vendredi 14 avril 2023

La Pararkultural déménage au Marabú [à l’affiche]

Cliquez sur l'image pour une haute résolution


Omar Viola a dû faire ses bagages : le Salón Canning s’est fermé à sa milonga de la diversité, la Parakultural. Une véritable institution dans le monde du tango qui sort des sentiers étroits du conservatisme…

La Parakultural investira donc désormais chaque vendredi et chaque mardi le Marabú, cette salle ancienne relancée il y a quelques années et qui, en un autre siècle, avait vu le triomphe des grands de l’époque dorée du tango, les années 1940, au premier rang desquels se trouve Aníbal Troilo, qui y lança son orchestre…


Cliquez sur l'image pour une haute résolution

L’adresse est bonne à prendre, à deux pas de l’avenue Corrientes.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 qui interviewe Omar Viola

mercredi 12 avril 2023

Caras y Caretas lance ses Crónicas Argentinas en ligne [Coutumes]

Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution


Si vous voulez tout savoir sur l’un des musts de la gastronomie de rue et de foot de l’Argentine, le choripan, c’est le moment ou jamais de vous brancher sur le site de Caras y Caretas, le magazine mensuel culturo-patriotique du groupe Octubre : il lance en effet un podcast sur toutes ces coutumes si typiquement argentines et vraiment populaires dans le pays.

En l’occurrence, le choripan, c’est le hot-dog à l’argentine : une demi-saucisse (coupée dans le sens de la longueur), baptisée chorizo (d'où "chori"), de type saucisse de Toulouse (pour donner un aperçu aux Français), grillée au barbecue et glissée dans un morceau de pain ("pan"), avec ou sans sauce (il y a plusieurs recettes de sauces).

On ne va pas se mentir : pour les carnivores, c’est très bon !!!!

Je ne vous spoile pas plus le truc que je vous invite à voir grâce à un entrefilet paru ce matin sur le site Internet de Página/12, le quotidien ultra-politique du même groupe médiatique.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

Si la gauche (péroniste) va mal, que dire de la droite ? [Actu]

"Le désespoir", titre ce matin, non sans ironie,
le quotidien de gauche
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution


Dans le camp péroniste, depuis de nombreux mois, pour ne pas dire deux bonnes années et demie, la vice-présidente (et ancienne cheffe d’État) Cristina Kirchner mène une guerre ouverte contre le président en place, Alberto Fernández, qu’elle avait pourtant elle-même choisi pour être la tête du duo de candidats qu’ils formaient il y a quatre ans. Il est probable que la conjoncture économique désastreuse et ce spectacle pitoyable auront raison de ce côté-ci du spectre politique aux prochaines échéances électorales.

La une du même quotidien hier :
PRO : l'explosion ne va pas tarder
(ils sont devins à la rédaction ?)
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

De l’autre côté, comme cela se présente-t-il ? Aussi mal et c’est peut-être même pire, quand bien même cela serait impossible à imaginer.

Une de ce matin : "Il y a le feu au macrisme"
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Il y a quelques semaines, l’ancien président, leader en titre (mais sans doute plus en fait) de la droite libérale à la Thatcher, Mauricio Macri, a annoncé qu’il ne présenterait pas sa candidature à l’élection présidentielle du mois d’octobre prochain. Parce qu’il s’était rendu compte qu’il « n’avait pas besoin de prendre sa revanche », avait-il même concédé sans mesurer la vanité de ses propos. En fait, il s’est pris une râclée électorale mémorable il y a trois ans et demi et il y a encore quelques semaines, les sondages lui en promettaient une seconde de la même envergure. Adepte d’un bouddhisme plutôt frelaté, le type ne doit pas moins s’en croire arrivé au sommet de la sagesse… Cependant hier, il a fait l’implacable démonstration du contraire.

"Maintenant, Larreta dit que la candidature de Jorge Macri
dépend d'une décision de la justice",
dit le gros titre
Larreta espère que Jorge Macri  [cousin de Mauricio] lui succède
à Buenos Aires
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

En douce et en urgence, il a en effet convoqué en vidéo-conférence les caciques de son parti, le PRO, dont il n’est pourtant plus le chef officiel, en en excluant le ténor le plus présidentiable de l’heure, Horacio Rodríguez Larreta, le chef de Gouvernement, depuis deux mandats, de la Ville Autonome de Buenos Aires, laquelle n’a plus de maire stricto sensu depuis qu’elle s’est dotée d’une constitution pour devenir une entité fédérée de la République Argentine.

