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mercredi 28 juin 2023

L’œuvre de Borges passe aux cinq neveux de sa défunte épouse [Actu]

Borges et sa femme en promenade sur les bords de Seine, face au Louvre
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Trois mois après la disparition de María Kodama, la veuve de Jorge Luis Borges, le tribunal compétent vient de reconnaître les cinq enfants de son frère comme ses héritiers universels. Tous ses biens meubles et immeubles, y compris ceux qu’elle avait hérités de son époux, leur reviennent.

L'affaire est traitée en haut à droite
avec photo de María Kodama
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Des neveux qui n’étaient pas très proches de leur tante. Ils étaient visiblement absents à la mort et aux obsèques de celle-ci et ils se sont fait connaître en se présentant à la justice civile quelques jours après son décès une fois que les confidents de la défunte avaient fait savoir publiquement qu’ils n’avaient pas retrouvé de testament et que les dispositions (très compliquées et assez difficiles à appliquer) dont elle leur avait parlé n’existaient pas en droit. On croyait alors que les biens et surtout la gestion de l’œuvre devaient passer sous la responsabilité de l’État, qu’il s’agisse de l’Argentine ou de la Ville autonome de Buenos Aires.

Héritage Kodama : extrait du jugement - désignation des héritiers
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Eu égard à l’importance littéraire de l’écrivain, le tribunal a assorti sa décision d’une servitude contre laquelle les cinq frères et sœurs ont aussitôt interjeté appel : il s’agit d’une restriction sur les biens ayant appartenu personnellement à Borges, meubles et immeubles, y compris bien entendu et surtout ses notes et manuscrits, qui doivent demeurés dans l’indivision. En effet, ces témoignages de la vie et de l’œuvre de l’écrivain ont vocation à revenir à la République argentine en 2056, lorsque l’œuvre tombera dans le domaine public. Il s’agit donc d’éviter qu’ils soient dispersés au gré de ventes aux enchères sans doute très juteuses pour les vendeurs, au hasard des besoins de trésorerie des membres de la fratrie ou de leurs héritiers. Il n’est pas question qu’ils intègrent le patrimoine personnel des membres cette famille, comme s’il s’agissait de biens comme les autres. Pour cela, ils ont les biens propres de leur tante, y compris ce qu’elle a elle-même publié sous sa propre signature, et c’est déjà pas mal.


L'affaire est traité tout en bas, à droite
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Le peu d’eux-mêmes que leur comportement a récemment révélé montre qu’ils sont passablement procéduriers et tend à faire craindre que leur démarche soit quelque peu intéressée.

Du vivant de María Kodama, le secteur du livre se plaignait déjà du comportement très difficile de celle-ci mais avec ses neveux et héritiers, ça risque d’être tout aussi peu commode pour les chercheurs, les éditeurs et les traducteurs qui voudront se pencher sur cette œuvre.

Il faut maintenant attendre ce que dira l’instance d’appel sur cette restriction mise à la jouissance de l’héritage.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lundi 27 mars 2023

Disparition de la très polémique veuve de Jorge Luis Borges [Actu]

"La dernière samouraï" dit le gros titre
reprenant une légende répandue par la disparue elle-même
Elle aurait été issue d'une très ancienne lignée aristocratique nippone
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Même la presse ne parvient pas à taire ses critiques contre María Kodama, alors qu’elle vient de disparaître à l’âge vénérable de 86 ans. Des nécrologies au ton très inhabituel…

Ce qu’on ignore encore et qui inquiète, c’est la décision qu’elle a prise pour son héritage. Qui avait-elle désigné pour récupérer et administrer l’œuvre littéraire d’un des plus grands écrivains argentins qui ne soit pas tombé dans le domaine public. On ne sait même pas si elle a rédigé un testament.


