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vendredi 20 juin 2025

L’une des plus vieilles églises de Buenos Aires menacée par un temple mormon [Actu]

Santa Catalina aujourd'hui (source : site Internet du centre pastoral)
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L’une des plus vieilles églises de Buenos Aires toujours debout est l’église Santa Catalina de Siena, dédiée à celle que nous appelons en français sainte Catherine de Sienne. Elle a été bâtie en 1745 sur un terrain qui se situait alors en dehors de la ville, bien au nord, pour abriter son premier monastère féminin. A l’époque coloniale, on comptait surtout des communautés régulières masculines, appartenant à des ordres missionnaires insérés dans la ville, les franciscains, les dominicains, les jésuites entre autres, et des communautés féminines cloîtrées. Santa Catalina a donc abrité les « catalinas », que l’on retrouve dans de nombreux toponymes de la ville, des moniales de la famille dominicaine. Le monastère accueillait en ses débuts les filles des grandes familles du vice-royaume du Río de la Plata, jusqu’à ce qu’un évêque l’oblige à accepter une sœur de couleur, pour mettre fin à un grand scandale qui secouait toute l’agglomération. Le recrutement resta élitiste jusqu’à la Révolution de 1810 tant et si bien que seule une petite centaine de femmes y ont fait profession de 1745 jusqu’à cette année qui marque la fin du système colonial. De 1745 à 1810, le monastère a possédé une quinzaine d’esclaves, des femmes affectées aux bas travaux (ménage, cuisine, soin des cultures vivrières et de la basse-cour, etc.)

La même église encore dans sa sobriété coloniale

Ce domaine, déclaré monument historique national en 1942, a cessé d’être un monastère en 1974. Il est aujourd’hui un centre pastoral, à la charge d’une petite équipe de trois prêtres, qui dépend directement de l’archevêque et qui propose des retraites prêchées ou en silence, une boutique d’objets religieux (santería), des conférences, un espace de prière et d’adoration au beau milieu du quartier commercial (la rue Florida) et financier (la rue San Martín, qui traverse la « City » portègne). C’est aussi un lieu historique de grande importance pour la mémoire locale et nationale : de grandes figures indépendantistes sont liées au monastère qui conservent aussi certaines pièces historiques relatives aux Invasions Anglaises (1806-1807), pendant lesquelles le monastère s’est transformé en hôpital pour soigner les soldats blessés, aux premières années post-coloniales et aux années postérieures à l’épidémie de fièvre jaune de 1872, quand les familles aisées du sud de Buenos Aires vinrent s’installer définitivement au nord, réputé plus aéré et plus sain. Et n’oublions pas le patrimoine architectural, dont il reste peu de témoignages dans une ville qui a pratiqué la destruction active de tout ce qui rappelait son passé espagnol.

Or l’une des manzanas, quadrilatères bâtis qui entourent l’ensemble monastique, a été racheté dernièrement par un promoteur immobilier lié à la communauté mormone de l’Utah, qui entend y bâtir un temple hors dimension. Comme tout ce que font en Amérique du Sud ces sectes d’origine protestante qui pullulent aux États-Unis et qui ont aujourd’hui un rôle politique actif à la droite de la droite, cela promet d’être un énorme machin très agité, drainant une population bruyante et particulièrement invasive, notamment par ses actions prosélytes. Or pour ce qui est du bruit et de l’agitation, le quartier est le champion local. Il tient donc à cet îlot de tranquillité.

Or à l’occasion des nombreux projets immobiliers qui ont vu successivement le jour dans les années 2000 pour aménager cette manzana, qui accueillait alors un parking désaffecté (playa de estacionamiento), des fouilles préventives ont permis la découverte de vestiges archéologiques qui documentent la vie quotidienne du monastère. Un trésor pour l’histoire de la ville coloniale ! Il a donc été convenu que cette manzana resterait non bâtie et accueillerait un espace vert dont ce coin ultra-urbanisé à le plus grand besoin.

L'ensemble conventuel aujourd'hui
(vue aérienne tirée du site Internet du centre pastoral)

Le projet mormon réveille les habitants qui réclament désormais qu’on respecte ce qui a été convenu : ils veulent ce qu’on appelle une place en Argentine, un coin de verdure, avec des arbres !

© Denise Anne Clavilier


Página/12 et Clarín en ont parlé ces derniers jours mais les deux journaux ont réservé leurs articles sur le sujet à leur abonnés.

lundi 11 juillet 2016

Saint-Ex à l'honneur [Actu]

L'Ambassadeur de France devant une vitrine qui protège une maquette de l'avion de Saint-Ex
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La rédaction de La Nación a consacré un article ce week-end à la restauration de l'appartement que Saint-Exupéry occupait lorsqu'il vivait à Buenos Aires, comme responsable de l'Aéropostale, la ligne aérienne qui reliait l'Argentine à la France, à partir de l'aérodrome de Toulouse, aujourd'hui désaffecté. En 1929 et 1931, l'écrivain français a vécu au sixième étage de la Galerie Güemes, un des très beaux ensembles immobiliers alveariens (1) de Buenos Aires, dans la rue Florida (dans le quartier de San Nicolás). L'Ambassadeur de France a participé à l'inauguration de ce qui devient un petit musée consacré à l'auteur du Petit Prince et de Vol de Nuit.

L'une des pièces de l'appartement (le photographe tourne le dos à la fenêtre)
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Il revient ce matin sur notre homme de lettres, avec un article consacré à son travail de journaliste en Espagne pendant la guerre civile.

Le rez-de-chaussée de la galerie, avec ses échoppes aux parois de bois
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Pour aller plus loin :
lire l'article de La Nación sur l'appartement portègne de Saint-Exupéry
lire l'article de La Nación sur la carte de presse de l'écrivain en Espagne



(1) Ces galeries datent du mandat de maire de Torcuato de Alvear, qui fut à Buenos Aires ce que le baron Haussmann a été pour Paris sous le second Empire, avec vingt ans d'écart. On trouve ce type de galerie dans d'autres ville du pays. Sur un modèle très similaire mais avec les premières règles d'ingénierie antisismique, on peut admirer la Galeria San Martín au cœur de Mendoza. Une vraie merveille, avec des vitraux rococo de toute beauté.

samedi 30 avril 2016

Architecture mi-Versailles mi-Napoléon III en plein Buenos Aires à visiter bientôt [à l'affiche]

Couverture du numéro spécial du Bulletin du Centre Naval (BCN)
à l'occasion du centenaire du siège du club

Lundi prochain, le Centro Naval ouvre ses portes au public : ce lieu somptueux où l'architecture de Versailles se mêle à celle du Palais Garnier, dans un cocktail improbable entre le classicisme Grand-Siècle et le premier rococo, se laissera donc enfin visiter. Une belle mise en valeur de ce patrimoine portègne si bigarré. Les Argentins aiment dire que leur capital ressemble à Paris. Les Parisiens ne sont pas vraiment d'accord avec eux mais il y a des petits bouts de la Ville Lumière qui se laissent apercevoir au milieu d'un patchwork où vous pourrez reconnaître quelque chose de Rome, de Florence, de Milan et de Turin, de Paris et de Lyon, de Londres et de Vienne... L'originalité argentine !

