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dimanche 2 juillet 2017

Doña Petrona a son musée à San Cristobal [à l'affiche]


Depuis jeudi dernier, la célèbre auteur de livres de cuisine et de pâtisserie, qui fit en Argentine les beaux jours de la radio, dans les années 1940, et de la télévision (encore en noir et blanc), dispose de son propre musée, dans le quartier de San Cristobal, dans le sud de la ville de Buenos Aires.

Doña Petrona C. de Gandulfo connaît depuis quelques années un véritable retour en grâce : réédition de ses livres, analyse de son œuvre et même récemment une comédie écrite et mise en scène par Alfredo Arias en personne !

Le petit musée, situé dans l'avenue de Jujuy, exhibe des éditions originales de ses recueils de recettes infaisables aujourd'hui (beaucoup trop peu diététiques), des ustensiles de cuisine, des gazinières historiques, des appareils ménagers depuis la cocotte-minutes jusqu'au robot culinaire en passant par le presse-purée, des photos de la dame en tournage, prenant la pose, cuisinant... Tout ce qui est exposé a véritablement appartenu à Doña Petrona, ils font partie de la collection hérités par ses petits-enfants. Mais attention : le musée est la réalisation d'une marque d'équipements de cuisine qui y a laissé son nom un peu partout (Goody).

Après cette visite, n'hésitez pas à passer dans une librairie de livres d'occasion (libros usados) : il serait bien surprenant que vous n'y trouviez pas au moins l'une des bibles culinaires de Doña Petrona pour quelques pesos.

Pour aller plus loin :
consulter la page Facebook consacrée à ce tout nouveau musée privé portègne.

samedi 18 juin 2016

Un nouveau livre sur Doña Petrona, la madone des fourneaux [Disques & Livres]


C'est l'œuvre d'une historienne et anthropologue de l'Université du Michigan, Rebekah Pite, que vient de publier, dans une version argentine, la maison Edhasa, La mesa está servida (la table est mise), qui, à travers la biographie de Doña Petrona C. de Gandulfo et l'analyse de ses recettes de cuisine devenues un classique des ménagères depuis leur première édition en 1934, rend compte des mœurs domestiques dans la société argentine du XXème siècle.

A plusieurs reprises dans Barrio de Tango, j'ai eu déjà l'occasion de vous parler de cet auteur incontournable, digne témoin des mœurs culinaires argentines, une cuisinière qui fut la première à investir en Argentine d'abord la radio puis la télévision, avec des recettes que tous les nutritionnistes d'aujourd'hui dénonceraient à cor et à cris : trop de graisse, trop de sucre et des portions devant lesquelles seul Obélix pourrait ne pas reculer.

Página/12 en a fait la couverture de l'un de ses suppléments

Ces derniers temps, le metteur en scène franco-argentin Alfredo Arias a tiré des souvenirs qu'il en a conservés une comédie pâtissière, qu'il a créée à Buenos Aires (voir mon article du 10 avril 2015) et qu'il a pu faire jouer quelques temps dans un théâtre parisien malgré le caractère incompréhensible pour le public d'ici des allusions à ce classique du show business argentin jamais sorti de ses frontières linguistiques. Une autre chercheuse, argentine celle-ci, s'était aussi récemment penchée sur le personnage dans une étude que je vous avais présentée le 9 février 2015.

Décidément, la grande prêtresse des fourneaux inspire du beau monde bien des années après sa mort ! On trouve d'ailleurs régulièrement dans les librairies argentines les rééditions de ses ouvrages tous aussi indémodables les uns que les autres.

Pour aller plus loin :
lire la présentation de l'ouvrage sur le site Internet de l'éditeur

vendredi 10 avril 2015

Deux idoles argentines au San Martín à la sauce Alfredo Arias [à l'affiche]


Alfredo Arias se replonge dans ses années d'enfance lorsqu'il avait neuf ou dix ans et que régnaient deux grandes dames de l'époque péroniste, l'une sur le petit écran (dans une cuisine improbable quoique apparemment tout à fait réaliste) et l'autre sur le grand écran. La première s'appelle Doña Petrona (et accessoirement Doña Petrona C. de Gandulfo), l'autre s'appelle Fanny Navarro et fut l'une des grandes vedettes du cinéma argentin de la haute époque péroniste.

Les deux spectacles sont donnés à partir de cette semaine au Centro Cultural San Martín, Sarmiento 1551.

Prix : 90 $ ARG. Cela vaut vraiment le coup.

Le premier spectacle, Comedia Repostera (comédie du dessert) de et par Alfredo Arias, est une fantaisie sur l'univers gastronomique assez peu réaliste de la diva des fourneaux qui inventa l'émission de cuisine à la radio et à la télévision en Argentine et qui lança la mode des livres de recettes dans le pays (je vous ai déjà parlé d'elle en février dernier à propos d'un essai qui vient de paraître sur la sociologie de cette émission et de ses conséquences dans l'imaginaire télévisuel argentin). Il met en scène l'auteur et sa comédienne fétiche, Alejandra Radano. Le spectacle utilise le livre de Doña Petrona et fait lire par Alejandra Radano ses recettes les plus délirantes et les moins réalisables. Comedia Repostera commence ce soir, vendredi 10 avril à 20h30, et se donnera par la suite les mardis, vendredis et dimanches, à la même heure.

