Affichage des articles dont le libellé est Juan Manuel de Rosas. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Juan Manuel de Rosas. Afficher tous les articles

vendredi 23 mai 2025

La catastrophe continue : plusieurs instituts nationaux sont dissous, dont le Sanmartiniano et le Belgraniano [Actu]


Trois jours avant la fête nationale, ce dimanche, qui célèbre la Révolution de Mai (1810), laquelle a mis fin à l’Ancien régime colonial pour lui substituer une première forme d’autonomie grâce à l’instauration d’un gouvernement collégial élu parmi les principaux patriciens de la ville de Buenos Aires, Javier Mileí a fermé plusieurs instituts culturels nationaux, dissolvant les uns, comme l’Instituto Nacional Belgraniano, consacré à l’étude de la vie et de l’œuvre politique de Manuel Belgrano, l’un des principaux acteurs du 25 Mai 1810, n transformant d’autres, comme l’Instituto Nacional Sanmartiniano, consacré à José de San Martín qu’on surnomme en Argentine le Padre de la Patria (rien que ça !), qui va devenir un musée (n’importe quoi !) et fusionnant les troisièmes comme l’Instituto Nacional del Teatro qui va être vidé de toute raison d’être (il avait pour vocation d’organiser les professions du théâtre, de les représenter dans le dialogue avec les pouvoirs publics, de soutenir les activités théâtrales et notamment les festivals).

D’autres instituts historiques disparaissent aussi. Comme par hasard, ceux consacrés à des personnages historiques qui déplaisent fortement à cette droite dictatoriale qui s’est installée à la Casa Rosada depuis l’élection de Mileí : ceux consacrés à Juan Domingo Perón, à Guillermo Brown (un amiral de la période indépendantiste) et à Juan Manuel de Rosas, un gouverneur fédéraliste de la Province de Buenos Aires à l’époque romantique, pendant la Guerre civile qui opposait les libéraux, partisans d’un État unitaire, aux fédéraux qui s’appuyaient plus sur le peuple que sur le développement du commerce international (Rosas a tenté, sans y parvenir, de créer une culture et une société qu’on appellerait aujourd’hui multiraciales en donnant une place aux descendants d’esclaves d’origine africaine et aux Amérindiens de la région que les gravures historiques nous montrent fréquemment dans le paysage urbain de Buenos Aires). Ces personnes ont existé, elles ont marqué l’histoire de l’Argentine, que cela plaise ou non au parti au pouvoir ! Même l’institut consacré au pionnier de l’aviation Jorge Newberry n’échappe pas à l’hécatombe !!!

Le musée Eva Perón échappe, pour le moment, au massacre parce qu’il constitue une attraction touristique importante… à cause de Don’t cry to me, Argentina, qui n’a strictement rien à voir avec elle mais bon, passons ! Tant mieux si ce très intéressant musée survit. En revanche, l’institut d’études historiques Eva Perón disparaît corps et biens.

Les instituts historiques ainsi dissous sont censés voir leurs activités regroupées dans un nouvel Instituto Histórico Nacional qui a surtout, semble-t-il, pour objectif de permettre de supprimer quelques postes de travail.

De toute manière, d’un point de vue scientifique, c’est une nouvelle décision d’une crétinerie sans fond : la recherche sur l’histoire argentine n’est pas encore assez mûre pour mélanger ainsi tous les sujets. Pour l’heure, ce dont le pays a besoin, c’est de se raconter son roman national, sans lequel aucune nation ne peut exister. Toute communauté, nationale ou même plus petite, a besoin de ses mythes fondateurs et il faut bien produire le récit qui fera un jour consensus, or ce consensus sera porté par des figures humaines, des héros à aimer et à admirer. Historiquement, en Europe, ce processus a duré environ 4 siècles, soit 16 générations, dans chacun de nos nombreux États-nations. Les États-Unis ont été les seuls à résoudre ce problème grâce à la littérature et au cinéma. Eux seuls en ont eu les moyens financiers et techniques. Et l’université a fait tranquillement son travail de recherche, de son côté et sans bruit. Cela a eu un prix : les travaux des historiens n’ont pas atteint le grand public et on s’en rend bien compte quand on entend Trump énoncer les âneries qu’il accumule en la matière. Ce qu’il connaît de l’histoire de son pays, c’est ce que racontent quelques films quand ils passent à la télé !

En Argentine, le grand mérite des Instituts, depuis la fondation du Sanmartiniano dans les années 1930, aura été de commencer à opérer la transition entre mémoire et histoire (au sens scientifique du terme). Or cette transition est loin d’être achevée et la séparation des instituts, leur autonomie, chacun avec son personnage tutélaire, donnait déjà un travail de fou aux historiens qui en faisaient partie, dont certains étaient membres de plusieurs d’entre eux.


Il n’est pas habituel dans ce blog que je me mette aussi franchement en avant mais il se trouve que, sous deux statuts différents et depuis plusieurs années, je suis la correspondante en France de l’Instituto Nacional Sanmartiniano et de l’Instituto Nacional Belgraniano. Et je le resterai en dépit de cette nouvelle forfaiture de Mileí et de ses sbires !

Cette double fermeture me concerne donc personnellement et je m’associe aux amis que j’ai dans ces deux sociétés pour vous inviter à signer la pétition qu’ils ont lancée hier dès la nouvelle connue :

NO AL CIERRE DEL SANMARTINIANO
Y DEL BELGRANNIANO

Voici le lien pour accéder à cette pétition.

Le site Change.org vous demandera en français (si vous vous connectez depuis la France) vos nom et prénoms, votre ville, votre pays et votre adresse mail où un message de confirmation vous sera envoyé pour valider votre signature.