L'immeuble dont la très majestueuses entrée d'honneur se situe à l'angle de la rue Florida et de l'avenue Córdoba a été dessiné par deux architectes, un Suisse et un Français, au moment du centenaire de l'Argentine et les travaux se sont étalés de 1911 à 1914. Et c'est le 14 mai 1914, dix jours avant la fête nationale, que le Centro Naval a inauguré son somptueux palais... Jusqu'à ce moment-là, ce cercle de la marine n'avait pas de siège à proprement parler et se réunissait un peu partout dans ce quartier de Retiro, qui à Buenos Aires accueille les institutions militaires depuis l'époque coloniale. Le Centro Naval dispose d'une importante collection d'œuvres d'art, souvent en lien avec la Marine et la mer mais pas toujours. Le lieu est donc à inscrire sur un programme culturel à Buenos Aires.

Page 17 du numéro spécial centenaire du BCN
La salle à manger du sixième étage

Les visites du Centro Naval seront obligatoirement guidées, en groupe de trente personnes maximum, du lundi au vendredi, avec deux départs, l'un à 12h, l'autre à 16h, à quoi s'ajouteront des visites spéciales le samedi. Tous les groupes se verront offrir le thé dans la salle à manger du sixième étage, d'où la vue sur les environs doit être des plus impressionnantes.

Il faut réserver à l'avance par téléphone.

Pour en savoir plus :

dimanche 10 février 2013

Le Lady's Tango Festival attend ces dames à Buenos Aires [à l'affiche]



Comme tous les ans pour le 8 mars, Johana Copes et plusieurs de ses consœurs professeurs de danse, invitent ces dames à un festival d'une semaine, du 2 au 8 mars 2013, axé sur l'expression féminine dans le tango : technique (de conduite et de suivi), style, musicalité, tous les points délicats pour les danseuses de tango, et deux messieurs en invités d'honneur.

Dix-huit cours donnés par sept professeurs dont Johana Copes, Milena Plebs et Aurora Lubiz (dont je vous parle parfois dans ces colonnes) et une grande fête de clôture au Piazzolla Tango, un cena-show de la rue Florida, le tout avec la bénédiction de la Academia Nacional del Tango dont Johana est membre et où elle enseigne.

Une façon comme une autre de fêter la reprise de l'année de travail et – ou de prolonger la saison touristique au-delà de la coupure d'été actuelle.

Pour en savoir plus :
connectez-vous sur le site Internet du festival.

lundi 22 août 2011

Requiem pour une confitería [Actu]

Depuis quelques jours, la Confitería Richmond, fondée en 1917, ce qui compte dans un pays jeune comme l'Argentine, est fermée. C'était pourtant un des plus beaux lieux de rendez-vous autour d'un café ou d'un plat chaud dans la rue Florida, l'un des derniers vestiges des splendeurs de cette rue patricienne, qui au fil du temps, s'est transformée en un centre commercial à ciel ouvert des plus criards...

Nuitamment, pendant le week-end des élections, l'établissement a été vidé de tout son matériel et le personnel s'est trouvé mis au pied du mur. C'est même par la presse que certains salariés ont appris leur mise au chômage. Le tout a été volontairement organisé, puisque les caméras de surveillance qui protégeaient l'établissement ont été détruites. Sans doute pour qu'il n'y ait aucun document rendant compte de l'opération de vidage, qui est tout aussi illégale en Argentine que dans l'Union Européenne. La seule consolation, c'est que ces voyous ont craint la justice de leur pays et c'est toujours un progrès de la démocratie et de l'Etat de droit qu'il est bon de souligner.

Il y a plusieurs mois déjà que des rumeurs circulaient et que le personnel sentait l'inquiétude monter. Página/12, qui dénonce le scandale, raconte que le service avait beaucoup baissé en qualité depuis quelques temps, sous le poids de cette angoisse sourde.

Il semblerait que ce lieu soit destiné à accueillir prochainement une grande surface de l'enseigne Nike. Il était pourtant protégé par une loi sur le patrimoine culturel de la ville, loi que le Gouvernement portègne n'a pas fait respecter en l'occurrence.

Le quotidien de gauche qu'est Página/12 tape donc très fort sur le Ministre portègne de la Culture, Hernán Lombardi, à qui toute la gauche reproche d'être avant tout celui du Tourisme, tant il est vrai que les deux, culture et tourisme, font mauvais ménage sous l'actuelle administration ultra-libérale, à laquelle ne participe pourtant guère Hernán Lombardi, sans doute le ministre le plus raisonnable et le moins idéologue de toute l'équipe gouvernementale, celui qui a la meilleure connaissance professionnelle de son portefeuille (précisément dans la partie touristique, ce que les acteurs du secteur culturel ont du mal à digérer. Ils auraient préféré un spécialiste de la culture, ce qui, bien sûr, est une contradiction dans les termes dans le contexte actuel).

En tout cas, c'est une grande désolation que de voir ce vieux salon de thé disparaître ainsi, pour faire place à une enseigne ô combien impérialiste, qui n'a donc rien à voir avec l'identité de cette ville, identité si délicate à élaborer, à développer et à défendre. D'autant plus désolant que le développement d'un tourisme durable se fera grâce la sauvegarde de ces traits de singularité et de personnalité de Buenos Aires et non pas par la multiplication des boutiques de marques internationales pour lesquelles personne n'a besoin de venir à Buenos Aires, à part les banlieusards. Et encore, ce n'est même pas sûr...

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 paru samedi dernier dans le supplément M2.

vendredi 9 avril 2010

Cecilia Bonardi et Pulso Ciudadano au CC Borges vendredi prochain [à l'affiche]

La chanteuse Cecilia Bonardi, qui est venue en Europe en mars pour une petite tournée en Espagne et au Portugal, se produira avec son groupe, Pulso Ciudadano, le vendredi 16 avril à 22h30 au Centro Cultural Borges, et ouvrira à ce titre la programmation MAC pour la saison 2010 (Música de Alta Calidad).

Entrée : 35 $.

Photo extrait de la page Myspace de Cecilia Bonardi

Le CC Borges se situe rue Viamonte, au croisement avec la rue San Martín, à une cuadra de la rue Florida. On peut d'ailleurs atteindre le centre culturel par le centre commercial Galerias Pacifico, dont l'entrée est située sur cette célèbre rue piétonne, qui est devenue la rue commerçante de Buenos Aires par excellence.

Le groupe Pulso Ciudadado se compose, outre de Cecilia Bonardi, de Martín Almada à la guitare, Roberto Seitz, à la contrebasse, Mariano Zambonini, au bandonéon, au clavier et à la flûte traversière et Maxi Votta, aux percussions.

Le programme annoncé comporte des tangos, des milongas, des ballades et des candombes de Astor Piazzolla et Horacio Ferrer, de Eladia Blázquez, des frères Expósito, de Jaime Roos et du rocker Fito Paez.

