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mardi 3 février 2026

Le sabre de San Martín déménage encore une fois [Actu]

Le sabre et sa gaine au Museo Histórico Nacional
avec une reproduction du drapeau de l'Armée des Andes (1817)
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Le Sable Corvo (le sabre courbe) du général José de San Martín (1778-1850) a été légué au peuple argentin en 1897 par Manuela Rosas de Terrero, la fille de Juan Manuel de Rosas, qui était gouverneur de Buenos Aires à la mort du général en 1850, raison pour laquelle celui-ci avait disposé dans son testament que cette arme emblématique des luttes pour l’indépendance devait lui revenir.

Alfredo Carranza, fondateur du Museo Histórico Nacional (MHN) à Buenos Aires, avait personnellement sollicité ce legs de Manuela Rosas et de son époux, seul le mari étant habilité à l’époque à gérer le patrimoine d’une femme mariée. Manuelita, comme elle reste nommée dans le souvenir populaire en Argentine, avait accédé à cette demande alors qu’elle touchait à la fin de sa vie (elle est décédée l’année suivante dans son exil en Angleterre).

Au 20e siècle, à la suite de deux vols successifs à deux ans de distance et au regard de l’organisation architecturale du musée, qui, dans les années 1960, ne permettait guère d’assurer à ce trésor national la sécurité qui lui convenait, il avait été décidé par un gouvernement dictatorial et anticonstitutionnel de confier l’arme à la garde du Régiment des Grenadiers à Cheval (RGC), fondé par San Martín le 16 mars 1812 et, à ce titre, dépositaire de la mémoire du héros, sans descendance depuis 1924. Or Manuelita Rosas avait précisément légué le sabre au Museo Histórico Nacional (MHN), en précisant, sous la signature de son mari et au nom d’elle-même et de leurs enfants, que l’objet (« ese monumento de gloria ») était offert à « la Nación Argentina ».

C’est la raison pour laquelle en 2015, la présidente Cristina de Kirchner, qui comme tout péroniste qui se respecte vénère la mémoire et l’héritage de Rosas (que la droite hait, méprise et vomit de toutes ses forces), avait décidé la réinstallation de ce sabre au Museo Histórico Nacional où l’attendait une splendide salle toute neuve, conçue pour lui, à sa mesure, où il est depuis admirablement mis en valeur et en sécurité, avec la présence constante d’une garde d’honneur de deux grenadiers à cheval, un homme et une femme, de chaque côté d’une magnifique vitrine.


A l’époque, je me souviens que j’avais assisté en direct à ce transfert solennel grâce à la chaîne You Tube de la télévision publique argentine. Ce déménagement ne m’avait alors inspiré qu’une montagne de doutes parce que mes visites au MHN m’avaient laissé le souvenir d’un musée poussiéreux et horriblement mal conçu alors que le reliquaire inséré dans le mur, à gauche, dans le vaste hall d’entrée de la caserne du RGC, m’avait parfaitement permis à chacune de mes visites de l’admirer, certes d’un seul côté (ce qui était fréquent dans la muséologie au début des années 2010). En compagnie de la conservatrice du musée du régiment, j’avais même pu m’en approcher, avec respect, sous l’œil vigilant de deux sentinelles présentes en permanence.

Or depuis 2015, le MHN a continué de se remodeler avec, qui plus est, une vraie intelligence muséographique qui lui permet ces dernières années de réunir dans la même exposition permanente et des salles dédiées trois souvenirs emblématiques de la période de l’Indépendance : un somptueux joyau en argent offert au général Manuel Belgrano (1770-1820) lors de sa campagne dans l’actuelle Bolivie et aussitôt légué par lui à ce qui était en train de devenir la nation argentine, ce sabre de San Martín ainsi que l’original du daguerréotype pour lequel le même San Martín avait posé, probablement à la demande de sa fille, à l’occasion de ses soixante-dix ans, à Paris, peut-être le 25 février 1848, avant que la Révolution de Février ne le pousse à quitter la capitale pour Boulogne-sur-Mer où il espérait protéger sa famille de la violence parisienne et où il est finalement décédé le 17 août 1850.

Le MHN présente cet avantage supplémentaire sur la caserne de Palermo qu’il est normalement ouvert au public tandis que la caserne, surtout celle du RGC, reste une enceinte militaire. On n’y entre pas comme dans un musée. Il faut prendre rendez-vous et montrer ses papiers d’identité à la police militaire dans la guérite qui se trouve à l’imposante grille d’entrée, au pied du grand escalier qui caractérise le bâtiment (comme il faut le faire à Paris pour visiter le musée homologue, celui de la Garde républicaine, au quartier des Célestins). Toute cette procédure fait que ce musée militaire est essentiellement accessible aux écoles, aux historiens (pas très nombreux) et aux associations. Et encore ! Pas toutes, parce que peu de gens connaissent l’existence de ce musée et encore moins les procédures à suivre pour le visiter. Sans compter les mauvais souvenirs de la Dictature militaire de 1976-1983 qui s’attachent aux casernes situées dans ce quartier de Buenos Aires et qui font qu’encore aujourd’hui, cinquante ans après le coup d’État, il y a encore des gens qui ne veulent pas y mettre les pieds et cela se comprend.

