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samedi 3 avril 2010

Une nouvelle version de María de Buenos Aires chez Acqua Records [Disques & Livres]

Jacquette du disque

A chaque fois, c'est bien sûr un événement : María de Buenos Aires est un opéra-tango, qui demande de nombreux interprètes, c'est une oeuvre longue et c'est une oeuvre pour le moins complexe tant pour la musique, de Astor Piazzolla, que pour le livret, de Horacio Ferrer. Cette fois-ci, c'est un musicien argentin de 39 ans, installé à Bâle en Suisse, qui tente l'aventure de donner sa propre version de ce morceau de bravoure.

Marcelo Nisinman, qui est bandonéoniste et compositeur, formé au tango et à la musique classique contemporaine, a assuré tous les arrangements et la direction musicale de ce double album, sorti fin février 2010, qu'il lance en ce moment à Buenos Aires et qui est disponible depuis plusieurs semaines sur la boutique en ligne de Zivals (voir dans la rubrique Les commerçants del Barrio de Tango, dans la partie basse de la Colonne de droite).

Aux côtés de Marcelo Nisinman, les interprètes sont plus que prestigieux :
Cristian Zárate (piano), Fernando Suárez Paz (premier violon), Miguel Angel Bertero (second violon), Ricardo Lew (guitare électrique) et Roberto Tormo (contrebasse).
Le rôle de María est interprété par Alicia Vignola et Raúl Lavié tient le rôle du cantor.
Quant au rôle du Duende et du récitant, crée par Horacio Ferrer lui-même et repris encore par lui en 2008, ils sont tenus par Jorge Waisburd (13 décembre 1949-11 novembre 2007) et l'acteur Pedro Domingo Pelusa Suero.
Jorge Waisburd était un chanteur et un animateur radiophonique qui a tenu de nombreuses émissions de radio. Il fut entre autres le fondateur de l'actuelle radio La 2 x 4, la radio publique de Buenos Aires, consacrée entièrement au tango.

Coup sur coup, Crítica de la Argentina et Página/12 publient un papier sur l'événement, le premier le 29 mars et le second aujourd'hui même.

Verbatim :

“La reversión fue una iniciativa absolutamente mía –cuenta el músico, mientras por la ventana se ve esa ciudad que Ferrer imaginó mujer decolorarse por una lluvia fuertísima–. Yo ya había hecho nuevas versiones de otras cosas de Ástor, pero ésta tenía una gran carga emotiva. El tema es Buenos Aires, y yo empecé a sentir que eso era lo que más me empujaba. Pero es una obra larga, que me llevó cuatro años grabar, así que tuve que hacer un esfuerzo mental extra para hacerlo”
Crítica de la Argentina

Faire cette nouvelle version a été une initiative qui n'appartient qu'à moi, raconte le musicien, alors qu'on voit par la fenêtre cette ville que Ferrer a imaginer comme une femme perdant ses couleurs par une terrible pluie. J'avais déjà fait de nouvelles versions d'autres choses de Astor, mais celle-ci avait une grande charge émotionnelle. Le thème, c'est Buenos Aires et j'ai commencé à sentir que c'est cela qui me poussait le plus. Mais c'est une oeuvre longue, qui m'a pris quatre ans à enregistrer. Alors j'ai dû faire un super effort mental pour y arriver.
(traduction Denise Anne Clavilier)

–¿Cómo te enfrentaste al original?–Yo me la sabía de memoria, así que traté de darle una vuelta nueva, mirarla con un prisma personal. Pero que una cosa no quitara la otra: que estuviera el original pero también esta versión, que es mía. La época en que se grabó María... estuvo marcada por los ideales, algo que ellos (Piazzolla y Ferrer) vivieron de manera muy personal. Sabemos que hoy, a la distancia, muchos de los ideales de esa época cambiaron, ¿no?, entonces ahí es donde yo me puedo distanciar y verla –sin pecar de arrogante– con otra visión.
Crítica de la Argentina

Comment t'es-tu affronté à l'original ?
Je la savais par coeur, donc j'ai essayé de lui donner une tournure nouvelle, de la regarder avec un prisme personnel. Mais il fallait qu'une chose ne dévore pas l'autre : que l'original y soit mais aussi cette version-là qui est la mienne. L'époque où on a enregistré
María (1) a été marquée par les idéaux, un truc qu'eux (Piazzolla et Ferrer) ont vécu d'une manière très personnelle. Nous savosn qu'aujourd'hui, avec la distance, beaucoup de ces idéaux de l'époque ont changé, n'est-ce pas ? Alors, c'est là que moi je peux me différencier et la regarder, sans pécher par arrogance, avec une autre vision.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

