Actualité culturelle argentine, là-bas à Buenos Aires et sur le Río de la Plata, et ici, en Europe francophone.
Actualidad cultural, allá en Buenos Aires y su zona y acá en nuestras ciudades europeas franco-hablantes. Noticias en español si te gusta más así...
Cultural current affairs, there in Buenos Aires area and here, in French-speaking Europe. Depending on your demand...
Disons-le tout net :
on n'en aurait jamais parlé si "tout
ça",
comme lui-même désigne ce grand chambardement dans sa vie, ne
s'était pas produit ! Il y a trois ans, le musicien bénéficiait
d'une gentille notoriété locale, il jouait et composait un folklore
qui n'avait guère le vent en poupe, tout en gagnant sa vie comme
professeur de musique d'un conservatoire perdu au fin fond de la
pampa dans la province de Buenos Aires, dans la ville de Olavarría
(1). Et puis il y a eu "tout
ça".
Sa vie intime et professionnelle a changé du tout au tout le 6 août 2014 quand la tourmente médiatique qui vaut aujourd'hui à ses
disques et à ses concerts un écho dans la presse l'a emporté d'une
minute à l'autre...
Ignacio Guido Montoya
Carlotto, le petit-fils si longtemps cherché par sa grand-mère,
Estela de Carlotto, présidente de Abuelas de Plaza de Mayo, présente
depuis bientôt un an son nouveau disque, intitulé Sep7eto, dans
toute l'Argentine (2). Cette semaine, il est à Buenos Aires pour la
seconde fois. La première fois, c'était le 15 novembre dernier, au
Centro Cultural Haroldo Conti, le centre culturel du Secrétariat
d'Etat aux Droits de l'Homme. C'était avant l'alternance et le Conti
ne faisait alors qu'un avec les associations Abuelas, Madres, HIJOS
et toutes les autres. L'invitation allait donc de soi. Demain,
dimanche 9 octobre 2016, à 17h, Ignacio Montoya se produira à la
Usina del Arte, le grand complexe consacré à la musique dont le
Gouvernement libéral et de droite de la Ville Autonome de Buenos
Aires dispose dans le quartier de La Boca. Cette fois-ci,
l'invitation ne pourra pas être attribuée à du favoritisme
politique et partisan...
Entrée libre et gratuite.
Pour l'occasion, Página/12
publie une interview du musicien, qui y raconte la gestation
accidentée de ce disque, qu'il s'apprêtait à sortir juste avant
que les tests ADN auxquels il avait voulu se prêter révèlent son
lien de filiation avec la fille de Estela de Carlotto et un militant
des droits de l'homme de la province de Santa Cruz. Ce furent alors
les grandes réjouissances qui submergèrent tout le pays (ou
presque) dans un grand partage du bonheur qui fondait sur la famille
Carlotto... Peu à peu, le pianiste et compositeur reprend la
normalité de sa vie. Il fera deux présentations de son nouveau
disque dans la capitale fédérale, l'une demain à La Boca et
l'autre le 27 octobre, à 21h, au Centro Cultural Caras y Caretas du
Grupo Octubre (un groupe médiatique proche de Cristina Kirchner), au
prix de 150 $.
Ignacio Montaya dispose
d'une page Facebook sur laquelle vous pourrez trouver les infos sur
ses prochains concerts.
Ajout du 27 octobre 2016 :
lire ce nouvel article de Página/12 qui met à nouveau le duo à la une de ses pages culturelles.
(1) Ne nous y trompons
pas, même perdues en pleine campagne, les villes argentines sont
très étendues. Le petit village de nos campagnes n'existe
pratiquement pas, celui que l'on parcourt à pied en flânant en
quelques heures pour une promenade digestive après le café et le
pousse-café dominical. Il faut souvent prendre la voiture pour se
rendre d'un point à l'autre. Et dans les champs, l'habitat est si
dispersé que les écoles sont plantées au milieu de nulle part, à
peu près à équidistance des habitations qu'on n'aperçoit même
pas à l'horizon, et les enfants viennent à pied, à vélo ou dans
la voiture des parents ou d'un parent qui fait la grande tournée, en
guise de bus scolaire... Olavarría a donc être perdue au fin fond
de la cambrousse, elle n'en ressemble pas moins plus à une de nos
villes qu'à une paisible bourgade rurale, si chère à Du Bellay.
