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mercredi 17 juin 2015

Le monde à l'envers à Göteborg ! [ici]

Photo tirée de la page Facebook de Fuegos de Oktubre

En voilà une information abracadabrante : les représentants de l'Argentine sont arrivés bon derniers au Championnat mondial du Barbecue, qui se tenait dans la ville suédoise de Göteborg les 14 et 15 juin... C'est comme si le Japon arrivait dernier en judo aux Jeux Olympiques ou un sommelier français dernier d'un concours œnologique !

Mais il y a une explication à tout : l'équipe argentine, qui porte le beau nom de Fuegos de Oktubre (1), s'est affranchie, volontairement et résolument, des règles du concours. Elle a refusé d'utiliser le matériel standardisé obligatoire (barbecue à charbon, à cuve de métal, avec pare-vent et tout le toutim) et de servir avec la sauce réglementaire, une infâme mixture que les Anglo-Saxons nomment barbacoa sauce. Et vive la lutte contre la mondialisation !
La joyeuse équipe d'omnivores argentins a donc fait l'asado à la mode de chez elle : le feu de charbons allumé directement sur le sol, la parrilla (grille) nationale à montants métalliques et la viande posée directement sur la parrilla, sans lèche frite, ni coupe-vent ni cuve (pas assez hygiénique pour la Scandinavie !). Une fois cuite à cœur comme il convient dans le Cono Azul, la viande a été accompagnée de la traditionnelle et délicieuse (plus que ça, même !) salsa chimichurri et mangée avec les doigts (para chuparse los dedos) (2).
Dans sa version traditionnelle, ce chef d'œuvre de la gastronomique gaucha qu'est la salsa chimichurri se compose d'herbes aromatiques et de piment (ají) en poudre. Le tout est macéré au moins une heure dans un vinaigre de vin, salé et poivré puis noyé dans une huile d'olive issue d'une première pression à froid produite dans l'une ou l'autre des provinces de la région de Cuyo (Mendoza, San Luis, San Juan).

Photo Fuegos de Oktubre publiée sur leur page Facebook
Dernier jour de l'épreuve
et dernière bravade de l'équipe argentine aux autorités arbitrales du concours


Ce matin, partout en Argentine, nombreux sont les journaux à faire contre mauvaise fortune bon cœur (d'autant que l'Argentine a tout de même remporté son match de foot hier au Chili dans la Copa America, l'honneur est sauf !) en s'amusant de ce résultat absurde, comme le font eux-mêmes les membres de Fuegos de Oktubre sur leur page Facebook.

Mais le pire, c'est tout de même que l'équipe déclarée championne du monde est celle qui représentait l'Angleterre. Inutile de vous dire qu'en Argentine, un championnat du monde de la viande rôtie au feu de bois qui couronne l'Angleterre, c'est la fin des haricots.


Le 12 mai dernier, la fine équipe avait fait la une d'un gratuit argentin

La délégation argentine n'a d'ailleurs jamais réussi à s'imposer dans cette compétition régie par le goût yanki. C'est dire si les dés sont pipés.

Un véritable choc des civilisations !


Carte téléchargeable sur le site Internet de l'IGN argentin
cliquez sur l'image pour lire le nom des provinces

Pour avoir faire le tour de l'Argentine en cris, en rage et en franche rigolade :
lire l'article de Diario Uno (Mendoza)
lire l'article de Los Andes (Mendoza)
lire l'article de La Capital (Rosario, Prov. Santa Fe)
lire l'article de El Día (La Plata, Prov. Buenos Aires)
lire l'article de Río Negro (Río Negro)
lire l'article de El Litoral (Corrientes)

Et en quelques sites Web spécialisés :
consulter le site Internet de Locos por el Asado (les dingues de l'asado) et leur page Facebook, remplie jusqu'à la gueule de recettes filmées, pour tout cuisiner à la parrilla, de la viande, des légumes, du poisson, du fromage, du pain, des gâteaux, des fruits !
visionner la présentation de l'équipe argentine au Mundial del Asado 2015 dans l'émission Cocineros Argentinos de TV Pública


(1) Cela sonne comme feux de printemps en Argentine. Mais il n'est pas exclu qu'il y ait par-dessous une idée très patriote (le 12 octobre, c'est la fête de l'hispanité, aujourd'hui la fête de la diversité culturelle, pour célébrer la découverte du Nouveau Monde par Christophe Colomb, et le 17 octobre, c'est la fête de la loyauté, une fête péroniste qui rappelle la grande manifestation de 1945 où le peuple de Buenos Aires a exigé la libération de Perón qui avait été arrêté lors d'une révolution de palais l'avant-veille).
(2) Chuparse los dedos : littéralement "se lécher les doigts". Cela veut dire "se régaler". Or on mange volontiers la viande avec les doigts, le cuisinier étant le seul à la découper en petits cubes ou en lamelles, avec le facón du gaucho, un long couteau à grosse lame.

vendredi 31 octobre 2014

Le festival Raíz revient régaler son monde [Coutumes]


La grande fête de la gastronomie argentine commence ce midi pour trois jours à Tecnopolis, dans la petite ceinture, à l'ouest de Buenos Aires.

