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mercredi 25 mars 2026

Très grosse affluence pour le cinquantenaire du coup d’État [Actu]

"Plus que jamais" dit le gros titre
en reversant la formule habituelle des militants
contre la dictature : "Nunca más" (plus jamais)
Cette photo prise au-dessus de Plaza de Mayo
ne montre pas la grande banderole des disparus,
constituée des milliers de leurs visages,
qui traverse traditionnellement le cortège
En haut à gauche, le toit rouge doté d'une tour,
c'est le Cabildo, l'Hôtel de Ville colonial
où se sont tenus les grandes réunions révolutionnaires de 1810
en haut, à droite, le toit rouge au-dessus d'une colonade,
c'est la cathédrale de Buenos Aires
Dans le cercle vert, le pyramidion commémoratif
de la Révolution, datant de mai 1811
et tout en bas, la tribune provisoire
d'où les personnalités ont harangué la foule
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Hier, la Plaza de Mayo au cœur de la Buenos Aires historique était si pleine que les rues adjacentes peinaient à contenir la foule, même à plus de 100 mètres de la place elle-même. Les Unes des journaux le montrent d’ailleurs sans équivoque.

"Manifestation massive de l'opposition
pour rappeler les 50 ans du coup d'Etat", dit le gros titre
Sur cette photo, on voit la banderole des disparus
qui contourne le Pyramidion commémoratif de mai 1811
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De très nombreuses personnalités politiques se sont jointes aux manifestants tandis que le président et son gouvernement, sans se montrer, ont continué à jouer la carte de ce qu’ils appellent « la mémoire complète » qui met sur le même plan les victimes du terrorisme d’État (environ 30 000 morts et 500 enfants volés à leur famille) et les quelques personnalités, militaires et civils, qui servaient le régime dictatorial que la résistance populaire armée a assassinées, comme si les deux violences étaient les mêmes en moyens comme en nature.

Une autre vue de la place, avec la Casa Rosada au fond,
derrière le trou noir du podium des orateurs
On voit le long ruban de la "bandera de los desaparecidos",
la banderole des disparus
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© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12
lire l’article de La Prensa (qui n’a pas publié de Une ce matin sur son site Internet)
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación

Ajout du 30 mars 2026 :
lire cet article de Página/12 où l'ancien juge Baltazar Garzón, grand défenseur de l’État de droit en Espagne et dans toute l’Amérique hispanique, analyse ce qu’il se passe en Argentine autour de ce cinquantenaire

Ajout du 31 mars 2026 :
lire cet article de Página/12 sur la déposition d’un témoin dans l’affaire dite des Cuadernos (les cahiers), l’actuel procès pour corruption contre Cristina Kirchner, lequel repose sur des preuves plus que contestables, comme l’a remarqué Baltazar Garzón. Du grand n’importe quoi pour le plaisir de la mettre en prison...

vendredi 24 mars 2023

Comme tous les 24 mars, l’Argentine se souvient : Nunca más [Actu]

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Tout en bas : "Face à face avec Joe Biden" :
le président Fernández vient de partir pour un sommet
des Amériques où il doit avoir un entretien particulier avec
son homologue des Etats-Unis


En Argentine, le 24 mars est un jour férié consacré au souvenir du dernier coup d’État militaire intervenu le 24 mars 1976 et à toutes ses victimes : Nunca más – Pus jamais ça !

"La culture n'est pas amnésique", dit le gros titre
sur les photos des disparus de la Dictature
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La presse de droite en fait à peine mention. Quelques articles pour indiquer les lieux où les manifestations officielles et les défilés militants auront lieu. C’est tout. Les unes sont consacrées à la victoire de la Scaloneta, nouveau surnom de l’équipe nationale de foot, dans un match amical qui a permis aux supporters de fêter une fois encore la troisième étoile de leurs champions. La droite prend ce jour pour des vacances comme les autres et cette année, chic, ça tombe un vendredi, ça fait donc un long week-end.

"Nous aimons tellement Nora" dit le gros titre
de ce supplément féministe
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En revanche, c’est la presque intégralité de son édition de ce jour que Página/12 consacre à la question des Droits de l’Homme et à l’histoire du coup d’État comme à celle des associations militantes de victimes de la répression. Les unes nationale et locales y font référence. Celles de plusieurs suppléments thématiques aussi !

"La Province a eu son Hitler", dit le gros titre
En rouge au-dessus : Rapport spécial sur la dictature à l'école
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Le plus choquant dans tout cela, c’est que, depuis que la CPI a émis l’ordre d’arrestation contre Poutine et sa blonde commissaire aux droits des enfants, ce journal, si prompt à relayer (à juste titre) toutes les informations concernant la recherche des enfants volés à leur famille sous la Dictature, prend fait et cause contre l’Ukraine et pour Poutine au sujet des enfants volés par l’ennemi, déportés en Russie et adoptés là-bas sous des identités falsifiées rendues possibles par un décret tout ce qu’il y a de plus officiel du président de la Fédération de Russie ! Au moins, la Junte avait-elle conscience de commettre un crime. Elle a tout manigancé en secret ! A longueur d’articles et d’éditoriaux, Página/12 parle à ce sujet de « soi-disant crimes », exactement comme le fit en son temps cette même Dictature que la rédaction honnit ce matin.


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Au mois d’août lorsque j’étais à Buenos Aires, j’ai été sidérée par l’hostilité à l’Ukraine et le mépris abyssal que beaucoup de mes amis de gauche professaient contre le président Zelensky dont ils ne savent finalement que fort peu de choses et la plupart du temps, en plus, ce sont des choses fausses. Et ils ne manifestaient aucune curiosité pour sortir de leurs croyances, toutes moulées par la propagande russe qui agit avec la force d’une secte. Désolant !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article du supplément quotidien Cultura & Espectáculos sur le programme culturel de la journée sur ce thème
lire l’article de Las 12, le supplément féministe hebdomadaire, sur les souvenirs de Nora Cortiñas, militante des droits de l’Homme, féministe, militante de la dépénalisation de l’avortement et elle n’est plus de prime jeunesse !
lire l’article de l’édition de La Plata, Buenos Aires (pour la province homonyme), consacré à un responsable de la Police d’il y a 47 ans, comparé à Hitler (mais la même comparaison rapportée à Poutine fait ricaner les mêmes journalistes)
lire l’article de l’édition de Rosario où l’ancien président bolivien, Evo Morales, doit participer aux manifestations locales (un président qui a voulu se représenter alors qu’il n’en avait pas le droit constitutionnel, mais cela ne dérange personne à Página/12, tout au contraire !)

samedi 14 mars 2020

Pour la première fois en démocratie, il n’y aura pas de marche du souvenir le 24 mars [Actu]


Hier, toutes les associations de victimes de la dernière dictature militaire, militantes des droits de l’homme, ont publié un communiqué commun annonçant qu’elles renonçaient à la traditionnelle marche du 24 mars, pour le jour de la Mémoire, de la Vérité et de la Justice, qui commémore le coup d’État de Videla et rappelle la quête incessante des disparus, morts (les adultes) et vivants (les enfants en bas âge arrachés par le régime putschiste à leurs familles biologiques et légitimes).