Pour en savoir plus :
Visiter le site de Música de Alta Calidad
Visionner des vidéos de Cecilia Bonardi (Chiquilín de Bachín, La Colombina, Siempre se vuelve a Buenos Aires) sur le site de la chanteuse
Ecouter Cecilia Bonardi en vous connectant à sa page Myspace et à la page Myspace de Pulso Ciudadano

mercredi 7 avril 2010

Présentation ce soir du livre Escritos sobre tango au Centro Cultural Borges [Disques & Livres]

Invitation transmise par Solange Bazely
(cliquez sur l'image pour une meilleure résolution)

Ce soir au Centro Cultural Borges, quatre de ses auteurs présenteront le recueil collectif Escritos sobre tango en el Río de la Plata y en la diáspora, qui rassemble les interventions de 5 spécialistes au colloque sur le tango qui s'est tenu le 11 décembre 2008 à la Manzana de las Luces, à l'occasion du Día Nacional del Tango (lire mon article du 12 décembre 2008 sur ce colloque) et qui fut déjà présenté lors de la deuxième édition de ce colloque en 2009 (lire mon article du 14 décembre 2009 sur l'édition de l'année dernière).

Cette présentation se fait en marge d'une exposition, intitulée le Tango italien, un miroir métaphorique et organisé par l'un des auteurs, Enrique Cámara de Landa.

Ce sera à 19h, au CC Borges, situé à l'angle des rues Viamonte et San Martín.

mardi 9 février 2010

Inscriptions ouvertes pour le Lady’s Tango Festival [à l’affiche]

La rentrée se profile à l’horizon pour la Academia Nacional del Tango à Buenos Aires.

Du 8 au 14 mars prochain, s’y célèbrera le Lady’s Tango Festival, un festival de danse consacrée au rôle de la femme dans le tango.

Cinq professeurs animeront cours, ateliers et pratiques : Vilma Vega, Corina De La Rosa, Lorena Ermocida, Natalia Hills et Johana Copes, qui est l’organisatrice et l’initiatrice de la manifestation (elle est aussi l’un des professeurs de tango danse résidentes à la Academia Nacional del Tango).
La semaine comptent trois invités spéciaux : la danseuse Milena Plebs, qui se produit actuellement au Teatro Presidente Alvear (voir mon article sur Tramatango, ce spectacle en cours) et les danseurs (il faut bien des hommes, même minoritaires !) : Julio Balmaceda et Gabriel Missé.

Le festival s’ouvrira le 8 mars, institué Journée internationale de la Femme. A cette occasion, il y aura aussi un défilé organisé par les grandes marques de vêtements et accessoires de tango et une soirée avec dîner et spectacle dans le célèbre Cena Show Piazzolla Tango, dans la rue Florida.

Capture d'écran du site du Festival


Les inscriptions sont ouvertes d’ores et déjà.

Pour en savoir plus :
Visiter le site du Lady’s Tango Festival

vendredi 13 novembre 2009

Premier article pour Cecilia Bonardi : concert au CC Borges [à l'affiche]

Photo diffusée par l'artiste

C'est le premier article de Barrio de Tango sur la chanteuse Cecilia Bonardi, dont j'ai eu la joie de faire connaissance après l'hommage à Horacio Ferrer, en août dernier à Buenos Aires (nous nous sommes retrouvées toutes les deux par hasard à la même table de restaurant et c'est bien connu, le hasard fait bien les choses)...

Cecilia Bonardi se produira avec son groupe, Pulso Ciudadano, au Centro Cultural Borges, rue Viamonte (à l'angle avec la rue San Martín), à deux pas de la rue Florida, dans le cadre du cycle MAC (Música de Alta Calidad) où se rencontrent, au fil du mois de novembre, la musique rioplatense, le tango, le jazz, le folklore et la musique brésilienne.

Ce concert est programmé demain, à 22h30. Cecilia chantera le répertoire très vaste qui est le sien : tangos, milongas, candombes et ballades de Piazzolla (et Horacio Ferrer, dont elle aime par dessus tout interpréter la poésie), Jaime Roos, Eladia Blázquez, Fito Paéz, les frères Expósito, etc... Elle sera accompagnée par le guitariste Martín Almada qui assure les arrangements de Pulso Ciudadano (le pouls de la ville), Roberto Seitz à la contrebasse, Mariano Zambonini au bandonéon, à la flûte traversière et au piano et Maxi Votta à la percussion.

Ce sera l'un de ses tout derniers concerts de cette saison, qui s'achève à Buenos Aires, comme dans toute l'hémisphère sud, quelques jours avant Noël et les grandes vacances d'été.

Pour aller plus loin :
Découvrir Cecilia Bonardi et Pulso Ciudadano en visitant la page Myspace de la formation (vous pouvez y écouter Preludio para el año 3001 de Astor Piazzolla et Horacio Ferrer, et Afiches de Atilio Stampone et Virgilio Expósito, entre autres). Vous pouvez aussi visiter le site Web du groupe sous le lien. Enfin Cecilia Bonardi tient aussi un blog (très récent, donc avec encore très peu d'article), une autre manière de la découvrir.
Découvrir le Centro Cultural Borges.

jeudi 5 novembre 2009

Viviana Scarlassa à la Esquina Homero Manzi demain soir à minuit [à l’affiche]

Viviana Scarlassa, j’ai déjà eu l’occasion de vous la présenter quelques fois : c’est une chanteuse et une comédienne, c’est aussi une prof de chant et de diction. Tout en conduisant une carrière de soliste, elle est aussi la voix de l’ensemble féminin China Cruel, que dirige la pianiste et auteur-compositrice Verónica Bellini.

Affiche diffusée par Viviana Scarlassa

Viviana Scarlassa, qui a sorti récemment son premier disque comme chanteuse soliste (1), chantera donc demain soir à la Esquina Homero Manzi, à l’heure où les touristes sont couchés et où les Portègnes sortent pour se désaltérer avec du vrai tango (puisque l’établissement joue sur les deux tableaux : il rentabilise avec du tango for export en première partie de soirée et il accueille les artistes pour la trasnoche -au-delà de minuit, quand on franchit le changement de date- pour des shows authentiques et sans cliquant).

En l’occurrence, tout est écrit sur l’affiche : l’adresse (vous la connaissez par coeur, esquina San Juan y Boedo), l’heure (23h55), le numéro de téléphone pour réserver vos places, les musiciens qui l’accompagneront, Franco Polimeni au piano et Julián Hermida à la guitare, et l’invitée de service, en l’occurrence la chanteuse Sandra Márquez. Il manque le prix sur l’affiche (c’est 25 $ la place). Bonne soirée...
De plus, ce soir et demain puis tout ce week-end, elle se produit aussi à 22h15, au Piazzolla Tango, un restaurant concert très cher de la rue Florida, à la hauteur du numéro 165.