C’est que Rodríguez Larreta, en sa qualité de chef de cet exécutif municipal aussi important que celui d’une province, commence à prendre des initiatives qui déplaisent aux durs de son camp, à commencer par la présidente en titre du PRO, l’ultra-droitière (mais à un point que vous n’imaginez même pas en Europe) Patricia Bullrich, qui aimerait bien, entre autres, que les armes soient en vente libre comme aux États-Unis et que les policiers bénéficient d’une présomption de légitime défense à chaque fois qu’ils défouraillent en pleine rue, ce qui leur arrive assez fréquemment malgré les ennuis judiciaires que cela peut leur valoir dans l’état actuel de la législation (raisonnablement sévère) et de la pratique effective des magistrats (nettement plus laxiste).


En haut de la colonne de droite :
"Macri a réuni le PRO pour critiquer Larreta"
La photo est réservée aux affaires du Club Independiente
un club de foot professionnel de Buenos Aires
dont le président vient de prendre la porte six mois après son élection
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Cette réunion au sommet mais en distanciel a permis à Mauricio Macri de menacer son successeur à la tête de la capitale fédérale d’une sorte d’excommunication politique en l’absence de l’intéressé (quel courage tout de même !). Aussitôt, celui-ci s’est empressé de lui dire son fait, par presse interposée. Charmant tableau qu’il convient de compléter en mentionnant que Patricia Bullrich vient d’annoncer qu’elle a choisi un ancien et célèbre gardien de but, à droite toute, comme candidat à la mairie d’une des villes les moins prospères de la banlieue sud de Buenos Aires.

La une de lundi :
"En chiens de faïence", dit le gros titre
C'était bien vu !
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Bref, un paysage agité, limite saignant, qui n’augure rien de bon pour les élections qui arrivent : primaires générales et obligatoires pour tous les candidats et toutes les formations (PASO) à la fin du mois d’août et 1er tour (présidentiel et législatif, aux niveaux national, provincial et municipal) en octobre. Quant au second tour, il aura lieu dans certains cas puisque beaucoup d’élections sont acquises avec un seul scrutin.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

mardi 11 avril 2023

Mon prochain salon du livre : Salon L’Autre Livre au Palais de la Femme (Paris) [ici]

Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution


Comme tous les ans, je serai dans quinze jours au Palais de la Femme, 94 rue de Charonne, Paris 11e (M° Charonne), où se tiendra comme d’habitude au printemps le Salon L’Autre Livre, un salon de taille modeste, riche d’une grande variété éditoriale, organisé par une association d’éditeurs indépendants qui dispose aussi d’une boutique sur la montagne Sainte-Geneviève dans le Quartier latin.

Entrée libre et gratuite.


Comme d’habitude, je serai sur le stand des Éditions du Jasmin, mon éditeur, pour signer l’ensemble de mes livres sur l’Argentine, son histoire et sa culture populaire à travers le tango et le folklore, le vendredi et le dimanche après-midi, dans les deux cas à partir de 14 h.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

visiter le site L’Autre Livre.

Demain, à Bebop Club, des femmes jouent Piazzolla [à l’affiche]

Cliquez sur l'image pour une haute résolution


Tombée sous le charme magique d’un tango du duo Astor Piazzolla-Horacio Ferrer, la chanteuse Rowina Casey a monté son quintette, strictement féminin, et l’a consacré à l’interprétation de l’œuvre de Piazzolla (et donc de Horacio Ferrer, par la même occasion puisqu’il est le poète qui a le plus travaillé au répertoire du tango-canción de Piazzolla).

Demain, mercredi 12 avril 2023, à 20 h, le groupe, Mistango, et sa chanteuse se produiront au Bebop Club, Uriarte 1658, à Palermo.

Les places sont plutôt chères puisque le prix pour le spectacle seul commence à 2 200 $ ARG et il s’agit alors se tenir debout près du comptoir (spartiate, non ?).