Dans son édition papier, ce matin,
Clarín consacre trois pages à la disparition de la veuve
et à l'œuvre du défunt époux
"La gardienne de fer choisie par Jorge Luis Borges"
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Ce dont on se souviendra la concernant est sans doute la vie impossible qu’elle a menée à de nombreux éditeurs de son feu mari et à ses traducteurs ! Elle leur a fait souvent fait vivre l’enfer.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :


Ajout du 28 mars 2023 :
A l’occasion des obsèques hier, dans la banlieue chic de Buenos Aires, son avocat a fait savoir que pour administrer l’œuvre de Borgès après sa mort, María Kodama avait désigné un trio institutionnel composé d’une université japonaise, d’une université aux États-Unis et une institution argentine dont personne n’a voulu dévoilé le nom. Voilà qui promet sans doute d’autres mésaventures : il va falloir que les trois institutions s’entendent. Ce n’est pas gagné d’avance.
Pour aller plus loin :
lire l’entrefilet de La Nación


En haut à droite, le titre concernant María Kodama
et l'absence de testament.
Le gros titre de ce 4 avril est pour une rixe
qui a eu lieu sur un piquet de grève de chauffeurs de bus
effrayés par la mort violente d'un des leurs la veille
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Ajout du 4 avril 2023 :
Hier après-midi, l’avocat de María Kodama a convoqué une conférence de presse et il a révélé aux Argentins stupéfaits qu’elle n’avait laissé aucun testament. Eu égard à la responsabilité qu’elle avait héritée de son défunt mari concernant son œuvre littéraire, c’est une situation invraisemblable. Ce qui avait été annoncé par le même avocat le jour de ses obsèques est donc nul et non avenu. Si María Kodama n’a pas d’héritier légal (et on croit savoir qu’elle-même n’a pas de parents qui pourraient avoir cette qualité au regard de la loi argentine qui s’applique), les biens qu’elle laisse et l’administration de l’œuvre de Borges doivent revenir à l’État (qui en l’occurrence pourrait être la Ville Autonome de Buenos Aires). Une situation qui de toute manière serait préférable à l’invraisemblable montage entre trois institutions académiques de trois pays différents qu’elle avait sans doute évoqué devant son avocat et dont il s’était fait l’écho le jour des funérailles. Cependant, Borges avait, semble-t-il, une sœur dont il y a descendance. La justice argentine devrait pouvoir établir ces personnes comme héritières légales. L’avocat a donc déposé auprès du tribunal ad hoc une demande en recherche des héritiers en vue de régler la succession.

Une du 4 avril : en haut à droite, sur fond gris
En vedette, la même risque (c'est le ministre
de l'Intérieur de la Province de Buenos Aires
qui se prend le poing d'un gréviste en pleine figure)
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Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12
lire l’entrefilet de La Prensa
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación

La Nación a préféré une annonce
à mi-hauteur de la page : 3e titre secondaire
dans la colonne de droite
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Ajout du 11 avril 2023 :
lire cet article de Página/12 qui en a fait la une de Cultura & Espectáculos, son supplément culturel quotidien du 9 avril dernier.

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L'image évoque Paris alors que le journal
pleure son correspondant permanent en France,
Eduardo Febbro, décédé jeudi dernier

vendredi 17 juin 2016

Borges trente ans après [Actu]


Au début de cette semaine, l'Argentine a commémoré avec émotion et unanimité les trente ans de la disparition à Genève du plus grand écrivain de son histoire, Jorge Luis Borges, l'esprit universel qui a imprimé sa marque sur la littérature nationale et qui est devenu l'un des dix personnages mythiques que ce pays a donnés au monde en l'espace de moins d'un siècle.

Página/12 lui a consacré la une de ses pages culturelles le 14 juin dernier, jour même de l'anniversaire.

Un agenda beaucoup trop chargé ces dix derniers jours, entre salons du livre et mouvements sociaux dans les chemins de fer, m'a empêché d'en rendre compte en temps et en heure. Pourtant le retentissement a été général dans la presse argentine.

Pour aller plus loin :
lire l'article de La Nación sur l'hommage rendu à Genève
lire l'article de Clarín sur l'hommage rendu à Genève
lire le guide de lecture concocté par La Nación

Ajout du 18 juin 2016 :
lire l'article de La Nación sur les livres lus par Borges et retrouvés à l'ancienne adresse de la Biblioteca Nacional du temps où il en était le directeur et qu'elle se trouvait dans la rue México, à Monserrat (elle a déménagé depuis rue Agüero, à Recoleta).
Deux chercheurs se sont penchés sur ces livres pour y découvrir des traits de la personnalité littéraire du plus grand écrivain argentin...

mercredi 31 octobre 2012

Réédition en CD d'enregistrements historiques de Piazzolla (1944-1964) [Disques & Livres]


Le label Universal, qui a racheté il y a plusieurs années les catalogues Philips et Polydor, a entrepris de rééditer sous forme de CD plusieurs albums historiques de Astor Piazzolla, qui n'avaient encore jamais réapparu depuis l'arrivée de cette nouvelle technologie.