Cette marche a été maintenue avec vigueur pendant tout le mandat de Mauricio Macri dont il  semble qu’il ne lui aurait pas déplu qu’elle disparaisse du paysage politique national.

Los organismos de Derechos Humanos hemos decidido suspender la histórica marcha del 24 de marzo, ante la situación de público conocimiento respecto al Coronavirus. Resulta de vital importancia seguir las medidas oficiales dispuestas en nuestro país y, especialmente, las recomendaciones preventivas del Gobierno Nacional.
El 24 de marzo es una fecha muy importante, en la que miles de familias, sobrevivientes, compañeras, compañeros y el pueblo en su conjunto nos manifestamos y seguimos luchando por Memoria, Verdad y Justicia. No obstante, y con mucha prudencia, hemos analizado la situación y decidido suspender la convocatoria a movilizarse a Plaza de Mayo, acorde a los protocolos y disposiciones de los organismos de gobierno.
En el Día Nacional de la Memoria por la Verdad y la Justicia recordamos a las y los 30.000 detenidos-desaparecidos por el terrorismo de Estado, reivindicamos sus luchas y repudiamos los delitos de lesa humanidad cometidos por los genocidas. Se trata de un acto de memoria colectiva para evitar que se repitan esos terribles crímenes.
La decisión de no movilizarnos el 24 de marzo como lo hacemos desde hace tantos años es realmente algo muy impactante, pero entendemos que el cuidado de la población requiere respuestas solidarias para contribuir con la prevención y la salud de nuestro pueblo. No podemos ir a la plaza para evitar el contagio, pero queremos que se contagie la esperanza firme en el nunca más.
- Abuelas de Plaza de Mayo
- Madres de Plaza de Mayo Línea Fundadora
- Familiares de Desaparecidos y Detenidos por Razones Políticas
- H.I.J.O.S. Capital
- Asamblea Permanente por los Derechos Humanos
- Asamblea Permanente por los Derechos Humanos La Matanza
- Asociación Buena Memoria
- Centro de Estudios Legales y Sociales
- Comisión Memoria, Verdad y Justicia Zona Norte
- Familiares y Compañeros de los 12 de la Santa Cruz
- Fundación Memoria Histórica y Social Argentina
- Liga Argentina por los Derechos Humanos
- Movimiento Ecuménico por los Derechos Humanos

Nous, organismes de droits de l’Homme, avons décidé d’annuler la marche historique du 24 mars à cause de la situation de notoriété publique concernant le corona virus. Il est d’une importance vitale de respecter les mesures officielles établies dans notre pays et, spécialement, les recommandations de prévention du Gouvernement national.
Le 24 mars est une date importante à laquelle nous, familles par milliers, survivants, camarades et peuple en son entier, nous manifestons et continuons la lutte pour la Mémoire, la Vérité et la Justice. Cependant, avec une grande prudence, nous avons analysé la situation et avons décidé d’annuler le mot d’ordre à se mobiliser sur Plaza de Mayo, en conformité avec les protocoles et les dispositions des pouvoirs publics.
En ce jour national de Mémoire pour la Vérité et la Justice, nous rappelons les 30.000 détenus et disparus, hommes et femmes, [victimes] du terrorisme d’État, nous prenons à notre compte leurs luttes et nous condamnons les crimes contre l’Humanité commis par les génocidaires (1). Il s’agit d’une célébration de la mémoire collective pour éviter que ces crimes terribles se reproduisent.
La décision de ne pas nous mobiliser le 24 mars, comme nous le faisons depuis tant d’années, est véritablement quelque chose qui nous coûte mais nous comprenons que le souci de la population exige des réponses solidaires pour contribuer à la prévention et à la santé de notre peuple. C’est pour éviter la contagion que nous nous interdisons de nous rendre sur la place mais nous voulons que se diffuse la ferme espérance dans le « jamais plus ça ».
Suivent le nom des treize associations signataires dont la Ligue argentine des droits de l’Homme.
Traduction © Denise Anne Clavilier

Comme on peut s’y attendre dans ce genre de circonstances, seul Página/12 se fait l’écho de cette décision.



(1) On désigne par le terme génocidaire les criminels de la dictature.

jeudi 16 janvier 2020

Les associations de victimes de la Dictature retrouvent le chemin de la Casa Rosada [Actu]

Dans la catégorie de retour à la culture kirchneriste qui a fait tant grincher des dents dans toutes les tendances de la droite argentine (néolibérale, catho bien pensante, démocrates nationalistes de l’UCR), voici le retour des associations de victimes de la Dictature militaire à la Casa Rosada où elles avaient table ouverte sous les mandats des Kirchner mari et femme.

[Accueillies] "à portes ouvertes," clame le gros titre
sur une image de mère et grand-mère entrant au palais présidentiel

Il est bien possible que ces associations retrouvent aussi un niveau de subventions publiques qui en avaient fait des non-ONG, même si elles revendiquaient cette qualité. Mais les questions des droits de l’homme ne se borneront plus à la justice à rendre à ces victimes puisque le gouvernement a maintenant institutionnalisé d’autres causes : la situation des femmes, la lutte contre la violence machiste, la situation des LGTB, la lutte contre les discriminations, le plan contre la Faim. Il a aussi déjà mis sur la table la question très délicate de l’avortement, qui est du ressort du ministre de la Santé, pour lutter contre un fléau sanitaire : la mort de trop nombreuses femmes, de très jeunes à moins jeunes, des suites d’un avortement clandestin sordide par qu’elles n’ont pas les sous pour se rendre en Uruguay, au Canada, en Espagne ou ailleurs en Europe…

Il va sans dire que seul Página/12 a traité cette information. La rédaction a même fait sa une sur cette réception si symbolique.

samedi 11 avril 2015

Après Madres, HIJOS sur Canal Encuentro [à l'affiche]


Après la série en huit épisodes sur l'histoire de l'association Madres de Plaza de Mayo, voici une série documentaire, en cinq épisodes, de la télévision publique argentine sur les vingt ans d'existence de H.I.J.O.S, l'association cordobaise d'enfants de disparus de la Dictature (voir mon article du 3 avril 2015 sur cet anniversaire).

L'ensemble sera diffusée de lundi à jeudi, lundi à 19h et du mardi au jeudi à 19h30, la semaine prochaine, sur la chaîne généraliste du service public.

La conférence de presse de présentation du film, il y a quelques jours

Le documentaire mêle l'évocation de l'histoire de l'ONG et des interventions artistiques, puisque l'association est soutenue par de nombreuses personnalités, comme León Gieco, son parrain, auteur-compositeur interprète de rock et de folclore.

La série, produite par Occidente Producciones, passera également le mardi à 21h sur Canal Encuentro.

Pour aller plus loin :
lire l'article du quotidien provincial La Mañana de Córdoba
lire la présentation sur le site du Ministère de la Justice (Infojus)
lire la dépêche de l'agence de presse Télam.

mardi 28 juin 2011

Pepe Mujica fait rouvrir 88 affaires de disparition [Actu]

En dessous du gros titre sur la Ley de Caducidad, vous reconnaissez les amis du River, dégringolés en seconde division dimanche après-midi

Hier, 27 juin 2011, les Uruguayens commémoraient le 38ème anniversaire du coup d'Etat militaire qui avait mis en place la longue dictature qu'ils ont subie entre 1973 et 1985 et contre laquelle l'actuel Président de la République avait pris les armes pour entrer dans la guerrilla urbaine.