Or, Javier Mileí a choisi la date d’aujourd’hui, l’anniversaire de la victoire de San Lorenzo, seul engagement de San Martín sur l’actuel territoire argentin, le 3 février 1813, un combat qui est à l’Argentine ce que Valmy est à la France, Mileí donc a choisi ce jour pour publier au Journal officiel un de ses maudits décrets : aujourd’hui, il ordonne la réinstallation du sabre à la caserne du Régiment des Grenadiers à Cheval, avec des arguments débiles et qui n’appellent que le mépris puisqu’il ose prétendre que l’objet y serait plus en sécurité que dans le musée en prenant l’exemple des deux vols des années 60, comme si le MHN n’avait pas évolué depuis (d’autant que si le musée n’est pas sûr, c’est sa faute ; c’est à lui et à son gouvernement d’incapables qu’il incombe de mettre les moyens pour qu’il le soit !).

Sous une forme déguisée, cet apprenti dictateur vient donc de privatiser à nouveau une pièce symbolique du patrimoine historique argentin. C’est dégueulasse, comme d’habitude !

En apprenant que son musée perdait la plus prestigieuse pièce de sa collection, et pour quelles raisons encore, la directrice du musée a donné sa démission. Elle avait pourtant été nommée par Mileí. Son prédécesseur, le très bon historien Gabriel Di Meglio, avait quant à lui été révoqué du jour au lendemain en mai 2024 pour avoir refusé de sortir le sabre de San Martín de sa vitrine à la demande du président qui voulait faire joujou avec lors de la fête nationale, le 25 mai, date anniversaire de la Révolution de 1810 qui avait mis fin au régime colonial. Il semblerait que Mileí reviendrait à son caprice premier : il est en effet prévu que le transfert se fasse le 7 février dans l’hélicoptère qui l’emportera jusqu’à San Lorenzo, à côté de Rosario, où il remettra lui-même l’arme au détachement du régiment stationné sur l’ancien champ de bataille, pour un anniversaire célébré hors date.

Les descendants de Manuelita Rosas ne sont pas en reste : ils ont présenté aujourd’hui une demande en référé devant la justice argentine pour empêcher ce déplacement contraire aux dispositions légataires des époux Terrero-Rosas, leurs aïeux.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 (tant qu’il reste en ligne)
lire l’article La Prensa
lire l’article de Clarín, qui ne consacre pas moins de 4 articles à cette affaire sur son site Internet

vendredi 23 mai 2025

La catastrophe continue : plusieurs instituts nationaux sont dissous, dont le Sanmartiniano et le Belgraniano [Actu]


Trois jours avant la fête nationale, ce dimanche, qui célèbre la Révolution de Mai (1810), laquelle a mis fin à l’Ancien régime colonial pour lui substituer une première forme d’autonomie grâce à l’instauration d’un gouvernement collégial élu parmi les principaux patriciens de la ville de Buenos Aires, Javier Mileí a fermé plusieurs instituts culturels nationaux, dissolvant les uns, comme l’Instituto Nacional Belgraniano, consacré à l’étude de la vie et de l’œuvre politique de Manuel Belgrano, l’un des principaux acteurs du 25 Mai 1810, n transformant d’autres, comme l’Instituto Nacional Sanmartiniano, consacré à José de San Martín qu’on surnomme en Argentine le Padre de la Patria (rien que ça !), qui va devenir un musée (n’importe quoi !) et fusionnant les troisièmes comme l’Instituto Nacional del Teatro qui va être vidé de toute raison d’être (il avait pour vocation d’organiser les professions du théâtre, de les représenter dans le dialogue avec les pouvoirs publics, de soutenir les activités théâtrales et notamment les festivals).

D’autres instituts historiques disparaissent aussi. Comme par hasard, ceux consacrés à des personnages historiques qui déplaisent fortement à cette droite dictatoriale qui s’est installée à la Casa Rosada depuis l’élection de Mileí : ceux consacrés à Juan Domingo Perón, à Guillermo Brown (un amiral de la période indépendantiste) et à Juan Manuel de Rosas, un gouverneur fédéraliste de la Province de Buenos Aires à l’époque romantique, pendant la Guerre civile qui opposait les libéraux, partisans d’un État unitaire, aux fédéraux qui s’appuyaient plus sur le peuple que sur le développement du commerce international (Rosas a tenté, sans y parvenir, de créer une culture et une société qu’on appellerait aujourd’hui multiraciales en donnant une place aux descendants d’esclaves d’origine africaine et aux Amérindiens de la région que les gravures historiques nous montrent fréquemment dans le paysage urbain de Buenos Aires). Ces personnes ont existé, elles ont marqué l’histoire de l’Argentine, que cela plaise ou non au parti au pouvoir ! Même l’institut consacré au pionnier de l’aviation Jorge Newberry n’échappe pas à l’hécatombe !!!

Le musée Eva Perón échappe, pour le moment, au massacre parce qu’il constitue une attraction touristique importante… à cause de Don’t cry to me, Argentina, qui n’a strictement rien à voir avec elle mais bon, passons ! Tant mieux si ce très intéressant musée survit. En revanche, l’institut d’études historiques Eva Perón disparaît corps et biens.

Les instituts historiques ainsi dissous sont censés voir leurs activités regroupées dans un nouvel Instituto Histórico Nacional qui a surtout, semble-t-il, pour objectif de permettre de supprimer quelques postes de travail.

