mardi 19 avril 2022

Le président de la Cour suprême s’empare du pouvoir judiciaire [Actu]

Voilà le juge Horacio Rosatti habillé pour l'hiver
(ça tombe bien, on est en automne)
Página/12 renvoie ici à un sketch célébrissime
de l'humoriste Alberto Olmedo (1933-1988),
qui pastichait tous les vices d'un dictateur militaire latino-américain
(corrompu, bête comme ses pieds, méchant comme une teigne, tyrannique, etc.)
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution


Il y a plusieurs années, Cristina Kirchner, alors présidente de la Nation et aujourd’hui vice-présidente (donc à la tête du Sénat), avait fait mettre en place par la loi (1) un Conseil de la Magistrature qui a depuis lors le pouvoir de nommer et de muter les magistrats fédéraux. Ses membres sont désignés par le pouvoir législatif. L’objectif (officiel) de cette innovation était d’en finir avec la partialité idéologique et politique d’une grande majorité des juges fédéraux, un fléau qui entache le fonctionnement de la justice en Argentine et qui est un vestige, jamais éradiqué et jamais vraiment combattu, de l’époque coloniale.

La Prensa est beaucoup plus sobre
En haut, à gauche, une petite photo en dessous
de ce titre anodin : "Polémique"
Son gros titre (en jaune) est pour
une série de mesures salariales de lutte contre la pauvreté
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Ces jours derniers, le Sénat devait procéder au renouvellement des membres de ce Conseil mais les tensions entre la majorité présidentielle (elle-même divisée, du fait de Cristina Kirchner, entre deux clans de moins en moins réconciliables) et l’opposition, qui a le plus grand nombre de sièges dans la Chambre haute, ont empêché que les débats accouchent de nominations valides. Devant cette situation sans issue, Cristina Kirchner venait de décider d’une manière très contestable que désormais le Congrès ne pourrait plus nommer les nouveaux membres du Conseil, ce qu’un juge, sans doute peu scrupuleux, avait validé. Juste avant le week-end férié de Semaine Sainte, les sénateurs de droite avaient donc fait appel à la Cour suprême pour une mesure en référé.

Le président de la plus haute institution judiciaire du pays, dont l’appartenance idéologique à la droite ne fait de doute pour personne, celui-là même qui, il y a quelques semaines, avait réussi à faire classer une instruction menée contre lui par un juge de Rosario, qui enquêtait sur un éventuel enrichissement illégal de sa part, ne se l’est pas fait dire deux fois. En quarante-huit heures, pendant que tout le monde était en vacances (les journaux n’ont même pas paru vendredi), il a pris l’affaire en main en publiant un décret par lequel la Cour suprême place le Conseil de la magistrature directement sous ses ordres. Hier, Horacio Rosatti s’est donc nommé lui-même président de ce Conseil de la Magistrature, dont il devrait désormais nommer les membres. Par la même occasion, il a révoqué l’arrêt du juge qui avait validé les cascades constitutionnelles de Cristina Kirchner.

Sobriété encore à la une de Clarín, qui en fait tout de même plus
Au-dessus de la photo d'un président Fernández mécontent,
ce gros titre "La Cour disqualifie la manœuvre de Cristina
et modifie la Magistrature"
Tout en haut : "Boric : sa cote baisse de façon inattendue"
(Boric est le tout nouveau président du Chili,
qui n'aura eu qu'un mois d'état de grâce)
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Pour l’opposition comme pour la majorité, de la part du premier magistrat du pays, c'est là une manœuvre des plus discutables (la majorité n’hésite pas, quant à elle, à évoquer un coup d’État institutionnel). Les turpitudes de Cristina n'autorisent nullement la Cour suprême à faire n’importe quoi de son côté. Cependant pour l’opposition, cette prise de contrôle est malgré toute une solution plus ou moins acceptable dans la mesure où elle met échec et mat cette vice-présidente haïe, dont tant les observateurs que les hommes politiques, de ce côté-là de l’échiquier du moins, prétendent qu’elle ne recherchait, en tordant les procédures parlementaires, que l’obtention d’une impunité pour elle et ses enfants, puisqu’elle est actuellement poursuivie dans le cadre de plusieurs procès à rallonge où le parquet peine décidément à fournir des preuves incontestables de son implication dans les faits de corruption et de concussion dénoncés vers la fin de son second mandat présidentiel, il y a environ sept ans.