Olavarría ne dispose pas seulement d'un conservatoire de musique. Il
a aussi sa propre Alliance Française !
(2) Il était à Villa
Mercedes (San Luis) le soir où j'ai donné ma conférence à la fin
août, dans le Salón Azul de la municipalité, dans le cadre de la
participation de l'Alliance Française au Bicentenaire de
l'Indépendance.
Ce
soir, au Centro Cultural Torquato Tasso, Defensa 1575, le
bandonéoniste et compositeur Rodolfo Mederos rendra hommage au poéte Juan Gelman, qui nous a quittés en janvier 2014 comme je vous
l'avais annoncé en son temps dans ces colonnes.
Le
lendemain, la tanguería de San Telmo accueillera comme tous les
samedis le Sexteto Mayor, cette fois-ci, avec la chanteuse Jacqueline
Sigaut, et hier soir, la scène était occupée par un trio
décoiffant : le pianiste folkloriste Ignacio Montoya Carlotto
qui continue sa carrière musicale avec son nom de naissance récupéré
il y a près d'un an (il s'agit du petit-fils de la présidente de Abuelas de Plaza de Mayo) et des chanteurs de tango Lidia Borda et
Guillermo Fernández.
Un
beau week-end (fin de semana en Argentine) pour le tango face au
Parque Lezama.
Le
juge à la Cour suprême Raúl Zaffaroni, grand pénaliste reconnu à
l'échelle internationale, vulgarisateur talentueux de sa matière et
député conventionnel à l'Assemblée constituante de 1994 qui a
modifié la charte fondamentale argentine, a annoncé, il y a plus d'un mois, son irrévocable démission à la fin de l'année civile. Ce brillant
militant des droits de l'homme et de la démocratie estime en effet
que les emplois publics à vie relèvent de la monarchie et non de la
république, or il est foncièrement républicain, et qu'à 75 ans
bientôt révolus, il est temps pour lui de laisser la place à un
confrère plus jeune.
Ses
admirateurs ne se comptent plus, en Argentine et à l'extérieur du
pays, et ce n'est que justice, sans calembour douteux. Ces
admirateurs, parmi lesquels on compte bien entendu une grande partie
des soutiens de l'actuelle majorité, n'entendent pas le laisser s'en
aller comme ça, sans tambours ni trompettes. La Universidad Nacional
San Martín, dite UNSAM, située dans la ville homonyme de la proche
banlieue ouest de Buenos Aires, très engagée dans les enjeux de la liberté politique et de la démocratie à l'image de sa figure tutélaire, organise ce soir, à 18h, une grande
fête, avec une pléiade d'artistes très engagés dans la lutte pour
les droits de l'Homme (1) et le ban et l'arrière-ban des ONG de
droits de l'Homme, comme Madres de Plaza de Mayo et Abuelas de Plaza
de Mayo.
De
son côté, le site du Ministère de la Justice Infojus Noticias, aux
mains de Julio Alak, ancien maire de La Plata, a ouvert un espace
dédié à l'événement, qui abrite un bel hommage audiovisuel qui
évite la plupart des pièges de la récupération politique :
plein de photos de l'intéressé à tous les âges, souvent très
souriant, fraternel, cordial, un chapitre consacré à sa monumentale bibliothèque et
même un petit jeu en ligne.