“Yo vivo en Suiza y a veces veo que, en Europa, en lo primero que se piensa cuando se dice ‘tango’ es en el baile. El tango es mucho más que eso. Escuchá la orquesta de (Carlos) Di Sarli y analizalo desde el punto de vista de la interpretación: tiene una especie de simpleza compleja, está todo muy expuesto, como si fuese la música de Mozart”
Crítica de la Argentina

Moi, je vis en Suisse et des fois, je vois qu'en Europe, la première chose à quoi on pense quand on dit le mot tango, c'est à la danse. Le tango est beaucoup plus que ça. Ecoute l'orquestre de Carlos Di Sarli et analyse-le du point de vue de l'interprétation : il a une espèce de simplicité complexe, tout est très exposé, comme si c'était de la musique de Mozart.
(traduction Denise Anne Clavilier)

“Escribí y realicé esta nueva versión de María con la sensación de transitar esa fina línea que separa al infierno del paraíso”, dice Nisinman en las notas introductorias del CD. “Es que es un material radiactivo”, explica en la entrevista. “Una vez que empecé a trabajar caí en la cuenta de que se trata de una obra muy simbólica, y en un momento sentí que me estaba metiendo con algo que tenía mucho peso. Me pregunté si realmente quería seguir adelante.”
Página/12

J'ai écrit et réalisé cette nouvelle version de María en ayant la sensation de passer cette ligne fine qui sépare l'enfer du paradis, dit Nisinman dans l'introduction du CD. C'est qu'il s'agit d'une matière radioactive, explique-t-il pendant l'interview. Une fois que j'ai commencé à travailler, je me suis rendu compte de ce qu'il s'agissait d'une oeuvre très symbolique et en un instant, j'ai compris que j'étais en train d'enfiler dans un truc qui pesait très lourd. Je me suis demandé si vraiment je voulais continuer.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–¿Y por qué se respondió afirmativamente?
–Bueno, yo siempre trabajé metiéndome en cosas un poco complejas, y ésta no iba a ser la excepción. Cuando fuimos a grabar –la mayor parte de la grabación se hizo en un día, con todos juntos en el estudio– volví a sentir el peso de la importancia de la obra: todos los que participaban estaban muy cargados de energía. La cultura porteña funciona un poco de esa manera inconsciente: los símbolos, los valores están, pero no se especifican hasta que no nos enfrentamos con ellos.
Página/12

Pourquoi avez-vous répondu par l'affirmative ?
Bon, moi, j'ai toujours travaillé en me fourrant dans des trucs un peu compliqués et celui-là n'allait pas faire exception. Quand on s'est mis à enregistrer, la plus grosse partie de l'enregistrement s'est faite en un jour, tous ensemble dans le studio, j'ai compris à nouveau l'importance de l'oeuvre : tous ceux qui participaient étaient très chargés en énergie. La culture portègne fonctionne un peu de cette manière inconsciente-là : les symboles, les valeurs sont là, mais ils ne se singularisent pas tant que nous ne nous affrontons pas à eux
.
(Traducion Denise Anne Clavilier)

–¿Le preocupaba el peso de la figura de Piazzolla como un “intocable”?
–Yo no me enrolo dentro del grupo de los fanáticos de Piazzolla, que se quejaban de los conservadores y pasaron a ocupar ese rol con el tiempo, en defensa de la obra de Piazzolla. A Astor lo admiro, pero hubiese sido tonto hacer una nueva versión de una obra suya para imitarlo. Yo quise darle un giro nuevo a María..., y al mismo tiempo guardar su esencia, ése fue mi desafío. Sí estaba, claro, el peso que tuvo la obra para Piazzolla: él consideraba que María... era una de sus obras cumbres.
Página/12

