchner (CFK comme Página/12 aime tant la surnommer) arrive largement en tête, que ce soit par rapport à Mauricio Macri (piteux résultat que ces 11,9 ou 11,2 %) ou par rapport à Julio Cobos, l'actuel Vice-Président, qui n'a pas daigné aller se recueillir dans la chapelle ardente, ce qu'il pourrait bien payer très cher en terme de popularité et de présidentiabilité future. Le Alfonsín dont il est question est le grand rival de Julio Cobos dans le camp radical, il s'agit de Ricardo Alfonsín, le fils du président du retour à la démocratie, Raúl Alfonsín, décédé en 2009. Solanas, c'est Pino Solanas, le leader de la gauche à Buenos Aires, le cinéaste, le chef de Proyecto Sur, l'un des mouvements de l'un des partis socialistes argentins (qui n'ont jamais fait leur unité), le Partido Socialista Auténtico (PSA). Duhalde est un ancien président, c'est lui qui était au pouvoir lorsque l'Argentine est tombée dans la faillite en décembre 2001. Il est donc le président qui a succédé à Carlos Menem et précédé Néstor Kirchner et ses résultats sont plus que médiocres pour un ancien chef d'état.

Trois choses à noter dans ces chiffres :
Elisa Carrió, qui s'était présentée deux fois à la présidence, d'abord contre Néstor Kirchner en 2003 et ensuite contre CFK en 2007, et qui a saboté son statut de leader de l'opposition par un comportement politique incompréhensible et incohérent depuis deux ans, ne figure même plus dans les sondages (comme Ségolène en France !).
Quant aux adversaires potentiels de Cristina Kirchner, on voit qu'ils se tiennent tous dans un mouchoir de poche. Alors qu'elle caracole à plus de 45% d'intentions de vote , eux se traînent entre 12 et 7%. Or il suffit de réunir 44% + 1 voix au 1er tour pour emporter l'élection présidentielle sous l'actuelle constitution argentine.
Dans tous les cas de figure, Pino Solanas améliorerait très nettement son score de 2007. Il s'était déjà présenté alors à la magistrature suprême, avec son mouvement Proyecto Sur, et avait obtenu 1,6% des voix, ce qui le plaçait en 5ème position sur les 6 candidats du 1er tour. Cristina avait été élue au premier tour, avec 44,9% des voix, contre 22,96% à Elisa Carrió.

Pour aller plus loin :
lire l'interview de Carlos Tomada dans Página/12 de lundi matin

(1) Lundi, l'abondance de l'actualité artistique m'avait fait reporter au lendemain le traitement de ces deux infos. Mais ce même lendemain, voilà qu'il fallait rendre compte de la disparition de Massera, l'un des affreux de la Junte de 1976, mort tranquillement dans son lit, en n'ayant subi que quelques années de prison tout en ayant sur la conscience une bonne partie des 30 000 disparus des années de plomb.

dimanche 24 octobre 2010

L'enquête avance à pas de géant [Actu]

Pour une fois, la justice argentine avance à marche forcée.

Après la mort par tir d'arme à feu d'un manifestant mercredi, voilà qu'un premier suspect a déjà été arrêté et il ne s'agit pas d'un quelconque fusible mais bel et bien d'un responsable de la Unión ferroviaria, l'organisation patronale des chemins de fer, que la justice accuse d'avoir été à la tête du service d'ordre privé dont les membres ont fait usage de leur arme contre les militants syndicaux qui s'apprêtaient à envahir les voies.

Un mandat d'arrêt national et international a aussi été lancé contre un autre membre de cette troupe (patota) qui serait l'un des trois tireurs comptabilisés.

Reste à savoir bien sûr et c'est la suite de l'enquête qui devrait le déterminer si ces gens sont bien les responsables ou si quelqu'un cherche à leur faire porter le chapeau. D'autant que Clarín n'hésite pas à mouiller dans l'affaire plusieurs membres du gouvernement fédéral auprès desquels l'un des suspects poserait sur des photos visibles sur des comptes Facebook.