Les différentes traditions de l'asado sont là avec la Patagonie mapuche (Province de Neúquen), Mendoza, Entre Ríos, Catamarca et Santa Fe.

Plein de chefs sont sur place, pour animer des master classes, des dégustations, des ateliers pour les petits et les grands.

Toutes les Provinces ont leur stand et même un certain nombre de pays étrangers seront représentés par leurs spécialités, comme le Japon, l'Italie, la France, les pays arabes, la Thaïlande.

Deux milles produits de l'industrie agro-alimentaire nationale se feront admirer.

Un programme de conférences est aussi disponible, avec de l'histoire et de l'anthropologie...

Bref, c'est une vraie fête !



L'année dernière, le même événement, dont j'avais parlé dans ces colonnes, avait attiré 300 000 visiteurs, 72 restaurants et 50 événements gastronomiques. Le sujet est d'importance car il appartient à cette grande interrogation des Argentins sur la nature de leur identité nationale...

Entrée libre et gratuite, à Tecnopolis (depuis Buenos Aires, on peut passer par le Parque General Paz, dont le Parque del Bicentenario est limitrophe).

Pour en savoir plus :
et se connecter sur la page Facebook de Tecnopolis.

jeudi 17 octobre 2013

Festival Raíz à Tecnópolis [Coutumes]

Capture d'écran du site Internet

Premier Festival de Gastronomie nationale (argentine) au parc Tecnópolis, dans la petite ceinture de Buenos Aires (esquina General Paz y Constituyentes), du 17 au 20 octobre 2013, de 12h à 23h, au moment même où la France célèbre sa traditionnelle Semaine du Goût. On ne pouvait pas mieux tomber.

Entre la poire et le fromage...
(Photo Festival Raíz)

Pendant quatre jours, tout le monde est invité à venir découvrir la diversité des traditions culinaires et gastronomiques du patchwork argentin avec ses vingt-quatre Provinces et toutes les influences venant de presque tous les pays du monde. Ce festival se veut une fête du goût et des sens, tous les sens puisque la musique y a aussi sa place (les Argentins n'ont pas encore cultivé l'accord mets-vin mais ils maîtrisent à la perfection celui entre les mets et la musique, un accord très exotique pour nous !).
Regardez l'agenda : vous y trouverez la fête de l'omelette géante, la fête des Vendanges si traditionnelle à Mendoza (en avril, à l'automne, pas maintenant : on est en pleine saison des fraises !) et ainsi d'une trentaine de manifestations régionales aussi goûteuses les unes que les autres.

J'avoue : cette photo est un peu "too much" surtout avec les types à cheval en arrière-plan.
Mais la communication institutionnelle argentine est souvent "too much" !
(Photo Festival Raíz)

Des producteurs variés sont présents. Des producteurs de tout. Miel, bière artisanale, vin, agneau patagonien (il paraît que seul notre agneau de pré-salé peut prétendre l'égaler), toutes les techniques d'asado (barbecue), les charcuteries (fiambres), les fruits frais et secs...

Le patio du brasseur, dit le site Internet !
(photo Festival Raíz)

La fine équipe de l'émission culinaire Cocineros Argentinos, qui passe tous les jours sur Canal 7, est présente sur la foire. Dégustation de viandes rôties, ateliers de cuisine pour les enfants et d'autres pour leurs parents et même création de la nouvelle cuisine argentine (aussi chichiteuse que son ancêtre française, déjà passée de mode et morte de ses propres excès)...

Si vous êtes de passage à Buenos Aires, ça vaut vraiment le coup d'aller y faire un tour...

Plan de la manifestation. Cliquez sur l'image pour obtenir une meilleure résolution.

Pour en savoir plus :
visiter les pages du Festival sur le site Internet de Tecnópolis
lire l'article de Página/12 sur cette initiative.

Ajout du 20 octobre 2013 :
lire l'article du 19 octobre sur Página/12 (un vrai régal, avec ce bout d'interview du champion de l'asado qui vous raconte les petites anecdotes de cette compétition hors normes).

mercredi 13 avril 2011

Comment faire un asado à l'uruguayenne : un dossier de El País [Coutumes]


Cette journée uruguayenne ne serait pas complète sans une rivalité gastronomique traditionnelle entre le petit pays de l'est et le géant de l'ouest... L'une de ces rivalités gastronomiques (il y en a plusieurs de part et d'autre du Río de la Plata), c'est celle qui oppose l'asado uruguayen et l'asado argentin, chacun prétendant être le meilleur au monde. Bien sûr...