En savoir plus :
Visiter le site de Viviana Scarlassa
Le lien vers le site de China Cruel est disponible dans la Colonne de droite, en partie basse, dans la rubrique Zorzales, grillons et autres cigales.
(1) Ce disque, intitulé Camino (Chemin), a été retenu dans la liste des candidats aux prix Gardel 2009, dans les catégories Nouvelle interprète de tango et Chanteuse de tango. Mais le disque n’a pas remporté de prix cette année.

jeudi 15 octobre 2009

Festival et Mundial 2009 : retour sur images [à l'affiche]

Avec beaucoup de retard, et c'est peu de le dire, voici le reste des photos que j'ai pu prendre sur l'ensemble de ce à quoi j'ai assisté au Festival de Tango de Buenos Aires en août dernier.

Cette année, les deux manifestations étaient mêlées tout en étant distinctes. Le Festival était censé se dérouler du 14 au 22 août, ce qui faisait de l'hommage à Horacio Ferrer (De Buenos Aires a Horacio Ferrer poeta), au Teatro Avenida, le spectacle de clôture du Festival. Et le 23, commençait le Mundial. Sauf que cette année, quand c'est fini, ça continuait et à Harrods et à la Ciudad Cultural Konex, le programme de concerts et les conférences s'est prolongé comme si de rien n'était.

Ce qui donne le résultat photographique suivant :


Le trio Horacio Avilano à Harrods, le 22, à 15h



Le joueur d'harmonica Franco Luciani, le 22, à 15h, partageant le même temps de scène que Horacio Avilano.

Raúl Garello et Horacio Ferrer ensemble sur la scène du Teatro Avenida le 22 dans la soirée. J'avais déjà publié une photo de ce spectacle, avec Horacio Ferrer et Susana Rinaldi, (voir mon article sous ce lien) mais quand on aime on ne compte pas. Je n'avais encore publié qu'une seule photo. Ces deux-là ensemble sur une scène, je n'allais pas vous en priver, d'autant que moi, je m'étais régalée sans en perdre une miette...


Une vue d'une épreuve du Mundial, depuis la tribune de la presse, où m'avait fait monter Carlos Bevilacqua, un journaliste que vous commencez à connaître grâce à ses articles dans le supplément Spectacle et Culture de Página/12 (voir la rubrique Actu, dans la Colonne de droite) et ses chroniques consacrées aux milongas dans l'émission hebdomadaire du jeudi soir, Fractura Expuesta, sur La Voz de las Madres (à entendre dans le monde entier grâce aux podcasts téléchargeables manuellement sans limite de durée, voir la rubrique Ecouter, dans la Colonne de droite).
C'était une journée des classifications à la Trastienda à San Telmo le lundi 24 août dans l'après-midi.
La présentation était assurée, en bonimenteur de foire doté d'un bel aplomb, par Pablo Banchero, chanteur (voir mon article sur le spectacle du 27 août au Konex) et aussi danseur lui-même...


Une autre vue sur le public, familial et bon enfant. Beaucoup de parents et d'amis des concurrents, n'hésitant pas à les encourager de la voix, comme au stade !


María Estela Monti, le 29 août. Elle a chanté un répertoire spécifiquement piazzollien correspondant à son tout nouveau disque dont je vous ai déjà parlé (voir mon article du 11 mars 2009).


María Estela Monti avait invité le poète Raimundo Rosales à réciter la letra de son tango d'hommage à Astor Piazzolla, Palabras para Astor Piazzolla


Le salut d'un spectacle très complet, avec arts plastiques, danse, musique et poésie, avec les deux poètes Alberto Ortiz (2ème à droite) et Ernesto Pierro (dernier à gauche et malheureusement en partie hors champs, qu'il me pardonne !).

Me sachant dans la salle, Alberto Ortiz avait eu la gentillesse de choisir de réciter sur scène le poème en lunfardo qu'il a dédié à Osvaldo Pugliese et que je présenterai dans un livre prochain. Il avait été très heureux de savoir que j'avais voulu le traduire. Un petit salut amical à cet homme chaleureux et d'une vaste culture que j'ai eu beaucoup de plaisir à rencontrer au cours de ce séjour mouvementé à Buenos Aires.

lundi 14 septembre 2009

Hier, Juan Vattuone a fait un tabac à Harrods [à l'affiche]

Rédigé à Buenos Aires le 26 août 2009

C'était hier soir, 26 août, à 19h, dans le cadre du Festival. La salle de concert, installée tout au fond de l'ancien grand magasin anglais, au rez-de-chaussée, était pleine. Et des gens debout derrière le cordon délimitant ce qui servait de salle. Un public hyper-enthousiaste, chaleureux, visiblement heureux de retrouver cet artiste.

(photo ajoutée le 26 septembre 2009)

Un show d'une heure, pas plus, il y avait un orchestre typique qui passait juste derrière. S'il n'y avait pas eu cet autre concert pour limiter le temps, Juan Vattuone enchaînait sans problème quatre bis sans un pli. Il n'aura eu le temps que d'en faire un seul.

Le show d'hier était un nouveau spectacle à quatre, pianiste, guitariste, danseuse et lui-même, en chanteur, composé en accord avec son tout prochain disque, qui doit sortir en octobre : Escuchame una cosa (une expression toute faite qu'on pourrait traduire par Ecoute-moi une minute).

Un spectacle, comme toujours avec Juan, qui raconte le monde avec un accent politiquement incorrect, qui dénonce la mainmise du show business sur la culture populaire et son jaillissement spontané, et qui proclame Ni olvido ni perdón (titre du premier morceau de son premier disque, Tango al mango) pour tous ces régimes qui au long du 20ème siècle cherchèrent (et cherchent toujours) à écraser, à faire disparaître la culture spécifique de ce pays (et de tant d'autres avec) pour laisser le champ libre à la grosse artillerie du business planétaire avec lequel on peut faire des économies d'échelle (une seule campagne de pub pour la planète entière)...

Comme toujours, il s'agit dans sa quasi-intégralité d'un spectacle de sa propre composition, paroles et musique, avec un ou deux morceaux tirés du répertoire mais comme il le dit lui-même : "si je ne chante pas du tango traditionnel, ce n'est pas parce que je ne l'aime pas, tout au contraire. Mais parce que d'autres le font et mieux que moi" (il a droit de le penser et nous celui de ne pas le croire... Chacun selon ses goûts). Ses chansons parlent des enjeux d'aujourd'hui et de demain, de ses racines à lui, de sa grand-mère noire (ou plutôt métisse selon nos catégories européennes), de l'importance que revêtent pour lui ces origines humbles et proscrites du tango, des femmes et du sort pénible que la société leur réserve (ce qui ne l'empêche nullement de balancer froidement au public une vanne selon laquelle lorsqu'un couple se sépare, lorsqu'un amour finit, c'est toujours la faute des deux, la faute de la nénette (la mina)... et la faute de la mère de la nénette. Le public a mis deux secondes avant de se mettre à rire (lui, il se fendait la pipe sur scène, ravi de l'effet produit !).

Dans ce show, et il en est très fier, sa fille, Julieta, danseuse et chorégraphe, participe en interprétant seule, sans partenaire, une chanson de son père. Beau contrepoint dansé à l'interprétation musicalement riche mais gestuellement très statique du papa, coiffé de son éternel bonnet, qu'il passe son temps à s'enfoncer sur les yeux.

