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jeudi 11 juin 2026

Provocation de Milei et Cie : des militaires en armes dans un musée de l’ex-ESMA [Actu]


Hier, pour marquer le jour de l’Affirmation du Droit de l’Argentine sur les îles Malouines, sous autorité britannique depuis le coup de force de la Royal Navy en janvier 1833, le gouvernement argentin s’est autorisé une provocation contre les associations des droits de l’Homme qui, depuis des années, ont installé leurs centres culturels respectifs, tous consacrés à la mémoire des victimes de la dernière dictature militaire, sur l’ancien campus de l’École supérieure de mécanique de la Marine (ESMA en espagnol).

Sur ce terrain de l’ex-ESMA, où se trouve aussi un musée consacré aux Malouines, une poignée de soldats en tenue de combat et lourdement armé a garé deux véhicules militaires sur le parking avant de pénétrer dans le musée alors qu’aucun militaire armé n’est autorisé à fouler le sol de ce complexe culturel, placé d’ailleurs sous le parrainage de l’UNESCO, à l’exception de la garde d’honneur des Grenadiers à cheval, le seul régiment qui s’est tenu à l’écart des pratiques criminelles de la Junte puisque ce corps historique, fondé par le général San Martín pour garantir l’indépendance du pays et dissous en 1826, a été reconstitué en 1903 comme escorte présidentielle et symbole d’unité de la nation afin d’assurer la sécurité des personnalités et des établissements nationaux, dont ce musée fait partie.

Cette intrusion, peu discrète qui plus est, constitue une violation délibérée des règles établies par la démocratie et une provocation destinée à imposer par le fait accompli le négationnisme de ce gouvernement nostalgique de la Junte au détriment du travail de mémoire opéré par les associations et les historiens depuis le retour à la démocratie, le 10 décembre 1983. Le symbole est très lourd. Ni les soldats ni les véhicules militaires n’ont pas le droit d’entrer dans cette enceinte consacrée à la mémoire de toutes les victimes de la répression de la dictature puisque la Marine avait installé là un centre de détention, de torture et d’exécution extrajudiciaire qui a été actif de 1976 à 1983. La règle est d’autant plus ferme que la ex-ESMA se situe à proximité des deux régiments historiques du pays, la caserne du premier régiment d’infanterie dit des Patricios (1807), lequel a combattu les Britanniques aux Malouines, et le quartier des Grenadiers à cheval dit du Général José de San Martín (1812). Pour autant que j’arrive à voir l’écusson sur les portières des véhicules, ces soldats n’appartiennent à aucun de ces deux corps.

Tout cela est d’autant plus choquant que Javier Milei se contrefiche royalement de la souveraineté de son pays sur l’archipel qu’il s’est montré prêt à marchander avec la Grande-Bretagne jusqu’à la victoire de l’actuelle majorité travailliste qu’il hait et méprise de toutes ses forces et à laquelle il tourne le dos. En revanche, si jamais le Royaume-Uni devait passer sous la coupe de Reform UK et de Nigel Farage, la revendication constitutionnelle de l’Argentine sur les Malouines aurait du souci à se faire !

Contre cette mise en scène odieuse, Abuelas de Plaza de Mayo a publié un communiqué dans lequel l’association tient à honorer la mémoire de tous les disparus sous la dictature, celle des opposants mais aussi celle des pioupious du contingent tués pendant la guerre des Malouines en avril 1982.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12, le seul quotidien à rapporter l’incident
lire le communiqué de Abuelas

Ajout du 12 juin 2026 :

La justice se saisit de l’incident pour acte illégal de la part du ministère de la Défense.
A ce sujet, lire l’article de Página/12

mercredi 22 avril 2026

Disparition d’un grand du cinéma argentin : Luis Puenzo [Actu]

"Le cinéma comme art de vivre", dit le gros titre
du supplément culturel quotidien de Página/12
sur cette photo du cinéaste
devant l'affiche du film multirécompensé
Cliquez sur l'image pour une haute résolution


Le 15 mars 1986, deux ans après le retour de la démocratie en Argentine, Luis Puenzo, qui vient de nous quitter à l’âge de 80 ans, aura été, le premier réalisateur argentin récompensé aux Oscars. Celui du meilleur film étranger pour un long-métrage de fiction qui a marqué l’histoire cinématographique et politique. C’est en effet dans La historia oficial que la thématique ultra-sensible des bébés volés, de la recherche de l’identité et de la vérité, celles qui caractérisent depuis cinquante ans la lutte de Abuelas de Plaza de Mayo, fait son entrée dans le patrimoine cinématographique argentin et mondial. Après Puenzo, seul un autre réalisateur argentin a eu droit au même honneur, Juan José Campanella, pour El secreto de sus ojos (Dans ses yeux en français), en 2009. La historia oficial fut aussi récompensée au festival de Cannes.

L’histoire officielle dont parle le titre, c’est le récit présenté par le régime pour justifier et travestir sa politique, un récit que le personnage principal commence par accepter comme une évidence. Peu à peu, cette femme, professeure d’histoire tranquille dont le mari entretient une amitié personnelle avec un criminel de la dictature, en vient à se douter que sa fille adoptive de cinq ans pourrait bien être celle de disparus politiques et elle s’embarque alors dans une quête exigeante et douloureuse, qui est, depuis les premiers soupçons de disparition en 1976, l’année même du putsch militaire, celle qui n’a pas cessé de travailler le pays tout entier.