Ceci dit, le spectacle doit valoir le coup : la chanteuse le rappelle à Página/12 avec l’une de ces idioties qu’elle entend parfois : « Vous jouez si bien qu’on croirait des hommes ». Quelle goujaterie, hélas assez vraisemblable.

L’artiste a accordé une interview à Página/12 qui la publie ce matin, dans son supplément culturel quotidien.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

jeudi 6 avril 2023

Susana Rinaldi prolonge ses adieux et revient au CC Torcuato Tasso [à l’affiche]

Cliquez sur l'image pour une haute résolution


Il y a plusieurs mois déjà, la chanteuse Susana Rinaldi, 87 ans depuis Noël, a annoncé qu’elle quittait les planches mais elle n’a toujours pas dit son dernier mot ou plutôt chanté son dernier tango.

Tous les samedis de ce mois d’avril 2023, à 22 h (ouverture des portes à 20 h), elle est à nouveau dans l’une de ses salles fétiches dans la capitale argentine : le Centro Cultural Torcuato Tasso, rue Defensa, dans le sud du quartier de San Telmo.

Prix de la place : 7 000 $ ARG (à quoi il convient d’ajouter le prix du repas, la salle faisant restaurant selon une coutume largement répandue).

Comme d’habitude, Susana Rinaldi est accompagnée par ses musiciens attitrés dirigés par son beau-frère, le pianiste Juan Carlos Cuacci, qui assure tous ses arrangements depuis des années.

© Denise Anne Clavilier


Pour en savoir plus :

mardi 4 avril 2023

La verdad los hará libres : sortie du second volume de l’histoire de l’Église et de la Dictature [Disques & Livres]

Photo Service de presse de l'éditeur
Cliquez sur l'image pour une haute résolution


Il y a quelques jours, la Conférence épiscopale argentine a publié le second volume de la somme qu’un groupe d’historiens qualifiés a constituée sur les actions de l’Église pendant la Dictature militaire de 1976-1983 : La Verdad los hará libres (la Vérité vous rendra libres, une citation des Écritures).

Du côté de la CEA, le silence prévaut.

Du côte de la presse de droite, pas un mot non plus sur la sortie de cet ouvrage.

"La croix à l'envers", dit le gros titre
comme pour une messe noire
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

Ce silence laisse d’autant plus d’espace à Página/12 qui en profite pour dénoncer à cors et à cris les scandales que l’ouvrage documente. Hier, le quotidien bâtissait sa une avec une croix renversée sur fond noir pour illustrer les aveux d’un aumônier militaire qui savait tout des accouchements clandestins qui avaient lieu dans les camps de détention illégale et de torture qu’étaient différents domaines militaires, dont le plus connu reste l’ex-ESMA, à Palermo, et ont abouti à l’adoption frauduleuse, à base de faux certificats de naissance, des bébés, enlevés à leurs familles, qui ne cessent de les chercher depuis.

4e de couverture, publiée par l'éditeur
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Aujourd’hui, le quotidien de gauche s’arrête sur les insupportables arguments du président de la CEA de ces années-là, l’aumônier-général des Armées (on parle aujourd’hui d’évêque aux Armées), pour justifier le gouvernement militaire anticonstitutionnel et les persécutions exercées contre les opposants. Répugnant ! Ce sont des crimes, tout simplement.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article d’hier dans Página/12 (voir la une ci-dessus)
lire l’article d’aujourd’hui dans le même quotidien
voir la fiche du livre sur le site Internet de Planeta Argentina, l’éditeur.

Ajout du 11 avril 2023 :
lire
cet article de Página/12 publié hier


Ajout du 18 avril 2023 :
Ce soir, les auteurs doivent présenter l’ouvrage à la UCA (l’université catholique d’Argentine, à Buenos Aires).
Página/12 ignorait encore ce matin si les associations de droits de l’homme et de victimes de la Dictature militaire allaient y assister ou non. La gauche reproche à l’ouvrage de rester muet sur plusieurs manipulations politiques de la spiritualité des soldats par divers aumôniers militaires.

Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12

Ajout du 19 avril 2023 :
lire l’entrefilet de
Clarín sur la présentation à la UCA

dimanche 2 avril 2023

La justice new-yorkaise remet ça : elle s’assoit sur la souveraineté argentine [Actu]

Un gros titre sans photo
Laquelle en-dessous est réservée
aux parties-civiles dans un procès contre
des policiers qui ont eu la "gâchette facile"
(gatillo fácil)
Cliquez sur l'image pour une haute résolution


Il y a plusieurs années, sous l’autorité du juge Griesa, un magistrat nonagénaire, un tribunal de New-York avait partiellement invalidé le rééchelonnement de la dette publique argentine au profit d’une poignée de « fonds-vautours », des fonds privés spéculatifs établis sur le territoire de sa juridiction et qui avaient racheté à d’autres investisseurs (qui avaient pris un risque financier) une partie de cette dette dont, pour précisément ne prendre aucun risque, ils exigeaient le remboursement immédiat et complet.

Thomas Griesa est mort depuis, au grand soulagement de la plupart des Argentins qui ne pouvaient plus le voir en peinture. Et voilà que celle qui lui a succédé au sein du même tribunal prend une décision similaire en estimant que l’Argentine, pays indépendant depuis plus de deux siècles, membre-fondateur de la SDN dans l’entre-deux guerres et membre de l’ONU, n’avait pas le droit d’exproprier deux fonds d’investissements anglo-saxons spéculatifs qui détenaient une petite partie du capital de YPF lorsque la compagnie des Gisements Pétrolifères Fédéraux (c’est le sens du sigle hispanophone), alors dominée par la société pétrolière espagnole Repsol, a été renationalisée à hauteur de 51 % de son capital.

A la barre, ces deux fonds-vautours, c’est à juste titre que le terme est de retour, ont fait valoir que pour nationaliser l’entreprise, le gouvernement argentin aurait dû lancer une offre publique d’achat (OPA), pour l’ensemble des actions, comme on le fait à la Bourse entre entreprises cotées.

Ici aussi la photo est pour une nouvelle information :
en l'occurrence, la mort d'un bébé de trois mois
dans une famille laissée à la rue et qui dormait
sur Plaza de Mayo, au pied des grilles de la Casa Rosada
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Or en l’occurrence, il s’agissait pour l’Argentine de retrouver le contrôle et les bénéfices y afférant de l’exploitation des ressources de son propre sous-sol, comme elle en disposait depuis les années 1920 lorsque le président Hipólito Yrigoyen avait fondé cette société (et l’avait ainsi baptisée) et jusqu’au mandat de Carlos Menem qui a tout privatisé dans les années 1990, laissant son pays nu comme un vers (sans contrôle sur son sous-sol, sans chemins de fer, sans compagnie d’aviation nationale). Comme il se doit lorsqu’il s’agit d’une question de souveraineté nationale, sur quoi repose tout l’État de droit, l’opération est donc passée par la loi. L’expropriation a été votée par le Congrès argentin, expression de la volonté de la Nation souveraine.

Ainsi donc, au terme du jugement en première instance d’un tribunal local du district sud de New York, un pays souverain, membre de l’ONU, se trouve condamné à payer à des plaignants privés des sommes astronomiques qui n’ont pas encore été fixées mais qui devraient aller de 3 500 à 17 000 millions de dollars US. Rien que cela ! Le tribunal aurait dû se déclarer incompétent et renvoyer les plaignants à la justice du pays qu’ils voulaient attaquer.

A ce stade, l’Argentine dispose de deux voies d’appel contre ce jugement inique. Toutefois, dans ce cas, la pays devra tout de même débourser un lourd dépôt de garantie comme est tenu de le faire n’importe quel justiciable devant n’importe quel tribunal du ressort de New York, parce que c’est ainsi que le dispose la loi locale (qui n’est donc pas une loi fédérale).

A côté de cela, depuis douze mois, des chefs d’État ou de gouvernement de pays démocratiques, comme la France, l’Allemagne et l’Espagne, s’efforcent de convaincre Alberto Fernández (et les autres chefs d’État sud-américains) de se ranger franchement du côté ukrainien puisque ni les États-Unis ni eux-mêmes ne font en l’occurrence acte d’impérialisme en défendant ce pays indépendant et souverain contre Poutine, sa clique et leur délire paranoïaque et cleptomane... Comment voulez-vous que ça prenne dans l’opinion publique si une simple juge locale d’un pays étranger au pouvoir économique hégémonique s’arroge le pouvoir exorbitant de traiter cette République avec une telle désinvolture et une telle arrogance, qui plus est au moment où le pays entre dans une campagne électorale nationale !