Pour l'accompagner à la guitare, son ami Victor Lasear (un amigo de toda la vida, m'a-t-il dit en me présentant ensuite dans les coulisses).

Très prochainement, je compte bien vous présenter un travail bibliographique, fait par la femme de Juan Vattuone, Silvana Boggiano, un travail de recherche sur la genèse du tango, qui, si j'en crois la conversation d'hier, s'annonce passionnant. J'attends le bouquin pour vous en parler, lorsque vous pourrez vous le procurer.


Une fois n'est pas coutume, je publie une photo où j'apparais. Pour deux raisons, la première parce que cette photo fait partie d'une série de clichés pris à la demande de Juan Vattuone dans les coulisses après le spectacle, la seconde parce que c'est une photo où je ne me trouve pas aussi peu photogénique que d'habitude...

Pour en savoir plus : Juan Vattuone dispose d'un raccourci dans la Colonne de droite, dans la rubrique Vecinos del Barrio, section les Auteurs-compositeurs interprètes. En cliquant sur ces raccourcis de la partie supérieure de la Colonne de droite, vous accédez à l'ensemble des articles relatifs à ces artistes ou à ces thématiques parus dans Barrio de Tango.


Ajout du 13 septembre : pour aller plus loin, lire l'article de Karina Micheletto, dans l'édition de Página/12 du 11 septembre 2009.

jeudi 27 août 2009

Mêli-mêlo festivalier [à l´affiche]

Javier Cardenal Domínguez était à Harrods le 24 août à 19h (j´ai raté le spectacle parce que j´étais dejà à la Tratienda passionnée par ma discussion avec Carlos Bevilacqua, sur les épreuves de classification du Mundial que nous avions sous les yeux. Carlos Bevilacqua est chroniqueur culturel à Página/12 et à Fractura Expuesta).

Gabriela Novaro avec Hernán Reinaudo et Norberto Vogel étaient à l´auditorium YMCA, Reconquista 439, le 25 à 19h.

Noelia Moncada était hier à la Peña del Colorado à 21h30 (hors festival). J´étais trop fatiguée pour y aller hélas et ce matin, je me suis levée aux aurores…

Ce soir, Jesús Hidalgo chante à Harrods à 19h et Alorsa et la Guardia Hereje seront au CC Konex à 22h (mais la soirée elle commence à 21h)

Samedi prochain, à Harrods, à 17h, la chanteuse María Estella Monti et à 19h, le poète lunfardo Alberto Ortiz (ce dernier spectacle ne figure pas dans la brochure officielle, allez y comprendre quelque chose).

Les 27, 28 et 29 août, à 22h, au CC Torcuato Tasso, hors festival, Rubén Juárez et sa fille, Lucila Juárez, chacun avec son progre quatuor, partageront pour la première fois une scène de Buenos Aires. Le papa prépare actuellement une tournée en Europe en novembre. Je me renseigne et je vous en parle.

Mardi 1er septembre, dans un lieu que ma conexión Internet à l´hostel ne me permet pas de déchiffrer, Lucrecia Merico et Cucuza reprennent, accompagnés par Moscato, leur show Tango sin grupo. Et demain soir, à El Faro, Cucuza et Moscazo terminent l´enregistrement de leur disque en public, malheureusement entravée il y a 15 jours par la présence d´un ivrogne qui a perturbé la soirée pendant 5 heures de rang.

Par ailleurs, j´ai aussi eu le privilège de voir le show des 60 ans de musique de Walter Ríos le 18 au Teatro Alvear et Un siglo de cartón, le spectacle musique et poésie de Marcelo Saraceni le lendemain au CCC. Samedi dernier, j´étais au Teatro Avenida our un spectacle de Horacio Ferrer et hier, à Harrods, 19h, j´assistais au nouveau show de Juan Vattuone. Absolument superbe, tout ça.
Le 13 septembre prochain, à la Esquina Homero Manzi, hors Festival, Nelly Omar fera un tour de chant. Les 5 articles sur ces derniers événements sont déjà Prats, tout est écrit à l´ancienne, au stylo et sur cahier. Seules les conditions difíciles du travail en locutorio m´empêchent de les publier dès à présent sur Barrio de Tango. Ce sera fait à mon retour. Idem pour un livre sur les origines du tango, Ciudad oculta, que j´aurai prochainement dans les mains et qui promet d´être passionnant…

dimanche 26 juillet 2009

Quelques rendez-vous festivaliers [à l'affiche]

Intérieur de Harrods en août 2008 pendant le 10ème Festival de Tango de Buenos Aires

Le duo de tango à l'humour triste (comme ils l'appellent eux-mêmes), los Hermanos Butaca (ce qu'on pourrait traduire par Les Frères Fauteuils ou les Frères Appui-tête) se produira au Centre Culturel Konex (Ciudad Cultural Konex), Sarmiento 3131, dans le quartier de Balvanera, le 20 août prochain, dans le cadre du 11ème Festival de Tango à Buenos Aires.

Juan Vattuone, quant à lui, chantera le lundi 24 août à 19h sur la scène installée au rez de chaussée de l'ancien magasin Harrods, situé dans la rue Florida, au numéro 877. Le concert devrait être gratuit, comme la quasi-totalité des manifestations proposées par le Festival.

Cet ancien grand-magasin, qui a fermé depuis de très nombreuses années en tant que tel, fut très longtemps la seule surcursale étrangère de la célèbre enseigne londonienne. Cette succursale fut inaugurée le 31 mars 1914 ou 1912 (les sources se contredisent sur ce point)... Aujourd'hui le bâtiment porte toujours le nom de Harrods (la justice a autorisé les nouveaux propriétaires à maintenir le nom, en dépit des réclamations en sens contraire des propriétaires anglais qui ont dû vendre le nom avec les murs). Le Harrods de Buenos Aires n'appartient donc plus au groupe du magasin londonien, propriété de l'homme d'affaires égyptien Mohammed Al-Fayed. Son actuel propriétaire l'a laissé en l'état en attente d'une reprise d'activité qui commencera peut-être par du commerce en ligne. Une trentaine d'employés entretient (très bien) les lieux. Et, de temps à autre, Harrods devient l'écrin luxueux de manifestations exceptionnelles et prestigieuses comme le Festival. Depuis l'année dernière, Harrods a pris la place occupée pendant les neuf premières éditions du Festival par le Predio Ferial de la Rural, un hall d'exposition très excentré, situé à Palermo, qui abrite la Feria del Libro de Buenos Aires (en mai) et accueille cette semaine le Salon de l'Agriculture argentin. Harrods est, lui, en plein centre ville, dans le quartier de San Nicolás, admirablement bien desservi par les transports en commun.

Et le 16 août, Gabriel Soria et Cecilia Orrillo, présenteront à 21h, au Teatro Avenida, le très beau théâtre à l'italienne de la avenida de Mayo, au numéro 1212, entre San Nicolás au nord et Monserrat au sud, leur nouveau spectacle d'archéologie musicale : Cantores de Típica, dont j'ai déjà parlé à l'occasion de la création du spectacle au Festival de La Falda, il y a quelques jours (lire l'article).