Le premier double CD, sous le titre Astor Piazzolla completo en Philips y Polydor, reprend Veinte años de vanguardia con sus conjuntos, enregistré en 1964, et El Tango, ce disque que Piazzolla monta en 1965 avec des textes de Jorge Luis Borges (1) interprétés par Edmundo Rivero, à un moment où le compositeur ressentait le besoin d'entrer dans le monde du tango chanté avec des textes robustes, qui se faisaient de plus en plus rares dans ces années-là.

Cette réédition devrait compter à terme trois albums différents. Elle est conduite par Diego Fischerman, critique musical à Página/12 et grand spécialiste de Piazzolla, dont il a récemment publié une importante biographie (voir mon article du 15 juillet 2009 à ce sujet). Les disques sont accompagnés de commentaires critiques et des textes qui figuraient sur les pochettes originales. Ils restituent les matrices avec un travail de restauration sonore que Karina Micheletto, de Página/12, dit être exceptionnel.

Les différents volumes de cette réédition devraient être disponibles dès leur parution chez Zivals, le disquaire de Corrientes y Callao, et sa boutique en ligne (dont le lien permanent se trouve dans la rubrique Les commerçants du Barrio de Tango, dans le bas de la Colonne de droite).

Pour en savoir plus :


(1) De ce disque historique, qui précède le début de la collaboration révolutionnaire entre Piazzolla et Ferrer, qui devait complètement renouvelé le répertoire du tango à partir de 1968, deux letras se trouvent dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, que j'ai publié aux Editions du Jasmin en mai 2010 : Alguien le dice al Tango, p 299, et Jacinta Chiclana, p 329.

vendredi 25 juillet 2008

¡Feliz cumple, Boedo! [Troesma]


Aujourd’hui, c’est la fête du quartier de Boedo, selon une décision officielle formalisée en juin 2003.

En fait, l’anniversaire (1), c’est celui de Mariano Joaquín Boedo, héros de l’indépendance, né le 25 juillet 1782, à Salta, et mort le 9 avril 1819. Il était avocat et fut l’un des élus de sa province au premier Congrès de l’Argentine déclarée indépendante. Il fut ensuite Gouverneur de la Province de Córdoba, il participa aux combats contre l’Espagne dans le nord du pays, notamment aux côtés d’un autre héros, Miguel de Güemes (le seul de tous les officiers de la guerre d’indépendance qui mourut les armes à la main).

Le 6 mars 1882, le Gouvernement décida de donner le nom de Mariano Boedo à une grande artère de Buenos Aires, d’axe sud-nord, construite en 1867. Peu à peu, à partir des années 1910, l’habitude s’est imposée d’appeler du nom de cette avenue la partie sud-est du quartier d’Almagro. En 1972, il y eut à Buenos Aires une grosse refonte administrativo-cadastrale pour cause de développement urbain et démographique. C'est alors que Boedo s’est officiellement détaché de son voisin et a reçu une personnalité propre. C’est l’omniprésence du nom de Boedo dans les paroles de tango qui nous font penser, à nous comme aux Argentins, que le quartier est en soi très ancien...

Boedo s’étend sur une superficie de 2,6 km2. Au recensement de 1991, il comptait 48 231 habitants, dont 26 311 femmes (bigre ! ça fait 21 920 messieurs seulement...)

Boedo a été chanté par le pianiste et compositeur Julio de Caro, véritable tête de pont de la Guardia Nueva, qui révolutionna l'écriture musicale du genre dans les années 1910. Il a dédié à ce quartier un tango qui porte ce nom, musique sur laquelle Dante A. Linyera a mis des paroles qui n’ont jamais été chantées, du moins en studio d’enregistrement. On peut en écouter plusieurs versions instrumentales dans le disque Milonga del Centenario d’Osvaldo Requena, évoqué dans Quelques disques de l’année 07-08 (du 23 juillet). J’en connais une version enregistrée avec texte, mais celui-ci est dit et non chanté (il s'agit d'un album de Julio De Caro, Bien Jaileife, où il est joué par le compositeur et récité par le chanteur Héctor Farrel, compilation de 2002, collection Reliquias, chez EMI). Et puis bien sûr, le plus important de tous les tangos qui nous font connaître le nom de Boedo, parce que ces vers-là, eux, sont sur toutes les lèvres, c’est Sur, d’Aníbal Troilo et Homero Manzi...