Pour les quelques salariés, dont certains sont devenus mes amis et qui viennent de perdre leur travail, historiens, archivistes et agents administratifs, pour tout le travail accompli ces dernières années, notamment la tâche disproportionnée de transcrire l’ensemble des archives connues de l’un et l’autre personnages, pour les dizaines d’historiens qui animent bénévolement ces structures et y apportent leur travail, pour le matériel rassemblé dont on ignore ce qu’il va devenir, je vous remercie pour la signature de notre pétition.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :
lire l’article d’aujourd’hui de Página/12
lire l’article d’hier de Clarín
lire l’article d’hier de La Nación
Página/12 a consacré aussi aujourd’hui un article à la défense du bien-fondé du musée de la Mémoire de la ex-ESMA que le gouvernement menace aussi de détruire : l’objectif du président est de faire disparaître tout ce qui a trait à la mémoire douloureuse de la dernière dictature militaire entre 1976 et 1983 et des crimes contre l’humanité dont elle est rendue coupable et en général de détruire l’histoire, de faire des Argentins un peuple amnésique et donc plus facile à dominer sous la forme d’une nouvelle dictature, celle d’une certaine oligarchie comme en rêve Trump.
Quant à Clarín, il publie aujourd’hui un billet d’opinion concernant la liberté de la presse et les héros de la Révolution de Mai 1910 (ce sont ceux qui l’ont été établie en Argentine pour la première fois).

mardi 27 juin 2023

Un nouveau musée dans le centre historique de Buenos Aires [à l’affiche]

L'une des vitrines du musée


Il y a cinq ans, un chantier mettait à jour les vestiges d’un patio que les archéologues ont tôt fait d’attribuer à une maison particulière ayant appartenu au gouverneur de la Province de Buenos Aires des années 1835-1852, Juan Manuel de Rosas, haute figure du camp fédéraliste pendant la guerre civile qui suivit l’indépendance argentine.

Despote richissime, il disposait de cette belle maison de maître en centre-ville, à quelques centaines de mètres de la cathédrale, de la place de la Victoire (future Plaza de Mayo) et du Fort de Buenos Aires qui a depuis fait place à la Casa Rosada et d’un vaste manoir au sein d’une gigantesque propriété transformée dans la seconde moitié du 19e siècle en un quartier d’habitations et d’espaces verts, Palermo.

Au sein de cette maison de ville, située en plein Monserrat, rue Moreno 550, où une famille riche a effectivement vécu, on a trouvé des trésors d’informations sur le mode de vie des Portègnes de cette époque, à commencer par une gigantesque citerne destinée à recueillir les eaux de pluie qu’il a été très difficile de préserver de l’avidité de l’exploitant du chantier qui a bien failli la faire disparaître pour ne pas prendre de retard. Cette citerne a donné son nom au musée qui va bientôt ouvrir ses portes dans un bâtiment tout neuf de 14 étages qui accueilleront tous les objets que les archéologues ont sauvés : vaisselle de luxe, bouteilles, cruches, ustensiles de cuisine, ossements, reliefs de repas, objets domestiques, jetons et monnaies, etc.

Le museo de la Cisterna sera ouvert tous les après-midis du mercredi au dimanche et fermés les lundis, mardis et jours fériés.

Entrée et visite guidée de 40 mn gratuites.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lundi 1 mars 2021

Un chantier archéologique de Monserrat s’ouvre à la visite [à l’affiche]

Vue du futur musée
Le portrait de dame est celui de l'épouse de Rosas, Encarnación Ezcurra
On aperçoit à droite un grand portrait de Rosas lui-même
Photo publiée par Clarín et offerte par Mederico Faivre


Dans le rue Mariano Moreno, au numéro 550, on a retrouvé les vestiges d’une grande maison où vécut Juan Manuel de Rosas (1793-1877), le gouverneur qui a tenu la province de Buenos Aires d’une main de fer entre 1835 et 1852. Figure mythique de la gauche, pour son intérêt (feint ou réel) pour les classes populaires et notamment pour les afro-argentins dont il connaissait et appréciait la culture. Figure haïe de la droite parce qu’il était fédéraliste (alors que les possédants étaient majoritairement de l’autre côté, unitaires et jacobins) et parce qu’il refusait d’européaniser sa province et ses institutions naissantes.

Lui-même était un très puissant propriétaire foncier et se présentait comme le tyran de Buenos Aires.

Parmi les vestiges, on a retrouvé de la vaisselle qui porte son slogan de guerre (civile) : « La fédération ou la mort ! ». On a aussi découvert une énorme citerne recueillant les eaux de pluie, un système hydraulique dont on connaissait l’existence mais dont on a très peu d’exemples. La plupart des citernes ont été détruites lorsque la ville s’est reconstruite peu à peu en faisant disparaître la quasi-totalité de son architecture coloniale en ce qui concerne l’habitat particulier. Les seuls bâtiments coloniaux qui nous restent sont trois maisons (celle du vice-roi Liniers et les deux constructions qui composent le complexe privé du Museo del Zanjón dans la rue Defensa) ainsi que des bâtiments religieux (églises et couvents).

Assiette retrouvée au cours des fouilles
Photo Luciano Thieberger

Le 11 mars, les visites guidées pourront commencer dans le respect de règles sanitaires sévères. On envisage la construction d’un musée autour des ruines mises au jour par le chantier de fouilles.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

mardi 2 janvier 2018

Página/12 se joint à la dénonciation du vandalisme affairiste d'un promoteur sans scrupule [Actu]


Le 29 décembre 2017, je vous racontais comment un promoteur un peu trop pressé avait profité des fêtes de Noël pour détruire un site archéologique identifié par la Direction du Patrimoine de la Ville Autonome de Buenos Aires et je m'étonnais que Página/12, toujours si prompt à dénoncer les pratiques éhontées des entreprises prêtes à tout sacrifier aux bénéfices, reste muet sur la question, laissant son adversaire, le quotidien Clarín, seul sur le sujet.