Pour aller plus loin :
visitez fréquemment le site du Festival de Tango sur le Portail de la Ville de Buenos Aires. Le programme du Festival n'est pas encore paru. Seule l'édition de 2008 est consultable pour le moment. Le contenu du programme devrait être présenté à la presse par Mauricio Macri et/ou Hernán Lombardi, assistés par le Maestro Gustavo Mozzi, Directeur du Festival depuis l'année dernière.

Visiter le site de la Ciudad Cultural Konex.

mardi 30 juin 2009

C&A plie bagage en Argentine [Actu]

C’est la première fermeture d’une entreprise étrangère depuis que la crise mondiale est déclarée. C’est ce que les Argentins, dont une grosse partie de l’économie dépend de capitaux étrangers, craignaient depuis octobre dernier.

C&A a fermé ses 20 magasins argentins, qui employaient 1100 personnes, en grande partie à Buenos Aires même et dans le Gran Buenos Aires. Des magasins étaient aussi implantés dans quelques villes importantes de l’intérieur du pays. L’annonce a été faite sur le site web local de la marque. Le groupe, qui a une politique de vente à prix très modiques, a justifié sa décision par le fait qu’il n’atteignait pas son seuil de rentabilité. La fermeture était alors effective. La législation sociale en Argentine est en effet beaucoup moins protectrice que la nôtre, qui exige des négociations avec les organisations syndicales et prévoit tout un arsenal de délais à respecter.

Les salariés ont été rassemblés sur leur lieu de travail et la Direction leur a annoncé les mesures unilatérales qu’elle leur accordait : un paiement d’indemnités de licenciement double (deux fois plus que ce que prévoit la législation), un soutien à la recherche d’emploi et un maintien de l’assurance santé groupe (1) pendant 12 mois.

Donc plus de C&A à l’angle sur la grande rue commerçante portègne qu’est la rue Florida. Le magasin à l’angle de Corrientes a baissé le rideau.

En revanche, C&A maintient son activité au Brésil et au Mexique.
Pour aller plus loin

(1) L’assurance santé privée accordée par l’Employeur tient lieu de régime général. Il n’existe pas à proprement parler de régime général de remboursement des frais de santé mais un système hospitalier, secondé par un réseau de dispensaires (dans les Centres Culturels et Sociaux), où consultations et soins sont gratuits.

mercredi 11 mars 2009

Tango à gogo au CC Borges [à l’affiche]

Copie d'écran du site du CC Borges
(cliquez dessus pour une meilleure résolution)


Ce n’est pas moins de 3 spectacles de tango que le Centro Cultural Borges a inscrits à l’affiche cet été ! Et l’été n’étant pas terminé, les spectacles continuent...

En premier lieu, un spectacle en deux parties qui marie la reprise de Brazos y Abrazos, de 2008, et la création de ¡Quien les quita lo bailado... a esos cisnes y malevos!. Brazos y Abrazos, en première partie, raconte l’histoire de couples de danseurs de tango sur la scène (vie professionnelle) et à la ville (relations amoureuses), avec Gloria Andreatta, Carina Pazzaglini, Hugo Mastrolorenzo, César Rojas et Hernán Ojeda (de la Compañía ¿Deja Vu?), et, en deuxième partie, ¡Quien les quita lo bailado... a esos cisnes y malevos! (1) met en scène la rencontre de danseurs classiques (cisnes : les cygnes, par allusion au Lac des Cygnes de Piotr Tchaïkowsky et Marius Petipas, un classique du ballet post-romantique) et des danseurs de tango (malevos, les voyous, les gens du faubourg, ceux qui ont fait naître le tango et en sont les protagonistes depuis l’origine). Le spectacle joue sur les contrastes et les différences esthétiques et quasi-philosophiques entre les deux arts chorégraphiques. Les interprètes en sont, du côté classique, Graciela Berttoti, Martha Desperes et Igor Gopkalo, tous les trois du Corps de Ballet du Teatro Colón (2) et du côté tango Paula Budnik, Hugo Mastrolorenzo, César Rojas et Hernán Ojeda, comme dans la première partie.

Le spectacle, sous cette forme, a été créé le dimanche 1er mars 2009 et se donne tous les dimanches soir du mois de mars à 20h30.

Le second spectacle est programmé tous les lundis soirs à 20h : Tangos Corazónicos (un titre impossible à traduire, c’est un néologisme construit sur le mot corazón. En français, on pourrait essayer "Tangos cardiens", "Tangos cardiaquistes" ou "Tangos cordialiques", mais ce n’est pas très heureux...). Il s’agit d’un spectacle multimédia qui implique des danseurs et des musiciens en chair et en os et pas mal d’effets spéciaux virtuels. Pour la musique, c’est le Quinteto Viceversa, dirigé par Emiliano Greco, qui interprète des morceaux de divers compositeurs et des morceaux originaux de leur répertoire propre, extraits de leur récent album, A todo trapo. Côté danse, le spectacle est signé par les chorégraphes Sabrina et Rubén Véliz.

Quant au troisième spectacle, Tango a Tierra, de retour d’une tournée en Europe, il entame sa troisième saison à Buenos Aires. Le spectacle réunit une distribution internationale et est signé des chorégraphes Guillermo Salvat et Silvia Grynt. En mars quatre représentations sont programmées. C’était vendredi et samedi derniers et ce sera vendredis et samedis prochains, à 20h.

Les places sont au prix de 50, 45 et 35$ en fonction de leur situation dans la salle.

Cet été, le 12 février 2009, Clarín avait sorti une critique dans ses pages spectacles (à lire ici).
Plus d’informations en vous reportant à la page spectacles du site du Centro Cultural Borges en cliquant sur le lien.
Le CC Borges abrite de nombreuses activités, des spectacles de toute nature, des expositions d’art ou d’histoire, le centre de danse Julio Bocca (3) et le siège principal de la Escuela Argentina de Tango (EAT), dont la plus grosse partie de l’activité concerne les cours de tango-baile et où enseigne en particulier la Maestra Aurora Lubiz, une danseuse professionnelle et une remarquable pédagogue dont j’aime beaucoup les cours de technique femme (elle en donne d’autres aussi, pour danseurs en couple) et dont je garde en réserve une interview qu’elle m’a amicalement et chaleureusement accordée en août dernier et que diverses activités, imprévues alors, m’ont jusqu’à présent privée de temps pour vous la retranscrire (mais rien n’est perdu !). Vous trouvez son site personnel dans la rubrique Eh bien dansez maintenant, dans Les liens, en Colonne de droite.

La EAT (voir le site dans la rubrique déjà citée) est installée au 2nd étage du Centro Cultural Borges : on entre par l’angle Viamonte-San Martín au rez-de-chaussée (à votre droite, un espace-café restauration légère, devant vous l’escalier), ou par le Centre Commercial Galerias Pacifico, par l’entrée de la rue Florida ou la rue Viamonte. Une fois à l’intérieur, monter à l’étage et suivre les flèches. C’est immanquable si vous avez les yeux en face des trous).