- Cela vous préoccupait le poids de la figure de Piazzolla comme un intouchable ? (2)
- Je n'ai pas pris ma carte dans le groupe des fanatiques de Piazzolla, qui se plaignaient des conservateurs et qui ont fini par occuper ce rôle avec le temps, pour défendre l'oeuvre de Piazzolla. Astor, je l'admire mais il aurait été idiot de faire une nouvelle version d'une oeuvre à lui pour l'imiter. J'ai voulu donner un nouveau tour à María... Et en même temps, garder l'essentiel. C'est ça qui a été le défi que je me suis lancé. Bien sûr, il y avait le poids qu'a eu l'oeuvre pour Piazzolla : lui considérait que María, c'était un de ses chefs d'oeuvre.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–¿Y cómo se planteó ese desafío?
–Mi versión intenta mostrar que si la música de Piazzolla es tango –algo que a esta altura no merece ni discutirse–, siguiendo una vieja tradición en el mundo de la música y del tango, se puede arreglar de nuevo.
Página/12

- Et comment s'est présenté ce défi ?
- Ma version essaye de montrer que la musique de Piazzolla, c'est du tango -un truc qui à cette altitude-là, qui ne se discute même pas
(3)- suivant une vieille tradition dans le monde du tango et de la musique, on peut en faire de nouveaux arrangements.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Pour lire ces articles en espagnol, vous pouvez vous faire aider par Reverso, le logiciel de traduction en ligne dont vous trouverez le lien dans la rubrique Cambalache (casi ordenado) dans la partie basse de la Colonne de droite.
Pour en savoir plus sur María de Buenos Aires et lire les articles que j'ai consacrés dans ce blog notamment au 40ème anniversaire de sa création en 2008, cliquez sur le mot-clé Maria de BsAs dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus. Les mots-clés de ce bloc vous permettent d'accéder à des séries d'articles en fonction du thème qui vous intéresse.
D'autres thèmes sont accessibles à travers les raccourcis distribués dans les différentes rubriques de la partie haute de la Colonne de droite.

Pour visiter le site de Marcelo Nisinman, cliquez sur le lien
Pour visiter la page Myspace posthume de Jorge Waisburd, cliquez sur le lien.
Pour visiter le site de Fernando Suárez Paz, qui fut premier violon de Astor Piazzolla, cliquez sur le lien.
Pour visiter la page Myspace de Alicia Vignola, cliquez sur le lien.

(1) 1968
(2) On peut comprendre intocable de deux manières : intouchable ou injouable. Les deux sont valables ici.
(3) Allusion à la querelle persistante qu'on fait à Piazzolla depuis 1955 et qui consiste à contester la qualité de tango à sa musique. Vieille querelle des anciens et des modernes qui explique en partie pourquoi le tango a traversé une telle crise dans les années 60 et 70. Parce que de nombreux tangueros ne voulaient pas laisser le monde moderne exister dans cette musique. Piazzolla lui-même avait fini par abandonner le vocable tango et parlait pour sa propre musique de musique urbaine populaire de Buenos Aires.

jeudi 16 avril 2009

María de Buenos Aires au Théâtre Olympia à Athènes [ici]

Captures d'écran du site de l'Opéra National Grec (en grec)


Au mois de mai 2009, du 15 au 24 mai 2009, le Théâtre Olympia présentera l’opéra-tango María de Buenos Aires du tandem Astor Piazzolla-Horacio Ferrer en co-production entre le Teatro Nacional Cervantes de Buenos Aires et l’Opéra National Grec.

Les places sont à 33, 28 et 25 €, tarif réduit de 20 € pour les enfants et de 15 € pour les étudiants.

María de Buenos Aires raconte, en deux tableaux et sous forme d’une fable onirique et cabalistique, l’histoire de la Buenos Aires du peuple depuis l’arrivée massive des immigrants vers 1880 et l’apparition du tango jusqu’à la fin des années 60, c’est-à-dire jusqu’à l’époque même où cet opéra-tango ("miousical" μιούζικαλ, comme dit le théâtre Olympia) a été écrit et composé (1967-1968). Le Teatro Nacional Cervantes a produit ce spectacle l’année dernière en avril d’abord puis l’a repris en octobre, pour marquer les 40 ans de cette création révolutionnaire à Buenos Aires (voir les articles à ce sujet en cliquant sur le titre de l'oeuvre dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus).
Je vous laisse tout seul trouver les nom des auteurs ? Si vous avez l’habitude de lire la composition d’un paquet de gâteaux ou de céréales sur un emballage de l’Union Européenne, c’est super-fastoche : le nom du compositeur suit le titre et ressort en caractères gras, le nom du poète est placé sous le titre et apparaît en caractères ordinaires.
Là-bas, c’est comme ici, on ne connaît que Piazzolla ! L’obstacle de la langue sans doute aussi...