Le lendemain, le quotidien de gauche a publié un article sur un supplément, M², sur lequel l'acte de vandalisme fait la une. Il faut dire que le silence du journal était d'autant plus étonnant que Juan Manuel de Rosas, auquel la découverte archéologique pouvait être reliée, est l'un des personnages historiques les plus populaires. Aussi populaire pour le soutien apporté aux Afro-argentins et aux peuples aborigènes (en tout cas certains) que contesté pour sa violence inouïe à l'égard de ses adversaires politiques, avec son slogan officiel : Mueren los salvajes unitarios (mort aux sauvages unitaires).

Dans la même édition de M², Página/12 se réjouit de la restauration d'un joyau du patrimoine architectural de Buenos Aires, l'Hôpital Rivadavia, admirablement ravalé et illuminé pour ces fêtes de fin d'année, et dénonce, dans un entrefilet, le manque de respect d'un cycliste pour les très belles grilles historiques du Palacio de las Aguas, photo à l'appui. L'Hôpital Rivadavia est l'établissement sanitaire le plus ancien de l'histoire de Buenos Aires, pour ce qui est des institutions qui ont conservé leur vocation initiale. L'Hôpital Rivadavia a été construit en 1880. Il a précédé de peu l'actuel Borda, qu'on appelait autrefois Vieytes (dans le tango Balada para un loco, par exemple) (1), un hospice de fous réservés aux hommes et qui accueillit de nombreux malades atteints de syphilis, aujourd'hui l'un des meilleurs hôpitaux psychiatriques du pays.

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 sur le site archéologique vandalisé à Monserrat
lire l'article de Página/12 sur la restauration de l'Hôpital Rivadavia
lire l'entrefilet de Página/12 sur les grilles du Palacio de las Aguas



(1) Balada para un loco, grand classique du duo Piazzolla-Ferrer, est inclus dans mon livre, Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, toujours disponible chez son éditeur et en commande dans toutes les bonnes librairies (Editions du Jasmin, France)

vendredi 29 décembre 2017

Un scandale à Monserrat : le vandalisme d'un promoteur [Actu]

Les restes d'une citerne, photographiée la semaine dernière, sur le chantier
Photo publiée par Clarín

Dans la rue Moreno, en plein centre historique de Buenos Aires, dans le quartier de Monserrat, on avait découvert la semaine dernière les vestiges de ce que qui a dû être la maison familiale des Ezcurra, une famille patricienne très importante dans toute la première moitié du XIXème siècle. Le dictateur Juan Manuel de Rosas (1793-1877), qui fut gouverneur fédéral de la Province de Buenos Aires de 1835 à 1852, avait épousé une fille Ezcurra, doña Encarnación qui jouit dans la ville d'une popularité considérable en son temps. Et la sœur de celle-ci fut la maîtresse de Manuel Belgrano (1770-1820), l'un des deux pères de la Patrie (avec San Martín). Ensemble ils eurent un fils, qui fut adopté par Encarnación Ezcurra et Juan Manuel de Rosas, pour protéger l'identité de la mère, qui était mariée mais avait été abandonnée par son époux, espagnol, au début de la Révolution de Mai (elle était donc censée lui rester fidèle, elle ne pouvait pas avoir un enfant).

Le poète tanguero Horacio Ferrer Ezcurra (1933-2014) était très fier de descendre de cette prestigieuse famille, passablement excentrique.

Clarín a mis l'information à la une
Gros titre en bas à gauche

Comme beaucoup de découvertes archéologiques, celle-ci est due au hasard. Celui de travaux publics à la hauteur du numéro 550 de la rue Moreno. Ce sont des voisins qui ont averti le service du patrimoine de la Ville de Buenos Aires pour qu'ils viennent faire une évaluation scientifique du site. Dès qu'ils ont été avertis, les archéologues sont passés et ils ont posé leur diagnostic : le site était très important car nous n'avons pratiquement aucune trace de Rosas. Après sa défaite le 3 février 1852, ses successeurs ont soigneusement détruit tout son patrimoine architectural, dans l'espoir de le rayer de la mémoire des hommes (c'est totalement raté, par ailleurs). La maison dont les vestiges ont été identifiés correspondrait aussi au siège du gouvernorat provincial, qui est très peu documenté par ailleurs.

Des archéologues découvrant un mur en brique sur le chantier
Photo publiée par Clarín

En Argentine, il n'y a pas de loi qui oblige les promoteurs à faire des fouilles préventives. Ces pratiques sont laissées au bon sens des citoyens que sont les chefs d'entreprise. Le maître d'ouvrage a profité des faits pour faire démolir les vestiges après la première visite des archéologues de la Ville. C'est ce que ceux-ci ont découvert en revenant sur le site juste après Noël. Il n'y a plus rien !

Le direction du Patrimoine de la Ville de Buenos Aires envisage de poursuivre en justice ce promoteur vandale. Seul Clarín relève le fait. On se serait attendu à ce que Página/12 dénonce en termes plus que vifs le saccage dû à l'indécente et cynique cupidité de cette société.

De cette époque pré-révolutionnaire et révolutionnaire, il ne nous reste qu'une seule maison particulière dans tout Buenos Aires, celle de l'avant-dernier vice-roi, Santiago (Jacques) de Liniers (Niort, 1753 – Córdoba, 1810), une belle maison qui avait été celle de son beau-père, le très puissant négociant portègne Manuel Sarratea, père du premier ministre plénipotentiaire qui représenta les Provinces-Unies du Sud à Londres, à partir de 1824 (avec, pour secrétaire diplomatique, Mariano Balcarce, le futur gendre de San Martín).