En tout cas, après l'inculpation d'un certain nombre de fonctionnaires territoriaux et parmi eux de hauts gradés dans la Direction des Habilitations après l'effondrement du Bar Baera à Palermo le 10 septembre dernier (voir mon article du 11 septembre 2010), c'est une nouvelle et rapide réaction qu'il faut saluer.

La justice argentine a la réputation de laisser traîner les dossiers. Fasse le ciel que cette époque soit révolue.

Pour en savoir plus :

vendredi 22 octobre 2010

Grande manifestation de protestation après la mort par balle d’un jeune ouvrier [Actu]

La mort d’un jeune militant syndicaliste de 23 ans avant-hier après-midi, à la suite d’un coup de feu tiré par une milice de sécurité privée au service de Ferrocarril Roca, a fait sortir les gens dans la rue à Buenos Aires hier soir.

Plusieurs militants politiques et sociaux avaient appelé à ce défilé : les dirigeants du Partido Obrero, organisateurs de la manifestation ouvrière qui a si mal tourné, Jorge Altamira et Marcelo Ramal, des dirigeants de la CTA (Centrale des Travailleurs Argentins, un syndicat alternatif anti-système), la présidente de Madres de Plaza de Mayo Linea Fundadora, Nora Cortiñas (1), le député portègne Pino Solanas (oui, le cinéaste, devenu homme politique à gauche toute !) et diverses autres personnalités.

La presse revient longuement aujourd’hui sur les faits, leurs origines, leurs causes et leurs conséquences, par des analyses passionnées et partisanes.

Photo La Nación
La manifestation des partis de gauche esquina Corrientes et Callao (à gauche de l’image, vous voyez l’enseigne du célèbre disquaire Zivals)


Hier en rapportant les faits (voir mon article du 21 octobre 2010), je n’ai pas illustré mon propos de photos. La Une de Página/12 exhibait le cadavre du jeune homme. Certes, c’est un réflexe culturel très argentin (et très hispanique en général) mais pour notre sensibilité européenne non espagnole, c’est plus choquant qu’autre chose et j’ai préféré m’en abstenir pour rendre hommage de ce côté-ci de l’Atlantique à ce garçon à notre manière de francophones. Aujourd’hui, Página/12 fait sa une avec la manifestation qui a parcouru les rues de Buenos Aires hier soir et à laquelle le blessé, Nelson Aguirre, touché à une jambe et à une fesse et brièvement hospitalisé pour recevoir les soins inhérents à ces blessures sans gravité excessive, était dans le cortège, en chaise roulante. Deux filles de l’autre victime, la femme de ménage uruguayenne Elsa Rodríguez, touchée à la tête, étaient elle aussi dans le cortège. Leur mère se trouve toujours entre la vie et la mort, en soins intensifs à l’hôpital Argerich, à Buenos Aires, où les médecins l’ont placée en coma artificiel.


Ci -dessous : les militants ouvriers le long de la voie de chemin de fer, après la mort de leur compagnon. Cela vous donne une idée de ce à quoi ressemblait le quartier de tango (barrio de tango) décrit par Homero Manzi dans Sur et dans Barrio de Tango : el terraplén dont il y est question, c’est ça, cette levée de terre au-dessus de laquelle circulait un train, qui, lui, a maintenant disparu. Vous voyez : le tango ne parle pas d’une ville imaginaire ou désincarnée !



Avec le temps, on en sait un peu plus sur cette femme humble, arrivée en Argentine sans savoir lire ni écrire, qui vit à Berazategui, une ville de la banlieue sud dans le Gran Buenos Aires, d’où elle va trois fois par semaine faire des ménages dans la capitale pour un salaire de 10 $ de l’heure ($ = peso argentin). Clarín lui consacre un article entier, avec un ton certes un peu misérabiliste (il faut bien que la rédaction montre une fois de plus son hostilité au Gouvernement en place) mais qu’il est bon de lire. Ne serait-ce que pour se faire sa propre idée.