"En envoyant un signal fort de pouvoir,
la Cour prend la tête du Conseil", dit le gros titre
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Au sein de la Cour elle-même, il semblerait que la prise de contrôle à la hussarde de son président provoque des dissensions. L’un des magistrats suprêmes, pourtant du même bord politique, s’est en effet arrangé pour ne pas avoir à contresigner le polémique décret du chef !


Olmedo dans le costume du Yeneral González,
le Dictateur de la Côte Pauvre
(jeu de mot avec le nom du Costa Rica, Côte Riche,
visé comme république bananière par excellence ;
il allait de soi pour le public que l'artiste parlait en fait de l'Argentine)
Couverture d'un DVD de ses meilleurs sketches

A partir d’aujourd’hui, la fusion des présidences de deux organismes aux objectifs sans rapport l’un avec l’autre risque fort de relancer le profond sentiment de méfiance vis-à-vis de la justice dans une large partie de l’opinion publique car elle met fin, tant qu’elle s’exercera, à l’existence d’un contre-pouvoir au sein du monde judiciaire. Il va désormais falloir une bonne dose de courage aux juges fédéraux pour procéder à des enquêtes et émettre des jugements qui iront à l’encontre des vues partisanes du président de la Cour suprême puisque celui-ci pourra à son gré les déplacer, les placardiser, voire les révoquer. Et on a pu constater qu’il était particulièrement chatouilleux.


© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin dans la presse d’aujourd’hui :



(1) Elle disposait alors de la majorité au sein du Congrès.

jeudi 14 avril 2022

L’inflation toujours aussi sportive : plus vite, plus loin, plus haut ! [Actu]

Cliquez sur l'image pour une haute résolution


Cette fois, le taux d’inflation a dépassé les bornes. C’est le plus haut taux mensuel enregistré depuis vingt ans, c’est-à-dire depuis le krach national de Noël 2001… En Argentine, il a voulu se mesurer à l’inflation dans le reste du monde et il ne doit pas être loin du podium avec sa moyenne générale de 6,7 % pour le seul mois de mars. Une nouvelle désastreuse qui arrive à la veille du long week-end de Pâques qui commence demain, Vendredi Saint, pour s’achever dimanche soir.

Synthèse générale tirée du rapport de l'INDEC
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Ce n’est toutefois une surprise pour personne. D’abord parce que les consommateurs se rendent compte au jour le jour du phénomène en faisant leurs courses. Ensuite parce que ce type de chiffres circulait dans la presse depuis plusieurs jours grâce à des estimations publiées par des cabinets privés.

Synthèse des différentes variations dans le temps et l'espace
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Et pour une fois, ce n’est pas l’alimentation qui mène le bal mais les frais liés à la scolarité et à la formation, depuis l’école primaire jusqu’à l’université en passant par tout ce qui est formation professionnelle. C’est le plus inflationniste des postes de dépenses dans toutes les régions, sauf dans le nord-est où elle est dépassée, mais de très peu, par les dépenses énergétiques des ménages (électricité, gaz et carburant).

Région par région, les cinq postes les plus inflationnistes
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Les dépenses liées au logement (loyer et autres consommations en lien avec le lieu de résidence) apparaissent aussi parmi les cinq postes les plus inflationnistes dans toutes les régions, sauf la Patagonie, avec la plus basse densité humaine de tout le pays.

Les titreurs n'hésitent pas à user des grands thèmes
de l'extrême-droite occidentale avec cette question
sur la décadence du pays !
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Tout cela nous donne un taux interannuel de 55,1 %, soit déjà beaucoup plus que celui laissé par Mauricio Macri lorsqu’il a quitté la Casa Rosada le 10 décembre 2019, à une époque de calme plat pour l’inflation internationale, et un cumul depuis le 1er janvier de 16,1 % (pour un trimestre).µ

Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Récemment, le gouvernement argentin a conclu, à un prix intéressant, un accord de fourniture de gaz avec la Bolivie pour voir venir l’hiver (c’est dans deux mois). Par ailleurs, le pays est producteur de pétrole mais ne parvient pas à satisfaire l’ensemble du marché, en particulier la demande du transport de marchandises comme en témoigne la une de La Nación de ce matin, qui se délecte en soulignant à chaque fois les difficultés qui surgissent devant le gouvernement (de gauche).