Une belle photo publiée par Infojus Noticias
Le juge en train de boire le mate dans son bureau de la Cour Suprême
L'UNSAM
rassemble tout cela sous le slogan, un chouia provocateur, "Zaffaroni juez de la
Patria", un décalque du titre accordé après sa mort au général
San Martín, el Padre de la Patria (1778-1850). C'est drôle et significatif en même temps, car les deux hommes
partagent plusieurs traits de caractère et de personnalité. Ils
sont tous les deux dotés d'un bon sens de l'humour, savent fédérer
les gens et les mobiliser, ils ont une culture générale
monumentale, aiment passionnément leur pays, consacrent leur force à
la lutte pour la liberté politique et savent se retirer des affaires
publiques sans s'accrocher à leur pouvoir...
Si
Página/12 s'en est réjoui dans ses pages hier, Clarín a aussitôt
contre-attaqué avec, dans les termes, une violence et un emportement
qui montrent à quel point ce journal reste éloigné des exigences
de la démocratie, du respect de la pluralité des opinions dans une
société libre, des enjeux de la justice dans un Etat de droit, que
Zaffaroni n'a pas cessé de servir durant sa longue carrière. De son
côté, un autre quotidien de l'opposition, La Prensa, rend compte de la fête à
travers un entrefilet neutre, dont le ton n'est pas loin d'être
bienveillant.
Plusieurs
professeurs de droit prendront la parole au cours de l'acte
académique et la manifestation sera ouverte au grand public.
Je suis heureuse aujourd'hui de participer à travers ce blog à l'hommage rendu à un grand bonhomme de la Démocratie.
Le clin d'œil de Miguel Rep, ce matin, à la une de Página/12
"Zaffaroni Président. Ou Premier ministre. Ou Roi de Justiceland. Ou Président du Monde. Ou Pape.
Clameur auto-réalisatrice (mais après, il ne démissionne pas, hein ?)"
(1)
Les folkloriste Liliana Herrero et Peteco Carabajal, ainsi que le
musicien Ignacio Montoya Carlotto, petit-fils de Estela de Carlotto
qui a retrouvé sa famille de naissance en août dernier.
A quelques jours de son
voyage à Rome, où toute la famille, grand-mère maternelle en tête,
doit être reçue le 5 novembre par le Pape François, pour célébrer
les retrouvailles d'août dernier, le petit-fils de la présidente de
Abuelas de Plaza de Mayo s'apprête à donner ce soir, samedi 1er
novembre 2014 (1), à 21h, un concert avec sa formation, rebaptisée
en Ignacio Montoya Carlotto Septeto(2), au ND Teatro, Paraguay 918.
Ignacio Montoya est
pianiste, compositeur et arrangeur. Musicalement, il voyage entre le
jazz, le tango et le folclore, depuis la bourgade rurale de Olavaría,
perdue dans la Province de Buenos Aires.
Les places pour le concert
de ce soir vont de 120 à 220 $ (peso argentin). On peut les obtenir
sur le site du théâtre ou au guichet. Il est possible que la salle
se remplisse très vite, eu égard à l'engouement qui a saisi les
Argentins et notamment les Portègnes lorsque l'identification a eu
lieu au début du mois d'août et la popularité inattendue de Estela
de Carlotto qui s'est révélée à cette occasion heureuse.
Página/12 a décidé ce
matin de faire de ce concert la une de ses pages culturelles, avec
une longue interview de l'artiste en prime. Karina Micheletto
commence son papier en citant l'une des lettres ouvertes que la
grand-mère envoyait tous les ans à son petit-fils inconnu. Il
s'agit d'une lettre étonnamment prémonitoire, celle de ses dix-huit
ans :
"Y despertarás un día
preguntando dónde podés hallarnos. Y descubrirás que te gusta la
ópera, la música clásica o el jazz –qué antigüedad– como a
tus abuelos. Escucharás a Sui Generis o a Almendra o a Pappo(3),
sintiéndolos en lo profundo de tu ser, porque así lo sentía Laura.
Te estoy buscando. Te espero. Con mucho amor, tu abuela Estela."