C'est le jour que ce Président, José Mujica, a choisi pour annoncer qu'il allait utiliser son pouvoir exécutif pour faire rouvrir les enquêtes sur 88 cas de disparition sous la Dictature, en débit du maintien en vigueur de la Ley de Caducidad (loi d'amnistie), qui n'a été que légèrement amendée cet été à la suite d'une condamnation de 3 de ses articles par la Cour Interaméricaine des Droits de l'Homme (voir mon article du 25 mars 2011 au sujet de cette condamnation de l'Uruguay et mon article du 21 mai 2011 sur la tentative avortée d'abolir complètement la loi il y a un mois).

Aussitôt l'Armée a fait savoir son opposition en criant à l'acte anticonstitutionnel mais le Pouvoir Judiciaire semble avoir trouvé la parade en déclarant nuls tous les actes administratifs posés entre 1985 et 2005, ce qui enlève aux bourreaux qui pourraient encore être inquiétés par ces 88 enquêtes (parce qu'ils sont encore vivants) le bénéfice de cette loi d'amnistie derrière laquelle tous les criminels de la Dictature trouvaient jusqu'à présent à s'abriter. Et le Président a procédé par décret pour ouvrir aux autorités judiciaires les archives du ministère de la Défense pour les 88 dossiers sélectionnés, dont plusieurs concernent des parents de citoyens argentins ou de résidents en Argentine.

C'est une pétition de l'ONG HIJOS, qui rassemble en Argentine des enfants de disparus en Argentine, qui a déclenché cette décision à la Présidence de la République uruguayenne, dont rien pour le moment ne nous assure qu'elle pourra aller à son terme, la résistance des Uruguayens à faire la lumière sur ce passé douloureux étant beaucoup plus forte que dans les pays qui les entourent, lesquels mènent progressivement en oeuvre les procès des criminels toujours en vie.

Pour aller plus loin :
lire l'article d'hier de La República, annonçant la décision de Mujica
lire l'article d'aujourd'hui de La República sur le décret sur l'extraction des dossiers
lire l'article de El País (le quotidien de Montevideo, et non celui de Madrid)
lire l'article de Página/12 (quotidien argentin favorable à la recherche de la vérité sur les crimes des dictatures)
lire l'article de Clarín (quotidien argentin nettement plus circonspect sur ces affaires politico-judiciaires).

lundi 13 juin 2011

Front uni des ONG sur fond de campagne électorale [Actu]

Quatre ONG des droits de l'homme ont publié avant-hier, 12 juin 2011, un communiqué de soutien à Madres de Plaza de Mayo (les Mères de la Place de Mai) pour répondre à la campagne de diffamation qui se déchaîne depuis quelques jours dans la presse d'opposition contre cette association, qui apporte son soutien à l'action du gouvernement actuel.

Voici ce communiqué en version bilingue :

Buenos Aires, 12 de junio 2011
Ante los hechos de público conocimiento, los Organismos de Derechos Humanos abajo firmantes expresamos
(Abuelas de Plaza de Mayo, Madres de Plaza de Mayo Linea Fundadora, Familiares de Desaparecidos y Detenidos por Razones Políticas, H.I.J.O.S)

Buenos Aires, 12 juin 2011
Devant les faits de notoriété publique, nous, Organisations des Droits de l'Homme signataires de la présente, déclarons
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Que la lucha por la Memoria, la Verdad y la Justicia no puede ser manchada ni atacada por ningún grupo económico ni político que intente desprestigiar el arduo y comprometido camino que hemos recorrido en más de treinta años.
(Abuelas, Madres Linea Fundadora, Familiares, H.I.J.O.S.)

Que le combat pour la Mémoire, la Vérité et la Justice ne peut être ni entaché ni pris à parti par aucun groupe économique ni politique (1) qui cherche à rabaisser le chemin dur et engagé que nous avons parcouru en plus de 30 ans.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Todos nosotros surgimos del dolor más profundo que significa el habernos arrancado a nuestros familiares y habernos negado durante tantos años el derecho a la justicia. En este momento de juicios históricos a los genocidas y de la exigencia del cese de la impunidad para los cómplices civiles, vemos a sectores vinculados con crímenes políticos y económicos del terrorismo de Estado intentar ensuciar los pañuelos blancos, abrazados por todo el pueblo, incluso por el mundo entero, ante el cual las Madres y Abuelas de Plaza de Mayo son un ejemplo histórico en materia de compromiso y derechos humanos.
(Abuelas, Madres Linea Fundadora, Familiares, H.I.J.O.S.)

Nous tous, nous venons de la souffrance la plus profonde que représente le fait qu'on nous ait arraché des membres de nos familles et qu'on nous ait refusé pendant de si nombreuses années le droit à la justice. En cette heure où se tiennent les procès historiques des génocidaires (2) et où l'on exige la levée de l'impunité pour les complices civils (3), nous voyons des secteurs liés aux assassinats politiques et économiques du terrorisme d'Etat chercher à salir les Foulards Blancs (4), que tout le peuple serre sur son coeur, y compris dans le monde entier, devant lequel les Mères et les Grands Mères de la Place de Mai sont un exemple historique en matière d'engagement et de droits de l'homme.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

No nos parece casual que en estos tiempos en los que se investiga la participación de los grupos económicos en el genocidio se manipule la información sobre Sergio Schoklender para agredir la lucha histórica de los Organismos de Derechos Humanos.
(Abuelas, Madres Linea Fundadora, Familiares, H.I.J.O.S.)

Il ne nous paraît pas fortuit qu'en cette heure où l'on enquête sur la participation des groupes économiques dans le génocide, on manipule l'information concernant Sergio Schoklender (5) pour porter atteinte au combat historique des Organisations des Droits de l'Homme.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Estamos convencidos de que la Justicia será la encargada de resolver la situación del ex apoderado de la Fundación Madres de Plaza de Mayo.
No podemos dejar de lado que en el momento de máximo avance hasta ahora en la Justicia, a 10 años de la apertura de la causa que involucra el derecho a la identidad de Marcela y Felipe Noble Herrera, se pretenda poner en duda la legitimidad de nuestra lucha.
(Abuelas, Madres Linea Fundadora, Familiares, H.I.J.O.S.)