L'info est bien en une (tout en haut) mais cette fois-ci,
le journal a préféré titrer sur une rencontre de parlementaires
européens et latino-américains à dominante poutinienne
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Le contexte international n’épargne donc pas l’Amérique du Sud, même si un pays comme l’Argentine, producteur de céréales, de viande, de lait et de fruits, devrait pouvoir, dans un proche avenir, capter des parts de marché que l’Ukraine ne pourra pas couvrir. Une rente juteuse qui s’annonce pour le patronat agraire plus que pour l’ensemble du pays : fraude fiscale, dissimulation de capitaux dans les paradis fiscaux et intérêts privés à la manœuvre.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de La Nación, qui gratifie cette fois-ci encore ses lecteurs de ses propres graphiques (ceux de l’INDEC sont pourtant plus parlants)
lire le rapport de l'INDEC

mercredi 13 avril 2022

Pour reconstituer les crimes de la dictature militaire [Actu]

Présentation officielle hier


Depuis le début du mandat présidentiel courant, les services secrets argentins sont placés sous une nouvelle direction qui veille à les suborner très strictement au gouvernement et qui effectue un travail d’audit sur leur fonctionnement. C’est ainsi qu’a été lancée l’affaire des écoutes illégales au détriment des parties civiles dans l’affaire de la disparition en mission du sous-marin ARA San Juan.

Hier, dans le salon des Femmes de la Casa Rosada, le gouvernement a annoncé la conclusion d’un accord technique au terme duquel les archives de cette institution entre 1976 et 1983 vont être numérisées afin que la justice nationale continue de poursuivre les criminels de la dictature militaire et puisse établir ce qui est arrivé à chacun des 30 000 disparus, dont plusieurs milliers de corps qui n’ont toujours pas été retrouvés.

Il existe plus de 250 000 fiches à étudier sur une population qui, dans ces années-là, comptait environ 30 millions de personnes.

Ce chantier était réclamé depuis de nombreuses années par les associations de victimes, à la tête desquelles on trouve bien entendu les deux Madres de Plaza de Mayo et Abuelas de Plaza de Mayo. Ces associations étaient donc invitées hier à la présentation gouvernementale. Le ministre de la Justice et son Secrétaire d’État aux Droits de l’Homme, un ancien enfant volé qui a retrouvé son identité de naissance il y a quelques années, participaient aux annonces à côté de la directrice des services (AFI) et de celle de l’institution qui réalisera le travail informatique, la Casa de la Moneda.

Dans la presse écrite, l’annonce n’a intéressé que Página/12, pour ne pas changer.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12
lire la communication officielle sur l’accord de numérisation
lire la communication officielle du ministre de la Justice.

Big Brother à Buenos Aires [Actu]

"Caméra invisible", clame le gros titre
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution


La justice portègne vient d’interdire l’usage d’un système informatique de reconnaissance faciale qui avait été implanté par le gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires pour lutter contre la délinquance et la criminalité. La mise en place d’un tel outil avait d’ailleurs soulevé l’opposition d’un large spectre idéologique et politique de militants et d’habitants.

Or il semble bien que le ministère portègne de la Justice et de la Sécurité (qui cumule les compétences judiciaires et policières) se soit servi de ce système dans un tout autre objectif que celui avec lequel on avait tâché de le vendre à l’opinion publique de la Capitale fédérale : deux organismes qui luttent pour la protection des droits civils l’accusent d’avoir illégalement eu accès aux données personnelles de 7 millions d’individus (dans une ville qui compte 3 millions d’habitants) et d’avoir ainsi collecté des informations sur les faits et gestes de membres du gouvernement national (adversaire politique du gouvernement de Buenos Aires), de journalistes, de magistrats enquêtant sur des affaires qui mettent en cause en ce moment des caciques de l’opposition ainsi que de personnalités de la société civile, notamment certains dirigeants et dirigeantes d’organisations militant pour les Droits de l’Homme (il s’agit pour la plupart des associations de victimes de la dictature militaire).