C'est à nouveau dans le supplément touristique de El País qu'on trouve cet article pour tout savoir sur la meilleure manière de faire un asado, ces barbecues géants des week-ends et des fêtes autour du Río de la Plata.

Grosse rigolade dans ces lignes, où le rédacteur s'offre la tête des Argentins (qui ont une viande beaucoup moins savoureuse que son homologue uruguayenne, à part un morceau dont le journaliste reconnaît qu'il est meilleur de l'autre côté de l'eau), celle des Portègnes qui font le feu au charbon (1) et non au bois, celle des Mexicains qui cuisent la viande au contact de la flamme (quelle hérésie !) et celle d'un prétentieux catalan qui, sur une vidéo, enseignent l'art de l'asado aux Argentins et aux Uruguayens.

L'article est une merveille de drôlerie, d'exagération typiquement rioplatense. Vous y verrez des photos à vous faire prendre l'avion dans le quart d'heure qui suit, dont une en forme de Dernière Cène qui, en ces temps de publicité à outrance pour les chocolats de Pâques, ne vous échappera pas.

Pour aller plus loin :

(1) Les meilleurs sont faits avec du bois de quebracho, un grand arbre dont le bois est recherché aussi pour la construction.

mercredi 9 février 2011

Les 16 secrets d'un bon asado tous les mercredis avec l'édition de Clarín [Coutumes]

Le quotidien Clarín lance une série de 16 fascicules sur les secrets du bon asado, ce barbecue monstre, si traditionnel qu'il en est devenu identitaire, que les Argentins (et les Uruguayens) apprécient au plus haut point, surtout le dimanche à la belle saison.

Couverture du fascicule n° 1 (celui d'aujourd'hui)

Ces fascicules sont vendus tous les mercredis avec le journal, et un supplément de prix de 11,90 $. On peut aussi les acquérir sans l'édition du jour, au prix majoré de 16,90 $.

Toutes les viandes seront passées en revue, le boeuf (les Argentins et les Uruguayens parlent eux de carne ou de vaca, la vache), l'agneau (celui de Patagonie passe pour l'un des meilleurs du monde, ne rivalisant, dit-on, qu'avec l'agneau de prè-salé français, cocorico !, et encore, celui de Patagonie est, paraît-il, meilleur...), le porc, le poulet, les morceaux de muscle comme les abats et toute la saucissonnaille qui va avec (les chorizos et les boudins, qu'il faut avoir goûtés, c'est fameux). Même le poisson aura sa part.

Dans chaque numéro, Juan Bracelli, l'un des chefs vedettes de l'émission télévisuelle Cocineros Argentinos, dont je vous parlais en décembre au sujet d'une fête de Hanoucka organisée par l'association culturelle juive Yoktime à Palermo (voir mon article du 3 décembre 2010 à ce sujet), donnera une astuce de gourmet pour un barbecue original.

Couverture du fascicule n° 2

Les couvertures des deux premiers numéros, publiées par le journal aujourd'hui, mettent l'eau à la bouche. Remarquez la mise en scène soigneuse du numéro 1 (au dessus) : petit cours d'eau sauvage en arrière-plan, selle de cheval et chalina typique (ce tissu épais, frangé et savamment orné posé sur le tronc d'arbre) pour le côté bivouac de gauchos et bouteille de rouge (sans doute du Malbec ; avec le travers, cela s'impose) avec verre à pied pour le confort des citadins en vadrouille. L'image vient de la Buenos Aires des années 20, quand les arroyos n'étaient pas encore tous canalisés et enterrés sous les avenues périphériques et que les familles populaires allaient, l'été, passer le dimanche au bord de l'eau, en pique-niquant. Les Argentins eux aussi ont des clichés pour alimenter leur propre nostalgie d'un monde perdu (et qui n'a jamais existé comme ils l'idéalisent là-bas non plus). La publicité, là-bas comme ici, en fait un usage abondant pour vanter la soi-disant authenticité des produits alimentaires.

Pour aller plus loin :
lire l'article de Clarín.

lundi 11 janvier 2010

Exposition-vente gastronomique à Paris au Lafayette Gourmet [ici]

Photo choisie par Clarín por cette opération parisienne...