Et tu te réveilleras un
jour en demandant où tu peux nous trouver. Et tu découvriras que tu
aimes l'opéra, la musique classique ou le jazz -quelle vieillerie !-
comme tes grands-parents. Tu écouteras Sui Generis ou Almendra ou
Pappo, en ressentant [leur musique] au plus profond de toi-même,
parce que c'est ainsi que Laura la ressentait. Je suis à ta
recherche. Je t'attends. Avec beaucoup d'amour. Ta grand-mère,
Estela.
(Traduction Denise Anne
Clavilier)
Et effectivement, à la
même époque, le musicien choisissait cette carrière artistique qui
était tout à fait étrangère à sa famille d'adoption, une famille
d'ouvriers agricoles très humbles, peu lettrés, dans une maison où
il n'y avait pas un seul livre (4).
Quelques passages de
l'interview, à lire intégralement sur Página/12.
–¿Cómo definiría eso que es,
musicalmente?
–Estoy metido en
esa línea musical que es una corriente particular, de aires
folklóricos, sutiles, que no es el folklore tradicional ni mucho
menos, y por eso siento que difundir lo que yo hago es difundir lo
que nosotros hacemos. En ese nosotros hay un montón de otros
artistas, que hacen un tipo de música que no tiene mucho lugar. Me
refiero más bien a una línea de pensamiento musical. La gente tiene
mucha más capacidad de escuchar de lo que le quieren hacer creer.
Pero a veces estas otras músicas no llegan y el rol de los medios
tiene que ser diferente. Es difícil cuando en todas las radios está
sonando lo mismo, siempre estamos dando vueltas alrededor de las
mismas canciones. Eso también me hace fuerte: no se trata sólo de
mi música. La verdad, tuve que pensar mucho para hacer este show. No
sólo por lo que implica, porque me agarra cansado, con mucho viaje,
muchas cosas en la cabeza, procesando un montón de cuestiones
juntas. Además quería saber que estaba bien hacerlo, que
correspondía, que era lo correcto.
Página/12
- Comment définiriez-vous
ce que vous êtes musicalement ?
- Je suis embarqué dans
cette ligne musicale qui constitue un courant particulier, de la
musique folklorique subtile, qui n'est pas du tout du folklore
traditionnel et c'est pour ça que diffuser ce que je fais, c'est
diffuser ce que nous faisons. Dans ce nous, il y a un tas d'autres
artistes, qui font un type de musique qui n'a pas très reconnu. Je
fais référence à une ligne de pensée musicale. Les gens ont une
bien plus grande capacité d'écouter que ce qu'on voudrait nous
faire croire. Mais des fois, ces autres musiques ne se font pas leur
place au soleil et il faudrait revoir le rôle des media. C'est
difficile quand sur toutes les radios on passe la même chose, on
tourne en rond avec les mêmes morceaux. Cela aussi ça me rend
fort : il ne s'agit pas que de ma musique. Je vous assure, il a
fallu beaucoup réfléchir monter ce spectacle. Non seulement pour ce
que ça implique, parce que ça m'épuise en voyages, en soucis, à
traiter des tas d'affaires qui se mélangent. En plus, je voulais
savoir que c'est bien de le faire, que c'était ce qu'il fallait
faire, que c'était correct.
(Traduction Denise Anne
Clavilier)
–Y su trabajo docente, ¿fue elegido
o fue más bien una manera de ganarse la vida?
–Elegido, absolutamente, y con mucho
gusto. Empecé mi labor docente cuando me volví, en 2001, como
muchos. Había ido a estudiar al Conservatorio de Avellaneda, el
Roma. De regreso a Olavarría, encontré, como muchos, que allá
había que construir, y entre lo que empezamos a construir estuvo la
docencia como una suerte de militancia estética. Siempre siguiendo
más o menos la misma música, las mismas ideas. Siempre he ido por
ahí.
–¿Cómo reaccionó la sociedad de
Olavarría cuando se supo que usted era Montoya Carlotto?
–Por mi trabajo
como profe y como músico, yo ya era un personaje bastante conocido
en Olavarría, así que allá no cambió tanto, es normal ir
caminando y que nos saludemos todos. Sólo que ahora por ahí me
dicen: “Che, te vi en la tele” (risas).