(1) "que me quiten el bailado" : une expression utilisée partout dans le monde hispanophone et qui veut dire qu’on ne peut pas voler à quelqu’un le bon temps, les bonnes choses qu’il a pu vivre, les bons souvenirs dont il a fait provision. Ce que j’ai vécu, je l’ai vécu, viens donc me le prendre... Ici le titre est intraduisible en français puisqu’il s’appuie sur un dicton et des références que le français ne connaît pas.
(2) Le teatro Colón, c’est l’opéra de Buenos Aires. Pour le moment, le théâtre lui-même est fermé pour restauration. Il ouvrira refait à neuf pour le Bicentenaire de l’Argentine, l’année prochaine. Les spectacles du Colón sont répartis sur plusieurs théâtres de la Capitale, dont le Teatro Nacional Cervantes, tout proche (Plaza Lavalle), et le Teatro Avenida (Avenida de Mayo).
(3) Julio Bocca est un grand danseur classique argentin qui s’est retiré de la scène il a deux ans. Il a fondé ce centre qui accueille des cours, des répétitions, des laboratoires chorégraphiques pour jeunes artistes etc.

mardi 3 mars 2009

Hommage aux 40 ans de la librairie La Ciudad [Disques & Livres]

Aujourd’hui, le Ministre de la Culture du Gouvernement de la Ville de Buenos Aires, Hernán Lombardi, rend hommage à une librairie traditionnelle de la capitale argentine, une librairie dont Jorge Luis Borges avait fait son pied-à-terre, lorsqu’il habitait non loin de là, dans les dernières années qu’il passe à Buenos Aires. Son propriétaire et fondateur, Luis Alfonso, était de ses amis.

Cette librairie presque mythique s’appelle La Ciudad et elle a 40 ans aujourd’hui même. Elle est située dans la Galería del Este (on y entre par Florida ou par Maipú, à la hauteur des numéros 970).
A l’angle de l’avenue Marcelo T. de Alvear et de la rue Florida (célèbre rue commerçante qui traverse le centre ville du sud au nord). Le Ministre, qui a aussi en charge le portefeuille du tourisme, découvrira une plaque du parcours touristique portègne (autoguía turística) aux côtés des deux propriétaires de la librairie, Mesdames Elizabeth et Sandra Alfonso, respectivement veuve et fille du fondateur. Ces plaques signalent les hauts-lieux de la ville et renvoient à un numéro de téléphone à faire sur son portable pour écouter un commentaire fourni par la Ville en espagnol ou en anglais.

Ce sera une occasion pour Hernán Lombardi pour rendre aussi hommage aux gloires littéraires portègnes et nationales...

lundi 8 décembre 2008

Jorge Retamoza et Siglo XXX au Centro Cultural Borges [à l'affiche]

Le saxophoniste de jazz et de tango Jorge Retamoza est ce vendredi au Centro Cultural Borges, situé dans les Galerías Pacífico situé sur la grande rue commerçante et piétonne Florida.

Il se produit avec son groupe dans le cycle M.A.C (Música de Alta Calidad) le 12, à 21h (entrée : 25 et 30 $).
Ce sera un concert mêlant tango, jazz et musique contemporaine. Il a plusieurs dates dans ce cycle puisqu'il était déjà dans cette salle vendredi dernier. Vous pouvez écouter des extraits de ses 6 disques, comme compositeur, interpréte et arrangeur, sur son site.

vendredi 25 juillet 2008

¡Feliz cumple, Boedo! [Troesma]


Aujourd’hui, c’est la fête du quartier de Boedo, selon une décision officielle formalisée en juin 2003.

En fait, l’anniversaire (1), c’est celui de Mariano Joaquín Boedo, héros de l’indépendance, né le 25 juillet 1782, à Salta, et mort le 9 avril 1819. Il était avocat et fut l’un des élus de sa province au premier Congrès de l’Argentine déclarée indépendante. Il fut ensuite Gouverneur de la Province de Córdoba, il participa aux combats contre l’Espagne dans le nord du pays, notamment aux côtés d’un autre héros, Miguel de Güemes (le seul de tous les officiers de la guerre d’indépendance qui mourut les armes à la main).

Le 6 mars 1882, le Gouvernement décida de donner le nom de Mariano Boedo à une grande artère de Buenos Aires, d’axe sud-nord, construite en 1867. Peu à peu, à partir des années 1910, l’habitude s’est imposée d’appeler du nom de cette avenue la partie sud-est du quartier d’Almagro. En 1972, il y eut à Buenos Aires une grosse refonte administrativo-cadastrale pour cause de développement urbain et démographique. C'est alors que Boedo s’est officiellement détaché de son voisin et a reçu une personnalité propre. C’est l’omniprésence du nom de Boedo dans les paroles de tango qui nous font penser, à nous comme aux Argentins, que le quartier est en soi très ancien...

Boedo s’étend sur une superficie de 2,6 km2. Au recensement de 1991, il comptait 48 231 habitants, dont 26 311 femmes (bigre ! ça fait 21 920 messieurs seulement...)

Boedo a été chanté par le pianiste et compositeur Julio de Caro, véritable tête de pont de la Guardia Nueva, qui révolutionna l'écriture musicale du genre dans les années 1910. Il a dédié à ce quartier un tango qui porte ce nom, musique sur laquelle Dante A. Linyera a mis des paroles qui n’ont jamais été chantées, du moins en studio d’enregistrement. On peut en écouter plusieurs versions instrumentales dans le disque Milonga del Centenario d’Osvaldo Requena, évoqué dans Quelques disques de l’année 07-08 (du 23 juillet). J’en connais une version enregistrée avec texte, mais celui-ci est dit et non chanté (il s'agit d'un album de Julio De Caro, Bien Jaileife, où il est joué par le compositeur et récité par le chanteur Héctor Farrel, compilation de 2002, collection Reliquias, chez EMI). Et puis bien sûr, le plus important de tous les tangos qui nous font connaître le nom de Boedo, parce que ces vers-là, eux, sont sur toutes les lèvres, c’est Sur, d’Aníbal Troilo et Homero Manzi...

San Juan y Boedo antigua, y todo el cielo,
Pompeya y más allá la inundación...

Cela s’écoute en fermant les yeux et ça se comprend sans effort : on dirait le Bon Dieu en culotte de velours qui vous passe dans les oreilles, comme parodirait le pilier de bistrot d’un des trois cafés qui montent la garde au carrefour (esquina) des avenues San Juan et Boedo (dans l’angle nord-est, la sentinelle appartient à une autre arme : c'est une banque ! Ceci dit, c’est pratique au moment de l’addition, vous pouvez toujours aller retirer de l’argent).