Le théâtre Olympia se situe au 59-61 rue Akadimias, dans le quartier de Mavromihali, unz zone commerçante et officielle de la capitale grecque, pleine de ministères, d’ambassades et de bureaux de représentations d’instances nationales et internationales.

Le spectacle, dont la distribution n’a pas encore été annoncée par l’Opéra National Grec, sera monté sous la supervision et avec la participation du Maestro Horacio Ferrer qui quitte Buenos Aires à la fin de ce mois pour Athènes, afin de participer aux répétitions.

Si vous êtes à Athènes ou y passez pendant cette 3ème semaine de mai, vous pouvez vous renseigner auprès du National Greek Opera, dont le site, bilingue grec-anglais, est accessible sous le lien.

dimanche 2 novembre 2008

El Duende est en Espagne [ici]

Le Maestro Horacio Ferrer est en Espagne pour une présentation du disque des 40 ans de la création de María de Buenos Aires, la version enregistrée au printemps à Grenade par Versus Ensemble. C'est Enrique Moratalla qui a signé les arrangements d'un choix d'oeuvres du duo Piazzolla-Ferrer. Ce chanteur flamenco grenadin a osé remplacer le bandonéon d'Astor Piazzolla par un saxophone (ou plutôt par deux, un soprano et un alto). En cela, il est très fidèle à l'esprit même du compositeur-bandonéoniste qui osait les plus violents sacrilèges, sacrilèges qui furent le plus souvent fort heureux. Dans cette Suite María de Buenos Aires édité sous le label de Naxos, la substitution donne un effet splendide.

Dans le récital comme dans l'enregistrement, Horacio Ferrer tient son rôle du Duende, rôle qu'il tenait à la création en mai 1968 et personnage qui lui valut ce surnom dont Piazzolla le baptisa et dont je crois qu'il l'aime bien... El Duende sort tout juste d'une série de représentations de cette même pièce, mais sous la forme intégral d'un spectacle complet avec chorégraphie et mise en scène qui s'est achevée le 26 octobre. C'était au Teatro Cervantes de Buenos Aires avec une autre distribution dans les autres rôles.

Dans le récital actuel, le rôle du Cantor (qui prend en charge plusieurs personnages, puisque l'intrigue nous conduit de la Buenos Aires des années 1880 qui virent naître le tango jusqu'à l'orée des années 1970 contemporaines de l'écriture) est tenu par Enrique Moratella.

Le rôle de María, jeune fille déchue que la mort transfigure et transforme en l'âme immortelle de la ville de Buenos Aires, est tenu par la soprano lyrique espagnole María Joly-Rey.

Le récital se compose de plusieurs instrumentaux d'Astor Piazzolla (Milonga del Angel, Verano Porteño, Libertango et Oblivión), les deux grands cantables devenus des classiques du genre (Balada para un loco et Chiquilín de Bachín), chantés par Moratalla, et cinq extraits de María de Buenos Aires dont le célébrissime Yo soy María.

La troupe composée du groupe Versus Ensemble, Enrique Moratalla, María Joly-Rey et Horacio Ferrer sera à Barcelone mardi soir, 4 novembre, à 21h, Sala Luz de Gaz, rue Muntaner 246 (entrée : 22 €) puis à Madrid, jeudi soir, 6 novembre à 21h, au Circulo de Bellas Artes, 2 rue Marqués de Casa Riera (entrée 17 € pour les adhérents et 20 pour le public général).
Le Circulo de Bellas Artes fait du récital un hommage à Astor Piazzolla.

Horacio Ferrer et Enrique Moratalla, grand connaisseur du tango qui évite magnifiquement le piège d'imiter les Portègnes, se sont connus et appréciés il y a plusieurs années au Festival de Tango de Granada, qui a fêté au printemps dernier sa 20ème édition. Le Maestro s'y rend tous les ans. Dans le vestibule de l'Academia Nacional du Tango, à Buenos Aires, figure en bonne place une grande affiche d'une ancienne édition de ce festival qui fut le tout premier consacré au Tango hors du continent sud-américain.