Página/12
- Et votre travail de
professeur, c'est un choix ou surtout une façon de
gagner votre vie ?
- C'est un choix, ça c'est
sûr. Et j'aime ça. J'ai commencé mon travail de professeur quand
je suis rentré en 2001 avec beaucoup d'autres. J'étais allé
étudier au Conservatoire de Avellaneda, le Roma. De retour à
Olavarría, j'ai constaté comme beaucoup qu'il fallait construire,
et au milieu de ce que nous avons commencé à construire, il y avait
l'enseignement comme une sorte de militance esthétique. En gardant
toujours plus ou moins la même musique, les mêmes idées. J'ai
toujours été là-dedans.
- Comment a réagi la
population à Olavarría quand on a appris que nous étiez Montoya
Carlotto ?
- Du fait de mon travail de prof
et de musicien, j'étais déjà quelqu'un de plutôt connu à
Olavarría. Alors là-bas, ça n'a pas changé tant que ça. C'est
normal de marcher dans la rue et qu'on se salue tous. Le seul truc,
c'est que maintenant, on me dit : "Tiens, salut ! Je t'ai vu à la
télé, toi ! (rires).
(Traduction Denise Anne
Clavilier)
–Parte de lo conmovedor de su
historia es que sea la música un hilo conductor. Eso la vuelve aun
más poética.
–Es todo muy poético. Eso le decía
a Hortensia, mi abuela paterna. Ella me ve y me dice: “Sos igual a
tu papá”. Es una manera muy poética de vencer esa muerte que
quisieron imponer. Aparece el nieto, igual al padre, y ella siente
que tiene al hijo y al nieto, es la vida por dos. Por eso digo que,
en ese sentido, en esa justicia poética, la muerte no sabe leer ni
escribir. Acá no solamente está la historia de Estela, que es la
más visible; hay otra historia, de Bahía Blanca para abajo en el
mapa, que es también una historia plagada de pérdidas y de luchas.
Y de sobreponerse a esa pérdida con altura. Porque hay que ver en
qué te transformás cuando sufrís. Mi familia se transformó sin
resignar la alegría.
–Esa alegría era incompleta hasta su
aparición. Impresiona ver que a su abuela le ha cambiado el
rostro...
–Sí, tiene esa sonrisa clavada, yo
también lo veo. Está muy contenta ella de mí, y yo naturalmente de
ella. Pero, bueno, lo mío es más fácil, ¿no?
–Debe ser difícil seguir a esa
abuela...
–¡Uy, tiene un
cuete en la nuca que no la para nadie! El día de su cumpleaños, a
las seis de la mañana ya estaba hablando con una radio. Mientras, yo
estaba tratando de despertarme, con un criquet en la pera. ¡Cuánta
vitalidad, por Dios!
Página/12
- Ce qu'il y a d'émouvant
dans votre histoire, c'est en partie que la musique soit un fil
conducteur. Cela la rend plus poétique.
- Tout est très poétique.
C'est ce que je disais à ma grand-mère parternelle, Hortensia. Elle
me voit et me dit : Tu es ton père tout craché (5). C'est une
façon très poétique de l'emporter sur cette mort qu'on a voulu
leur imposer. Le petit-fils fait son apparition, le portrait de son
père, et elle sent qu'elle a à la fois son fils et son petit-fils,
c'est vivre pour deux. C'est pour ça que je dis que, dans ce sens,
dans cette justice poétique, la mort ne sait ni lire ni écrire.
Ici, ce n'est pas que l'histoire de Estela qui se voit le plus, c'est
l'autre histoire, au sud de Bahía Blanca(6), c'est aussi une
histoire de plaies et de bosses(7) et il s'agit de surmonter cette
perte en prenant de la hauteur. Parce que ça a à voir avec la
manière dont la souffrance te fait changer. Ma famille a changé
sans renoncer à la joie.