Pour aller plus loin :
Lire l’article de Página/12 sur l’accord de réintégration des travailleurs externalisés de Ferrocarril Roca au sein de leur entreprise d’origine signé au Secrétariat d’Etat au Travail (gouvernement fédéréal).
Lire l’article principal de La Nación (opposition de droite libérale)

(1) En l’occurrence, l’autre association, Madres de Plaza de Mayo, fortement péroniste (or le Gouvernement est attaqué dans cette histoire), a pris position à travers un communiqué de presse de l’Université Populaire Madres de Plaza de Mayo que j’ai trouvé hier dans ma boîte mail en rentrant de mon travail.

jeudi 21 octobre 2010

Les mauvais souvenirs de la Semana Trágica resurgissent à Buenos Aires [Actu]

Un militant du Partido Obrero (parti ouvrier), Mariano Esteban Ferreyra, 23 ans, dont neuf de militantisme dans cette organisation (1), a été tué hier, dans le quartier de Barracas, par le tir d’une patrouille de sécurité ferroviaire : il était au milieu d'un groupe de compagnons, la plupart d’entre eux salariés récemment externalisés de la société de chemin de fer Roca (Ferrocarriles Roca), qui réclamaient leur réintégration dans leur entreprise d’origine. Le groupe tentait d’occuper les voies, celles-là mêmes qui passent au-dessus de ce fameux bar-restaurant Barracas qui servit de décor à Sur, le film de Pino Solanas, où Roberto Goyeneche chante (entre autres) Vuelvo al Sur (je reviens vers le Sud). Ils entendaient ainsi, comme il est fréquent en Argentine, et pas seulement en Argentine, la France en sait quelque chose en ce moment, alerter l’opinion sur leur sort peu enviable.

Bien évidemment, comme le pays est désormais une démocratie, une enquête a été ouverte par l’institution judiciaire. Mais il n’est pas sûr néanmoins qu’elle aboutisse à la découverte ni à la condamnation des vrais coupables. Le Gouvernement fédéral, par la voix notamment de Aníbal Fernández, le premier ministre (jefe de gabinete), s’est déclaré scandalisé mais le PO l’a mis en cause, au même titre que l’organisation patronale des chemins de fer, dans le communiqué émis après l’événement : la police fédérale n’aurait pas fait son travail correctement, le gouvernement n’assurerait donc pas comme il convient la liberté de manifestation. Certains syndicats, en particulier la CTA, dont le PO est proche, protestent et lancent différentes manifestations, dont plusieurs grèves.

On déplore deux autres victimes :
Elsa Rodríguez, une employée de maison, mère de famille de 7 enfants, elle aussi militante du PO depuis 7 ans, a reçu une balle en pleine tête. Elle a 56 ans, elle a été opérée avec un demi-succès (les médecins n’ont pas pu extraire tous les éclats du projectile répartis dans le cerveau). Elle se trouve donc dans un état critique et son pronostic vital est engagé.
Nelson Aguirre, jeune chômeur de 30 ans, également militant du PO, a été touché à la jambe droite et à la fesse gauche. Il est hospitalisé sans que ses jours ne soient en danger.

En 1919, un incident du même type, qui avait fait trois morts dans un premier temps, avait, dans ce même quartier de Barracas, provoqué un soulèvement populaire très long, d’une dizaine de jours, avec batailles rangées et scènes de guerrilla urbaine entre grévistes et forces de l’ordre, qui est resté dans l’histoire sous le nom de Semana Trágica, et dont on se souvient aussi comme de Los de Vasena (ceux de Vasena, du nom de l’entreprise qui employait les grévistes sur lesquels la police avait tiré). Plusieurs tangos font allusion à ces faits sanglants qui avaient abouti à la satisfaction des revendications ouvrières. Puente Alsina, dont Osvaldo Pugliese fit un remarquable enregistrement avec le chanteur Jorge Vidal (récemment disparu), est de ceux-là et pour cette raison, ce tango de Benjamín Tagle Lara a subi, à plusieurs reprises, les foudres de la censure…

Pour en savoir plus :
Lire l’article de Página/12 (quotidien de gauche, favorable à la protestation)
Lire l’article de La Nación (journal d’opposition au niveau national)

(1) En Argentine, le travail à 14 ans est légal. Ce sont donc parfois des enfants qui s’inscrivent dans les organisations ouvrières. Mariano Fereyra avait pris sa carte à l’âge de 14 ans. Il y a un an environ la majorité en Argentine a été porté de 21 à 18 ans.