Dans le système de surveillance, les plaignants ont identifié rien moins que 10 millions (environ) de requêtes entre avril 2019 et mars de cette année, dont certaines concernaient rien moins que le président Alberto Fernández lui-même, alors que le système n’avait été établi que pour être utilisé dans des enquêtes judiciaires ouvertes sur des faits délictueux ou criminels avérés. Cette période englobe comme par hasard les élections de mi-mandat qui se sont tenues en octobre 2021.

L'affaire est traitée dans un titre secondaire,
en colonne de droite :
"Capitale : un juge contestable prive la Police
d'un système de sécurité", dit le titre
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

C’est ainsi la deuxième fois que la droite néolibérale est montrée du doigt pour n’avoir pas respecté le droit de citoyens à leur vie privée : la première fois, c’est quand un audit effectué dans les services de renseignement argentins avait révélé l’existence d’écoutes illégales, effectuées à la demande supposée du président Mauricio Macri, alors à la tête de l’État fédéral, (1) contre les membres de certaines familles des sous-mariniers du ARA San Juan qui se sont portés partie-civile dans l’affaire de la disparition en mission du bâtiment.

Une des caméras du Centre de sécurité urbain

Et pour une fois, l’affaire intéresse au-delà de Página/12.

Clarín et La Nación, deux journaux de la droite libérale, traitent l’information ce matin mais ils insistent surtout sur la mise hors service par un méchant juge portègne d’un outil destiné, selon eux, à lutter contre l’insécurité.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :


Ajouts du 14 avril 2022 :
Tandis que
Página/12 indique que le tribunal a donné deux jours au ministre portègne pour rendre raison des millions de requêtes effectuées, Clarín rapporte qu’une procureure a demandé que soit suspendue l’exécution du jugement en référé rendu avant-hier.
Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12
lire l’article de Clarín



(1) Lui nie toute implication dans ces écoutes mais personne ne voit à qui d’autre elles auraient pu servir.

lundi 11 avril 2022

Le premier tour de la présidentielle française vu de Buenos Aires [ici]

"Macron a gagné mais il y aura un second tour contre Le Pen",
dit le titre secondaire, tout en bas
En haut : la politique intérieure (le président prépare un remaniement)
Cliquez sur l'image pour une haute résolution


Le résultat d’hier, qui menace le prestige moral et culturel de la France à l’étranger, figure ce matin à la une des quatre quotidiens généralistes d’envergure nationale en Argentine.

"La France prendra sa décision entre Macron et Le Pen",
dit le titre secondaire (en haut à gauche), non sans insister
sur la troisième place conquise par Mélenchon, le préféré du journal
Au centre : Página/12 soutient la proposition de loi débattue au Sénat
pour faire rembourser le prêt du FMI par l'argent placé dans les paradis fiscaux
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

La Nación, qui y consacre deux pages entières et trois colonnes de la suivante dans son édition imprimée, est la plus discrète à la une, avec un titre secondaire sans photo. Et pourtant, plusieurs plumes s’y sont consacrées, avec deux articles de Luisa Corradini, la correspondante à Paris.

La Prensa, journal catho-réactionnaire, semble préférer Macron
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Clarín publie un article rédigé vers 20h, avec les résultats approximatifs des projections établies par les instituts de sondage.

Cherchez bien, vous allez le trouver !
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Le succès grandissant de l’extrême-droite dans le pays qui a fait la Révolution de 1789 et le penchant poutinien de celle-ci questionnent les observateurs et le public des antipodes. Et pas seulement eux. Nos partenaires de l’Union Européenne partagent aussi les inquiétudes de nos démocrates.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12, de son correspondant à Paris, Eduardo Febbro
lire l’article de La Prensa
lire l’article de Clarín

samedi 9 avril 2022

Condamné pour corruption, un homme politique démissionne [Actu]

Sergio Urribarri a été le gouverneur de la province de Entre Ríos, au nord du pays, de 2007 à 2015. Depuis l’année dernière, il était ambassadeur de l’Argentine en Israël. Politiquement, c’est un kirchneriste.