La première affiche, à la sortie du film,
avant les récompenses internationales

Mais il n’y a pas que ce film dans la carrière de Luis Puenzo, il y en a beaucoup d’autres, et il n’y a pas non plus que la réalisation. Le cinéaste fut en effet l’un de ceux qui, parmi les professionnels, dont son aîné, le regretté Pino Solanas, mort du covid à Paris en novembre 2020, imaginèrent et mirent en forme la loi de 1994 sur le cinéma (sous Carlos Menem), une loi devenue lettre morte ou peu s’en faut avec le gouvernement libertarien actuel. En 2004, Puenzo fonda, avec d’autres, de la Academia de las Artes y Ciencias Cinematográficas de la Argentina. De 2019 à 2022, il fut enfin le président de l’INCAA, l’institut national du cinéma et des arts audiovisuels, qui, avant Javier Milei, avait pour mission d’encourager et de soutenir la création, la diffusion et la distribution cinématographiques et télévisuelles nationales et qui a été depuis dépouillé de son budget et de la plupart de ses compétences dans le secteur. Hélas pour lui, une cabale politique, venue de la gauche qui plus est, devait le conduire à démissionner de son poste, épisode final et douloureux que rappelle La Nación aujourd’hui. Luis Puenzo a enfin été également producteur de cinéma.

Né dans le quartier de Floresta en février 1946, à Buenos Aires, il a fait ses toutes premières armes dans la publicité où il s’est distingué par des très courts formats qui ont marqué les esprits avant d’écrire et de réaliser son premier long-métrage de fiction en 1973, quand l’histoire du pays basculait à nouveau dans la tragédie, trois ans avant le dernier coup d’État, celui de Videla et consorts. L’idée de La historia oficial, qui allait transformer sa vie et sa carrière, lui était venue dès 1982. Pour les besoins du projet, il se rapprocha de l’association Abuelas de Plaza de Mayo afin de comprendre la mécanique cynique qui avait conduit à ces crimes contre l’humanité, un système génocidaire que l’on connaissait encore très mal à la sortie de la dictature (10 décembre 1983). Le film fut tourné sous le mandat, démocratique, de Raúl Alfonsín.

Affiche française du film
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En 1992, en transportant l’action du roman dans un port d’Amérique du Sud, Luis Puenzo tourna une adaptation de La Peste de Camus, un film franco-britannico-argentin distribué par Gaumont, avec, entre autres, Sandrine Bonnaire et Jean-Marc Barr.

C’est donc une grande figure du 7e Art qui vient de disparaître, un jour après l'acteur Luis Brandoni, veillé puis porté en terre par le ban et l’arrière-ban de la culture et de la politique nationales. Aujourd’hui, la presse quotidienne ne dit pas un mot de la veillée funèbre et des obsèques qui pourtant se tiennent très vraisemblablement aujourd’hui. Sans doute Luis Puenzo n’avait-il pas le bon profil pour que la majorité politique actuelle, à Buenos Aires comme au niveau fédéral, lui ouvre les portes d’un salon institutionnel.

Le cinéaste a transmis le virus du cinéma à ses deux fils et ce patronyme n’a donc pas fini d’apparaître sur les génériques.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

Sur les Unes, la messe de Luján en mémoire de François, cérémonie qui a démontré par l’image la désunion féroce du pays, incapable de se réunir même pour ce motif, relègue ce matin la disparition du cinéaste dans les petites photos et les titres très secondaires.

mercredi 25 mars 2026

Très grosse affluence pour le cinquantenaire du coup d’État [Actu]

"Plus que jamais" dit le gros titre
en reversant la formule habituelle des militants
contre la dictature : "Nunca más" (plus jamais)
Cette photo prise au-dessus de Plaza de Mayo
ne montre pas la grande banderole des disparus,
constituée des milliers de leurs visages,
qui traverse traditionnellement le cortège
En haut à gauche, le toit rouge doté d'une tour,
c'est le Cabildo, l'Hôtel de Ville colonial
où se sont tenus les grandes réunions révolutionnaires de 1810
en haut, à droite, le toit rouge au-dessus d'une colonade,
c'est la cathédrale de Buenos Aires
Dans le cercle vert, le pyramidion commémoratif
de la Révolution, datant de mai 1811
et tout en bas, la tribune provisoire
d'où les personnalités ont harangué la foule
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Hier, la Plaza de Mayo au cœur de la Buenos Aires historique était si pleine que les rues adjacentes peinaient à contenir la foule, même à plus de 100 mètres de la place elle-même. Les Unes des journaux le montrent d’ailleurs sans équivoque.

"Manifestation massive de l'opposition
pour rappeler les 50 ans du coup d'Etat", dit le gros titre
Sur cette photo, on voit la banderole des disparus
qui contourne le Pyramidion commémoratif de mai 1811
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De très nombreuses personnalités politiques se sont jointes aux manifestants tandis que le président et son gouvernement, sans se montrer, ont continué à jouer la carte de ce qu’ils appellent « la mémoire complète » qui met sur le même plan les victimes du terrorisme d’État (environ 30 000 morts et 500 enfants volés à leur famille) et les quelques personnalités, militaires et civils, qui servaient le régime dictatorial que la résistance populaire armée a assassinées, comme si les deux violences étaient les mêmes en moyens comme en nature.