Dans son supplément culturel du samedi Babelia, le quotidien madrilène El Pais consacrait hier un article à l'événement avec une assez longue interview d'Horacio Ferrer où il revient sur la génèse de cette operita et sur son partenariat artistique avec Astor Piazzolla.

samedi 11 octobre 2008

Patricia Barone invitée d'honneur à Córdoba [à l'affiche]

Dans le cadre de l'année Atahulpa Yupanqui (el año yupanquiño), décrétée par la Province de Córdoba, (1) la Orquesta provincial de Música ciudadana a invité la chanteuse portègne Patricia Barone au Teatro del Libertador General San Martín.
La Orquesta provincial existe depuis 1984 et depuis 2004 elle est placée sous la direction du bandonéoniste et compositeur Osvaldo Piro. Le chanteur titulaire de la formation s'appelle Gustavo Visentín, il participera lui aussi au concert ainsi qu'un autre chanteur, Jorge Guillermo. Le couple de danseurs attaché à l'orchestre sera aussi sur scène : Walter Vergara et Rosalia Ortíz.

L'année dernière, sous la direction du Maestro Piro, la Orquesta provincial a sorti son premier disque, intitulé Eclipse.

Le concert de Patricia aura lieu samedi prochain, le 18 octobre, à 21h30, au Teatro del Libertador General San Martín, le grand théâtre à l'italienne de cette capitale provinciale. Comme souvent dans un théâtre à l'italienne, le prix des places varie en fonction de la plus ou moins grande visibilté : 40 $ à l'orchestre, 10, 8, 6 aux différents balcons et corbeilles, 4 au paraiso, ce qu'on appelle aussi en français le paradis (cf. Les Enfants du Paradis de Jacques Prévert et Marcel Carné) mais plus souvent encore de nos jours, on appelle ce dernier étage le poulailler.

Avec ce concert, Patricia Barone prend sa juste place dans une longue série d'invités prestigieux et talentueux : Rubén Juárez, le bandonéoniste et chanteur de tango de Córdoba (que personne ne le prenne pour un Portègne...), le pianiste, compositeur et chef d'orchestre Atilio Stampone, la chanteuse et comédienne Susana Rinaldi (ex-épouse d'Osvaldo Piro, avec lequel elle a renoué artistiquement avec un récital en décembre 2006 à retrouver dans les podcasts 60 et 61 de Tango City Tour), l'auteur-compositeur-interprète Eladía Blázquez, l'auteur-compositeur et chanteur Guillermo Fernández... sans parler d'Horacio Ferrer, venu participer à l'un des tout premiers concerts de l'orchestre au moment où il s'est établi au Teatro del Libertador General San Martín en 1992.

Patricia Barone est mariée au compositeur et guitariste Javier González. Ensemble, ils ont déjà sorti plusieurs disques dont vous pouvez écouter des extraits sur leur site et créé un bon nombre de morceaux signé par Javier avec de jeunes poètes contemporains. Patricia est l'une des deux chanteuses de María de Buenos Aires (Astor Piazzolla et Horacio Ferrer) qui tiennent de nos jours le rôle-titre créé en 1968 par Amelita Baltar. Patricia joue et chante María dans les reprises produites par la Fondación Astor Piazzolla. Ce fut le cas en février de cette année avec une tournée en Italie. C'est aussi le cas dans le double album que la Fondación a co-édité avec Milán en 2004 (version intégrale).

Ce n'est pas la première fois que Patricia Barone travaille avec Osvaldo Piro. Il l'avait déjà invitée à chanter avec lui en 1993. Elle a participé à l'enregristrement de son disque Min-On Tango et a réalisé avec lui plusieurs tournées dans les pays limitrophes (Chili, Paraguay...).
Si vous voulez découvrir le travail d'Osvaldo Piro, vous pouvez visiter sa page sur My Space et aller télécharger les deux podcasts de Tango City Tour. Osvaldo Piro a également plusieurs disques toujours dans le commerce.

Enfin pour en savoir un peu plus sur la Orquesta Provincial, cliquez sur son nom pour vous connecter directement sur la page ou allez visiter le site même du gouvernement de cette Province en cliquant ici.