Avant-hier, en première instance et pour des faits de corruption, la justice de sa province vient de le condamner à une très lourde peine : il écope de 8 ans de prison ferme et il est déchu à vie du droit d’exercer une charge officielle. Il vient donc de démissionner de son poste à Tel-Aviv et le ministre des Affaires étrangères a accepté ce retrait. Sa charge sera assumée par intérim par son second, en qualité de chargé d’affaires.

Urribarri a aussitôt annoncé qu’il allait faire appel en s’appuyant sur la légèreté des preuves que selon la défense l’accusation a produites. Sur les réseaux sociaux, l’ancien gouverneur a publié de longs plaidoyers où il n’a pas ménagé ses critiques à la justice pour la manière elle a mené ce procès.

Ce n’en est pas moins la première fois qu’un haut commis de l’État appartenant à la majorité se trouve condamné alors qu’il est en fonction et qu’il doit pour cela se retirer.

Cela ne manque pas de nourrir les commentaires, surtout dans la presse de droite (opposition).

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :


Ajout du 31 mai 2022 :
C’est seulement aujourd’hui qu’officiellement paraît la décision gouvernementale qui écarte définitivement l’ex-gouverneur Sergio Urribarri de son poste d’ambassadeur argentin à Tel-Aviv.

Sa présence très visible lors de la commémoration du 25 mai à l’ambassade la semaine dernière a provoqué un véritable esclandre, parfaitement justifié, après sa condamnation et sa démission. D’autant que la procureure qui avait déclenché l’affaire en le poursuivant a eu depuis le jugement les pires ennuis professionnels, et ce pour un seul motif : sa position courageuse devant les faits de corruption sur lesquels elle avait enquêté.
La position du gouvernement apparaît donc comme très ambiguë et dans la situation actuelle, avec une division profonde au sein de l’alliance politique au pouvoir et la perte de la majorité au Congrès, cette ambiguïté est pour le moins malvenue.
Pour aller plus loin :
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación
Página/12 reste muet sur cette affaire.

Ajout du 1er juin 2022 :

vendredi 8 avril 2022

L’Argentine salue la mémoire de Miguel Angel Estrella [ici]

"Miguel Angel Estrella, pianiste qui sema musique et espérance",
dit le très beau gros titre de l'édition de ce jour
Cliquez sur l'image pour une haute résolution


Le pianiste et militant des droits de l’homme Miguel Angel Estrella s’est éteint hier matin à Paris, à l’âge de 82 ans. Depuis qu’il avait trouvé refuge en France pendant la dictature militaire argentine, il vivait le plus clair de son temps dans cette ville, ne retournant que de temps en temps dans son pays natal, où il faisait des tournées et donnait des concerts.

Petite photo en haut à droite avec ce titre :
"Un Argentin illustre"
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Miguel Angel Estrella était le directeur en titre de la Maison de l’Argentine à la Cité Internationale Universitaire. Pendant de nombreuses années, il avait exercé les fonctions d’ambassadeur de l’Argentine auprès de l’UNESCO, avant d’être remplacé à l’arrivée de Mauricio Macri au pouvoir en 2015 par Rodolfo Terragno. C’est lui qui en septembre 2009 avait conduit au succès la candidature du tango au Patrimoine culturel immatériel de l’Humanité.

Discret, n'est-ce pas ?
En revanche, le chanteur lyrique Placido Domingo qui a donné un récital
hier au Teatro Colón a droit aux honneurs de la photo de une
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Arrêté sous la dictature militaire, Miguel Angel Estrella avait été torturé. Ses mains en particulier avaient été salement abîmées. Réfugié politique en France, il y avait fondé une association pour apporter la musique dans les prisons françaises, Musique Espérance.

C’est cette œuvre que salue ce matin le quotidien de sa province natale, La Gaceta de Tucumán, dont les articles sont réservés aux abonnés.