Une autre vue de la place, avec la Casa Rosada au fond,
derrière le trou noir du podium des orateurs
On voit le long ruban de la "bandera de los desaparecidos",
la banderole des disparus
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© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12
lire l’article de La Prensa (qui n’a pas publié de Une ce matin sur son site Internet)
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación

Ajout du 30 mars 2026 :
lire cet article de Página/12 où l'ancien juge Baltazar Garzón, grand défenseur de l’État de droit en Espagne et dans toute l’Amérique hispanique, analyse ce qu’il se passe en Argentine autour de ce cinquantenaire

Ajout du 31 mars 2026 :
lire cet article de Página/12 sur la déposition d’un témoin dans l’affaire dite des Cuadernos (les cahiers), l’actuel procès pour corruption contre Cristina Kirchner, lequel repose sur des preuves plus que contestables, comme l’a remarqué Baltazar Garzón. Du grand n’importe quoi pour le plaisir de la mettre en prison...

mercredi 4 mars 2026

Les militants des droits de l’homme demandent justice pour Cristina [Actu]


Hier, dans une annexe de la Chambre des Députés, les associations des droits de l’homme accompagnées par Adolfo Pérez Esquivel, le prix Nobel de la Paix argentin, ont tenu une conférence de presse pour réclamer que justice soit rendue à Cristina Kirchner, qui subit depuis plusieurs mois une lourde peine d’incarcération à domicile sous bracelet électronique, avec des conditions qui ne cessent de s’alourdir au point que l’ex-présidente n’a même plus le droit de sortir sur la terrasse de son appartement portègne (alors qu’on est encore en été), qu’elle n’a droit à la visite que de quatre personnes par semaine pour deux rencontres de deux heures maximum chacune alors que d’autres condamnés, à des peines beaucoup plus lourdes (réclusion criminelle à perpétuité pour crimes contre l’humanité) ont maintenant droit à une détention à domicile, sans bracelet et sans restrictions ni pour sortir ni pour recevoir du monde.

Les militants ont montré des documents prouvant que les sbires de la dictature militaire désormais revenus à la maison se la coulent douce, avec fête d’anniversaire en toute liberté et en tout cynisme.

Ils ont répété qu’il y avait là deux poids deux mesures, d’autant qu’ils estiment que l’ancienne présidente constitutionnelle, élue à deux reprises lors d’élections libres, est innocente des méfaits pour lesquels elle a été condamnée, ce qui est exact puisqu’elle l’a été sous le prétexte qu’en tant que chef d’État, elle aurait dû savoir tout ce que faisait l’ensemble des personnes composant la structure hiérarchique dépendant de son autorité, ce qui est humainement insoutenable et qui prouve que la Justice n’a pas trouvé contre elle de faits véritablement incriminants puisque sa condamnation repose sur des agissements dont ses subordonnés se sont rendus coupables et non pas elle.

Cette conférence de presse faisait suite aux insultes et aux menaces dont Javier Mileí a parsemé, dimanche soir, son très long discours d’ouverture de la session parlementaire (le président argentin a tout fait pour égaler en durée et en chaos le discours sur l’état de l’Union de Trump, son modèle).

Bien sûr, seul Página/12 a rendu compte de cette conférence de presse.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

mardi 25 novembre 2025

Le négationnisme avance à la Défense [Actu]

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Comme le ministre de la Défense Luis Petri vient d’être élu au Congrès et va prendre possession de son siège le 10 décembre prochain, Javier Mileí a nommé à sa place le chef d’état-major des forces armées argentines, un général dont le père, lui aussi officier, a été impliqué dans les crimes de la dictature de 1976-1983 et qui n’a jamais condamné ce régime putschiste, dictatorial et criminel. La vice-présidente, désormais brouillée avec le président, est dans la même situation : elle nie les crimes de la dictature dont son père a été le complice (non jugé). Constitutionnellement, elle préside le Sénat.

Plus de quarante ans après le retour à la démocratie et au gouvernement constitutionnel, c’est la première fois qu’un militaire occupe ce poste, toujours confié jusqu’à présent à un civil.

Or Petri avait déjà mis en place des programmes de formation qui avaient pour but d’installer dans l’esprit des militaires une équivalence de légitimité entre les victimes du régime dictatorial et celles des attentats commis par la lutte armée contre la Junte (ces attentats ont existé mais leurs victimes sont beaucoup, beaucoup moins nombreuses et la plupart du temps, il s’agissait de hauts responsables du régime). On craint que ces séminaires révisionnistes connaissent sous la conduite du nouveau ministre un développement plus dynamique encore, alors que le négationnisme du président est renforcé par celui de son protecteur, Donald Trump.