- Cette joie n'était pas
complète avant votre apparition. C'est impressionnant de voir que ça
a changé le visage de votre grand-mère...
- Oui, elle a ce grand
sourire visé sur le visage. Je le vois moi aussi. Avec moi elle est
ravie. Et moi je suis ravie avec elle naturellement. Mais, de mon
côté, c'est plus facile, non ?
- Elle doit être difficile à suivre, cette grand-mère-là ?
- Oh là là ! C'est un vrai lapin Duracell, elle n'arrête jamais. Le jour de son
anniversaire, à six heures du matin, elle était déjà en train de
parler à la radio. Moi, pendant ce temps-là, j'essayais de me lever
et j'avais un marteau-piqueur dans le crâne. Quelle vitalité, grand
Dieu !
(Traduction Denise Anne
Clavilier)
–¿Y qué otras cosas lo emocionan?
–Hace unos días, mi abuela paterna,
que tiene 92 años, tuvo un problemita de salud. Se quebró la cadera
y, como pasa a veces, estando internada le agarró una neumonía, se
complicó. Estuvo muy jodida, no le podían sacar el respirador. Y
antes de salir a tocar, me llama mi prima y me dice: “Hoy le
sacaron el respirador, ya me cagó a pedos porque estaba despeinada,
así que anda bastante bien”. Eso es lo que a mí me emociona: la
valentía de la vieja de pelearla con sus 92 años. O tomarme un vaso
de vino con Estela después del concierto y decirle feliz cumpleaños,
con todos reunidos en la casa familiar, riéndonos. Lo otro es un
ejercicio colectivo de la emoción, que está bárbaro. Pero esto es
tan de verdad, que la ficción de la película no llega a empardarlo.
–Lo que relata son escenas cotidianas
de familia.
–Y sí, eso que
todo el mundo vivió y que yo empiezo a vivir ahora, con 36 años.
Entonces tengo toda la capacidad de asombro y la plena capacidad de
disfrutarlo. A lo mejor, cuando lo vivís de toda la vida no te das
cuenta, hasta que lo perdés. Para mí fue al revés: nunca lo tuve y
ahora lo tengo. ¿Cómo no me va a emocionar?
Página/12
- D'autres choses qui vous touchent ?
- Il y a quelques jours, ma
grand-mère paternelle, qui a 92 ans, a eu un petit problème de
santé. Elle s'est cassé la hanche et comme ça arrive souvent, à
l'hôpital, elle a chopé une pneumonie, elle a eu des complications.
Elle était vraiment mal en point, elle était sous respiration
artificiele, on ne pouvait pas lui enlever. Et j'allais sortir pour
un concert, et une cousine m'a appelé et m'a dit : aujourd'hui,
on lui a enlevé la respiration artificielle et elle m'a fait un caca
nerveux parce qu'elle est mal coiffée, donc elle va plutôt bien.
C'est ça qui me touche : le courage d'une vieille dame qui se
bagarre encore à 92 ans. Ou prendre un verre avec Estela après un
concert, lui souhaiter un bon anniversaire avec tout le monde qui
s'amuse bien dans la maison de la famille. Il y a autre chose encore,
c'est l'exercice collectif de l'émotion et ça c'est formidable.
Mais c'est tellement vrai que même au cinéma, on pourrait rien
avoir de pareil.
Ce que vous racontez, ce
sont des scènes quotidiennes de la vie familiale.
Ben oui ! C'est ce
que vit tout le monde et que moi, je commence tout juste à vivre
maintenant, à 36 ans (8).Alors j'ai toute ma capacité de
m'émerveiller et toute ma capacité de savourer tout ça. Si ça se
trouve, quand tu as vécu ça toute ta vie, tu ne te rends pas
compte. Et même tu rates ça. Dans mon cas, c'est l'inverse :
je n'ai jamais eu ça et maintenant si. Comment voulez-vous que ça
ne me touche pas ?