Pouvoir examiner ce qu'il restait de la maison d'une autre famille de ce patriciat colonial devenu indépendantiste nous aurait apporté beaucoup d'informations. Il faut espérer que l'Université de Buenos Aires, au nom de la faculté d'archéologie, le CONICET, l'organisme national de recherche scientifique et technologique, ainsi que les ministères de la Recherche et de la Culture, au niveau national, vont eux aussi se porter partie civile.

Pour aller plus loin :

samedi 12 mars 2016

Reprise de El Farmer au Teatro San Martín [à l'affiche]

Photo publiée par le théâtre sur sa page Facebook

Depuis le milieu de la semaine, le Teatro San Martín, sur Avenida Corrientes, a repris la pièce tirée du roman de Andrés Rivera, sur la vie et l'œuvre politique de Juan Manuel de Rosas (1793-1877), figure majeure du mouvement fédéral, gouverneur despotique de la Province de Buenos Aires qui finit ses jours exilé à Southampton, comme misérable fermier d'un riche propriétaire britannique.

Sur scène, le Rosas au pouvoir, interprété par Rodrigo de la Serna, le jeune premier vedette en Argentine, dialogue avec le Rosas de l'exil anglais, joué par Pompeyo Audivert. La mise en scène est un travail en commun des deux comédiens.

Juan Manuel de Rosas est l'un des héros des revisionistas, ces historiens, ou plutôt ces historiographes, qui suivent une idéologie de gauche et nationaliste, essentiellement péronistes aujourd'hui, dont je vous parle assez souvent. C'est aussi un personnage capital dans l'histoire de Buenos Aires, où il reste un point de repère aimé malgré le caractère sanglant de son règne entre 1835 et 1852.

Le spectacle, qui dure 90 minutes, a connu un indéniable succès pendant la saison 2015.

Il est donné du mercredi au samedi, à 20h, et le dimanche à 19h.

Prix des places : 140 $ ARG
sauf le mercredi, jour populaire. La place est alors à 70 $. Le théâtre dépend du ministère de la Culture de la Ville Autonome de Buenos Aires.

Le spectacle est donné dans le Complexe Culturel San Martín, entrée par la rue Sarmiento (n° 1551).

Pour aller plus loin :
lire l'article de Barrio de Tango du 9 août 2015
lire la présentation du spectacle sur le site du théâtre
se connecter à la page Facebook du San Martín.

lundi 11 janvier 2016

Découverte des restes de "El Republicano" dans les eaux du Paraná [Actu]

La conférence de presse tenue à la mairie de San Pedro

Le 20 novembre 1845, les forces navales anglo-française d'une part et argentine d'autre part s'affrontent dans un coude du Paraná, à la hauteur de Vuelta de Obligado, un village situé aujourd'hui dans le département de San Pedro (Provincia de Buenos Aires) qui donnera son nom à cette bataille héroïque du côté argentin (moins brillante du côté des Européens).

Sans déclaration de guerre, elles avaient pénétré en armes dans le territoire argentin en remontant le cours de ce puissant fleuve qui longe les provinces de Buenos Aires, Santa Fe, Entre Ríos, Corrientes et Misiones (selon les dénominations actuelles). Techniquement, sur le strict plan militaire, ce fut une défaite argentine puisque l'expédition européenne réussit, malgré tout, à passer le barrage composé de vingt-quatre barges enchaînées les unes aux autres, et à accoster aussitôt après pour réparer leurs avaries. Cependant, cette défaite tactique se transforma très rapidement en victoire politique car la résistance opposée par les Argentins avaient causé des dégâts importants à la flotte ennemie, certains irréparables, et la difficulté de naviguer sur ce cours d'eau s'ajoutant au coût des réparations finit par transformer cette présomptueuse expédition marchande en un fiasco commercial, le coût de l'opération étant hors de proportion avec le chiffre d'affaires réalisé grâce au peu de marchandises qui avaient trouvé acquéreur.
A terme, cette débâcle économique contraignit la France et la Grande-Bretagne à négocier avec le responsable diplomatique de la Confédération argentine, qui n'était autre alors que Juan Manuel de Rosas (1793-1877), le Gouverneur fédéraliste de la Province de Buenos Aires (qui n'était pas encore séparée de la ville homonyme), et son ministre, le juriste Felipe Arana. Deux traités, en 1847 avec la Grande-Bretagne, puis en 1850 avec la Seconde République française, vinrent mettre fin à un conflit déclenché en 1838, quand les puissances étrangères exigèrent d'avoir la liberté inconditionnelle de naviguer sur les fleuves argentins, ce que n'acceptait aucun pays souverain au XIXème siècle. Les deux grandes puissances durent accepter de ne commercer qu'avec le port de Buenos Aires et ne pas avoir aucune activité commerciale directe dans les Provinces.

