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dimanche 2 novembre 2008

El Duende est en Espagne [ici]

Le Maestro Horacio Ferrer est en Espagne pour une présentation du disque des 40 ans de la création de María de Buenos Aires, la version enregistrée au printemps à Grenade par Versus Ensemble. C'est Enrique Moratalla qui a signé les arrangements d'un choix d'oeuvres du duo Piazzolla-Ferrer. Ce chanteur flamenco grenadin a osé remplacer le bandonéon d'Astor Piazzolla par un saxophone (ou plutôt par deux, un soprano et un alto). En cela, il est très fidèle à l'esprit même du compositeur-bandonéoniste qui osait les plus violents sacrilèges, sacrilèges qui furent le plus souvent fort heureux. Dans cette Suite María de Buenos Aires édité sous le label de Naxos, la substitution donne un effet splendide.

Dans le récital comme dans l'enregistrement, Horacio Ferrer tient son rôle du Duende, rôle qu'il tenait à la création en mai 1968 et personnage qui lui valut ce surnom dont Piazzolla le baptisa et dont je crois qu'il l'aime bien... El Duende sort tout juste d'une série de représentations de cette même pièce, mais sous la forme intégral d'un spectacle complet avec chorégraphie et mise en scène qui s'est achevée le 26 octobre. C'était au Teatro Cervantes de Buenos Aires avec une autre distribution dans les autres rôles.

Dans le récital actuel, le rôle du Cantor (qui prend en charge plusieurs personnages, puisque l'intrigue nous conduit de la Buenos Aires des années 1880 qui virent naître le tango jusqu'à l'orée des années 1970 contemporaines de l'écriture) est tenu par Enrique Moratella.

Le rôle de María, jeune fille déchue que la mort transfigure et transforme en l'âme immortelle de la ville de Buenos Aires, est tenu par la soprano lyrique espagnole María Joly-Rey.

Le récital se compose de plusieurs instrumentaux d'Astor Piazzolla (Milonga del Angel, Verano Porteño, Libertango et Oblivión), les deux grands cantables devenus des classiques du genre (Balada para un loco et Chiquilín de Bachín), chantés par Moratalla, et cinq extraits de María de Buenos Aires dont le célébrissime Yo soy María.

La troupe composée du groupe Versus Ensemble, Enrique Moratalla, María Joly-Rey et Horacio Ferrer sera à Barcelone mardi soir, 4 novembre, à 21h, Sala Luz de Gaz, rue Muntaner 246 (entrée : 22 €) puis à Madrid, jeudi soir, 6 novembre à 21h, au Circulo de Bellas Artes, 2 rue Marqués de Casa Riera (entrée 17 € pour les adhérents et 20 pour le public général).
Le Circulo de Bellas Artes fait du récital un hommage à Astor Piazzolla.

Horacio Ferrer et Enrique Moratalla, grand connaisseur du tango qui évite magnifiquement le piège d'imiter les Portègnes, se sont connus et appréciés il y a plusieurs années au Festival de Tango de Granada, qui a fêté au printemps dernier sa 20ème édition. Le Maestro s'y rend tous les ans. Dans le vestibule de l'Academia Nacional du Tango, à Buenos Aires, figure en bonne place une grande affiche d'une ancienne édition de ce festival qui fut le tout premier consacré au Tango hors du continent sud-américain.

Dans son supplément culturel du samedi Babelia, le quotidien madrilène El Pais consacrait hier un article à l'événement avec une assez longue interview d'Horacio Ferrer où il revient sur la génèse de cette operita et sur son partenariat artistique avec Astor Piazzolla.

lundi 18 août 2008

La réponse était oui [à l’affiche]

Dans Nuevos, le nouveau disque de El Arranque (30 juillet), je vous disais que dans le jeu de société inclus dans leur nouveau disque, ces tangueros nous posaient la question : "peut-on être étranger et bien jouer du tango ?" Et j’avais répondu que mon expérience m’incitait à répondre non, vu ce qu’on entend au disque, sans toutefois écarter l’hypothèse selon laquelle cette réponse n’était pas la bonne. Eh bien, j’avais raison : j’avais tort !

La soirée consacrée à des oeuvres de Piazzolla-Ferrer dans l’interprétation de Versus Ensemble ce soir était à tomber par terre... Or ce sont des Espagnols.
Le chanteur Enrique Moratella est andalou et il en a l’accent, à couper au couteau. Généralement en tango, ça m´énerve et j’ai souvent cru que, dans les enregistrements réalisés par des Européens, l’accent participait à me donner cette impression fausse que je déteste. Ce soir, à l’Academia Nacional del Tango, je viens de faire l’expérience réconfortante que pas du tout. En fait, c’est la façon de chanter qui fait tout, la sobriété ou le grand guignol.
Et du grand guignol, j’en ai eu hier dans un show bricolé à la hâte, en catastrophe, pour pallier l’indisposition du grand, vrai chanteur prévu au programme. Donc j’ai encore plus apprécié cette interprétation d’une rare puissance de cette musique si singulière, si connue aussi, si profondément marquée par les interprétations phares qu’en firent Piazzolla lui-même pour la partie instrumentale et Roberto Goyeneche et Amelita Baltar pour la partie vocale.