C’est l’une des toutes premières manifestations du bicentenaire de l’Argentine en France et c’est une opération commerciale, soutenue par Exportar (l’organisme officiel argentin qui soutient l’exportation nationale) et l’Ambassade d’Argentine en France. Le magasin Haussmann des Galeries Lafayette propose du 8 au 30 janvier 2010 une exposition-vente-dégustation de produits argentins dans ses nombreux restaurants ou points de restauration et son épicerie de luxe, au nom explicite de Gourmet Lafayette.

Le catalogue des produits proposés est disponible en format pdf sur le site du magasin : huiles d’olive (elles sont généralement très bonnes), vins (il faut goûter, ceux qui sont proposés sont sûrement très bons, l’image de marque de ce magasin de prestige étant en jeu), confitures, dulce de leche, yerba mate et alfojores sans oublier la viande, très haut de gamme (Gourmet oblige). Le dulce de leche et les alfojores présentés sont d’une marque haut de gamme (Havanna) et de très bonne qualité. Je n’ai vu aucune référence de fromage. C’est dommage, il y a des choses goûteuses du côté de Tandíl ou de Santa Rosa, pour citer deux villes de la Province de Buenos Aires. Le catalogue n’affiche qu’une seule référence de yerba mate, une de celles appartenant à la marque Taragüi. A mon goût, ce n’est pas la meilleure mais elle a pour elle d’être l’une de plus largement répandue en Argentine. Elle appartient à un très gros groupe producteur, le leader mondial de ce produit si emblématique, le groupe Las Marías, dont la marque La Merced me paraît nettement supérieure en qualité pour la yerba mate (visitez le site de Las Marías). Sous la même marque Taragüi, sont aussi proposés des infusions et du thé, le même que vous boirez à bord des vols Aerolineas Argentinas (ceci dit, l’Argentine n’est pas le terroir de référence pour le thé, elle ne dispose pas non plus d’une tradition aussi ancienne que l’Asie et le produit final s’en ressent, comme pour le vin et le fromage, secteurs dans lesquels vous pouvez trouver, mais uniquement là-bas, sur place, le très bon comme le très médiocre. Le très médiocre a peu de chance d’arriver jusqu’en Europe).

Clarín consacre à l’événement un article de son supplément Guide gastronomique Viaresto.

Vous trouverez aussi dans le même supplément deux articles très intéressants :
l’un porte sur une série documentaire qui passera toute la semaine sur la chaîne généraliste de la télévision publique Canal 7, Cocineros argentinos (cuisiniers argentins),
l’autre est la critique d’un livre intitulé Comida criolla (à traduire en l’occurrence par "Nourriture argentine") et qui raconte l’histoire de la gastronomie argentine faite d’apports venus de partout en Europe. Le chroniqueur de Viaresto s’étonne presque d’y avoir lu que l’empanada n’était pas une recette autochtone argentine, ce qui ne peut manquer de nous faire sourire, nous autres Européens, pour peu qu’on ait un jour mis le pied en Espagne où l’on trouve partout ce type de chausson fourré originaire sans doute de Galice (lire mon article sur l’empanada vue par Enrique Santos Discépolo et mon article sur la recette maison d’empanada criolla de carne de mon amie Teresa, et régalez-vous !). La réaction du journaliste en dit long sur la faible connaissance des Argentins quant aux tables traditionnelles en Europe...

Et comme le présent article n’est pas du publi-rédactionnel, qu’il en va de mon honneur d’éditrice de blog sur l’actualité du tango argentin (non mais !), je tiens à signaler qu’il y a plusieurs autres adresses à Paris où vous pouvez trouver, et cela en permanence, de très bons produits argentins.
En voici une, à l’opposé esthétique de Gourmet Lafayette : Epicerie du Monde, Chez Izraël, 30 rue François Miron, Paris 4ème arrondissement (derrière la mairie du 4ème et l’église Saint Gervais).
Passez-y, vous m’en direz des nouvelles : les empanadas, quand il y en a encore (allez-y le matin, c’est plus prudent), sont à ne pas louper. Et les références de yerba mate, de dulce de leche et d’alfajores (biscuits fourrés et croquants) sont variées. Chères aussi... mais ça, c’est la distance géographique, les coûts de transport et les taxes douanières... Izraël et sa famille travaillent à l’ancienne, avec les sacs de jute remplis de riz, de farines, de légumineuses et de fruits secs de toutes les formes et de toutes les couleurs directement posés sur le carrelage. Pas de site Internet ni de vente en ligne chez eux. Il faut passer au magasin et se laisser envahir par les odeurs et l’avalanche de couleurs, de paquets, de flaconnages, de charcuteries pendues sur des tringles. A noter pour l’un de vos prochains séjours dans la Ville Lumière ou l’une de vos prochaines excursions dans le quartier Hôtel de Ville...