En Argentine, le discours officiel sur le sujet parle de rééquilibrage ou d’intégralité de la mémoire. En fait, il s’agit d’installer progressivement un nouveau récit officiel aboutissant à la négation pure et simple des crimes de la dictature, crimes contre l’humanité qui sont donc imprescriptibles et que Mileí et consorts veulent amnistier.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 sur les séminaires de « vérité intégrale »
lire l’article de Página/12 sur la condamnation formulée par le Mouvement Œcuménique des Droits de l’Homme (MEDH) tandis que celle formulée par Estela de Carlotto est réservée (en ligne) aux abonnés
lire l’article de La Prensa sur la réaction de Estela de Carlotto, la présidente de Abuelas de Plaza de Mayo (ce qui est très rare : la rédaction de ce quotidien de la droite réactionnaire ultra-catholique est plutôt hostile au mouvement de Abuelas)

Ajout du 27 novembre 2025 :

lire cet article de Página/12 sur l’instruction lancée contre un vice-amiral accusé d’avoir détruit des archives relatives aux crimes de la Dictature militaire de 1976-1983 (ces crimes sont imprescriptibles, la législation argentine interdit donc de détruire quelque archive que ce soit)

mercredi 8 octobre 2025

Caras y Caretas met Estela de Carlotto en couverture [Actu]

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Caras y Caretas, le mensuel culturel du groupe Octubre qui possède aussi Página/12, consacre son numéro de ce mois à la figure solaire de Estela de Carlotto, la nonagénaire présidente de l’association des droits de l’Homme Abuelas de Plaza de Mayo, les grands-mères qui cherchent leurs petits-enfants enlevés en bas-âge à leur famille sous la dictature militaire, entre 1976 et 1983.

Il y a quelques années, Estela de Carlotto a pu retrouver son petit-fils, l’enfant que sa fille avait mis au monde dans une prison clandestine du régime après avoir été arrêtée arbitrairement avec son compagnon. Les deux sont morts, assassinés par le régime, peu de temps après la naissance du bébé.

Comme d’habitude, c’est l’historien Felipe Pigna, en tant que rédacteur en chef du magazine, qui fait l’éditorial de ce nouveau numéro.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lundi 15 septembre 2025

La dernière en date des enfants volés à avoir été identifiée s’exprime : de l’importance de découvrir la vérité [Actu]

"Savoir la vérité, c'est toujours mieux", dit le gros titre
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Alors que les procédures de recherche et d’identification des enfants volés sous la dictature militaire de 1976 à 1983 sont dans le collimateur du présent gouvernement et menacées d’être paralysées, Página/12 a pu interviewée la dernière personne retrouvée par les efforts de Abuelas de Plaza de Mayo et la CONADI, la commission nationale chargée d’effectuer les recherches d'identité et dont Javier Mileí voudrait l’impuissance ou la disparition pure et simple.

Il s’agit de Paula Inama Macedo, de son nom de naissance. Elle a 46 ans, elle a deux enfants et elle ignorait qu’elle avait quelque part un frère et une sœur aînés qui la cherchaient pratiquement depuis sa naissance. Leurs parents étaient des militants marxistes léninistes qui ont été arrêtés en novembre 1977 et qui ont disparu depuis lors. Ses grands-parents n'ont pas survécu assez longtemps pour la rencontrer mais elle a fait la connaissance de ses neveux et nièces.

En janvier dernier, Paula Imana, alors en vacances au Brésil, avait reçu un message de la CONADI lui annonçant que les tests ADN qu’elle lui avait demandé d’effectuer en octobre 2024 avaient livré le secret de sa naissance. Elle qui n’avait jamais soupçonné qu’elle était l’une de ses enfants volés nourrissait pourtant de graves questions sur son identité et son histoire.

Elle raconte aujourd’hui dans les colonnes de Página/12 à quel point il est important de connaître cette vérité, quelque atroce, quelque douloureuse qu’elle soit. La vérité est préférable aux doutes. C’est pourquoi les entreprises du gouvernement et singulièrement du président et de sa vice-présidente pour couvrir les mensonges de la dictature sont par définition criminelles.

En Ukraine, on a sous les yeux la répétition d’une tragédie similaire à une échelle largement supérieure pour une population totale à peine plus nombreuse (44 millions en Ukraine contre 30 à l'époque en Argentine).

 En Argentine, il y a eu environ 500 enfants volés. En Ukraine, il y a a presque 20 000.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

mardi 8 juillet 2025

Un nouveau petit-enfant retrouvé [Actu]

"L'identité fleurit toujours", dit le slogan de Abuelas


Un homme de 48 ans, qui n’a pas voulu révéler son identité, a retrouvé il y a quelques jours l’histoire de sa naissance. Sa sœur, Adriana, l’attendait depuis tout ce temps, depuis qu’une survivante des tortures subies sous la dictature avait pu annoncer à sa grand-mère que sa mère, Graciela Romero, née en 1952, avait accouché d’un petit garçon, en détention dans un camp clandestin de Bahía Blanca, après son arrestation arbitraire à Neuquén, en Patagonie.

Graciela était mariée à Raúl Metz, d’un an plus jeune qu’elle. Ensemble, ils avaient une petite fille, Adriana, aujourd’hui âgée de 50 ans.