Nous sommes convaincus que c'est à la Justice qu'il revient de résoudre la situation de l'ex-fondé de pouvoir de la Fondation Mères de la Place de Mai.
Nous ne pouvons pas passer à côté du fait qu'au moment où nous connaissons les plus grands progrès jusqu'à ce jour en matière de Justice, dix ans après l'ouverture du dossier qui implique le droit à l'identité de Marcela et Felipe Noble Herrera (6), on s'emploie à mettre en doute la légitimité de notre combat.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Repudiamos el uso que se está haciendo sobre este tema, que está siendo utilizado en una época electoral como una herramienta de ataque sin límites para intentar desprestigiar la honrosa tarea de las Madres y de los demás Organismos, así como también para agredir al Gobierno que desde la gestión de Néstor Kirchner y la de Cristina Fernández decidió hacer política de Estado la lucha histórica de los Organismos de Derechos Humanos. Pero también sabemos que esas políticas cuentan con un apoyo popular que es indestructible.
Sabemos que el pueblo nos acompaña y que más de treinta años de historia, lucha y compromiso nos respaldan.
Por Abuelas de Plaza de Mayo, Madres de Plaza de Mayo Línea Fundadora, Familiares de Desaparecidos y Detenidos por Razones Políticas, H.I.J.O.S. Hijos e Hijas por la Identidad y la Justicia contra el Olvido y el Silencio

Nous condamnons l'utilisation qui est faite en ce moment de ce thème, dont on est en train de se servir en période électorale comme une arme offensive sans limite pour chercher à abaisser la mission honorable des Mères et des autres Organisations, et aussi pour porter atteinte au Gouvernement qui, depuis l'action gouvernementale menée par Néstor Kirchner (7) et Cristina Fernández, a décidé de faire de la lutte des Organisations des Droits de l'homme une politique d'Etat. Mais nous savons aussi que ces actions gouvernementales bénéficient d'un appui populaire qui est indestructible.
Nous savons que le peuple nous accompagne et que plus de 30 ans d'histoire, de lutte et d'engagement nous apportent leur soutien.
Pour Grands Mères de la Place de Mai, Mères de la Place de Mai ligne fondatrice, Parents de Disparus et Prisonniers pour Raisons Politiques, H.I.J.O.S. Fils et Filles pour l'Identité et la Justice contre l'Oubli et le Silence
(Traduction Denise Anne Clavilier)

~ ~ ~ ~ ~

Jusqu'à présent, j'avais décidé de traiter en fait divers la mise en cause de ce fondé de pouvoir, que son ancien mandant, l'ONG Madres de Plaza de Mayo, vient de lâcher publiquement et contre lequel elle porte même plainte, devant la Justice, pour que toute la lumière soit faite sur ses agissements suspects, à la tête de la Fondation de promotion immobilière qui opère les programmes de construction et d'aménagement de logements sociaux, qui forment l'une des branches de l'engagement militant de Madres. Il était clair que Clarín et La Nación allaient chercher à faire leurs choux gras de cette affaire trouble, comme je l'ai dit dans un article récent (cliquez sur le mot-clé JDH dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus, pour accéder à l'ensemble des articles sur le sujet dans ce blog). En quelques jours, il s'est avéré que l'affaire est beaucoup plus grave qu'un simple fait divers de corruption et qu'elle ressemble de plus en plus, sinon à un coup monté, du moins à une manipulation de l'opinion qui ne peut pas ne pas être liée, de près ou de loin, à une campagne électorale où la majorité nationale est presque sûre de l'emporter pour la magistrature suprême et où l'opposition radicale, la droite libérale, voit son champion le plus séduisant, Mauricio Macri, chef du Gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires, mis en difficulté dans son propre fief par le candidat péroniste, Daniel Filmus, lui-même ferme soutien politique des ONG des droits de l'homme.

Dès lors, il faut en parler dans ce blog consacré à l'actualité culturelle du Río de la Plata, tant cette affaire touche à des points capitaux de la vie des gens là-bas et des enjeux de choix de société qui sont devant eux.

Une de Página/12 du dimanche 12 juin 2011

Ce matin, Página/12, qui soutient et les ONG des droits de l'homme et le Gouvernement actuel en Argentine, donne la parole à Estela de Carlotto, la très rayonnante Présidente de Abuelas de Plaza de Mayo, dont des propos ont été récemment rapportés, de manière déformée, par les quotidiens Clarín et La Nación, comme des propos hostiles à la Présidente de Madres de Plaza de Mayo, Hebe de Bonafini.

Après le communiqué officiel des associations ci-dessus, je vous propose donc la version bilingue de l'interview de Estela de Carlotto publiée, hier matin, en ce dimanche de Pentecôte, et reprise in extenso sur le site Web de l'ONG Abuelas de Plaza de Mayo (voir le lien dans la partie basse de la Colonne de droite, dans la rubrique consacrée aux Droits de l'homme).

“No es que por aclarar yo estuviera responsabilizando ni juzgando a nadie, simplemente quería decir que somos dos organizaciones distintas y que el momento que estamos pasando es muy doloroso para nosotros también, porque todo lo que concierne a un organismo de derechos humanos nos afecta a todos. Somos todos parte de una historia. Tenemos en común el haber iniciado hace tantos años una lucha con un dolor muy grande”.
Estela de Carlotto, dans Página/12

Ce n'est pas que pour mettre les choses au clair, j'aie voulu mettre en cause ni juger personne, simplement je voulais dire que nous sommes deux organisations différentes et que le moment que nous vivons est très douloureux pous nous aussi, parce que tout ce qui concerne une organisation de droits de l'homme nous affecte tous. Nous sommes tous partie intégrante d'une seule et même histoire. Nous avons en commun d'avoir engagé, il y a tant d'années, un combat avec beaucoup de souffrance.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

“Lo que dije es que, confiando en la Justicia, lo que esperamos es que se aclaren las responsabilidades de quienes cometieron delitos. La propia dirigente del organismo los denuncia. Pero cuando yo hago esas declaraciones, sin acusar a nadie, la prensa que está buscando la oportunidad agazapada para ver cómo puede desunirnos, disolvernos, atomizarnos y además directamente quienes involucrar la gestión del Gobierno, tergiversan los dichos, los ponen en otro contexto, los aíslan y ponen palabras que no son ciertas. Son medios que no nos convocan absolutamente para nada para hablar de cosas que son inherentes a Abuelas, como la búsqueda de nuestros nietos, no cubren juicios ni restituciones con la repercusión con que cubren estas cuestiones. Ahora hay un aprovechamiento de un momento tan duro, y que todos estamos expectantes de que tenga un final deseado, que se esclarezca todo, que se sepa qué responsabilidades hay y tratan de enfrentarnos entre nosotros, los compañeros de ruta.
Estela de Carlotto, dans Página/12