(1) Le 31 janvier de cette année, Córdoba a fêté en grande pompe le 100e anniversaire de la naissance du grand musicien et poète folkloriste Atahulpa Yupanqui, originaire de cette province.

lundi 29 septembre 2008

María de Buenos Aires au Teatro Nacional Cervantes [à l’affiche]

Horacio Ferrer et Julia Zenko, Teatro Nacional Cervantes avril 2008


A l’occasion des 40 ans de sa création, le 8 mai 1968, dans la capitale argentine, le Teatro Nacional Cervantes reprend María de Buenos Aires, dans la version créée en avril de cette année. La operita María de Buenos Aires est la première oeuvre commune d’Astor Piazzolla et Horacio Ferrer. Elle figure en première place dans le Teatro Completo, María de Buenos Aires y otras obras, de Horacio Ferrer, el Duende, publié l’année dernière par la Editorial del Soñador. Bien qu’il se soit essayé à l’écriture dramatique avant 1967, le Maestro Ferrer considère que cet opera-tango est sa première oeuvre théâtrale. L’écriture de María fit immédiatement suite à la publication du son premier recueil poétique (Romancero Canyengue, réédité il y a peu aux Editions Continental, 1999, BsAs). Depuis plusieurs années, Astor Piazzolla rêvait de faire sur et pour Buenos Aires la comédie musicale que West Side Story était déjà pour New York. Et Horacio Ferrer savait fort bien qu’il caressait ce projet. Les deux hommes se connaissaient depuis 20 ans ! Au fur et à mesure que leur amitié avait grandi, notamment à partir de 1955, quand Horacio Ferrer organisa un concert de Piazzolla à Montevideo, dans les locaux de l’association qu’il présidait alors (déjà !), el Club de la Guardia Nueva, Piazzolla avait eu maintes fois l’occasion d’en parler avec et devant lui. Qui plus est, Ferrer tentait de convaincre Piazzolla de composer des tangos cantables. Jusqu’en 1967, à part une douzaine de morceaux avec des textes de Jorge Luis Borges - excusez du peu ! et créés -excusez du peu ! (bis), par Edmundo Rivero, le compositeur livrait presque exclusivement des pièces instrumentales.

Toujours est-il qu’emballé par la découverte du talent de poète de son ami uruguayen, talent qui lui était resté inconnu jusque là, Piazzolla, que Pichuco avait surnommé El Gato (le chat ou le petit-chose), lui passa commande d’un livret pour cet opera-tango qu’il appelait de ses voeux. Et comme Horacio Ferrer en rêvait sans doute tout autant que lui, il se mit au travail sur le champs et quelques temps plus tard, Piazzolla débarqua pour venir découvrir chez Horacio Ferrer, à Montevideo, le résultat. Chez lui, il trouva son ami dans ses petits souliers, bigrement inquiet de savoir ce que lui allait penser du projet (c’est Piazzolla qui raconte l’anecdote). Au moment de la création, celui déclara à la presse qu’il considérait qu’Horacio Ferrer (qui était uruguayen et pas encore bi-national à cette époque) avait déjà sa place parmi les classiques de la littérature portègne ! C’est vous dire s’il avait aimé cet argument délirant et fastueux, historique et irrationnel, où Horacio Ferrer s’est composé un rôle qui lui va comme un gant et qu’il a visiblement un immense plaisir à jouer encore et toujours (il suffit d’écouter le son de sa voix et de voir son regard quand il en parle), le rôle terriblement romantique du Duende, l’esprit du tango, en redingote, canne et chapeau melon, amoureux fou et chaste de María durant sa vie misérable et au-delà de sa mort, lorsque son ombre, cet esprit éthéré, symbolise la ville et sa féminité tout en érotisme contenu et tendu. C’est ce rôle qui lui vaut son surnom, el Duende, dont Astor Piazzolla s’est bien amusé à l’affubler et dont lui s’amuse beaucoup.

Ce rôle parlé qu’il va reprendre en ce mois d’octobre au Cervantes, avec cette diction tirée au cordeau qui le caractérise, y compris quand il bavarde avec vous...

Partagent la scène avec lui la chanteuse Julia Zenko dans le rôle-titre et le chanteur, qui est aussi parolier et compositeur, Guillermo Fernández dans le rôle du Cantor, le rôle masculin chanté. L’orchestre est placé sous la direction de Marcelo Lombardero. Les chanteurs Laura González y Marcelo Tommasi (le chanteur titulaire de la Orquesta de Tango de la Ciudad de Buenos Aires) (1) assureront les remplacements en cas d’indisponibilité de Julia Zenko ou de Guillermo Fernández.