Comme d’habitude, Abuelas de Plaza de Mayo a donné une conférence de presse pour commenter la nouvelle mais contrairement à la coutume, l’association n’a pas tenu cette rencontre à son siège mais à la Casa de la Identidad, son centre culturel au sein de l’ex-ESMA, à Palermo, ce grand complexe culturel que Javier Mileí veut fermer pour rendre les locaux aux forces armées afin de détruire la mémoire des crimes de la Dictature que cette ancienne école supérieure de mécanique de la Marine a abrités pendant les sept ans du régime putschiste.

"La vérité l'emporte à nouveau sur l'oubli",
titre Página/12 sur cette photo de Adriana, avec Estella de Carlotto,
en citant une phrase de la conférence de presse
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La conférence de presse a été l’occasion de redire la nécessité absolue de protéger et de maintenir les outils de la recherche des enfants enlevés à leurs familles par la dictature militaire, des institutions que Mileí menace aussi : la CONADI (commission qui avait pour mission d’enquêter sur ces sujets) et la Banque de données génétiques qui permet les rapprochements entre les familles qui recherchent une personne et les hommes et femmes qui ont des doutes sur leur identité. Dans les deux cas, Mileí veut détruire ces outils qui font pourtant référence dans le monde entier.

Les retrouvailles d’hier marquent la découverte du 140e petit-enfant sur les 300 bébés volés entre 1976 et 1983.

© Denise Anne Clavilier


Pour en savoir plus :

lundi 31 mars 2025

Le gouvernement argentin coupe le budget de la ex-ESMA [Actu]

"La Esma dans le viseur", dit le gros titre
sur cette photo emblématique de ce qui fut le pavillon d'honneur
de l'école supérieure de mécanique de la Marine
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Depuis le le retour de la démocratie en Argentine, le 10 décembre 1983, la politique des droits de l’homme et par conséquent celle de la mémoire des crimes contre l’humanité commis par la dictature militaire des années 1976-1983 est une politique d’État. La justice, l’éducation, la culture, la recherche, la diplomatie argentines participaient toutes de cette politique nationale jusqu’à la prise de fonction de Mileí, le 10 décembre 2023.

Presque aussitôt en poste, le nouveau président a interdit aux diplomates de faire la moindre référence à ces programmes, comme à ceux d’inclusion, de lutte contre la discrimination, contre les maladies infectieuses (notamment la politique de lutte contre le covid) et sur le changement climatique, puis il a engagé une stratégie d’intimidation à l’endroit des associations militantes, des syndicats et de toutes les institutions participant de l’une ou l’autre de ces politiques. Il franchit en ce moment une nouvelle étape en supprimant les budgets nationaux qui faisaient vivre les centres culturels consacrés à la défense des droits de l’homme dans une vaste cité thématique installée, au lendemain du retour à la démocratie, dans une enceinte qui avait appartenu aux forces armées qui y avaient installé un centre de détention, de torture et d’exécutions extrajudiciaires qui a fonctionné pendant toute la durée de la dictature.

Ce budget fédéral démocratique finançait notamment les salaires des personnels travaillant dans les centres culturels, dont celui du ministère de la Justice, le Centro Cultural Haroldo Conti, déjà fermé il y a quelques semaines. C’est désormais le sort qui attend les autres pavillons, avec tous leurs programmes de spectacles, d’expositions, de conférences, de colloques et d’ateliers pour les adultes et les enfants. Des activités gratuites ou à prix très abordables.

C’est Trump sur Río de la Plata. A l’œuvre, la même logique néofasciste et la même utilisation orwellienne du mot « liberté » pour désigner son contraire.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :
lire l’article principal de Página/12


Ajout du 4 avril 2025 :
lire cet article de Clarín

mercredi 22 janvier 2025

Autres retrouvailles dans la famille Macedo [Actu]

Le gros titre reprend une phrase de Estela de Carlotto :
"La vérité sur les crimes de la dictature continue
à voir le jour"
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Les Macedo forment l’une des familles argentines les plus amputées par le terrorisme d’État que la dernière dictature militaire a imposée en Argentine entre 1976 et 1983 et que Mileí et surtout sa vice-présidente, Villaruel, voudraient bien réhabiliter.

C’est raté, une nouvelle fois, et tant mieux ! La fille de Noemí Macedo, qu’elle a eue avec Daniel Inama, tous deux disparus sous la dictature, vient de retrouver sa véritable identité grâce au travail de l’association Abuelas de Plaza de Mayo et à celui de la Commission argentine pour l’Identité (CONADI), récemment privée de ses pouvoirs d’enquête par Mileí qui préfère encombrer les cabinets d’instruction fédéraux avec ces affaires, ce qui permet d’en retarder le dénouement.

Hier à 14h, l’association a convoqué la presse comme elle en a l’habitude lorsqu’un des enfants volés sous la dictature retrouve son lignage.

Bienvenue dans la vérité, [enfant retrouvé] n° 139
Visuel créé pour Abuelas de Plaza de Mayo
pour annoncer l'heureuse nouvelle

Lorsque le couple a disparu en novembre 1977, Noemí en était à son sixième ou septième mois de grossesse, la famille n’a jamais su précisément. Son compagnon avait déjà de deux unions précédentes deux enfants, un garçon et une fille. Depuis tout ce temps, le frère, Ramón, et la sœur, Paula, qui ont grandi côte à côte grâce à l’intelligence et à la générosité de leurs mères respectives, ont cherché leur demi-frère ou demi-sœur. Hier, en polo jaune, Ramón Inama, qui a travaillé sous le mandat précédent au Secrétariat d’État aux Droits de l’homme, aujourd’hui en train d’être démantelé, était assis à la table de Abuelas, devant les journalistes, à la gauche de la présidente, Estela de Carlotto. Parmi les militants qui accompagnent Estela pour cette conférence de presse se trouve aussi, entre autres, la députée Victoria Montenegro, elle-même enfant retrouvée, qui vient d’obtenir de la justice le maintien en fonctionnement des centres de la mémoire situés dans la capitale et dont Mileí venait de rayer d’un trait de plume l’existence.