(Traduction Denise Anne
Clavilier)
Para la Memoria
de Ignacio Guido Montoya Carlotto (pirano) en septembre 2014
(1) La Toussaint n'est pas
un jour férié en Argentine.
(2) Il n'a décidément
pas adopté le prénom Guido, que sa mère lui avait donné à sa
naissance, celui de son grand-père paternel. Il s'est contenté de
le prendre en second prénom dans son nouvel état-civil.
(3) Des titres et noms
d'artistes emblématiques du rock argentin.
(4) En Argentine, la
condition sociale de l'ouvrier agricole reste très proche du
prolétariat à la Zola. L'ouvrier est à la merci d'un patron qui le
paye et qui parfois oublie de le faire, qui parfois le loge mais
souvent dans des conditions indignes. Difficile pour un enfant dans
ces conditions d'accéder à une carrière artistique.
(5) En août dernier, de
nombreux amis d'enfance ou de jeunesse de Montoya notaient cette
surprenante ressemblance. La Présidente elle-même, qui connaissait
personnellement le militant assassiné, avait confié ses craintes
qu'en rencontrant son petit-fils pour la première fois le lendemain
de la première audience qu'elle lui avait accordée, la grand-mère
paternelle ait l'impression de retrouver son fils et ait du mal à ne
pas confondre les générations.
(6) Bahía Blanca, port
atlantique du sud de la Province de Buenos Aires, a longtemps été
considéré en Argentine comme le lieu habitable le plus au sud du
pays. Pour y établir villes et villages, il a fallu conquérir la
Patagonie et y apporter des moyens techniques pour lutter contre les
rudes conditions climatiques. Montoya était originaire du Grand Sud,
de la Province de Santa Cruz, comme Néstor Kirchner, et c'est ainsi
que, jeune épouse de Néstor, Cristina a pu le connaître et le
fréquenter dans le cercle des amis du couple.
(7) L'expression littérale
serait une histoire ravagée par des pertes et des combats.
(8) Dans sa famille
d'adoption, Ignacio a grandi dans une grande solitude. Il n'y avait
aucune parenté autour de ses parents et pas beaucoup d'autres
enfants autour de lui dans la grande propriété agricole qui
employait le couple et où la petite famille nucléaire habitait.
Cours du peso (ARS) : 1 € = 41 $ au 01.11.18 (1 $ = 100 centavos) Décalage horaire (Paris) : - 5 h Population BsAs : 3 millions Superficie BsAs : 202,4 km2 Pop. Gran BsAs : 12,5 millions Superficie Gran BsAs : 3833 km2
Population totale : 47 327 407 hab (mai 2022) Superficie Argentine : 2.780.400 km2
MONTEVIDEO : infos pratiques
Cours du peso (UYU) : 1 € = 37 $ au 01.11.18 (1 $ = 100 centesimos) Décalage horaire (Paris) : -5 h Pop. Montevideo : 1,3 million Superficie Montevideo : 193 km2 Pop. région Capitale : 2 millions Sup. région Capitale : 525,54 km2 Pop. Uruguay : 3,4 millions Superficie Uruguay : 176 220 km2
Asado : barbecue (du genre monstre, même en petit comité)
Baires : apocope de Buenos Aires
Boliche : tout établissement qui permet de se rencontrer autour d'une consommation solide ou liquide
Bombilla : pipette métalique ou végétale dont on se sert pour boire le mate (voir ce mot) en évitant d'avaler la poussière de yerba mate (voir ce mot). Lorsque le mate est partagé entre plusieurs convives, tous boivent à la même bombilla.
BsAs (ou BA) : initiales de Buenos Aires
Cambalache : Sens premier : dépôt-vente, brocante, voire mont-de-piété. D’où bazar, souk, bric-à-brac.
Candombe : musique d'origine afro-sud-américaine conçue pour les défilés festifs sans doute au 19e siècle au moment de la fin de l’esclavage. Cette musique est restée très populaire en Uruguay où elle est présente tout le temps.