Toutes les unes d’hier, sauf paradoxalement celle de Página/12, montrent le scandale à l’œuvre, même si la presse de droite ne manque de souligner ce qu’ils désignent comme des erreurs stratégiques dans la conduite du dossier par la majorité kirchneriste d’alors. Et si j’ai retardé d’un jour cette publication, c’est pour que mes lecteurs ne soient pas tentés d’y voir un poisson d’avril.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

vendredi 31 mars 2023

L’INDEC publie les chiffres de la pauvreté pour 2022 [Actu]

Extrait du rapport de l'INDEC publié hier soir
Cliquez sur l'image pour une haute résolution


Les chiffres publiés hier sont particulièrement décourageants pour le gouvernement qui voit la pauvreté et l’indigence sur le point d’atteindre les niveaux qu’elles avaient à son arrivée aux affaires (figure ci-dessus) dans les 31 villes étudiées par l’INDEC pour le second semestre de l’année dernière.

En jaune : "L'échec d'un pays"
En blanc, en-dessous : "On prie pour Sa Sainteté"
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Tout un mandat pour rien, serait-on tenté de penser. Un mandat qui, reconnaissons-le toutefois, n’aura pas été de tout repos. Placé d’emblée sous la sceau d’un endettement public gigantesque hérité de la majorité précédente. Puis affecté au bout d’à peine trois mois exercice à la tout aussi gigantesque pandémie du Covid-19 puis à une vague mondiale d’inflation provoquée par le reprise des activités après les confinements, la guerre en Ukraine et de nombreuses spéculations de dirigeants économiques à l’éthique quelque peu défaillante.


Infographie synthétique de l'étude
En mauve, les foyers compris dans l'étude
En orange, les personnes physiques
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Ce matin, l’actualité était chargée. Ou pour dire mieux, elle était spectaculaire à souhait : inculpation de Donald J. Trump aux États-Unis annoncée à temps pour le bouclage en Argentine, inquiétudes (qui se calment) pour la santé du pape François à Rome à quelques heures de l’ouverture de la Semaine Sainte dimanche prochain et même improbable scandale au ministère de la Culture de la Ville Autonome de Buenos Aires où un spectacle qui avait sans doute de grandes ambitions intellectuelles (mais creuses), a déclenché la fureur d’une partie de l’opinion en exhibant, sous prétexte d’une réflexion sur la pauvreté, des acteurs en sous-vêtements et dans des postures parfois scabreuses (visibles par le public à 360°), sur la pelouse des jardins du somptueux Museo Isaac Fernández, dans le quartier de Recoleta, ce qui a entraîné la démission de la directrice des musées publics municipaux.

"Chiffres officiels : la pauvreté remonte
Elle atteint 45% dans la banlieue de Buenos Aires"
En photo, le spectacle du Museo Isaac Fernández
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Malgré cela, les journaux argentins ont choisi de faire figurer sur leurs unes la remontée de la pauvreté dans le pays.

"La pauvreté monte à 39,2% et
touche 18 millions d'Argentins", dit le gros titre
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Qui plus est, chaque titre a fait une place considérable au sujet : chacun d’entre lui consacre souvent plusieurs articles et même de nombreuses pages intérieures pour analyser d’une part les résultats de l’enquête et d’autre part les phénomènes économiques connexes comme les prix du pain et de la viande qui ne cessent de grimper, comme Precios Justos, le programme national de gel des prix sur une large sélection de produits de première nécessité qui vient d’être reconduit pour trois mois avec une augmentation de 3,2 % à compter de demain et, dans Clarín, l’aberration économique qui affecte actuellement le pays : comme dans les années 1990, à l’époque de Carlos Menem, de sinistre mémoire, le PIB et la pauvreté augmentent ensemble (alors que si le premier croît, la seconde devrait régresser).

Jeu de mot dans le gros titre principal :
manifestation en faveur de la remise en liberté
sans condition de Milagro (miracle) Sala
une activiste amérindienne en prison
puis en liberté surveillée depuis 7 ans
En haut, au centre : l'annonce des articles
sur l'enquête de l'INDEC
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

Aujourd’hui, au moment où les candidats annoncent leurs intentions pour les PASO (primaires) de fin août, l’indice de pauvreté officiel en Argentine atteint donc 39,2 % de la population totale et affecte plus de 18 millions de personnes.