La grand-mère paternelle, qui était membre de Abuelas, est malheureusement décédée sans avoir eu le bonheur de connaître cette petite-fille. Elle a péri dans l’épouvantable inondation qui a ravagé La Plata à Pâques 2013, une catastrophe assez semblable à celle qui vient d’engloutir Valencia et sa région, en Espagne.

Daniel Inama et Noemí Macedo étaient des militants communistes purs et durs, d’authentiques marxistes-léninistes, ce qui les singularise puisque la majorité des disparus étaient plutôt des péronistes révolutionnaires. On n’a aucune certitude sur les circonstances de leur arrestation mais on sait que Noemí a été vue, enceinte, dans l’un des centres clandestins de répression qu’il y avait en pleine ville, dans le centre historique de Buenos Aires. Après, c’est le flou. L’enfant a dû naître fin janvier ou courant février 1978, avant d’être adoptée par un couple dont le mari travaillait dans les forces de répression.



La personne retrouvée, dont l’identité n’a pas été dévoilée, l’a été grâce à des informations anonymes adressées à l’association qui s’est alors rapprochée de la CONADI qui a pu à son tour contacter l’intéressée, laquelle s’est bien volontiers prêtée à un test ADN du Banco Nacional de Datos Genéticos (le BNDG), l’une des institutions les plus réputées au monde pour son sérieux, son efficacité et son éthique. Cette dame a reçu les résultats alors qu’elle était en vacances à l’étranger, où il semblerait qu’elle se trouve toujours (cela plaiderait pour une femme qui, à 47 ans, a fait un beau parcours professionnel puisqu’elle semble disposer d’un niveau de vie confortable). Son frère et sa sœur l’attendent à présent avec impatience.

Il est à noter que cette fois-ci les quatre quotidiens imprimés nationaux publient tous l’information malgré une actualité politique trépidante avec la présence, non dénuée de ridicule grotesque (comme toujours), de Mileí et de son inséparable frangine à l’investiture de Donald Trump, les contacts qu’il y ont pris et leur présence à Davos, en Suisse, dans la foulée.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lundi 30 décembre 2024

Malgré tout, l’année finit dans la joie (1) pour Abuelas [Actu]

L'amour est plus fort, proclame le gros titre
sur cette photo de la traditionnelle conférence de presse
au siège de Abuelas
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Vendredi dernier, l’association des Droits de l’Homme Abuelas de Plaza de Mayo a annoncé l’identification de la 138e personne enlevée à sa famille par les sbires de la dictature militaire dans les années 1970.

Cette identification intervient à l’issue d’une année où Mileí et sa bande ont démonté la plupart des programmes qui permettaient de réparer les crimes contre l’humanité commis par les tenants de ce régime putschiste, des crimes qu’ils entendent nier.

La personne retrouvée par la justice et par l’association est un avocat, qui ne s’est pas encore fait connaître. Il était recherché par son demi-frère aîné, avocat lui aussi, qui vit depuis une vingtaine d’années en Espagne où il a fondé une famille et dont il a pris la nationalité.

Au lendemain de l’annonce, ce frère a donné une interview à Página/12 qui a généreusement fêté l’événement par deux Unes successives, samedi et dimanche.

"Les Grands-Mères sont notre fierté nationale",
titre le journal en reprenant les propos du frère argentino-espagnol
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C’est donc lui qui raconte l’histoire de cette famille, dont les deux parents ont disparu en 1976 sans qu’on sache ce qui est advenu d’eux. La femme était enceinte de huit mois et demi lorsqu’elle a été arrêtée et enfermée dans le centre clandestin de détention et de torture installé dans l’école de mécanique de la flotte, l’ex-ESMA qui abrite aujourd’hui un vaste complexe culturel lié aux Droits de l’Homme et que Mileí aimerait voir disparaître. Les deux jeunes gens militaient dans les rangs des montoneros, une organisation révolutionnaire armée d’obédience péroniste.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :



(1) Je ne peux pas en dire autant. Si j’ai été totalement absente de ce blog en ce mois de décembre, c’est que j’ai accepté un poste salarié au tout début du mois. Tout s’annonçait bien : un poste de permanente, mal payée mais payée, avec des missions intéressantes, faisant appel à mes capacités d’administratrice et de créative, dans une association d’éditeurs. Tout s’est cependant effondré dès le premier jour. Comportements sexistes à répétition d’emblée de la part d’un des éditeurs, dont on se demande comment il peut n’avoir rien de mieux à faire chaque jour que de venir pourrir la vie des deux salariées ; maltraitances au travail coordonnées de la part d’un quarteron de présidents à la retraite qui exercent, en toute illégalité et uniquement au profit de leurs intérêts personnels, la direction réelle des opérations et prennent toutes les décisions, au détriment des élus du C. A. dont elles relèvent et qui, loyaux et probes, se débattent dans le vide pour exercer, pour le bien de la collectivité associative, les responsabilités que les statuts leur attribuent noir sur blanc. Bref, ma énième expérience de l’inefficacité obstinée de petits-chefs incompétents, machistes, lâches, bêtes et méchants. A la fin de ces journées absurdes, passées à m’agiter en tout sens, avec ma collègue, pour n’obtenir aucun résultat professionnellement satisfaisant ni même sensé, je rentrais chez moi épuisée et n’aspirant qu’à me vider la tête jusqu’au lendemain. Je n’ai donc pas touché ce blog pendant toute la durée de cette expérience déplorable. Il est très probable qu’on ne me reverra plus sur les salons organisés par ces tristes sires, surtout maintenant que je sais ce qu’il s’y trame.

vendredi 12 juillet 2024

La justice protège la CONADI [Actu]

L'info est traitée en haut au centre, avec une photo
de la conférence de presse donnée par Abuelas de Plaza de Mayo
"Un frein au négationnisme", dit le titre
En dessous : un article contre les théories sécuritaires
de la ministre de la Sécurité, la très droitière Patricia Bullrich
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En première instance, la justice argentine a ordonné de préserver toute la documentation constituée par la CONADI, une commission nationale de recherche sur l’identité, c’est-à-dire de recherche des enfants volés sous la dictature militaire des années 1970.

L’existence de la CONADI est menacée par l’actuel gouvernement argentin, dominé par des militants anti-droits de l’homme (branche Mileí, le président), et des négationnistes des crimes contre l’humanité commis par les Juntes militaires successives entre 1976 et 1983 (branche Villaruel, la vice-présidente, fille d’un officier complice de la dictature).

Cet arrêt de la justice interdit aux pouvoirs publics d’innover dans le fonds documentaire de l’organisme. La CONADI doit fonctionner comme elle fonctionnait sous le gouvernement précédent. Aucune innovation ni en procédure ni en tri des documents (car ce tri pourrait conduire à la destruction des archives).

Seul Página/12 se fait écho de cette information ce matin, pour ne pas changer.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

vendredi 5 juillet 2024

Les Grands-Mères et les syndicats ont rempli la place de Mai [Actu]

"Tôt ou tard, nous sortirons de la pénombre",
dit le gros titre citant le discours de Estela de Carlotto
(assise et toute de rouge vêtue, à côté de Pérez Esquivel)
En haut : l'explosion du parti libéral de Mauricio Macri
qui préfère le saborder à le fusionner avec celui du président
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Hier, jeudi, c’était le jour traditionnel de la semaine où dans l’après-midi, les Mères (Madres) et les Grands-Mères (Abuelas) de la Place de Mai font leur ronde autour de la Pyramide de Mai, qui symbolise la liberté depuis le 25 mai 1811, au premier anniversaire de la Révolution de Mai qui instaura le principe de l’État de droit.

La présidente de Abuelas de Plaza de Mayo, Estela de Carlotto, avait appelé à les rejoindre dans leur manifestation hebdomadaire pour exiger du gouvernement le maintien en fonctionnement des institutions d’État qui mènent les recherches concernant les disparus de la Dictature : les adultes enlevés et exécutés et les enfants arrachés à leurs parents pour être le plus souvent donnés en adoption illégale à des familles les unes de bonne, les autres de mauvaise foi, sous un faux état-civil. Ce qui constitue un crime contre l’Humanité et est poursuivi comme tel par la justice fédérale.

Le Prix Nobel de la paix Adolfo Pérez Esquivel les a rejointes sur la scène montée à l’extrémité ouest de la place, pour faire face au palais présidentiel.

Par ailleurs, les syndicats avaient appelé à la grève pour protester contre les vagues successives de licenciements d’agents de l’État qui laissent presque paralysés à présent des pans entiers du secteur non-marchand, dont la culture, les médias public, la recherche, l’enseignement supérieur, la santé, le droit des femmes et bien entendu la poursuite de l’activité judiciaire en faveur des victimes de la Dictature et contre les bourreaux encore en vie.

Sans surprise, ce matin, seul Página/12 faisait écho à ce double événement, les autres quotidiens préférant mettre l’accent sur d’autres sujets (abordés pourtant aussi par le journal de gauche).

Ce soir commence un long week avec le pont de lundi. Mardi prochain, l’Argentine célèbrera en effet sa fête de l’Indépendance, la première sous le mandat de ce président qui dit ouvertement qu’il veut détruire l’État que les Argentins se sont efforcés de construire depuis plus de deux cents ans maintenant. Et c’est ce qu’il est en train de faire.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 sur les déclarations des associations des droits de l’homme
lire l’article de Página/12 sur la manifestation des travailleurs sur Plaza de Mayo.

vendredi 28 juin 2024

La politique négacioniste est-elle en marche ? [Actu]

"C'est jouer avec une très grande souffrance
et un grand combat", dit le gros titre
citant Estela de Carlotto (photo)
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Hier, le président Mileí a obtenu son tout premier succès législatif. Pour la première fois, l’une de ses lois a été votée par les deux chambres : malgré plusieurs concessions d’importance auxquelles il a dû se résoudre, il va pouvoir commencer à privatiser à tout-va et il va se faire une joie enfantine de détruire le patrimoine national patiemment construit depuis quarante ans par des gouvernements successifs et de couleurs variées.

