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vendredi 18 septembre 2015

Juan Vattuone honoré par la Legislatura Porteña [Actu]

Juan Vattuone Personalidad Destacada de la Cultura en Buenos Aires


Sur l'initiative du député Jorge Aragón et après un vote unanime de tous les élus présents alors dans l'hémicycle, l'auteur-compositeur interprète Juan Vattuone sera nommé Personalidad Destacada de la Cultura à la Legislatura de Buenos Aires (le parlement unicaméral de la Ville Autonome qu'est la capitale fédérale argentine) le lundi 21 septembre 2015 à 18h30.

La cérémonie, qui revêt toujours un aspect très festif et joyeux, se tiendra dans les salons Montevideo et Arturo Jauretche du palais législatif, Perú 160, dans le quartier central de Monserrat.

Parmi les artistes et intellectuels qui seront présents, la Legislatura annonce déjà le journaliste et chroniqueur d'humour Alejandro Dolina, l'auteur-compositeur interprète de folklore Peteco Carabajal, le sociologue Horacio González, directeur de la Biblioteca Nacional Mariano Moreno, le chanteur Rubén Mono Izaurralde et bien entendu le partenaire de toujours, le guitariste Victor Negro Lasear. Sera également présente au moins l'une des filles de Juan, la danseuse Julieta Vatt.

L'entrée est libre et gratuite.

Misantropo, un morceau précédé d'une glosa
(en l'occurrence, une histoire à dormir debout qu'il aime bien raconter)
Casa de la Cultura, 2011

La cérémonie s'achèvera en tour de chant avec plusieurs musiciens pour entourer la vedette du jour comme il est de coutume dans ce genre d'occasion.

Et en tout état de cause, ¡Felicitaciones, Juan!

lundi 25 avril 2011

Alejandro Dolina est désormais le mardi soir sur Canal Encuentro [à l'affiche]

Le très populaire et exigent animateur radio Alejandro Dolina, qui allie les talents de fantaisiste, de polémiste érudit et de romancier, producteur de l'émission La Venganza será terrible diffusée dans la nuit du lundi au vendredi depuis de nombreuses années et dont je vous ai parfois parlé dans ces colonnes, met depuis la semaine dernière son talent au service de la chaîne publique de télévision culturelle nationale argentine Canal Encuentro. Elle fait partie de la nouvelle grille de rentrée, présentée à la presse il y a quelques jours, à côté d'autres émissions, dont une sur les sciences pratiques, Tecnópolis.

L'arrivée de cet énorme talent sur la chaîne créée par Néstor Kirchner, à la fin de son mandat, en 2007, a donné lieu à une interview de l'animateur en première page du cahier culturel de Página/12 le 19 avril dernier, après un premier article publié sur le thème dès le 15 avril.

L'ensemble de la nouvelle grille a été présenté comme un hommage à l'ancien président défunt dont la mort soudaine a profondément affecté les intellectuels et les artistes.

Le Ministre de l'Education, Alberto Sileoni, qui est le ministre de tutelle de Canal Encuentro (comme il est celui de la Academia Nacional del Tango), présidait cette conférence de presse. C'est lui qui a annoncé que les bureaux de Canal Encuentro allaient prochainement déménager à l'Espacio para la Memoria, les anciens locaux de l'ESMA, cette école militaire qui servit de centre de détention et de torture pendant la Dictature, que l'actuelle Présidente a consacré à un centre culturel pour les droits de l'homme et où ECuNHi, le centre culturel de Madres de Plaza de Mayo, a installé nombre de ses activités.

L'émission de Dolina sera inclassable, comme son créateur. Diffusée le mardi à 23h, elle se présente comme un mélange de parodie de documentaire et de fiction. Dolina y fera ses conférences fantaisistes qui ne sont pas sans nous rappeler le style déployé par Pierre Dac ou Roland Dubillard en français. L'idée de l'animateur est de participer à cette mise à la portée de tous d'une culture de qualité qui ne soit ni solennelle ni ennuyeuse. Et dans les colonnes de Página/12, il se livre à une défense en règle du service public audiovisuel. Un discours qui se répand parmi les intellectuels argentins qui perçoivent de mieux en mieux les avantages qu'un pays démocratique peut tirer d'une programmation publique pour peu qu'elle soit plus ambitieuse que celle des chaînes commerciales. Un de ces petits détails qui montrent que la tradition démocratique s'ancre en Argentine, ce pays dont les médias d'Etat ont plus longtemps servi à enfumer les esprits qu'à les éveiller

Imaginez que dans ses 200 ans d'existence indépendante, l'Argentine n'aura connu avant décembre 1983 que 16 années de démocratie réelle. Ce qui ne pèse pas lourd.

Pour en savoir plus :
lire l'article de Página/12 du 15 avril 2011
lire l'article de Página/12 du 19 avril 2011
Connectez-vous au site de Canal Encuentro, où vous pouvez voir en streaming certaines émissions (le lundi midi, heure locale : Tango) et accéder à certaines émissions en téléchargement gratuit, dont une série de reportages sur le tango, par l'acteur et chanteur Rodrigo de la Serna (Tocá Madera, où vous pouvez découvrir un reportage sur l'auteur-compositeur-interprète Alorsa réalisé en 2007).

dimanche 24 janvier 2010

La rentrée de Alejandro Molina et La Venganza será terrible [Actu]

La une du supplément culturel de Página/12 d'aujourd'hui

La Venganza será terrible (la vengeance sera terrible) est l'un des plus célèbres talk-shows culturels de la radio argentine. Elle est animé par le journaliste Alejandro Molina, qui a été reçu, au mois de mai dernier, à la Academia Nacional del Tango pour son apport à la culture populaire de Buenos Aires (lire mon article à ce sujet).

Son émission passe à minuit comme l'année dernière. Comme Radio 10 l'a remercié, malgré son succès, l'émission a emménagé lundi dernier sur les ondes de Radio Nacional. C'est très commun en Argentine : les animateurs sont propriétaires de leur émission et la trimballent avec eux au gré de la bonne volonté des directeurs d'antenne, passant du public au privé et du privé au public, tant en radio qu'en télévision. En revanche, pour des questions financières, cette année, Alejandro Molina retrouve son public non plus du lundi au vendredi mais du lundi au jeudi seulement, le vendredi lui étant accordé pour des activités plus rémunératrices (lui et toute son équipe perdent de l'argent en changeant de station).

La venganza será terrible est enregistrée en public et en direct, souvent dans l'auditorium de l'Hôtel Bauen, esquina Corrientes y Callao, un haut-lieu de la contestation du capitalisme argentin (l'hôtel Bauen, fermé par ses propriétaires, a été repris de force par une poignée d'employés qui y ont remonté un établissement qui marche bien sous forme de coopérative), au Complejo La Plaza (Corrientes 1660)... Une émission qui nomadise quelque peu à travers Buenos Aires et part parfois en tournée. Du 25 au 29 janvier prochain, toute l'équipe sera à Montevideo, l'émission sera enregistrée dans la Salle Zitarrosa, l'une des plus prestigieuses de la capitale uruguayenne...
La venganza será terrible est diffusée depuis 25 ans.

Espero que la vigencia de La venganza... se deba a que la gente encuentra en el ciclo alguna clase de inteligencia.
(Alejandro Molina, cité par Página/12)

J'espère que la longévité de La venganza... est due au fait que les gens trouvent dans l'émission une sorte d'intelligence.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

L'article de Página/12 est un interview de l'intervieweur. Alejandro Dolina y explique comment fonctionne la radio, les motifs pour lesquels il a été remercié par Radio 10 (parce que son émission coûte très cher, que les spots publicitaires ne peuvent pas couvrir les coûts de production à cette heure de la nuit et non pas parce qu'il a tenu des propos favorables à la politique du très contesté président venezuelien Hugo Chavez). Il s'explique aussi sur son cachet sur Radio Nacional (deux fois moins élevé que sur Radio 10). Il se défend aussi d'arriver sur l'antenne de Radio Nacional pour des raisons politiques : des bruits mal intentionnés l'accusent d'arriver là parce qu'il serait aux ordres du gouvernement argentin, lui qui a toujours montré une grande liberté de pensée et de propos. Il se murmure aussi qu'il fait cela pour l'argent (il semblerait bien que ce soit faux).

Voici la fin de l'article :

- Después de este reportaje no va a faltar quien diga que es kirchnerista.
- No soy kirchnerista. No digo que sea un desatino estar en contra del Gobierno. El desatino es estar en contra del Gobierno por eso y no por otras cosas. Yo también encuentro en la gestión ciertos perfiles muy criticables. Probablemente el Gobierno no hizo todo lo que podía hacer respecto de la inseguridad, pero no ha sido peor de lo que han hecho otros gobiernos. Tampoco creo que la inseguridad actual sea peor o significativamente mayor a la que hubo históricamente. La inseguridad no es un tema a partir del cual se pueda describir una situación política.
Página/12

- Après ce reportage il y aura bien quelqu'un pour dire que vous êtes kirchneriste (1).
- Je ne suis pas kirchneriste. Je ne dis pas que ce soit nul d'être contre le Gouvernement. Ce qui est nul, c'est d'être contre le Gouvernement par principe et sans aucune autre raison. Moi aussi, je trouve dans ce qu'ils font certaines choses très criticables. Selon toute probabilité, le Gouvernement n'a pas fait tout ce qu'il pouvait faire à propos de l'insécurité mais ça n'a pas été pire que ce qu'ont fait d'autres gouvernements. Je ne crois pas non plus que l'insécurité actuelle soit pire ou significativement plus importante que celle qu'on a toujours eue. L'insécurité, ce n'est pas un thème à partir duquel il soit possible de décrire une situation politique.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

La lecture de cette interview est donc très intéressante pour qui veut prendre le pouls de la société argentine. Vous y découvrirez, en creux, à travers les réponses que fait Dolina, combien les Argentins sont soupçonneux dès que se produit quelque chose de nouveau ou d'inattendu. Il est vrai qu'ils ont une longue et douloureuse expérience de la corruption et de la concussion à tous les niveaux... Le ton de l'entretien est donc assez combatif. A lire pour découvrir un grand monsieur de l'univers culturel de ce pays.

Alejandro Molina est aussi auteur de nombreux livres. En août, je me suis offert Crónicas del Ángel gris, publié en poche chez Booket, trouvé dans une librairie de chaîne dans la rue Florida et dont je tâcherai de vous parler dès que j'aurai le temps de l'ouvrir. Peut-être avant que le nouveau roman de l'auteur, en cours d'écriture, ne paraisse mais je ne vous promets rien...

En attendant, allez donc sur Página/12 lire cette interview. Vous trouverez dans la rubrique Ecouter (partie basse de la Colonne de droite) le lien vers El Espectador, une radio de Montevideo qui diffuse des extraits de l'émission quelques heures après le direct. Sur le site de Alejandro Molina, vous pouvez écouter l'émission en direct, attention au décalage horaire ! (Pour le moment, le site n'est pas complètement à jour et ne tient pas encore compte sur toutes ses pages du changement de station).

(1) Partisan des Kirchner, la Présidente et son mari, le président précédent.

samedi 2 mai 2009

Alejandro Dolina reçu à la Academia Nacional del Tango au Plenario du 4 mai [à l'affiche

Le journaliste et écrivain Alejandro Dolina sera reçu lundi prochain Membre honoris causa de la Academia Nacional del Tango au cours du Plenario bi-hebdomadaire qui aura lieu, comme à chaque fois à 19h dans le Salón de los Angelitos Horacio Ferrer au 1er étage de l'hôtel particulier du 830 Avenida de Mayo (entrée libre et gratuite dans la limite des places disponibles).

Alejandro Dolina est un puits de culture tous azimuts. Il est particulièrement populaire pour une émission culturelle et humouristique, qu'il anime toutes les nuits en semaine, à partir de minuit, depuis plusieurs années, sur les ondes de Radio Continental, avec la complicité amicale de deux co-animateurs, Guillermo Stronati et Gabriel Rolón. L'émission se déroule en public à l'auditorium de l'hôtel Bauen (1) de la avenida Callao 360 et passe en direct à l'antenne. El Espectador sur Internet, une radio de Montevideo, en diffuse des extraits en direct le lendemain de 13h à 14h, extraits que vous pouvez entendre sous format podcast en vous connectant sur la page La Venganza será terrible ("restos humeantes", comme dit Alejandro Dolina, "des restes fumants") du site de El espectador (dans la rubrique Ecouter, dans la partie inférieure de la Colonne de droite, vous trouverez le lien).

Pour des internautes possédant une culture radiophonique francophone (et selon la génération à laquelle vous appartenez), on pourrait dire que l'émission se situe à mi-chemin quelque part entre Signé Furax ou Le Tribunal des Flagrants Délires d'une part, et Le Masque et La Plume (à la glorieuse époque des batailles des Thermopyles entre Georges Charensol et Jean-Louis Bory) ou Des Papous dans la Tête aujourd'hui, d'autre part... Autrement dit, les heures passent sans qu'on ait le temps de s'ennuyer vraiment.
Essayez un jour de vous mettre un petit extrait dans les oreilles en vous connectant à El Espectador, je vous jure que ça vaut la peine et suis prête à parier que vous y prendrez goût.

Alejandro Dolina est également un auteur qui a publié de nombreux ouvrages (voir son site, qui décline toute sa bibliographie) et un conférencier infatigable.

Au-delà de la réception de Alejandro Dolina, le Plenario tiendra sa conférence habituelle, en l'occurence un hommage à Alfredo Gobbi, surnommé El violin romántico del tango, sous le titre Alfredo Gobbi : el tango en estado puro (Alfredo Gobbi, le tango à l'état pur). La conférence sera délivrée par Alberto Romeo, membre de la Academia.

Pour la petite histoire, Alfredo Gobbi était né à Paris, en 1912. Ses parents y achevaient un assez long séjour en compagnie du payador et compositeur Angel Villoldo, surnommé el Padre del Tango, et qui fut le parrain du bébé. Villoldo et le couple Gobbi étaient arrivés en 1907, pour éditer des partitions et enregistrer des disques dans des conditions supposées meilleures qu'à Buenos Aires. Ils s'étaient installés dans le quartier des Halles, un quartier populaire qui est à présent l'un des plus chics de Paris, au 55 de la rue St-Denis. Dans le Paris de la Belle Epoque et des beaux quartiers, ce Paris mondain que décrit si bien Marcel Proust, ces trois artistes, issus des faubourgs métissés et plutôt remuants de Buenos Aires, séduisirent les maîtres du bon goût parisien qui dictaient la mode dans toute la France et une bonne partie de l'Europe occidentale, donnèrent des cours de tango aux dames et aux messieurs des beaux salons et y animèrent des bals. Bien entendu, quand ils rentrèrent à Buenos Aires et racontèrent qu'ils avaient été reçus par la Princesse Truc et la Comtesse de Machin, le Centro de Buenos Aires changea un peu d'attitude à l'égard du tango et se mit à lui faire meilleur accueil qu'auparavant... Mais, de ce côté-ci de l'Atlantique, l'engoûment de la bonne société pour l'exotisme de cette danse fut fatal à son authenticité et le tango fut très vite adultéré pour donner ce qui est aujourd'hui le tango standard ou tango international, qui est resté totalement inconnu à Buenos Aires jusqu'à nos jours. Le séjour parisien des Gobbi et de Villoldo, qui fit naître Alfredo Gobbi junior dans la Ville Lumière, fut le premier contact attesté du tango avec l'Europe hors hispanophonie (le tango avait atteint les ports espagnols dès 1903).

Côté musique : le tango rituel qui a été choisi pour la soirée est El Andariego de et par Alfredo Gobbi et son orchestre. Pour la musique en direct ("el espacio artistico"), le bandonéoniste Alberto Garralda et le pianiste Alberto Giaimo, qui travaillèrent tous deux dans la orquesta Alfredo Gobbi, et la guitariste Analía Rego joueront quelques pièces de ce répertoire.

Et pour mes lecteurs qui se trouvent à Paris, London, Roma, Gent ou Lausanne et non pas à Buenos Aires à quelques pas de la Academia Nacional del Tango, voici A mis manos de et par Alfredo Gobbi chanté par un autre Alfredo, Alfredo del Rio (merci à Todo Tango pour la richesse de sa discothèque en ligne qui me permet souvent d'illustrer musicalement les Plenarios académicos). On peut écouter aussi le tango hommage que Alfredo Gobbi avait rendu à l'un de ses contemporains, le grand pianiste de tango Orlando Goñi : A Orlando Goñi (un tango très célèbre pour nous puisque les DJ de milongas et nos professeurs de tango le passent souvent en Europe).
(1) L'Hôtel Bauen est un hôtel géré par une coopérative ouvrière, le personnel licencié qui a repris par la force son outil de travail il y a quelques années, au nez et à la barbe de la société propriétaire des murs, et qui a remis l'hôtel en service, avec sa confiteria et sa salle de spectacle. Régulièrement, le propriétaire obtient de la puissance publique l'ordre de déloger les occupants. Aussitôt un mot d'ordre de manifestation court la Ville et du monde se ressemble aux deux entrées de l'établissement, sur Callao et sur Corrientes, et la Police n'intervient pas. Cela a été vrai jusque là. Il n'est pas dit qu'il n'y aura pas un jour...