Canyengue : caractéristique des faubourgs
Charla : conférence, causerie
Confitería : café-salon de thé et/ou pâtisserie-traiteur
Cuadra : portion de voie publique entre deux esquinas. Une cuadra faisant la plupart du temps 100 m, elle sert de mesure des distances dans la ville. Tel lieu se trouve à tant de cuadras de tel autre.
Empanada : chausson fourré à déguster chaud
Esquina : croisement de deux voies publiques (rues, avenues...) qui constitue un point de repère fixe dans la ville. On donne une adresse en indiquant sa cuadra (entre telle et telle rue) et sa distance par rapport à la esquina
GCBA : anagramme de Gobierno de la Ciudad de Buenos Aires (Gouvernement de la Ville de Buenos Aires)
Gorra (a la) : littéralement "à la casquette". En français, "au chapeau". Il s'agit d'un mode de rémunération artistique traditionnel dans toute la région du Rio de la Plata
Guampa : récipient pour préparer, boire et partager le tereré (voir ce mot) quand on n'utilise pas un mate classique (voir ce mot). Le guampa est creusé dans une corne de vache.
Guita : l'argent en lunfardo. Désigne aussi la devise nationale (la guita nacional)
Legislatura : nom de l’assemblée législative unicamérale de la Ville Autonome de Buenos Aires
Mate : 1. boisson nationale argentine, uruguayenne, chilienne et paraguayenne, très appréciée aussi dans le sud du Brésil. La boisson est produite par l'infusion de la yerba maté. En Bolivie et dans certaines zones du Pérou, on boit un mate de coca. 2. récipient de toute forme, de toute matière et de différentes contenances dans lequel le mate se prépare, se boit et se partage. (Voir ce mot)
Milonga : 1- musique qui a précédé le tango, toujours très vivante (caractérisée de nos jours par un rythme vif et allègre quand bien même les paroles raconteraient un drame) ; 2- bal de tango argentin
Milonguero : l´homme qui vit la nuit dans le monde dominé par le tango. Contrairement à ce que pensent les Français, le mot ne sert que rarement à désigner le danseur de tango en tant que tel. Attention quand vous employez le mot au féminin : il a longtemps désigné une réalité sociale disparue à la fin des années 50, la cocotte qui dansait dans les cabarets et se faisait entretenir. Danseur se dit la plupart du temps bailarin (bailarina au féminin)
Murga : musique festive de défilé de carnaval et autres grandes fêtes collectives.
Orquesta típica : ensemble musical comprenant au minimum 1 piano, 1 violon, 1 bandonéon et 1 contrebasse.
Peso : devise nationale (non convertible). Sigle : $
Picada : assortiment de fromages et/ou de charcuterie
Plenario : réunions académiques que les Academias organisent dans le cadre de leurs activités culturelles publiques
Porteño : gentilé de Buenos Aires. Se dit de toute personne née à BsAs. Nul n’est jamais vraiment porteño s’il est né hors de la Ville. Sauf à s’appeller Carlos Gardel, et ce quel que soit le lieu de sa naissance.
Show : tout concert, récital, tour de chant, spectacle. Le mot n’est pas réservé aux spectacles de revue ni aux grand événements ultra-marketés drainant des milliers de spectateurs.
Tango baile : le tango dans sa dimension dansée, une dimension parmi d’autres.
Tango salón : tango qui se danse en société (par opposition au tango professionnel, pour la scène)
Tereré : mate préparé avec de l'eau froide ou à température ambiante ou du jus d'orange ou de citron, parfois de pamplemousse, très apprécié par grandes chaleurs.
Troesma : verlan de Maestro (maître)
Yerba mate : feuilles d'un arbuste de la famille du houx, originaire du Paraguay et du nord de l'Argentine et de l'Uruguay. Séchées à l'air chaud ou au four, fermentées puis hachées, elles forment l'ingrédient essentiel du mate et du tereré.
CENTENARIO TROILO (2014)
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La Boca de Quinquela et des peintres
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