Dans la foulée, lui et ses ministres glissent des mesures très préjudiciables au patient travail mené par des organismes d’État pour poursuivre les criminels de guerre et tenter de réparer le mal fait à leurs victimes.

C’est ainsi que le gouvernement a déjà supprimé le petit service d’archivistes qui, au sein du ministère de la Défense, cherchait des indices sur les vols d’enfants et la falsification de leur identité et sur les autres crimes qui ont été commis sur les adultes : arrestations arbitraires, détentions et exécutions extra-judiciaires, actes de torture dans des centres clandestins. Le prétexte avancé était que ce service violait la vie privée des personnels militaires et policiers dépendant ou ayant dépendu de ce ministère : il faut oser tout de même !

Maintenant c’est l’INADI dont l’existence est menacée. L’INADI est un institut qui enquête sur l’enfance des adultes qui déclarent avoir des doutes sur leur filiation et dont plus d’une centaine a pu être identifiée comme des enfants enlevés en bas-âge à des parents opposants à la dictature militaire. L’INADI permet de retrouver la vérité sur les circonstances de leur naissance et de leur adoption frauduleuse. L’INADI a été instituée sous la présidence de Carlos Menem que Mileí considère comme le plus grand président que l’Argentine ait connu (alors que c’est celui qui l’a conduite à la faillite nationale de 2001).

La Banque des données génétiques, un outil précieux établi sous la présidence de Raúl Alfonsín, le premier président du retour à la démocratie, il y a quarante ans, est elle aussi menacée de démantèlement alors que c’est grâce à son fonds d’empreintes génétiques, constitué grâce aux apports des familles qui recherchent un disparu, que l’on peut identifier les corps qui réapparaissent ici et là ainsi que les enfants volés aujourd’hui largement quarantenaires. Un modèle pour tout le continent sud-américain et bien au-delà.

L’association Abuelas de Plaza de Mayo, qui rassemble les grands-mères à la recherche de leurs petits-enfants volés par la dictature, a fait un appel aux médias et entre dans la bagarre pour sauver toute cette infrastructure d’investigation dont la mise en place a coûté tant d’efforts. Ces dames ont 90 ans passés désormais et elles luttent depuis 1976. Elles ne vont pas s’arrêter maintenant. Mileí, ses slogans creux et sa mégalomonie aussi ridicule que sa coupe de cheveux ne les effrayent pas ! Elles en ont vu d’autres.

Dans le même élan, la liberté de la presse se voit elle aussi menacée. Certains journalistes accrédités auprès de la Casa Rosada ont été écartés par la présidence sans autre forme de procès. A présent, le gouvernement annonce que la carte de journaliste sera dorénavant obligatoire pour exercer le métier dans un organe de presse. Il faudra obligatoirement la demander au gouvernement qui se réserve le droit de la refuser. Jusqu’à aujourd’hui, il existait un service public auprès duquel un pigiste sans employeur stable pouvait la demander s’il en avait besoin pour une raison ou pour une autre. Dans tous les autres cas, c’était l’employeur, quotidien, magazine, chaîne de télé, station de radio ou agence de presse, qui la donnait à ses salariés. Et il n’existait aucune obligation. Il est probable que l’on va tout droit à un nouveau clash entre ce gouvernement qui prétend tout déréguler (sauf quand cela ne l’arrange pas) et la presse qui tient tout de même à sa liberté acquise depuis une quarantaine d’années.

Et comme si cela ne suffisait pas, le gouvernement argentin vient d’internationaliser son hostilité aux droits de toutes les minorités et de toutes les personnes qui subissent les préjugés de leurs compatriotes : les femmes, les LGTBI+, les enfants, les personnes persécutées pour leur couleur de peau ou tout autre prétexte, etc. Alors que le communiqué final de l’Assemblée Générale de l’Organisation des États Américains (OEA) qui se tient en ce moment même à Asunción au Paraguay, l’Argentine a exigé que les paragraphes qui concernent le respect et la promotion de ces droits soient retirés du document sans autre forme de procès. Bien entendu, en sa qualité de président de l’Assemblée, Asunción a dit non et on peut le comprendre ! Il y a quelque chose de très agressif dans cette diplomatie dans laquelle Mileí tente d’imposer ses vues au-delà de ses frontières comme il l’a fait avec fracas en Espagne en insultant copieusement Pedro Sánchez (et son épouse) contre toutes les conventions diplomatiques depuis des siècles et des siècles.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 sur les propos de Estela de Carlotto, présidente de Abuelas de Plaza de Mayo
lire l’article de La Prensa, sur le même sujet (un des rares journaux qui s’intéressent à cette affaire à droite et quelle droite en l’occurrence !)
lire l’article de Página/12 sur l’obligation de la carte de journaliste
lire l’article de Clarín sur le même sujet
lire l’article de La Nación sur le même sujet
lire l’article de Página/12 sur les exigences argentines à Asunción