La soirée a commencé sur un Acto académico avec un hommage très fort rendu par Horacio Ferrer au Festival de tango de Grenade devant l’Ambassadeur d’Espagne et avec la présentation solennelle du prochain Sommet mondial du Tango à Bariloche en mars 2008, en présence de représentants de cette station de sport d´hiver patagonienne, qui ont régalé les spectateurs précoces, dont je faisais partie, d’une des deux spécialités gastronomiques de San Carlos de Bariloche : des chocolats. Fameux au reste ! L’autre spécialité, c’est l´agneau de Patagonie, le Meilleur du Monde d’après les Argentins, et même supérieur, disent-ils, à notre agneau de prés salés français. Et ça, je demande à voir ! Bref, revenons à nos montons, comme dirait l’autre, à savoir le Sommet mondial du tango à Bariloche (je vous en reparlerai ailleurs) et la remise de la médaille de la Ville de Buenos Aires, par un élu de la Legislatura, à Enrique Moratella qui a répondu, avec émotion, par un très beau et sobre discours dans lequel il a pris l’engagement de se donner encore davantage désormais au dialogue artistique interculturel.

La soirée s’est poursuivie par le concert lui-même : pluieurs pièces instrumentales de Piazzolla dont Adiós Nonino, trois extraits de María de Buenos Aires avec Enrique Moratella dans le rôle du chanteur et Horacio Ferrer, grosse fleur à la boutonnière et lavallière de payador autour du cou, dans celui du Duende. Un ensemble qui a pris tout le monde dans une émotion qui était palpable. Pour finir, Moratella nous a offert, en quasi duo avec Horacio Ferrer, un Chiquilín de Bachín et une Balada para un loco à couper le souffle.
Il a souhaité enfin conclure en sortant du tango et en dédiant à Horacio Ferrer son interprétation magistrale et sans esbrouffe d’un poème de Federico García Lorca, grand écrivain andalou qui a beaucoup ensemencé, esthétiquement et intellectuellement, le milieu du tango portègne et qui fut aussi un familier de l’endroit, puisqu’il fréquenta beaucoup le Café Tortoni, situé à l’étage du dessous....

Donc oui, quand on est étranger et ¡ même quand on est espagnol ! on peut bien chanter le tango et même très bien, et même mieux que certains Argentins qui cabotinent et en font des tonnes en criant dans le micro au lieu de... chanter.

En Buenos Aires, es la 1 de la mañana...

dimanche 17 août 2008

Versus Ensemble à la Academia Nacional del Tango [à l’affiche]


Versus Ensemble, groupe de musiciens andalous très inspiré par le flamenco et non pas insensible au jazz, sera à la Academia Nacional del Tango ce dimanche 17 août, à 19h30, au Salón de los Angelitos Horacio Ferrer, dans le cadre du 10e festival de Tango de Buenos Aires.

Versus Ensemble se compose d'un violon, un saxophone, un piano, une guitare et une contrebasse. Comme una orquesta típica, à la seule différence que le saxophone remplacerait le bandoneon, ce qui pourrait rappeler au lecteur l'ensemble portègne Siglo Treinta de Néstor Tomassini.
En mars de cette année, pour les 40 ans de la création de María de Buenos Aires (Astor Piazzolla et Horacio Ferrer), ils en ont enregistré une version avec Horacio Ferrer dans le rôle du Duende, rôle qu’il tenait déjà à la création (el Duende, c’est le génie, le lutin, le farfadet), et la soprano María Rey-Joly dans le rôle de María, le personnage central qui représente la ville même de Buenos Aires et que créa, et avec quel panache, la chanteuse argentine Amelita Baltar, seconde épouse d’Astor Piazzolla. C’est le chanteur grenadin Enrique Moratalla qui prête sa voix au rôle multiple tenu en mai 1968 par le chanteur de l’orchestre d’Astor Piazzolla, Héctor de Rosas.

Cette nouvelle version représente pour le chanteur espagnol initiateur du projet le premier regard andalou sur Astor Piazzolla, lui-même fort redevable à de nombreuses traditions musicales autres que le tango (classique, jazz, comédies musicales de Broadway, rock...). Il s’agissait pour lui de produire cette operita-tango en en respectant l’esprit et la spécificité sans renoncer lui-même à sa propre identité culturelle andalouse.

Le disque est édité par Naxos et disponible depuis le mois de février dernier.

Cette version a fait l’objet d´un spectacle créé le 6 mars dernier, dans le cadre du 20 festival de Tango de cette ville du sud de l’Espagne, avec la participation de son auteur, Horacio Ferrer et le renfort d’un ensemble de danseurs.

Je n’ai pas encore entendu cette nouvelle interprétation et j’attends avec impatience de pouvoir le faire ce week-end...

Lire l’interview d’Enrique Moratella dans La Opinión de Granada du 6 mars 2008.
María de Buenos Aires est cette année à l'affiche du Teatro Colón, mais en dehors de ses murs pour cause de travaux de réfection complète. Une première série de représentations a eu lieu en avril-mai au Teatro Cervantes. Le spectacle sera repris au printemps en octobre. Avec Horacio Ferrer dans le rôle du Duende.
En Buenos Aires son las 20