Le combat tel qu'il a été présenté à Paris,
par L'Illustration dans son édition du samedi 7 février 1846

Six navires de guerre britanniques et cinq français, avec 418 canons, escortaient une soixantaine de bâtiments de commerce en route vers le Paraguay et ce que les Argentins appellent aujourd'hui le Litoral (Santa Fe, Entre-Riós, Corrientes et Misiones) avec, pour compléter le convoi, des bateaux militaires de ravitaillement chargés de charbon pour alimenter les moteurs à vapeur qui complétaient le gréement à voile. Du coup argentin, quatre batteries de 30 canons disposées sur les berges, un brick et deux canonniers sur le fleuve, combinant à eux trois une soixantaine de bouches à feu (selon les sources argentines) ainsi que les vingt-quatre barges fluviales soutenant ensemble les 800 mètres de chaîne, dont certains maillons sont exposés au Museo Nacional del Bicentenario, situé à l'arrière de la Casa Rosada, à Buenos Aires. Le combat, désespéré et courageux, est resté dans la mémoire populaire comme une victoire. La bataille est même représentée sur le verso de l'actuel billet de 20 $, tandis que le recto est orné d'un portrait de Juan Manuel de Rosas tout en rouge, la couleur du fédéralisme portègne. Quant au 20 novembre, il est devenu une fête nationale, la fête de la Souveraineté, et il a même été élevé à la dignité de jour férié par Cristina Kirchner, en 2010, pour la première année du Bicentenaire.

Près de la rive gauche, côté Entre Ríos, le brick El Republicano avait pour mission de tirer sur les navires ennemis pour protéger les 24 barges qui soutenaient les 800 mètres de chaîne barrant toute la largeur de la rivière. El Republicano était commandé par un officier irlandais, qui avait adopté la nationalité argentine, le capitaine Tomás Craig (1780-1863), selon l'orthographe espagnole de son prénom (Thomas), qui est compté au nombre des morts par L'Illustration du 7 février 1846 et est présenté, par le périodique français, comme un Anglais à la solde de Rosas (quelle horreur !). Alors que la bataille faisait rage entre les trois embarcations militaires argentines, et la puissante escadre franco-britannique, le capitaine Graig, voyant s'épuiser ses réserves de munitions, préféra saborder son bâtiment avec la poudre qui lui restait plutôt que de le voir quelques minutes plus tard fait prisonnier par l'ennemi (1). El Republicano coula à pic dans le Paraná. L'équipage put gagner la rive à la nage, alors toute proche (2).

Le 23 octobre dernier, on a trouvé au fond du fleuve, au centre de son lit, une forme étrange dont on a put comprendre ensuite qu'il s'agissait de l'épave de ce valeureux brick. Comme pour symboliser l'honneur de l'Argentine qui tint tête aux deux plus grandes puissantes de l'époque, son mât continue à se dresser, tout droit, jaillissant comme autrefois de la coque, encore reconnaissable, malgré les 170 ans qui se sont écoulés depuis ce glorieux sabordage. L'épave se trouve sur le territoire du département de San Pedro, dans la bourgade de Vuelta de Obligado, qui a donné son nom à la bataille légendaire (tout au nord de la Province de Buenos Aires, à la limite avec Santa Fe).

Le plan de la bataille, publié sur la même page de L'Illustration
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

Ce sont des recherches fluviales effectuées par le musée de Paléontologie de San Pedro et l'association locale des Vétérans de la Guerre des Malouines (1982) qui ont permis cette découverte très significative pour la nation argentine. En novembre 2015, une équipe fluviale de la Marine nationale est venue prêter main-forte aux équipes locales et le 10 décembre, le jour de l'investiture du nouveau Président, les spécialistes ont acquis l'assurance de l'identité de cette épave.

L'information a donné lieu à une conférence de presse à la mairie de San Pedro (tout récemment gagnée par Cambiemos, l'alliance présidentielle, sur une équipe de l'ancienne majorité, le Frente para la Victoria) mais, eu égard au fait divers qui occupe toute la presse depuis environ deux semaines (3), cette nouvelle n'a pas fait recette. Au point que même la salle de presse du Gouvernement n'a publié aucune photo significative de la découverte, sur un fait d'armes qui n'a certes pas les faveurs du courant libéral (4).

Pour en savoir plus :
lire le communiqué de presse du ministère de la Défense
lire l'article de La Voz (le quotidien de Córdoba)
Je ne vous donne pas l'article de El Litoral (Province de Santa Fe) parce que le quotidien local, le plus intéressé par l'événement pourtant, s'est contenté de reprendre la dépêche de Télam (il est vrai que c'est sur son territoire qu'on cherchait les trois évadés de General Alvear).
Vous pouvez consulter la page touristique consacrée à la bataille sur le site Internet de la ville de San Pedro.
Vous pouvez enfin regarder le documentaire consacré à l'événement historique produit par Canal Encuentro dans la collection Batallas et le dessin animé de la collection Asombrosas excursiones de Zamba, un petit écolier argentin qui découvre tout et emmène avec lui le public (des petits et des grands) sur la chaîne éducative publique Paka Paka.



(1) Dans son article, L'Illustration du samedi 7 février 1846 nous informe que le coulage du Republicano est dû à un tir du Dolphin, un bâtiment britannique. Mais comme le premier hebdomadaire illustré français affirme aussi que son capitaine a trouvé la mort dans l'action, on peut douter sérieusement de l'exactitude de ses informations.
(2) Depuis 170 ans, le fleuve, très instable, s'est considérablement déplacé, comme c'est très fréquent pour les cours d'eau qui forment le grand bassin du Río de la Plata.
(3) Trois prisonniers condamnés pour des faits criminels graves se sont évadés d'une prison de la Province de Buenos Aires, sur le territoire de General Alvear. L'un des trois a été repris pendant le week-end mais les deux autres sont toujours en cavale.
(4) Rosas est un héros de la gauche nationaliste argentine, et notamment du péronisme qui a repris une bonne part de son héritage. La droite libérale le déteste depuis le début (1835).

dimanche 9 août 2015

Rosas sur la scène du San Martín [à l'affiche]

Une des photos du spectacle (Carlos Furman, pour le Teatro San Martín)

C'est la deuxième adaptation à la scène d'un roman historique de Andrés Rivera, El Farmer, qui se joue depuis dix jours au Teatro San Martín à Buenos Aires, le travail commun des deux acteurs, Pompeyo Audivert et Rodrigo de La Serna, que mes lecteurs connaissent déjà pour son interprétation de José de San Martín, dans le film du Bicentenaire (Revolución, El cruce de los Andes, de Canal Encuentro).