En avril, la place coûtait 20 $ et 15 en tarif réduit le jeudi. Le prix peut varier pour cette reprise (inflation de 25% l’an oblige).

Discographie :
il existe une version de María de Buenos Aires avec Julia Zenko (María), Jairo (el Cantor), Horacio Ferrer (El Duende) sous la direction de Gidon Kremer (Teldec Classic, 1999),
une version enregistrée en public, en septembre 2003, au Centro Cultural Borges, avec Patricia Barone, José Angel Trelles (qui fut le dernier chanteur de Piazzolla) et Juan Vitali (avec aux percussions le petit-fils d'Astor, le musicuen de rock Daniel "Pipi" Piazzolla) éditée par la Fondation Astor Piazzolla et les Editions Milan Music,
une version flamenca enregistré en mars à Grenade et sortie en août avec María Rey-Joly, Enrique Moratalla et Horacio Ferrer avec Versus Ensamble (Naxos 2008) dont je vous ai parlé en août dans Chroniques de Buenos Aires,
et, last but not least, la version originale jouée (et dirigée) par Astor Piazzolla au bandonéon, avec Amelita Baltar, Héctor de Rosas et Horacio Ferrer, une version multi-rééditée par Trova.

María de Buenos Aires a également tourné au printemps en Europe, notamment en Italie, avec Patricia Barone dans le rôle-titre.

(1) A noter, en marge de María de Buenos Aires, que Marcelo Tomassi s’apprête à sortir pour le début de l’année 2009, un nouvel album qui s’intitulera Buenos Aires es tu fiesta et sera composé de morceaux écrits par le duo (la dupla, dit-on à Buenos Aires) Raúl Garello et Horacio Ferrer (donc des tangos,des valses et des milongas de première qualité et dont il existe -pour l’heure- que de rares enregistrements).

lundi 18 août 2008

La réponse était oui [à l’affiche]

Dans Nuevos, le nouveau disque de El Arranque (30 juillet), je vous disais que dans le jeu de société inclus dans leur nouveau disque, ces tangueros nous posaient la question : "peut-on être étranger et bien jouer du tango ?" Et j’avais répondu que mon expérience m’incitait à répondre non, vu ce qu’on entend au disque, sans toutefois écarter l’hypothèse selon laquelle cette réponse n’était pas la bonne. Eh bien, j’avais raison : j’avais tort !

La soirée consacrée à des oeuvres de Piazzolla-Ferrer dans l’interprétation de Versus Ensemble ce soir était à tomber par terre... Or ce sont des Espagnols.
Le chanteur Enrique Moratella est andalou et il en a l’accent, à couper au couteau. Généralement en tango, ça m´énerve et j’ai souvent cru que, dans les enregistrements réalisés par des Européens, l’accent participait à me donner cette impression fausse que je déteste. Ce soir, à l’Academia Nacional del Tango, je viens de faire l’expérience réconfortante que pas du tout. En fait, c’est la façon de chanter qui fait tout, la sobriété ou le grand guignol.
Et du grand guignol, j’en ai eu hier dans un show bricolé à la hâte, en catastrophe, pour pallier l’indisposition du grand, vrai chanteur prévu au programme. Donc j’ai encore plus apprécié cette interprétation d’une rare puissance de cette musique si singulière, si connue aussi, si profondément marquée par les interprétations phares qu’en firent Piazzolla lui-même pour la partie instrumentale et Roberto Goyeneche et Amelita Baltar pour la partie vocale.

La soirée a commencé sur un Acto académico avec un hommage très fort rendu par Horacio Ferrer au Festival de tango de Grenade devant l’Ambassadeur d’Espagne et avec la présentation solennelle du prochain Sommet mondial du Tango à Bariloche en mars 2008, en présence de représentants de cette station de sport d´hiver patagonienne, qui ont régalé les spectateurs précoces, dont je faisais partie, d’une des deux spécialités gastronomiques de San Carlos de Bariloche : des chocolats. Fameux au reste ! L’autre spécialité, c’est l´agneau de Patagonie, le Meilleur du Monde d’après les Argentins, et même supérieur, disent-ils, à notre agneau de prés salés français. Et ça, je demande à voir ! Bref, revenons à nos montons, comme dirait l’autre, à savoir le Sommet mondial du tango à Bariloche (je vous en reparlerai ailleurs) et la remise de la médaille de la Ville de Buenos Aires, par un élu de la Legislatura, à Enrique Moratella qui a répondu, avec émotion, par un très beau et sobre discours dans lequel il a pris l’engagement de se donner encore davantage désormais au dialogue artistique interculturel.