De toute manière, d’un point de vue scientifique, c’est une nouvelle décision d’une crétinerie sans fond : la recherche sur l’histoire argentine n’est pas encore assez mûre pour mélanger ainsi tous les sujets. Pour l’heure, ce dont le pays a besoin, c’est de se raconter son roman national, sans lequel aucune nation ne peut exister. Toute communauté, nationale ou même plus petite, a besoin de ses mythes fondateurs et il faut bien produire le récit qui fera un jour consensus, or ce consensus sera porté par des figures humaines, des héros à aimer et à admirer. Historiquement, en Europe, ce processus a duré environ 4 siècles, soit 16 générations, dans chacun de nos nombreux États-nations. Les États-Unis ont été les seuls à résoudre ce problème grâce à la littérature et au cinéma. Eux seuls en ont eu les moyens financiers et techniques. Et l’université a fait tranquillement son travail de recherche, de son côté et sans bruit. Cela a eu un prix : les travaux des historiens n’ont pas atteint le grand public et on s’en rend bien compte quand on entend Trump énoncer les âneries qu’il accumule en la matière. Ce qu’il connaît de l’histoire de son pays, c’est ce que racontent quelques films quand ils passent à la télé !

En Argentine, le grand mérite des Instituts, depuis la fondation du Sanmartiniano dans les années 1930, aura été de commencer à opérer la transition entre mémoire et histoire (au sens scientifique du terme). Or cette transition est loin d’être achevée et la séparation des instituts, leur autonomie, chacun avec son personnage tutélaire, donnait déjà un travail de fou aux historiens qui en faisaient partie, dont certains étaient membres de plusieurs d’entre eux.


Il n’est pas habituel dans ce blog que je me mette aussi franchement en avant mais il se trouve que, sous deux statuts différents et depuis plusieurs années, je suis la correspondante en France de l’Instituto Nacional Sanmartiniano et de l’Instituto Nacional Belgraniano. Et je le resterai en dépit de cette nouvelle forfaiture de Mileí et de ses sbires !

Cette double fermeture me concerne donc personnellement et je m’associe aux amis que j’ai dans ces deux sociétés pour vous inviter à signer la pétition qu’ils ont lancée hier dès la nouvelle connue :

NO AL CIERRE DEL SANMARTINIANO
Y DEL BELGRANNIANO

Voici le lien pour accéder à cette pétition.

Le site Change.org vous demandera en français (si vous vous connectez depuis la France) vos nom et prénoms, votre ville, votre pays et votre adresse mail où un message de confirmation vous sera envoyé pour valider votre signature.

Pour les quelques salariés, dont certains sont devenus mes amis et qui viennent de perdre leur travail, historiens, archivistes et agents administratifs, pour tout le travail accompli ces dernières années, notamment la tâche disproportionnée de transcrire l’ensemble des archives connues de l’un et l’autre personnages, pour les dizaines d’historiens qui animent bénévolement ces structures et y apportent leur travail, pour le matériel rassemblé dont on ignore ce qu’il va devenir, je vous remercie pour la signature de notre pétition.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :
lire l’article d’aujourd’hui de Página/12
lire l’article d’hier de Clarín
lire l’article d’hier de La Nación
Página/12 a consacré aussi aujourd’hui un article à la défense du bien-fondé du musée de la Mémoire de la ex-ESMA que le gouvernement menace aussi de détruire : l’objectif du président est de faire disparaître tout ce qui a trait à la mémoire douloureuse de la dernière dictature militaire entre 1976 et 1983 et des crimes contre l’humanité dont elle est rendue coupable et en général de détruire l’histoire, de faire des Argentins un peuple amnésique et donc plus facile à dominer sous la forme d’une nouvelle dictature, celle d’une certaine oligarchie comme en rêve Trump.
Quant à Clarín, il publie aujourd’hui un billet d’opinion concernant la liberté de la presse et les héros de la Révolution de Mai 1910 (ce sont ceux qui l’ont été établie en Argentine pour la première fois).

vendredi 24 février 2023

Retour sur images : ma conférence de mercredi à l’Ambassade de la République argentine à Paris [ici]

 

Déclaration préliminaire de l'Ambassadeur

L’Ambassade a posté sur sa page Facebook quelques photos de la conférence que j’y ai donnée mercredi soir autour d’une aventure archivistique que j’ai menée pour son compte et en compagnie d’une des diplomates de la section culturelle pour authentifier un bâtiment parisien qui a appartenu au général José de San Martín (1778-1850) de 1835 à sa mort, intervenue à Boulogne-sur-Mer sous la Seconde République.

L'Ambassadeur de dos assis au premier rang

Cette plongée grimoiresque au cœur de la mémoire parisienne m’a pas mal occupée depuis Noël jusqu’à ces tout derniers jours, comme vous pouvez vous en rendre compte avec le nombre d’articles publiés sur ce blog beaucoup plus faible que d’habitude pendant cette traditionnelle pause australo-estivale...


Monsieur l’Ambassadeur m’a fait l’honneur de présenter la soirée avec pour moi des paroles plus qu’aimables dont je le remercie une nouvelle fois.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de présentation de cette conférence.


Prochaine rencontre avec le public : le salon du livre de Saint-Germain-lès-Arpajon (91) dans une quinzaine de jours, pas très loin en fin de compte de la maison de campagne que San Martín avait achetée en 1834. Comme d’habitude, je dédicacerai tous mes livres sur le stand des Éditions du Jasmin.

jeudi 19 janvier 2023

Conférence à l’Ambassade argentine à Paris pour l’anniversaire de San Martín [ici]

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Le mercredi 22 février 2023, à 18 h 30, à l’Ambassade argentine à Paris, 6 rue Cimarosa (M° Boissière), je donnerai une conférence intitulée San Martín et la France.