Le roman est la réflexion imaginaire, tout intérieure, que fait Rosas mourant, en 1877, au fin fond de la campagne du sud de l'Angleterre où il est devenu un simple fermier d'un gros propriétaire anglais, après son éviction du pouvoir le 3 février 1852, à l'issue de sa défaite à Morón et à la victoire de José de Urquiza, le gouverneur de Entre Ríos. Juan Manuel de Rosas (1793-1877) fut un grand héros du fédéralisme dans la guerre civile qui succéda à la guerre d'indépendance dès 1820. Il représente un courant très particulier, celui de Buenos Aires, qui est un courant tout à la fois fédéraliste et impérialiste à l'intérieur de l'Argentine alors que tout le reste du fédéralisme est fortement autonomiste et irrédentiste, contre l'impérialisme unitariste et rosiste de l'ancienne capitale coloniale et révolutionnaire.

Rosas peint par le Français Raymond Monvoisin en 1842
Musée national des Beaux Arts de Buenos Aires (MNBA)
On y voit un Rosas dans une posture d'empereur romain
(lui-même se présentait expressément comme un tyran,
en référence au régime d'exception en vigueur sous la République romaine en temps de crise civile)
et revêtu d'un poncho typique de la Pampa, ocre et vert d'eau.

Le spectacle propose une mise en scène, de Andrés Mangone, qui montre les deux Rosas : le vieil homme indigent qui se remémore son passé glorieux et son parcours accidenté et sanguinaire et le jeune et fringant Gouverneur de la Province de Buenos Aires, qui tint tête aux autres Provinces et aux deux grandes puissances coalisées, la Grande-Bretagne et la France, qui lui firent la guerre pour obtenir (en vain) la liberté (néocoloniale) de naviguer et de commercer sur les fleuves Paraná et Uruguay. Rodrigo de La Serna est ce Rosas de la maturité et de l'épopée politique. Pompeyo Audivert interprète, quant à lui, l'homme brisé qui attend la mort dans son exil d'Albion.

Une des pages culturelles de Página/12 ce matin

Rosas est un des personnages les plus controversés de l'histoire argentine, porté aux nues par une grande partie du péronisme et du radicalisme (1) et haï par la droite libérale, conservatrice et modérée. Il a couvert de sang les rues de Buenos Aires et les herbages de La Pampa tout en défendant avec la dernière énergie la dignité de tout le pays à la face de l'Europe (ce qui était encore plus compliqué en 1835-1852 qu'aujourd'hui). Il fut un champion de ce qu'on appelle en Argentine le criollismo : il a beaucoup valorisé la culture argentine populaire, avec ses composantes afro-américaine et amérindienne (2), ce qui, à l'époque, a été considérée comme un programme culturel régressif, seule la culture européenne représentant alors la civilisation, qui ne pouvait être conçue autrement que monolithique et blanche... Il se trouve qu'en 1850, Rosas a reçu en héritage, non pas à titre personnel comme il a voulu le croire, mais à titre institutionnel, le sabre de San Martín, mort à Boulogne-sur-Mer le 17 août de cette année-là... Qu'il ressuscite sur la scène de ce théâtre-là à Buenos Aires n'est pas sans écho dans la perception qu'ont les Argentins de ce personnage haut en couleurs !

Le spectacle se donne du mercredi au dimanche (sauf aujourd'hui) (3), à 20h.
Prix des places : 140 $ ARG, sauf le mercredi, jour à tarif réduit (70 $ ARG).

Pour en savoir plus :
lire l'interview, développée, dans Página/12 aujourd'hui
consulter la fiche du spectacle sur le site Internet du théâtre
se connecter à la page Facebook du théâtre
consulter la fiche du portrait de Rosas par Monvoisin sur le site Internet du Museo Nacional de Bellas Artes (à Recoleta).


(1) L'un des fondateurs de l'UCR, le parti radical argentin, Hipólito Yrigoyen, était le petit-fils d'un partisan de Rosas, victime de l'épuration en 1854. Mais beaucoup de courants contestataires, hostile à l'Argentine de l'oligarchie, se réclament eux aussi de Rosas. Un anarchiste de la trempe de Juan Carlos Cáceres le portait aux nues comme vous pourrez vous en rendre compte en lisant Tango Negro, dans sa version en français publiée aux Editions du Jasmin en avril 2013.
(2) Pas tous les peuples originaires. Essentiellement ceux qu'il pouvait acquérir à sa cause, donc surtout ceux qui vivaient dans la Pampa et certains caciques mapuches, dont le grand-père, païen, du bienheureux Ceferino Namuncurá, le premier bienheureux argentin...
(3) Je ne sais pas pour quelle raison le spectacle fait relâche mais il se pourrait que les élections qui se tiennent aujourd'hui n'y soient pas pour rien. Le sujet peut encore soulever certaines passions politiques dans Buenos Aires de nos jours.

vendredi 2 mai 2014

Une exposition de portraits historiques au temps de Rosas [à l'affiche]


Depuis le 27 avril 2014, le Museo de artes hispano-americanos Isaac Fernández Blanco propose, en partenariat avec le Museo Pueyrredón de San Isidro (Gran Buenos Aires) une très belle exposition intitulée Retratos para una identidad, qui offre une rétrospective de l'œuvre du grand portraitiste argentin que fut Fernando García del Molino (1813-1899). Né au Chili et installé à Buenos Aires, il nous a laissé une impressionnante galerie de portraits de la période fédérale de la capitale argentine, sous le gouvernorat de Juan Manuel de Rosas (1835-1852).