La soirée s’est poursuivie par le concert lui-même : pluieurs pièces instrumentales de Piazzolla dont Adiós Nonino, trois extraits de María de Buenos Aires avec Enrique Moratella dans le rôle du chanteur et Horacio Ferrer, grosse fleur à la boutonnière et lavallière de payador autour du cou, dans celui du Duende. Un ensemble qui a pris tout le monde dans une émotion qui était palpable. Pour finir, Moratella nous a offert, en quasi duo avec Horacio Ferrer, un Chiquilín de Bachín et une Balada para un loco à couper le souffle.
Il a souhaité enfin conclure en sortant du tango et en dédiant à Horacio Ferrer son interprétation magistrale et sans esbrouffe d’un poème de Federico García Lorca, grand écrivain andalou qui a beaucoup ensemencé, esthétiquement et intellectuellement, le milieu du tango portègne et qui fut aussi un familier de l’endroit, puisqu’il fréquenta beaucoup le Café Tortoni, situé à l’étage du dessous....

Donc oui, quand on est étranger et ¡ même quand on est espagnol ! on peut bien chanter le tango et même très bien, et même mieux que certains Argentins qui cabotinent et en font des tonnes en criant dans le micro au lieu de... chanter.

En Buenos Aires, es la 1 de la mañana...

dimanche 17 août 2008

Versus Ensemble à la Academia Nacional del Tango [à l’affiche]


Versus Ensemble, groupe de musiciens andalous très inspiré par le flamenco et non pas insensible au jazz, sera à la Academia Nacional del Tango ce dimanche 17 août, à 19h30, au Salón de los Angelitos Horacio Ferrer, dans le cadre du 10e festival de Tango de Buenos Aires.

Versus Ensemble se compose d'un violon, un saxophone, un piano, une guitare et une contrebasse. Comme una orquesta típica, à la seule différence que le saxophone remplacerait le bandoneon, ce qui pourrait rappeler au lecteur l'ensemble portègne Siglo Treinta de Néstor Tomassini.
En mars de cette année, pour les 40 ans de la création de María de Buenos Aires (Astor Piazzolla et Horacio Ferrer), ils en ont enregistré une version avec Horacio Ferrer dans le rôle du Duende, rôle qu’il tenait déjà à la création (el Duende, c’est le génie, le lutin, le farfadet), et la soprano María Rey-Joly dans le rôle de María, le personnage central qui représente la ville même de Buenos Aires et que créa, et avec quel panache, la chanteuse argentine Amelita Baltar, seconde épouse d’Astor Piazzolla. C’est le chanteur grenadin Enrique Moratalla qui prête sa voix au rôle multiple tenu en mai 1968 par le chanteur de l’orchestre d’Astor Piazzolla, Héctor de Rosas.

Cette nouvelle version représente pour le chanteur espagnol initiateur du projet le premier regard andalou sur Astor Piazzolla, lui-même fort redevable à de nombreuses traditions musicales autres que le tango (classique, jazz, comédies musicales de Broadway, rock...). Il s’agissait pour lui de produire cette operita-tango en en respectant l’esprit et la spécificité sans renoncer lui-même à sa propre identité culturelle andalouse.

Le disque est édité par Naxos et disponible depuis le mois de février dernier.

Cette version a fait l’objet d´un spectacle créé le 6 mars dernier, dans le cadre du 20 festival de Tango de cette ville du sud de l’Espagne, avec la participation de son auteur, Horacio Ferrer et le renfort d’un ensemble de danseurs.

Je n’ai pas encore entendu cette nouvelle interprétation et j’attends avec impatience de pouvoir le faire ce week-end...

Lire l’interview d’Enrique Moratella dans La Opinión de Granada du 6 mars 2008.
María de Buenos Aires est cette année à l'affiche du Teatro Colón, mais en dehors de ses murs pour cause de travaux de réfection complète. Une première série de représentations a eu lieu en avril-mai au Teatro Cervantes. Le spectacle sera repris au printemps en octobre. Avec Horacio Ferrer dans le rôle du Duende.
En Buenos Aires son las 20