J'y montrerai quelques pépites encore inconnues
découvertes dans les archives qui existent en France
et qui sont longtemps restées inconnues.

Le général José de San Martín, né en Argentine, le 25 février 1778, a en effet vécu une vingtaine d’années en France où il est mort, sous la Seconde République, à Boulogne-sur-Mer. Tous les ans, à la date de son décès, chaque 17 août, un hommage lui est rendu. Qui passe inaperçu puisque on est encore à ce moment-là dans les vacances d’été. Le héros de l’indépendance de l’Amérique du Sud s’était en effet exilé volontairement pour ne pas participer aux guerres civiles qui ont ravagé les pays qu’il avait libérés, l’Argentine, le Chili et le Pérou, de 1812 à 1822 et pour ne pas risquer non plus de devenir l’otage d’une des factions en conflit.

Son nom a commencé à être connu en Europe à partir de mai-juin 1817 lorsque la presse, d’abord anglaise puis très rapidement continentale, a parlé d’une campagne qui a rempli les contemporains de stupeur : ce général, jusque là traité comme un « seigneur de la guerre » parmi tant d’autres dans de lointaines contrées, avait, à la tête d’une armée, traversé les Andes, la chaîne de montagne connue alors comme la plus élevée de la planète, et, grâce à une bataille au nom imprononçable, il avait libéré le Chili, retombé deux ans auparavant sous le pouvoir des autorités coloniales espagnoles.

Son épopée inspira à Théodore Géricault deux lithographies, qui ont intégré les collections du duc d'Aumale et se trouvent donc à Chantilly.

En France, au cours de ce printemps-là, Louis XVIII régnait dans un contexte difficile puisque les Cent-Jours avaient déchaîné la soif de vengeance des ultra-royalistes. San Martín et les autres généraux des « insurgens » « espagnols » en Amérique méridionale n’y étaient donc pas en odeur de sainteté. Pourtant, une certaine information circulait dans des gazettes qui jouissaient d’une liberté relative mais s’autocensuraient de manière visible.

Après avoir renoncé à la vie publique à Lima en septembre 1822, San Martín débarqua en Europe pour que sa fille de huit ans puisse y recevoir l’éducation soignée qui n’existait presque pas alors en Amérique du Sud. Arrivé par Le Havre, le généralissime et ancien chef d'Etat s’installa d’abord à Londres puis gagna Bruxelles et enfin Paris lorsque le roi Louis-Philippe, qui ne cachait pas son admiration pour lui, lui accorda un droit de séjour dans notre pays.

L’homme parlait et écrivait un français distingué, presque sans faute et les témoins français nous disent que sa prononciation, presque dénuée d'accent hispanique, les impressionnait. Une partie de sa bibliothèque, qui constitue aujourd’hui le fonds historique de la Bibliothèque provinciale qui porte son nom à Mendoza, témoigne de cet intérêt pour notre langue.

En guise d’hommage pour un nouvel anniversaire de naissance qui tombera le samedi suivant, cette conférence nous permettra de faire un grand tour dans les traces très variées que San Martín a laissées dans la documentation française et francophone.

L’entrée est libre et gratuite, l’activité ouverte à tous.

Pour la bonne organisation de la soirée, l’ambassade vous demande de signaler par avance votre venue en envoyant un mail à l'adresse indiquée sur l’affiche.

A Boulogne-sur-Mer, la maison où il a rendu son dernier souffle est devenue un musée argentin sur la terre de France. La visite est gratuite et elle vaut la peine, dès lors que vous connaîtrez déjà un peu ce personnage hors normes. La maison se situe dans la Grande-rue, à mi-pente, presque en face de l'église Saint-Nicolas. Vous ne pouvez pas la manquer : un gigantesque drapeau argentin flotte au-dessus de la porte.

En bas, le long de la plage, sur le boulevard Sainte-Beuve, devant les "Buildings", à un jet de pierre de Nausicaa, le centre culturel consacré à la mer, s'élève depuis 1909 une statue équestre commandée pour le centenaire de l'Argentine à un sculpteur français (qui en a donc fait une sorte de Jeanne d'Arc, béatifiée cette année-là). Pendant la guerre, l'endroit a été méchamment bombardé, les habitations ont été entièrement détruites mais le monument a échappé comme par miracle à tous les projectiles.

© Denise Anne Clavilier


Sur place, mes livres qui portent sur l’Argentine, son histoire, sa mémoire et sa culture populaire seront disponibles à la vente.

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mercredi 17 août 2022

Le souvenir de San Martín en deux versions : rigolote ou très sérieuse [Actu]

Aujourd’hui, 17 août, les Argentins commémorent la mort de leur principal héros historique, le général José de San Martín (Yapeyú, en actuelle province de Corrientes, 1778 - Boulogne-sur-Mer, en France, 1850), protagoniste de la guerre d’indépendance entre 1812 et 1822 en Argentine, au Chili et au Pérou.

En Argentine, il a principalement laissé le souvenir de deux hauts faits, le combat de San Lorenzo en 1813 et la Traversée des Andes en 1817 qu’il entreprit pour libérer le Chili voisin retombé sous le joug colonial en octobre 1814.