Sur la carte du quartier (emprunté au portail de la ville de Buenos Aires), j’ai marqué d’un 1 cette esquina San Juan y Boedo.
Dans l’angle nord-ouest, à l’endroit marqué par le 1, se trouve le célèbre restaurant-tango Esquina Homero Manzi (hors de prix, le cena-show ! mais c’est un grand show, avec plein de musiciens, avec plein de danseurs et à ce titre, l’établissement figure en bonne place dans les programmes des Tour-operators : vous en aurez plein les oreilles et plein la vue, de la "cocina internacional" dans l’assiette et du "vino argentino" dans le verre.
Le jour, la Esquina Homero Manzi est un Gran Café, extraordinairement agréable et feutré, comme tant d’autres dans la ville : carte classique et service stylé, en grande tenue, comme dans les cafés du quartier de l’Opéra à Paris.
Dehors, le long des deux façades, est et sud, court une frise anti-conformiste confiée au dessinateur de presse Hermenegildo Sábat. L’artiste a tiré le portrait à Homero Manzi et tous ses amis et principaux interprètes. Impressionnante galerie de héros de la culture (populaire) où la caricature rend les honneurs... Quant aux plaques commémoratives qui couvrent tout ce qui peut être couvert à hauteur d'homme et encore un peu au-dessus, il y en a tant qu’on ne sait plus où donner ni de la lecture ni de la photo. Même le Sénat a fait poser sa plaque et donne ainsi au passant le texte intégral de Sur (mur oriental).

A l’une de ses tables, je me souviens d’avoir longuement évoqué la figure du poète Homero Manzi (1907-1951) avec le Maestro Acho Manzi, son fils, compositeur (à 16 ans) de El último organito (letra de Homero Manzi - 1948) et avec le peintre Chilo Tulissi (liens). Nous revenions tous trois d’un hommage rendu au poète défunt dans le cadre des festivités du centenaire de sa naissance au Teatro de la Ribera, au bord du Riachuelo, dans le quartier de la Boca.

Du côté diamétralement opposé, coin sud-est, un autre café, beaucoup plus modeste. Une plaque, dessinée par le fileteador Luis Zorz, dans un azur profond, déposée là par la Junta de los Estudios historicos del Barrio de Boedo, rend hommage à un autre grand écrivain du coin : José González Castillo, poète et dramaturge anarchiste et éducateur populaire, fondateur de la Universidad Popular de Boedo, et qui écrivit, sur une musique de son fils, Cátulo Castillo (18 ans) les vers de cet autre classique : Organito de la tarde (1924). Cátulo et Homero étaient deux copains du même âge. Avec le troisième larron du trio, Sebastián Piana, ils signèrent ensemble, vivant tous en voisins dans ce coin-là de cette ville déjà immense, Viejo ciego (Manzi avait 18 ans, et Piana à peine plus).

Boedo doit enfin une partie de sa notoriété littéraire à un cercle artistique et intellectuel qui y avait élu domicile en 1925. C’était un groupe d’artistes profondément engagés socialement, souvent anarchisants, parmi lesquels il y avait Enrique Santos Discépolo et son frère, le dramaturge et comédien Armando Discépolo, tous deux anarchisants, le poète Alvaro Yunque, le dramaturge et romancier réaliste et révolté Roberto Arlt, le journaliste et poète communiste Enrique González Tuñón, le poète et dramaturge contestataire Nicolás Olivari (auteur du tango La Violeta, musique de Cátulo Castillo) et le poète délibérément anarchiste Dante A. Linyera, le plus tôt disparu de tous (1932). Le Groupe Boedo s’opposait politiquement et esthétiquement à un autre groupe, le groupe Florida, de tendance plus conservatrice, à tout le moins réformatrice et non pas révolutionnaire en matière politique, et à l’esthétique quelque peu précieuse. Dans le groupe Florida, il y avait Jorge Luis Borges, Adolfo Bioy Casares et Victoria Ocampo (excusez du peu !)... Entre les deux cercles, des noms d’oiseaux ont parfois été échangés, tant les positions étaient tranchées de part et d’autre, tant la réalité sociale était elle-même tendue entre un peuple prolétarisé et une élite sociale surpuissante, européanisante à l’extrême et richissime...

Les festivités polyades du quartier de Boedo ont commencé avant-hier, mercredi 23 juillet, connaissent leur sommet aujourd’hui, avec une cérémonie organisée dans la matinée devant les guichets de la station de métro Boedo (esquina San Juan y Boedo), avec hymne national et tout et tout. Elles se poursuivront jusqu’au 28 juillet. Quand on fait la fête à Buenos Aires, on ne fait pas semblant !

Et en ce jour qui est aussi l’anniversaire du décès du Maestro Osvaldo Pugliese, j’ai ajouté un petit point noir sur la carte du quartier de Boedo. Ce n’est pas pour faire deuil, c’est pour signaler une adresse importante en Puglieserie... Esquina Boedo y Carlos Calvo. Il y a là une pizzeria qui, du vivant d’Osvaldo Pugliese, était une confitería (un salon de thé). Pugliese y est souvent venu pendant de nombreuses années prendre un petit quelque chose avec sa femme, Lydia, en toute tranquillité, en toute intimité, en toute convivialité. Doña Lydia m’a confié qu’ils y étaient encore allés à peine quelques semaines avant sa mort, qui advint au bout de quelques jours d’une maladie infectieuse contre laquelle il lutta de toutes ses forces, en vain. Peu après la "desaparición física" de Don Osvaldo (on ne dit pas "mort" à Buenos Aires : les Troesmas ne meurent pas, ils restent vivants. Ce qui change, c’est de ne plus les croiser dans les rues de la ville), peu après donc, il y a eu un incendie et la confitería a fermé. Quelques années plus tard, le lieu a été réouvert comme pizzeria-parilla (pizzéria-grill). Une petite estrade placée contre le mur vitré longeant l’avenue Boedo permet de donner 3 soirs par semaine des soirées tango de quartier, fréquentées par les Portègnes. Les maîtres des lieux ont sollicité de Doña Lydia l’autorisation de baptiser leur "boliche" du nom du musicien disparu.

Ce petit resto, presque adossé à l’écrasante Esquina Homero Manzi, s’appelle Esquina Osvaldo Pugliese. Elle est menue, discrète, humble, elle ne fait pas de bruit, elle a l’air fragile comme son saint patron. On y mange sans chichi la gastronomie italiano-espagnole généreuse de la région et la musique y est vivante, pasional y yumba... A l’intérieur, les murs sont tapissés de souvenirs d’Osvaldo Pugliese, dont une photo du couple attablé dans un coin de l’ancienne confitería... Dehors, sur l’enseigne, les yeux grand-paternels de Don Osvaldo vous scrutent derrière leur gros carreaux (il était myope)... un des plus beaux portraits que j’ai jamais vus de lui. Ses yeux, rien que ses yeux...


(1) Cumple = anniv'

A visiter : le site de Todo Tango (liens) pour écouter tous ces morceaux qui nous parlent de Boedo

Boedo, enregistré en 1950 par Antonio Ríos : http://www.todotango.com/spanish/download/player.asp?id=5579
Sur, l'enregistrement de la création par l'orchestre d'Aníbal Troilo, chanté par Edmundo Rivero :
http://www.todotango.com/spanish/download/player.asp?id=647

Le site sur Homero Manzi (liens)
Le site de La Esquina Homero Manzi : http://www.esquinahomeromanzi.com.ar/
Le site d’un membre del Grupo Boedo, l’écrivain Alvaro Yunque, dont ce sera le centenaire l’année prochaine : http://www.alvaroyunque.com.ar/