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Jorge Donn dans la scène finale de Les uns et les autres de Claude Lelouch |
Indissociable de l’œuvre et de
la vie de Maurice Béjart (Marseille, 1927 – Lausanne, 2007), dont
il fut à la fois le danseur inspirateur et l’amant (en tout cas,
l’un d’entre eux), Jorge Donn était né en Argentine, du côté
de Morón dans la banlieue populaire à l’ouest de la capitale,
Buenos Aires, en 1947. Il est décédé en 1992, à Lausanne, en
Suisse, où il avait suivi le chorégraphe lorsque celui-ci, privé
de ses subventions publiques au Théâtre de la Monnaie, à
Bruxelles, suite à un changement de direction générale, s’y
installa avec le Ballet du XXe Siècle mué en Béjart Ballet
Lausanne.
Formé à la danse classique au
Teatro Colón, où il avait rencontré le Ballet du XXe Siècle en
tournée en 1963, Jorge Donn (1)
a fait toute sa carrière avec Béjart, presque jusqu’à sa mort,
et n’a réalisé que quelques courtes excursions dans son pays
natal. Il y a fait forte impression notamment en 1981, lors de la
sortie en Argentine du film de Claude Lelouch, Les
uns et les autres, où
il joue le rôle d’un grand danseur soviétique du Bolchoï qui
meurt au combat pendant la « Grande Guerre Patriotique »
puis de son fils, autre grand danseur, qui choisit la liberté en
France, comme le fit Rudolf Noureiev, et participe à la grande soirée
finale du film, au pied de la Tour Eiffel, qui rassemble tous les
artistes dont le film a suivi les épopées familiales depuis
l’accession au pouvoir d’Hitler et où il danse le Boléro
de Ravel, dans la version splendide qu’en donna Béjart, et dans
une émission de télévision, où il était l’invité du grand
chanteur de tango, Robert Goyeneche, dit El Polaco, et dont les
Argentins qui l’ont vu se souviennent encore !
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Jorge Donn et El Polaco pendant l'émission (archive de la télévision argentine intégrée au documentaire) |
Deux cinéastes ont rassemblé
des archives sur et autour de Jorge Donn pour monter un documentaire
intitulé Donn,
instrumento de Dios
(une paraphrase du titre d’un des ballets de Béjart, en hommage au
grand danseur des Ballets Russes, Vaslav Nijinski, rôle créé par
et pour Donn). On y suit l’artiste dans son métier, l’exercice
de son art et sa vie personnelle, dominée par la relation complexe
avec son Prométhée qui n’était pas d’une fidélité à toute
épreuve à son égard.
Vendredi 17 avril 2026, le
documentaire est sorti en Argentine dans le cadre du festival du
cinéma de Buenos Aires, le BAFICI, qui se tient depuis une semaine
dans la capitale argentine.
© Denise Anne Clavilier
Pour aller plus loin :
Ajout du 4 mai 2026 :
lire cet
article de Página/12, un hommage très émouvant au grand artiste argentin après
la dernière projection du documentaire au BAFICI.
(1) Il doit son nom à sa mère
dont la légende dit qu’arrivée toute petite en Argentine, elle ne
savait prononcer que ce mot lorsqu’on lui demandait son nom,
qu’elle ne connaissait pas encore, et qu’on a donc fini par
donner à la famille toute entière. Le Don est ce fleuve qui coule
de la Russie vers l’Ukraine, en arrosant au passage la ville de
Rostov-sur-le-Don (Russie) et en laissant son nom à son bassin
principal, le Donbass (Ukraine). Les Donn étaient une famille juive
venue d’Ukraine. Jusqu’à leur fuite vers l’Amérique du Sud,
ils avaient vécu dans la zone dite « de résidence »,
où, sous le régime tsariste, tous les juifs de l’empire avaient
obligation de résider. Cette zone correspondait à la ceinture
occidentale de l’empire russe, une zone frontière qui allait de
l’Estonie au nord à l’Ukraine au sud (hors péninsule de
Crimée).