Petit José fait des rêves
A Yapeyú, il rêve qu’il libère son peuple
Un maître d’école leur enseigne qu’à des milliers de kilomètres de là,
il y a des reliefs qu’on appelle montagnes,
quelque chose d’impossible à imaginer
dans ces terres des Guaranis (1)
Traduction © Denise Anne Clavilier

Página/12 traite ce souvenir patriotique avec la sensibilité et l’humour de son dessinateur, Miguel Rep (ci-dessus).

La Prensa et La Nación ont choisi le ton docte et révérencieux de quelques historiens en vue.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de La Prensa sur l’action diplomatique de San Martín au début de son exil en Europe au milieu des années 1820
lire l’article de La Prensa sur l’ensemble de son action politique et militaire
lire l’article de La Nación sur ce dernier thème



(1) La scène est nécessairement fausse puisque José de San Martín a quitté Yapeyú à l’âge d’à peine trois ans et qu’il n’est donc jamais allé à l’école dans sa ville natale mais depuis le premier historien argentin, Bartolomé Mitre (1821-1906), on répète cette erreur à longueur d’années.

mardi 24 mai 2022

Les nouveaux billets de banque arrivent [Actu]

En haut : "Un taliban sort, un technocrate entre"
Allusion au fait que le ministre de l'Economie
a réussi à se défaire d'un secrétaire d'Etat trop proche de Cristina
(Au moins, maintenant il peut déployer sa politique sans craindre
des coups tordus à l'intérieur de son ministère)
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C’était une promesse de campagne puis de prise de fonction de l’actuel président : remettre des figures historiques sur les billets de banque, ces personnages que Mauricio Macri, au pouvoir de 2015 à 2019 sur un programme ultra-libéral avait effacé au profit d’animaux sauvages. Sous prétexte que le rappel des figures historiques créait de la dissension idéologique dans la population. Quel crétin !

Avec un soin pervers, il avait donc effacé l’histoire sous prétexte de dépolitiser la monnaie plutôt que d’inviter les historiens et les vulgarisateurs afin d’approfondir peu à peu les démarches scientifiques et les développer à côté du récit idéologisé qu’est l’élaboration actuelle (nécessaire) du roman national en gestation et donc encore très peu consensuel. Il avait même fait retirer les billets à l’effigie de San Martín et de Belgrano, les deux pères-fondateurs de l’Argentine !

Les billets actuels
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Hier, au Musée du Bicentenaire, dans l’enceinte de la Casa Rosada, là où se trouvent encore des vestiges de deux bâtiments historiques disparus, l’ancienne forteresse coloniale qui servait de résidence au vice-roi espagnol puis au gouvernement révolutionnaire à partir du 22 mai 1810, et les douanes de la fin du XIXe siècle, le président Alberto Fernández a présenté les nouveaux billets qui vont être mis prochainement en circulation. Ils sont au nombre de quatre dont la valeur d’étale de 100 (les billets de valeur inférieure ont été retirés les uns après les autres depuis trois ans) à 1 000 pesos. Une gamme de billets dont la valeur faciale a juste été multiplié par 10 depuis la dernière série des billets à figures historiques (5, 10, 20, 50 et 100 pesos).

Les anciens billets, avec les effigies historiques (San Martín a été oublié)

Les grands hommes détestés par la gauche ont disparu : Sarmiento (50 pesos) et Roca (100 pesos).

Le nouveau Evita

Reviennent dans les portefeuilles José de San Martín (1778-1850) et Manuel Belgrano (1770-1820), les deux seuls personnages historiques unanimement aimés et vénérés par tous les Argentins (même si sur le plan idéologique, ils sont tirés à hue et à dia par les différents auteurs qui se piquent d’écrire leur biographie, en se passant royalement des sources historiques). Au verso des billets, figurent ce qui est considéré comme leurs plus hauts faits d’armes et comme emblèmes de leur lutte pour la liberté et l’indépendance, la Traversée des Andes à l’été 1817 pour San Martín et la création du drapeau national, à la fin de l’été 1812 à Rosario, pour Belgrano.

Apparaissent des figures chères à la gauche décentralisatrice.

Le premier est le général saltègne Martín Miguel Güemes (1785-1821), le seul héros de la guerre d’indépendance qui soit mort de mort violente, tué par un contre-révolutionnaire (tous les autres sont décédés dans leur lit ou, au moins, alors qu’ils étaient retirés du combat), le seul aussi qui relie une province historique très éloignée de Buenos Aires, Salta, à la lutte de la capitale coloniale puis nationale pour une indépendance alors encore très lointaine (il était cadet à Buenos Aires quand la ville a été attaquée par les Britanniques à deux reprises, en 1806 et 1807).