- Ce que j'ai dit, c'est que, ayant confiance dans la Justice, ce que nous attendons, c'est que les responsabilités de ceux qui ont commis des atteintes à la loi soient mises à jour. La dirigeante du mouvement elle-même porte plainte contre eux. Mais quand moi, je fais ces déclarations, sans accuser personne, la presse qui est à l'affût d'une opportunité pour voir comment elle peut nous désunir, nous dissoudre, nous atomiser et en plus, ils veulent (8) directement impliquer la politique du Gouvernement, ils tordent les dires, les mettent dans un autre contexte, les isolent et mettent des mots qui ne sont pas les bons. Ce sont les medias qui ne font pour rien au monde appel à nous pour parler de choses qui sont inhérentes à Abuelas, comme la recherche de nos petits-enfants, ils ne couvrent pas les procès ni les restitutions [d'identité] avec la répercution avec laquelle ils couvrent les histoires d'aujourd'hui (9). Maintenant, ils profitent d'un moment tellement dur et dont nous sommes tous en attente que ça se termine bien, que tout soit mis à jour, qu'on sache où sont les responsabilités et ils essayent de nous opposer les uns aux autres, nous les compagnons de route.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–Las diferencias entre los organismos de derechos humanos existen. Pero si uno se rigiera por lo que publicaron algunos medios, parece que se están acusando entre ustedes.
–Tratan de dividirnos, de que nos desconfiemos, que nos reprochemos. En una historia de 34 años no tuvimos siempre las mismas opiniones. Hemos discutido, hemos resuelto las cosas y seguimos juntos. De ninguna manera esto va a romper una amistad, ni un afecto de tantísimos años. Lo siniestro es que quieren con esta situación entintar las gestiones tanto de Néstor Kirchner como de Cristina, que fueron las que más hicieron por reconocer nuestra historia, de respetarla y darnos respuestas de manera permanente sobre lo que queremos, como verdad, memoria y justicia.
Estela de Carlotto, dans Página/12

- Les différences entre les organisations de droits de l'homme existent. Mais si l'une se laissait conduire parce qu'ont publié quelques media, on dirait que vous vous jetez mutuellement des accusations à la figure.
- Ils cherchent à nous diviser, à faire que nous perdions confiance les uns dans les autres, que nous nous jetions des reproches à la tête. Au long d'une histoire de 34 ans, nous n'avons pas toujours eu les mêmes opinions. Nous avons discuté âprement, nous avons trouvé des solutions et nous continuons ensemble. En aucune manière, cette histoire ne va briser une amitié, un attachement de tant et tant d'années. Le plus sinistre dans tout ça, c'est qu'ils veulent à travers cette affaire entacher les actions gouvernementales menées tant par Néstor Kirchner que par Cristina, qui furent celles qui ont le plus agi pour faire reconnaître notre histoire, la faire respecter et nous donner des réponses en permanence sur ceux que nous aimons, avec vérité, mémoire et justice.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–¿Para usted el objetivo es electoral o hay una intención de obstaculizar, por ejemplo, los juicios contra los represores?
–Hay un motivo electoral. Lo que quieren es desprestigiar la gestión de Cristina, como lo han querido siempre, sólo que ahora hay una campaña muy fuerte para que la gente que no tiene acceso a la lectura fina de la historia haga alianza con esas infamias y que esto tenga un resultado en las elecciones. Están peleando para que no se ponga en vigencia la Ley de Medios. Es un ataque a un proyecto de país. Y sobre los juicios, también, porque todos ellos han estado juntos desde la época de la dictadura, para poner un ejemplo, Clarín con Papel Prensa y (Jorge Rafael) Videla. Todos estos que estamos buscando como responsables del genocidio, de una manera u otra han sido partícipes de la apropiación de bienes, de concentración de poder en lo mediático. No quieren que hablemos, no quieren que se juzgue, no quieren que encontremos niños, porque, justamente, están en este momento en el tapete dos criaturas, un hombre y una mujer hoy, que pueden ser los nietos que buscamos, en poder de la dueña de un monopolio.
Estela de Carlotto, dans Página/12

- Pour vous, leur objectif est-il électoraliste ou y a-t-il une intention de faire obstacle, par exemple, aux procès contre les criminels de la Dictature ?
- Il y a un motif électoraliste. Ce qu'ils veulent, c'est rabaisser l'action gouvernementale de Cristina, comme ils ont toujours voulu le faire, à ceci près que maintenant il y a une campagne très intense pour que les gens qui n'ont pas accès à la lecture fine de l'histoire fassent alliance avec ces infâmies et que tout cela se traduise dans les urnes. Ils sont en train de batailler pour qu'on ne mette pas en oeuvre la Loi sur les Medias (10). C'est aussi une attaque contre un projet de nation, un projet de pays. Et contre les procès aussi, parce qu'ils étaient tous liés depuis l'époque de la Dictature pour prendre un exemple, Clarín avec Papel Prensa et (Jorge Rafael) Videla. Tous ceux que nous sommes en train de rechercher en leur qualité de responsables du génocide, d'une manière ou d'une autre, ont participé à l'appropriation de biens, ils ne veulent pas que nous retrouvions les enfants, parce que justement, en place publique, en ce moment même, deux petits, un homme et une femme aujourd'hui, qui peuvent être les petits-enfants que nous recherchons, sont au pouvoir de la propriétaire d'un monopole. (11)
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–De todas formas las denuncias contra Sergio Schoklender existen, la misma Hebe de Bonafini las respalda, ¿cuál es su postura sobre ese tema? Para que quede claro...
–En principio nadie tiene derecho a juzgar a las personas si no existen las pruebas contundentes. Creemos, por lo que la propia Hebe dice, porque ella misma los denuncia, que hay un grupo de 16 personas que serían responsables de los delitos de los que se los acusan. Ella dijo abiertamente que se iba a avenir a lo que la Justicia resolviera. No niega que se investigue y, lógicamente, si está exenta de esto nada la va a tocar. No tenemos que acusar injustamente pero tampoco endiosar, porque todos somos seres humanos. La exageración en cualquier sentido no es buena. Somos nada más que mujeres en lucha.
Estela de Carlotto, dans Página/12

- De toutes les façons, les dépôts de plainte contre Sergio Schoklender existent, Hebe de Bonafini elle-même les soutient. Quelle est votre position là-dessus ? Pour que tout soit bien clair...
- En principe, personne n'a le droit de juger les personnes s'ils n'existent pas de preuves incontestables. Nous croyons, selon ce que dit Hebe elle-même, puisqu'elle-même porte plainte, qu'il y a un groupe de 16 personnes qui seraient responsables des délits dont ils sont accusés. Elle-même a dit ouvertement qu'elle s'en tiendrait aux décisions de justice. Elle ne refuse pas qu'on enquête et, logiquement, si elle est en dehors de tout ça, rien ne va l'atteindre. Nous ne devons pas accuser injustement mais nous ne devons pas non plus porter aux nues, parce que nous sommes tous des êtres humains. L'exagération n'est bonne ni dans un sens ni dans l'autre. Nous ne sommes rien d'autre que des femmes qui combattent.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 sur le communiqué officiel des 4 ONG
Pour lire en direct le communiqué des ONG, rendez-vous sur leur site respectifs dont vous trouverez les liens dans la Colonne de droite, partie inférieure, dans la rubrique Droits de l'homme.