En ce qui concerne les enfants dont l’âge va de la naissance à 14 ans, l’INDEC évalue à 54,2 % ceux qui vivent en-dessous du seuil de pauvreté.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :


Ajout du 2 avril 2023 :
lire
cet article de Página/12 sur les réactions dans la majorité où la figure de Cristina Kirchner monte comme celle de la femme providentielle, avec laquelle elle n’a que trop tendance à se confondre.

jeudi 30 mars 2023

Guerre en Ukraine : une interview « de prestamo » (1) dans Clarín – une première en Argentine [Actu]

Le vent serait-il en train de tourner ? Clarín ne s’est jamais départi d’un certain tropisme pro-ukrainien lorsqu’il évoque la guerre à grande échelle que Poutine a déclenchée le 24 février 2022 en envahissant le territoire de son voisin et ancienne colonie.

Contrairement toutefois à beaucoup d’autres quotidiens qui défendent une position similaire parce qu’ils voient qui est l’agresseur et qui est l’agressé, prennent en compte les conséquences que le conflit entraîne en matière de normes du droit international et se bousculent auprès des services présidentiels ukrainiens pour arracher un entretien avec Volodymyr Zelensky, ni Clarín ni La Nación ne se sont encore aventurés à publier une interview de celui-ci.

Ce matin, cette lacune est en partie comblée : Clarín reprend, la plupart du temps en discours indirect, l’interview que Volodymyr Zelensky a accordée avant-hier à Associated Press dans le train qui le ramenait à Kyiv au terme d’un déplacement de deux jours dans le sud-est du pays, à Bakhmout et à Zaporijjia.

L’interview s’est déroulée en anglais. Elle est ici traitée en espagnol.

"Dans le train avec Zelensky :
la moindre victoire russe sera dangereuse" dit le titre
au-dessus de cette photo où le président ukrainien
salue l'équipe d'AP en retournant dans son wagon.
Il porte toujours son sweater promotionnel de United 24,
la plateforme de crowdfunding qu'il a lancée pour
financer tout ce que les partenaires de l'Ukraine
ne peuvent pas donner à son pays
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Pas un mot en une du journal sur ce contenu, même si, pour illustrer l’entretien qui occupe une page entière de son édition imprimée (ci-dessus), la rédaction a choisi l’une des photos les plus vivantes sur les treize clichés (tous plus sympa les uns que les autres) qu’AP propose en complément de l’interview. Sur le site, en ligne, la rédaction de Clarín en a intégrées d’autres, ainsi qu’un extrait vidéo de 3 minutes.

Au lendemain de la publication de l’entretien par l’agence de presse, cette première en Argentine pourrait bien indiquer que l’opinion publique évolue tout doucement dans le pays. Sans doute, le mandat d’arrêt émis par la CPI contre Poutine et l’une de ses ambassadrices génocidaires y est-il pour quelque chose, ainsi peut-être que l’alliance stratégique conclue entre Chine et Russie et proclamée à son de trompettes par Xi Jingping au Kremlin et que Poutine violait délibérément le surlendemain en ne respectant pas l’engagement pris de ne pas contribuer à la diffusion des capacités nucléaires dans des pays dépourvus. Or il est peu probable que Loukachenko fasse encore illusion pour qui que ce soit en Amérique du Sud. Cette perverse manipulation du Kremlin a peut-être eu le mérite de mettre les points sur certains I et les barres sur certains T.