Même choix pour le gros titre
(avec une formule différente mais ça ne change pas grand-chose)
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Les deux autres figures sont deux femmes et ce sont celles que le président avait annoncées il y a très longtemps déjà, alors que la pandémie paralysait le pays. Pour la première fois depuis l’introduction très contestée par Cristina Kirchner, à la fin de son second mandat, de Evita Perón sur le billet de 100 pesos (1) destiné à remplacer à terme celui à l’effigie du général Julio A. Roca, premier président d’une période de malheureuse mémoire (la Generación del Ochenta, entre 1880 et 1916) et massacreur de Mapuches lorsqu’il commandait la campagne dite du Désert, dont le but était de faire occuper par des propriétaires blancs la Patagonie argentine à une époque où le Chili lorgnait sur ces terres de l’autre côté des Andes (les années 1870). L’une de ces femmes est María Remedios del Valle (circa 1768-1847), une des très rares combattantes de la guerre d’indépendance, qui plus est la seule femme qui accéda (et encore sur la fin de sa vie) à un grade d’officier supérieur. Et elle était noire ! Elle a combattu sous les ordres de Manuel Belgrano, le premier à l’avoir distinguée et fait progresser dans la hiérarchie militaire. Elle venait du fin fond de la société coloniale esclavagiste.

L’autre femme, Juana Azurduy de Padilla, était tout le contraire. C’était une femme issue de la meilleure société coloniale. Elle était riche et possédait une culture européenne de qualité. Ceci dit, elle n’a rien à faire sur des billets argentins puisqu’elle était bolivienne. Certes, elle a combattu du même côté que Manuel Belgrano et Martín Güemes parce que dans les années 1810, les deux pays n’en faisaient encore qu’un mais elle ne l’a jamais fait dans ce qui allait devenir l’Argentine ni même pour l’indépendance de ce pays au sud du sien. Elle guerroyait pour chasser les Espagnols de ce qu’elle appelait le Haut-Pérou et qui a pris son indépendance sous le nom de Bolivie, en hommage à Bolívar, en guise de compensation d’ailleurs (Bolívar ne voulait pas entendre parler d’indépendances séparées pour tous ces pays qu’il voulait centraliser sous son autorité politique et qui ont échappé à son étau). Sa renommée a atteint l’Europe, difficilement mais enfin, on trouve des allusions à ses actions dans la presse européenne du début du XIXe siècle.

S’approprier cette figure féminine épique, c’est le péché mignon de la gauche argentine, surtout péroniste. C’est l’un de ses côtés franchement pénibles.

Página/12 titre lui aussi sur les changements
au ministère de l'Economie
L'info est traitée tout en haut, au centre
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Il semble qu’il ait été difficile de concilier le nombre de billets à mettre en circulation (seulement quatre) et le nombre de próceres à célébrer en ligne avec la politique de développement de la parité de genre menée par le président Fernández. Le gouvernement a donc choisi de les présenter par paire homme-femme et le choix qui a été fait est, pour une fois, historiquement justifiable. On peut toutefois regretter que Manuel Belgrano, l’intellectuel qui a conçu avant tout le monde l’indépendance argentine dès 1806 avant de se battre pour elle y d’y risquer sa vie, méritait de retrouver un billet pour lui tout seul comme son ami et compagnon d’armes, José de San Martín.

La droite se montre très critique mais ne peut pas décemment critiquer les choix qui ont été faits, surtout avec le retour de Belgrano et San Martín. Elle tire donc sur le côté : il paraît qu’il y a plus urgent pour venir en aide aux Argentins. Pour tous (à droite), le gouvernement ferait mieux de lutter contre l’inflation (comme si l’inflation réagissait à un commandement de l’exécutif, dans ce cas, ça se saurait). Pour certains, il aurait mieux valu créer un autre peso, un peso nouveau, comme De Gaulle avait créé le nouveau franc, et lui donner une valeur cent fois supérieure. Bref, passons !

Pour la photo principale, Clarín a préféré Biden au Japon
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Comme ils avaient commencé à inonder la presse de leurs récriminations dès ce week-end, le président leur a répondu dans son discours de présentation en rappelant que la monnaie nationale est un instrument de souveraineté et qu’il est essentiel d’en bien traiter les dimensions symboliques.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :



(1) Ce billet de 100 pesos va un peu bouger mais pas tant que cela. Celui représentant Julio Argentino Roca (1843-1914) a probablement fini par disparaître à l’heure qu’il est.

mercredi 20 avril 2022

Prochaine dédicace : L’Autre Salon, de L’Autre Livre, à Paris XI [ici


Samedi prochain, le 23 avril 2022, je serai à L’Autre Salon, qu’organise tous les ans au printemps l’association L’Autre Livre au Palais de la Femme, 94 rue de Charonne, dans le 11e arrondissement de Paris.

L’Autre Livre rassemble des éditeurs indépendants de petite taille et elle a décidé d’installer sa manifestation culturelle en même temps que le Festival du Livre de Paris, nouveau nom du très commercial (et horriblement cher) Salon du Livre de la Porte de Versailles.

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Au Palais de la Femme, l’entrée est libre et gratuite et vous visiterez de nombreux stands d’éditeurs très variés couvrant un large panorama de champs thématiques. Ils n’exposent et ne vendent que des livres, contrairement à l’autre salon qui fait la part belle aux confiseries et autres éléments de fête foraine.

Pour ma part, j’y serai le matin, de 11 h à 12 h, seulement le samedi, sur le stand de mon éditeur habituel, Les Éditions du Jasmin, où nous serons de nombreux auteurs à nous succéder pendant trois jours.

Le salon commence vendredi à 14h. Le samedi et le dimanche, il ouvrira ses portes à 11h. Les deux premiers jours, le salon se poursuit jusqu’à 20h et le dimanche, il s’achève à 19h, à temps pour laisser les Parisiens et les Franciliens être à la maison pour suivre la soirée électorale de ce second tour de la présidentielle.