On lui doit notamment des portraits de Rosas lui-même et l'une des rares représentations de l'épouse de celui-ci, la légendaire Encarnación de Ezcurra, qui préfigura l'icône politique féminine que Evita Perón porta à son comble.

Photo publiée par le musée lui-même

Il a été surnommé le Peintre de la Fédération et comme ce courant politique a été défait dans la suite du XIXe siècle, son œuvre a été quelque peu décriée puis franchement oubliée. C'est donc un vrai travail de récupération de la mémoire que nous proposent ces deux musées.

L'exposition au Fernández Blanco, Suipacha 1422, est à admirer jusqu'au 1er juin, du mardi au vendredi de 14h à 19 et le week-end et jours fériés de 11h à 19h, pour le prix modique de 5 $ (ARG) l'entrée. Gratuité le mercredi et le jeudi.

L'un des portraits de Rosas, extrait de la page Facebook du Musée
L'œuvre originale appartient à la collection du Museo Histórico Nacional
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

Une seconde exposition complémentaire se tiendra du 1er septembre au 31 octobre 2014 au Museo Pueyrredón, Rivera Indarte 48, dans la très belle demeure de campagne qui fut celle de Juan Martín de Pueyrredón, premier Directeur suprême de l'indépendance entre 1816 et 1819, devenu après sa mort en 1850 l'atelier de son fils, considéré comme le premier peintre académique de l'Argentine (ce qui est toujours faux sur le plan historique mais révélateur sur la façon dont les Argentins envisagent la construction de leur identité culturelle).

Photo publiée par le musée lui-même

Pour aller plus loin :
lire l'article de Clarín sur le sujet
lire l'article de Agenda Cultural de Buenos Aires, sur le portail officiel de la Ville
lire l'article de Agenda Norte sur la partie qui se tiendra au Museo Pueyrredón

Visiter le site Internet du musée portègne et sa page Facebook.

lundi 23 décembre 2013

Le Roman national argentin : mardi à Palermo [Human Trip]

Statue de Rosas en plein Palermo,
là où se trouvait autrefois le caserón (sa luxueuse et imposante résidence privée)

A Buenos Aires, Palermo, c'est LE quartier des espaces verts par excellence. Et pourtant, les espaces verts, ce n'est pas ce qui manque dans la capitale argentine.

Le quartier a été fondé dans la seconde partie du XIXème siècle, sous l'impulsion de Domingo Faustino Sarmiento (1811-1888), qui voulait détruire le souvenir de son ennemi politique, Juan Manuel de Rosas (1793-1877). Cela n'a pas vraiment réussi, en tout cas sur le long terme ! Rosas est en plein retour en grâce depuis la restauration démocratique et constitutionnelle de décembre 1983. Récemment, une nouvelle station de métro a été baptisée de son nom (malheureusement pour le sens historique des Portègnes, cette station se trouve en plein quartier de Villa Urquiza, baptisé ainsi du nom de son vainqueur de 1852, le général Urquiza).


Une hymne historique à la gloire de Rosas en 1839

En effet, Palermo reste profondément lié à l'histoire du Restaurateur, comme Rosas se faisait appeler car il avait restauré les lois et l'ordre civil à sa façon, violente et sectaire, en mettant fin en 1829 puis à nouveau en 1835 à la guerre civile qui avait succédé à la révolution indépendantiste. 

Ou plutôt, il était parvenu à mettre sous le boisseau le conflit dans la Province de Buenos Aires en imposant l'ordre fédéral sur tout son territoire.

Ce qui est actuellement un quartier était autrefois la propriété privée immense où il vivait du temps où il était le très contesté et très despotique Gouverneur de la Province de Buenos Aires et le maître du port qui commandait l'entrée des marchandises étrangères dans le territoire de la Confédération Argentine. Ce vaste territoire qui longe la courbe du Río de la Plata au nord de la ville doit beaucoup à un architecte paysager de génie, français de naissance et qui se fit naturaliser argentin, Carlos Thays (1849-1934), l'un de ces savants naturalistes qui vinrent en Argentine mettre en valeur le patrimoine botanique (beaucoup d'entre eux étaient français, formés sous le règne de Louis XVI puis sous la Monarchie de Juillet et le Second Empire). Directeur des espaces verts à Buenos Aires de 1881 à 1913, c'est lui qui dessina, sous l'impulsion de Sarmiento (1), le Parque 3 de Febrero, le plus important ensemble de jardins de Palermo, avec notamment le jardin botanique où se trouve toujours sa maison à deux pas de Plaza Italia. C'est lui aussi qui aménagea ou réaménagea la plupart des parcs et jardins du nord, du sud et de l'ouest de l'actuelle Buenos Aires, en pleine époque de la Grande Immigration qui devait aider à donner forme à ce que nous appelons aujourd'hui le tango...

Une vue du Jardin japonais, une des merveilles du Parque 3 de Febrero.
Ce jardin a été offert par la communauté japonaise
à la fin du 19e siècle pour remercier Buenos Aires de son accueil
Aujourd'hui, l'association concessionnaire fait payer l'entrée et ça énerve dans l'opposition municipale.


Notre journée commencera donc, après le petit-déjeuner buffet, avec un exposé de ma part sur les tenants et les aboutissants de cet épisode crucial de la formation de l'actuelle République Argentine. Nous nous mettrons ensuite en route pour le nord de la ville, vers le métro Plaza Italia, et nous visiterons le somptueux quartier des ambassades, qui jouxte la Plaza Grand-Bourg, découverte la veille lors de notre journée consacrée à San Martín (1778-1850).