"Pianiste des humbles", dit le gros titre
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

Seule La Nación n’en dit rien dans sa une de ce jour. Le disparu, qui a beaucoup soutenu Cristina Kirchner, que le journal déteste, a juste droit au tiers de page inférieur de sa première page consacré à l’actualité du spectacle. Clarín a été un tout petit peu plus généreux : une phrase sans photo dans un petit coin de la une et un article un peu plus développé publié dès hier après-midi sur son site Internet. Sans surprise, c’est Página/12 qui en fait le plus avec une double une : une manchette en première page et une page entière en tête du supplément culturel quotidien, Cultura & Espectáculos.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

jeudi 7 avril 2022

Sortie ce jeudi d’un nouveau documentaire sur Abuelas de Plaza de Mayo [à l’affiche]


La lutte de l’association Abuelas de Plaza de Mayo (Grands-Mères de la Place de Mai) a déjà fait l’objet de nombreux films, à la télévision et au cinéma. Le documentaire d’aujourd’hui s’ajoute donc à une filmographie déjà assez longue.

En l’occurrence, le nouveau film s’intéresse au parcours de dix de ces femmes qui recherchent leurs petits-enfants, arrachés en bas-âge à leurs parents au moment où ceux-ci ont eux-mêmes disparu, arrêtés et souvent exécutés hors de toute procédure judiciaire par les sbires de la dictature militaire de 1976-1983.

Abuelas, una película sobre (y con) Abuelas de Plaza de Mayo, réalisé par Cristian Arriaga, sera projeté pour la première fois ce soir, jeudi 7 avril 2022, à 20h, au Centro Cultural de la Cooperación, Corrientes 1543, en face du Teatro San Martín, en plein cœur du quartier des salles de spectacles. La projection se tiendra dans la salle Raúl González Tuñón, au premier étage.

Entrée : 350 pesos.

"Des vies qui battent comme le cœur", dit le gros titre
sous cette photo ancienne d'un défilé militant des Grands-Mères
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

Parmi les dix femmes participant au film, Estela de Carlotto, la rayonnante présidente de l’association (au centre), et sa vice-présidente, la très vaillante centenaire Rosa Roisinblit (à la droite de Estela), qui a également retrouvé la petite-fille qu’elle recherchait. Chacune raconte son histoire et l’histoire au mouvement à la première personne.

L’idée, le scénario, la réalisation et la production exécutive sont tous dus à Cristian Arriaga, qui a accordé une longue interview à Página/12, qui fait du film la une de ses pages culturelles ce matin.

La direction musicale du film a été confié à un petit-fils retrouvé, le musicien Ignacio Montoya Carlotto, le petit-fils de Estela, identifié il y a quelques années au milieu d’une émotion partagée par presque toute l’Argentine, à la surprise générale.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

Le Sénat se lance dans la lutte contre l’évasion des capitaux [Actu]

"Ils s'appellent reviens", dit le gros titre


En réponse à l’accord que le gouvernement argentin a pu conclure avec le FMI, avec la ratification par le Congrès, la Chambre haute vient de commencer à débattre sur une proposition de loi qui permettrait de récupérer les fonds placés illégalement à l’étranger, sur des comptes offshore et dont le montant total serait équivalent au prêt gigantesque que l’Argentine devra commencer à rembourser dans deux ans.

Parmi les journaux généralistes d’envergure nationale, seul Página/12 s’intéresse à ce débat dont le succès est assez improbable, eu égard à la composition politique de l’assemblée. En revanche, il offre à Cristina Kirchner une occasion de faire semblant de sortir par le haut de la crise politique qu’elle a provoquée en refusant de ratifier l’accord avec le FMI, ce qui ne fait pas honneur à une personne qui a été à la tête du pays.

Il n’en reste pas moins que le sujet va remettre sur le métier le scandale fiscal de cette économie souterraine et de l’utilisation qui a été faite de l’argent du FMI, qui a servi à régler des dettes à des entreprises étrangères qui s’apprêtaient à quitter l’Argentine au lieu d’être investi pour le développement du pays.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

« Noche herida » ce soir au CAFF [à l’affiche]


Aujourd’hui, jeudi 7 avril 2022, et demain, à 21h, le groupe Bombay BsAs (pour Buenos Aires), ex-34 Puñaladas 1, présentera son nouveau disque, Noche herida (nuit blessée), inspiré par Buenos Aires sous confinement, au CAFF, Sánchez de Bustamante 772, dans le quartier emblématique de l’Abasto, où le tango a tant brillé à l’époque de Carlos Gardel, qui y a passé presque toute sa vie.