Sur le stand, je présenterai tous mes livres du Jasmin : contes, tango et histoire.

© Denise Anne Clavilier

Depuis quelques mois, les Éditions du Jasmin disposent d’une boutique en ligne pour les lecteurs éloignés de toute librairie.

samedi 5 mars 2022

Clarín devance le 8 mars [Histoire]

Mercedes de San Martín de Balcarce


En vue du 8 mars et de la Journée des droits des femmes, le quotidien Clarín offre à son lectorat un article qui survole l’histoire des femmes sud-américaines dans la diplomatie, en mettant l’accent sur la poétesse chilienne Gabriela Mistral (1889-1857), une des toutes premières figures féminines du Chili (photo ci-dessous).

Pour l’Argentine, l’article insiste plutôt sur les épouses de diplomate et au 19e siècle, il ne fait que mentionner Mercedes de San Martín (Mendoza, 1816 – Paris, 1875), la fille du général José de San Martín (1778-1850), qui a pourtant fait un parcours très riche à côté de son mari, Mariano Balcarce (Buenos Aires, 1807 -‑Paris, 1885). Dans la tournée que j’avais faite en 2016 dans la région de Cuyo, en Argentine, qui fêtait alors le bicentenaire de sa naissance, j’avais donné une conférence sur sa vie mouvementée puisque son mari fut le ministre plénipotentiaire argentin en France, en Grande-Bretagne, en Savoie-Piémont puis en Italie, après l’unité du pays, et enfin en Espagne, tout en résidant officiellement à Paris. Tous les deux ont sillonné l’Europe en train, en voiture et en bateau pendant une dizaine d’années pour elle, pendant vingt ans pour lui.

Aujourd’hui, l’Argentine est représentée ici et là par des femmes notamment au Vatican. C’est une femme, la directrice des droits de l’homme au Ministère des Affaires étrangères, qui est allée à Genève voter hier la demande d’ouverture d’une enquête sur les crimes de guerre commis en Ukraine par l’armée russe. C'était aussi une femme qui était en poste à Kiev. Elle vient d'être exfiltrée du pays avec sa fille et le consul, les trois officiels argentins qui restaient encore sur le sol ukrainien.

J’ajoute donc le portrait de Mercedes de San Martín, photographiée à Paris sous le Second Empire, pour compléter l’article très intéressant de Clarín.

© Denise Anne Clavilier

Gabriela Mistral, ambassadrice chilienne à l'ONU, en 1953

dimanche 14 novembre 2021

Le Museo Histórico de Yapeyú expose la réplique d’un uniforme de San Martín [à l’affiche]

L'artisan pose avec son travail
(photo Carlos Pino, Service de presse province de Corrientes)


Le Museo Histórico de Yapeyú, en province de Corrientes, a ouvert ses portes le 17 août dernier, solennellement inauguré par le gouverneur et le maire de ce village qui vit naître le général José de San Martín (1778-1850) à une époque où c’était encore une ville d’environ 8 000 habitants.

La date d’inauguration avait été choisie pour le symbole : c’est le Día (la fête) de San Martín, célébrée au jour anniversaire de sa mort, le 17 août 1850 dans la lointaine France, à Boulogne-sur-Mer, un choix d’exil qui reste difficile à admettre pour nombre d’Argentins qui n’en finissent pas de chercher des motifs autres que ceux exposés par San Martín lui-même en son temps car ils mettent trop en cause le comportement de leurs ancêtres (San Martín a tourné le dos à la guerre civile qui ravageait alors l’Argentine, une guerre civile dans laquelle la province de Corrientes a joué les premiers rôles, une guerre fratricide dans laquelle il ne voulait en aucun cas se voir plonger).

L'uniforme au complet, avec l'écharpe de commandement
et les bottes, gigantesques
(photo Francisco Gomez)

La ville, avec l’appui de la province, a donc rassemblé les pièces de plusieurs musées, en particulier l’un d’eux consacré au passé guaraní et jésuite de la province (qui appartint pendant un siècle et demi aux missions jésuites d’Amérique du Sud), pour ajouter un atout touristique à sa palette à côté des vestiges de la maison natale du grand homme.

Dans ce musée flambant neuf, on peut donc admirer la vasque baptismale qui fut sans doute celle de l’église où San Martín a été baptisé à une date inconnue. En effet, la ville a été incendiée par les Brésiliens en 1817 lorsque le pays voisin tâchait de conquérir la rive droite du fleuve Uruguay. La plupart de ses archives ont disparu dans les flammes. Cet incendie fournit aujourd’hui matière à un grand nombre d’inventions mythologiques pour entourer de mystère la naissance du héros. On peut ainsi épiloguer jusqu’à la fin du monde sur sa date authentique de naissance et sur l’identité réelle de ses géniteurs (des points sur lesquels il est rationnellement vain de s’interroger).