Le candombe fédéral présidé par Rosas et dona Encarnación, son épouse
d'après Martín Boneo.
Ce tableau daté de 1845 est exposé au Museo Histórico Nacional de Buenos Aires

Palermo est un quartier riche en musées tous plus intéressants les uns que les autres. Chacun restera donc libre de privilégier un thème plutôt qu'un autre (une liste sera fournie pour aider au choix). C'est aussi à Palermo que l'on a retrouvé il y a peu les vestiges du célèbre Cafe de Hansen, un lieu où le tango a connu des heures fastes, sous le règne des musiciens de la Guardia Vieja (voir mon article du 27 décembre 2008) à ce propos.

Après une partie de programme libre, nous pourrons nous retrouver tous ensemble pour faire un tour dans cet ex-campus militaire qui est devenu un espace dédié aux Droits de l'Homme : l'ex-Esma, Ecole supérieure de mécanique de la Marine qui servit sous la Dictature militaire (1976-1983) de centre clandestin de détention et de torture. Aujourd'hui, chaque pavillon abrite un centre culturel avec expositions, concerts et conférences. Chaque ONG des droits de l'homme a le sien, le plus connu d'entre eux étant ECuNHi, Espacio Cultural Nuestros Hijos (espace culturel Nos Enfants) animé par Madres de Plaza de Mayo et dirigé par la folcloriste Teresa Parodi.

Le déjeuner de ce jour est compris dans le programme. Nous le partagerons dans un bistrot local au milieu des Portègnes qui travaillent dans le secteur.

La pizza argentine n'est jamais individuelle.
Elle se partage et elle vous nourrit convenablement !

En soirée, nous irons nous régaler d'un concert selon ce que l'affiche nous offrira ce soir-là : comme le savent mes fidèles lecteurs, les concerts de musique populaire (les shows comme on dit là-bas) se donnent dans des restaurants, des cafés ou des centres culturels de quartier qui proposent juste avant le spectacle une carte bon marché de spécialités traditionnelles (pizzas à partager - para compartir, empanadas ou chaussons à la viande, tostadas ou croque-monsieur, guisos ou ragoûts, grillades et salades...)

* * *

Le Roman national argentin, voyage culturel, solidaire et humain est un séjour à Buenos Aires, que vous propose l'agence de tourisme équitable et solidaire Human Trip du 24 avril au 8 mai 2014, pour 2740 € TTC par personne (inscriptions ouvertes jusqu'à la fin janvier).




Pendant tout le séjour, nous serons au Monserrat Apart Hotel (quatre étoiles) : nous y disposerons de chambres équipées d'une kitchenette des plus commodes. Ce mode d'hébergement permet d'équilibrer le budget et le régime alimentaire de chacun (c'est beaucoup moins cher et beaucoup plus sain que de prendre tous ses repas au restaurant dans les conditions aménagées par le secteur touristique local !)
Vous pouvez consulter les conditions d'hébergement sur le site Internet de cet hôtel situé en centre-ville. Le Monserrat Apart Hotel dispose aussi d'une page Facebook. Le site Internet comme le Facebook reflètent la réalité de l'établissement que j'ai pris la peine de visiter personnellement.

Le programme complet du séjour est disponible en format imprimable sur mon site Internet et en lecture en ligne sur le site de l'agence Human Trip (destination Argentine), laquelle est à votre disposition pour répondre à toutes vos questions (conditions de vente, modalités de paiement et d'inscription et toutes les autres questions techniques).
Nous avons disposé tout au long du séjour plusieurs soirées libres pour qu'entre autres, les danseurs de tango puissent s'adonner librement à leur passion chorégraphique...

* * *

Grâce à son correspondant sur place, Human Trip peut vous offrir des extensions vers d'autres destinations, en Argentine ou dans les pays limitrophes, à votre guise, à l'intérieur des dates prévues (vous pouvez sauter des chapitres, comme font certains en lisant un bouquin), soit avant l'arrivée du groupe, le 25 avril, soit après son départ le 7 mai.

L'agence est à votre service pour vous construire un programme sur mesure.
Contactez-la par mail (info@humantrip.fr)
ou par téléphone (04 86 11 01 71).

Pour en savoir plus sur le quartier, cliquez sur son nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus.
Vous pouvez faire de même pour retrouver dans ce blog tous les articles relatifs à la figure de Juan Manuel de Rosas, personnage historique de grande importance.
Il est particulièrement présent dans le manifeste de Juan Carlos Cáceres, dont j'ai fait l'adaptation aux Editions du Jasmin pour le public francophone : Tango Negro.
Il en sera aussi question dans la conférence que je donnerai le 7 janvier 2014 à la Maison de l'Argentine à Paris.

(1) Pendant le gouvernorat de Rosas (1835-1852), Sarmiento avait choisi l'exil politique. Cet ancien instituteur, théoricien et praticien de génie de l'école primaire, se fit alors nommer chargé de mission par le gouvernement chilien pour aller étudier les systèmes d'enseignement en vigueur aux Etats-Unis, en Angleterre et en France. C'est ainsi qu'il tomba en admiration devant Central Park à New York et les jardins dont Londres et Paris s'ornaient déjà dans les années 1840. Le Parrque 3 de Febrero doit donc beaucoup à New York et aux deux grandes capitales européennes. Rien d'étonnant par conséquent si c'est à un architecte botaniste français que ce savant autodidacte a donné la mission de doter la capitale argentine d'un parc digne de ce qu'il considérait être les plus belles villes de son temps.