(1) Les ONG visent le groupe de presse Clarín ainsi que le quotidien La Nación, qui sont tous les deux très hostiles à la politique conduite par l'actuel Gouvernement argentin, alors que la Présidente jouit d'une telle popularité qu'elle est presque assurée d'être réélue au premier tour en octobre, alors qu'elle n'a pas même encore annoncé sa candidature à un second mandat. Elles visent également les forces politiques de droite libérale, qui constituent la principale force d'opposition dans le pays. C'est cette droite libérale qui a traditionnellement soutenu en Argentine la plupart des coups d'Etat depuis 1930, mis à part le coup d'Etat du GOU, en 1946, qui s'assimile à un coup de force militaire formant une sorte d'union nationale contre l'entrée en guerre imminente du pays et pour la mise en place d'un scrutin constitutionnel pour désigner un nouveau chef d'Etat (ce sera Perón, en 1946). A la toute fin de la guerre froide, c'est cette droite libérale qui a soutenu la Dictature militaire, qui a fini d'asservir le pays aux intérêts économiques, stratégiques et politiques des Etats-Unis.
(2) Les Argentins traitent de génocidaires les responsables des exactions de la dictature contre les droits de l'homme car il y a eu un projet de la part de ce régime de faire disparaître l'identité argentine. Il ne s'agit cependant pas d'un génocide au sens défini à Nüremberg, sens qui est appliqué aux événements qui se sont produits en Europe sous le joug de l'Allemagne nazie, au massacre des Arméniens par les Turcs en 1915, au massacre des intellectuels et des dissidents dans le Cambodge de Pol Pot ou à la persécution sanglante des Tutsis dans le Rwanda des années 1990. Les procès historiques dont il s'agit ici sont essentiellement le procès de l'ESMA, où sont jugés des tortionnaires emblématiques, comme Astiz, et le procès des enfants volés, où comparaissent deux anciens chefs d'Etat, pour avoir organisé le système de rapt en bas âge des enfants des opposants arrêtés et exécutés, ceux-là mêmes que recherche l'association Abuelas de Plaza de Mayo. Ces deux procès ont lieu actuellement, un autre s'est tenu l'année dernière et a abouti à de très lourdes condamnations. D'autres procès en cours concernent des tortionnaires de moindre niveau hiérarchique et des apropiadores, parents adoptifs d'enfants volés connaissant les origines des enfants qui leur étaient confiés.
(3) Sont visés là tous les collaborateurs qui ont tiré parti de la Dictature pour obtenir des prébendes, des avantages, s'emparer de biens de disparus et sous cette définition très large, c'est le scandale de Papel Prensa qui est clairement désigné. Papel Prensa est l'unique papeterie argentine produisant du papier journal. Cette entreprise jusqu'alors indépendante est passée sous le contrôle du groupe de presse Clarín sous la Dictature dans des conditions très glauques, en particulier la mort suspecte du propriétaire qui refusait de vendre et les ennuis judiciaires rencontrés par ses enfants après sa disparition dans un accident de voiture. Le scandale a éclaté il y a bientôt un an lorsque le Gouvernement a publié un rapport officiel sur les irrégularités de la vente de la papeterie au groupe Clarín.
(4) Les Foulards Blancs sont le symbole de Madres de Plaza de Mayo et de Madres de Plaza de Mayo Linea Fundadora. Il s'agit de langes de bébé que les fondatrices du mouvement ont choisi de nouer sur leurs cheveux pour aller manifester sous les fenêtres de la Dictature. Ces langes étaient ceux de leurs enfants disparus à l'âge adulte et qui avaient à l'époque de leur disparition entre 20 et 30 ans pour la plupart d'entre eux.
(5) Sergio Schoklender est un homme d'affaires auquel Madres de Plaza de Mayo avait confié la gestion de sa fondation de promotion immobilière qui gère son programme de construction de logements sociaux. Il est inculpé dans une affaire de détournement de fonds publics et de blanchiment d'argent depuis quelques semaines mais il avait donné sa démission dès décembre 2010. Les journaux du groupe Clarín ainsi que La Nación mènent tous deux campagne pour essayer de faire retomber le scandale sur l'assocation elle-même, dont la Présidente a pourtant pris tout à fait ses distances avec cet homme et 16 autres personnes, impliquées dans des agissements financiers suspects, faisant actuellement l'objet de l'enquête de justice. Cliquez sur le sigle JDH dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus, pour avoir accès à l'ensemble des articles concernant ces enjeux de justice et droits de l'homme en Argentine et en Uruguay.
(6) Il s'agit de la fille et du fils adoptifs de la propriétaire et actionnaire majoritaire du groupe Clarín, une ancienne salariée du journal qui a épousé le vieux patron qui est mort très peu de temps après sans lui laisser d'enfants. Leur adoption en 1976, l'année même du coup d'Etat qui a établi la dernière dictature en Argentine, est entachée de nombreux vices de forme, dont certains sont très graves. Il y a donc de fortes probabilités qu'ils puissent être nés pendant la captivité de leurs parents ou de leur mère, sans doute arrêtés et exécutés sous la Dictature. La famille Noble Herrera s'oppose depuis 10 ans et par tous les moyens, avec leurs avocats, à toutes les démarches officielles qui sont engagées pour établir l'identité de naissance des deux jeunes gens.
(7) Néstor Kirchner, président de l'Argentine entre 2003 et 2007, est mort le 27 octobre 2010 à l'âge de 60 ans. Au début de son mandat, il est monté à la tribune des Nations Unies et là il a déclaré que les Argentins étaient tous les enfants des Mères de la Place de Mai. C'était la première fois depuis la fin de la Dictature qu'un Chef d'Etat argentin rendait hommage au combat de ces femmes. Sa femme, Cristina Fernández, est l'actuel Chef de l'Etat, elle lui a succédé en décembre 2007.
(8) Je suppose qu'il y a là une coquille. Je traduis Quieren involucran et non quienes involucrar.
(9) En lisant Barrio de Tango, vous vous êtes peut-être rendu compte que bien souvent la plus grande couverture de presse sur les identifications obtenues par Abuelas, c'est bien dans Página/12 qu'on la trouve alors que Clarín et La Nación se contentent de petits articles un peu anecdotiques, voire de simples entrefilets, et parfois du silence le plus complet.
(10) Une loi votée depuis 2 ans, toujours en attente de pouvoir entrer en vigueur. Elle limite les monopoles et oligopoles en la matière et établit un cahier des charges pour chaque type de média, notamment des quotas de diffusion des oeuvres nationales sur les chaînes de radio et de télévision. Or le groupe Clarín possède plusieurs quotidiens, des magazines pour tous les âges et de nombreux secteurs sociaux, une société de fourniture d'accès Internet, une chaîne de télévision, plusieurs radios, etc...
(11) Il faut qu'elle en ait gros sur le coeur, Estela de Carlotto, pour parler ainsi, en prononçant des accusations aussi ciblées, elle qui d'ordinaire est très vgilante à ne pas prendre la place de la justice et à éviter le ton polémique. Là, elle se montre très accusatrice mais les circonstances sont particulièrement extraordinaires et les attaques particulièrement odieuses, ceci expliquant peut-être cela.

jeudi 19 novembre 2009

Nouveautés dans le Code Pénal argentin [Actu]

A l’issue de quelques jours de débat à la Chambre puis au Sénat, le Congrès argentin vient d’approuver un changement que les organismes de droit de l’homme réclamaient depuis de nombreuses années dans le code pénal. C’est le premier coup marquant du nouveau ministre de la Justice, Julio Alak, qui, après avoir été maire de La Plata, avait passé un an à la tête de Aerolineas Argentinas, récemment récupérée par l’Etat, avant d’atterrir, à la surprise générale, au Ministère de la Justice et de l’Intérieur après les élections législatives du 28 juin 2009.

Les nouvelles dispositions changent les règles de prélèvement d’échantillons pour les tests ADN nécessaires à l’identification des personnes disparues ou dont l’identité a été falsifiée à la naissance ou pendant la petite enfance, tandis qu’on les arrachait à leurs parents pour les confier en adoption à des familles affidées à la Dictature militaires. C’était l’une des grandes revendications des associations de Madres de Plaza de Mayo, qui recherchent les adultes disparus sous la Dictature, Abuelas de Plaza de Mayo, qui recherchent les enfants volés à ces adultes disparus, et H.I.J.O.S., qui recherchent leurs parents et/ou leurs frères et soeurs, pour ne citer que les trois ONG les plus emblématiques de ces combats.

En effet, jusqu’à présent, seule était recevable le test génétique effectué sur un prélèvement sanguin. Ce qui impliquait que la personne soupçonnée d’avoir une identité falsifiée souhaitait l’établissement de la vérité de sa propre histoire. Or la vie psychique des hommes est un peu plus complexe que cela, comme l’a bien montré le parcours psychologique de Alejandro Sandoval Fontana tout au long du procès de son père, qui s’est terminé fin avril 2009 (lire mon article à ce sujet). Ce jeune homme, très attaché à son père adoptif, auquel il voulait éviter la prison et qui, malgré cela, se montra particulièrement odieux envers lui au cours des audiences, avait refusé de donner son sang. On avait alors procédé au prélèvement de son ADN sur une brosse à dent et un peigne, saisis dans sa salle de bain, un test dont la défense avait eu beau jeu de contester la fiabilité.

Bien entendu, l’identification toute récente de Martín Amarilla Molfino (lire mon article à ce propos) a apporté de l’eau au moulin des partisans d’une modification de la procédure, qui ont pu emporter le vote au Sénat hier haut la main (1) : 57 voix pour et seulement une contre.

La Banque Nationale de Données Génétiques qui vivait jusqu’à présent sous double tutelle, ce qui en rendait la gestion fort complexe, est désormais placée sous l’autorité du Ministère des Sciences et des Technologies, un portefeuille réé en décembre 2007 lors de l’entrée en fonction de l’actuelle Présidente, soucieuse d’armer son pays avec une politique de développement et de recherche digne de ce nom (2). L’institut est doté d’une direction jouissant désormais d’une grande autonomie. Le vote a été plus serré : 38 pour et 20 contre.

Troisième modification de taille, les ONG pourront désormais se constituer partie civile dans un procès contre un criminel de la Dictature, en tant que telles, sans pour cela avoir besoin de représenter l’une ou l’autre partie à l’affaire. Jusqu’à présent, par exemple, Abuelas (les grands-mères de la Place de Mai) était partie aux procès au nom des parents disparus ou des grands-parents, vivants ou décédés, qui avaient engagé une procédure pour retrouver leur petit-enfant. Sur ce point, le Sénat se partage en 50 voix pour et 7 contre.

Enfin le délit contre l’honneur, que les journalistes appellent le délit de calomnie (ce qui nous fait bondir, nous autre, pour qui la calomnie reste un délit à bon droit, mais ce n’est pas la même), cesse d’exister. En fait, la présence de ce délit dans le code pénal argentin empêchait les journalistes et les militants des droits de l’homme de publier tranquillement le résultat de leurs enquêtes lorsque celles-ci conduisaient à révéler des manquements de l’Etat dans l’exercice des pouvoirs régaliers de la justice et de la répression. C’était une mention anti-J’accuse d’Emile Zola en quelque sorte (lequel fut d’ailleurs effectivement poursuivi et condamné par la justice de la IIIème République, parce qu’il avait attenté à l’honneur des Corps constitués). En Argentine, le délit contre l’honneur a été utilisé contre la liberté d’expression, pendant et après la Dictature.
Ces trois projets constituaient une promesse que la Présidente avait faite en septembre dernier lors d’un hommage aux membres de la Commission Internationale des Droits de l’homme pour leur dénonciation en 1979 des crimes de la Dictature militaire de 1976 à 1983.

Le jour même, on apprenait que l’actuelle Directrice des Droits de l’Homme au ministère argentin des affaires étrangères était nommée juge à la Cour pénale internationale qui juge, à La Haye, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité. Elle remplace un juge de la Guyana qui a renoncé à sa charge pour raisons personnelles. C’est une avocate de formation qui a fait ses études à Córdoba (la plus vieille université d’Argentine) et à Buenos Aires. C’est une spécialiste reconnue du droit international et elle a aujourd’hui 54 ans.

Pour aller plus loin, il est intéressant de lire, sur le site de Página/12, un extrait d’un ouvrage qui sera présenté samedi prochain en fin de matinée, au Congrès de la Santé Mentale et des Droits de l’Homme organisé par l’association Madres de Plaza de Mayo : il s’agit d’un livre collectif sur les troubles psychiques dont souffrent les personnes aujourd’hui adultes dont les parents ont disparu pendant la dernière Dictature, alors qu’ils étaient de jeunes enfants. Le traumatisme ne s’efface pas plus qu’il ne s’efface chez nous chez les enfants des déportés morts dans les camps nazis pendant l’Occupation.

Pour aller plus loin :
Lire l’article de Página/12 sur le vote au Sénat
Lire l’article de Página/12 sur la nomination de Silvia Fernández à la Cour pénale internationale et celui de Clarín sur le même sujet.
Lire l’extrait de Subjetividad y contexto - Matar la muerte, publié par Página/12 de ce jour.

(1) Et ne voyez là aucune allusion à certain geste de Thierry Henry qui a permis hier à la France de se qualifier sur le fil pour la Coupe du Monde de Football en Afrique du Sud l’année prochaine, au détriment de la verte Eirin, qui ne décolère pas et on les comprend. Il y a 23 ans, c’était un autre joueur, dont le nom m’échappe à l’instant même mais qui a encore bien fait parler de lui ces derniers temps, un joueur qui a inspiré des tangos et des chansons à n’en plus finir en Argentine, qui avait « inventé » ce coup fumant et strictement interdit par le règlement mais c’était contre l’Angleterre et à l’époque, l’Argentine et l’Angleterre avaient comme un contentieux armé à régler par terrain de foot interposé. Ce qui n’a jamais été le cas entre la France et l’Irlande. Alors parler de main de Dieu comme le font les commentateurs et les internautes de tout poil depuis hier soir, c’est un peu fort de café... Et à propos de foot, vous serez ravis d'apprendre, j'en suis sûre, que l'Uruguay aussi vient de se qualifier, difficilement comme la France, mais c'est le résultat qui compte, n'est-ce pas ?
(2) Même si bien entendu, dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, il y a loin de la coupe aux lèvres, que le nerf de la guerre reste encore et toujours l’argent et qu’il est rare.

mardi 24 mars 2009

33 ans après le coup d’Etat [actu]

La couverture du dossier spécial de Página/12


En Argentine, c’est aujourd’hui le Jour national pour la mémoire, la vérité et la justice, un jour de souvenir de toutes les victimes de la dernière dictature militaire (1976-1983), un jour pour les Droits de l’Homme, le triste anniversaire du coup d’Etat qui renversa, le 24 mars 1976, le gouvernement constitutionnel d’Isabel Perón (1), à la suite d’un complot ourdi au sein de l’Etat-Major et mené par Jorge Rafael Videla (actuellement en prison, voir mon récent article à ce sujet).