L'autre spectacle a été écrit par Gonzalo Demaría et mis en scène par l'artiste argentino-français. Il évoque la figure dramatique de Fanny Navarro, une actrice née en 1920 et décédée en 1971, amie personnelle de Evita (elles avaient le même âge à quelques mois près) et maîtresse supposée du frère de celle-ci, Juan Duarte, qui mourut assassiné. Reprenant le titre d'un des films les plus célèbres de la carrière de Navarro, Deshonrada (déshonorée), et suivant le fil de l'intrigue de celui-ci, la pièce raconte l'arrestation imaginaire de l'actrice après l'assassinat de son prestigieux et sulfureux amant, qu'elle est soupçonnée d'avoir tué. Fanny Navarro est restée dans la mémoire populaire comme une icône de l'époque péroniste et elle a payé le prix de son engagement politique et personnel en subissant l'exclusion du monde du cinéma et du spectacle après le renversement du général, comme Nelly Omar ou Hugo del Carril. Mais dès la fin de 1952, elle se trouva en fort mauvaise posture : Perón ne l'aimait pas et tant Eva que son frère étaient décédés. Elle se retrouva dès lors sans protection dans une Argentine qui n'était guère tendre...
Deshonrada réunit sur la scène du San Martín Alejandra Radano et Marcos Montes.
La première a eu lieu mercredi et la pièce se donnera les mercredis, jeudi et samedis à 20h30.


Ce n'est pas la première fois que Alfredo Arias s'intéresse à ces deux thèmes liés au monde de son enfance et fort peu exploitables dans la partie francophone et européenne de sa carrière. En remontant sur plusieurs années, on trouve des articles de presse variés sur les différents avatars de ces deux sujets dans l'œuvre ariasienne.

Pour aller plus loin :
lire la présentation par Alfredo Arias sur le site du Centre culturel
lire l'interview de Alfredo Arias dans La Nación du 4 avril
lire l'article de El País (Montevideo) du 30 mars
lire l'article de Página/12 sur une manifestation précédente (édition du 10 juin 2010).

Sur Fanny Navarro :
lire la fiche de l'actrice sur le site Cine Nacional (avec filmographie complète) et sa biographie sur celui de l'Association des acteurs argentins
lire l'article de Página/12 du 9 décembre 2012 sur une autre pièce portant sur cette même figure mythique
lire l'article de La Nación du 15 juillet 2012
lire l'article de La Nación du 13 juin 2004.

lundi 9 février 2015

La cuisine à remonter le temps [Actu]


C'est un article très bien tourné, admirablement divertissant qu'a signé hier Soledad Vallejos sur la mode internationale qui multiplie sur le petit écran les émissions de cuisine alors même qu'en ville, de moins en moins de gens trouvent le temps de cuisiner et qu'ils se tournent vers des plats tout faits et en Argentine, ces plats tout faits, ce n'est pas du surgelé comme en Europe, c'est du plat à emporter ou livrés à domicile par ce qu'on appelle là-bas les boutiques de delivery (si vous allez à Buenos Aires, vous ne pourrez pas les manquer, il y en a partout et dans tous les quartiers : pâtes, pizzas, empanadas, salades et guisos à la demande).

La journaliste de Página/12 a interviewé Mandi Ciriza, la directrice de la branche latino-américaine d'une chaîne spécialisée, Elgourmet, sur la signification du phénomène médiatique qui fait de certains chefs des vedettes à l'égal de quelques rockers et autres stars cinématographiques...



Le journal a complété cette analyse conjoncturelle avec l'interview d'une sociologue de la Universidad de Buenos Aires (UBA) qui s'est penchée sur la pionnière du genre en Argentine, Doña Petrona C. de Gandulfo, plus connue dans tout le pays comme Doña Petrona, dont les livres se vendent encore par milliers dans les librairies argentines.

Cette femme emblématique, qui fit à la télévision les premières émissions de cuisine dans les années 60, avait commencé son travail de vulgarisation culinaire trente ans plus tôt lorsqu'elle travaillait pour une entreprise gazière qui lui avait confié la tâche de faire des démonstrations sur toutes les commodités des gazinières et autres fours dont elle souhaitait voir les foyers argentins s'équiper rapidement (et c'est encore le cas dans la plupart des logis à Buenos Aires, où les plaques vitro-céramiques et à induction restent une exception, comme le four à thermostat et la bouilloire électriques l'un comme l'autre).

L'interview de Andrea Matallana sur Doña Petrona souligne les changements intervenus dans les goûts, la diététique et la condition féminine en Argentine tout au long du XXème siècle.

Andrea Matallana vient de publier aux Editions Capital Intelectual un livre sur cette aventure, qui fut aussi une belle réussite économique : Delicias y Sabores, Desde Doña Petrona hasta nuestros días (150 $ ARG).



Pour en savoir plus :
lire l'article de Página/12 sur les émissions culinaires
lire l'article de Página/12 sur la démarche de Andrea Matallana
lire la présentation du livre sur le site Web de la maison d'édition, où vous pouvez lire sur écran quelques extraits de l'ouvrage ainsi qu'une présentation de l'auteur.

Et si vous voulez vous amuser à découvrir la plus célèbre émission argentine sur le sujet, vous pouvez visiter le site Internet de Cocineros Argentinos, sur la RV Pública (les recettes sont en général réalisables, moyennant parfois quelques substitutions car nous n'avons pas en Europe tous les ingrédients de base, notamment les légumineuses, les maïs, certains fruits et légumes et les préparations charcutières et bouchères).