San Juan y Boedo antigua, y todo el cielo,
Pompeya y más allá la inundación...

Cela s’écoute en fermant les yeux et ça se comprend sans effort : on dirait le Bon Dieu en culotte de velours qui vous passe dans les oreilles, comme parodirait le pilier de bistrot d’un des trois cafés qui montent la garde au carrefour (esquina) des avenues San Juan et Boedo (dans l’angle nord-est, la sentinelle appartient à une autre arme : c'est une banque ! Ceci dit, c’est pratique au moment de l’addition, vous pouvez toujours aller retirer de l’argent).

Sur la carte du quartier (emprunté au portail de la ville de Buenos Aires), j’ai marqué d’un 1 cette esquina San Juan y Boedo.
Dans l’angle nord-ouest, à l’endroit marqué par le 1, se trouve le célèbre restaurant-tango Esquina Homero Manzi (hors de prix, le cena-show ! mais c’est un grand show, avec plein de musiciens, avec plein de danseurs et à ce titre, l’établissement figure en bonne place dans les programmes des Tour-operators : vous en aurez plein les oreilles et plein la vue, de la "cocina internacional" dans l’assiette et du "vino argentino" dans le verre.
Le jour, la Esquina Homero Manzi est un Gran Café, extraordinairement agréable et feutré, comme tant d’autres dans la ville : carte classique et service stylé, en grande tenue, comme dans les cafés du quartier de l’Opéra à Paris.
Dehors, le long des deux façades, est et sud, court une frise anti-conformiste confiée au dessinateur de presse Hermenegildo Sábat. L’artiste a tiré le portrait à Homero Manzi et tous ses amis et principaux interprètes. Impressionnante galerie de héros de la culture (populaire) où la caricature rend les honneurs... Quant aux plaques commémoratives qui couvrent tout ce qui peut être couvert à hauteur d'homme et encore un peu au-dessus, il y en a tant qu’on ne sait plus où donner ni de la lecture ni de la photo. Même le Sénat a fait poser sa plaque et donne ainsi au passant le texte intégral de Sur (mur oriental).

A l’une de ses tables, je me souviens d’avoir longuement évoqué la figure du poète Homero Manzi (1907-1951) avec le Maestro Acho Manzi, son fils, compositeur (à 16 ans) de El último organito (letra de Homero Manzi - 1948) et avec le peintre Chilo Tulissi (liens). Nous revenions tous trois d’un hommage rendu au poète défunt dans le cadre des festivités du centenaire de sa naissance au Teatro de la Ribera, au bord du Riachuelo, dans le quartier de la Boca.

Du côté diamétralement opposé, coin sud-est, un autre café, beaucoup plus modeste. Une plaque, dessinée par le fileteador Luis Zorz, dans un azur profond, déposée là par la Junta de los Estudios historicos del Barrio de Boedo, rend hommage à un autre grand écrivain du coin : José González Castillo, poète et dramaturge anarchiste et éducateur populaire, fondateur de la Universidad Popular de Boedo, et qui écrivit, sur une musique de son fils, Cátulo Castillo (18 ans) les vers de cet autre classique : Organito de la tarde (1924). Cátulo et Homero étaient deux copains du même âge. Avec le troisième larron du trio, Sebastián Piana, ils signèrent ensemble, vivant tous en voisins dans ce coin-là de cette ville déjà immense, Viejo ciego (Manzi avait 18 ans, et Piana à peine plus).