Entrée : 1 000 pesos argentins.

800 $ en cas de réservation à l’avance.


Ce groupe est un excellent représentant du tango underground dont on peut découvrir la musique en se connectant sur leur page Facebook.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :



(1) Ils ont abandonné ce nom, qui reprenait le titre d’un tango de la grande époque, dans les années 1930, un tango sur le monde interlope du ruisseau, parce que le texte de cette chanson, difficile à interpréter de nos jours, raconte le meurtre d’une femme de 34 coups de couteau. Ce en quoi nos générations ne voient plus un meurtre passionnel comme avant mais un féminicide où l’intimité du tueur et de sa victime est considérée comme une circonstance aggravante (et non plus le contraire). Ils ont voulu éviter que ce choix d’un nom, qu’ils ont porté pendant vingt ans, soit assimilé à une légitimation du crime, lequel est combattu de toutes leurs forces par tous les secteurs progressistes du pays, secteurs dont les cinq musiciens se réclament.

mardi 5 avril 2022

Le Duo Intermezzo reprend sur scène son concert Libertad [ici]

Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution


Le duo français Intermezzo, composé de la pianiste Marielle Gars et du bandonéoniste Sébastien Authemayou, reprend son spectacle en hommage à Astor Piazzolla, baptisé Libertad.

Un spectacle qui dresse un portrait musical du compositeur centenaire en le suivant dans les grandes étapes de sa vie, de sa naissance à Mar del Plata en mars 1921 à sa mort à Buenos Aires, en 1992, en passant par son enfance à New York sous la Prohibition puis le New Deal, son séjour à la Cité Internationale des Arts où il se forma à la musique classique auprès de Nadia Boulanger, et sa carrière qui le conduisit dans le monde entier ou presque.

Un spectacle dont ils sont tous les deux les auteurs et qui accompagne un libre-disque publié l’année dernière, la première biographie musicale de Piazzolla. Une interprétation originale, sincère et fidèle à l’esprit du Maître (cela a d’ailleurs été reconnu par la Fundación Astor Piazzolla en Argentine), qui doit sa qualité à un travail rigoureux sur les partitions et les arrangements. Ce n’est pas si courant en Europe !

Avec leur partenaire, la récitante Claude Fosse, Sébastien Authemayou et Marielle Gars seront ce vendredi 8 avril 2022, à 20h30, à Fuveau, dans les Bouches-du-Rhône.

Places : 5 ou 10 €.

La réservation est obligatoire.

© Denise Anne Clavilier

Pour en savoir plus :

lundi 28 mars 2022

Début de la Semaine du souvenir des Malouines [Actu]

"Le long chemin des soldats argentins
qui peuvent enfin reposer en paix", dit le gros titre
Cliquez sur l'image pour une haute résolution


Samedi prochain, ce sera le quarantième anniversaire du début de la Guerre des Malouines, un désastre militaire pour l’Argentine, avec de nombreux morts parmi les appelés envoyés par la dictature militaire sur ce front insulaire, mais aussi un moment historique clé dans la politique argentine visant à récupérer cet archipel saisi par la Royal Navy en janvier 1833 sans déclaration de guerre préalable alors que le Royaume-Uni et l’Argentine entretenaient déjà des relations diplomatiques depuis neuf ans.

Le souvenir de l’événement est le thème national de l’année dans toute l’Argentine, sous le slogan Las Malvinas son Argentinas.

Depuis quelques jours, la plupart des journaux publient des articles spéciaux, parfois consacrent des dossiers entiers à cette guerre, aux soldats morts au combat et enterrés aux Malouines, souvent encore sans avoir pu être identifiés, aux anciens combattants et à leurs terribles souvenirs, à la situation actuelle de l’archipel avec la toponymie originale en espagnol (alors que les Britanniques ont tout rebaptisé dès les premières années de l’occupation).

Hier dimanche, La Nación a consacré à ce souvenir l’intégralité de son supplément culturel hebdomadaire, El Berlinés. Un dossier très émouvant et très éclairant sur ce que représentent l’archipel et la guerre de 1982.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :