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samedi 4 octobre 2025

La Chicana s’est reformée et joue ce soir au Torcuato Tasso [à l’affiche]


Le groupe de tango contemporain La Chicana avait disparu lorsque ses deux animateurs et fondateurs, le guitariste et compositeur Acho Estol et la chanteuse Dolores Solá, s’étaient séparés. Ils avaient fait l’essai de travailler à nouveau ensemble et il faut croire que le couple y a pris goût.

Vingt-cinq ans après la fondation de leur ensemble, les voici qui sortent un nouveau disque, Puro Tango, qu’ils présenteront au Centro Cultural Torcuato Tasso, Defensa 1575, dans le quartier de San Telmo, les trois samedis qui viennent, à 22h.

Ils reviennent fidèles à eux-mêmes avec le même talent et la même force. Le disque a été enregistré au mois d’avril en public à Maipú, dans la province de Mendoza, dans une ancienne maison de maître bâtie en 1870, restée dans son jus et devenue par conséquent un bâtiment classé de la province.

Prix des places : 25 000 $.

Entrée du public à partir de 20h pour le repas et début du spectacle à 22h, comme d’habitude.



Le disque est disponible sur toutes les plateformes.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

dimanche 16 janvier 2022

Premier festival de chamamé depuis l’inscription du genre au patrimoine de l’Humanité [à l’affiche]


Vendredi soir, 14 janvier 2022, en présence du ministre national de la Culture, Tristán Bauer, la ville et la province de Corrientes ont lancé la 31e édition de leur Fiesta Nacional del Chamamé dont les manifestations se répartissent sur toute la province. Il s’agit de la 17e édition au niveau du Mercosur (Paraguay, Brésil, Uruguay, Argentine) et la première qui peut prétendre à un niveau mondial, puisque le chamamé a été inscrit au Patrimoine culturel immatériel de l’Humanité par l’UNESCO l’année dernière, alors que la pandémie a empêché la tenue du festival.

Aujourd'hui, le quotidien régional partage sa une en trois :
le festival qui souffre d'un manque de public (en haut à gauche),
les incendies qui atteignent les cultures
et l'arrivée de 10.000 touristes brésiliens
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Cette Feria nacional est marquée cette année par une moindre participation du public étranger, à cause de Omicron qui gâche l’été partout en Amérique du Sud, par les incendies que les chaleurs excessives provoquent partout dans le pays et par un rattrapage programmatique pour tout ce qui a été annulé en 2021.

Le festival est également placé sous le signe de la souveraineté argentine sur les Malouines, une revendication officielle qui occupera toute cette année (beaucoup d’appelés qui, en 1982, ont combattu et parfois sont morts sur l’archipel occupé par les Britanniques depuis 1833 étaient en effet originaires de la province de Corrientes).

Le programme de ce soir
(il est tous les jours aussi chargé !)
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Comme il est de tradition, un bon nombre de spectacles sont retransmis en direct par TV Pública, présents sur les ondes de Radio Nacional et une chaîne Youtube donne tout en direct pour permettre à ceux qui ne peuvent pas venir de profiter malgré tout de cette grande fête musicale qui rend compte, au début de chaque été, de la vitalité du genre, tant en chansons qu’en danse.

Le festival se clôturera le 23 janvier.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de Clarín
lire l’article de El Litoral
visiter le site officiel de la manifestation, sur le portail du ministère provincial de la Culture

samedi 20 novembre 2021

Après Charly, c’est León qui souffle ses 70 bougies au CCK ce week-end [à l’affiche]

León Gieco et sa guitare fileteada
(photo Laura Domínguez)


León Gieco est un musicien inclassable. Auteur, compositeur, chanteur et multi-instrumentiste d’abord. Multi-genre ensuite : il navigue d’une manière qui n’appartient qu’à lui entre le folklore, le rock et le jazz au point que le journaliste Victor Hugo Morales l’a baptisé Nuestro León Nacional, « notre lion national », avec un jeu de mots entre le prénom et l’animal cité, qui plus est, dans l’hymne national, sans oublier une petite allusion à l’événement historique ultr-patriotique dont le pays célèbre le souvenir en ce jour férié, déclaré depuis peu Día de la Soberanía Nacional, pour la résistance des Argentins face à la stratégie impérialiste de la France et de la Grande-Bretagne (1).

"Le cœur de Léon", titre le supplément culturel de Página/12 ce matin

Comme Charly García il y a quelques semaines, León Gieco souffle ce soir ses 70 bougies. Et les espaces culturels nationaux se mettent en quatre pour le fêter dignement : ce week-end, le CCK et Tecnópolis proposent des activités et des spectacles, dont le point culminant sera le concert de ce soir, samedi 20 novembre 2021, à 20 h (minuit en Europe atlantique), avec retransmission en direct sur TV Pública et Radio Nacional, ainsi que la chaîne Youtube du CCK et celle de Cont.ar.

Página/12 est le seul quotidien
dont la une fasse référence à l'anniversaire de Gieco
En gros titre, les suites d'un fait divers sanglant :
un ado de 17 ans a été tué cette semaine par des policiers
actuellement suspendus
alors qu'un autre fait divers, ultra-exploité par la droite,
a influencé le résultat des élections
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Demain, les festivités déménagent à Tecnópolis, dans la banlieue ouest de Buenos Aires, un parc d’attraction pédagogique consacré à la vulgarisation des sciences et des technologies et qui a la place d’accueillir en plein air toutes sortes de manifestations d’envergure.

Photo Fernando de la Orden

Toutes ces activités seront gratuites.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article principal de Página/12 (et il y en a beaucoup d’autres dans les page de ce journal)

Ajout du 21 novembre 2021 :
lire cet article de Página/12, qui remet Gieco à sa une générale et à celle de Cultura y Espectaculos ce matin et qui est le seul quotidien à revenir sur le concert du CCK hier.

León Gieco en couleurs au micro hier
et au début de sa carrière en noir et blanc en arrière-plan
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Ajout du 22 novembre 2021 :
lire cet article de Página/12 sur les festivités de Tecnópolis, dimanche (hier encore, le journal en a fait la une de son supplément culturel quotidien). Página/12 semble vouloir compenser par son insistance la discrétion du reste de la presse sur cet événement.

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(1) Dans les années 1840, les deux principales puissances européennes s’appuyaient sur l’embryon de droit international établi par le Congrès de Vienne après la chute de Napoléon. Les coalisés et la délégation française avaient en effet décidé que la navigation fluviale serait désormais libre, alors que Napoléon avait tout verrouillé sur l’ensemble du territoire surdimensionné de l’Empire français. La Grande-Bretagne victorienne et la France de la Monarchie de Juillet prétendirent à leur tour étendre à l’Amérique du Sud cette liberté, tentant de mettre à profit la désunion qui régnait alors en Argentine, en guerre civile depuis 1820. Mauvais calcul car la jeune Confédération argentine ne se laissa pas imposer un droit européen qui avait été négocié sans elle. Elle refit temporairement son unité et réduisit une expédition militaro-commerciale française à un échec cuisant. Cela s’est traduit par une bataille fluviale sur le Paraná, au lieu-dit Vuelta de Obligado, le 20 novembre 1845. Bataille techniquement remportée par l’escadre française qui passa malgré le barrage argentin mais politiquement perdue par elle puisque ses bâtiments endommagés furent rejetés partout où ils abordèrent en vue de réparer les avaries et qu’elle ne put pas écouler sa marchandise, boycottée de tout côté. Et c’est à plein que l’expédition dut entreprendre le retour vers la France.

jeudi 30 septembre 2021

Hommage à Quino à Mendoza [Actu]

Autoportrait de Quino en train de dessiner Mafalda
sous les yeux de celle-ci


Un an après la mort de l’enfant du pays, la Province et la ville de Mendoza rendent hommage au dessinateur Quino, le père de Mafalda.

De grandes fresques murales à l’air libre sont dévoilées à l’occasion de cet anniversaire. Elles sont les œuvres tantôt individuelles tantôt collectives d’artistes personnellement liés à Quino. Parmi eux, Miguel Rep, que vous connaissez, si vous lisez régulièrement Barrio de Tango, pour ses dessins de presse dans les colonnes de Página/12.

Miguel Rep travaillant sur son mur hommage
(photo Orlando Pelichotti, pour Los Andes)

A cette occasion aussi, Radio Nacional rebaptise son antenne locale (qui s’appelait jusqu’à ce jour Radio Libertador, en hommage à San Martín) (1) devient ce soir Radio Nacional Mendoza Quino. Drôle de conception de l’histoire du pays…

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de Los Andes (quotidien local du groupe Clarín)
regarder l’album photo proposé par Los Andes



(1) José de San Martín (1778-1850) est le premier gouverneur de la province de Cuyo dont celle de Mendoza est issue. Il y a vécu pendant environ trois ans, avec son épouse, et sa fille y est née en 1816, quelques jours après la déclaration d’indépendance. Deux cents ans plus tard, il est encore très présent dans les rues de la capitale comme dans l’ensemble de la province qu’il a marqué de son empreinte. Au niveau national, il est considéré comme le Père de la Patrie. Il repose pour l’éternité dans une chapelle de la cathédrale de Buenos Aires. Son autre titre, donné à l’antenne locale de Radio Nacional, était donc légitime. Plus légitime, soyons honnêtes, que le nouveau nom qui est certes celui d’un grand artiste mais qui n’a pas joué un rôle comparable pour le pays ! J’ignore ce que l’institution va faire de son ancien nom.

vendredi 10 septembre 2021

Trois centenaires en un ce soir à la télé : Ariel Ramírez, Jaime Dávolos et Astor Piazzolla [à l’affiche]


Ce soir, vendredi 10 septembre 2021, à 20h, Televisión Pública (TVP) s’allie à la station publique et généraliste de radio, Radio Nacional, pour proposer au public argentin un concert en hommage aux trois musiciens qui auraient eu cent ans cette année : Ariel Ramírez, un homme du nord-est dont le nom a parcouru dans le monde entier grâce à deux œuvres majeures, sa Misa Criolla et sa Navidad Criolla, où il a su rassembler les différentes traditions musicales de l’Intérieur argentin dans un élan de spiritualité remarquable, Jaime Dávalos, auteur-compositeur de Salta (à l’autre extrémité du pays) mais dont le nom, malgré son grand talent, n’est hélas guère sorti de son continent natal, et Astor Piazzolla, dont le centenaire est célébré depuis mars d’une manière nettement plus marquée que pour les deux autres.

Astor Piazzolla

Participeront à cette soirée télévisée des grandes pointures de la musique populaire actuelle comme Teresa Parodi, l’une des grandes représentantes du chamamé (musique du nord-est argentin), l’harmoniciste Franco Luciani, les chanteurs tangueros Lidia Borda, Guillermo Fernández et Sandra Mihanovich ainsi que le pianiste José Colangelo (un ancien des orchestres fondés par Piazzolla), pour ne citer que des artistes déjà assez bien connus des lecteurs de ce blog.

Ariel Ramirez

Le concert sera retransmis en direct sur la chaîne Youtube de Radio Nacional. De quoi vous régaler malgré les cinq heures de décalage horaire entre l’Argentine et la façade atlantique de l’Europe (mais heureusement, pour beaucoup d’entre vous, demain est un jour chômé !).

Répétition dans le grand studio de Radio Nacional

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

mardi 13 juillet 2021

Santa Empanada, le nouveau bouquin de Pietro Sorba [Disques & Livres]


Le critique culinaire et gastronomique Pietro Sorba vient de publier, chez Planeta Argentina, son éditeur habituel, un nouvel ouvrage. Après la viande, ce nouveau livre est consacré à une spécialité que l’on trouve à peu près partout en Amérique du Sud et donc en particulier en Argentine, la empanada, que le titre n’a pas hésité à canoniser. Il s’agit d’un chausson fourré, servi chaud et traditionnellement salé (mais il en existe des versions sucrées). Ce plat a une longue histoire assez complexe faite de grandes routes commerciales à travers le Vieux Continent et le bassin méditerranéen puis passé au Nouveau Monde sur les caravelles des conquistadors et les paquebots des grandes vagues migratoires qui ont suivi de peu les indépendances.

Pietro Sorba

Pietro Sorba est italien. Il est né à Gênes et s’est installé à Buenos Aires il y a une trentaine d’années. Il a déjà publié de nombreux ouvrages : des guides gastronomiques à travers la capitale fédérale et le pays tout entier ainsi que des recueils de recettes. Santa Empanada fait partie de cette seconde catégorie.

Extrait de l'introduction du livre

Dans ce livre, Sorba retrace l’histoire avec l’érudition qui le caractérise et il propose 160 recettes du monde entier, recueillies auprès de différents cuisiniers et cuisinières, dont la dernière championne fédérale, couronnée à l’issue du concours de 2019. Les chapitres s’ouvrent sur des illustrations très originales et d’une grande beauté.

L’auteur y mêle les empanadas hispaniques, les fatayers libanais et plus largement ottomans (on retrouve des spécialités très proches en Grèce, en Syrie, à Chypre, en Turquie, en Égypte, etc.) et les samoussas indiens qui ont tout autant voyagé que les autres, tous au gré des migrations diverses et variées, sans oublier les bouchées confectionnées en Afrique. On se régale déjà.

Présentation du chapitre consacré à l'Argentine
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Ce livre de 272 pages est vendu par l’éditeur au prix de 2 190 $ ARG en format relié et à 999,99 pesos en format Epub.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de Clarín
écouter l’interview de Pietro Sorba dans l’émission Pan Casero (pain maison), sur Radio Nacional le 7 juillet
écouter l’interview de Pietro Sorba sur la même antenne le lendemain
lire la fiche du livre sur le site Internet

jeudi 26 novembre 2020

L’hommage à Maradona dans la presse argentine [Actu]

"Moi, je ne veux pas (je n'aime pas) cette peine dans mon cœur"

Les quatre quotidiens nationaux argentins ont consacré leur une de ce matin à l’idole disparue dont la photo occupe presque tout l’espace de la page.

"Merci pour tout ça !"
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Dans chaque titre, les articles sur le sujet sont innombrables. Si peu de jours après les séries publiées pour les soixante ans du footballeur, les rédactions donnent à nouveau toute la mesure du personnage, tantôt en ressortant les articles parus en début de mois, tantôt en créant de l’inédit, un inédit travaillé depuis longtemps comme il convient dans toute rédaction bien organisée pour ne pas se laisser dépasser par la survenue d’un événement de cette sorte.

"Le moule est cassé", pour traduire la nuance
Littéralement : il n'y en aura jamais de pareil
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Comme si souvent, La Prensa ne s’est pas foulée : la rédaction a conservé sur son site Internet l’article qu’elle avait mis en ligne hier après-midi sans même prendre la peine dans la nuit de remplacer tous les futurs qui concernaient l’autopsie et l’hommage officiel qui s’annonçait encore à l’heure où était annoncée la mort du footballeur.

"Merci, champion"
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De nombreux articles, des audios et des vidéos sont également disponibles sur toutes les radios et toutes les chaînes de télévision et en particulier sur le service public national, Radio Nacional et TV Pública.

Une de Olé, le quotidien sportif du groupe Clarín
Ce numéro collector sera disponible pendant une semaine
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© Denise Anne Clavilier

Pour en savoir plus :

Funérailles d’État et émotion planétaire [Actu]

"Pour toujours Diego"
message de Radio Nacional

Quelques minutes après avoir appris la mort de Diego Maradona, qui a fait un infarctus dans son sommeil et a été trouvé sans vie hier à 11 h 30 par l’infirmière qui venait le voir pour le réveiller de sa petite sieste d’après-petit-déjeuner, le président Alberto Fernández a décrété trois jours de deuil national, fait mettre le drapeau en berne sur les bâtiments fédéraux et proposé à la famille d’ouvrir la Casa Rosada pour que s’y tienne la veillée traditionnelle qui dure moins de vingt-quatre heures, avant les obsèques.

Texte du décret intégral
avec ses visas et ses attendus
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Jusqu’à présent, seuls des anciens présidents et un champion sportif avaient eu droit à ce niveau d’honneur. Ce sportif, c’était le pilote de course Fangio, l’un des dix mythes que l’Argentine a donnés au monde.

Dans la nuit, pendant que la famille pouvait se recueillir dans l’intimité autour du cercueil installé dans le grand hall d’entrée au rez-de-chaussée, les particuliers se sont massés aux abords de la Casa Rosada, en particulier dans Avenida de Mayo. Ce matin, un peu avant 4 h (heure argentine), lorsque je me suis branchée sur TV Pública, les journalistes annonçaient une file d’attente qui atteignait déjà Plaza del Congreso, ce qui correspond à un peu plus de deux kilomètres. Le service d’ordre de la Casa Rosada attendait un million d’Argentins mais tout le monde ne pourra sans doute pas se recueillir devant le cercueil.

Vue verticale du cercueil quelques minutes après l'ouverture au public
ce matin. A gauche, le maillot de Boca Juniors
A droite celui de la sélection nationale
La disposition a été choisie par la famille (photo Casa Rosada)


La salle a été ouverte au public à 6 h du matin et le cortège pour le cimetière
de banlieue, au nord de Buenos Aires, où reposent déjà les parents de l’idole, était alors prévu pour 16 h. Même en faisant passer tout le monde au pas de course, ce qui est le cas, il est impossible de faire défiler un million de personnes en dix heures, surtout avec les consignes sanitaires de distance physique, lesquelles sont purement théoriques (dans leur émotion débordante, les gens les oublient).

Ce que montrait ce matin le direct de la télévision publique était très impressionnant. Même les journalistes argentins étaient parfois stupéfaits des manifestations de chagrin ou d’amour du public. Bien entendu, le port du masque n’est pas généralisé, même à l’intérieur de la Casa Rosada où il est expressément obligatoire : les gens le descendent sur le cou pour crier et chanter dehors comme dedans. Bien sûr, sur Plaza de Mayo, il y a eu des bousculades. Il ne saurait en être autrement dans un tel rassemblement . La police a un mal fou à canaliser la foule. Dedans, les premiers à entrer ont été particulièrement indisciplinés et le service d’ordre a eu bien du mal à imposer le rythme rapide du passage, les gens s’arrêtant longuement (plus d’une minute) pour prier et jeter des maillots et des écharpes de foot sur le cercueil fermé (1). Il y a eu aussi ces images qui ont surpris y compris là-bas comme ces deux hommes qui s’étreignaient en pleurant bruyamment et à chaudes larmes sur Plaza de Mayo, l’un vêtu du maillot de Boca Juniors et l’autre de celui de River Plate, les deux plus grandes équipes de Buenos Aires qui se haïssent cordialement depuis des décennies… Ou cet homme de 27 ans, prénommé Diego Armando comme son idole, qui a pris dans la nuit le bus à La Plata, chez lui, pour descendre à la grande station de la 9 de Julio à Buenos Aires à 6 h du matin et qui à 9 h 30 arrivait à l’angle de la rue Perú avec Avenida de Mayo en ayant parcouru à genoux tout le chemin (au moins 500 m à cette hauteur de l’avenue). Devant les journalistes ébahis, il parlait de Maradona comme de Dieu (au premier degré, sans l’ombre du moindre bout de distance) et présentait sa reptation sur les dalles du trottoir comme un authentique sacrifice de deuil et de pénitence, dans la plus extravagante expression d’un syncrétisme très présent dans la vie spirituelle du petit peuple argentin et très sud-américain en général… (2)

En une de L'Osservatore Romano
daté de demain
Parler d'idole dans un quotidien aussi catholique que celui-ci !
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Au vu de toutes ses démonstrations de chagrin et d’enthousiasme, il est à craindre que d’ici une dizaine de jours les contaminations au coronavirus remontent. C’est d’autant plus tragique que les courbes des contagions et des décès avaient commencé à descendre. Le moment exact d’une épidémie où il ne faut pas relâcher les efforts.

En ce jour si particulier, c’est une consolation et une grande fierté pour les Argentins de constater que l’émotion est partagée dans le monde entier. De toutes les déclarations officielles et privées qui déferlent de partout, c’est visiblement le télégramme d’Emmanuel Macron qui a le plus touché le président Fernández, qui en a publié une traduction intégrale sur le site de la Casa Rosada, et les journalistes, qui l’ont reproduit ou résumé dans plusieurs quotidiens. Le président Macron vient de relever encore le prestige de la France auprès des Argentins. Et il est vrai que ce télégramme est particulièrement bien tourné et témoignent d’une connaissance profonde, très rare chez les Français et les Européens, de la sensibilité argentine sur le sujet quand très souvent nous regardons, avec condescendance (3), cette passion footeuse comme un aimable exotisme sans en voir jamais la signification symbolique et même métaphysique (4). Le président français semble soigner tout particulièrement ses relations avec son homologue argentin. En janvier, il lui a offert une guitare en guise de cadeau diplomatique pour son premier déplacement officiel à Paris, un cadeau qui a touché personnellement le mandataire argentin, et aujourd’hui, au surlendemain de la réunion virtuelle du G20 traitée avec désinvolture par Trump qui lui a préféré le golf, ce message dont la longueur dit assez qu’il ne s’agit pas seulement d’un quelconque acte protocolaire entre deux États en paix. Macron y parle d’un « danseur en crampons » et d’un « indiscutable souverain du ballon ». Le commentaire de Alberto Fernández mérite d’être lu. Son émotion n’est pas pas feinte.

Les plumes de l’Élysée n’ont donc pas chômé ces derniers jours : discours de mardi sur le nouveau régime de confinement et le contrat de confiance passé avec un peuple excédé (à tort mais excédé tout de même), long télégramme de condoléance au sujet de Maradona et éloge funèbre de Daniel Cordier (5) prononcé cet après-midi. Bravo à eux, c’est du beau travail.

L'Osservatore Romano, page 5
En haut : "la faiblesse du génie"
en bas : suite de l'article de une
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Bien entendu, le message du pape François a aussi été relevé par la presse argentine.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire le message d’Emmanuel Macron sur le site Internet de la Casa Rosada
lire l’article espagnol de Vatican News

Ajout du 27 novembre 2020 :
lire cet article de Página/12 sur la lettre de Macron



(1) Le cercueil fermé est assez inhabituel en Argentine pendant la veillée. Cette décision de la famille est sans doute en rapport avec la chaleur moite qui règne aujourd’hui sur la capitale argentine et à l’opération cérébrale récente subie par Maradona, qui avait fait au début du mois un accident vasculaire. Ce d’autant qu’en Argentine, les soins de conservation sont inconnus puisqu’on procède aux obsèques dans les 24 à 32 heures suivant le décès, comme dans toute la tradition luso-hispanique.

(2) L’Europe a fait la même chose dans la basse Antiquité et le haut Moyen-Age. Nos toponymies en témoignent encore avec cette foule de saints qui n’ont jamais existé et qui sont des divinités païennes locales christianisées. Il en va de même de certaines dates du calendrier liturgique ou traditionnel comme Noël, Mardi-Gras ou la Toussaint où les chrétiens ont jeté des croyances chrétiennes sur des dates fortes du calendrier païen latin, germain, celte ou franc. Nous avons beau vivre à l’heure de la technologie et des découvertes scientifiques, l’homme reste un être profondément irrationnel, les réactions aberrantes et absurdes suscitées par la pandémie nous le démontrent en ce moment.
(3) Cette condescendance, je la perçois aujourd’hui encore dans les commentaires des journalistes du service public français. C’est vraiment très agaçant !
(4) En Argentine, un match de foot, c’est une allégorie de la vie et du monde. On a tort d’interpréter la main de Dieu comme une tricherie ou le fait de je ne sais quelle roublardise dont on nous rebat les oreilles depuis hier soir ! C’était un acte politique et c’est pour cela que ce but est resté dans la mémoire et qu’il restera dans le roman national en cours d’élaboration. Cet acte politique répondait à un autre, celui de la Royal Navy qui en janvier 1833 s’est emparée par la force des îles Malouines, territoire appartenant à un État souverain avec lequel le Royaume-Uni échangeait des diplomates depuis neuf ans et auquel il n’avait pas déclaré la guerre.
(5) Pour mes lecteurs sud-américains : Daniel Cordier (1920-2020) était un héros de la libération de la France en 1940-1945. Il était l’avant-dernier compagnon de la Libération, un ordre fondé et fermé par le général De Gaulle. Un hommage national vient de lui être rendu dans la cour d’honneur des Invalides.

jeudi 27 août 2020

La radio souffle ses cent bougies et c’est en Argentine que ça se passe ! [à l'affiche]


Le 27 août 1920, en Argentine, quatre hommes, dont un certain docteur Enrique Telémaco Susini (1), médecin oto-rhino-laryngologiste, ingénieur, pionnier du cinéma et polyglotte, tous quatre passés dans la légende dans leur pays (2), se sont postés sur le toit-terrasse du Teatro Coliseo. Ainsi perchés au-dessus de la ville de Buenos Aires, ils réalisèrent ce soir-là la première émission de radiophonie : un direct depuis la salle en-dessous, où l’on jouait Parsifal, l’opéra de Richard Wagner. Par la suite, on les a surnommés los locos de la azotea (les fous de la terrasse).

Sur un toit voisin, un émetteur avait été installé auquel ils confièrent le signal en provenance de la salle.

Ce soir-là, naissait, à travers une annonce d’une vingtaine de mots prononcés au micro par Enrique Susini lui-même, la Sociedad Radio Argentina, ancêtre de l’actuelle Radio Nacional. Et Susini travailla par la suite à bricoler lui-même des postes récepteurs avec de la ferraille que ses frères lui récupéraient en parcourant les quincailleries de la ville.

Une des pages culturelles de Página/12

Deux ans plus tard, le gouvernement de Londres fondait la BBC, première radio à émettre en Europe, laquelle était rapidement imitée sur tout le Vieux Continent ainsi qu’aux États-Unis. Plus tard encore, Susini fut parmi ceux qui encouragèrent en Argentine la mise en place et le développement de la télévision, avec cette fois-ci un peu de retard sur les États-Unis et l’Europe atlantique.

Aujourd’hui, l’Argentine fête donc, et avec quelle fierté en ce moment tragique de son histoire (3) !, le Día de la Radio avec toute la solennité qui convient à un tel centenaire. Ce soir, depuis la terrasse du bâtiment historique, Radio Nacional réalisera une émission spéciale.

Miguel Rep, ce matin, dans Página/12
Le bandeau à gauche : Les fous de la terrasse voient le futur.
L'homme sur la terrasse : Regardez, Susini ! Nous allons changer les étoiles
[comprenez aussi "les stars"]
Quant au ciel, il est constellé de grands noms de ce siècle de radio argentine.
Traduction © Denise Anne Clavilier
Le Victor Hugo dont il est question n'est pas celui qui dort au Panthéon.
Il s'agit du journaliste Victor Hugo Morales.

Les quotidiens consacrent à cette date symbolique des cahiers entiers et ils ont placé l’information en bonne position sur leur une du jour.

Pour aller plus loin :
Seule La Prensa n'a rien publié encore à cette heure sur son site Internet
Pour l’occasion, Radio Nacional a créé un très beau site Internet dédié à ce centenaire. A voir absolument !



(1) Fils de médecin, Susini était allé étudier à Vienne. C’était le premier médecin de cette spécialité qui ait la nationalité argentine. Dans l’entre-deux-guerres, il a soigné le grand chanteur lyrique italien Enrico Carruso ainsi que Carlos Gardel, entre autres prestigieux points de son impressionnant curriculum vitae. Susini est mort en 1972.
(2) Bizarrement, ce n’est pas vraiment la même chose ailleurs ! Curieux, non, cet esprit néocolonial, qui ne supportait pas et ne supporte toujours pas qu’il puisse y avoir des avancées techniques considérables en dehors de l’Europe et des États-Unis ? En français, sur Internet, vous trouverez plus facilement la date de 1922 que celle du 27 août 1920 !
(3) L’épidémie ne faiblit pas. Le phénomène est assez difficile à comprendre. Un bébé, infecté par le covid, vient encore de perdre la vie et pour la première fois, le nombre de cas diagnostiqués dans le pays dépasse la barre symbolique des 10.000 personnes.