Boedo doit enfin une partie de sa notoriété littéraire à un cercle artistique et intellectuel qui y avait élu domicile en 1925. C’était un groupe d’artistes profondément engagés socialement, souvent anarchisants, parmi lesquels il y avait Enrique Santos Discépolo et son frère, le dramaturge et comédien Armando Discépolo, tous deux anarchisants, le poète Alvaro Yunque, le dramaturge et romancier réaliste et révolté Roberto Arlt, le journaliste et poète communiste Enrique González Tuñón, le poète et dramaturge contestataire Nicolás Olivari (auteur du tango La Violeta, musique de Cátulo Castillo) et le poète délibérément anarchiste Dante A. Linyera, le plus tôt disparu de tous (1932). Le Groupe Boedo s’opposait politiquement et esthétiquement à un autre groupe, le groupe Florida, de tendance plus conservatrice, à tout le moins réformatrice et non pas révolutionnaire en matière politique, et à l’esthétique quelque peu précieuse. Dans le groupe Florida, il y avait Jorge Luis Borges, Adolfo Bioy Casares et Victoria Ocampo (excusez du peu !)... Entre les deux cercles, des noms d’oiseaux ont parfois été échangés, tant les positions étaient tranchées de part et d’autre, tant la réalité sociale était elle-même tendue entre un peuple prolétarisé et une élite sociale surpuissante, européanisante à l’extrême et richissime...

Les festivités polyades du quartier de Boedo ont commencé avant-hier, mercredi 23 juillet, connaissent leur sommet aujourd’hui, avec une cérémonie organisée dans la matinée devant les guichets de la station de métro Boedo (esquina San Juan y Boedo), avec hymne national et tout et tout. Elles se poursuivront jusqu’au 28 juillet. Quand on fait la fête à Buenos Aires, on ne fait pas semblant !

Et en ce jour qui est aussi l’anniversaire du décès du Maestro Osvaldo Pugliese, j’ai ajouté un petit point noir sur la carte du quartier de Boedo. Ce n’est pas pour faire deuil, c’est pour signaler une adresse importante en Puglieserie... Esquina Boedo y Carlos Calvo. Il y a là une pizzeria qui, du vivant d’Osvaldo Pugliese, était une confitería (un salon de thé). Pugliese y est souvent venu pendant de nombreuses années prendre un petit quelque chose avec sa femme, Lydia, en toute tranquillité, en toute intimité, en toute convivialité. Doña Lydia m’a confié qu’ils y étaient encore allés à peine quelques semaines avant sa mort, qui advint au bout de quelques jours d’une maladie infectieuse contre laquelle il lutta de toutes ses forces, en vain. Peu après la "desaparición física" de Don Osvaldo (on ne dit pas "mort" à Buenos Aires : les Troesmas ne meurent pas, ils restent vivants. Ce qui change, c’est de ne plus les croiser dans les rues de la ville), peu après donc, il y a eu un incendie et la confitería a fermé. Quelques années plus tard, le lieu a été réouvert comme pizzeria-parilla (pizzéria-grill). Une petite estrade placée contre le mur vitré longeant l’avenue Boedo permet de donner 3 soirs par semaine des soirées tango de quartier, fréquentées par les Portègnes. Les maîtres des lieux ont sollicité de Doña Lydia l’autorisation de baptiser leur "boliche" du nom du musicien disparu.

Ce petit resto, presque adossé à l’écrasante Esquina Homero Manzi, s’appelle Esquina Osvaldo Pugliese. Elle est menue, discrète, humble, elle ne fait pas de bruit, elle a l’air fragile comme son saint patron. On y mange sans chichi la gastronomie italiano-espagnole généreuse de la région et la musique y est vivante, pasional y yumba... A l’intérieur, les murs sont tapissés de souvenirs d’Osvaldo Pugliese, dont une photo du couple attablé dans un coin de l’ancienne confitería... Dehors, sur l’enseigne, les yeux grand-paternels de Don Osvaldo vous scrutent derrière leur gros carreaux (il était myope)... un des plus beaux portraits que j’ai jamais vus de lui. Ses yeux, rien que ses yeux...


(1) Cumple = anniv'

A visiter : le site de Todo Tango (liens) pour écouter tous ces morceaux qui nous parlent de Boedo

Boedo, enregistré en 1950 par Antonio Ríos : http://www.todotango.com/spanish/download/player.asp?id=5579
Sur, l'enregistrement de la création par l'orchestre d'Aníbal Troilo, chanté par Edmundo Rivero :
http://www.todotango.com/spanish/download/player.asp?id=647

Le site sur Homero Manzi (liens)
Le site de La Esquina Homero Manzi : http://www.esquinahomeromanzi.com.ar/
Le site d’un membre del Grupo Boedo, l’écrivain Alvaro Yunque, dont ce sera le centenaire l’année prochaine : http://www.alvaroyunque.com.ar/