Jusqu'à l'ouverture du musée, ces fonds baptismaux se trouvaient
dans l'église paroissiale de Yapeyu. Ils seraient ceux de l'église disparue
dans l'incendie de 1817 (photo Francisco Gomez)

Dans cette catégorie des atouts touristiques à donner au village, le musée expose ce qu’il présente comme une « réplique exacte de l’uniforme de cérémonie » que San Martín aurait revêtu pour son entrée solennelle dans Santiago du Chili qu’il venait de libérer en février 1817 (à moins que ce ne soit l’année suivante, pour assister à la proclamation solennelle de l’indépendance). Le travail du tailleur semble en tout point remarquable. La mise en valeur de l’objet est excellente. En revanche, tous les récits, muséographiques, officiels ou journalistiques, le concernant évitent de mentionner l’uniforme historique qui a servi pour la copie ni le lieu où il est aujourd’hui conservé. Les photos de l’artisan au travail ne le montrent pas en présence de cette pièce originale ni du moindre document historique qui l’aurait guidé dans son travail. Aucune photo ne montre la pièce historique en elle-même ni le moindre dessin la représentant à l’époque concernée (1817). Or les Argentins savent parfaitement s’y prendre ainsi lorsqu’ils ont matière à le faire : les présentations des nombreuses répliques du sabre de San Martín (el Sable Corvo), partout dans le pays, et du drapeau de l’Armée des Andes (en particulier à Mendoza) sont là pour en attester.

Si la province de Corrientes se montre d’une telle discrétion, c’est qu’il s’agit très probablement d’une invention inspirée de l’actuel uniforme de cérémonie des Grenadiers à cheval dessiné en 1903, lequel diffère déjà sans doute grandement de l’original dessinée par San Martín en 1812, ne serait-ce que par les retroussis remplacés au début du 20e siècle par une simple queue de pie (tirée de l’habit bourgeois d’alors), totalement dépourvue d’utilité pour le travail militaire. Pourtant, les retroussis avaient bel et bien un rôle guerrier : ils permettaient aux officiers de transporter leurs cartes et de les avoir toujours ainsi à portée de main. Retroussis que nous retrouvons sur les uniformes de cérémonies des Gardes républicains en France et d’autres uniformes de régiments historiques un peu partout en Europe.

Le bel uniforme exhibé à Yapeyú permet donc à ses habitants de s’approprier un peu plus leur héros, dont toutes les reliques présentes en Argentine se trouvent toutes à Buenos Aires, et aux historiens locaux de présenter comme des faits certains diverses hypothèses sur l’apparence physique du général : sa taille, sa pointure, etc. Emouvante modalité d’appropriation qui n’est pas sans rappeler la mythographie relative à divers personnages historiques européens à l’époque médiévale, dont le trafic des reliques était une des formes. Cet uniforme nous montre aussi à quel point le personnage est aimé et combien il est vital au sentiment d’appartenance et à la fierté patriotique des Argentins, surtout dans des zones périphériques comme cette province.

Photo Francisco Gomez

Il se trouve que la connaissance physique du personnage historique nous échappe sans doute sans retour. Il existe bien quelques pièces authentiques d’uniforme : vestes, bicornes, ponchos, éperons, à quoi s’ajoute un bon nombre d’armes, conservés essentiellement à Buenos Aires (au Museo Histórico Nacional et au Museo Mitre) et à Lima. Pourtant ces éléments ne suffisent pas à déterminer la taille de leur propriétaire et encore moins sa pointure. Nous disposons par ailleurs de quelques descriptions par des témoins fiables (tous le trouvent très grand) mais ce sont presque tous des Britanniques, tant et si bien que nous ne savons pas à quels pieds et à quels pouces ils se réfèrent quand ils nous indiquent sa taille (au jugé, ils ne l’ont pas fait passer sous la toise). De deux choses l’une, ou ils s’appuient sur le système britannique (ce qui est le plus vraisemblable) ou ils emploient le système espagnol, dont les mesures sont différentes. Si bien que nous pouvons dire aujourd’hui que San Martín mesurait entre 1,70 et 1,80 m. Il devait donc être un peu plus grand que Napoléon : loin d’être petit comme le dit sa légende, l'empereur mesurait 1,69 m., une taille plutôt imposante à une époque où, le plus souvent, les hommes adultes atteignaient 1,60 m.

Sans ajouter foi aux explications peu convaincantes et surtout très peu développées par la presse, la province et la ville (ce nouveau musée n’a même pas encore de site Internet), on pourra néanmoins aller rendre hommage au travail du tailleur, en sortant du « Templete », le bâtiment-reliquaire qui protège les ruines de la maison natale de San Martín, et profiter de ce village argentin joliment situé sur la rive de l’Uruguay, aux marches de la Laguna Iberá, un somptueux parc naturel, royaume de la biodiversité (plantes, oiseaux et mammifères).

© Denise Anne Clavilier

Pour tenter d’aller plus loin :

lire l’article richement illustré de Clarín (assez approximatif du point de vue historique)
lire l’entrefilet de El Libertador, l’un des journaux locaux
lire le communiqué du ministère de la Culture de la province de Corrientes

jeudi 7 octobre 2021

Demain soir, dédicace à l’Espace L’Autre Livre, sur la montagne Sainte-Geneviève [ici]

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Demain, vendredi 8 octobre 32021, à partir de 18h30, je serai à l’Espace L’Autre Livre, le local de vente de l’association des éditeurs indépendants franciliens L’Autre Livre, 15 rue de l’École Polytechnique, au cœur du Quartier latin (M° Maubert-Mutualité).

En l’occurrence, nous serons trois autrices des Éditions du Jasmin, deux qui ont écrit sur la Colombie et moi-même avec la culture populaire de l’Argentine et l’histoire de l’indépendance du Chili et du Pérou.


Tous mes livres seront en vente à cette occasion.

© Denise Anne Clavilier

Entrée libre et gratuite, bien entendu.