Pour l’occasion, le quotidien Página/12 a ouvert ses colonnes à 10 éditorialistes d’un jour, les responsables de 10 ONG parmi les plus reconnues pour leur combat en la matière en Argentine. Les deux associations issues du mouvement des Mères de la Place de Mai, Madres de Plaza de Mayo et Madres de Plaza de Mayo Linea Fundadora, Abuelas, H.I.J.O.S. en font partie, voir lien avec leurs sites dans la rubrique Cambalache (casi ordenado) en partie inférieure de la Colonne de droite.

Ces personnes exposent leurs préoccupations et l’enjeu de leur combat aujourd’hui, plus de 25 ans après le rétablissement du régime constitutionnel, à l’heure où l’Argentine, récemment entrée en pleine campagne électorale (voir l’article du 14 mars 2009), se bat avec les démons ordinaires de la démocratie : la lenteur de la justice, la puissance de l’argent, la démagogie et l’épouvantail de l’insécurité, avec son corollaire, la peine de mort, que quelques excités ont mise à l’ordre du jour des discussions du Café du Commerce la semaine dernière, après un fait divers sordide dont a été victime l’ami et partenaire d’une vedette du petit écran.

De son côté, Clarín propose aussi un dossier spécial, à base de documents historiques cette fois (voir le lien avec l’article principal de ce quotidien. Les annexes, qui constituent le dossier, sont placées dans l’encadré de droite, une fois l’article ouvert).

Ce soir, se clôtureront à l’espace culturel ECuNHi les quatre jours du Festival de la Chanson engagée sous les auspices de Madres de Plaza de Mayo (voir mon article).

Dans la journée, se tiennent diverses compétitions sportives commémoratives :

Un tournoi d’échec à Parque Chacabuco, un quartier de Buenos Aires. C’est le IV Torneo Nacional de Ajedrez Rápido Día de la Memoria, organisé par la Ligue nationale d’échec et la Commission nationale des joueurs d’échec victimes de la Dictature (CONAVID). Un représentant du Gouvernement de la ville de Buenos Aires sera là pour un hommage solennel aux victimes.

Des épreuves d’athlétisme auront lieu dans un stade du district de Morón, situé au sud-ouest de Buenos Aires, dans la petite ceinture de la Capitale. Une course de fond de 10 km y sera organisée. Dans l’après-midi, sont prévus une conférence, un spectacle que donnera une murga uruguayenne et une foire artisanale.

Une course organisée à Mar del Plata rendra hommage à Miguel Sánchez, sportif disparu pendant la Dictature. La disparition des sportifs a fait moins de bruit que celles de très nombreux intellectuels et journalistes (surtout en Europe où la presse s’est focalisée sur les problèmes rencontrés par la presse mais aussi en Argentine), elle n’en a pas moins bel et bien existé cependant. Et c’est assez logique car en Argentine, le sport est beaucoup plus politique, beaucoup plus citoyen qu’en Europe, où ces activités passent au mieux pour de saines distractions, au pire pour un gros magot démagogique à faire fructifier façon panem et circenses romain. A Mar del Plata, les hommages se prolongeront toute la semaine.

Buenos Aires aussi rendra hommage au champion disparu dimanche prochain, avec la Carrera de Miguel (la course de Miguel), qui se déclinera en deux épreuves, une course de fond de 10 km sur un parcours empruntant plusieurs avenues du centre de la capitale et une marche aérobic sur un parcours de 3 km. Les épreuves seront maintenues, même en cas de pluie (2).

Miguel Sánchez était un sportif amateur, champion de course à pied. C’était aussi un poète et un militant politique. Il gagnait sa vie en travaillant dans une banque. C’est la raison pour laquelle la Fédération bancaire s’occupe des inscriptions des participants à la Carrera de Miguel à Mar del Plata. Il a été arrêté chez lui, à Villa España, une bourgade du district de Berazategui, dans la Province de Buenos Aires, le 8 janvier 1978 et on ne l’a plus jamais revu. Il était natif de la ville de Tucumán.

Clarín consacre un article au programme très riche et diversifié de cette journée un peu partout dans le pays.

Voir les autres articles connexes rassemblés sous le mot-clé Histoire (dans la rubrique Quelques rubriques thématiques dans la Colonne de droite ou dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, situé en haut de l’article). On peut aussi se reporter à ceux que j’ai consacrés aux célébrations des 25 ans de la démocratie à la fin de l’année dernière (sous le lien).

(1) Isabel Perón n’est pas tout à fait blanc-bleu dans l’histoire. Pas seulement parce qu’elle avait été amplement prévenue du danger que constituait la nomination à l’Etat-Major du général Videla et qu’elle n’a pas su ou pas voulu entendre ces conseils. Mais aussi parce qu’elle est fortement soupçonnée d’avoir elle-même du sang sur les mains. Elle est très probablement en effet la fondatrice ou la co-fondatrice (avec Perón lui-même dans ce cas) d’une sinistre police parallèle, la Triple A (Alianza Anticomunista Argentina) qui pourchassait communistes, socialistes et autres internationalistes dès 1974, année du retour de Juan Perón en Argentine et au pouvoir. A ce titre, elle fait l’objet d’un mandat d’arrêt international émis par la justice argentine qui souhaite l’entendre dans l’affaire de la disparition de deux étudiants, sous sa présidence. Ce mandat lui a été notifié à Madrid en 2007 puisqu’elle vit dans la banlieue résidentielle de la capitale espagnole. Mais depuis l’arrivée au pouvoir de Cristina Fernández de Kirchner, qu’on a connue plus combative quand il s’agit de droits de l’homme, elle ne semble plus avoir beaucoup de soucis à se faire. Isabel Perón, malgré toutes ces ombres au tableau, est en effet la toute première femme chef d’Etat argentin (et même sud-américain) et qui plus est, elle a accédé à cette dignité par la voie constitutionnelle. Or, pour sa part, Cristina est elle la première Chef d’Etat personnellement élue à ce poste (et par quelle brillante élection ! 45,29% des voix au premier tour de scrutin), Isabel n’y ayant accédé qu’en qualité de vice-présidente de son mari juste après le décès de celui-ci.
La présidente actuelle, qui a fait réinstaller le portrait d’Isabel Perón dans la galerie des Présidents à la Casa Rosada dès son arrivée au pouvoir, n’a peut-être pas une terrible envie d’être confrontée à cette "prédécesseure" lointaine, ambiguë et plutôt embarrassante.
(2) La formule rituelle à Buenos Aires, c’est l’inverse : "la manifestation sera annulée en cas de pluie". La pluie est fréquente à Buenos Aires, surtout en demi-saison (printemps et automne). La saison la plus sèche, c’est l’hiver. L’été, il règne sur la ville une chaleur humide que les Portègnes eux-mêmes disent accablante.