En Argentine comme d’ailleurs dans le reste du sous-continent, qui a tant souffert de l’hégémonie agressive de l’Oncle Sam pendant la cinquantaine d’années qu’a duré la Guerre froide, l’opinion publique n’a longtemps vu dans ce conflit qu’une plus ou moins habile nouvelle manœuvre des États-Unis pour étendre leur influence en Europe, au pire par calcul stratégique de longue date (remontant à Euro-Maïdan en 2013-2014), au mieux par opportunisme soit plus ou moins sincère soit plus ou moins cynique. Pourtant les États-Unis de Trump s’étaient franchement détournés du Vieux Continent qui leur était au mieux devenu indifférent sous Biden, du moins jusqu’au 22 février de l’année dernière, puisque depuis l’arrivée à la Maison Blanche de Barack Obama, le pays ne regardait plus guère que vers le Pacifique.
Or
la porosité des pays d’Amérique du Sud à la propagande poutinienne (2), Zelensky l’évoque dans son interview lorsqu’il explique la défense acharnée de Bakhmout : il ne veut laisser aucune victoire à Poutine, il tient à l’empêcher à tout prix d’aller se vanter de quelque succès que ce soit auprès de ces pays qui voient encore en lui un rempart à l’impérialisme de « l’Occident » et d’obtenir ainsi leur appui pour d’inacceptables négociations d’une soi-disant paix qui ne pourrait se faire qu’au détriment de l’Ukraine, de son indépendance, de son intégrité et de sa souveraineté (comme ce fut déjà le cas à Minsk en 2014).

Or l’enjeu de la guerre n’est pas, du moins à l’heure qu’il est, d’offrir ou de refuser aux États-Unis un boulevard pour leur hégémonie sur le monde (pas plus que ce n’était le cas en 1917 puis en 1941, quand l’Oncle Sam résistait de toutes ses forces aux appels à l’entrée en guerre que lui adressaient les démocraties du Vieux Continent, tout en leur livrant nourriture et armement de pointe, dans un subtil mélange d’intérêt bien compris et d’idéalisme – comme ils le font cette fois-ci avec l’Ukraine). Aujourd’hui, l’enjeu, c’est la survie ou la disparition, à court, moyen et long terme, de cette exception dans l’histoire de l’humanité qu’est l’État de droit et les Argentins savent ce qu’il en coûte de le perdre puis de le reconstruire. Est en jeu aussi la nucléarisation ou non du monde puisque, s’il sortait vainqueur, le comportement de Poutine vaudrait pour les pays non dotés invitation sans frais à se nucléariser afin de pouvoir comme lui transformer la dissuasion en un bouclier très efficace pour faire main basse sans risque sur un autre pays ! Ce serait la colonisation new look : réalisée sous le couvert de la bombe A.

A quand maintenant une véritable interview de Volodymyr Zelensky, originale et exclusive, dans l’un des grands quotidiens argentins ? Si elle a lieu, cette compétition ne devrait se jouer qu'entre Clarín et La Nación.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :



(1) « d’emprunt ».

(2) Or c’est précisément à cet endroit que Clarín coupe sa citation (indirecte) des propos de l’interviewé… Intéressant, non ? Le journal situe aussi l’interview sur le chemin de l’allée quand AP précise qu’il s’agit du chemin de retour vers la capitale.

mercredi 29 mars 2023

Le quintette "Narcotango" fait sa rentrée au CCC avec un nouveau disque [à l’affiche]

Cliquez sur l'image pour une bonne résolution


Ce soir, mercredi 29 mars 2023, le groupe Narcotango fait le spectacle Sala Osvaldo Pugliese au Centro Cultural de la Cooperación Floreal Gorini (CCC), Corrientes 1543, à 21 h 30. Dans le cadre de la série de concerts qui a maintenant plus de 15 ans, Tango del Miércoles, le groupe de Carlos Libedinsky présentera un nouvel album, intitulé Narcotango Rouge, composé pendant la pandémie.

Comme quoi, le dicton a raison : à quelque chose malheur est bon.

Le disque se trouve déjà sur toutes les plateformes payantes, avec écoute d’extraits.

Outre Carlos Libedinsky, le groupe se compose aujourd’hui de Tamara Zakour, de Joaquín Sellan, de Gonzalo Rujelman et de Tomás Falasca.

Pour l’occasion, le quintette a invité d’autres artistes à les rejoindre sur scène.

Prix des places : 2500 $ ARG à retirer au guichet du CCC.

Prévoir un plus pour la consommation obligatoire.

C’est du très bon tango d’aujourd’hui et sur lequel, et sa jaquette en fait foi, il n’est pas impossible de danser, ce qui ne gâte rien. Avec ce nouveau disque, les musiciens ont fait une tournée en Europe germanophone à l’automne dernier.

© Denise Anne Clavilier

Cliquez sur l'image pour une belle résolution